Chapitre 35
Chloé marcha à la suite d'Armand, encadrée par les hommes de ce dernier. Ils arrivèrent enfin sur une large terrasse digne d'un bon petit hôtel au centre de laquelle dominait une spacieuse piscine.
Armand fit un léger signe de la tête. Ses hommes de mains s'écartèrent de Chloé et prirent la direction inverse, à l'affut du moindre visiteur inopportun. A l'autre bout de la terrasse, attachée par les poignets et les chevilles, Chloé aperçut enfin Claire.
Nous y voilà ! pensa Chloé
Mathieu vit le point vert se déplacé légèrement. Il n'avait pas bougé depuis un moment et ce soudain petit mouvement augmenta la tension qui régnait en lui. Son pied fut soudainement plus lourd et il dépassa toutes les limitations de vitesses…
- Nous avions un accord, Mlle St Laurent
Chloé regarda François Armand en face d'elle, tenant Claire par les cheveux et pointant sur sa tempe une arme.
- Je tiens à ce que l'échange soit équitable, réussit elle à articuler en contrôlant la peur qui l'envahissait
- Que voulez vous dire ?
- Comment être sure que vous ne nous abattrez pas une fois avoir eu les lettres ?
- Mais Mademoiselle…vous êtes assez intelligente pour savoir que vous ne survivrai pas de toute façon. Ni vous…ni Claire.
La jeune femme sentit un glaçon circulé dans ses veines. La peur de mourir fut remplacée par la crainte de la mort d'une personne chère. Aussi étrange que cela puisse être, elle s'était attachée à Claire comme si elle la connaissait depuis de nombreuses années. Sans doute un effet passager du au fait qu'elle venait d'apprendre que Claire était sa véritable sœur.
Un instinct maternel ou fraternel l'envahissait. C'était plus fort que ce qu'elle pouvait ressentir au moment où elle voulait sauver une personne étrangère à sa vie personnelle. Plus fort qu'une amie…
- Mr Armand, vous m'aviez promit une mort digne et loyale. Nous verrons de nous deux qui gagnera le combat de ma mère…et de Fisher …NOTRE père, dit-elle plus fort en relevant vers François des yeux menaçants pleins de défis
Bien que les dernières paroles de Chloé lui avait fait naitre une rage sans égale, François sourit. C'était le moment qu'il préférait. Il ne restait plus aucun pion, plus aucune autre pièce que les deux Dames et les Rois. Qui remporterait cette partie ?
Une partie qui avait débutées il y a une vingtaine d'années…
Comme pour prouver sa bonne foi, Chloé ouvrit son sac et en ressortit un paquet de lettres
- Chloé ne le crois pas ! Ne fais pas ça ! lança Claire
- Oh si elle le fera … dit François avec un grand sourire et fixant Chloé
Fred et Polovski dépassaient également les 100 km/h dans les ruelles de Paris. Evitant les habitants du mieux qu'ils pouvaient et transformant leur mission en remake de Taxi.
Les images de la soirée défilèrent dans la tête de Fred au même rythme que les battements de son cœur. Elle imaginait la scène entre Chloé et François Armand. Une angoisse l'envahissait : pourvu qu'ils n'arrivent pas trop tard !
Malgré ses tentatives pour se rassurée, Fred ne pouvait chasser ce mauvais pressentiment…
- Et merde ! ragea Polovski
- Quoi ?
Pour toute réponse, le policier lui montra le rétroviseur dans lequel apparaissait clairement une voiture noire qui les filait.
- Si on se les traine jusqu'à chez Armand ils vont nous sautés dessus et l'effet de surprise sera anéanti
- Mathieu doit surement être arrivé, murmura Fred qui retenait presque son souffle, trouve un moyen de les semer avant qu'on arrive, finit elle d'une voix plus assurée
- A vos ordres !
Polovski prit soudainement un virage serré à droite, passa sur l'autre route et croisa la voiture qui les suivait. C'était bien des hommes d'Armand !
Chloé regardait cet homme qui avait détruit toute sa vie fixement. Elle tenait encore les lettres d'une main, et de l'autre serrait étroitement le bras de Claire. François Armand se tenait exactement dans la même position.
Ils n'avaient qu'à faire un geste chacun de leurs côtés.
Chloé avait conscience que si elle ne lâchait pas les lettres, Armand ne lâcherait pas Claire. Etrangement, l'instinct maternel qui avait envahie Chloé il y a quelques minutes avait laissé sa place à un doute amer.
