Coucou!

Et voici un nouveau chapitre, tout frais :) J'espère que cette conversation entre calices vous plaira!

Merci à ceux qui ont laissé des review anonymes: Kisis, Sln, Anna, Guest, Nana972, Vicky, Miruru, Tenshi, Ekateri.

Bonne lecture à tous ;)

.

.

Chapitre 35

Ne discutez jamais, vous ne convaincrez personne. Les opinions sont comme des clous; plus on tape dessus, plus on les enfonce.

Alexandre Dumas

.

Harry suivait Kreattur le long d'interminables corridors. L'elfe était apparu devant lui à peine Harry avait-il quitté le salon emplit de vampires.

Le jeune homme regrettait de ne pas avoir mis de chaussures avant d'être sorti de la chambre, car ses pieds, au contact des dalles froides, étaient à présent glacés. Le pull en laine qu'il avait rapidement enfilé le protégeait à peine du froid ambiant.

-Kreattur a préparé une bonne tourte pour le jeune maître Harry.

Harry approuva sans un mot, et le vieil elfe, qui trottinait devant lui, n'en vit rien.

-Kreattur, appela Harry au bout de quelques secondes. As-tu vu Ron et Hermione avant que les Mangemorts n'investissent la maison des Black?

Kreattur lui jeta un regard soucieux.

-Non, maître Harry. Kreattur n'a vu personne.

Il s'arrêta au bout de quelques minutes de déambulations devant une haute porte devant laquelle il s'inclina, invitant Harry à entrer. Un peu gêné par toutes ses manières, Harry le remercia vaguement et entra dans la pièce.

Il remarqua au premier regard que la pièce dans laquelle il entra n'était pas une cuisine, mais plutôt un vaste salon, décoré avec faste, au centre de laquelle se tenait une longue table à manger pouvant accueillir une bonne dizaine de convives. Une large baie vitrée couvrait tout le mur de droite, et donnait sur une large terrasse, sur laquelle tombait des trombes d'eau. Néanmoins, toute cette eau ne pouvait empêcher l'atmosphère de la pièce d'être chaleureuse, grâce au feu ronflant dans la cheminée et qui diffusait une chaleur diffuse et agréable.

Harry hésita sur le seuil lorsqu'il s'aperçut que deux personnes étaient déjà attablées devant un somptueux festin. Deux filles, de ce qu'il pouvait observer. Elles relevèrent la tête en l'apercevant entrer, et le jaugèrent avec étonnement. Le regard de Harry glissa sur les nombreux mets variés qui reposaient sur la table avec envie.

Avant qu'il n'ait pu se résoudre à s'avancer, intimidé par la présence inattendue d'autres personnes, Kreattur se matérialisa soudain près de la table. Il fit léviter précautionneusement un plat brûlant qu'il posa sur celle ci, au milieu de tous les autres plats, puis chercha Harry du regard. Lorsqu'il l'avisa figé près de la porte, ses deux yeux globuleux s'ouvrirent d'étonnement.

-Venez manger, maître Harry, croassa-t-il. C'est important.

Voyant la peur grandir dans les grands yeux de l'elfe de maison, Harry consentit à s'avancer. Il semblait que Kreattur avait une peur bleue de Draco et visiblement, l'idée que Harry ne se restaure pas convenablement le faisait craindre des remontrances.

Le jeune homme s'approcha donc doucement et vint s'asseoir à table.

-Bonjour, murmura-t-il poliment en se mettant en tailleur sur sa chaise pour tenter de réchauffer ses pieds.

La tourte de Kreattur avait l'air appétissante, mais Harry jeta néanmoins un regard aux multiples mets qui reposaient sur la table. Les rosbifs, ragoûts, hachis et autres plats lui faisaient diablement envie, mais il n'était pas sûr qu'il ait le droit de se servir. Il se tourna donc vers la tourte, dont il coupa une bonne part.

-Je m'appelle Harry, dit-il pour briser le silence pesant qui s'était installé.

-Salut, répondit la jeune fille qui se trouvait directement assise en face de lui, et qui mangeait un éclair au chocolat.

Jeune et grande, elle avait de grands yeux bleus qui éclairaient son visage, et qui étaient braqués sur Harry. Ses cheveux châtains étaient coupés courts et pointaient dans tous les sens autour de sa tête.

