Des chemins différents


Résumé du chapitre précédent:

Après avoir quitté le carrefour, les trois voyageurs arrivent devant la cité morte de Minas Morgul baigné dans sa lueur verte et irréelle. Une seconde après que Gollum leur a montré l'escalier secret, le sol tremble et les portes de la cité s'ouvrent devant l'armée du Mordor dirigée par le roi sorcier d'Angmar. Les hobbits cachés derrière des rochers passent inaperçus. Ils commencent alors à monter les marches vers la cime de Cirith Ungol. À mi-chemin, Sarah est prise de vertiges et faillit tomber dans le précipice si ce n'est Sam qui la rattrape. Gollum assiste à la scène sans intervenir, même s'il a été le mieux placé pour sauver Sarah. Sam menace alors la créature et le défie de les trahir, ce qui n'empêche pas le sournois de souffler à Frodon des mots insidieux à l'égard de ses deux amis. Frodon, affaibli par l'anneau et les ténèbres, tombe peu à peu sous l'influence de Gollum, causant une vive peine à Sam, mais surtout Sarah. La tension et la tristesse domine dans le groupe, il ne manque plus qu'un élément déclencheur et tout peut s'écrouler…


Frodon était assis, la mine fatiguée, et fixait mélancoliquement l'horizon. Sarah avança jusqu'à lui et, chassant le doute immense qui s'abattait sur son cœur, l'étreignit par derrière en posant sa tête sur la partie supérieure de son dos. Mais Frodon ne lui rendit pas son étreinte et demeura distant.

- Frodon… supplia-t-elle d'une voix hachée.

Sam détourna les yeux de la scène avec douleur, puis plongea distraitement la main dans son sac. Il le remua de fond en comble mais ne rencontra aucune feuille verte. Poussant un soupir exaspéré, il baissa les yeux vers l'intérieur de son sac en remuant de nouveau tout le contenu. Lorsqu'il parut évident que le pain elfique n'était pas là, Sam continuait à fouiller son sac, de plus en plus vite, avec une angoissante incompréhension. Finalement, il leva la tête, et hagard, révéla:

- Le pain elfique! Il a disparu!

Frodon se mit lentement debout, repoussant le bras que lui offrait Sarah.

- Quoi? Mais c'est tout ce qui nous restait!

Sam regarda partout autour de lui d'un air éperdu, comme s'il avait pu l'égarer quelque part, et son regard croisa celui de Gollum qui, perché plus haut sur son rocher, affichait un air estomaqué en se grattant pensivement la tête. Les yeux de Sam se remplirent de fureur.

- Il l'a pris! – cria-t-il en pointant Gollum du doigt – il l'a pris, c'est sûr!

Gollum leva la tête, étonné:

- Sméagol? Non, pas le pauvre Sméagol! Sméagol déteste ce mauvais pain.

- Sale menteur perfide! Qu'est-ce que tu en as fait?

Frodon fixa Sam en silence, ses yeux se remplissant progressivement de suspicion.

- Allons, il n'en mange pas - déclara-t-il d'un ton neutre.

Il s'avança vers Sam tandis qu'un pli commençait à barrer son front.

- Ça ne peut pas être lui.

Sam lui retourna un instant son regard avec incrédulité, secoua la tête et allait protester lorsque Gollum l'interrompit.

- Regardez!

Avec un air de parfait étonnement, il avança la main et épousseta la cape, faisant tomber des miettes de pain. Tout le monde les fixa dans un silence lourd, puis Sarah s'avança en regardant Gollum et Frodon d'un air incrédule:

- Écoutez, vous ne pensez sérieusement pas que…

- C'est lui – accusa soudain Gollum en pointant Sam – c'est lui qui l'a pris!

La déception et et la confusion envahissaient les traits de Frodon, tandis que Sam se tenait pétrifié en regardant les miettes. Gollum sauta à bas de son rocher et s'agenouilla devant Frodon.

- Il l'a pris, je l'ai vu! Il s'empiffre tout le temps quand le maître ne regarde pas.

- Ça c'est un odieur mensonge!

