Disclaimer : je ne possède bien entendu aucun droit sur les personnages, les lieux et les situations créés par J. K. Rowling.
Chapitre 36
« Blackwell leur a donné les noms : tu peux être sûre qu'ils vont leur faire payer. »
Marietta renifla et haussa les épaules. Elle prit le temps de grignoter un biscuit au chocolat, et finit par prendre la parole, d'une voix plus ferme.
« Je ne peux pas, Lisa.
-Mais ils étaient prévenus, Marietta ! »
Voyant son ancienne amie secouer la tête, Lisa Turpin se releva du lit, se planta fermement sur ses pieds et croisa les bras.
« C'est une guerre : on se bat, on blesse son adversaire…
-Justement ! protesta Marietta : c'est ça qui ne va pas ! Ce n'est pas que je ne veux pas me battre ! elle jura et reprit : si tu veux tout savoir, je meurs d'envie d'arracher la langue de Mortimer et les yeux de Beaufort, et encore, je reste au-dessus de la ceinture… Elle soupira et pinça les lèvres : je me bats actuellement contre mon propre camp, merde à la fin !
-Tu ne peux pas faire autrement, sinon…
-Beaufort et Mortimer savent que j'ai parlé.
-Ils n'ont pas de preuve… elle se tut un instant, arrêtée par le rire cynique de Marietta : tu leur as montré que tu étais de leur côté, non ?
-Moui, concéda son interlocutrice avec une moue peu convaincue : mais cela ne suffira pas. Ça ne marchera jamais, Lisa. Voyant les sourcils froncés de la préfète elle ajouta en détachant soigneusement chaque syllabe, consciente de la hargne qui teintait ses mots : traître un jour, traître toujours. On ne me fera jamais confiance, et tu le sais. »
Lisa souffla bruyamment et se rassit. Elle n'avait rien à répondre. Elle avait fait son possible pour que change un peu le regard des autres, au moins de ceux qui s'engageaient à leurs côtés, mais même s'ils venaient désormais trouver Marietta pour un soin, les préjugés ne semblaient pas prêts de disparaître, surtout quand on faisait jouer à la Serdaigle le rôle d'un triple agent.
Elles étaient parvenues à une impasse et Marietta décida de laisser tomber un sujet pour lequel il n'existait aucune solution.
« J'ai envoyé un Stupefix dans les jambes de Finnigan, c'était moins pire que dans le torse.
-T'inquiète pas, on a réussi à contacter Gabelli et il a pu faire passer ce dont ils avaient besoin. Lisa sourit : à mon avis, il doit se balader avec une trousse de premier secours en permanence. »
Marietta fronça soudain les sourcils et se leva en envoyant valser les gâteaux.
« Bon sang ! J'ai oublié de passer à l'infirmerie récupérer des remèdes !
-Tant pis, tu iras demain, répondit Lisa en se mordant les lèvres.
-Non, je ne peux quand même pas prétendre avoir mal au ventre pendant une semaine ! »
Elle attrapa son manteau, remit à plus tard le rangement de ses affaires et passa un bras dans la sangle d'un sac de toile qu'elle prenait souvent en dehors des cours. Peu de temps avant le dîner, les couloirs étaient en grande partie désertés, la plupart des élèves étant dans leurs quartiers car il fallait toujours redescendre tous ensemble. Marietta descendit les marches rapidement mais sans courir pour ne pas risquer d'être prise en infraction, puis allongea la foulée. Bon, elle avait l'air un peu alerte pour une malade, mais la voie était libre : seuls deux ou trois petits, des premières ou des secondes années sans doute, encore innocents des risques encourus, restaient à braver le nouveau règlement.
Elle poussa la porte de l'infirmerie, prit une mine de circonstance, l'air douloureux, un peu penchée en avant, au cas où elle aurait dû jouer la comédie devant d'autres élèves, mais la voie était libre et elle put récupérer sans soucis une fiole de potion d'anti-Cruciatus qu'elle plaça dans son sac avec précaution, enveloppée dans un mouchoir. Sur un palier de l'escalier principal, un première année était très occupé à essayer d'attraper un chat qui s'éloignait, 50 centimètres par 50 centimètres en crachant. Marietta soupira et admonesta l'enfant dont la cravate de travers appartenait à Serdaigle :
« Hé, toi, on va devoir descendre dans une demi-heure, tu n'as rien à faire ici ! Comme il faisait la sourde oreille, elle appuya : tu veux te faire prendre par les Carrow ? Bouge-toi, allez ! »
Cette fois-ci, le nom des Mangemorts avait dû faire redescendre l'élève sur terre qui abandonna le chat et monta quatre à quatre les escaliers. Marietta l'entendit bifurquer à droite au deuxième étage et pesta silencieusement « Espèce de crétin, Serdaigle est de l'autre côté ! ». Elle entamait la dernière portion de l'escalier, celui qui menait à sa tour, quand elle entendit des pas derrière elle, provenant de l'autre aile et une voix que tous les élèves détestaient.
