Comme promis, voici la suite
Bonne lecture
35. - La faille du plan
Aussitôt le panneau refermé, Malefoy retourna à l'infirmerie où sa prisonnière dormait sous une montagne de couvertures qui dissimulaient son visage. Il s'approcha d'elle à pas de loup et repoussa ses cheveux d'un geste doux qui coupa le souffle de la vraie Hermione. Puis il resta immobile au-dessus d'elle, simplement à la contempler, les traits de son visage détendus mais indéchiffrables. Au bout de quelques minutes, il soupira avant de regagner son propre matelas où il se contenta de s'allonger pensivement afin d'attendre que le temps passe.
Les aiguilles de l'horloge murale entamaient leur quatrième tour complet lorsque le premier éclair zébra le ciel, illuminant la pièce le temps d'un battement de cœur. Malefoy jeta un vague coup d'œil à l'extérieur et se replongea dans ses pensées.
Une heure passa à nouveau avant qu'un violent coup de tonnerre fasse trembler les murs du manoir, réveillant en sursaut la jeune fille qui se redressa d'un bond. Quant à Malefoy, il fut debout en une seconde, sa baguette à la main, s'avançant prudemment vers la porte de la pièce. Hermione étudia son visage et lut dans ses yeux, malgré son expression parfaitement neutre, une appréhension mêlée de résignation.
- Ce n'est qu'un orage, Malefoy, lança gentiment son moi du passé.
Mais ce dernier ouvrit brusquement la porte et scruta l'obscurité du couloir, sur le qui-vive.
- Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-elle, perplexe.
- Un truc par normal, maugréa-t-il en revenant vers elle, le visage fermé.
- Quoi donc ?
- Un intrus dans le manoir.
« Ses sortilèges de protection ont dû détecter l'arrivée des Mangemorts et la lui annoncer, supposa intérieurement Hermione. Ils sont sans doute moins puissants que ceux qu'il avait lancé quand sa mère restait seule toute la journée, pour ainsi leur autoriser l'accès au manoir. Quelque part, Malefoy a sûrement souhaité les laisser rentrer. »
Elle se souvint alors de sa découverte, quand elle l'avait suivi pendant qu'il allait récupérer sa mère près de la falaise : derrière elle, le manoir avait disparu, laissant place à des ruines et dissuadant ainsi tout individu de franchir son portail. Et puis, sans doute que si quelqu'un avait essayé, les sortilèges, cette fois, l'en auraient empêché.
Hermione connaissait la suite par cœur : Malefoy lui avait alors expliqué qu'il n'était plus dans le camp des Mangemorts parce qu'il avait trahi leur confiance en tuant Dolohov, signant son arrêt de mort. L'invasion n'était donc pas un hasard, puisqu'il s'agissait en réalité de sa condamnation, à laquelle elle savait maintenant qu'il avait eu l'intention d'échapper, malgré tout ce qu'il lui avait dit à ce moment-là. Elle l'entendait encore lui assurer : « Je n'ai pas peur de mourir, Granger. La mort fait partie de la vie. » Qu'elle avait été naïve de le croire !
Pourtant, un doute persistait en elle : lorsque, plus tard, quand ils se battaient ensemble cachés derrière un comptoir en argent, il lui avait certifié ne plus avoir aucune raison de vivre, il avait paru tellement sincère qu'elle n'avait pas douté une seule seconde de ses paroles. Mais, après tout, elle ne pouvait plus se fier à rien, à part peut-être à ses souvenirs, dans lesquels elle se trouvait actuellement.
Patiemment, elle attendit que le souvenir défile jusqu'au moment où ils sortaient de l'infirmerie, parce que l'instant suivant l'intéressait particulièrement : elle espérait comprendre à quel moment le panneau du passage secret avait besoin du sang de Malefoy.
- Viens par là, murmura-t-il à la jeune fille.
Il s'appuya contre le mur du couloir et plongea sa main libre dans la poche de son pantalon afin d'en retirer le petit couteau.
