Bonjour à tous.

Voici le nouveau chapitre, avec un peu de retard, pour cause de surplus de travail.

Bonne lecture.

Disclaimer : Naruto est à Masashi Kishimoto, Le Seigneur des Anneaux est à J.R.R. Tolkien.


Chapitre 36 : Manipulations

Totalement impuissante au vu de son état affaibli, Sakura ne pouvait plus rien faire contre le légendaire Uchiha.

Madara sourit, savourant sa victoire enfin à portée de main, lorsqu'une voix calme située derrière lui activa une série de sceaux complexes. Une dizaine de parchemins dissimulés dans la pièce s'illuminèrent, avant qu'une barrière ne fasse son apparition autour de lui.

Madara eut juste le temps d'envoyer un kunai vers le Kage Bunshin, avant de sentir un grésillement en lui. C'était comme si son chakra était bridé et que son pouvoir se dissipait lentement.

Tout en poussant un juron, il se releva et fut surpris par son reflet dans le miroir qui surplombait le lit d'hopital. L'homme lui faisant face le dardait furieusement, avec des yeux écarlates.

- Salope ! hurla le dernier Uchiha en comprenant l'utilité des sceaux. Tu as endormi mon Rinnegan !

Ce n'était pas la seule chose que Sakura avait fait. Elle s'était agrippée à son bras, utilisant les pouvoirs de Ningendo pour affaiblir Madara en lui drainant son chakra. La kunoichi se régénérait rapidement, se préparant à toute attaque. Au moins, elle n'était plus sans défense.

Madara avait beaucoup de défauts, mais il n'était pas idiot. Il savait qu'il s'était fait piéger par la nukenin, mais il n'allait pas multiplier les erreurs en paniquant et en agissant comme un genin fraichement sorti de l'Académie. La meilleure solution pour réfléchir au calme et s'assurer de prévoir un nouveau plan, c'était la retraite. Une retraite tactique et temporaire.

L'Uchiha centenaire disparut bien vite, dans une distorsion trop familière aux yeux de Sakura, qui se laissa mollement retomber dans les draps.

- Bien, murmura t-elle pour elle-même. Au moins, je lui ai tiré son Rinnegan, à ce fumier.

Maintenant, elle pouvait se reposer sans crainte, grâce à la barrière à sceaux qu'elle avait installé pour se couvrir de toute agression.

Mais elle n'était plus fatiguée. L'absorption de chakra l'avait revitalisée et elle se sentit suffisamment forte pour regarder la suite de la bataille par la fenêtre.

Apparemment, les salles d'hôpital étaient situées au cinquième niveau. C'était une chance, car les deux premiers étaient en proie aux flammes allumées par les orques qui pillaient la ville, tandis que le reste de l'armée forçait la porte conduisant au troisième niveau. Loin derrière la plaine, de nombreuses troupes laissées en réserve commençaient à se mettre en marche. Les choses ne s'annonçaient pas tellement bien.

Le ciel orangé, qui éclairait les champs souillés par le sang noir des orques, fut soudain déchiré par un son grave, émit par des dizaines de cors. A l'ouest, l'armée du Rohan arrivait enfin.

- C'est impressionnant, n'est-ce pas ? souffla une voix douce derrière elle.

Sakura se retourna en souriant, avant d'embrasser son amante qui fronçait légèrement ses sourcils.

- Sakura, sermonna Konan avec douceur, je ne veux plus que tu me refasses un coup pareil. Je sais que tu veux battre Madara et que tu cherches à l'attirer dans un piège, mais tu prends trop de risques. Je ne veux pas qu'il t'arrive quelque chose et j'ai peur que tu ne finisses par faire une erreur. L'erreur de trop.

- Je sais, chuchota Sakura. Mais regardes moi, dit elle avec véhémence et assurance. Je t'ai promis d'apporter la paix dans ce monde et de tout faire pour voir ce rêve se réaliser. Je sais ce que je fais, poursuivit-elle avec arrogance, je le fais pour toi !

- Mais pas à n'importe quel prix ! cria Konan en commençant à sentir les larmes monter. Pas au prix de ta vie ! Je préfères ne jamais vivre en paix plutôt que de te perdre ! Alors je t'en supplies, arrêtes de vouloir tout faire en solo ! Nous sommes un couple, nous faisons les choses ensemble !

Sakura eut mal à la simple pensée d'avoir fait souffrir son amante. Elle ne s'était pas rendue compte qu'à force de vouloir tout faire, elle écartait Konan, comme si elle devait rester enfermée comme un objet de collection.

- Je suis désolée, gémit Sakura, la tête basse. J'ai trop souvent tendance à oublier que je ne peux pas diriger les gens comme des pantins.

