CHAPITRE 34

Domicile de Benjamin Alscot

Mike se pencha sur le corps inanimé : rapidement il fouilla sa victime, lui arrachant son bipper dont il ôta la pile et son téléphone portable qu'il éteignit avant de retirer d'une main experte la carte sims de manière à ce qu'il soit impossible de le localiser. Ensuite, il sortit tranquillement de la maison et regarda autour de lui : rien ne bougeait. A cette heure de la journée, ce quartier résidentiel était désert. Cela faisait parfaitement son affaire.

Déjà un plan se dessinait dans son esprit : il était temps qu'il disparaisse. Ce n'était pas la première fois qu'il se le disait depuis qu'il était arrivé à Los Angeles. Nulle part ailleurs il n'était passé si près de la catastrophe. Tout ça à cause d'un fichu mathématicien. Il serra les poings de rage : il aurait aimé pouvoir rendre la monnaie de sa pièce à Charlie ! Mais inutile d'y compter : le professeur était sous bonne garde et il ne pourrait pas l'approcher.

Le plus urgent maintenant c'était de se mettre à l'abri ! Il savait ce qu'il avait à faire. Il y avait déjà longtemps qu'il avait prévu une solution de repli lorsque le moment serait venu. Bon, c'était un peu plus tôt que prévu, il n'avait pas atteint les deux millions qu'il s'était fixés comme objectif lorsqu'il s'était lancé dans cette machination, mais il n'en était pas loin. Et mieux valait vivre en paix avec près de deux millions de dollars que de mourir pour avoir absolument voulu dépasser ce seuil.

Un nouveau regard circulaire lui confirma qu'il n'y avait pas âme qui vive dans les parages. Il approcha alors au maximum le véhicule de Don de la maison et le gara à l'arrière, sous le porche, de telle façon que personne ne pouvait voir ce qui se passait entre la porte et la voiture. Il alla ensuite chercher l'agent toujours inconscient et l'installa sur le siège passager où il le sangla de manière à ce qu'il ne bouge pas et que sa posture paraisse tout à fait naturelle. Il avait préalablement nettoyé sommairement le sang qui ruisselait sur le côté droit de son visage et lui avait passé une veste qui cachait ainsi le sang qui maculait sa manche.

Il rentra ensuite à nouveau dans la maison et nettoya rapidement les traces de sang à terre. Puis il sortit et monta à la place conducteur. Il jeta un nouveau coup d'œil à Don qui ne bougeait pas : malgré lui sa main remonta à la carotide pour vérifier s'il y avait bien une pulsation. C'était le cas, elle était un peu faible mais régulière. L'agent était simplement évanoui.

Il sortit alors son téléphone de sa poche et forma un numéro :

- Sinclair, répondit la voix de David.

- David, c'est Mike.

- Oh! Mike! Où en êtes vous ? Vous avez trouvé quelque chose chez Alscot ?

- Non, rien de probant. Et de votre côté ?

- Pas grand-chose… Charlie vient d'arriver.

- Ah !

A ces mots, un flot de rage froide envahit Mickaël : s'il avait pu tenir le mathématicien entre ses mains !

- Et qu'a-t-il encore inventé notre petit génie ?

- Et bien il semble qu'il ait une théorie sur une taupe…

- Oui, Don m'en a parlé… Il a une idée précise ?

- Il en est encore à aligner les calculs avec les éléments que nous lui fournissons. Mais tu le connais, il trouvera la solution.

- Bien sûr…

- Tu peux me passer Don s'il te plaît ?

- Don ?

- Ben oui, vous êtes bien ensemble non ?

- Oui, mais il est parti nous chercher des cafés.

- Comment ça, vous n'êtes plus chez Alscot ?

- Non, on a fini. La perquiz n'a rien donné. Mais comme on était en manque de caféine l'un comme l'autre. Il m'a dit de vous appeler pour avoir des nouvelles.

- Et ben tu vois, rien de bien palpitant encore.

- Et tu as un message particulier à lui transmettre ?

- Non, ça peut attendre que vous rentriez. Vous revenez directement là ?

- Ah ben non, justement, c'est aussi pour ça que je vous appelle. Ca va être un peu plus long que prévu.

- Comment ça ?

- Et bien par rapport à la recherche de Charlie, Don veut que je lui fournisse des renseignements sur les gens que j'ai côtoyé au cours de l'enquête.

- Oui, nous avons lancé aussi une recherche de notre côté.

- Mais certains noms n'apparaîtront pas dans les fichiers informatiques. Je les ai juste consignés dans mes carnets personnels.