Avant même qu'il eût fini de parler, il avait frappé Gollum, l'envoyant rouler sur le sol. Sam se jeta sur lui, cherchant à l'étrangler. Pas un instant, Sarah n'avait cru que Sam avait mangé le pain. Ce n'était pas son genre, et ils n'avaient pas rationné leur propre nourriture pendant tout ce temps pour en arriver là. Alors que le hobbit et la créature luttaient, Sarah se contenta de regarder Gollum avec dégoût. Cependant, contrairement à elle, Frodon n'avait pas cru un seul instant que Sam n'avait pas mangé le pain. Gollum avait trop longtemps empoisonné ses pensées.

- Je vais le tuer! – rugissait Sam en cherchant sa gorge.

Frodon se précipita sur lui et le ramena en arrière avec toutes les forces qui lui restaient.

- Sam! Non! – cria-t-il avant de s'effrondrer à ses pieds, comme s'il allait s'évanouir.

Sarah se précipita à ses côtés et le soutint avec son corps. Il se rendit compte avec culpabilité qu'il avait toujours les mains sur les épaules de son maître. Il les retira vivement et balbutia:

- Oh mon Dieu, pardonnez-moi. Je… je n'ai pas voulu aller aussi loin, la colère m'a aveuglé, et…

Alarmé, il vit Frodon assis faiblement contre Sarah en cherchant son souffle.

- Voilà… je… reposons-nous un peu, vous êtes exténué.

- Je vais bien – souffla Frodon faiblement.

- Non, vous n'allez pas bien – fit Sam avec amertume – c'est ce Gollum! C'est ce pays! C'est cette chose autour de votre cou!

À la mention de l'anneau, Frodon releva vers lui un regard plein de suspicion il fronça les sourcils. Sam, ne se rendant compte de rien, poursuivit d'une voix bienveillante:

- Je pourrais vos aider un peu, le porter pour un moment…

Frodon sentit ses pires doutes confirmés. Après tout, Gollum l'avait averti, n'est-ce pas? Tout plein de méfiance, il vit la bouche se Sam se mouvoir au ralenti tandis qu'elle prononçait les paroles fatales:

- Le porter pour un moment… un moment… partager votre fardeau…fardeau…

Les mots se faisaient écho dans la tête du porteur de l'anneau, le rendant furieux. Brusquement, il porta une main à la poitrine et repoussa Sam de l'autre. Il se releva et s'éloigna de lui, malgré les protestations de Sarah.

- Ne me touche pas! – rugit-il.

- Je ne veux pas le garder – protesta-t-il faiblement – seulement aider un peu.

Gollum, derrière Frodon, lui servit un sourire perfide et suffisant.

- Vous voyez! Vous voyez! Il le veut pour lui tout seul!

Sam sauta sur ses pieds, le visage rouge de colère, et tonitrua:

- Tais-toi! Et va-t-en d'ici!

Gollum ne se départit pas de son sourire.

- Déguerpis! Fous le camp!

- Non Sam, c'est toi – fit soudain Frodon d'une voix calme.

Sarah était rempli d'une incrédulité horrifiée. Ce n'était pas Frodon, ça! Le Frodon qu'elle connaissait ne croirait jamais un mensonge aussi odieux! Furieuse, elle se tourna vers Gollum. Tout était de sa faute. Entretemps, Sam avait levé le regard vers son maître, et la confusion qu'il y avait dans ses yeux se mua en désespoir. Ses yeux se remplirent de larmes.

- Je regrette, Sam… - continua Frodon de sa même voix calme.

- Mais c'est un menteur! – gémit Sam – il vous a monté contre moi!

- Tu ne peux plus m'aider à présent.

Ils se regardèrent en silence, Sam choqué jusqu'au plus profond de son cœur. Finalement, Frodon rompit le silence, son visage et sa voix neutres :

- Retourne chez toi.

Le visage de Sam fut ravagé par la douleur et les larmes ruisselèrent sur ses joues. Il se replia sur lui-même, et cachant son visage dans ses mains, commença à sangloter. Sidérée, Sarah s'ageouilla à ses côtés et lui tapota l'épaule sans lui fournir le moindre réconfort.

