Chapitre 36
L'excitation des préparatifs
Ce début de semaine au Myrmidon c'est l'affolement. Eaque a informé son staff qu'il prenait une semaine de vacance et qu'il ne désirait pas retrouver son théâtre cramé ou détruit par l'incompétence de certains membres de l'équipe. Suivez mon regard qui se dirige sur Orphée et Mime. De plus, Camus doit revenir pour assister aux répétitions et départager qui d'entre Valentine et Siegfried obtiendra le premier rôle… Choix cornélien.
D'ailleurs les comédiens sont présents pour l'attribution desdits rôles. Orphée distribue les scénarios en faisant de grands gestes comme à son habitude. Mime assis sur un siège en face de la scène, prend son air intello et lit le script très concentré. Ils nous feraient presque croire qu'ils sont sérieux… Le brouhaha émit devient insupportable, tout le monde parle en même temps. Du fond de son bureau Eaque entend les vociférations de Valentine. Quand ce n'est pas l'un c'est l'autre qui « fout le bordel ». Il ne veut pas prendre part aux discussions alors il se planque dans son bureau. Lui termine de signer les contrats des artistes.
Il est interrompu – cela l'aurait étonné du contraire – par Violate qui frappe à sa porte.
— Oui, ma petite Violate entre.
La jeune femme s'excuse et se penche pour le saluer.
— Je vous prie de m'excuser, mais dans l'auditorium les choses s'enveniment. Monsieur De Saxe est en train de faire un scandale. Orphée surenchérit, cela devient catastrophique. En plus j'ai monsieur Varese sur la deux qui souhaiterait s'entretenir avec vous immédiatement. Il exige que vous le receviez le plus tôt possible.
Eaque soupire bruyamment en poussant un gémissement.
— Ma petite Violate… Si je saute par la fenêtre là tout de suite, et que je sors discrètement dans la rue, tu crois qu'ils vont s'en apercevoir ?
La jeune femme rit.
— Je pense oui, ils vous poursuivront jusque chez vous Monsieur Moryl…
— Aller, quand il faut y aller et bien il faut y aller !
Prenant son courage à deux mains, le directeur se lève et quitte son confortable bureau pour entrer dans l'arène.
L'arène. La fosse aux lions. La bassecour aux poules.
En effet dès qu'il pose un pied dans l'immense salle de représentation la cacophonie émise lui agresse les oreilles. Les oreilles, le cerveau, enfin tout ce qui a des terminaisons nerveuses.
Valentine s'engueule avec Orphée, Mime se mêle de ce qui ne le regarde pas. Les acteurs des rôles secondaires revendiquent un tas de choses mécontents, Pharaon temporise comme il peut. Il vient de se prendre un coup d'Orphée sans qu'il le fasse exprès, mais son bras a rencontré sans le vouloir le nez du brun. Puisque nous le rappelons, le directeur artistique possède un gros penchant pour le mélodrame. Il s'exprime par la voix et les gestes.
Le directeur de théâtre parle plus fort pour se faire entendre. Peine perdue. Il intensifie le son de sa voix. Rien n'y fait. Il décide de prendre un mégaphone et hurle dedans.
— Vous allez vous la fermer bande de naze ou je ferme le théâtre !
Le grésillement retient l'attention de la foule. Enfin du calme ! Tous se stoppent et reportent leur attention sur Môsieur le directeur.
— Qu'est-ce qui se passe encore ici ? Non d'une pipe en bois ! Pourquoi un tel raffut ? Nous sommes dans un établissement culturel ou le silence est d'or ! Le théâtre est un lieu magique et pas une halte garderie ! Expliquez-moi calmement.
— Eh bien Eaque… commence Orphée coupé dans son élan par Valentine.
— Il insinue que je n'aurai pas le rôle principal !
— Je fais quoi moi dans l'affaire ? On m'a promis ce rôle ! intervient Siegfried le nouveau venu.
Le directeur se gratte le front et les autres repartent dans leurs revendications.
— Silence du calme ! Qui quoi ? Qui t'as promis ce rôle Siegfried ?
— Monsieur de La Cithare ! désigne le jeune homme du doigt.
— J'aurais dû m'en douter… Orphée qu'est-ce qu'il te prend d'avancer des promesses pareilles !? Tu sais parfaitement que rien n'est décidé et que c'est à Camus de départager les jeunes hommes dans une dernière audition !
— Quoi !? s'insurgent en même temps Siegfried et Valentine.
Ce dernier reprend.
— Et moi je suis quoi dans l'histoire ? Le dindon de la farce ?
— Du calme ça suffit ! tranche le directeur. Orphée peux-tu m'expliquer ce qu'il te prend ? Je t'écoute, dépêche-toi.
— C'est-à-dire que ce jeune comédien m'a époustouflé pendant les auditions et qu'il m'ait apparu normal de le retenir comme un choix éventuel… Comprends-tu ? Nous ne pouvons nous permettre de perdre une perle pareille. Il met tellement d'intention et de passion dans son texte que je ne me suis pas résolu à l'évincer. Il possède plus de talent que certains ici… son regard se porte sur Valentine.