- Qu'est-ce que..., commença-t-elle, mais il la fit taire d'un regard.
Il lui lâcha la main – il lui avait tenu la main ! – pour l'entailler, faisant couler le sang. À nouveau, il la plaqua contre le mur du couloir, et Hermione se pencha en avant pour l'observer très attentivement.
La petite trappe, qui n'était absolument pas perceptible auparavant, apparut soudain. Hermione comprit alors : lorsque Malefoy choisissait de le refermer complètement, c'est-à-dire de la rendre invisible, il devait utiliser son sang, un peu comme s'il la verrouillait. Mais lorsqu'il choisissait de simplement le pousser sans la faire se fondre dans le mur du couloir, on pouvait l'ouvrir comme ça, juste en tirant dessus.
Cette révélation fit monter en elle une bouffée d'espoir : et s'il n'avait pas pensé à la verrouiller, avant de s'enfuir en l'abandonnant derrière lui ? Et s'il lui restait une chance, juste une, de quitter le manoir afin d'aller rejoindre ses amis chez Yaxley ?
Les battements de son cœur s'accélérèrent tant cette perspective la comblait de joie. Il fallait absolument qu'elle essaye. Dès que les souvenirs s'achèveraient, et Merlin seul savait quand, elle tenterait sa chance.
Attendre que la pensine se vide était le plus délicat de l'opération, et surtout le plus insupportable, même si ce qu'elle voyait était intéressant.
Pendant qu'elle réfléchissait, Malefoy avait expliqué à son double comment sortir du manoir en toute discrétion.
- Je ne veux pas, Malefoy... Je ne veux pas partir d'ici sans toi.
Une seconde, les mâchoires du Serpentard se contractèrent.
- Il est hors de question que tu restes ici. Tu vas partir, Granger, parce que tu ne mérites pas d'être tuée.
- Mais toi non plus ! s'indigna-t-elle. Je ne veux pas que tu meures...
- C'est mon destin, c'est ainsi. La mort fait partie de la vie.
Tout à coup, un grondement plus violent que les autres vint faire trembler le sol. Ils se retinrent l'un à l'autre pour ne pas tomber, puis, gênés, s'écartèrent vivement.
- Vas-y, Granger, souffla Malefoy en la poussant doucement vers l'entrée de la trappe. Et tiens, prends ça, je pense que tu devrais en avoir besoin.
Il lui tendit sa baguette, et elle le remercia d'un regard. À reculons, elle se baissa pour rentrer dans le passage. Ils ne se quittaient plus des yeux. Alors que le Serpentard s'apprêtait à refermer le panneau derrière elle, il parut hésiter, puis lâcha à toute vitesse :
- Je sais que tu n'es pas comme les autres, Granger, et j'estime qu'une personne aussi pure que toi a le mérite de vivre. Je t'en prie, fuis loin d'ici, mais pense quand même un peu à moi de temps en temps.
Sur un dernier regard, il referma la petite trappe.
Durant quelques secondes, il demeura immobile, accroupit dans le couloir, la main sur le panneau qu'il n'avait pas verrouillé, puisqu'il n'avait pas utilisé son sang. Hermione se souvint avoir agi exactement de la même manière, juste derrière la trappe. Il était évident qu'aucun d'eux ne voulait être séparé de l'autre. Même Malefoy paraissait serrer les dents.
Au bout de quelques secondes interminables, tandis qu'autour de lui retentissaient les cris effrayants des Mangemorts et les bruits d'objets qui se cassent, Malefoy se redressa, et, jetant un dernier coup d'œil au passage secret, fit volte-face, sa baguette brandie. Chaque trait de son visage exprimait une détermination sans limite, et dans ses yeux brillait une lueur de résignation et de force qui rendit Hermione admirative. Manifestement prêt au combat, le Serpentard s'enfonçait dans les couloirs obscurs d'une démarche souple et calculée.
