Épisode 30

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Ce mec est un génie !

Le jeune homme observait son ami arriver en trombe, un livre à la main, avec un grand sourire qu'il connaissait bien et cette malice dans ce regard.

Bras croisés derrière sa tête, allongé sur l'un des deux hamacs, leurs lits d'infortune, l'adolescent voyait son colocataire trépigner et jeter le bouquin sur le ventre de son compagnon qui le prit par la couverture.

Don Juan ? lu-t-il avec perplexité.

Je sais que tu n'aimes pas lire alors je vais te le résumé. C'est l'histoire d'un homme, Don Juan, qui parcourt le pays pour enchaîner les conquêtes. Avec son complice, servant et confident, Sganarelle, il réussit toujours à quitter les jeunes femmes courtisées et ils s'en sortent sans problème !

Qu'est-ce que tu veux dire par là blondinet ? Tu veux que je fasse ton fer-valoir et que tu te fasses toutes les nanas de la région ?

Mais non abruti ! Je suis contre ce genre d'attitude, bougonna ledit blondinet. Il y a des tas de versions de ce mythe mais une chose reste constante : la ruse ! Même en amour, il faut ruser tu imagines ?

Tu sais qu'il meure à la fin ?

Tu écoutais en cours de littérature ? Ou plutôt, tu es jaloux parce que moi j'ai du succès et que toi, tu les fais toute fuir ?

Plutôt que d'écouter tes âneries, je vais prévenir Usopp et Franky qu'on s'en va. Le temps que j'aille chercher la moto, dors quelques minutes.

Amusé, le blondin se mit au garde-à-vous tandis que son complice se levait péniblement du hamac. Le jeune homme reprit son livre et s'affala sur son "lit".

Dis Zoro ?

Quoi encore ?

― … Non rien.

Le blondin se tourna sur le flanc, dos à son ami qui se sentait à deux doigts de craquer.

T'es chiant déballe !

― … T'as vraiment aucun remord de m'aider ?

Zoro haussa les sourcils, dubitatif. Depuis quand il avait des états d'âme ? Il eut un long soupir.

T'inquiète Don Juan, tu peux compter sur moi et ce qu'importe ce que le futur nous réserve.

― …

Sanji ?

Ça me va. Tu m'as promis d'être franc dès le départ alors je ne vois pas ce qu'i ajouter. Mais je n'aime pas quand tu parles de futur. J'ai toujours un mauvais pressentiment quand tu prononces ce mot. Rien n'est écrit à l'avance.

On ne sait jamais. Même si je désapprouve ta motivation, je peux t'affirmer que rien ne m'empêchera de t'aider.

Sanji eut un long soupir à son tour, son regard perdu sur le plafond fissuré et que l'humidité affaiblissait de jour en jour. Zoro et lui n'avaient jamais été d'accord à ce sujet. Sur le futur. Lui pensait que rien n'était prévu et son ami pensant l'exact contraire.

Mais s'il y avait bien une chose sur laquelle ils étaient en total accord c'était sur la solidité de leur amitié. Ils le savaient, au fond d'eux, mais Sanji avait parfois l'impression que si Zoro continuait à être aussi distant, c'était parce qu'au cas où il doive partir, quitter la bande, Sanji n'ait aucun mal à le considérer comme le pire des salopards.

Jamais Zoro n'avait promis de rester avec eux. Il leur jurait de les aider. Rien de plus. Aucun engagement plus sérieux. Cela avait toujours peiné Sanji qui voyait cela comme le signe précurseur d'un évènement qui allait radicalement chambouler leur quotidien. Le jeune cambrioleur, du haut de ses seize ans, n'était pas stupide. Il était d'ailleurs le plus malin de la bande, sa rapidité de réflexion et sa capacité d'adaptation était sans égal connu. Jamais il n'avait douté, à part sur l'importance qu'il avait aux yeux de Zoro.

Si on lui avait dit que l'amitié d'une personne lui aurait été aussi précieuse quelques années auparavant, il aurait envoyé paître la personne.

Mais, indéniablement, quand Zoro parlait ainsi… Sanji doutait et avait peur.