— Orphée sale traitre ! Sale vipère ! peste Valentine.
— Petit impertinent ! Ce n'est pas ma faute si tu a moins de talent que Siegfried ! Voilà ce que c'est d'être pistonné ! Tu ne prends plus la peine de te donner à fond pour élaborer un personnage. Tu devrais prendre exemple sur ton collègue.
Eaque sent ses nerfs craquer. Non, ils ont déjà craqué, les noyaux des cellules se répandent dans le corps du jeune homme. Ils flottent dans ses vaisseaux sanguins pour remonter jusqu'à son cerveau, c'est là qu'il se rend compte qu'il n'en peut réellement plus… Il déchire à moitié le script des mains de Mime, le roule sur lui-même et va tabasser Orphée avec cette arme de fortune. Le directeur artistique se protège comme il le peut en se passant les mains sur sa tête en proférant des « aie ». Tout le monde se moque.
Tout en continuant son passage à tabac –non violent – Eaque vocifère.
— Tu m'énerves, tu m'énerves et tu m'énerves ! Orphée pour l'amour de Dieu comment ça se fait que tu sois aussi insupportable !? Tiens et tiens et re-tiens !
Il n'arrête plus de taper, cela possède comme vertu de le détendre. Il relâche la pression sur son souffre douleur.
Une fois calme, Eaque lui chuchote à l'oreille.
— En fait tu voulais te le faire avoue ? C'est quoi cette excuse bidon ? Tu sais très bien que Valentine était pressenti pour le rôle… Tu as jeté ton dévolu sur le nouveau et c'est pour ça que tu lui promets monts et merveille ? Avoue !
— Non ! Pour qui me prends-tu ? répond sur le même timbre Orphée.
— Pour ce que tu es : un chacal ! Alors maintenant pour la millième fois je te prierais de te mêler de tes affaires et de rester à ta place. Ceci est un avertissement.
Les deux comploteurs s'écartent quand Violate arrive en courant téléphone en main. Essoufflée elle prononce.
— Monsieur Moryl… C'est monsieur Varese au bout du fil, il exige de vous parler…
Eaque lève les yeux au ciel et mime des pleurs.
— Mais qu'est-ce qui m'a pris de me diriger dans la comédie ? J'aurais dû être vendeur de bonbons…
Les choses ne tournent pas mieux pour Albafica. Ce matin – mardi vingt cinq février – il s'est loupé. Pour la première fois de sa vie depuis qu'il exerce ce métier il s'est loupé ! Impensable ! Ses patients comptaient sur lui. C'est Mû qui l'a harcelé d'innombrables coups de fils à sept heures du matin. Tout vaseux, le bleuté se leva la tête en vrac en émergeant à moitié. Du coup, pas le temps de prendre son café ni de se laver, il a dû s'en aller précipitamment. Il en oublia d'enfiler un boxer… Du coup les coutures de son jeans le grattent mais il devra faire avec, c'est le revers de la médaille comme on dit.
Dégel insiste aussi, il l'appelle toutes les cinq minutes pour vérifier qu'il est en poste. Notre breton rend des comptes à ses deux collègues passablement énervés. Ses patients aussi le sont, il se fait houspiller comme il faut toute la matinée. De plus, Mr Tournier petit papi de plus de quatre vingt ans n'a pas pu se retenir en l'attendant… Albafica doit lui prodiguer une toilette complète ainsi que la réfection totale du lit… Les joies du médical… D'ailleurs il eût les mains encrassées toute la matinée, le pauvre. Il pourrait jouer au loto tellement il eût de la chance pendant sa tournée… Les joies du médical deuxième round. Pour soulager ses collègues il se porte volontaire pour assurer l'après-midi, il leur doit bien cela. Au moins pendant qu'il travaille il ne cogite pas à ses vacances prochaines… Vacances qui commenceront dimanche soir.
Six heures vingt quatre à passer avec Minos assis dans son tank à respirer son parfum. Il a regardé sur Mappy. C'est long, extrêmement long, abominablement long, exaspérément long… Que vont-ils se dire ? Il devra conduire son engin de malheur pour le reposer. Mon œil ! Comme s'il ne pouvait pas enchainer six heures de conduite sans broncher ? Sans blague ! Pourquoi lui ? Eaque n'est pas impotent ? Il sait se servir de ses dix doigts, quelle excuse pour ne pas fournir d'efforts ! Et pourquoi son bon à rien de mec n'a pas le permis ?
S'il s'en prend à Shion sans raison c'est que les choses vont mal… Albafica perd le nord, il sent qu'il sera catapulté à la place du mort : c'est-à-dire aux côtés de Minos pour prendre le relais pendant que les autres dormiront tranquillement derrière. Et il a peur. Peur de craquer, peur de montrer ses faiblesses, de se trahir. Il va lui falloir une sacrée bonne dose de self-control pour surmonter son désir et ne pas se laisser déborder.