Ces lettres constituaient un trésor ! Elles détenaient la vérité sur l'histoire de sa mère, sur son meurtre, et un moyen de faire coffrer Armand à vie ! De plus elles étaient un véritable gilet par balle face à Armand.
Mais ne pas laisser ces lettres signifiait condamner Claire…
François Armand souriait, vicieux, tel le serpent du jardin d'Eden. Il devinait aisément les pensées de la jeune femme et était curieux de connaitre sa décision. Était-elle prête à sacrifier une vie innocente, sa propre sœur, pour l'arrêter lui et être redevable à la mémoire de ses parents ? Pour sauver sa propre vie ?
Chloé ravala sa salive discrètement. De toute façon Armand n'hésiterait pas à l'abattre elle et Claire qu'elle ait ou non les lettres. Elle était seule à présent. Sans doute avait il prévu sa réaction. La jeune femme regretta sa décision de ne pas avoir mis Mathieu au parfum. Mais avait elle eu le choix ?
Finalement Chloé céda et lâcha le paquet. Au même moment Armand lâcha le bras de Claire…
John Gautier commençait sérieusement à s'ennuyer. Cela faisait plus de 4 heures qu'il attendait, planté là, devant ce portail. Et il savait qu'il n'aurait aucunes autres tâches que celle-ci. Dés lors que François Armand, son employeur, en aurait fini avec Chloé et Claire, il quitterait cette baraque laissant aux autres le soin de dissimuler le corps. Corps qui allait à moitié disparaître selon ses commandements…toujours laissé une trace.
Ce n'était pas ses affaires ! Du moment que John était payé en conséquences. Lui n'avait rien à faire hormis de surveillé l'intrusion d'éventuels intrus. Des années dans la gendarmerie pour finir comme esclave d'un millionnaire prétentieux et orgueilleux, drôle de destin pensait il amèrement.
« Les traces qu'on laisse derrière nous peuvent finir par être ce qui nous fauche en plein vol » (extrait d'un film)
Dans un sens cela arrangerait John que son patron se fasse prendre. Sa cruauté commençai réellement à l'écœuré.
John Gautier se redressa et se mit sur ses gardes, armes déployée. Il fixa la voiture qui venait de déclenché son alarme.
Prudent, il s'approcha. Il ne semblait y avoir personne. Il n'avait vu personne s'enfuir ou être dans les parages. Peut être un chat ?
Il inspecta la voiture. Etrange. Il ne lui semblait pas avoir vu cette voiture il y a quelques minutes. A moins qu'il n'y ait pas fait attention ?
- Excusez-moi ? dit une voix derrière lui
Surprit John se retourna et aperçut un homme derrière lui. Il n'eut pas le temps de répondre que celui-ci lui asséna un violent coup de poing qui l'entraina dans l'inconscience.
Mathieu prit le corps de John, inconscient, dans ses bras et le déposa doucement par terre. Il le détroussa de toutes les armes que le garde possédait, détruisit le talki walki et chercha une quelconque carte passe. Puis il repartit au pas de course…
Chloé s'écarta, suivit de Claire, d'Armand. Armand qui se dirigeait dans la direction opposée. L'homme sourire aux lèvres, et savourant sa victoire, glissa lentement sa main contre sa ceinture et caressa l'arme qui la bordait. Il aurait pus la tuer là maintenant. Mais Chloé St Laurent Fisher, n'était pas une victoire comme les autres. Il devait savourer cette victoire comme on savoure un bon vin qu'on a laissé murir pendant quelques années…lentement.
- Chloé…murmura Claire qui observait Armand avec inquiétude
Mais la jeune femme ne répondit pas. Elle semblait confiante. Elle était ailleurs. C'est alors que Claire vit que la main de Chloé était dans son sac ouvert et agrippait quelque chose…
Mathieu lui avait déjà fait la remarque lorsqu'ils s'étaient rencontrés au « rendez vous » fixé par Louise mais avec tous les événements…Chloé ne s'était jamais débarrassé de l'arme qu'elle avait réussie a obtenir pour se venger de Louise…aujourd'hui…elle s'en félicitait.
Quelques minutes plus tard, Fred et Polovski parvinrent à la demeure de François Armand que leur avait indiqué Mathieu.