- Tu peux être désolée, souffla Konan, acerbe. Je sais que tu es puissantes, mais si tu t'accroches à ton égo, ça ne pourra que mal finir entre nous.

Sakura hoqueta, se demandant si elle avait mal entendu. Elle ne croyait pas ce que Konan venait de dire. Son ange, son unique raison de vivre, serait prête à l'abandonner ?

- Je sais ce que tu penses, reprit la femme aux cheveux bleus en voyant l'incrédulité se dessiner dans l'œil de jade, alors je vais te détromper. Ce ne sera pas moi qui briserais notre relation, dit-elle en guettant les émotions lisibles sur le visage de la guerrière aux cheveux roses.

C'était très facile de jouer sur les peurs les plus profondes, songeait Konan. Elle savait que Sakura craignait de la perdre et de se retrouver toute seule. Elle se dégoutait de devoir jouer sur ce registre d'émotions, mais elle voulait absolument faire passer son message.

- Ecoutes bien ce que je vais te dire, reprit Konan en agrippant fermement le poignet de Sakura pour l'attirer et la fixer dans les yeux. Ne cherches surtout pas à diriger les autres, arrête de les traiter comme des outils. Si tu continues sur cette voie, à vouloir tout faire par toi-même, tout manipuler et commander à la place des autres, alors un jour, notre couple se brisera. Parce que si tu persistes sur cette route, tôt ou tard, tu finiras par devenir exactement comme Madara.

Un gout âcre brula la gorge de Sakura lorsqu'elle entendit Konan lui dire ça. Tremblante, Sakura se rua vers les latrines, alors que son estomac la trahissait.

Ecœurée, à quatre pattes sur le sol, la nukenin sentait une sueur froide ruisseler sur son corps, tandis que le dégoût continuait de lui écraser le ventre et qu'un flot amer lui brûlait la gorge.

Totalement hébétée, Sakura continuait à haleter, comme pour évacuer la douleur qui l'envahissait.

Elle n'arrivait pas à y croire. Elle donnait des ordres, certes, mais elle ne se comportait pas comme Madara, ce n'était pas possible. C'était un mensonge, n'est-ce pas ?

Pourtant, une autre voix glaciale et cynique s'élevait en elle, lui remontrant toutes ses plus noires actions. La facilité avec laquelle elle recourait à la menace, au chantage, au meurtre ou au mensonge était un signe clair. La cruauté et le sarcasme glaçant qui émanait de ses lèvres, ainsi que le plaisir qu'elle prenait à voir la douleur poindre dans les yeux de ses ennemis était une autre preuve qu'elle commençait à changer, et certainement pas en bien.

Sakura vomit de nouveau, dégouté par ses actions, par les mots crus que son amante avait prononcés, mais elle était surtout dégoutée d'elle-même, au point de s'en rendre malade.

Konan s'agenouilla derrière elle, passant sa main dans le dos de la jinchûriki qui frissonna à ce contact.

Même si cette leçon était un mal nécessaire, le faire aussi durement lui semblait condamnable. C'est un peu comme si elle avait dit à Sakura que tout ce qu'elle faisait ne servait à rien et qu'au final, le plan de Madara serait une réussite.

- Sakura-chan, tenta Konan, tu vas bien ?

Sakura se retourna, fixant le regard ambré avec un mélange d'incrédulité et de déception. La couleur pâle du visage maladif accentuait encore la puissance de ce regard asymétrique et mis en avant par les cernes pourpres qui commençaient à gagner les joues de la guerrière.

- J'ai l'air d'aller bien ? ironisa la fleur de cerisier. Je peux pas aller bien, pas après ce que tu m'as dit.

Elle se dégagea brutalement des bras de Konan et retourna s'enfermer dans la chambre, se retenant de pleurer.

Avant même que l'ange ne réagisse, Sakura s'était déjà assise sur le lit et regardait fixement ses mains souillées par d'invisibles, mais indélébiles, traces de sang. Les rivières pourpres qui ne la quitteraient plus semblaient conforter les mots de Konan. Puis, Sakura regarda son ventre tatoué, avant de soupirer en adressant un léger regard vers la porte close.

- Elle a raison, chuchota la guerrière pour elle-même. Je suis un monstre.

Pendant un infime instant, la tentation de tout nier lui vint à l'esprit, mais elle fut rapidement repoussée par cette voix intérieure glaçante.

- Tu vois ? siffla Inner-Sakura avec malveillance. Je t'avais dit que l'amour ne te sauverais pas et que tu finirais par souffrir. Mais tu ne m'a pas écoutée, tu t'es laissée berner par des illusions.

- Tu mens, répondit intérieurement la nukenin.