Comme il ne veut pas rester sans occupation en milieu d'après-midi, il repasse à son cabinet. Il y retrouve Mû pour terminer la paperasse en cours et fignoler le rangement du matériel. Ils accueillent un nouveau patient, Albafica propose à son collègue de le décharger de cette peine. Il occupe toutes les fonctions aujourd'hui. Après dix sept heures, il file chez Mr Rodriguez pour faire sa connaissance et préparer son dossier médical. Bien, bien, aucune bourde ne survient. Tout semble parfait. Il ne se presse pas et passe du temps chez le monsieur, il rentre aux alentours de dix huit heures trente. Dans le hall il épluche son courrier puisque Shion ne vérifie quasiment jamais la boîte au lettre. Pendant qu'il lit et trie les prospectus, Minos arrive à son tour. Il surprend son affriolant voisin en train de se dandiner sur place et de tirer sur son jeans.
Albafica scande des : « Ca me gratte, ça me gratte j'en peux plus ».
Vision surprenante et pas très glamour pour le souligner. Minos l'observe encore quelques secondes, le jeune homme se trémousse de plus belle telle une anguille hors de l'eau.
Le breton ne sent pas la présence de son voisin derrière lui il continue de parler tout seul en se tortillant : « J'aurais dû mettre un caleçon aujourd'hui purée ! ».
Minos arque un sourcil très intéressé par cette révélation confidentielle. Ses yeux dévalent les courbes du bleuté pour se poser en point de mire sur son postérieur en essayant de deviner des choses plus précises… Il s'avance et plaque ses mains sur les fesses d'Albafica comme ça, avec grossièreté. Le principal intéressé se redresse malgré lui et pousse un petit cri perçant.
En se penchant à l'oreille de son voisin, l'argenté raille.
— Hum, très intéressant dis-moi… Comme ça tu ne portes pas de sous-vêtements… Petit dévergondé, ça me plait.
Il claque sa main sur les rondeurs exquises puis s'en va jusqu'à l'ascenseur. L'autre le suit du regard étonné. Cependant au lieu de s'offusquer, une fois Minos parti, Albafica porte sa main devant sa bouche et glousse comme une pintade. Ce petit jeu l'émoustille malgré lui. C'est tout guilleret qu'il rentre dans son logement tout content de son effet.
Notre homme d'affaire rejoint son appartement tout enjoué, il pressent finalement que ces vacances vont donner dans le surprenant. Son concubin ne semble pas là. Il le cherche, l'appelle mais rien n'y fait, Eaque est aux abonnés absents. Ce n'est pas dans ses habitudes de paniquer mais là Minos s'inquiète. Il décide de lui téléphoner. Au bout de deux sonneries on décroche.
— Oui Eaque où es-tu ?
— Ah bisou mon chaton, tu as passé une bonne journée ?
— Oui bien, où tu es ?
— Je suis chez Val. Il m'a fait une crise aujourd'hui au théâtre, il ne digère pas que le rôle principal peut lui passer sous le nez. Il est en pleine hystérie et Rhad est injoignable, je me suis dévoué.
— Tu m'étonnes que Rhad se désiste. Bon tu rentres quand à peu près ?
— Je ne sais pas mon chaton… Probablement en milieu de soirée, il est au plus mal. Aïe, il vient de péter un vase.
— A ce point ?
— Oui. Sois gentil… Essaie de joindre Rhad pour qu'il prenne le relais…
— Je vais essayer mais je ne te promets rien, il ne décrochera pas.
— Qu'est-ce qu'il te fait dire un truc comme ça ? Val est son mec il doit être présent pour lui remonter le moral.
— Oh une vague idée, je t'attends, ne rentre pas trop tard.
— Oui Minos promis. A tal' je t'aime.
— Je t'aime, ciao.
Comme promis l'argenté tente de joindre son ami par tous les moyens. Ce félon ne donne signe de vie, il feinte le mort. Super ! Eaque devra se dépatouiller avec les déboires de Valounet.
Devant son PC le norvégien se renseigne sur le trajet à venir, il faut commencer de préparer les affaires et de s'informer sur l'itinéraire. La voiture ne se conduira pas toute seule et une fois de plus il se tapera la route seul aussi, puisque Eaque déteste prendre le volant sur les longs trajets… Il préfère babiller, chanter à tue-tête, se bâfrer de snacks ou de dormir bien au chaud. Bref son cœur ne lui est pas d'une grande aide dans ces moments là… Il n'est même pas foutu de jouer le rôle de copilote. Grâce à son sens de l'orientation, ils se perdent à chaque fois. Mieux vaut qu'il prenne les rennes, comme d'habitude quoi.
Où est Rhadamanthe ?
Il se terre dans son nid douillet le bougre !
Pour savoir que son copain va mal, il le sait pas de soucis là-dessus. Les messages d'Eaque le prouvent, plus ses appels, plus les messages vocaux laissés sur son répondeur. Effectivement il joue le mort. Ne supportant plus les crises à répétition de sa douce moitié, il évite de s'en mêler. Et surtout : il ne veut certainement pas épancher ses pleurs. C'est bon il a donné, next !