C'était la première fois depuis la perte de ses parents et sa rencontre avec Absalom.

Il avait peur qu'un engagement soit plus fort que l'amitié.

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Il se souvenait de cette discussion qu'il avait eu avec Zoro. Du temps où son ami d'enfance vivait avec eux, il avait toujours insisté pour emmener Kuroashi au lieu de son prochain méfait. Il voulait l'accompagner pour l'épauler en cas de problème et la fierté de Kuroashi devait la mettre en veilleuse parce que Sanji était heureux de pouvoir partager des moments de complicité avec Zoro.

Un an et deux mois après cette discussion, Zoro s'en était allé. Les mois qui avaient précédé son départ avait été plus que des signes précurseurs. Absences de plus en plus longues et de plus en plus fréquentes… Au point que Kuroashi, après être revenu d'un vol qui s'était mal passé, s'était querellé avec son ami qui lui avait promit de venir. Prévu dans le plan, sa désaffection avait été un rude coup.

Et depuis, Kuroashi refusait catégoriquement d'avoir un coéquipier durant ses cambriolages.

Ce fragment de souvenir lui était revenu, le comparant à ces derniers mois. Kuroashi et Sanji comprenait que Usopp soit méfiant. Sanji aussi avait peur de reproduire le même schéma. Il ne voulait pas les abandonner. Ils étaient tout pour lui, impossible pour lui de les laisser sur le bas-côté. Mais si la tête de Kuroashi devait tomber, il serait seul. Il en avait fait le serment.

Il s'était rapidement changé, rangeant l'uniforme qui pourrait lui être encore utile. Une fois le costard enfilé, le sang-froid et la route retrouvés, il se dirigea d'un pas décidé vers les portes de la ville. Selon toute logique, elle serait seule. Si ses deux sangsues étaient avec elle, il ferait tout pour s'en débarrasser.

Sous son calme apparent, son cœur faisait des siennes rien qu'en pensant à ce qu'il allait faire. Le soulagement, la peur, l'appréhension se mêlaient et l'empêchaient de penser à autre chose que ce qu'il allait lui dire.

A la formulation de sa déclaration.

Bien évidemment, il savait qu'il n'y aurait aucun retour.

Il était presque capable de sentir sa présence. Plus il approchait des portes, plus sa détermination vacillait.

― Alors Kuroashi, où est passé le petit ?

Le jeune homme tressaillit et fit volte-face.

Dorobo…

― Il est livré.

L'Inspectrice eut du mal à surmonter son dégoût.

― Alors je suppose que ce n'est pas pour cela que tu restes.

Il était surpris qu'elle apparaisse en pleine ruelle. Là où le pourcentage de rencontrer un autre policier était le plus faible. Une seule raison valable.

― Et vous ? Si vous vouliez vraiment m'attraper, vous m'auriez sauté dessus.

Nami sortit son arme, visant l'épaule droite de son interlocuteur.

― Des réponses, j'en demande depuis un certain temps mais apparemment, tu ne me sembles pas disposé à répondre à l'une d'entre elle.

― Du genre… ?

― Par exemple… Pourquoi me traites-tu aussi différemment que les autres policiers qui t'ont poursuivit auparavant ?

― Ah… ça revient à ce que je voulais vous dire. Quelle chance…

Cette remarque pleine d'amertume la fit tiquer. Où était passé le sarcasme, l'orgueil qui le caractérisait et dont il faisait preuve à chaque occasion ? Qu'est-ce qu'il allait encore lui annoncer ?

Parce qu'elle le sentait, cette attitude inhabituelle cachait quelque chose qui la concernait. C'était obligé sinon pourquoi être aussi… peu combattif ?

Nul égocentrisme de sa part mais elle devait bien admettre que leurs face-à-face ressemblaient à des confrontations plutôt qu'à de réelles discussions constructives. Sauf depuis quelques temps. Là, elle commençait à se dire que cela devait avoir un lien. Et son appréhension grossissait petit à petit. Il ne pouvait rien lui dire d'important et qui aurait un impact sur elle. Si ?

