Disclaimer : La Quête d'Ewilan ne m'appartient pas.

36

Edwin vint réveiller Camille aux aurores. Cette dernière était toute courbaturée. Elle avait beau avoir étudié le corps humain, elle découvrit de nouveaux muscles en se levant. Elle ne put retenir une grimace. Edwin eut un sourire indulgent.

– Allez, l'encouragea-t-il. Lève-toi si tu veux avoir le temps de déjeuner avant que Ker ne vienne te chercher.

Camille étouffa un grognement et se dépêcha d'obéir. Elle se dirigea jusqu'au réfectoire les yeux à moitié fermés, sa main dans celle d'Edwin pour se guider. Elle eut à peine le temps de se sustenter que son instructeur personnel l'entraînait vers l'un des nombreux dojos pour débuter la séance.

Au fil de la journée, ils croisèrent d'autres groupes de jeunes en apprentissage auprès de différents adultes. Camille remarqua même un groupe d'enfants de son âge. Elle ne savait pas si elle les avait surpris dans un bon moment ou si ce n'était qu'une impression, mais leur entraînement lui sembla plus léger que le sien.

– C'est leur jour de repos ? ne put-elle s'empêcher de demander.

– Serait-ce une plainte ? riposta le Frontalier. Dix tours.

Camille s'exécuta, se maudissant d'avoir parlé. Cela avait été plus fort qu'elle.

– Non, ce n'est pas jour de repos, lui répondit le Frontalier après qu'elle eut fini de courir.

Il lui envoya un sabre en bois. Camille râla intérieurement. Extérieurement, son visage ne laissa rien paraître. Elle allait encore se recevoir des coups. Ce n'était pas méchant, mais faisait quand même sacrément mal. Son instructeur avait déclaré qu'elle ferait moins de fautes plus rapidement si elle souhaitait éviter la douleur. Camille trouvait cela complètement stupide. Il faudrait des années pour qu'elle soit en mesure de contrer le Frontalier.

– Ton entraînement est plus intensif car tu n'es là que deux ou trois jours. Bien que je ne doute pas qu'il continuera au front. Et puis eux ne vont pas à la guerre.

– Je ne suis pas sur le champ de bataille non plus, protesta Camille.

Le Frontalier sourit avant de lui asséner un premier coup qu'elle bloqua de justesse. Elle ressentit la puissance de la frappe résonner tout le long de ses bras. D'expérience, elle savait que cela n'en resterait pas là. Elle recula pour se désengager et revenir à l'attaque.

Son épée finit par lui échapper. Elle roula sur le côté pour éviter le coup qui venait. En se relevant, elle se baissa de justesse, le poing de son instructeur la manquant de peu. Ce dernier avait laissé choir son sabre et continuait l'apprentissage au corps-à-corps. C'était souvent comme cela. Il ne lui laissait pas le temps de récupérer et enchaînait directement. Un combat n'était pas terminé parce que l'un des adversaires perdait son épée. Il avait d'ailleurs déclaré qu'elle avait de la chance qu'il ne continue pas avec une épée alors qu'elle était désarmée. Il avait ajouté que ce cas de figure viendrait plus tard.

L'heure du repas ne pouvait arriver assez tôt. Camille prit place avec reconnaissance à une table en compagnie d'autres jeunes. Les instructeurs s'asseyaient souvent à part. On ne pouvait pas vraiment dire que les tablées étaient mixtes dans le sens où chacun était regroupé avec ses amis. La présence de différentes tranches d'âge était plutôt liée à la longueur des tables rectangulaires.

Un adulte s'assit à côté de Camille tandis que les autres places étaient récupérées par un groupe de jeunes adultes qui devaient être en fin de formation. Camille se sentit toute petite.

– Ben alors, choupette, tu t'es perdue ? fit l'adulte.

Camille ne savait pas quoi répondre. Y avait-il des places attitrées même si l'ordonnancement ne semblait suivre aucune logique ? Elle entendit un soupir d'exaspération derrière elle.

– Elle est avec moi.

Camille se tourna avec reconnaissance vers son instructeur.

– Décale-toi, ordonna-t-il à l'autre adulte.

Ce dernier, avec force râlements, se déplaça, obligeant tous les autres à glisser d'une place sur le banc. L'instructeur de Camille s'assit entre elle et l'adulte sans un mot.

– Entraînement particulier ? demanda l'adulte.

– Camille Til' Illan, se contenta de répondre l'instructeur.

Le premier homme poussa un sifflement appréciateur.

– Gilanart Hanzim, se présenta-t-il en se penchant pour mieux l'observer. Mais appelle-moi Gil.

Il tendit une main à la petite fille.

– Enchantée, répondit Camille en appliquant sa paume avec force comme une véritable Frontalière.

– Je suis l'instructeur de ces faces de Raïs que tu vois là.

– Hé ! protesta la jeune fille qui était juste à sa gauche.

Elle lui donna une tape sur le bras.

– Mais tu sais bien que je ne parlais pas de toi, se défendit-il avec un sourire.

Elle l'embrassa chastement.

– Ça devrait être interdit de flirter avec des élèves, intervint l'instructeur de Camille.

Camille comprit soudainement pourquoi Gil était un des rares instructeurs à être attablé avec ses élèves.

– Tu dis ça parce que tu es jaloux, rétorqua Gil. Ce n'est pas ma faute si tu es toujours célibataire.

Les deux hommes continuèrent de se chamailler amicalement pendant le reste du repas.

– Et alors, elle est comment la choupette ? demanda Gil à un moment.

– Elle fait ce qui lui est demandé, répondit brièvement Ker.

– C'est-à-dire que j'encaisse les coups et je me tais, répondit Camille malicieusement.

Elle se sentait à l'aise ici, au milieu des Frontaliers. Il n'y avait pas toutes les formalités qui existaient à Al-Jeit. On te reconnaissait par ton mérite et rien d'autre. Il n'y avait pas de fioritures, pas de détails inutiles, tout était simple et direct et cela lui convenait. Même si quelques fois les Hommes du nord lui paraissait un peu rudes sur les bords.

– Ha ! Ha ! rit Gil. Je ne suis pas sûr que tu sois bien douée pour la seconde partie. Tu as la langue bien trop pendue !

– Ça ne peut pas venir d'Edwin, il est plutôt silencieux, fit remarquer Ker avec amusement.

– Il dit toujours que je ressemble beaucoup à Maman…

Camille se sentit mélancolique. Elle évitait habituellement de trop penser à ses parents ou elle aurait passé son temps à pleurer. Remarquant le changement d'humeur de la petite fille, les deux hommes revinrent à un sujet de conversation plus joyeux.