- Vraiment ? Je t'avais pourtant dit que tu souffrirais moins à mourir et à me libérer. Mais tu ne m'as pas écoutée, tu as préféré n'en faire qu'à ta tête. Maintenant, tu payes le prix. Tu ne peux te fier qu'à moi !

- Tu es immonde, cracha la femme aux cheveux pastels.

- C'est vrai, concéda l'entité qui l'habitait. Je suis immonde, mais je suis la seule à ne jamais t'avoir menti !

Sakura ricana, sachant parfaitement que tout ce qui intéressait Jûbi était de fuir. Cette tentative était tellement pathétique, trop mal organisée pour être efficace. Elle en ricana même.

- Ris tant que tu peux, je finirais par sortir. Aurais-tu oublié qu'il te suffit de mourir pour que je me libère ? dit Jûbi. Ta putain n'est pas immortelle. Dès qu'elle crève et que tu en auras assez d'être seule, tes pensées sombres referont surface. Lorsque tu en auras assez d'être seule et haïe, lorsque tu craqueras, tu penseras à te suicider. Lorsque tu passeras à l'acte, je sortirais. C'est aussi simple que ça.

- Silence ! hurla Sakura en donnant machinalement un coup de poing derrière elle, même si elle savait qu'il n'y avait personne et que la voix qu'elle entendait était dissimulée au plus profond d'elle même.

- Ca ne sert à rien, répéta Jûbi, tu ne peux pas m'arrêter. Personne ne le peut. Ma libération est inévitable.

Sakura regarda par la fenêtre, contemplant la terrible bataille qui se déroulait dans les plaines, avant de fixer les noirs nuages striés d'éclairs qui couvraient le Mordor.

- Tu sais, il y a une bonne cinquantaine de mètres entre ici et le sol, ajouta Jûbi. Allez, sautes.

Alors que la ninja n'arrivait pas à assimiler tout ce que disait le monstre, elle fut tirée de ses pensées par la main de Konan qui se posa sur son épaule.

- A quoi pensais-tu ? demanda l'ange avec son habituelle voix froide, laissant transparaître une légère inquiétude.

- J'étais en pleine conversation avec l'autre. Elle se montre de plus en plus vicieuse et elle agit exactement comme moi, murmura Sakura avec crainte. Elle essaye de sortir.

- Tu ne seras jamais comme Jûbi, déclara Konan. Tu n'es pas un monstre.

- Ce n'est pas ce que j'avais cru comprendre, cracha Sakura.

Voyant le visage blessé de Konan, la ninja aux cheveux roses se dégouta. Elle devait vraiment apprendre à se calmer et à arrêter de cracher son venin sur ceux qui s'inquiétaient pour elle.

- Très bien, déclara Konan, vexée. Je te laisses seule. Quand tu seras décidée à changer, tu viendra me voir.

L'Amekage s'éloigna en faisant tourbillonner sa longue cape, avant de refermer la porte qui claqua comme le claquement d'une guillotine, avec une impression d'irréversibilité.

Sakura se renfrogna et regarda la bataille qui se déroulait sous ses yeux, comme pour se distraire des émotions qui la submergeaient. C'était une parfaite représentation de son cœur, une lutte entre lumière et ténèbres, entre la vie et la mort.

La nukenin songeait qu'Inner-Sakura avait peut être raison. L'amour était ce qui la rendait faible, une chose qu'elle exécrait par-dessus tout. Sa puissance pouvait lui permettre d'avoir tout ce qu'elle voulait, mais alors pour quoi vivrait-elle ? Pour le combat ? Pour dominer le monde ? Devait-elle devenir une coquille vide pour pouvoir enfin être pleinement celle qu'elle était ? Si seulement elle savait ce qu'elle était. Elle ne voulait pas passer sa vie à regretter un choix.

Mais qui serait-elle, si elle abandonnait l'amour ? Le monstre ? Celle que tous craignent et vénèrent ? Celle qui a tout perdu ? Celle qui n'a plus rien ?

- Tu vois ? siffla la bête. Je te l'avais dit ! Tu n'as plus rien ! Tu n'as plus de famille et tu n'en auras jamais. Tu n'as plus personne qui s'inquiète pour toi et tu n'as plus aucun endroit que tu peux appeler foyer ! Tu n'as plus rien pour vivre !

- Peut être, mais j'ai fait une promesse ! Même si je n'ai plus de raison de vivre, il me reste une chose au nom de quoi je peux mourir. Pour elle.

Jûbi éclata de rire. Non pas le rire froid et glacé qu'on lui connaissait, mais avec un rire calqué sur une version machiavélique de Sakura, dévorée par le pouvoir. Ce rire était bien plus effrayant que celui de la bête.

Désormais, Sakura savait ce qu'elle avait à faire.