Il sonda le regard de la belle rousse qui lui faisait face, cherchant un autre sentiment que l'incompréhension. Il voyait de la curiosité, de l'angoisse, un peu de colère. Beaucoup d'hésitation. Elle devait regretter d'avoir posé cette question pourtant, depuis le début, elle s'était installée entre eux. Comme un point noir ou un voile épais qui lui avait permis de se cacher, de dissimuler ce qu'il était vraiment.

Il trouvait misérable cette personne qu'il était devenu depuis sa rencontre avec Dorobo.

Il prit une grande inspiration, son regard planté dans le sien. Il devait le lui dire. Ôter ce poids de son cœur, le débarrasser de ses sangles. Ils l'empêchaient d'agir normalement. Il voulait réduire la pression de ces chaînes qui le retenaient, qui lui rappelait sa condition et la sienne.

― Vous ne m'interromprez pas malgré tout ce que je pourrais vous dire ?

― Je t'ai posé une question. Il serait de mauvais ton de ne pas écouter jusqu'au bout tes explications.

Il lui un sourire, ce même sourire qui tanguait entre le soulagement et la satisfaction.

Et cette horrible vérité qui le rendait si faible… Qui gâchait tous les moments qu'il passait avec elle.

― Je vous aime.

Nami écarquilla les yeux, bouche bée. Qu'avait-il osé dire… ?

― Je vous aime, répéta Kuroashi comme s'il avait lu dans ses pensées. Je ne sais pas depuis combien de temps, certainement depuis le début sans m'en être rendu compte. C'est sans aucun doute pour cela que vous me fascinez et que mon regard s'est arrêté sur vous. Je ne trouve pas de mot pour expliquer ce sentiment de renaissance à part ces trois mots qui me semble bien loin de décrire à la perfection cette sensation. J'ai cherché à m'en débarrasser, je vous assure. Je ne voulais pas vous embarrassez avec ces trivialités.

Il lisait dans ces pensées ? Elle qui commençait à se dire qu'il était en train de plaisanter ! Comment pouvait-il parler de l'Amour comme d'une chose futile ? Il se dévalorisait volontairement, sa respiration s'accélérait alors que la peur suintait de tous les pores de sa peau. Il tremblait d'angoisse en imaginant la réaction qu'elle aurait. Sa voix était calme, posée. Avait-elle réellement affaire à Kuroashi ? L'homme qu'elle poursuivait depuis des mois était un amoureux transi ? Comment avaient-ils pu en arriver là ?

― Je…

Sa voix trahissant son angoisse, il se reprit.

― Je ne demande rien de vous. Vous n'avez même pas à y répondre. Juste à écouter jusqu'au bout, c'est ma seule requête. Ensuite, tout reviendra à la normale. Vous me traquerez et moi je resterais un criminel. C'est dans l'ordre des choses après tout. Oubliez cet instant si vous le voulez bien. Ce sera facile sans doute, j'attise votre haine depuis si longtemps… Inconsciemment, je devais savoir que mon cœur vous appartenait déjà c'est pourquoi je voulais que vous ne ressentiez que de l'animosité envers moi, c'est plus simple pour éviter de souffrir. On se dit que c'est un amour non-réciproque et on passe à autre chose… Apparemment, il faut que ça sorte un jour ou l'autre. Ça devient un poids de plus en plus lourd à porter…

Il se stoppa, reculant encore devant le visage interdit de la jeune femme qui avait abaissé son arme. Que devait-elle faire ? Elle se sentait complètement perdue…

Il prit une décision pour elle. Celle qu'il jugeait bonne pour l'Inspectrice. Tant pis pour lui après tout.

― Je vais devoir vous abandonner. Prenez soin de vous et trouvez vite un homme que je puisse faire définitivement une croix sur vous. Adieu Dorobo.

Il lui souffla un baiser, lui offrit un dernier sourire empreint de chagrin avant de lui tourner le dos et de courir. Les sirènes de police étaient devenues des bruits de fond durant cet instant aussi magique que douloureux. Elle le savait. Elle devait le poursuivre. Elle tenait une occasion de le coffrer. Mais aucun de ses muscles ne répondaient, son cerveau pas davantage.