- Tu ne le penses pas sérieusement? – s'adressa-t-elle à Frodon.

Ce dernier, qui s'en allait, se retourna. Ses yeux étaient inexpressifs.

- Mais… tu ne peux pas! C'est un stupide mensonge de la part de ce sournois! Sam ne mangerait jamais ce pain! Tu te rappelles qu'on l'avait rationné? C'était pour toi!

Frodon éclata d'un rire amer. Sarah se sentit défaillir.

- Ça te fait donc rien de le laisser? – fit-elle d'une voix entrecoupée.

- Quand j'ai accepté qu'il vienne avec moi, je croyais qu'il pouvait m'aider, mais comment lui faire confiance après ce qu'il a fait?

- Ce qu'il a fait? Il n'a rien fait! Pourquoi refuses-tu de voir la vérité alors qu'elle est si simple? Est-ce que tu crois en Gollum plus qu'un ton ami?

Frodon se tendit, soudain confus. Sarah se radoucit et s'approcha de lui, mais il fit un pas en arrière. Blessée, elle murmura:

- Pourquoi te comportes-tu ainsi tout d'en coup?

- Sarah… pourquoi fais-tu cela?

Elle sursauta et ne vit pas Gollum cacher un sourire mielleux.

- Faire quoi?

Il soupira.

- Tu sais que je suis tombé amoureux de toi.

Sarah n'était que confusion. Elle le savait, mais quel rapport avec ce qui se passait?

- Oui – répondit-elle – et moi de toi.

Elle vit avec stupéfaction Frodon secouer lentement la tête.

- Qu'est-ce que tu pouvais gagner à agir de la sorte? Une satisfaction personnelle? Ne me prends pas pour un imbécile, Sarah. Penses-tu que je ne sais pas que tu complotes avec Sam? C'est pour ça que tu cherches à le défendre. Vous voulez l'anneau tous les deux. Je n'aurais jamais dû accepter que vous veniez avec moi. Je savais que cette tâche m'était dévolue et que je devais la faire seul. Je perdrais peut-être la vie en la faisant, mais au moins mon cœur serait demeuré entier.

Frodon avait parlé d'une voix empreinte de tristesse, mais Sarah avait l'impression qu'il venait de lui hurler les mots à l'oreille avec toute la rage dont il était capable. Chaque parole fut comme un coup de poignard qui pénétrait, déchirait, lacérait et déchiquetait son cœur en lambeaux. Sa poitrine lui fit l'effet d'une blessure béante qui ne pourrait jamais se cicatriser. Le chagrin l'empêcha de parler pour un moment, et Frodon en profita pour faire demi-tour.

- Qu'est-ce que tu sous-entends en disant ça? – demanda-t-elle désespérement plus pour le retenir que pour le plaisir de savoir la réponse.

- Faut-il vraiment que je te le dise?

Il y avait de la douleur dans sa voix. Et alors Sarah comprit que le supposé complot pour son anneau n'était qu'un fait secondaire. Comme Sarah ne répondait rien, Frodon entrouvrit la bouche. Les paroles qu'il prononça ensuite furent tellement poignants que tout ce qu'elle avait ressenti auparavant ne semblait qu'une douleur bénigne.

- Tu as conquis mon cœur, Sarah, et à cela je ne peux rien y changer. Mais ça me peine tellement que… que pour toi ça n'a rien été d'autre qu'un jeu.

Sarah resta muette un moment, et comme Frodon se détournait, chagriné, elle cria d'une voix rauque, qu'elle reconnaissait à peine elle-même:

- Tu sais bien que ce n'est pas vrai! Tout au fond de toi même tu sais que ce n'est pas vrai! Je t'aime, Frodon! Tu le sais! Tu es la seule chose qui compte pour moi. Je n'ai jamais joué la comédie. Mes sentiments sont sincères!

Les yeux de Frodon se troublèrent, et il fit un pas en avant.

