Note de la traductrice : Bonjour à toutes et à tous ! Comme pour chaque chapitre, je suis très reconnaissante à Gargouilles pour la correction. C'est grâce à elle que vous pouvez lire cette traduction sans vous heurter à des fautes d'orthographe débiles ! (rappelons que « débauche » et « débouche » n'ont pas du tout le même sens). Et merci à toutes pour vos messages.

Une petit tour chez Angelo ? Bon appétit !

Résumé du chapitre : Angelo n'aime pas le bonnet de John. Sarah Sawyer, co-conspiratrice.

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Chapitre 36

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Le restaurant d'Angelo était fabuleux. J'en tombai amoureux sur le champ, et pas seulement parce que mon estomac se réveilla et se souvint qu'il pouvait avoir faim à l'instant même où nous franchîmes la porte. C'était peut-être une réponse pavlovienne, mais vraiment, je ne crois pas avoir jamais senti un air aussi foutrement appétissant que l'air qui remplissait la salle chez Angelo.

« Par ici. » Holmes toucha mon coude et m'indiqua une table près de la fenêtre. J'étais trop occupé à me retenir de baver pour faire très attention à la décoration. Je remarquai vaguement les larges fenêtres qui laissaient entrer la lumière, des chandelles éteintes, des conversations à voix basses avant que le propriétaire ne se jette sur nous tel un ouragan de bonne humeur.

« Sherlock ! John ! » L'homme bedonnant ne lésinait pas sur l'effusion de joie, les yeux brillants et l'accueil larmoyant. Il nous étreignit tous les deux. Il sentait les pâtes et la sauce bolognaise. Mon estomac réclama bruyamment et de manière très embarrassante à manger.

« John, dit mon étrange colocataire avec un sourire en coin, arrête de fixer Angelo et assieds-toi. Il va finir pas croire que tu as oublié à quoi il ressemblait.

- Oh, bien sûr. » Si Sherlock voulait continuer son petit manège de John-Watson-n'est-absolument-pas-foutrement-amnésique, je jouerais le jeu. Pour le moment. Après tout, je n'avais jamais raté une interro surprise de toute ma vie. « Désolé, Angelo. Bon Dieu, je suis affamé. Si vous nous apportiez la même chose que d'habitude ?

- Bien sûr ! Tout ce que vous voudrez ! » Angelo m'assena une grande claque dans le dos avant de disparaître.

Je pris le siège tournant le dos à la fenêtre et étirai mes jambes, forçant les muscles à se détendre. Sherlock était perché sur le bord de sa chaise de l'autre côté de la table, il regardait la rue passante pas dessus mon épaule.

« Alors, me lançai-je. Est-ce que ce serait vraiment si difficile ?

- Quoi ? » demanda Holmes, ramenant son regard aux arcs-en-ciel sous-marins vers mon visage avant de se tourner à nouveau vers la fenêtre. Sans que je sache dire quand, ses jambes s'étaient mêlées aux miennes sous la table. Je décidai d'ignorer cette intrusion, parce que ce type avait des putains de longues jambes, et parce que j'aimais sentir la chaleur de ses muscles contre les miennes.

« Tu sais, ce serait peut-être plus simple pour tout le monde si je disais juste 'Désolé, j'ai pris un choc à la tête, je ne me rappelle ni de votre nom ni de votre tronche, mais je suis quand même enchanté de vous re-rencontrer'. »

Sherlock haussa les épaules. « Il a déjà déduit que tu avais reçu un choc à la tête. Et lui non plus n'aime pas ton bonnet. » Il attrapa une fourchette à salade et fixa ses dents d'un air mauvais. « Donner des explications est une mauvaise idée.

- Pourquoi ? »

Angelo arriva littéralement en coup de vent pour nous déposer une bouteille de vin rouge accompagnée de deux verres ainsi qu'une corbeille de pain chaud. Il était à peine plus de midi, mais la bouteille avait l'air prometteur, et je décidai que je pouvais bien me faire un petit plaisir de temps en temps. Je me servis en m'efforçant d'ignorer le fait que notre hôte regardait effectivement mon bonnet en fronçant les sourcils. Je croisai son regard, et Angelo sursauta, embarrassé d'avoir été pris la main dans le sac.