En moins d'une minute, il fut devant l'escalier qui menait à l'étage d'au-dessus. Il le gravit en trois pas et se retrouva dans l'immense salon où tous les Mangemorts étaient rassemblés, détruisant tout sur leur passage en faisant un maximum de chahut, comme s'ils espéraient qu'il rapplique.
À son arrivée, ils cessèrent toute agitation et se tournèrent d'un même mouvement vers lui. Yaxley s'avança alors, lentement.
- Bonsoir, Malefoy, le salua-t-il d'un ton doucereux qui entraîna des frissons dans le dos d'Hermione, traumatisée à jamais par le son de sa voix. Justement, nous t'attendions.
Imperturbable, le Serpentard jeta à peine un regard au carnage qui régnait dans son salon.
- Je ne pensais pas vous voir si tard, ou si tôt, tout dépend du point de vue, répliqua-t-il en faisant mine de regarder sa montre. Est-ce une coutume de débarquer chez les gens à trois heures du matin?
- Il est vrai que nous aimons les surprises, confirma Yaxley avec un rictus.
Malefoy haussa les épaules.
- Navré de te décevoir, Yaxley, mais à force, ce n'en est plus une.
- Peu importe, l'arrêta le Mangemort en caressant sa baguette du bout de ses longs doigts aux ongles noirs. L'essentiel, Malefoy, est l'objet de notre visite.
Sans répondre, ce dernier se contenta de le regarder avec l'indifférence la plus totale.
- Sais-tu de quoi il s'agit ? questionna son adversaire, une lueur mauvaise dans les yeux.
Le Serpentard eut un sourire arrogant.
- Vous êtes tellement envieux de mon manoir que vous le saccagez en espérant qu'il ressemble à vos demeures médiocres. Malheureusement pour vous, même ainsi, il est bien plus agréable que ce qui vous sert de domicile.
L'air amusé sur la figure de Yaxley disparut une fraction de seconde, puis revint avec une vitesse déconcertante.
- Pense ce que tu veux, Malefoy. Ou plutôt, dis ce que tu veux. Nous connaissons pourtant tous les deux la vraie raison de notre présence ici. Inutile de se voiler la face.
Pas le moins du monde impressionné, celui-ci arqua un sourcil d'un air glacial.
- Lequel de nous deux est en train de perdre du temps avec des bavardages sans importance ?
À nouveau, le Mangemort parut contenir un accès de colère.
- À ta place, Malefoy, je cesserais de me cacher derrière cette arrogance.
Ce dernier claqua la langue d'un air exaspéré.
- Tu confonds arrogance et politesse forcée, Yaxley. Mais, en effet, je peux cesser de faire semblant de t'accorder un respect que tu es loin de mériter, si tu y tiens.
- Sale vermine, s'enflamma-t-il. Tu ne sais pas à qui tu t'adresses.
Malefoy poussa un long sifflement faussement admiratif.
- Je vois, tu as remplacé Dolohov à la tête du groupe ! Dois-je te cirer les pompes ou te faire la révérence ?
Il y avait tant de mépris dans sa voix que Yaxley ne répondit pas assez vite, ce qui permit à son adversaire de poursuivre.
- Ou alors, je peux en finir avec toi aussi rapidement que j'en ai fini avec Dolohov, suggéra-t-il d'un ton léger, comme s'il lui laissait le choix entre une excursion à Pré-au-Lard et une bataille de boules de neige.
Cette fois, la rage se peignit nettement sur les traits du Mangemort.
- Si j'étais toi, j'arrêterais de faire le malin, Malefoy. N'oublie pas qu'à la base il s'agit de ton exécution.
Le Serpentard ricana et désigna du menton les autres Mangemorts silencieux derrière Yaxley.
- Et, bien sûr, pour cela vous avez besoin d'être douze tueurs. Je fais si peur que ça ? Tu avais la trouille à ce point pour te pointer avec une telle escorte ?
Il éclata d'un rire empreint d'hostilité. Yaxley parut trembler de fureur.
- La ferme, Malefoy. Les autres sont là pour faire le ménage une fois que j'aurai découpé ton corps en morceaux.