-Tu es un calice? Interrogea-t-elle d'emblée, avec un certain accent dans la voix que Harry n'identifia pas.

Harry hocha la tête, un peu gêné de l'admettre aussi vite. Qu'on lui pose d'emblée une telle question lui parut totalement déplacé et impoli.

-Ca se voit, répondit la deuxième jeune fille, qui arboraient de longs cheveux blonds qui n'étaient pas sans rappeler ceux de Luna.

Elle était assise directement à la gauche de Harry, et le jeune homme s'aperçut qu'elle avait le regard posé sur les marques de morsures, sur son cou. Terriblement mal à l'aise, Harry remit en place le col de son pull et décida de contre-attaquer rapidement:

-Vous aussi?

Toutes deux approuvèrent nonchalamment, mais ne parurent pas gênées de l'admettre. Harry profita de leurs attentions tournées vers leurs assiettes respectives pour lisser les mèches de son front, s'assurant qu'elles dissimulaient convenablement sa cicatrice. Mangeant sa part de tourte au bœuf, Harry leur jeta de discrets coups d'œil.

Toutes les deux n'avaient pas les traits tirés et les cernes proéminentes que Harry arborait présentement. Elles ne semblaient ni fatiguées, ni lasses. Il lui avait semblé qu'être un calice apportait forcément fatigue et affaiblissement, mais en les voyant, Harry eut un doute. Peut être était-ce seulement lui, qui était plus faible?

Il tenta discrètement d'apercevoir leurs marques, mais leurs cous semblaient lisses et sans marques.

-Tu as l'air bien jeune, pour être un calice, remarqua la jeune blonde.

-J'ai dix sept ans, se défendit Harry en se redressant, et tentant de se donner l'air mature.

Certes, il n'était pas encore majeur lorsqu'il s'était fait mordre par Draco, mais à quelques jours près à peine. Il préférait ne pas y songer.

-Ca reste jeune, dit-elle. Tu n'es même pas majeur chez les moldus, ça pourrait te poser quelques problèmes à l'avenir, si tu veux faire certaines choses dans leur monde.

Harry réfléchit à cette affirmation pendant quelques secondes, mais il ne vit aucunes situations où avoir dix sept ans aurait pu lui être préjudiciable. En outre, Draco ne semblait pas être du genre à se mêler aux moldus.

-En général, ajouta la blonde, les vampires aiment marquer des humains un peu plus matures.

Harry haussa les épaules. Il se servit un verre d'eau, lorgnant avec envie la tarte à la mélasse qui reposait sagement devant lui.

-Ce n'est pas comme s'il avait pu choisir mon âge, marmonna-t-il.

Si Harry avait pu choisir, il aurait aimé avoir pu grandir un peu plus avant de rester figé pour l'éternité à un âge aussi jeune. Et il était certain que Draco pensait la même chose.

-Comment cela? Demanda la jeune fille brune, visiblement perplexe.

Ils se fixèrent pendant quelques secondes, puis Harry expliqua calmement:

-Mon âge n'a pas été un choix.

Le silence qui envahit la salle à manger dura quelques longues secondes. Harry reprit sa dégustation, dévorant sa tourte avec appétit. Il ne voyait pas trop quel était le problème.

-Tu veux dire que ton vampire ne t'a pas choisi comme calice?

Harry secoua la tête sans relever les yeux. Il y eut quelques secondes de silence.

-Donc tu es un vrai calice?

Harry hocha doucement la tête. Il avisa les regards ébahis des deux autres calices, et se sentit obligé de hausser les épaules. Il ne comprenait pas cet air proprement stupéfait. Toutes deux l'observèrent avec révérence et Harry leur jeta un regard perplexe.

-Qu'est-ce que ça fait, dit-il, un peu sur la défensive.

-Rien, répondit la jeune fille blonde. C'est juste que je ne m'y attendais pas. Je n'ai jamais vu de vrai calice. C'est impressionnant, ajouta-t-elle après quelques secondes de silence.

Ne sachant quoi dire, et ne voyant pas ce qu'il y avait d'impressionnant dans sa situation, Harry resta silencieux.