« Il vous faut une bougie ! » décida-t-il, et il repartit à toute allure.

« On est en pleine journée, protestai-je, mais Holmes se contenta de sourire.

- Nous avons toujours le droit à une bougie, dit-il en jouant avec la fourchette. Nous en avons déjà parlé plusieurs fois. Sois plus attentif, John.

- Je m'en souviens, c'est juste que je ne t'avais pas cru. » Je chopai un morceau de pain et grognai comme le sel et le beurre fondaient sur ma langue. « Oh, bon Dieu, c'est absolument délicieux.» Je mâchai avec enthousiasme et décidai que Holmes pouvait me traîner chez Angelo aussi souvent qu'il le voulait. Nous allions manger chez Angelo tous les jours. Deux fois par jour, même. « Putain, ce que c'est bon. Pourquoi, alors ? Pourquoi donner des explications serait une mauvaise idée ? »

Cette fois-ci ce fut Sherlock que je surpris à me regarder, et ce n'était pas mon bonnet qu'il fixait. Sa jolie bouche était entrouverte, le bout de sa talentueuse langue visible contre sa lèvre inférieure. Son cou et ses joues étaient en train de se teinter de rouge. Mon cœur bondit devant cette vision.

« John, commença-t-il langoureusement. Peut-être qu'après tout nous pourrions prendre à emporter… »

J'éclatai de rire : je ne pus m'en empêcher. « Pas question. C'est toi qui m'as traîné de force ici. On mange. Ici. On ramènera le dessert à la maison. » Je lui souris : c'était une promesse. Depuis la première fois en plus d'une semaine, je me sentais à nouveau moi-même. « On le mangera au lit, d'accord ? »

Il reposa la fourchette et captura ma main pendant que je me servais un autre morceau de pain. « Donner des explications est une mauvaise idée parce que tu détestes la pitié, John. Et parce que les explications sont compliquées, et inutiles sur le long terme. La mémoire te revient. »

Je pressai ma paume contre la sienne et souris tristement en regardant nos doigts enlacés. « Qu'est-ce qui te fait dire ça, Holmes ?

- C'est évident. » Il haussa les épaules. « C'est toi qui nous a guidés jusqu'ici, John. Je n'ai rien fait d'autre que marcher à côté de toi. Tes pieds ont retrouvé leur chemin. Et puis, là où tu t'es assis.

- Ben quoi ?

- Tu as pris ta place habituelle. A notre table habituelle.

- C'est toi qui m'as désigné cette table. Et j'ai pris la chaise la plus éloignée. Ça s'appelle la politesse, Sherlock. »

Il se contenta de hausser à nouveau les épaules, et serra ma main. « Peut-être, John. Mais peut-être pas. »

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Mrs Hudson me surprit à essayer d'enlever moi-même mes points de suture devant le miroir de la salle de bain.

« John ! » s'exclama-t-elle, et, de surprise, j'en lâchai les ciseaux et la pince. « Qu'est-ce que vous faites ?

- Heu… » Je croisais dans le miroir son regard scandalisé. « Le docteur ?

- Sur vous-même ? John, ne soyez pas idiot ! Vous allez vous couper une oreille, ou pire encore… »

Je ne pus m'empêcher de ricaner. « Mrs Hudson, ça me paraît tout à fait improbable. J'aurais pu demander à Holmes, mais il a dû partir en urgence. Une histoire d'incendie en proche banlieue, et de cendres. » Mrs Hudson n'avait pas complètement tort, cependant. Enlever ses propres points de suture s'avérait un poil plus difficile que ce que j'avais imaginé.

« Pourquoi n'êtes-vous pas tout simplement allé au cabinet médical ? Sarah s'occuperait de vous ! Et qui sait quel genre de microbes doivent traîner dans cet appartement ! Ce n'est pas vraiment… hygiénique… non ?