- Frodon… - murmura Sarah doucement – me crois-tu donc capable d'une telle perfidie comme te tromper?

- Maître – pressa Gollum, qui voyait le vent tourner en faveur de Sarah – il faut y aller!

- Toi, ferme-la, répugnante créature! Tout est de ta faute! Toi et ta sale langue de vipère!

Ce fut le ton soudain féroce de Sarah qui décida Frodon. Il secoua lentement la tête et fit d'un ton accablé:

- N'essaye plus de m'amadouer, Sarah. Laisse-moi poursuivre cette quête tout seul. Raccompagne Sam. Je souhaite de tout mon cœur pouvoir sauver la Terre du Milieu et je souhaite que vous puissiez vivre en paix. Allez-y maintenant.

Et essayant de ne pas regarder les larmes qui ruissellaient sur les joues de Sarah, il se retourna et s'en alla, le cœur aussi brisé que celui de sa compagne. Gollum sauta de son rocher et le suivit, une expression de satisfaction perfide sur le visage. Sarah n'eut pas la force de le frapper. Dès que le bruit de pas de Frodon s'évanouit, elle se laissa glisser sur le sol, ne pouvant croire ce qui arrivait. C'était absurde, et elle ne voyait pas comment Frodon avait pu tomber dans un piège aussi insidueux, mais c'était le cas. Gollum lui avait fait croire que Sam et elle l'avait trahi, alors que l'unique traître de leur groupe était le seul que Frodon avait toléré. En pensant à toutes les paroles empoisonneuses et fourbes que Gollum avait dû prononcer dans leur dos, elle pleura d'amertume et de douleur.

Au bout d'un moment de silence pesant, Sam se leva et serra brièvement Sarah.

- Je n'arrive pas à le croire – fit-il, l'œil vide.

Sarah s'adossa au mur, refusant de sécher les larmes qui perlaient sur son visage. Sam émit un autre sanglot et répéta:

- Je n'arrive pas à le croire.

Sarah appuya la tête contre ses genoux en essayant d'ignorer la migraine qui la gagnait, et la sourde douleur de son cœur las de battre dans sa poitrine. Des raclements sur la pierre lui fit redresser la tête à contrecoeur. Elle haussa légèrement un sourcil en voyant Sam se débattre pour mettre le pied sur l'escalier secret.

- Qu'est-ce que tu fais? – railla-t-elle.

- Je m'en vais. M. Frodon ne veut plus que je sois avec lui…

Sa voix se brisa et il resta un moment immobile à se remettre d'aplomb.

- Je ne peux pas rester ici. Je m'en vais - conclut-il.

Il trouva la première marche et commença à descendre, noyé de chagrin.

- Et toi? Tu devrais en faire autant.

- Ne t'en va pas, reste encore un peu.

Mais Sam secoua la tête. Les deux hobbits se fixèrent un instant, puis Sarah baissa la tête et cacha son visage dans ses mains. Alors Sam, chagriné, descendit encore et disparut de la vue de la hobbite.

Un long moment elle resta où elle était, ne pouvant croire à la tournure qu'avait pris les évènements. Les obstacles qui se dressaient sur son chemin lui semblaient insurmontables à présent. Avant, la perspective d'aller en Mordor la terrifiait, mais elle était avec Sam, et Frodon! Et maintenant, elle ne savait pas même pas ce qu'elle devait faire, et elle était seule. Jamais elle ne s'était sentie aussi perdue, aussi vulnérable. En dépit tout, tous ces chagrins auraient été supportables s'il n'y avait pas ce torrent intarrissable de chagrin qui coulait de son cœur.

Devait-elle suivre l'exemple de Sam? Non, ce serait abandonner Frodon. Mais pouvait-on parler d'abandonner lorsque cette personne ne voulait plus de vous à ses côtés? Sans doute pas. N'empêche, elle ne pouvait rester là non plus.