-Mais tu es le calice de qui?

-Draco, maugréa Harry, qui eut la fugace vision de la satisfaction du vampire s'il l'avait entendu affirmer une telle chose.

A l'air interdit des deux calices, Harry comprit qu'elles n'avaient toutes deux aucune idée de qui était Draco.

-Et vous? Demanda-t-il.

-Moi Blaise, affirma la jeune fille brune avec une fierté et un amour certains dans la voix.

Harry lui jeta un regard perplexe, mais ne fit aucun commentaire.

-Moi de Louis. Je m'appelle Marie, enchantée.

Harry approuva poliment. La jeune fille assise en face de lui se présenta à son tour comme s'appelant Elisabeth, et lui dit avoir vingt deux ans. Harry approuva à nouveau, à moitié intéressé. Il se resservit une part généreuse de tourte.

-Ca fait longtemps, que vous êtes...

-Trois ans, affirma Elisabeth avec, à nouveau, une grande fierté. J'ai rencontré Blaise lors de la Coupe du Monde de Quidditch et il a de suite voulu faire de moi son calice. J'ai tout laissé pour lui. Ma Bulgarie natale, ma famille, ma vie d'avant. Et depuis, j'habite ici, avec lui. Mais je ne le regrette pas. Blaise est ce qui m'est arrivé de mieux!

-Si tu veux mon avis...Commença Marie en se penchant ver Harry avec des airs de conspirateur.

Mais Elisabeth ne lui laissa pas le temps de continuer:

-Je ne veux pas savoir, non, dit-elle impérieusement. Blaise m'aime. Il m'a à nouveau affirmé avant-hier qu'il me garderait pour toujours.

-Il n'empêche qu'il a pris un autre calice l'an dernier, grommela Marie. Et que je suis certaine qu'il a dit cela à tous ceux qu'il a eu au fil des ans. Et Merlin sait combien il en a eu!

Elisabeth la fusilla du regard. Harry trouva aussitôt son attitude hautaine exaspérante. Il ne comprenait pas comment des humains pouvaient tirer une telle fierté à être un calice. Il ne concevait d'ailleurs pas qu'un humain puisse vouloir devenir un calice de son plein gré. Harry se rappelait de ce que Lupin lui avait dit à propos des humains recherchant les vampires pour tenter de se lier avec, et il se demanda si Marie et Elisabeth avaient fait parties de ces gens là.

-Cela ne signifie rien du tout, dit-elle, clairement sur la défensive. Je ne me sens pas en concurrence avec ce moldu qui ne sait même pas ce que le mot Quidditch signifie et qu'il a ramassé dans un coin de rue. De toute évidence, Blaise se lassera rapidement de lui. Il n'a rien d'intéressant.

Marie se contenta de hausser les épaules, visiblement peu convaincue. Elle jeta un regard en biais à Harry, et tous deux échangèrent un regard amusé. Elisabeth les observa, les yeux plissés, puis se resservit d'un éclair au chocolat avec un air arrogant qui exaspéra Harry.

-Je pense, de toute façon, reprit Elisabeth, que tu quitteras ce Manoir avant moi.

-Si, comme tu le dis, Blaise ne se lassera jamais de toi, alors oui, je quitterai certainement ce Manoir avant toi, répondit Marie, très calme. Mais le jour où ça arrivera, je reprendrai ma vie là où je l'ai laissée il y a un an. Je ne le supplierai certainement pas de me garder.

-A ta guise.

Harry sourit doucement. Il mâcha sa tourte avec délectation, observant discrètement la mine renfrognée d'Elisabeth. Entendre Elisabeth et Marie parler du jour où leur lien avec leur vampire serait brisé le rendait un brin abattu.

Au bout de quelques secondes d'un silence tendu, Elisabeth lui demanda sèchement:

-Et toi? Ca fait longtemps?

Harry réfléchit quelques secondes, faisant mentalement le compte des mois qu'il avait passés auprès de Draco. Mais avant qu'il n'ait pu répondre, Marie s'exclama:

-Je paris que tu as plus de cinquante ans! Au moins cinquante ans, au mieux cent.

Elisabeth laissa échapper une exclamation agacée et croqua dans son éclair au chocolat. Harry secoua la tête, avala rapidement, et contredit:

-Non, ça fait presque six mois, maintenant.