Une idée jaillit dans son cerveau cartésien… Une bouffée d'oxygène, un moment d'évasion… Partir… Pour ne plus revenir… Si, il reviendra mais ses amis lui ont suggéré malgré eux une bonne idée : partir en vacance ailleurs. Déserter la grisaille parisienne, les rues polluées, l'humeur exécrable des franciliens pour retrouver un autre type de grisaille. Celle du doux pays nommé Scotland. Il a de la famille là-bas, ses cousins : Raghnall et Ruaraidh. N'allez pas dire à ses oncles et parents que dans la famille ils portent des prénoms abracabrants, cela les vexerait. C'est décidé, il formulera le vœu de poser ses vacances entre avril et mai. Et sans Valentine, précisons-le.
Chez Rune les choses s'empirent, il va de plus en plus mal. Aphrodite son sophrologue a rédigé une lettre pour son médecin traitant l'incitant à le mettre en arrêt maladie pour quelque temps. Il subit une dépression sévère à cause des manigances de son patron. Rien ne se décante au contraire. Mais avant de se rendre à sa consultation de fin de semaine, il panique. Une crise d'angoisse monte en ce moment et personne n'est là pour le soutenir. Alors il téléphone à Eaque, son sauveur. Seulement le brun joue les bons samaritains avec Valentine, il ne possède pas le don d'ubiquité. Anxieux, il appelle Alraune… Qui ne répond pas – sûrement s'égare-t-il dans des bras inconnus. Il ne reste plus personne, Minos hors de question !
Tant pis Rune demande à Aphrodite de venir urgemment à son appartement, là il ne sait plus comment faire pour calmer son angoisse. Le breton prend à cœur le problème du jeune homme, il n'a jamais vu un de ses patients souffrir autant, il compatit à sa situation. Se voir harcelé par un ignoble porc à de quoi désarçonner plus d'une personne, Rune tient depuis longtemps déjà ce qui prouve qu'il renferme un caractère fort.
En arrivant devant l'immeuble haussmannien le bleuté retient son souffle, le cadre est très huppé. Il sort de sa Peugeot cabossée pour se diriger devant la grande porte en fer forgée surmontée de pierres travaillées. Un digicode barre sa progression alors il sonne à l'interphone – sécurité oblige. Quand il pénètre dans le hall, l'émerveillement le prend par surprise. Un long couloir orné de colonnes en marbre beige s'étale jusqu'à un vestibule. Sur les murs sont accrochés des lampadaires ronds produisant une lumière tamisée. Le marbre du sol est travaillé en petits damiers beiges et noirs, et sur chaque côté des murs, des portes en bois les entrecoupent. Le vestibule justement où descend un immense escalier en pierre polie se trouve être plus luxueux que le salon d'Aphrodite. Le bois couleur miel des encadrements de portes et de l'ascenseur se marient bien avec le papier peint jaune pâle. Le breton se croirait dans un palace, il pourrait vivre dans les parties communes… Oui il n'a plus qu'à amener son sac de couchage. Trop paresseux pour monter l'escalier, il prend l'ascenseur. Une musique insipide le guide jusqu'à l'étage de Rune.
Ce dernier l'invite à entrer dans son « modeste » appartement. Là encore le bleuté se perd dans la contemplation des plafonds style Versailles et de tous les apparats que possède le logement. Il ne sait plus où donner de la tête tant la richesse des lieux lui saute à la gorge.
Il ne se mouche pas du coude ce Rune !
L'homme de lettre propose à son sophrologue de s'installer confortablement mais ce dernier ne sait pas où s'assoir. Il n'ose poser son postérieur de prolétaire sur un des fauteuils cosi du jeune homme. Aphrodite se sent gauche et nigaud. Pourtant il adore les ambiances boudoirs mais là cela dépasse tout ce qu'il pouvait imaginer. On se croirait chez Louis XIV. Seulement chez Louis on ne boit pas de bière… Alors le jeune homme retient sa respiration en se tenant plus droit qu'un « i », tout serré et endimanché.
Rune sert les boissons – thé Oolong à la lavande accompagné de meringues – sous l'œil effaré d'Aphrodite… Il n'en revient pas du raffinement que détient l'argenté bis. Une larme de gratitude nait aux coins de ses yeux, jamais il n'a rencontré un individu aussi distingué.
Le visage de l'érudit semble fermé, son air grave montre une grande inquiétude. Ses traits se durcissent, pauvre misère. Il est d'une sévérité cassante, seuls ses iris maussades trahissent son état.
— Je m'excuse de te déranger à cette heure tardive Aphrodite mais… J'avais besoin d'évacuer tout ce stress et personne n'était joignable. Sinon je ne t'aurais pas demandé de venir. Je suis navré.
— Ce n'est rien enfin Rune… Au contraire tu as bien fait, ne reste pas avec tes névroses, elles vont s'accroître de plus en plus. Tu fais d'énormes progrès moi je trouve.
— Ah bon et comment ça ? demande Rune en buvant une petite gorgée de thé le petit doigt relevé – qui exprime son côté maniéré chochotte.
— Et bien, auparavant tu ne te serais pas permis de divulguer tes soucis à qui que ce soit. Là tu m'apprends que tu as contacté tes amis et moi en dernier recours… Pour ne pas t'ensevelir plus dans ton cafard. C'est une très bonne chose, nous avançons.