La jeune femme regarda dans son rétroviseur : la voiture noire qui les suivait avait rattrapé son retard.
Elle se retourna inquiète et réfléchissait à toute vitesse. Elle ne devait absolument pas perdre son self contrôle et paniquée.
- Regarde
La jeune femme suivit les indications de Polovslki et aperçut la voiture de Mathieu. Le portail était sans surveillance et sur le côté de sa voiture, un homme était allongé immobile…
L'espoir renaissait en elle. Il avait réussit ! Il n'était peut être pas trop tard !
- Demi-tour ! murmura-t-elle à Polovski avec un grand sourire
- Excuse-moi ?
- Il ne faut pas que les hommes d'Armand s'aperçoivent qu'un intrus est entré dans la maison, et surtout par qu'Armand soit alerté par un rafus étrange…
- Diversion ?
La jeune femme ne répondit pas mais son regard exprimait clairement son accord. Polovski aimait bien ce plan. Mais, pour parvenir à mettre Mathieu en sécurité il fallait une petite touche en plus.
Lui qui avait toujours rêvé d'être un acteur de film d'actions…allait enfin voir son rêve se réaliser !
Il sortit de la voiture, et se posta sur la route
- Polovski qu'est ce que vous faites ?
Lorsque la voiture fut suffisamment proche, Polovski dégaina et visa la vitre et le pare-choc de la voiture noire. Surprise, la voiture fit un dérapage contrôlée. Dés lors, le policier ne perdit pas de temps et s'empressa de remonter dans sa propre voiture en démarrant à fond dans la direction inverse de nouveau.
Une fois qu'ils reprirent leurs esprits, les hommes de mains d'Armand ne perdirent pas temps, et enragés, démarrèrent à fond à la suite de Polovski et Fred.
Mathieu traversa le salon en se mettant à couvert. Il se cacha rapidement derrière un meuble et rechargea son arme. Les gardes du corps de François Armand étaient plutôt bien formés il devait le reconnaitre.
Mais leur manœuvre l'agaçait car il avait la sensation de perdre son temps. A l'autre bout de la maison, Chloé était en danger…
Il sortit soudainement de sa cachette et tira vers les gardes du corps. Il devait avancer coute que coute, si possible en ayant le moins de mort…
- Chloé ! Att…
La jeune fille n'eut pas le temps de terminer sa phrase que Chloé la poussa violemment en arrière d'une main et se retourna en même temps qu'Armand. Tout se passa très vite. Le coup de feu partit…
- NONN ! hurla Claire
A l'autre bout de la demeure, le coup de feu retentit comme un éclair foudroyant tout ce qui se trouvait aux alentours, comme une tornade, comme un séisme, comme…
Mathieu entendit le cri désespéré de la jeune fille et reconnu aisément Claire. Il ne réfléchit pas longtemps et pensa immédiatement à Chloé. La gorge nouée, le cœur battant et les mains tremblantes de peur et de rage, il concentra toute son énergie à penser qu'il n'était eut être pas trop tard. Peut être qu'Armand avait tirer et raté sa cible, peut être que Chloé n'était que blessée…
Mais si elle était gravement blessée ?
Il devait faire vite et savoir absolument où se trouvait Armand ! Le cri de Claire lui donna une estimation du lieu où ils pouvaient se trouvé. Le jardin. S'approchant, arma pointé vers le garde à terre, de la fenêtre il aperçut enfin la terrasse de laquelle brillait la piscine et où il apercevait la silhouette d'Armand.
Les arbres à proximité, et la nuit l'empêchait de bien voir si Chloé était à terre où dissimilée, blessée ou pire…
Revenant à la charge prés du garde, il arma son arme et le pointa au milieu des yeux de l'homme de main d'Armand :
- François Armand n'est rien face à ce que je te ferai subir si tu ne me dis pas TOUT de SUITE comment accéder à cette terrasse, dit il d'un ton à la fois froid et remplie d'une rage effrayante
Quelques minutes plus tard, après avoir assommé le garde, il entendit un cri désespéré et effrayé :
- Chloé ! Noon !
Mathieu ne sentit plus vraiment ses jambes. La peur l'envahissait mais il refusait d'abandonner, il se refusait de croire à l'évidence malgré tous les signes avant coureurs.
Il voulait d'abord étrangler Armand de ses propres mains et n'accepterai l'inacceptable qu'une fois qu'il serait face au….face au corps.
To be continued