« Mademoiselle Edgecombe, arrêtez-vous. »
Soudain glacée, elle pivota et lutta pour garder une respiration égale.
« Votre sac. »
Derrière Alecto Carrow et l'élève qu'elle avait vu quelques secondes auparavant, Mortimer s'avança à sa hauteur et tendit la main avec un air plein de malice. Elle n'eut d'autre choix que de lui abandonner son sac de toile et son contenu. Evidemment, quelqu'un avait déjà dû alerter le professeur d'Etudes moldues qui fouillait dedans et en avait extrait la fiole qu'elle avait tout juste été chercher, lisant l'étiquette à haute voix.
« Potion menstruelle. Vous ne vous sentez pas bien, mademoiselle Edgecombe ? »
Rouge d'embarras, Marietta secoua la tête doucement tandis qu'Alecto Carrow débouchait le récipient et fronçait le nez :
« Pouah. Elle ricana : eh bien vous devez avoir l'estomac bien accroché pour prendre ça, au moins. Suivez-moi. »
Marietta ouvrit la bouche, prête à défendre sa version des faits, mais elle n'en eut pas le temps.
« Inutile, mademoiselle Edgecombe, je connais suffisamment les potions, y compris celles-ci, précisa-t-elle d'une voix sinistre : pour savoir que ce n'est pas une potion menstruelle. Monsieur Mortimer, allez me chercher notre petit génie des Potions, et faites en sorte que mademoiselle Snape ait avec elle l'une de ses copies, si d'aventure nous avions à comparer les écritures. »
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Quand Emilie, cueillie juste au moment où elle se préparait à rejoindre la salle commune, finit par arriver dans le bureau d'Alecto Carrow elle avait eu le temps de se mettre dans un état de panique bien réel, mais ce n'était rien en comparaison de ce que devait ressentir Marietta, si elle devait en croire les yeux hagards de l'élève qu'elle croisa en entrant dans la pièce.
Amycus Carrow les avait rejoints en chemin, alerté par sa sœur ou un mouchard. Sa venue parut faire descendre un peu plus la température des lieux.
« Mademoiselle Edgecombe ? Voulez-vous répéter à votre camarade ce que vous venez de me dire ? »
La pauvre fille frissonna, mais baissa les yeux :
« J'ai été chercher la fiole à l'infirmerie.
-Qu'est-ce que c'est ?
-De… Marietta hésita.
-Allons !
-De l'anti-Cruciatus, débita la Serdaigle à toute vitesse.
-Ce n'est pas ce qui est inscrit sur l'étiquette. Qui a rédigé cette étiquette, mademoiselle Edgecombe ? »
Emilie fixait Marietta, la mort dans l'âme, notant qu'elle tremblait si fort que cela affectait jusqu'à ses pieds dont le mouvement agitait le bas de sa robe. Elle n'avait jamais vu quelqu'un… soudain elle comprit comment on avait fait parler Marietta et serra ses mains qui étaient instantanément devenues moites à l'abri des manches de son manteau. Elle n'entendit même pas Marietta prononcer son nom.
Il y eut un instant de silence irréel, presque hors du temps, pendant lequel Emilie essaya à toute vitesse de trouver une parade, des fausses pistes, mais ils n'avaient jamais envisagé qu'on essaierait de les faire parler. C'était si bête !
« Reconnaissez-vous avoir fait cette potion et l'avoir délibérément mal étiquetée, mademoiselle Snape ? »
Ils savaient déjà, alors il n'y avait plus à nier, mais ils n'attendaient plus non plus sa réponse. En une fraction de seconde, Emilie réalisa quelle avait été sa deuxième erreur : elle avait gardé son attention sur Alecto, celle qui avait arraché des aveux à Marietta, en oubliant celui qui l'avait accompagnée. La douleur du Cruciatus fut presque décuplée par l'effet de surprise.