Nullement effrayé, le Serpentard cessa lentement de rire et, encore une fois, haussa un sourcil d'un air totalement imperturbable.
- Voyons, Yaxley, nous savons pourtant tous les deux que le seul capable d'un tel massacre ici, c'est moi. Ne pense pas m'impressionner en me volant mes propres idées.
L'air faussement outré, il fit les gros yeux avant de se remettre à rire. Hermione le trouvait véritablement terrifiant. Heureusement qu'elle savait qu'il jouait la comédie... N'est-ce pas ? Brusquement, elle n'en était plus tout à fait sûre.
Les yeux de Yaxley lançaient des éclairs de haine à l'état pur.
- Ne te crois pas le centre du monde, il me semble que tu accordes un peu trop d'importance à toi-même. J'ai toujours su qu'il ne fallait pas se fier à toi. Tu n'as jamais été soumis à personne d'autre qu'à ton père, et lorsqu'il est mort, tu as fait de toi-même ton propre dieu. T'accepter de nouveau dans nos rangs était une erreur impardonnable.
- Dolohov m'a manqué de respect, à moi ainsi qu'à ma famille, riposta le Serpentard sans se démonter. Quiconque agit de cette façon en paye les conséquences.
Il haussa les épaules.
- Ce ne sera pas une grande perte. De toute manière, Yaxley, ne nous fait pas croire que sa mort te fait quoique ce soit. Tout le monde sait que tu n'attendais que l'occasion de prendre sa place.
Le Mangemort serra étroitement sa baguette dans sa main, comme si elle la démangeait.
- Tu n'as plus de famille, Malefoy, lui asséna-t-il en appuyant soigneusement sur chaque mot. Ne te cherche pas d'excuse. Quant à Dolohov, c'est un honneur pour moi de prendre sa place. Il a longtemps siégé aux côtés du Seigneur des Ténèbres, il avait plus d'importance que beaucoup d'entre nous.
- Raison de plus pour en être fou de jalousie, cracha son adversaire. Ne te cherche pas d'excuse.
Ravi de l'avoir battu avec sa propre expression, il esquissa un sourire malsain.
- Sa mise à mort signifie que tu nous as tous trahi, gronda Yaxley d'un ton furieux. Une trahison que nous ne pouvons que châtier. Et le châtiment pour un fait d'une telle importance est la peine de mort. Fais ta prière, Malefoy.
Ce dernier écarta les bras d'un air amusé, comme s'il assistait à un numéro de cirque particulièrement divertissant.
- Eh bien, qu'attendez-vous ? Allez-y ! Tuez-moi donc !
Les Mangemorts brandirent leurs baguettes magiques d'un même mouvement, encouragés par les ondes de fureur que dégageait leur chef.
- Ce n'est pas moi qui retarde ce moment, insista lourdement le Serpentard sans faire mine de se défendre. Allons, vous avez peur ?
Il eut un ricanement méprisant qui se transforma en éclat de rire effroyable. Alors que les premiers sortilèges fusaient, il dégaina sa propre baguette d'un geste si furtif qu'aucun d'entre eux ne put l'atteindre. Il répliqua aussitôt avec une facilité époustouflante.
« Le combat commence, songea Hermione en se mordant la lèvre inférieure. Ça y est. »
Bientôt, la pièce fut illuminée d'éclairs verts et rouges qui la traversaient de long en large, se heurtant parfois les uns les autres. Les quelques objets ou matériaux encore intactes furent vite réduits en poussière par la force des sortilèges. Le bruit de la bataille se fit assourdissant.
Tous les Mangemorts en même temps s'acharnaient sur Malefoy qui, seul, parvenait à les tenir à distance. Bouche bée, Hermione le regarda reculer sans cesser de se défendre, jusqu'à toucher le comptoir de marbre, seul élément encore debout dans le carnage.