Elle se sentait si immensément seule à présent! Son cœur n'arrivait toujours pas à accepter ce que Frodon avait dit. Comment pouvait-il seulement avoir pensé que… Penser à lui fit remonter des larmes à ses yeux, mais elle les refoula vigoureusement. Pleurer ne servirait à rien. D'ailleurs quoi faire? Toujours la même question. Peut-être que son don pourrait l'aider? Elle se redressa, le corps tendu. Oui, c'était possible, c'était même très possible. Qu'importait si elle allait se trouver exténuée par la suite? La situation était assez urgente et désespérée pour qu'elle se risque à pratiquer son don.

Soulagée d'avoir pris une décision, elle s'adossa au mur noir, et ferma les yeux. Il lui fallut plus de temps que d'habitude pour calmer les battements précipités de son cœur et de trouver une respiration régulière. Ensuite, elle posa la question à son esprit.

Que dois-je faire?

Rien ne se passa. Légèrement inquiète, elle se concentra encore plus et répéta la question. C'est alors qu'elle se rendit compte que son corps était beaucoup trop crispé et qu'une fine pellicule de sueur était apparue sur son front sous l'effet de la lourde concentration. Poussant un soupir exaspéré, elle s'obligea à se détendre. Complètement. Tout en posant la question, elle laissa son esprit dériver librement, à la recherche de la réponse. Son esprit erra et erra, plongeant Sarah dans un état second d'hébétude. Lorsqu'elle se rendit compte de cela, elle ramena son esprit plus près d'elle, et alors elle le sentit: le brouillard. L'air humide collait à sa peau et ses vêtements, comme avant chaque vision. Sarah se tenait debout, attendant patiemment elle-ne-savait-quoi. Lorsque le brouillard se leva peu à peu, elle se rendit compte qu'elle était devant l'entrée d'un couloir.

Elle marcha longuement, ses pas retentissant sur le plancher de bois trop bien ciré. Il n'y avait personne, il n'y avait pas d'issus. Était-ce donc cela la réponse? Pas de sortie? Elle chassa l'angoisse qui commençait à l'accrocher de ses petites griffes perfides, et continua à marcher la tête haute. Soudain, quelque chose attira son attention sur le sol. C'était un couteau, ou plutôt un canif. Prudemment, elle le ramassa. C'était un canif ordinaire, à la lame légèrement rouillée. Sarah le mit soigneusement dans sa poche. Elle ne se demandait pas ce qu'il faisait là, sur le sol, sans propriétaire, parce que dans ce monde irationnel, il ne fallait chercher que de réponses irrationnelles.

Ce monde est symbolique. À toi de déchiffrer le code des objets.

Elle continua sa marche, le mur et le sol retentissant de ses pas. Elle passa près d'une vitrine où se trouvait une hache à l'intérieur, le genre de hache destinée pour les cas d'urgence. Juste après la vitrine, une première porte apparut. Folle de joie, elle faillit perdre tout son bon sens et s'y précipiter, mais à la dernière seconde elle se retint et décida d'explorer tout le couloir. Si c'était la seule porte, alors elle n'aurait plus d'autres choix. Mais elle avait eu raison d'attendre. Presque tout de suite, une autre porte apparut à sa vue. C'était une simple porte en bois, mais un gros cadenas grossier pendait à la poignet et en bloquait l'accès. Patiemment, elle se détourna de cette porte-là aussi et continua toujours d'avancer. Le couloir se finit par un cul-de-sac, dont la fin était marquée par la troisième et dernière porte. Celle-là était en bois massif et solide, défiant quiconque oserait l'ouvrir. Elle n'avait même pas de poignet.

Sarah revint lentement vers la première porte, tout en se disant qu'elle était peut-être fermée à clé ; elle tourna la poignet, et qu'elle ne fut sa stupéfaction lorsque la porte s'entrouvrit sans bruit. Devenant aussitôt méfiante par tant de facilité, elle poussa pouce à pouce le battant de la porte. La pièce qui se révéla ensuite n'avait rien d'exceptionnel. Une petite pièce sombre, sans meubles, au sol tapissé de poussière. Elle referma la porte.