Quand la malédiction s'arrêta, elle était à terre et incapable de réfléchir. Combien de temps cela avait-il duré ? Elle croyait encore sentir ses muscles se contracter. Non, ils se contractaient encore… elle tremblait, ne savait plus distinguer le souvenir de la réalité. On la tira par un bras et elle se posa une fesse sur une chaise, manquant de retomber encore. Tremblant sans pouvoir s'arrêter, elle rencontra le regard effaré de l'autre Serdaigle, sa propre peur venant alimenter la sienne comme dans un véritable cercle vicieux.
« Mademoiselle Snape ?
-Oui ! répondit-elle à la hâte, prête à avouer n'importe quoi pour ne pas subir à nouveau l'Impardonnable.
-Une phrase complète…
-J'ai fait la potion et je l'ai étiquetée. »
Elle avait eu dix secondes de répit, mais elle savait que d'autres questions viendraient.
« Pourquoi voler ces potions ? »
La question s'adressait à l'une des deux et chacune savait qu'il fallait faire vite. Le Cruciatus toucha Emilie de nouveau, oh, juste un peu, juste de quoi lui faire faire une sorte de bond presque comique. Ce fut si rapide qu'elle n'arriva pas à déterminer où précisément elle avait eu mal, mais elle dut se forcer à se déplier et elle nota que ses membres paraissaient avoir une petite vie en dehors de sa volonté.
« Pour soigner. »
En toute sincérité, Emilie aurait été incapable de savoir si c'était elle ou Marietta qui avait parlé. Marietta, sans doute, car les deux Carrow étaient tournés vers elle, à présent.
« Qui ? »
Marietta cherchait. Emilie pouvait presque visualiser les pensées de la fille plus âgée : que dire ? Comment détourner la question ? Mais elle ne réfléchissait pas assez vite et ce fut son tour d'être soumise à la torture. Cela avait duré plus longtemps que pour elle, Emilie en était sûre, pourtant elle ne disait rien. Dès le début du second Cruciatus, Marietta retomba à terre. Elle criait et Emilie avait plaqué une main sur sa bouche pour ne pas faire chorus. Bientôt elle se cacha les yeux, mais Amycus Carrow lui tordit brutalement la main. Elle avait la chair de poule et sentait presque ses cheveux se dresser sur la tête. Marietta était allongée par terre, sur le dos, les yeux grands ouverts et elle pleurait toutes les larmes de son corps. Emilie ne pouvait rien faire, juste essayer de lui transmettre par le regard ses regrets. Toujours allongée, Marietta déglutit plusieurs fois, ouvrit la bouche, la referma et secoua la tête lentement.
« Qui ? »
Marietta avait refermé les yeux et les serrait de toutes ses forces, mais ce fut Emilie qui fut visée cette fois-ci. Trop près du bureau, un de ses pieds donna un grand coup contre le meuble, envoyant promener les encriers, alors qu'elle tombait sur le sol dallé quelques millisecondes plus tard. Le sortilège s'était arrêté à un moment, et elle toussait comme une folle, comme si elle crachait ses poumons, ayant avalé sa salive de travers. Le geste de Marietta, quelques minutes auparavant avait pris tout son sens : elles ne pouvaient pas parler. Le Serment qu'elles avaient prêté en rejoignant les Détraqués leur nouait littéralement la langue. Emilie était un peu désorientée et ne voyait pas Marietta, pourtant, il fallait dire quelque chose, n'importe quoi. Elle tenta une lapalissade, entre deux raclements de gorge :
« Les élèves blessés. Ceux qui ne peuvent pas aller à l'infirmerie. »
Là, combien de temps avait-elle gagné ?
« Qui sont vos complices ? »
Marietta venait de pousser un gémissement qui résumait assez bien aussi l'état d'esprit d'Emilie. Pourquoi n'avaient-ils pas élaboré un plan de replis ? Un leurre ? Crétins ! Il était trop tard pour mentir. A côté d'elle, Marietta hurlait mais ne parlait pas. Emilie avait fini par retrouver un peu de présence d'esprit et s'accrochait de toutes ses forces au plus fort mur d'Occlumencie qu'elle eut jamais bâti mais elle constata bientôt avec furie qu'il n'était d'aucune utilité contre la douleur physique.