Le combat se poursuivit ainsi durant quelques minutes interminables. Retenant son souffle sans pouvoir s'en empêcher, la Gryffondor demeurait immobile, craignant de déranger Malefoy dans sa lutte. Il paraissait très concentré, pourtant son visage n'exprimait aucune panique. Seule la dureté de son regard la laissait penser qu'intérieurement, toute son attention était focalisée sur ses adversaires qu'il tenait vraiment à faire tomber les uns après les autres.
Mais au bout d'un moment, un sortilège vint entailler profondément son épaule droite, lui tirant un cri de douleur. Il flancha, leur laissant l'opportunité de l'attaquer davantage : un deuxième sortilège effleura son flanc droit, traçant une ligne de feu sur sa peau dans son sillage. Serrant les dents, Malefoy se reprit néanmoins, se battant d'une main, et de l'autre appuyant successivement sur ses deux blessures.
Hermione croisa les doigts, bien qu'elle sache que le Serpentard ne s'écroulerait pas. Même affaibli, il parvint à tuer plusieurs Mangemorts.
Et soudain, tout bascula : son double débarqua en haut des escaliers, s'immobilisant, stupéfaite par l'état de la pièce. Sa surprise ne dura que deux secondes ; alertée, elle bondit en avant, brandissant sa baguette magique. Elle évita quelques cadavres étendus au sol, rejoignant peu à peu la bataille qui se déroulait exclusivement au centre de l'immense salon.
Poussant un cri de guerre, elle se jeta dans le combat. Tous les Mangemorts se tournèrent vers elle, et, la reconnaissant, laissèrent échapper des hoquets de stupeur. Malefoy suivit leur regard ; aussitôt, son visage perdit toutes ses couleurs. Une lueur de peur traversa ses iris alors qu'il l'observait arriver vers lui.
Cependant, il profita de l'attention que lui portaient soudainement les Mangemorts pour se réfugier derrière le comptoir en pierre et se laisser tomber par terre en appuyant étroitement sur sa blessure à l'épaule. Sa chemise était tâchée de sang et ses mains étaient couvertes d'écorchures. Il reprit lentement sa respiration, puis jeta un coup d'œil derrière le comptoir ; à cet instant, la Hermione du passé le rejoignit en se baissant pour éviter les sortilèges. Elle s'accroupit à ses côtés, les cheveux en bataille et le souffle saccadé.
- Viens là, je vais t'aider, murmura-t-elle en s'approchant de lui.
Il la dévisagea, les yeux écarquillés.
- Que fais-tu là ? articula-t-il d'une voix hachée comme celle d'un robot.
- Quelle question ! s'exaspéra-t-elle en mettant les poings sur les hanches. Je n'allais quand même pas te laisser tout seul !
Le visage de Malefoy se ferma.
- L'heure de ma mort a sonné, Granger...
- Tu ne vas quand même pas te jeter la tête la première dans la gueule du loup ?!
Il lui adressa un regard mauvais.
- Ne vois-tu pas que je suis en train de me battre ?
- Bien sûr que si, et heureusement. Fais-moi voir ta blessure.
Le Serpentard paraissait véritablement embêté par sa présence, et la vraie Hermione ne pouvait que le comprendre. Qu'est-ce qui lui avait pris de débarquer ainsi ? Elle n'avait pas songé une seule seconde que cela ne faisait qu'empirer les choses. Mais en y repensant, elle réalisa que si elle avait dû recommencer, elle aurait agi exactement de la même manière. Même si elle savait maintenant que Malefoy n'avait jamais eu l'intention de se laisser mourir, elle n'aurait pas pu se résoudre à tourner les talons alors qu'il se battait. Surtout étant donné qu'il n'avait pas dû prévoir d'être blessé.
Alors que son souvenir insistait pour examiner sa plaie, elle reporta son attention sur les Mangemorts. Plus que huit d'entre eux restaient debout, ce qui était un bon score. Ils étaient en train de s'assurer que les corps étendus au sol étaient bien des cadavres et certains palpaient leurs blessures, même si aucune d'entre elles n'était aussi vilaine que celle sur l'épaule de Malefoy.