Elle s'approcha de la deuxième et s'abaissa pour examiner le verrou. D'une certaine manière, elle se sentait plus satisfaite. Au moins cette porte-ci comportait un obstacle, apparue sous la forme d'une vieux verrou. Elle essaya de le briser mais n'y arriva pas. Aussi vieux soit-il, il n'en demeurait pas moins solide. C'est alors qu'elle pensa au canif qu'elle avait ramassé plus tôt. Se pouvait-il qu'il ait été là pour cet usage? Elle le sortit, prit la manche, et le retourna plusieurs fois dans sa main, avant de s'attaquer à la serrure. Elle n'avait aucune expérience en la matière, et il lui prit beaucoup plus de temps que prévu avant d'entendre le léger clic annonçant que le verrou avait fini par céder.

Sarah retira le canif du trou de la serrure ; il était légèrement tordu. Après avoir remis le couteau dans sa poche, elle poussa la porte. Elle faillit presque pousser un cri de joie en voyant une autre porte rouge avec la mention «sortie» marquée dessus. Discrètement, elle sut que c'était ce qu'elle avait toujours voulu. Un porte de sortie, pour s'en sortir. Elle couvrit la distance la séparant de la porte rouge d'un pas rapide. Quand elle la poussa, celle-ci s'ouvrit pour dévoiler un escalier qui descendait et menait, elle le savait, vers l'extérieur. Alors qu'elle allait franchir cette porte de sortie, elle jeta un ultime coup d'œil par dessus son épaule et vit la porte par où elle était entrée. Celle-ci était entrebâillée, laissant voir un petit rectangle de lumière provenant du couloir. À cette vue, quelque chose se brisa en elle et un sentiment d'une extrême vigueur la frappa, l'enveloppa, la noya. Sa main posée sur le poignet tremblait violemment ; elle émit un gémissement étouffé proche du sanglot, puis lentement, doucement, lâcha la porte de secours. Aussitôt, la sérénité lui revint. Elle sortit de la pièce d'un pas traînant.

Pour la deuxième fois, elle se retrouva dans le couloir. Elle arriva devant la porte massive et frappa une fois dessus avec son poing. La porte lui renvoya un son assourdi. Comme dans un rêve, elle fit demi-tour, passa la deuxième porte, passa la première porte, puis s'arrêta. Elle contemplait la vitrine avec la hache. «En cas d'urgence…» songea-t-elle tout en l'ouvrant et en retirant la hache. La lourdeur de l'arme faillit lui faire lâcher prise, mais elle raffermit ses muscles, et refit péniblement le chemin jusqu'à la troisième porte. Instinctivement, elle sut que ce devait être la bonne. Le premier coup qu'elle porta fit une large brèche dans le bois. Le bruit retentit dans tout le couloir et Sarah se raidit un instant en tendant l'oreille pour tenter percevoir un bruit de pas quelconque. Mais personne ne vint.

Alors elle respira un bon coup et commença à abattre la porte à coups de hache. Après qu'une fissure d'un mètre à peu près était apparue, la hobbite transpirait déjà à grosses gouttes et sentait ses bras complètement engourdis. Elle avait aussi mal au dos. Mais elle persévéra dans ce qu'elle avait commencé. Tout en élargissant la fissure, elle s'interrogea sur la nature du sentiment qui l'avait balayée dans cette pièce avec la porte de sortie.

Du regret, pensa-t-elle soudain. Oui, une forte vague de regret. Il y a quelque chose d'encore plus important qu'une porte de sortie. À ce moment, un grand pan de bois céda, et pantelante, Sarah laissa tomber la hache à ses pieds. Sans reprendre son souffle, elle se faufila par l'ouverture pratiquée. Tout était noir de l'autre côté ; il n'y avait pas la moindre lumière. Sarah sentit son cœur battre un peu plus vite, mais s'obligea à rester calme. Peu à peu, ses yeux s'habituèrent à l'obscurité, et elle poussa un grand hoquet de frayeur en remarquant une silhouette adossée au mur, lui faisant face.

Elle le détailla en écarquillant des yeux, et le vit bouger un peu, puis s'approcher d'elle. Avant même qu'il fut assez près pour qu'elle distingue de qui il s'agissait, elle savait déjà qui il était.