Au bout de ce qui parut une éternité aux deux Serdaigles, leur calvaire s'arrêta. Emilie tentait de faire l'inventaire des dommages, sans succès. Elle tremblait de partout et l'un de ses genoux paraissait amoché. Elle n'arrivait pas à dissocier la douleur réelle des signaux d'alarme que lui envoyait son cerveau. Un bref coup d'œil à Marietta, toujours par terre, qui se rasseyait à côté d'elle comme si elle était en verre, lui permit de constater que l'autre élève était bien plus mal en point. L'un de leurs deux tortionnaires, Amycus, était parti. Où ? se demanda Emilie ? Qu'allaient-ils inventer après ?
Elle frissonna, de froid cette fois-ci. Qu'allait-il leur arriver ? L'un des aspects de leur sort était déjà réglé : il n'y aurait personne pour venir à leur rescousse. Evidemment, Emilie avait été emmenée devant témoins, mais c'était peu avant le dîner et Flitwick devait déjà être parti. Est-ce qu'on avait constaté aussi la disparition de Marietta ? Peut-être qu'ils sortiraient bientôt de table ? Emilie soupira un grand coup, attirant l'attention de la voisine qui lui envoya un regard inquiet. Elle semblait reprendre ses esprits. Emilie articula « Flitwick » en silence et Marietta haussa les sourcils en secouant la tête presque imperceptiblement et en levant les yeux devant elle. Emilie suivit son regard : la pendule marquait 8h10. Elle crut que ses yeux allaient sortir de leurs orbites : 20 minutes ? Elles subissaient cela depuis vingt minutes seulement ?
La porte se rouvrit soudain, les faisant sursauter toutes les deux. Elles eurent le même réflexe, celui de se crisper en prévision de la douleur qui ne manquerait pas d'arriver, mais elles notèrent avec surprise qu'Alecto se levait. Leurs chaises se redressèrent toutes seules et elles furent hissées sur leurs pieds par deux poignes de fer, deux grandes mains pâles émergeant de manches noires comme de la suie.
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Snape finit par relâcher les deux élèves, conscient qu'il leur faisait certainement mal en leur agrippant les bras comme cela. Il n'avait jamais été aussi prêt de tout faire échouer. Quand il avait assisté à l'assassinat de Charity, il s'était accroché à son bouclier d'Occlumencie et avait tenté d'enfouir ses sentiments au plus profond d'un coffre virtuel dont il aurait refermé le couvercle à double tour avant d'en jeter la clef au fond d'un puits. Il avait même tué Dumbledore. Tout cela, il en était effrayé, n'était rien face à la rage qui s'était emparée de lui. Dans un monde alternatif, il aurait exécuté les Carrow et fui avec Emilie. Un mot, un son, pouvait le faire exploser. Il s'accorda pourtant du temps et se concentra sur ce qu'il voyait. Deux élèves blessées. Le Cruciatus, à n'en pas douter. Alecto Carrow dans ses petits souliers. Merlin ! Elle venait même de reculer !
Il vit dans la crainte des deux Mangemorts un formidable levier et garda la même attitude menaçante, puis se força à articuler très bas, d'une voix crispée :
« Qu'est-ce que cela signifie ? Alecto ? Amycus ? »
Il sentit presque physiquement la tension de sa fille mais s'astreint à ne pas la regarder. Sa complice agrippait sa robe à pleines mains. Face à lui, Alecto Carrow avait semblé consulter son frère du regard, avant de saisir une fiole qui avait roulée sur le bureau. Snape la prit, lut l'étiquette, observa le liquide sans même s'abaisser à soulever le bouchon : c'était une bonne idée, dans l'absolu, mais malheureusement une sorcière aurait eu toutes les chances de découvrir la supercherie.
« Elles ont reconnu voler des Potions à l'Infirmerie, pour soigner ceux qui mènent les expéditions punitives contre d'autres élèves. »
Snape laissa passer l'approximation volontaire du professeur et attendit la suite.
« Il reste à connaître les noms de leurs complices, mais ces demoiselles préfèrent se taire. Il y a des solutions plus radicales, cependant… »
Le Maître des Potions pesait les options. Il doutait que Marietta Edgecombe arrive à s'en tirer dans un tel contexte, étant donné ses antécédents. Il savait qu'Emilie avait l'avantage de connaître suffisamment bien les Potions pour comprendre à temps l'ouverture qu'il lui offrait. La question était de savoir si elle était encore en état de comprendre ce qu'il allait tenter, si elle l'accepterait et saurait convaincre les Carrow.