-C'est tout? S'exclama Marie, l'air clairement déçu.

-C'est déjà trop, maugréa Harry.

Elisabeth et Marie eurent l'air ébahi.

-Tu sais que tu vas passer l'éternité avec ton vampire? S'exclama Elisabeth. Si pour toi, six mois c'est déjà trop, tu n'as pas fini.

Harry mâcha sa viande, avala, et rétorqua:

-On voit que tu ne sais pas à qui j'ai à faire.

Marie inclina légèrement la tête en signe d'assentiment. Toutes les trois se plongèrent dans un silence songeur. Marie s'empara d'une pomme qu'elle essuya consciencieusement avant de croquer dedans. Puis elle demanda:

-C'est vrai que les vrais calices ressentent les émotions de leur vampire.

Harry secoua la tête.

-Plutôt l'inverse, dit-il.

-C'est lui qui ressent tes émotions? Demanda Elisabeth, perplexe.

-Les émotions fortes, oui. Si je suis en colère ou triste, il s'en rend compte. Il sait aussi si j'ai faim, si j'ai mal, si je dors ou si je suis réveillé, si j'ai besoin de lui. Des trucs comme ça. Moi, je sens quand il est en colère contre moi, mais je crois que c'est plus à cause de son regard et son attitude rigide que parce que je le sens.

Les deux filles inclinèrent la tête, comme si elles comprenaient parfaitement à quoi Harry faisait allusion.

-Ca doit être cool, dit Elisabeth après un moment de silence. J'aimerais tellement que Blaise et moi soyons liés ainsi. Ensemble pour l'éternité. En plus, la façon dont ton vampire est attaché à toi, c'est très romantique.

Harry échangea un regard rapide avec Marie. S'il y avait bien quelque chose qui ne faisait pas parti de sa relation avec Draco, c'était bien le romantisme.

-Ca n'a rien de cool, objecta-t-il. Je n'ai rien choisi de tout cela. Il a surgi dans ma vie comme un boulet de canon, et ce n'est pas facile à accepter. Quand j'imaginais ma vie future, je ne voyais aucun vampire.

Il y eut un bref silence, puis Marie affirma:

-Andrew aussi n'a pas choisi à devenir un calice. Mais il s'en accommode très bien. Je crois bien qu'il en est même heureux. Certes, il lui a fallu quelques temps d'adaptation, d'autant plus que c'est un moldu et qu'il ne connaissait pas tout cela. Mais maintenant, il ne se plaint pas.

Elisabeth fit la moue. Elle semblait clairement voir le jeune homme comme un concurrent dangereux, qui venait interférer dans sa relation privilégiée avec son vampire.

-C'est normal, dit-elle. Il l'a trouvé dans la rue. Passé de la rue à ce luxe, n'importe qui serait ravi. Moi, à ta place, je serais très heureuse! Toi, au moins, tu es sûr et certain que ça ne finira jamais! Tu resteras éternellement jeune auprès de ton vampire!

-Justement, maugréa Harry.

Elisabeth le fusilla du regard, comme si Harry venait de l'insulter personnellement. Elle pinça les lèvres et coupa un bout de son éclair avec précision.

-Tu ne mesures clairement pas ta chance, lui reprocha-t-elle.

-Moi, je pense juste que tu n'es pas à ma place, et que tu idolâtres un peu ma relation avec Draco.

Elisabeth haussa un sourcil, et se renfrogna, clairement irritée par cette réplique sèche. Quelques minutes passèrent avant que Harry ne reprenne la parole:

-C'est quoi la...différence avec vous?

Les deux calices échangèrent un regard et Harry se sentit aussitôt stupide. Elisabeth arborait un air pincé que Harry ne comprit pas. Elle semblait agacée. Le jeune homme se demanda si elle était jalouse de lui, et de son statut de vrai calice. Cette perspective l'exaspéra immédiatement.

-Toi, tu es l'âme sœur de ton vampire. Vous étiez fait l'un pour l'autre. Alors que nous, nous ne sommes que des compagnons provisoires, expliqua posément Marie, sans s'occuper du regard mauvais que lui jeta Elisabeth.

Harry secoua la tête.