- C'est pas beau à voir, hein ? lança celui-ci d'un ton méprisant. Ces salauds m'ont salement amoché. Je ne suis pas sûr de tenir très longtemps.
- Tu vas t'accrocher ! affirma la jeune fille avec conviction. N'est-ce pas ?
- Mais bien sûr, ironisa-t-il en ricanant. C'est vrai que je crève d'envie de m'accrocher et de souffrir un peu plus à chaque seconde.
Tandis qu'elle rougissait, son futur se concentra uniquement sur le visage de Malefoy : c'était un passage intéressant, car elle voulait déterminer si elle devait croire ou non la suite de ses paroles.
- Je suis désolée, je voulais dire que... que tu allais survivre, parce que tu ne peux pas mourir, c'est impossible... Tu dois vivre.
- Je ne savais pas que tu tenais autant à moi, Granger.
Le malice que la lionne perçut dans ses yeux n'était qu'une façade, elle en était sûre.
- Figure-toi que je ne le savais pas non plus, lâcha son double d'une petite voix.
Abasourdi, il la scruta, et elle soutint son regard. Son expression était plutôt neutre mais il fronçait très légèrement les sourcils. Finalement, il planta ses yeux dans ceux de son interlocutrice.
- Tu crois vraiment que j'ai envie de m'accrocher, alors que toute mon existence est fichue en l'air ? Alors que ma vie ne s'est limitée qu'à l'apprentissage de magie noire, alors que j'ai enchaîné les pimbêches dans mon lit sans jamais éprouver quoique ce soit pour l'une d'elle ? Alors que la seule chose que l'on m'ait réellement apprise en dix-huit ans d'expérience, c'est que l'amour est une faiblesse ? Alors que je n'ai jamais trouvé la moindre importance à mon existence, quelque chose qui m'empêcherait de mourir à part le fait que je ne pourrais plus m'admirer dans un miroir ? Tu vois, Granger, il n'y a absolument rien qui me retient en vie, rien du tout. Ma famille était peut-être ce qui me rattachait à la vie, mais maintenant ma famille est morte, alors je n'ai plus personne à qui me raccrocher.
Rien à faire, après une nouvelle examination, Hermione parvenait à une conclusion semblable à la précédente en tous points : elle était sûre que Malefoy était sincère, même si un doute persistait.
Car lorsqu'il parlait de sa famille, il mentait, puisque sa mère était encore en vie. Seul ce petit détail était faux et la faisait donc douter sur ces paroles, mais, égoïstement, elle aimait croire qu'il ne lui avait pas menti sur le reste.
Hermione ne fit pas attention à la suite de la conversation qu'elle connaissait de toute façon. Complètement perdue, elle ne voulait pas entendre à nouveau Malefoy lui certifier qu'il n'avait plus rien à perdre et qu'il voulait mourir, alors que maintenant elle savait que ce n'était pas vrai. Elle détourna donc les yeux, se déconnectant temporairement du souvenir. Ses pensées tourbillonnaient dans sa tête, elle ne savait plus détacher le vrai du faux. Et surtout, elle ignorait quoi penser de l'attitude de Malefoy. Il était aussi insaisissable qu'un courant d'air.
Elle attendit jusqu'au moment où ils bondissaient tous les deux de derrière le comptoir ; elle voulait revoir la façon dont le Serpentard avait utilisé le sortilège Foudroyus Identique.
Pour l'instant, son double et son ennemi se battaient chacun de leur côté, se jetant des coups d'œil furtifs de temps à autre. Au bout de quelques minutes, alors que, blessés tous les deux, ils commençaient à faiblir, Hermione vit le Serpentard regarder par la fenêtre tout près de lui ; chaque trait de son visage exprimait une concentration sans limite. Il se figea, tous ses muscles tendus à l'extrême, et à la seconde où l'éclair apparut, il dirigea sa baguette vers le ciel et lança le sortilège sans le formuler, toute sa force combinée pour le réussir.