Il entendit David soupirer à l'autre bout du fil et comprit ce que l'agent pensait : pourquoi fallait-il toujours qu'il y ait des collègues qui veuillent absolument garder des éléments par devers eux, comme lors des heures les plus sombres de la guerre des polices ? C'était comme ça que certains éléments se perdaient, que d'autres étaient jugés irrecevables, ça n'arrangeait vraiment pas leurs affaires. D'un autre côté, cette démarche était aussi parfois dictée par la nécessité de protéger un témoin.

Mickaël sourit : si David, l'honnête David, le probe David avait pu imaginer, ne serait-ce qu'un instant ce que lui-même pensait à ce moment-là, ce dont il s'était rendu coupable, ce qu'il s'apprêtait à faire, il ne se serait pas contenté de soupirer.

Il continua son explication :

- Donc on va aller chercher mes carnets chez moi.

- Chez toi ? Mais c'est à au moins une heure du bureau…

- Un heure dix très exactement, et, à cette heure-ci, je dirai plutôt une heure et demie.

- Ca veut dire que vous ne serez pas là avant trois heures ?

- Bien, je vois que tu es doué en calcul toi aussi !

David rit.

- Pourquoi, poursuivit Mike, il y a un problème ?

- Non, pas de problème, mais est-il vraiment nécessaire que vous y alliez tous les deux ?

- Ben écoute, tu peux demander ça à Don, c'est sa décision, pas la mienne.

- Ah…

- Peut-être qu'il me soupçonne et qu'il veut me garder à l'œil, osa le criminel avec un cynisme remarquable.

A nouveau David rit et Mickaël joignit son rire au sien avec un sang-froid incroyable, amusé aussi à l'idée de la réaction qu'aurait l'agent s'il savait à qui il s'adressait.

- Bon alors dans ce cas, évidemment rien à dire ! Est-ce qu'il faut lui envoyer des renforts ?

- Bah… Je pense qu'il arrivera bien à s'en tirer. Bon, de toute façon, s'il y a quelque chose, tu nous appelles.

- Compte sur moi.

- Et puis, peut-être qu'à notre retour Charlie aura trouvé la solution !

- Rigole pas vieux, il en est bien capable !

- Je sais, Charlie est un vrai génie ! Je vais vraiment finir par devoir intégrer cette notion.

L'amertume qui perçait dans le ton de Mickaël n'échappa pas à David.

- Tu as toujours un problème avec Charlie ?

- Mais non, aucun problème. Seulement que veux-tu, quand j'ai quitté Los Angeles Charlie n'était qu'un gamin horripilant à force de nous gaver avec ses théories mathématiques. Et quand je reviens, tout le monde ne jure plus que par lui ! Il faut bien que je m'y fasse…

- Oh tu sais, il peut rester tout aussi horripilant d'après Don.

- Ben ça me rassure. Bon allez, je vois Don qui arrive, il faut qu'on y aille.

- O.K. Oh Mike…

- Oui…

- Si jamais tu trouvais quelque chose de vraiment important, appelle-nous. Je crois que plus vite il aura les éléments en sa possession, plus vite Charlie y verra clair.

- T'inquiète. Je n'aurai garde de faire attendre Charlie. A plus tard David.

- Oui, à plus tard.

Mickaël mit fin à la conversation, jeta à nouveau un regard vers son ami toujours évanoui puis il démarra la voiture et s'éloigna de la maison de Benjamin Alscot.

La maison que le F.B.I. avait mise à sa disposition se situait dans un petit lotissement paisible, lui aussi fort peut fréquenté en ce milieu de matinée. Au passage, Mike entrouvrit la fenêtre du véhicule pour faire un petit signe à l'un de ses voisins : un retraité, incurable curieux, qui passait ses journées dans son jardin à épier ce qui se passait.

C'était important que l'homme puisse témoigner qu'il avait bien vu l'agent arriver et, vue la curiosité du bonhomme, Mike savait qu'il n'avait pas manqué de remarquer son passager, même si, compte tenu de la distance, il n'avait par contre pas pu juger de l'état de celui-ci. Mais lorsqu'on l'interrogerait, ce qui ne manquerait pas d'arriver car, si la police n'allait pas à lui, lui irait à la police, il dirait avoir vu deux agents rentrer dans la maison louée par ce si obligeant monsieur qui ne manquait jamais de le saluer au passage.

Mike actionna la télécommande qui ouvrait le garage et rentra à l'intérieur. Il descendit du véhicule et fit le tour pour ouvrir la portière passager. Il chargea le corps inanimé sur ses épaules et descendit à la cave.

(à suivre)