-Je ne suis pas son âme sœur. Il n'y a pas d'amour entre nous, et même aucune complicité. C'est tout juste si on se supporte.

Marie haussa nonchalamment les épaules.

-Si vous n'êtes pas âmes sœurs, comment expliques-tu que tu sois devenu son calice sans qu'il n'y ait eu échange de sangs? Vos âmes se sont reconnues, et tu es devenu son calice dès la première morsure.

Harry secoua à nouveau la tête, sceptique. Cette histoire d'âmes le laissait proprement perplexe. Draco ne lui avait jamais parlé d'âmes sœurs, et il se demanda si c'était une invention des humains pour faire passer le lien forcée qui l'unissait à son vampire plus romanesque.

-Je ne sais pas comment ça s'est passé, mais c'est comme ça.

-Si tu n'avais pas été son âme sœur, tu ne serais pas devenu son calice, j'en suis sûre, persista Marie. Le lien ne se serait jamais formé.

-Mais je ne suis pas amoureux de lui, se défendit Harry. Et l'inverse est vrai aussi. Je t'ai dit, on ne s'entend pas trop, tous les deux. Des âmes sœur sont sensées être immensément amoureuses.

Marie haussa à nouveau les épaules.

-Ca je suis sûre que c'est parce que tu n'acceptes pas cette relation et que tu le repousses. Ce n'est certainement pas lui qui cherche le conflit avec son âme sœur. Sa seule préoccupation doit être de te protéger. Si tu l'acceptais, votre relation évoluerait grandement, c'est certain.

Harry était de plus en plus irrité. Il ne comprenait pas pourquoi Marie défendait Draco, qu'elle ne connaissait même pas. N'était-elle pas sensée se montrer solidaire avec un autre calice? Elisabeth, elle, restait silencieuse, mais Harry la sentait agacée et jalouse.

-Il se comporte mal avec moi. Vouloir me protéger n'est pas une justification à son comportement.

-Tu n'as pas l'air de beaucoup respecter ton vampire, fit remarquer Elisabeth.

Harry releva la tête et lui jeta un regard peu amène.

-Qu'est-ce que ça peut te faire que je le respecte ou non? Ca ne te concerne pas du tout. Tu me connais depuis vingt minutes et tu me juges déjà? Je me comporte avec mon vampire comme je le veux. Moi, je n'ai pas choisi tout cela, ça m'est tombé dessus sans que j'y attende, alors je gère comme je peux. Je ne l'ai jamais voulu, et je ne le voudrai jamais.

Elisabeth écarquilla les yeux face à cette soudaine attaque.

-Je ne voulais pas te vexer, dit-elle.

Harry ne répondit rien, renfrogné.

-Il te traite mal? Interrogea Marie.

Harry secoua la tête. Il était peu enthousiasmé par l'idée de raconter aux deux autres calices ses déboires avec Draco. Elles, avaient l'air plutôt heureuses en ménage, si on pouvait l'appeler ainsi et Harry avait du mal à le concevoir.

Les filles attendaient une réponse, mais Harry garda la tête baissée sur son assiette.

-Il te traite comme un calice, dit Marie.

-Ouais, répondit Harry, sans s'épancher sur le sujet. Je peux? Demanda-t-il en désigna le plat de ratatouille.

Les deux jeunes filles approuvèrent sans un mot, et Elisabeth lui fit passer le plat. Harry la remercia à mi mots et se servit une part raisonnable de légumes.

-Est-ce qu'il boit souvent? Demanda soudain Elisabeth.

Harry releva la tête, un peu interloqué. N'était-ce pas une question un peu indiscrète à poser à un calice? Pour Harry, tout ce qui touchait à la morsure était du domaine de l'intime. C'était un peu comme parler de ses relations sexuelles avec Draco devant un tiers qu'il ne connaissait pas.

-Oui, dit-il simplement.

Il y eut un bref silence, seulement rompu par le bruit de la pluie s'écrasant contre la baie vitrée et des bûches craquant dans la cheminée.

-C'est à dire?

Harry pinça les lèvres.

-Hé bien, je ne sais pas. Tous les deux jours. Environ.

