ROSE 35

Sur l'Olympe, deux frères étaient assis en train de regarder le monde passer de rose à toutes les couleurs de l'arc-en-ciel.

C'était un bel après-midi, un peu long, mais c'était parce qu'Hélios n'avait pas encore repris le travail, donc le soleil n'était pas encore couché, mais vraiment, le Rose était fini et tout redevenait normal.

Ils commencèrent à célébrer.

Jusqu'à ce qu'ils remarquent les paons.

Les paons mâles étaient roses.

Les paons femelles, c'étaient pire.

Ils étaient assis dans le jardin d'Héra, paralysés de stupeur.

« Allons, tu ne penses pas que... dit une voix salée.

_ Non, je ne pense pas, répondit le second.

_ Penses pas que nous devrions... ? demanda la première voix.

_ Non, je ne pense pas, répondit le second.

_ Pas même si je... ? demanda la première voix.

_ Non. Pas même si... commença la seconde voix.

_ Et...

_ Non, pas ça, déclara fermement la seconde voix.

_ Alors, nous attendons ? demanda la première timidement.

_ Oui, nous attendons. À moins que tu aies une meilleur suggestion, » répliqua le second.

Le premier haussa les épaules.

Il y eut un bruit de tissu déchiré depuis l'intérieur du temple.

« Qu'est-ce que c'est que ça ? cria la voix salée, alarmée.

_ Des rideaux, en train d'être mis en pièce, si j'en crois que ce l'on entend, » répondit la seconde voix.

Ils restèrent assis à regarder le petit bassin avec les faisans roses qui se promenaient autours. Un demi longueur de chandelle plus tard, ils s'aperçurent que le rose était en train de revenir lentement.

Un petit moment plus tard, ils entendirent un léger son plus loin.

« Encore ? demanda la première voix.

_ Oh, oui. C'est chez Apollon, d'après le bruit. Pleins de draperies là-bas, répondit la seconde voix.

_ Oh, » dit la première voix.

x

Joxer était heureux. Il faisait LE meilleur des rêves qu'il n'avait jamais eu de toute sa vie. Il était dans les bras d'Arès, et le Dieu guerrier murmurait, et bien, des mots tendres dans l'oreille ne seraient pas une mauvaise description, mais vraiment, le dieu de la guerre ne faisait PAS dans le tendre, enfin, c'est ce qu'on aurait dit.

« Il faudra que je remercie le Seigneur Morphée pour ce rêve-là, » pensa-t-il et il se blottit dans son lit, à côté du feu. Le matin devait se lever et Gabby lui tordrait le nez dans peu de temps.

Marrant, mais il pouvait jurer que son matelas bougeait. Et il n'avait jamais remarqué que son coussin émettait un battement de cœur avant. Bizarre.

Il fit le point sur la situation.

D'abord, il n'était pas allongé, mais en position semi-assise.

Pas sur le sol dur, mais où qu'il était, c'était définitivement confortable.

Il était appuyé sur quelque chose.

Et puis, il n'y avait pas le bruit du feu, et il n'y avait pas l'odeur du bois brûlé, ni celle de Xéna, qui pouvait vraiment sentir mauvais parfois.

Il semblait qu'il y avait des bandes d'acier autour de lui qui bougeaient légèrement.

Ok, pour être honnête, il y avait une main qui lui frottait le dos.

Sa tête reposait sur quelque chose qui semblait être du cuir, et ce cuir montait et descendait, et il y avait définitivement un battement de cœur qui l'accompagnait.

« Réveille-toi, amour. S'il te plaît, réveille-toi, » dit une voix bien-aimée.

Arès était en train de murmurer des mots tendres à l'oreille.

« Je vais VRAIMENT devoir remercier le Seigneur Morphée pour ce rêve, » marmonna-t-il et fut récompenser en ayant presque le tympan explosé par un cri :

« Joxer ! »

Il se leva brusquement et le regretta sur le champ, car un éclair de douleur lui traversa le corps, ses yeux semblèrent exploser à cause de la lumière, et sa tête lui cognait si fort qu'il pensa un instant qu'elle allait éclater.

Il poussa un grognement et se prit la tête dans les mains. Des étoiles dansaient sous ses paupières, et il avait mal aux cheveux. Des mains le repoussèrent dans sa position initiale, et un bras l'entoura. Une coupe de quelque chose fut mis contre ses lèvres avec un ordre ferme : « Bois ! », lui firent ouvrirent les lèvres et avalaient plus du même jus que Bliss lui avait donné plus tôt.

« Bliss ! » cria-t-il en repoussant le gobelet dès qu'il put avaler et prendre une goulée d'air.