— Tu n'es pas fâché que je t'ai appelé ? Tu ne trouves pas que j'abuse ?
— Mais non puisque je te le dis… Bon, tu y vas quand chez ton médecin ?
— Vendredi en fin de journée, pourquoi ?
— Rune… Il va falloir accentuer ta déprime. Je sais qu'elle n'est pas jouée, je ne remets pas en cause ton mal être. Ca on le voit. Mais comment dire… Devant ton docteur tu devras en rajouter pour qu'il te donne un sérieux arrêt. Genre de plusieurs mois, tu comprends ? Ca te fournira un répit pour te remettre d'aplomb et trouver une solution à ton problème.
— Je te suis mais je n'aime pas mentir ou mendier. Et puis je ne suis pas bien, comme tu le confirmes ça se voit.
— Oui mais je t'assure qu'il va falloir en remettre des couches pour justement avoir la possibilité d'être arrêter plusieurs mois… Tu sais maintenant les médecins n'offrent plus de grands arrêts, il faut se justifier et pour tout. Tu ne tiendras pas longtemps si tu dois revenir au travail en affrontant ton chef trop tôt…
— Il faut que je fasse quoi d'après toi ?
— Pleure.
— Pardon ?
— Oui pleure.
— Mais… Mais c'est impensable ! Je ne montre pas mes faiblesses en public et devant n'importe qui.
— Pleure, gémis, effondre-toi en sanglots, suffoque, fais quelque chose… Pique une crise, mais surenchère. Fais-moi confiance. Cela te donnera le temps de continuer les séances avec moi et d'entamer une psychothérapie si tu le souhaites, ou encore des démarches judiciaires ou autres… Si tu veux on peut chercher des groupes de parole, des associations. Ce n'est pas une marque de faiblesse, ce n'est pas toi qui es en cause mais ton patron qui m'a l'air d'être un gros désaxé mental !
— Je ne sais pas tout va trop vite…
Aphrodite pose sa tasse et prend la main du jeune homme.
— Bon, je te le dis et n'hésite pas : appelle-moi quand tu en as envie, je répondrais présent ne te soucie pas de savoir si tu m'importunes. Si je te le propose c'est que cela ne me gêne pas. Je te laisse digérer mais surtout, si tu veux entamer une démarche et bien contacte moi avant. Je viendrais avec toi.
— Pourquoi tu fais tout ça ? Rien ne t'y oblige.
— Parce que je n'aime pas voir quelqu'un d'aussi mal voilà. C'est injuste, il mérite de payer ce salaud. Eaque a bien fait de nous présenter, ça ira.
Pour marquer sa confiance en l'avenir, Aphrodite tapote la cuisse de Rune qui le regarde en se taisant. D'habitude il n'apprécie pas les contacts trop familiers, d'autant plus que son invité n'est pas encore un ami, donc un intrus dans son cercle privé. Pourtant ses paroles réconfortantes et sa sincérité le touche, il se sent plus en confiance auprès du breton. Il le laisse faire. Pour la première fois depuis bien longtemps il se sent entouré, il n'est plus seul. Il peut compter sur quelqu'un d'autre. Sa destinée va espérons-le s'éclaircir.
Plus le départ approche et plus Eaque devient impatient pire qu'un môme attendant la veille de Noël. Pour partir l'esprit tranquille, Camus vient aujourd'hui régler cette histoire de casting. Justement tous l'attendent de pied ferme mais notre écrivain à succès semble exceller dans le domaine du languissement. Pire qu'une personnalité VIP il se fait désirer le sacripant.
Vers quatorze heures passé de beaucoup de minutes, il débarque enfin, son air suffisant porté en étendard. Eaque l'attendait vers onze heures… Enfin il va se taire, n'en rajoutons pas.
Camus arrive avec classe, ses petites lunettes accrochées au bout du nez, sa chevelure remontée en chignon haut comme les samouraïs ou Jared Leto. Il porte un pantalon à revers noir et un gilet en laine vierge gris perle, en dessous une chemise au col impeccable. Le style intello branché en somme. Il se poste devant le directeur, bras croisés en toisant tout le monde. Un sourcil arqué traduisant son mécontentement – ou sa supériorité on ne sait pas.
— Camus je suis heureux de vous revoir ! déclame Eaque en lui tendant sa main.
Que ce dernier n'accepte pas. Camus ne sert la main de personne.
— Bonjour monsieur Moryl. Alors ces comédiens où sont-ils ? Je dois vous avouer que vous me faites perdre mon temps… Pourquoi ne départagez-vous pas vous-même votre troupe ? Je vous signale que j'ai des manuscrits à finir et que l'écriture n'attend pas.
Et bla bla bla et bla bla bla !
Ces artistes, tous les mêmes, des chiures !
Ce sont les pensées qui fleurissent dans la tête du népalais. Monsieur Varese ne dément pas cet adage.
Il se contient en serrant les dents, il se mord la langue d'ailleurs.