L'effort parut lui tirer beaucoup d'énergie, et tandis que l'éclair et le sortilège fusionnaient, il chancela sur ses pieds. Lorsque le BOUM éclata et que le sol trembla, treize éclairs rouges vinrent heurter les treize Mangemorts, dont Malefoy qui s'écroula par terre. Quant à la jeune fille, elle perdit simplement l'équilibre sous la puissance du tremblement. Yaxley était parmi les survivants, mais il s'effondra à quelques mètres du Serpentard.
Quand son moi du passé se releva en prenant appui sur ses bras, Hermione put clairement voir la marque gravée dans sa chair et réalisa alors que l'élément commun choisi par Malefoy quelques jours plus tôt n'aurait pas pu marcher. Elle releva sa propre manche ; sur sa peau pâle, une longue cicatrice s'étirait, formant une écriture parfaitement lisible : elle se souvint de la torture qu'elle avait subie dans ce même manoir. Le mot gravé par son sang fait par Bellatrix Lestrange n'avait pas disparu, et ne disparaîtrait jamais. Il y aurait éternellement la preuve sur son corps de son appartenance aux Sang-de-Bourbes.
Sourcils froncés, elle la caressa machinalement. « Récapitulons. Normalement, Malefoy avait prévu d'éliminer tous les Mangemorts en les désignant par la marque encore actuelle à un groupe, ce qui l'excluait d'office puisque la Marque des Ténèbres sur son propre bras ne signifiait plus rien à ce moment-là à cause de sa trahison. L'éclair les aurait donc tous visés, sauf lui, garantissant plus ou moins sa survie. Mais moi aussi j'ai un signe marquant mon appartenance actuelle à un groupe, même s'il est sanguin, car je ne cesserai jamais d'être une Née-Moldue. La cicatrice sur mon bras veut dire la même chose que la Marque des Ténèbres sur les leurs. Comme j'étais dans la pièce, Malefoy n'a donc pas pu utiliser cet élément, puisque j'aurai également été touchée. Cela veut donc dire que... qu'il a dû changer au dernier moment. »
Tandis que son double, perplexe, se relevait et, en voyant le Serpentard à terre, se précipitait vers lui d'un air totalement paniqué, Hermione resta pensive.
« Malefoy ne voulait ni être lui-même touché, ni que je le sois, reprit-elle mentalement. Mais il a dû se rendre compte qu'il n'avait pas le choix, que l'un de nous d'eux devrait forcément l'être s'il tenait à lancer le Foudroyus Identique. Alors... alors il a renoncé à sa protection pour garantir la mienne, encore une fois... »
Cette découverte la fit tressaillir. Sa gorge se noua progressivement, et elle battit plusieurs fois des paupières pour empêcher les larmes de lui monter aux yeux.
« Au dernier moment, il a changé l'élément commun prévu au départ pour un nouveau, plus évident. Je ne peux que supposer qu'il a choisi la Marque des Ténèbres pour relier tous les Mangemorts, même si cette fois-ci, cela l'impliquait aussi. Mais au moins, il n'y avait aucun risque que moi, je sois touchée. »
Hermione se rendit compte qu'en apparaissant avec l'intention de lui sauver la vie, elle n'avait fait que le condamner, car sa présence avait complètement foutu en l'air le plan qu'il avait établi.
Bon, j'avoue que ce chapitre est un peu court et j'imagine que vous restez sur votre faim. Vraiment désolée, avec la rentrée je n'ai plus trop de temps, mais je vais m'arranger pour publier la suite assez rapidement. DragoHermione, je pense que tu as compris le titre de ce chapitre ^^ (Hermione est la faille du plan de Drago. Au début, je voulais dire "le défaut du plan", mais J.K. Rowling a appelé ainsi son dernier chapitre du tome 7, et je ne voulais pas le lui emprunter. Mais c'est un peu la référence !)
Merci d'avoir lu !
J'attends vos avis avec impatience