- Frodon… - murmura-t-elle.

Frodon s'arrêta à quelques centimètres d'elle à peine, et malgré tout ce qu'elle se disait pour se convaincre qu'il n'était pas réel, son cœur battait la chamade. Elle chercha avidement une expression de tristesse, de suspicion ou de déception, mais n'en trouva aucune. Frodon souriait, et son visage reflétait la bonté, cette bonté qui avait toujours été sienne et qui caractérisait son véritable être. Elle ne sut que penser de ce sourire, elle ne sut que penser du tout. Croyait-il toujours qu'elle l'avait trompé? Elle essaya de surprendre un tic de sa part qui dévoilerait ne serait-ce un instant qu'il faisait semblant, mais rien de tel n'arriva.

- M'aimes-tu? – s'entendit-elle demander.

Elle redoutait la réponse, mais voulait l'entendre en même temps. Lentement, Frodon hocha la tête. Comme dans un rêve, elle s'approcha de lui et le toucha d'une main tremblante, s'attendant à ce qu'il s'évanouisse d'une seconde à l'autre. Mais il ne disparut pas, et Sarah put toucher son bras, sa poitrine, son visage. Il était tout juste comme elle se le rappelait ; tous les détails étaient là. Frodon leva un bras, l'invitant à une étreinte. Tout en se répétant que cela ne se passait pas pour de vrai et qu'il n'était qu'un élément de sa vision, elle posa timidement son front contre son épaule et sentit ses bras protecteurs l'entourer.

- Cela ne se peut… – dit-elle finalement en s'arrachant à l'étreinte.

Frodon le regardait d'un air interrogateur.

- Tu… tu n'es pas vraiment lui. Enfin, si. Mais nous ne sommes pas dans la réalité, et il ne faut pas j'oublie ce que je fais réellement ici.

À ces mots, les ténèbres semblèrent s'épaissir. Tout à coup, une expression de frayeur passa sur le visage de Frodon, et avant que Sarah ne puisse lui demander si ce qui n'allait pas, il commença à s'éloigner d'elle. Il ne bougeait pas vraiment lui-même, mais le sol semblait s'étirer vers l'arrière et l'amener avec lui. Sarah fit un pas en avant et Frodon leva une main vers elle.

- Sarah… - appela-t-il faiblement avant d'être englouti par les ténèbres.

- Frodon! – hurla-t-elle désespérément.

La jeune hobbite courut de l'avant pour seulement entrer en collision avec le mur. Le choc la fit tomber en arrière et elle s'étala sur le sol. Les ténèbres l'engloutirent elle aussi. Elle reprit connaissance affalée contre le mur. Elle se trouvait toujours sur la corniche surplombant Minas Morgul, et Frodon était parti. Elle faillit se remettre à pleurer mais se contint.

Elle était épuisée, comme il fallait s'y attendre, et elle n'avait plus de forces dans les bras, comme si elle avait vraiment manié une hache. La migraine lui martelait le crâne, l'empêchant de réfléchir lucidement. Alors que dans sa vision-même tout était devenu clair, une fois revenue dans la réalité tout paraissait confus. Que voulait dire la première porte? Et la seconde? C'était des possibilités. Les rouages de son cerveau s'embrouillèrent et elle laissa tomber toute tentative de compréhension pour le moment. Elle crut que la migraine allait s'estomper dans quelques minutes, mais il n'en fut rien. Bientôt, la douleur était devenue insupportable.

Appliquez-le sur votre tête, et vos idées s'éclairciront…

Qui avait dit cela? Ah oui, Legolas. Pourquoi cette phrase lui revenait-elle maintenant? Legolas avait dit cela lorsqu'il avait parlé des eithels. Les eithels! Elle porta une main à son cou et toucha la petite boîte cubique. L'elfe avait mentionné cela comme une des qualités de l'eithel… sans réfléchir davantage, elle ouvrit la boîte et sortit une feuille d'eithel. Elle la déchira en deux en ignorant le doux parfum qui se répandait, puis plaqua chaque moitié de feuille sur chacune de ses tempes.