— Mais très cher Camus, c'est vous qui décidez de bon nombre de détails concernant la mise en œuvre de votre pièce. Le rôle principal va diriger le fil conducteur de votre écrit, si l'acteur ne correspond pas à vos attentes, la pièce peut s'en trouver changer.
D'un geste négligent, l'écrivain secoue sa main comme un souverain chasserait ses sujets.
— Bien, bien commençons. En scène !
Il part s'assoir dans un des sièges au premier rang. De suite une assistante lui apporte un café noir et des petits biscuits. Un stagiaire lui donne un script et un troisième une serviette en papier. Les consignes sont claires : satisfaire Camus dans ses moindres désirs et surtout le conforter dans sa gloire personnelle. En gros tout le monde doit jouer les lèches bottes et lui passer une grosse, grosse dose de pommade… Avec toute la pommade que le directeur lui passe il pourrait glisser des mains de n'importe qui.
Valentine déclame son texte, puis Siegfried. Camus main entravant sa figure réfléchit.
Il réfléchit et réfléchit encore et encore… Les minutes passent, rien ne se décide. Les jeunes gens perdent patience, Eaque reste suspendu aux lèvres pincées.
L'auteur enchaîne les poses pensives, son cerveau surdimensionné cogite à fond. Puis il lève la tête et pousse un profond soupire las.
— Je ne parviens pas à vous départager. Recommencez, mais cette fois reprenez au troisième acte, scène deux.
C'est reparti pour un tour.
Orphée dans un coin, a joint ses mains dans un signe de prière en implorant le Saint patron des comédien qu'il choisisse Siegfried – oui il a envie de se l'envoyer.
Quant à Eaque, il croise les doigts derrière son dos pour que ça soit Valentine l'heureux élu…
Camus tient son index et son pouce en V contre son nez et produit des petits bruits bizarres qui aide sa réflexion, comme des « tss-tss ». Il fait penser à un vieux réveil sur le point de rendre l'âme. Silence dans la salle…
— Eh bien ma décision est prise ! Monsieur von Wahrendorff je vous retiens pour le premier rôle.
Un tonnerre d'applaudissement résonne pour Siegfried tandis que Valentine se décompose sur place la bouche ouverte. De plus en plus, Eaque distingue parfaitement le fond de sa gorge y compris sa glotte. Son teint pâlit de seconde en seconde, vite il faut le sortir d'ici avant qu'un scandale n'éclate.
Les gens se pressent autour de Siegfried, le directeur en profite pour pousser son ami en dehors de la scène, il manque de le faire tomber parce que ce dernier de répond plus. Même son corps se statufie. Ses yeux s'écarquillent enfin, il ressemble au personnage du tableau Le Cri d'Edvard Munch. C'est horrible, Valentine est moche comme ça.
Personne n'entend le cri que pousse le comédien dehors sur le parking, Eaque l'a entraîné à l'abri des regards. Il tente de raisonner son ami qui se targue d'avoir été trahi par tout le monde lui y compris… Valentine secoue son ami par les épaules en le traitant de parjure, d'hypocrite et de petit con… Hum hum… Il va trop loin, pauvre de lui. La réponse ne se fait pas attendre puisque le brun si enjoué d'habitude lui assène une claque qui rebondie sur ses joues. Le claquement s'éteint entre les voitures.
Splaf ! Le rosé récolte une trace rouge sur sa joue et les jurons d'Eaque. Après tout ce qu'il fait pour les autres voilà ce qu'il reçoit : de l'ingratitude ! Merci l'amitié !
A la maison il boude un peu. Heureusement nous sommes vendredi soir, il n'y a plus qu'un jour à attendre le fameux départ. Eaque pourra se la jouer en haut des pistes dans sa combi violet pétarde. Pour le moment c'est étonnamment Minos qui rayonne. Il prépare ses bagages en chantonnant.
Attention, nous reprenons… Minos chante, incroyable !
Il va pleuvoir des grenouilles. En prime il chante bien le bougre.
— Mon chaton tu me donnes le tournis arrête-toi cinq minutes et vient m'embrasser. J'ai passé une journée affreuse. Val m'a pris la tête.
Eaque tend ses bras en attendant son chaton dans le canapé. Minos va et vient tel un cyclone gris. Il montre une chemise habillée à son cœur.
— Tu crois que je l'emmène celle-là mon cœur ? Elle me va bien… Mais je me tâte…
— Oui prends-là. Pourquoi tu me poses cette question ? Tout tes habits te vont tu le sais bien.
Minos admire sa chemise sous toutes les coutures puis va en chercher une autre qu'il compare.
— Je ne sais pas… Je ne les aime plus… La noire ou l'autre ? Eaque ?
— Euh… Je dirais l'indigo. Elle fait ressortir ta chevelure mon cœur. La noire est pas mal aussi elle est plus stylée.
— Je prends les deux !
Minos repart le pas alerte en fredonnant. Cela fait bien longtemps que notre homme revêche ne s'est senti aussi insouciant et léger. Il prend un soin méticuleux à choisir ses tenues, non pas pour plaire à son compagnon mais pour subjuguer le beau prétentieux d'en face. Il veut paraître à son avantage dans n'importe quelle situation à venir, alors il prévoit tout. Même ses sous-vêtements sont triés sur le volet.