Elle rangea mécaniquement son Beretta.

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Doflamingo eut un geste d'impatience. Rien ne se passait comme il l'avait prévu.

Il venait tout juste d'apprendre qu'un de ses animaux avait disparu. Et il n'y avait pas trente-six mille possibilités.

Kuroashi. Encore.

Il avait contacté Absalom qui lui avait rétorqué que, s'il s'était fait avoir aussi facilement, il ne voyait pas en quoi c'était son problème. Joker avait même cru reconnaitre de l'admiration dans la voix de l'assassin quand ce dernier avait ajouté que si c'était Kuroashi qui avait prit cette perruche, il n'en était pas étonné.

Tout ça pour dire qu'il n'était pas très avancé. D'ailleurs, cette Dorobo était toujours en vie malgré tout ses efforts. Kuroashi prenait un malin plaisir à s'occuper lui-même des hommes que Doflamingo envoyait. Et si ce n'était pas lui, c'était un des hommes de Capone.

Celui-là… Il ferait n'importe quoi pour rester dans les bonnes grâces du Chef des Supernovas.

Joker ne pouvait pas se permettre de rompre son partenariat avec Absalom au risque qu'il se retourne contre lui.

Cette Dorobo Nami devait mourir et le plus tôt possible !

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― C'est la galère !

― A qui le dis-tu…

Franky jeta un coup d'œil vers Sanji qui eut un soupir. Cela faisait au moins vingt fois que le jeune cambrioleur consultait son portable avec cette même lueur d'espoir qui passait dans son regard. Puis de la déception quand il rangeait le mobile.

― Mais on ne peut pas en vouloir à Chopper, ajouta le célèbre malfaiteur. Qui aurait-pu prédire que Dorobo se pointerait dans ce commissariat ?

― Toi.

Sanji perçut du reproche dans la voix de son ami.

― Je ne lui ai pas collé un GPS à cette fichue flic.

― Mais tu lui laisses pas mal de marge depuis quelques temps.

Le jeune voleur haussa les épaules. Il se contrefichait de l'avis de Franky à ce sujet. Ce dernier décida de changer de sujet puisqu'il était évident que s'il poursuivait dans cette voie, il aurait affaire à un Kuroashi sur les nerfs. Après ce qui venait de se passer, avec Chopper qui s'était fait attrapé par la police puis son sauvetage, la police devait être sur les dents.

Il fallait agir au plus vite.

Franky repéra les coups d'œil nerveux de son ami vers l'objet de toute sa crainte.

― Eeeeet donc ?

― Quoi "et donc" ? demanda un Sanji plus que perplexe.

― Que fait-on maintenant ? précisa de bonne grâce l'excentrique qui lui servait d'ami. Tu comptes rester à 10 km encore longtemps ?

Le cambrioleur professionnel évita de mettre la perruche dans son champ de vision comme si, d'un seul regard, l'animal pourrait s'évader de sa cage dorée pour le picorer à mort.

― Et bien… Aucune idée. J'avoue que je ne fais pas quoi en faire. C'est compliqué à transporter.

― Alors tu vas l'ouvrir pour récupérer la puce ?

― QUOI ? T'es complètement malade ! Je ne touche pas ce volatile ! Et puis je suis cambrioleur pas chirurgien !

Sanji se releva d'un bond en entendant un cri provenant de la perruche. Elle s'agitait dans sa cage, battant des ailes furieusement. La balançoire sur laquelle elle s'était posée menaçait de se dérober sous ses pattes. Ne pensant qu'à la fortune que représentait l'oiseau, Sanji avait bondit et s'apprêtait à ouvrir la cage lorsqu'un bec fusa. Retenant un cri de surprise et de douleur, le jeune homme retira sa main blessée en pestant contre le volatile. L'oiseau bondit de sa cage et ses griffes frôlèrent le visage du cambrioleur. Franky vint lui prêter son assistance en attrapant habilement le petit locataire et, une fois maîtrisée et remise dans son logement temporaire, il donna des calmants à la perruche qui s'apaisa.

― Ça va aller ?

Cette question suffisait amplement pour que Sanji explose.