- C'est sûr. » Elle avait raison, mais je n'avais pas encore réussi à admettre que je ne pouvais me souvenir d'aucune autre option. « Sarah qui ?

- Oh, John. » Ses yeux se remplirent de larmes et elle était là, cette pitié dont Sherlock essayait de me protéger – et il avait raison, je la détestais. « Venez, allons chercher Maddie. Je vais vous y emmener, et vous serez soigné correctement ! Quel soulagement ce sera de ne plus voir ces horribles bouts de fil noir, n'est-ce pas ? Sherlock va être tellement étonné quand il rentrera ! »

Elle s'affaira, s'occupant de mille choses, cachant ses larmes.

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Sarah Sawyer fut une bénédiction. Une fois à son cabinet – j'avais laissé Maddie et Mrs Hudson dans la salle d'attente – elle m'examina minutieusement, le regard plein d'une curiosité toute professionnelle, sans aucun signe de dégoût ni de sympathie.

« John Watson, me gronda-t-elle gentiment pendant que je m'installais sur la table d'examen. Qu'est-ce qui t'est arrivé ?

- Une balle dans le crâne. »

Elle émit un petit couinement incrédule, puis se pencha vers moi, toute excitée. « Vraiment ! Et tu n'es pas mort ? C'est incroyable ! Regarde-moi ça, c'est vraiment moche… Oh, désolée ! » Elle ne semblait pas vraiment l'être. « Pas les points de suture, juste l'entaille. Les points de suture sont très bien faits. Par quelqu'un qui s'y connaissait, c'est sûr. » Ses doigts froids tripotèrent ma cicatrices. « Ça s'est passé il y a combien de temps ?

- C'était une américaine, dis-je. Elle a bien bossé. Les sutures sont un peu serrées, quand même. Et c'était il y a presque un mois. »

Je la regardai du mieux qu'il m'était possible pendant qu'elle tenait mon menton. Elle était petite, charmante, et très sûre d'elle. Mrs Hudson m'avait dit que nous avions été amants, brièvement, puis amis pendant bien plus longtemps. Je comprenais pourquoi. Sarah Sawyer était le genre de fille qui faisait se sentir bien dans sa peau.

Mrs Hudson m'avait aussi dit que Mary n'avait pas voulu qu'elle soit invitée à notre mariage.

« Tu as essayé de les retirer toi-même, John ?

- Un peu. En fait ce n'est pas si simple que ça de couper un fil de suture quand on se voit à l'envers dans le miroir. »

Elle rit, et je lui souris.

« Ils ont bien cicatrisé, à part ça. » Elle recula. « Je te les enlève, ça sera fait en un rien de temps. Qui tu vois comme neurologue ?

- Personne. »

Elle s'arrêta, mit les mains sur les hanches et me lança un regard de réprimande. « John Watson, après une blessure comme celle-là ? Il va te falloir des radios de contrôle, et de la chirurgie reconstructrice. A moins que tu ne veuilles garder une entaille dans ta tête pour le reste de ta vie. Et les effets secondaires ? Tu en as eus ? Une diminution de l'appétit, visiblement. Des maux de tête ? Oui, c'est bien ce qui me semblait. Quoi d'autre ? »

Mary n'avait pas voulu qu'elle soit invitée à notre mariage.

« Oui. » répondis-je, parce que j'avais soudainement besoin d'une amie, de quelqu'un qui pourrait me regarder sans appréhension, sans rien attendre de moi, sans ce petit pincement de culpabilité qui était toujours présent, mal caché derrière les arcs-en-ciel sous-marins.

« Des pertes de mémoire. Beaucoup de pertes de mémoire. En fait, j'aurais juré que je ne te connaissais ni d'Eve ni d'Adam, Sarah, si ma logeuse ne m'avait pas aidé. Mais j'essaie de garder ça secret, parce que Holmes pense que c'est ce dont j'ai besoin. Alors, tu sais… N'en parle à personne. » Je ne pouvais plus m'arrêter de parler. « Oh, et tant que j'y suis, il y a ces brûlures sur mes bras, peut-être que tu pourrais y jeter un coup d'œil et me dire ce que tu en penses ? »