En bas du duplex on entend Eaque quémander.
— Minos et mon bisou !
Au moment du repas l'argenté n'est pas vraiment présent, il semble plongé dans ses réflexions sans écouter Eaque parler.
— Oh tu sais qu'Albafica te soulagera durant le trajet.
Au loin il comprend « Albafica te soulagera » autrement que son sens premier. Il se reprend.
— Quoi ? Tu disais quoi ?
— Je disais qu'Albafica prendra le relais durant le trajet. Pour que tu puisses te reposer. C'est gentil de sa part, hein ? Tu pourras dormir un peu.
— Il s'est proposé ?
— Oui, oui, ment Eaque pour ne pas divulguer qu'il n'a aucune envie de supporter cette corvée.
— Mais il ne sait pas conduire ma BM !
— Oh ça va, ta BM… Ce n'est pas compliqué, il ne va pas te la rayer mon bichon. T'es jamais content de rien.
— C'est sûr, ce n'est pas la tienne qu'on prend, tu t'en fiches.
— Bon Minos cesse de jouer les enfants capricieux, t'es gonflant à la longue. Albafica veut te rendre service et toi tu casses les pieds encore ! Débrouille-toi ! Qu'est-ce que tu veux que je te dise ?
— Tu as raison excuse-moi mon cœur.
— J'aime mieux ça.
Les rôles s'inversent, Eaque fin manipulateur, culpabilise son compagnon alors qu'il ne se propose pas pour l'aider. Petit démon au visage d'ange… Tous ces inconvénients passent au dessus du norvégien puisqu'il ne retient que le sujet qui l'intéresse : à savoir que son voisin affriolant lui offre ses services de conducteur… Il a vraiment le cœur sur la main.
Dans l'appartement d'en face c'est l'effervescence. Albafica prépare également ses tenues les plus chics pour ce séjour. Il embarque toute sa salle de bain dans sa trousse de toilette. Il arrive par stresser son mouton doré.
— Shiooon ! hurle t-il depuis le fin fond de la pièce d'eau.
Le concerné finit de laver la vaisselle dans la cuisine.
— Shiooon !
Il la range dans les placards, termine de couler le café et passe l'éponge sur la table.
— SHION !
— Quoi Alba ? questionne le maitre zen en bas des escaliers.
— Où est mon fer à lisser !? Je ne le trouve nulle part !
— Mais… Pourquoi tu veux emmener un truc pareil ? On ne se rend pas au mariage de Kate Middelton ! Tu n'en a pas besoin.
Une tête bleue apparaît en haut des marches, par-dessus la balustrade.
— Tu te moques de qui ? Bien sûr que c'est indispensable ! Sinon je frise comme Aphro et c'est moche.
Il repart fouiller un peu partout. Shion se gausse, son ange a le don de dramatiser pour un rien. Une fois dans la chambre, il assiste à un spectacle hallucinant. Albafica a déversé la totalité de son armoire sur leur lit et au pied du meuble. Ses vêtements s'étalent partout.
— Tu… Tu ne comptes pas emmener tout ton dressing quand même ?
Albafica se tortille en s'admirant devant sa glace.
— Il ne me fait pas un gros cul ce jeans ? Franchement.
En se grattant le front Shion répond dubitatif.
— J'en sais rien… Non… Tu es parfait et tes fesses aussi… Est-ce si important si ce jeans te fais un gros cul ? Nous allons skier personne ne le verra… Je ne capte pas là.
L'infirmier fait la moue, il n'est pas convaincu.
— Non, je ne le prends pas. Il ne m'avantage pas.
Il se dit en lui-même que si forcément que quelqu'un va le voir son postérieur. Minos pardi ! Qui ne se privera pas de le détailler des pieds à la tête. A cette pensée le voilà qu'il recommence ses gloussements de galliformes. Cette idée l'émoustille malgré tout. Shion le plaque sur le lit en le couvrant de son corps, et en profite pour mordiller son épaule en grognant de contentement. Lui aussi la vue des formes de son amour le met dans des états d'excitation avancée. Sous les assauts de Shion, Albafica s'abandonne à la luxure tout en rigolant. Il est d'une humeur plus que guillerette.
Le lendemain ils continuent leurs préparatifs quand une sonnette leur indique qu'un invité surprise s'annonce. Shion ouvre la porte et découvre Kanon la mine renfrognée, il a sa tête des grands jours encore. Que lui arrive-t-il ?
Au milieu du salon le restaurateur parle de ses déconvenues avec le nouveau mec de son frère à ses amis qui tournent et virent pour préparer leurs affaires. Ils l'écoutent d'une oreille distraite.
— Bon alors je n'allais pas rester à les regarder se bécoter tout le week-end ! Mais c'est chez moi aussi, c'est un comble que je doive partir non ? Vous n'êtes pas de mon avis ? Qu'ils aillent faire leurs cochonneries ailleurs… Chez Milo par exemple… Je ne l'encadre plus lui, j'ai envie de lui fracasser la tronche à chaque fois que je le vois. Et le pire ! Non mais le pire c'est qu'il s'incruste tous les soirs chez nous ! Et Saga ne dit rien. On dirait que ça lui plait, se plaint Kanon.