-Tous les deux jours, répéta Elisabeth, visiblement impressionnée. Tu as de la chance. En plus, il paraît que pour les vrais calices, le plaisir ressentit lors de la morsure est bien plus intense.

Sans pouvoir s'en empêcher, Harry se mit à rougir intensément. Il plongea dans son assiette, tentant de dissimuler ses joues incandescentes derrière ses mèches. Harry se tortilla sur son siège, mal à l'aise. Il se demanda s'il n'avait pas mieux fallu mentir.

-Ca, dit Marie d'un ton sarcastique, tu ne le sauras jamais.

Elisabeth pinça les lèvres, et fusilla le jeune homme du regard. Elle avala sa dernière bouchée d'éclair au chocolat et se leva prestement. Saluant rapidement Harry d'un signe de la tête un peu raide, elle quitta la pièce sans un mot. Marie la suivit du regard jusqu'à ce qu'elle disparaisse.

-Qu'est-ce qu'elle a? Interrogea Harry, perplexe.

Marie sourit.

-Elle est jalouse, évidemment.

-De moi?

Marie approuva. Elle jeta un regard désolé à Harry et lui posa sa main sur son épaule, comme pour le réconforter. Harry secoua la tête. Décidemment, il ne comprendrait jamais rien aux filles.

-Non seulement tu es un vrai calice et tu n'en tires aucun plaisir alors qu'elle rêverait de l'être pour Blaise, mais en plus, ton vampire boit tous les deux jours, alors qu'elle a du mal à convaincre Blaise de la mordre toutes les semaines, surtout depuis l'arrivée d'Andrew il y a un an. Il ne faut pas lui en vouloir d'être jalouse.

-Mais je n'y suis pour rien, moi! Se défendit Harry. J'échange avec elle quand elle veut!

Marie haussa un sourcil.

-Tu laisserais ton vampire à Elisabeth?

Harry ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. Imaginer Draco avec quelqu'un d'autre, mordre quelqu'un d'autre que lui, lui procurait une étrange sensation de démangeaisons au creux du ventre. Les joues rouges, il retourna à son assiette. Marie souriait, et elle finit par se lever calmement.

-Je vais voir si Andrew est réveillé, dit-elle. On doit jouer aux échecs avant que j'aille me coucher. Ca ne te dérange pas que je te laisse seul?

Harry secoua la tête.

-Tu voudras venir jouer avec nous?

-Je verrai, peut être, répondit vaguement Harry.

-Ouais, demande la permission à ton vampire.

Harry haussa les épaules. Avant qu'il n'ait pu rétorquer quoique ce soit, Marie quitta la pièce d'un pas léger. Seul, Harry revint à sa ratatouille, penaud. Il venait à peine de se réveiller après plus de dix sept heures de sommeil, et la nuit promettait d'être longue.

Cette conversation le laissait perplexe, mais il était étrangement rassuré et satisfait d'avoir rencontré d'autres calices. Même s'ils n'étaient pas liés à leurs vampires de la même façon qu'il l'était à Draco, il était content d'avoir pu rencontrer des personnes qui le comprenaient un peu mieux que Ron et Hermione.

Cinq minutes passèrent avant que la porte de la salle à manger ne s'ouvre à nouveau. Le temps que Harry ne lève les yeux de sa ratatouille, Draco était déjà près de lui. Il s'assit sur la chaise délaissée par Marie, penché dans sa direction, les coudes sur ses genoux et le regard posé sur lui.

-Bon appétit, Harry, dit-il sur un ton velouté.

Harry lui jeta un regard en biais, un peu perplexe.

-Merci, répondit-il néanmoins.

Draco sourit légèrement. Il rapprocha sa chaise de celle de Harry, et ses genoux touchèrent la cuisse de ce dernier. Il posa son bras sur le dossier de la chaise de son calice et se pencha un peu plus en avant, presque inconsciemment. Harry soupira.

-Vous envahissez mon espace personnel, là, fit-il remarquer.

-Pardonne-moi, répondit Draco, sans se reculer pour autant.

Harry soupira de plus belle, exaspéré par le comportement de son vampire. Il continua de manger, bon gré mal gré. Ses gestes se faisaient plus maladroits face à l'intensité du regard de Draco posé sur lui et dont il avait pleinement conscience.