Leur caricature de professeur d'Etudes moldues venait de faire apparaître deux verres et y avait jeté un sort d'Aguamenti. En une fraction de seconde, Marietta Edgecombe comprit et cria :
« Non ! Je vous en supplie ! »
Snape s'approcha et tira une minuscule fiole de cristal de roche de l'une des poches intérieures de sa robe. Il ôta le petit bouchon d'or et compta soigneusement trois gouttes d'un liquide incolore dans chaque verre.
Marietta Edgecombe se débattait et il fallut qu'Amycus Carrow la maintienne et que sa sœur la force à boire. Snape se garda bien de les aider. Il observait de près Emilie, notant son intense concentration après qu'elle eut avalé le breuvage. Il réalisa que c'était la première fois depuis des mois qu'il voyait sa fille d'aussi près.
« Pourquoi volez-vous ces Potions ? »
Marietta pinçait les lèvres de toutes ses forces, mais Emilie ouvrit soudain la bouche en frissonnant. Snape ne savait pas si c'était la peur ou un résidu du Cruciatus.
« P-p-pour soigner d'aut-tres é-é-élèves, bégaya-t-elle. Elle enchaîna alors à toute vitesse, plus vite que son débit normal quand elle veillait à s'exprimer correctement en anglais, bousculant les mots et la grammaire : des élèves blessés, ceux qui sont blessés par les sympathisants de Vous-savez-qui dans les embuscades dans les couloirs. »
Le dernier détail n'avait pas plu. Alecto Carrow se contenta de cracher :
« Des noms.
-Blotch, Strattford, Davies, Brody, égrena Emilie sous les yeux effarés de sa compagne d'infortune.
-Des noms, répéta Alecto Carrow.
-Blotch, Strattford, Davies, Brody, répéta la jeune fille.
-D'autres noms ! » cria Amycus, resté en arrière.
Emilie répéta la même liste d'une voix affolée et suraigüe.
« Edgecombe, qui étaient ces élèves ? »
Marietta inspira profondément et renifla, le cœur battant de peur :
-Blotch, Strattford, Davies, Brody »
Snape exhala lentement, rendant hommage à la présence d'esprit de la septième année. Quelque chose avait dû l'alerter pour qu'elle calque aussi vite son comportement sur celui de sa voisine.
Alecto plaqua une main large comme un battoir sur le plat du bureau, faisant sursauter les deux filles.
« Qui est derrière ces attaques ? »
Les deux Serdaigles gardaient la tête baissée. Snape ne doutait pas qu'elles étaient à la recherche de la réponse qui ferait le moins de dégâts. Emilie finit par relever la tête et la secoua frénétiquement, les lèvres pincées. Les deux Mangemorts eurent l'air de prendre cela pour de la résistance et Amycus Carrow s'approcha encore un peu. Marietta copiait les mimiques d'Emilie, ouvrant et fermant la bouche comme un poisson hors de l'eau. Snape intervint, surprenant tout le monde :
« Connaissez-vous la réponse ?
-Non ! cria Emilie, bientôt suivie par Marietta.
-Qui vient vous demander les Potions, dans ce cas ?
-Emilie », murmura Marietta.
Cette dernière la regarda comme si elle était peinée.
« P-peter Strat-trattford.
-Qui d'autre ?
-Peter Strattford. »
Marietta corrobora les dires d'Emilie qui continua d'être sur la sellette, comme fournisseur principal des fameuses Potions.
« Qui sont vos complices ? Madame Pomfresh, Gabelli ?
-Non !
-Qui ?
-Personne.
-Madame Pomfresh sait, n'est-ce pas ? Elle ferme les yeux ?
-N-non, je ne crois pas. Elle surveille, mais je prépare plus de potion que nécessaire. Elle n'a pas vu, j'ai fait exprès de mal étiqueter les fioles.
-Gabelli est votre complice.
-Non, Gabelli ne fait pas de Potions avec moi, et puis c'est un Slytherin, tout le monde sait que les Slytherins restent dans leur coin. Franchement, c'est pas plus mal. Gabelli, il est sympa, mais il est bizarre. C'est un Slytherin, on sait…
-ça suffit, coupa Alecto Carrow : Edgecombe ?