Albafica s'arrête net une écharpe en main.
— Kanon ! Tu te rends compte de la manière dont tu parles de Milo ? C'est un chic type moi je l'aime bien. Pas vrai mon dou' ?
— Oui moi je le trouve sympa et rigolo Milo ! Où est le problème ? En plus il rend Saga heureux, c'est génial. Tu devrais te réjouir pour ton frère.
— Milôôô ! Encore Milôôô toujours Milôôô… C'est le plus formidable mais ouais bien sûr ! Vous n'allez pas vous y mettre non plus ? Toute la journée j'entends les louanges de mon idiot de frangin sur lui. Stop ça suffit j'en ai marre !
— Oh toi tu nous fais une crise de jalousie… Ne t'en fais pas il ne va pas t'abandonner ton frère, rétorque Albafica.
— Mais ce n'est pas ça, vous comprenez rien ! Il n'est pas net… Quelque chose cloche chez lui, je le sens faux, mais faux… Il y a un petit truc qui tourne pas rond, je m'inquiète pour Saga, lui il tombe dans le panneau.
— N'importe quoi mon pauvre. Le seul truc qui ne tourne pas rond se passe dans ta tête et uniquement dans ta tête, décrète Shion.
— Je suis un incompris ! Moi je possède un sixième sens pour ces choses là… Vous verrez, un jour Milo montrera son vrai visage et ce jour là vous tomberez des nues en admettant que j'avais raison.
— Si tu le dis mon biquet, en attendant est-ce que tu pourrais te pousser tu gênes le passage ? conclut le maître zen.
Kanon fait le pied de grue chez ses amis en ne les aidant absolument pas à terminer leurs bagages. Il se sert dans la cuisine comme s'il était chez lui en boisson et cochonneries à déguster, en regardant la TV ou en pianotant sur leur ordinateur. Il passe le temps comme il le peut, ne souhaitant pas assister au spectacle des roucoulades de son jumeau. Le pauvre, chassé de chez lui…
Tout en éparpillant des miettes de cookie un peu partout sur le divan, il demande.
— Oh fait, vous l'avez revu Rhad ?
— Pourquoi tu me poses cette question ? répond Shion.
— Comme ça pour savoir…
— Oh mais… Tu m'as l'air bien intime avec lui pour l'appeler Rhad. Est-ce que je me trompe ?
— Non pas si intime que ça, mais je ne l'ai pas revu depuis un bout de temps et comme vous habitez en face de ses amis je me demandais si vous l'aviez revu. Il est toujours avec sa pintade mollassonne ?
— Tu sais honnêtement nous ne faisons pas attention à ton Rhad pour tout te dire… Je ne sais pas s'il est encore avec son copain. Tu n'as pas son numéro de téléphone ?
— Non. C'est pour ça que je te demande Shion, mets-y tu tiens.
— Albafica doit l'avoir non ? Alba, viens s'il te plait !
L'infirmier arrive avec des pulls dans les mains.
— Oui, quoi ?
— Kanon veut savoir si tu as le numéro de Rhadamanthe ?
— Non pourquoi je l'aurais ? J'ai celui d'Eaque… Ah mais attends, je crois qu'Aphrodite doit l'avoir…
Kanon s'insurge en se redressant du canapé.
— Pourquoi Aphro l'aurait d'abord ?
— Tu connais son goût immodéré pour les cancans. Il aime avoir plein de contacts, ça le rassure. Attends je vais l'appeler, c'est sûrement Eaque qui le lui a donné, il a le numéro de tout le monde. Je reviens.
Le restaurateur fabrique du boudin grec, comment ça Aphrodite possède le numéro de son beau gosse ? Ce n'est pas juste.
Au bout de dix minutes, le bleuté revient avec la précieuse information qu'il a noté sur un morceau de papier. Il le tend à son ami.
— Tiens, arrête de bouder, tu l'as son numéro.
— Super ça m'avance à quoi ? Il va se demander comment je l'ai eu ! Ce n'est pas à moi de me mettre à genou devant lui. Je ne ferais pas le premier pas, j'estime que je trime assez pour l'avoir. Il sait parfaitement qu'il me plait.
— Tu es bien compliqué je ne te suis plus, informe le breton.
Pour suivre le cheminement de Kanon cela s'avère plus dur que le parcours du combattant. Quand quelqu'un lui annonce la couleur noir, lui dit blanc et inversement quand on lui dit blanc il préfère le noir… A croire qu'il aime les prises de tête.
Il reste pour le dîner, ce soir il ne travaille pas. Albafica aimerait se coucher tôt pour être en forme pour le lendemain mais ils regardent des films d'horreur sur leur lecteur DVD. Kanon commente toutes les scènes ce qui devient pénible à la longue, personne ne profite de l'effet de surprise des tueries. Il part enfin sur les coups de minuit en laissant un Albafica livide manquant de sommeil. Le trajet du lendemain risque de se révéler pénible.
(suite...)