Le point de contact dégagea une agréable fraîcheur qui se répandit à son front, puis au reste de sa tête. La migraine ne lui paraissait à présent plus que comme une mauvais rêve. Elle baissa lentement les mains, mais ne découvrit nulle trace d'eithel sur ses doigts. Elle toucha ses tempes et là encore, ne sentit que sa peau. Étonnée, elle se leva et regarda le sol sous elle, mais pas la moindre tâche verte ne le tapissait. Avec une fulgurante hébétude, elle eut la certitude que les feuilles s'étaient fondues dans sa tête.

Elle avait une claire lucidité de tout ce qui se passait désormais. Elle repensa à sa vision et une seconde lui suffit pour la déchiffrer. La première porte était sa situation présente. C'était tellement facile comme choix, puisqu'elle ne bougeait pas, mais cela ne l'amènerait à rien. La deuxième porte était compliquée car elle représentait le choix qu'avait pris Sam. Descendre les escaliers serait périlleux, mais une porte d'issue attendait en bas. Elle pourrait rentrer chez elle. Cependant, le profond regret symbolisait son amour pour Frodon. Elle ne pouvait tolérer le fait de lui tourner le dos. La troisième porte était bien sûr de suivre Frodon, envers et malgré tous les obstacles qui pourraient se dresser entre eux. Frodon l'aimait toujours, elle en était certaine, mais il avait le cœur brisé parce qu'il croyait qu'elle avait joué avec ses sentiments. Et le dernier élément, c'était que Frodon était en danger! Où qu'il soit à présent, Gollum n'avait pas perdu de temps. Le tunnel était un piège mortel, Faramir le leur avait bien dit, mais dans son désespoir devant les paroles de Frodon, elle l'avait complètement oublié, et elle avait laissé Frodon entrer dedans tout seul!

Poussant un grognement de rage, elle sauta sur ses pieds, repoussa sa fatigue, et suivit le chemin qu'avait emprunté Frodon quelque temps auparavant. Elle souhaita simplement qu'elle n'arrive pas trop tard. En chemin, elle continua à réfléchir, profitant de l'effet de l'eithel. D'ailleurs, elle se demandait pour combien de temps encore l'effet tiendrait.


RARs:

Mélanie: un chapitre par semaine, c'était pendant les vacances! Désolé si j'ai pris beaucoup de temps cette fois, mais avec la rentrée et tout ça, c'est pas tellement évidemment. Et puis, je me félicite pour la 100e fois d'avoir écrit quelques chapitres supplémentaires pendant les vacances, sinon, vous voilà embarqués dans l'attente d'un mois, lol! Bref, dans ce chap tu as ta réponse à la question. En effet, Fro demande à Sarah de partir. En fait, il faut qu'il aille seul dans l'antre d'Arachnée. Sinon, ça marche pas. J'espère que t'as eu du plaisir à lire ce chap. À bientôt!

Alex: salut! Oui, en effet, dans le retour du roi en général, Sam aura un rôle assez important à jouer. J'espère que ça va te faire plaisir, lol! Parce que, personnellement, mon but n'est pas de me focaliser sur Sam, mais bon, faut quand même le faire vivre un peu. Il ne va pas non plus se traîner derrière Frodon et Sarah comme un zombie. Disons que dans le chap précédent, c'était la première scène d'action où Sam a un rôle primordial. M'enfin…. Oui, t'as parfaitement raison! Sale petit Gollum… tss…tss….tss. Tout cas, je te laisse là! Merci pour ta riviou, et continue please!.

Moon light of dreams: oula, chapitre 8? C'est encore loin, ça! Bon courage pour la suite!

Believe4ever: tiens donc, tu es une nouvelle, toi? En tout cas, bienvenue parmi euh… les readers de ma fic. Ça me fait plaisir de voir que tu aimes ça. Eh oui, pas de suite à cause de l'école! Mais là tu viens d'avoir un autre chapitre. Et bien sûr, je vais continuer, t'inquiètes pas pour ça. Merci pour ta riviou!