_ Il va bien et il est avec Mère, BOIS ! » vint ordonner une seconde fois la voix, et le gobelet fut tenu une seconde fois contre ses lèvres, et y resta tant qu'il n'avait avaler le contenu tout entier.

Ce fut seulement alors, quand le gobelet fut enlevé, et que les explosions devant ses yeux diminuèrent, qu'il se rendit compte qu'il était assis à côté d'Arès. Que le bras d'Arès était passé autour de ses épaules, et qu'il était incliné contre la large poitrine d'Arès.

Joxer leva les yeux vers les yeux bien-aimés vert foncés.

« Je n'ai rien fait de VRAIMENT stupide ? N'est-ce pas ? » demanda-t-il d'une voix mal-assurée.

Arès se contenta de sourire et il resserra son emprise sur le jeune guerrier.

« Nous sommes heureuses que la première chose qui te vienne à l'esprit en te réveillant soit la sécurité de notre bien-aimé arrière-petit-fils, Joxer de Corinthe, » dit Héra depuis l'endroit où elle jouait avec Bliss.

Elle leva les yeux.

« Nous sommes aussi heureuses de vous accueillir, toi et tes frères, dans les rangs des immortels. Oh, oui, nous allions presque oublier. Bliss, mon chéri, tu pourrais 'réparer' Jace, mon cœur ? »

Bliss gloussa et se concentra très fort et il y eut un petit pop. Flottant dans les airs à côtés de Jace, il y avait un flacon argenté avec un dragon. Déméter sourit en remerciement à Héra et au petit dieu de l'amour, l'attrapa au vol, et le tendit à Jace.

Jace prit le flacon, et commença à le porter à ses lèvres, puis fit une pause :

« Ne m'envoyez jamais plus au loin ? » demanda-t-il.

Déméter ronronna et dit

« Jamais plus, Boobala. »

Sur ce, Jace vida le flacon entier d'une seule gorgée et recommença à embrasser les bras de Déméter.

« Immortel ? demanda Joxer d'un ton inquiet.

_ Oui, Bliss a... comment je pourrais dire ça... récupéré quelques uns de mes pommes d'or. Il voulait que son granpa soit heureux, et Éris aussi, il semblerait. Aucun de vous deux ne serait heureux sans le troisième. Voyant que Déméter avait de toute évidence des plans pour lui, et bien, nous pouvons tout aussi bien tout faire d'un seul coup, répondit Héra.

_ Maintenant, Réparer MIEN, insista une petite voix depuis ses genoux. Héra eut un sourire indulgent.

_ Mam Mau ne peut pas encore fait ça, mon petit, » le réconforta-t-elle.

Bliss leva les yeux vers la Reine des Dieux avec un masque d'intense concentration. Il semblait juger s'il pouvait faire confiance à cette grande personne. Il acquiesça, il pouvait attendre de réparer le bonheur, un petit moment, au moins.

Elle était sur le point de continuer quand un grognement grave et très bruyant se fit entendre dans le temple.

Ace était à ce point, forcé par ses propres attributs divins d'aider les souffrants, se leva et s'avança vers la déesse à terre. Il s'arrêta et regarda Héra.

« Si je pouvais, Votre Majesté ? » demanda-t-il.

Le visage souriant d'Héra se transforma en un instant en un masque froid de justice. Elle considéra la requête.

« Très bien, mais elle restera Bâillonnée et Enchaînée. Je ne permettrait pas qu'elle soit relâchée. Qu'importe l'issue de cette enquête, elle a tenté d'assassiner un membre de cette cour, et elle est retenue pour cette charge, pour le moment. »

Ace s'inclina devant la Reine, et se précipita vers la prisonnière. Cela ne lui prit qu'un moment pour la remettre debout, et créer une chaise pour l'y asseoir. Elle laissa échapper un petit gémissement à cause de ce mouvement, mais Ace, après tout ce qu'il avait entendu aujourd'hui, n'était pas d'humeur pour les gentillesses, comme des inhibiteurs de douleur.

De plus, cela prenait de l'énergie, et vu que les réserves qu'il avait pour le moment venait de ce que les autres dieux dans l'assemblée lui avaient donné, et ils ne l'avaient fait que parce qu'ils essayaient de sauver le petit guerrier, et il n'allait pas tester leur tolérance en utilisant cette énergie sur n'importe qui. Il se concentra sur sa tâche.

Des deux mains, il retira les deux premiers couteaux.

MMMMMCHHDDDDDDD ! Un cri très étouffé fut entendu au travers du bâillon.

Ace regarda les couteaux, puis aux alentours. Il n'avait pas pensé à ce qu'il allait faire avec ça quand les auraient retirés.