-J'ai réfléchi, vous savez, dit-il finalement pour détourner l'attention du vampire.

-Vraiment? Releva celui-ci, haussant un sourcil intéressé. Et à propos de quoi, exactement?

-Je suis très inquiet pour Ron et Hermione, malheureusement, je comprends qu'il n'y ait aucun moyen pour les retrouver à l'heure actuelle. Je n'ai aucun idée de là où ils peuvent se cacher et eux ne me trouveront jamais ici.

Draco inclina légèrement la tête. Sa main vint masser la nuque de Harry, tirant légèrement sur ses mèches. Le calice frissonna incontrôlablement.

-En effet, approuva Draco. Je suis content que tu t'en rendes compte.

-Dans ce cas, je pense que le meilleur moyen de leur venir en aide, c'est de détruire Vous-Savez-Qui. C'est le seul moyen pour qu'ils soient enfin en sécurité, et ce pour toujours.

-Pour toujours, répéta Draco.

Harry lui jeta un regard. Les deux mots semblaient avoir une signification différente pour le vampire, mais il préféra ne pas y penser. Pour lui, ils sonnaient encore comme une malédiction. Il laissa passer quelques secondes avant de continuer, un peu effrayé à l'idée de ce que pourrait être la réaction du vampire face à ses mots.

-J'ai imaginé un plan, Draco, pour pénétrer à Gringotts et récupérer l'Horcruxe qui s'y trouve.

Le vampire haussa un sourcil. Ses doigts cessèrent de masser la nuque de Harry pendant quelques secondes, avant de recommencer paresseusement.

-Vraiment? Souffla-t-il.

Harry se détourna de son assiette pour évaluer l'expression de Draco. Son air impassible ne lui disait rien qui vaille. Ils se fixèrent pendant quelques secondes, tentant vainement de deviner les pensées de l'autre.

Finalement, Draco répondit:

-Je te remercie, Harry, mais je pense que je m'en sortirai admirablement bien tout seul.

Harry ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. Il se pencha pour attraper la bouteille d'eau et se servit un verre plein. Sa main tremblait et il en voulait déjà à Draco de ne pas avoir répondu convenablement à ses attentes.

-Vous ne voulez même pas entendre mon plan? Demanda-t-il innocemment et avec sa persévérance tenace.

Draco soupira discrètement, mais l'enjoignit d'un geste vaguement agacé à s'expliquer. Il continua distraitement ses attentions sur la nuque de son calice, s'amusant des frissons qu'il faisait naître sur sa peau.

-C'est simple et efficace, dit Harry, ragaillardi par l'acceptation de Draco de l'écouter. Nous allons tous les deux à Gringotts, moi sous la cape d'invisibilité, vous en tant que client, si je puis dire. Vous demandez au gobelin de vous amener à votre coffre. Lorsque nous sommes dans les souterrains, je jette un impérium au gobelin qui nous accompagne, et je l'oblige à nous emmener et à nous ouvrir le coffre fort de Bellatrix. Lorsque c'est fait, nous récupérons rapidement l'Horcruxe, je libère le gobelin du maléfice et nous sortons de la banque comme si de rien n'était, moi toujours caché sous la cape.

Harry se tut, et le silence qui suivit son discours enflammé le mit mal à l'aise. Il se repassa mentalement les moindres détails de son plan, inquiet à l'idée de trouver des failles, mais il fut satisfait de n'en voir aucunes.

-Tu veux utiliser un sortilège impardonnable, Harry? Sur un être innocent et sans défense qui plus est. Toi qui est habituellement si plein de conscience morale.

Harry fit la moue.

-C'est le moins pire de tous, dit-il, comme si ça justifiait tout. Et puis, c'est vraiment indispensable, et ça ne blessera le gobelin en aucune façon.

-Bien sûr. Cela excuse tout.

Draco marqua une courte pause. Harry culpabilisait déjà, rien qu'à l'idée de réellement lancer un tel sortilège sur un être vivant.

-Tu as oublié de me parler des dragons, releva-t-il.

-Les dragons, répéta Harry.

Draco hocha doucement la tête. Il entortilla son index autour d'une mèche de cheveux et observa Harry remuer pensivement sa ratatouille.