― NON ! Ça ne va pas ! Cette Dorobo me rend complètement dingue, savoir Chopper et Usopp loin de nous m'inquiète, Joker va faire forcément un coup tordu dont il a le secret et maintenant, y a TOI ! Toi qui fais des sous-entendus à deux governs ! Et puis, j'oubliais ce volatile à la con qui m'en veux pour une mystérieuse raison comme tous les animaux de cette FICHUE planète !

Franky resta interdit devant cette exceptionnelle démonstration de la colère de Sanji. Passant sa langue sur sa plaie pour la nettoyer sommairement du sang qui en dégouttait abondamment, le jeune cambrioleur s'en voulu d'avoir foncé sans réfléchir. Il avait peur que cette blessure soit profonde et le gêne.

Cette sale bestiole avait choisi son index. Quelle espèce de petit…

― Désolé Sanji, fit Franky, penaud. Je n'aurais pas dû te soupçonner de la sorte, je devrais savoir que tu fais ton maximum depuis le temps.

― … C'est rien. On va dire que c'est parce que tu déteste ton boulot et que c'est pour ça que t'es sur les nerfs

Franky eut un petit rire.

― Ouais, c'est vrai que le travail dans les usines, ce n'est pas mon truc. Je serais plus dans l'architecture. Ça me plait bien. Être charpentier me tente aussi.

Sanji ne fit aucune remarque. Il n'y avait rien à dire. Tout deux savaient que les N.D. ne pouvaient pas faire ce genre de travail sauf si on avait besoin de main-d'œuvre bon marché. La majorité des grands PDG, Déclarés évidemment, embauchaient des N.D. Plus c'était dangereux, mieux c'était.

Nul doute qu'un N.D. architecte ou charpentier, cela n'existait pas. C'était le rêve de Franky même si au fond il était réaliste.

Il valait mieux changer de sujet.

― Bon, ça ne nous dit pas ce qu'il faut en faire.

― C'est toi Kuroashi. A toi de voir.

Franky saisit le poignet de Sanji pour désinfecter et panser la plaie.

― Je pense endormir l'oiseau. Il y a peut-être une raison à sa survie. Je vais l'échanger contre des informations sur Absalom.

― Donc tu comptes le lui donner ?

― Bien sûr que non, tu me prends pour qui ? Je vais juste lui tirer les infos et lui donner un volatile.

Franky et Sanji eurent le même sourire mauvais.

― Je compte sur toi pour le matos Franky.

― Je réussirais.

Sanji considéra son index pensivement puis le plia. La douleur était encore présente mais plier sa phalange n'était pas un problème. Son pouce se passa sur le pansement qui se trouvait sous son œil, là où l'une des griffes l'avait frôlé.

Il repensait à ce qui s'était passé la veille au soir. Sa déclaration presque inattendue.

Il l'avait mis dans l'embarras. Il ne l'avait pas entendu courir derrière lui pour en savoir plus. Elle était très certainement dégoûtée.

Il s'accroupit vers sa valise et en extirpa le premier livre qui lui tomba sous la main. Rien qu'en posant les yeux sur le titre, un besoin urgent et pressant naquit en lui.

― Franky, je vais sortir prendre l'air. Ne m'attends pas si tu veux aller dormir, ferme la porte à clé.

Le jeune excentrique n'eut pas l'air surpris, se disant que c'était la présence d'un animal qui devait le rendre mal à l'aise et qui lui donnait envie de sortir. Il lui conseilla d'être prudent car, même s'il faisait nuit et que Kuroashi avait une nouvelle fois changé d'apparence, il restait des risques à ne pas négliger.

Mais le cœur et les pensées de Sanji/Kuroashi dérivaient déjà. Ce désir devait être assouvi au plus vite.

Son besoin de repentance.

Cela ne servirait à rien. Il ne se faisait pas d'illusion.

Ses yeux examinaient chaque rue, chaque enseigne. Il errait de rue en rue, telle une âme en peine. Il ne pouvait pas rentrer avant d'avoir enfin le cœur et l'esprit temporairement apaisés. Au moins pour cette nuit. Ses lèvres happèrent distraitement l'embout de la cigarette qu'il extirpa de son paquet. Il se disait bien qu'il avait diminué sa dose de nicotine depuis quelque temps.