Une bassine de métal flotta dans les airs à côté de lui, et une seconde plus tard, Héphaïstos aussi. Il s'était avancé depuis le trône de sa femme. Aphrodite essuyait ses larmes, mais elle avait clairement repris le contrôle d'elle-même.

« Mets-les dans la bassine, elle est enchantée pour nettoyer le métal, » commenta Héphaïstos au guérisseur. Donc Ace y laissa tomber les couteaux.

Ils firent un agréable CLANG/CLANG.

Une seconde après le 'clang', Héph se saisit d'un couteau et le montra.

« À qui est celui-là, alors ? » demanda-t-il.

Jett prit la parole :

« À moi.

_ Ok, voici pour toi. »

Et il lança le dangereux instrument vers l'assassin comme si c'était un jouet pour enfant.

Ace sortit une seconde paire de dagues du dos de Psychée.

AHHHGGHHH !

Clang. CLANG !

Héph en saisit une autre.

« Et celle-ci ?

_ À moi, » répondit Éris qui l'attrapa volontiers.

MMMSSSMMMHHH

Clang/CLANG !

« Encore à moi ! » dit Éris qui attrapa celle-là facilement.

TCHHHHLIKDNLSK !

CLANG/CLANG !

Héph prit la masse de métal avec une lanière qui y était attachée et l'observa.

« Jett, ça ressemble à ton type de lanière, » commenta-t-il.

YYOUUUIIIIIII !

CLANG/CLANG !

« Y a-t-il un nœud de cuir en haut, à droite ? demanda poliment l'assassin.

_ Ouaip, répondit le dieu de la forge.

_ C'est la mienne alors.

_ Oh, et bien, elle est impossible à réparer, j'en ai peur. Je t'en ferai une autre, » répondit Héph et il laissa tomber la lame dans le bassin.

HHHHHHIUUUYYYY : SHFFF

CLANG/CLANG !

« Celle-là a une marguerite dessus, commenta Héph en triant les bouts de métal.

_ C'est à Jace, répondit Jett.

_ Oh, bien, » répliqua Héph, en tournant les yeux vers le Haut-Prêtre de Déméter. Jace était en train d'embrasser Déméter, encore. Héph se retourna vers Jett. Qui secoua la tête et appela son frère.

« Jace. »

« Jace ! »

« JACE !

_ Quoi ! répondit finalement l'homme en éloignant ses lèvres de la tâche consistant d'embrasser chaque partie de Déméter qu'il pouvait atteindre en restant semi-décent, il y avait un enfant dans la pièce, après tout.

_ Ton couteau, » répondit Héph et il lui lança.

L'artiste le prit adroitement et le mit dans sa poche, puis retourna embrasser Déméter.

… !

CLANG/CLANG !

Jett et Héph se regardèrent et haussèrent les épaules. Ils pouvaient garder de côté le reste des couteaux de Jace jusque plus tard.

Ace avait saisit un autre bout de métal tordu qui dépassait du dos de Psychée et tira.

… !

« Désolé, mais je n'ai pas compris ça, » répondit-il.

Les couteaux sur lesquels il se concentrait avaient été fondus dans la chaire de la déesse, et il avait des difficultés à les enlever. L'un d'eux lâcha finalement avec un bruit écœurant, et sortit enfin de son dos.

DDDDHKKIIIIIFJPSPPPPJSLD !

CLANG/CLANG !

Héph n'essaya même pas de montrer les deux morceaux de métal tordus suivants. Il attendrait et enverrait plus tard tout ça à son atelier pour les refondre et les reforger en quelque chose de plus sophistiqué. De plus, il pensa à part lui que si c'était les siennes, il préférerait brûler toutes traces d'elle de ces lames.

Éris savait que le prochain qu'Ace retirerait serait à elle, mais elle regarda son fils, qui était assis près de Cupidon, si silencieux et si intense. Jett, qui regardait tout ce que sa bien-aimée faisait, compris son inquiétude et ses intentions.

« Vous savez, Seigneur Érin, je crois que je suis contrarié, » fit Jett d'un ton pensif.

Érin, tiré de son silence, répondit par une question extrêmement cohérente, enfin, pour lui dans l'état dans lequel il était en ce moment :

« Quoi ? »

Et il tourna le regard vers celui qui était le grand amour de sa mère, et aussi un ami pour lui.

Squiich pop...

….

CLANG/CLANG !

« Oui, je suis vraiment très contrarié, répondit l'assassin, elle a vraiment ruiné nos couteaux.

_ Oui, j'aimais vraiment bien un ou deux d'entre eux, » poursuivit Éris.