-Non, pas un Slytherin, et puis je ne connais pas Gabelli…
-Pas un Slytherin ? Amycus s'engouffra dans la brèche : un Gryffondor alors, un Poufsouffle ? »
Marietta pesta intérieurement contre sa propre bêtise et comprit qu'il fallait lâcher un nom. Elle choisit quelqu'un de dégourdi.
« Haffner.
-Hein ? s'étrangla Emilie.
-Jonathan Haffner, c'est lui qui est derrière tout ça ? Edgecombe ?
-Ha-haffner, il est toujours avec Emilie et Strattford, enfin tout ça quoi… »
Marietta prit un air effaré et se cacha la tête dans les mains, comme si elle venait d'avouer son plus gros secret à son corps défendant. La situation n'aurait pas été aussi dramatique, Snape aurait pu rire, mais il avait conscience que les deux Serdaigles jouaient en fait un numéro d'équilibristes et que si elles échouaient, les conséquences pouvaient être dramatiques.
Elles se rendaient compte elles-mêmes d'ailleurs qu'elles étaient encore loin d'être tirées d'affaire. L'interrogatoire se poursuivit, mené par les deux Carrow cette fois-ci. Leur seul avantage résidait dans la croyance de l'infaillibilité du Véritaserum qu'avaient les deux Mangemorts. Marietta et Emilie formaient un duo de choc, dopées par le sentiment qu'elles devaient réussir à tout prix à s'en sortir et ne pas compromettre les autres Détraqués. Dans un coin de leur mémoire, elles essayaient de se souvenir de tous les mensonges qu'elles inventaient tour à tour. La plus âgée s'offrit en prime le plaisir de faire payer indirectement la trahison dont elle avait été la victime en saisissant l'occasion de mouiller deux Serdaigles affiliés à Beaufort et Mortimer. Il arriva un moment où la plus au fait du fonctionnement du Veritaserum, Emilie, jugea que le quart d'heure d'effet était passé et s'efforça de paraître lutter de plus en plus contre la potion. Amycus Carrow s'approcha, répandant de nouveau la terreur chez les deux jeunes filles qui craignirent une nouvelle séance de Cruciatus, mais une voix grave figea soudain les quatre protagonistes :
« La potion a fait effet, il est inutile de poursuivre. »
Amycus Carrow n'avait pas l'air d'accord et tenta d'intervenir :
« Nous ne savons toujours pas…
-Le Veristaserum est infaillible, martela Snape. Il y eu un silence et il ajouta : ces deux demoiselles seront consignées toute la semaine à compter de demain et je demanderai à un élève au-dessus de tous soupçons de dresser un inventaire fiable des remèdes de l'infirmerie. Appelez-moi Rusard ! » ordonna-t-il au deux Mangemorts.
Le vieil homme se manifesta quelques minutes seulement après que l'ordre eut été transmis à un Elfe. Egal à lui-même, il montrait un visage à l'expression déplaisante mais, et c'était nouveau de la part de cet éternel râleur, il n'émettait pas un son.
« Raccompagnez ces élèves, indiqua Snape : elles devront être devant les portes du château à 22 heures dès demain soir. Prévenez Hagrid.
-Bien, directeur », articula Rusard avec son accent à couper au couteau et une mauvaise volonté plus qu'évidente.
Marietta et Emilie se levèrent et suivirent le concierge d'une démarche raide, les yeux rivés au sol, n'osant croire en leur bonne fortune. Arrivées aux premières marches menant à leur tour, il devint évident que l'ascension serait pénible. Emilie attrapa le bras de sa compagne et, clopin-clopant, on monta jusqu'à Serdaigle. Leurs jambes étaient douloureuses et elles avaient du mal à marcher droit. Le spectacle semblait énerver et amuser Rusard qui ne se priva pas de les houspiller à coup de « allons, dépêchez-vous ! », relayé par les miaulements de Miss Teigne qui, surgie de nulle part, était venue à la rescousse de son maître. Enfin, on arriva sur le palier, devant le portrait donnant accès à leurs quartiers. Le mot de passe à peine articulé, les deux élèves s'engouffrèrent dans la salle commune pour se trouver nez à nez avec ce qui leur parut être l'assemblée de tous les membres de leur maison.