Une autre obsession avait remplacé les cigarettes. Encore un détail qu'il avait noté sans trop réfléchir puisque depuis toujours, sa vie n'avait eut de sens qu'à travers sa vengeance.

Maintenant elle avait prit un autre chemin sans qu'il puisse influer sur ce changement de cap. Il avait aussi besoin d'en parler avec quelqu'un. Il se sentait piégé, enfermé dans une camisole de force dans une pièce trop éclairée. Aveugle, incapable de se mouvoir pour se dépêtrer de cette situation.

Il s'alluma une seconde cigarette. La première n'avait toujours pas finie de se consumer.

Il eut le projet fou de partir. De tout quitter pour repartir à zéro. Pas de Dorobo, pas d'amis, pas de famille. Il leur aurait juste envoyé les documents nécessaires pour récupérer l'argent qui se trouvaient bien au chaud dans un compte en Russie. Sanji aurait juste récupérer le contenu du coffre qu'il gardait à l'abri des curieux. Son secret. Il n'aurait plus qu'à tout brûler, envoyé balader la clé qui ne la quittait jamais. S'installer dans le Sud de l'Italie, dans un petit coin de paradis puis y passer le restant de ses jours, que ce lieu devienne aussi sa tombe ce qui viendrait relativement vite car Sanji n'était pas fait pour la solitude, contrairement à Kuroashi. Se laisser dépérir était une idée séduisante.

Mais il ne pouvait pas. Des poids trop lourds le retenait ici. La camisole encore et toujours elle.

Il s'assit sur le banc le plus proche et sortit fébrilement son portable, parcourant rapidement son répertoire jusqu'à la dernière lettre. Tant pis s'il se faisait refouler. Il devait tenter. Le jeune homme ne pouvait en parler qu'à lui seul. La pression était insupportable.

― Huh… Sanji ? Qu'est-ce qui se passe ?

― Excuse-moi de t'appeler aussi tard, je ne te dérange pas ?

Son ami l'avait prévenu qu'il était resté aux États-Unis pour son travail. Le cambrioleur était soulagé de savoir que s'il avait besoin de lui parler en face à face, ils pourraient se voir.

― Non non, ne t'en fais pas. Alors ?

― Je lui ai fait ma déclaration.

Un temps. Un silence pesant et tout aussi lourd de sous-entendu. Sanji ajouta, comme s'il fut utile de le préciser alors que pour son interlocuteur, c'était une évidence.

― C'était trop dur finalement.

― Et ensuite ?

Sanji fut désarçonné.

― Je n'ai pas attendu sa réponse. Je le lui ai dit d'ailleurs. Elle n'avait pas à me répondre.

Il lui rapporta sa déclaration et, à la fin, entendit un soupir de consternation de la part de son ami.

― On peut dire que tu as tourné en rond. Tu n'as rien expliqué du tout. Ce n'était pas ce qu'il y avait de plus clair. Tu lui as demandé d'oublier alors que c'est justement ce genre de paroles qui vous reste dans la tête.

― Je ne vois pas pourquoi ! Si ce n'était vraiment pas clair, elle aurait demandé à en savoir plus.

― Mets-toi un peu à sa place. Le criminel qu'elle poursuit depuis plus d'un an lui avoue ses sentiments tout d'un coup. Comme si cela coulait de source.

― Ce n'est pas ce que j'ai dis !

― Mais c'est surement comme ça qu'elle l'a perçut. Elle doit douter de la sincérité. Ne serait-ce que pour une partie de ta déclaration.

Les larmes brillant dans son regard, Sanji se demandait encore pourquoi est-ce que tout ceci le rendait aussi pitoyable.

― Tu ne trouves pas que c'était un peu trop mis en scène ? Tu te pointes comme une fleur à sa rencontre, tu lui avoue tes sentiments et tu t'enfuis comme un voleur.

Merci pour l'ironie…

― Tu ne crois pas que quelque chose cloche ? continua son ami.