Squisshhh

CLANG/CLANG !

« C'est seulement parce que ce sont ceux que vous lui aviez offerts, » répondit Jace en reprenant son souffle.

Squisshy plop,

HHHINGNNNYYFFFDDDd

CLANG, CLANG.

« Et bien, elle en était assez fière, et c'est vrai qu'il s'en servait plutôt bien à son service, » commenta Érin toujours aussi distraitement.

Squischy, Sqyishy, tug, tug, plop.

BBBBBSSSSSSTTTTTRRRRDDD

CLANG/CLANG.

Ace enleva le dernier des couteaux du dos de la déesse qui se débattait, et se tourna vers la bassine. Elle était maintenant en partie remplie de métal brûlé et noirci. Ces boules d'énergie avaient réellement réussi à faire fondre les couteaux. Il faudra qu'il étudie les effets ce ce phénomènes, dans un millénaire ou deux, quand il aura le temps.

Ace tourna le regard vers Héph qui claqua des doigts et fit disparaître la bassine avec tout son contenu de métal fondu jusqu'à son labo. Au même moment une autre bassine apparue remplie d'eau chaude et une serviette suspendue dans l'air à côté. Ace sourit en remerciement au dieu de la forge et procéda à ses ablutions.

Héph lui rendit son sourire et retourna s'asseoir près de sa femme. Mais quelque chose n'allait pas. Il avait repéré les signes, cette fois-ci. Elle recommençait à s'inquiéter et des choses, qui un instant auparavant étaient revenues à la normale, étaient en train de redevenir rose.

Joxer observait tout ça en silence, fermement maintenu contre la poitrine d'Arès. Il espérait qu'il n'aurait pas à bouger de là pendant très longtemps.

Ses espoirs furent brisés un moment plus tard.

« Joxer de Corinthe, Haut-Prêtre d'Arès, Dieu de la Guerre, présentez-vous devant Nous, » vint l'ordre royal depuis le haut trône.

Joxer leva le regard vers Arès avec de la terreur au fond de ses yeux bruns. Haut-Prêtre, il n'était pas le Haut-Prêtre d'Arès, il était juste Joxer. Arès allait le tuer.

Le visage calme d'Arès, et son sourire rassurant lui redonna courage.

« Oui, tu l'es, » lui murmura le dieu guerrier et l'aida à se relever.

Avec un sourire perplexe sur le visage, Joxer s'avança vers la Reine des Dieux.

Héra adressa un sourire à l'étrange petit mortel qui avait un sourire heureux sur le visage comme il venait vers elle. Il était vraiment maladroit, c'est vrai, mais comme Hadès l'avait si succinctement fait remarqué, si intelligent, non pas en connaissances académiques, mais en terme de bon sens. Elle fit un sourire à son arrière-petit-fils.

'Oui, du bon sens, c'est ce que possède ce jeune homme,' pensa Héra à part elle, puis se demanda distraitement d'où il le tenait. Joxer, une fois de plus, se tenait debout au même endroit où il s'était tenu une demi longueur de chandelle plus tôt. Et il n'y avait toujours pas de trace de peur sur son visage. Elle, à sa place, aurait les chocottes. Elle mis en place un cône de silence* autour de Bliss, qui était toujours sur ses genoux, Joxer et elle-même.

« Joxer, j'ai officiellement rendu jugement sur cette affaire. Ce que je sais, c'est que ce que tu m'as montré est irrecevable, dit-elle en levant la main quand Joxer semblait sur le point de prendre la parole, car je suis le Juge dans cette affaire. Je ne peux pas être appelée comme témoin. Je dois avoir une preuve extérieur objective de ce que tu m'as montré, ou j'ai bien peur que mon verdict original restera en vigueur, Héra informa le mortel. Aphrodite sait que quelque chose cloche, et en ce moment-même le Rose est de retour. »

Sur ce, elle montra sur sa robe. Quelques instants auparavant, elle avait été d'un vert clair impeccable, et maintenant des petits alligators roses apparaissaient dessus.

« Tout repose entre tes mains, Joxer de Corinthe. Je te charge de découvrir la façon dont ceci est arrivé. Apporte à cette cour les preuves dont elle a besoin pour rendre un juste jugement, » finit la Reine des Dieux.


* Le Cône de Silence (Cone of Silence) est une blague récurrente de la série américaine 'Get Smart'. Le cône de silence, inventé par le Professeur Cone, est censé protéger les conversations confidentielles avec une cloche de verre entourant les interlocuteurs. Malheureusement, le Service Secret ayant acheté leur machine dans un 'magasin discount', celle-ci ne marche jamais, et est une source intarissable de situations comiques.