-Oui, les dragons qui gardent les coffres forts de la banque, affirma-t-il calmement. Tu avais oublié?

-C'est une légende.

-Il y en a un, devant ma chambre forte, expliqua patiemment Draco. Mais libre à toi de ne pas me croire. Je pense néanmoins que tu devrais, pour perfectionner ton plan, prendre en compte toutes les possibilités.

Harry pinça les lèvres, un peu embarrassé. Draco, évidemment, n'avait pas tord. Il regroupa ses légumes au centre de son assiette et les écrasa nonchalamment du plat de sa fourchette.

-J'ai déjà combattu un dragon, je le referai.

Draco inclina la tête, sans rien dire. Sa main se posa nonchalamment sur la cuisse de Harry, et il en caressa inconsciemment le jean du pouce. Harry grignota sa ratatouille sans un mot pendant quelques secondes, vigilant aux mouvements de cette main aventureuse. Mais Draco semblait simplement songeur. Harry espéra qu'il envisageait de changer d'avis quand à sa participation au cambriolage, mais il n'était guère optimiste.

-Et les nouvelles mesures de sécurité, dit finalement Draco. Tu y as pensé?

-Quelles nouvelles mesures?

-Le pays est en guerre, Harry. Les mesures de sécurité ont été renforcées. Je ne pense pas que tu pourras passer les sécurités, même sous ta cape d'invisibilité.

Harry finit sa ratatouille puis racla soigneusement son assiette avec sa fourchette. Lorsqu'elle fut propre, il se servit de la salade, copieusement.

-Ce sont quels genres de sécurité, exactement? Interrogea-t-il.

Draco sourit doucement, mais Harry, son attention accaparée par son assiette, ne le vit pas. Le vampire tira sur la mèche de cheveux de son calice, avec une douce tendresse.

-Ton plan me paraît un peu approximatif, mon garçon.

Harry mâcha sa salade et secoua la tête.

-Il a juste besoin d'être perfectionné, comme tout bon plan qui se respecte.

-Bien sûr, murmura Draco.

Ils se plongèrent tous deux dans un silence songeur. Les doigts du vampire finirent par s'immobiliser sur sa nuque, et Harry put se concentrer totalement sur son repas. Il surveillait discrètement la main de Draco, toujours posée sur sa jambe et qui montait et descendait paresseusement le long de sa cuisse.

Lorsque Harry finit de manger sa salade, il put se jeter sur la tarte à la mélasse, qui semblait lui faire de l'œil depuis le début de son repas.

-Quoiqu'il en soit, reprit-il en se servant une part généreuse, nous devons faire cela le plut tôt possible.

Harry fit une pause, puis ajouta:

-Demain serait le mieux.

Quelques secondes passèrent, sans que Draco ne réponde. Harry se redressa, et se tourna vers son vampire, qui le fixait avec cette intensité habituelle, et qui le mit aussitôt mal à l'aise. Il plongea sans appréhension dans le regard anthracite de Draco, et tous deux s'observèrent intensément pendant de longues secondes.

-Vous avez entendu? Demanda Harry en murmurant automatiquement.

-Bien sûr, affirma Draco.

-Demain, je serai totalement remis de la morsure. Ce sera le moment idéal.

-Bien sûr, répéta Draco.

Harry n'insista pas. L'impassibilité de son vampire le rendait nerveux. Comme toujours, il lui était impossible de savoir ce qu'il pensait et cette incertitude le rongeait. Draco finit par cligner des yeux, et Harry, libéré de son regard hypnotique, se concentra sur son assiette.

De toute évidence, avant de convaincre Draco d'accepter qu'il l'accompagne à Gringotts, il y avait encore du travail.

Mais Harry était déterminé et têtu, bien décidé à s'imposer face à son vampire.

.

.

A suivre... Le reste de la conversation au prochain chapitre! Harry est très intrigué par cette question d'âmes soeur, et qui mieux que Draco peut répondre à ces questions? :)

Que pensez-vous de ces nouveaux personnages? Ces calices vous inspirent-ils de la sympathie, ou pas? Quant à Draco, pensez-vous qu'Harry va arriver à le faire changer d'avis?

Je vous souhaite à tous une excellente semaine, et à samedi prochain!

Natom, 12/04/14