― Tu as peut-être raison. M-Mais je n'aurais pas supporté sa pitié ou sa colère.

― Et elle ?

Pertinente question que voilà. Il avait consulté son portable des dizaines de fois. Le portable dont Dorobo avait conscience que c'était son numéro mais rien. Pas le moindre coup de fil. Il avait été très tenté de l'appeler toutefois il avait jugé plus raisonnable de la laisser digérer. Il ne voulait pas non plus la harceler. Lui avoir tout dit lui avait fait un bien fou et la balle était dans le camp de l'Inspectrice.

Il se rendait compte qu'il était possible que cela soit ça, le problème.

Incapable de rester assit plus longtemps, Sanji repartit à la recherche de la boutique qu'il désirait croiser après avoir abandonné le cadavre de sa première cigarette.

― Tu crois qu'elle pense que je lui ai dit tout ceci dans le but qu'elle me fiche la paix pour que je puisse avoir le champ libre ?

― C'est une possibilité. Elle ne voit en toi qu'un criminel qui s'est efforcé d'attiser sa haine depuis le début.

―Mais je le lui ai expliqué ça aussi !

― Cela peut aussi faire parti de ton plan. Elle pense en Inspectrice ne l'oublie pas. Tu aurais pu jouer un rôle à ce moment-là.

Cette idée horrifiait le jeune homme. Il n'y avait même pas pensé ne serait-ce qu'une seconde !

― Non… Je ne pense pas qu'elle y songera.

Il lui raconta le dîner qu'ils avaient eu. Il passa sur les détails pour éviter de mettre son ami dans une situation inconfortable. Sanji lui parla surtout du quiproquo qui avait eu lieu et de sa fuite.

― Je me demande comment elle a pu ne pas comprendre déjà à ce moment-là…, commenta son interlocuteur. Ce qui revient à mon hypothèse… Mais tout peut arriver vu ce qui s'est passé entre vous.

― Presque tout.

Le jeune cambrioleur se stoppa devant l'une des boutiques, reconnaissant là ce qu'il cherchait. Il fouilla dans son sac et retrouva le livre qu'il avait prit machinalement. Voilà comment assouvir son besoin de rédemption. Au moins temporairement. Qu'importe si cela allait déplaire à la jeune femme.

Il était horriblement égoïste. Sanji et Kuroashi le savait et il l'avait intégré depuis longtemps.

― En tout cas merci beaucoup. J'avais besoin de t'en parler. Je me sens perdu et un peu trop seul.

― N'hésites pas. Je sais combien tu peux être fier alors que tu la mettes de côté pour m'avouer tout ça, c'est exceptionnel.

Le voleur haussa les sourcils, presque amusé et surtout dépité par le ton gentiment railleur.

― Et puis rentre chez toi, ça craint dehors à une heure pareille.

― Y a un oiseau chez moi, grommela Sanji en passant son regard sur la vitrine.

― Oh pauvre petite chose…

― Cette fichue perruche m'a attaquée !

Le visage du jeune voleur s'empourpra en entendant le petit rire de son ami d'enfance.

― Je te hais.

― Oui moi aussi je te souhaite bonne chance et puis courage ! Ta vie finira par prendre un tournant heureux.

Sanji laissa à Zoro le soin de raccrocher en premier et considéra son portable avec abattement.

"Finir par prendre un tournant heureux"… Où il a vu ça ? Comme si c'était possible…

Il releva les yeux vers la vitrine puis repensa au livre. Navré Racine, je vais emprunter vos mots juste pour cette fois. Je n'ai pas le courage de m'exprimer en utilisant les miens.

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à suivre...


J'ai galéré comme pas permis sur cette fichu déclaration. Je l'ai écrite sous trois formes différentes et ce fut avec une très lonnnnnngue hésitation, j'ai sélectionné celle-ci. Pour l'instant aucun regret, c'est peut-être bon signe.

Je ne m'attarderais pas davantage, veuillez m'excuser, je suis un peu à plat. Mon enthousiasme légendaire va revenir d'ici peu... j'espère.

Passez une bonne semaine, merci de lire et de laisser une trace de votre passage ! A samedi prochain !