Bonjour,
Voici le 36ème chapitre de cette histoire et sans doute le plus difficile à écrire depuis le début. J'espère avoir réussi à transmettre l'amour et le chagrin de Castiel correctement.
La chanson choisie pour ce chapitre est une des rares à pouvoir me faire pleurer juste en l'écoutant. Je vous conseille vivement de l'écouter vous aussi. Elle résume parfaitement ce chapitre je pense.
On approche vraiment de la fin de cette histoire. Je suis actuellement en train d'en écrire une autre mais depuis mon voyage et après avoir revu le film "Pride" dans l'avion (je vous le conseille vivement) j'ai une nouvelle idée en tête. Du coup, comme j'ai tout de même envie de finir l'histoire que j'ai en cours, je ne sais pas si je dois écrire les deux parallèlement et publier un chapitre de la première le lundi et un chapitre de la seconde le jeudi. Vous en pensez quoi ? Merci pour vos conseils.
Je remercie également toutes les personnes qui me lisent et m'écrivent. Sans vous, j'aurais peut être déjà baissé les bras. Parfois, l'inspiration est difficile à venir et je passe des jours sans parvenir à écrire quelque chose qui me plait. Mais vos commentaires me donnent l'inspiration et cette histoire est autant la votre que la mienne. Alors merci si je ne l'ai pas déjà assez dit.
Bien arrêtons là les blablatages ... et bonne lecture !
Sydney8201
Musique du chapitre :
I'll remember you de Sophie Zelmani
Chapitre 36 : Les adieux
« Il est difficile de dire adieu lorsque l'on veut rester, compliqué de rire lorsque l'on veut pleurer mais le plus terrible est de devoir oublier lorsque l'on veut aimer. »
Anonyme
Castiel avait pris une décision importante. Il avait réfléchi durant des heures à la meilleure manière de dire « adieu » à Dean et il avait fini par en arriver à la conclusion suivante. Il n'en serait jamais capable. Il lui restait deux options. Faire comme s'ils ne se séparaient pas à jamais et se contenter d'un rapide « au revoir » qui serait un mensonge ou s'enfuir sans rien dire de plus au jeune homme. La seconde option était inenvisageable bien sûr. Il devait à son ami de le traiter avec respect. Il se le devait aussi un peu à lui. Ils avaient besoin de mettre un point définitif à cette histoire. Ils ne pourraient jamais en faire leur deuil sans ça. La première option avait ses mérites. Elle rendrait la situation plus légère. Un peu comme il l'avait vu dans le film « Philadelphia ». Alors que Tom Hanks était mourant sur son lit d'hôpital, ses amis s'en allaient un à un en lui disant simplement « au revoir » même si tous savaient que c'était la dernière fois qu'ils se voyaient. Castiel avait toujours trouvé cette scène magnifique. Mais il avait été entendu son frère souligner la lâcheté des proches de Tom Hanks. Il n'était pas correct de nier l'évidence juste pour s'épargner un peu de souffrance. Il fallait affronter la vérité. Mentir revenait à fuir. Castiel ne voulait pas se montrer lâche. Ce qui écartait la première option.
Le jeune homme s'était alors trouvé à court d'idée. C'était assis dans la chambre de Dean, regardant le jeune homme dormir qu'il avait enfin trouvé une solution à son problème. Il allait dire « adieu » à son ami. Mais il allait le faire au seul moment où Dean ne pouvait pas lui répondre et le déstabiliser. Le faire douter ou le faire craquer. Il allait lui dire « adieu » quand Dean dormirait. C'était sans doute un peu lâche. Mais c'était la meilleure des solutions. Il lui dirait tout ce qu'il avait à lui dire dans son sommeil puis lui laisserait un mot. Il partirait au milieu de la nuit, récupèrerait ses affaires au motel et quitterait la ville sans un seul coup d'oeil en arrière. Il aurait ainsi son point final, Dean ses explications et ils s'épargneraient bien des souffrances. Il ne lui restait plus qu'à préparer ce qu'il allait devoir dire. Il devait trouver les mots justes. Il avait besoin de dire exactement ce qu'il avait sur le cœur. Dean lui en voudrait peut être de ne pas lui avoir laissé une chance de répondre mais il espérait que son ami comprendrait. Il n'était pas suffisamment fort pour lui faire face dans ces circonstances. Pas suffisamment solide pour avoir cette conversation sans pleurer toutes les larmes de son corps, se rouler en boule au sol ou tenter d'empêcher quiconque essaierait de le séparer du jeune homme.
Henriksen était venu trouver Dean une heure plus tôt pour le prévenir que son départ était programmé pour le lendemain. Le jeune homme n'avait rien dit. Il s'était contenté d'acquiescer avant de reporter son attention Castiel et de prendre sa main dans la sienne. Ils n'avaient pas parlé depuis. Dean était réveillé à présent mais les traits de son visage étaient tirés. Castiel se doutait qu'il ne devait pas être dans un meilleur état. Il n'avait presque pas fermé l'oeil depuis trois jours et il était totalement épuisé. Il aurait tout le temps de dormir quand il serait séparé de Dean. Le sommeil serait un cadeau à ce moment là, offrant à Castiel un peu de répit. Il se força donc à garder les yeux ouverts jusqu'au moment de son départ. Il voulait profiter de Dean au maximum. Sam et Bobby avaient eu la gentillesse de ne pas venir les interrompre. Ils semblaient conscients de l'importance des moments qu'ils partageaient. Ils partiraient bientôt avec le jeune homme et auraient tout le temps nécessaire pour parler avec lui et soigner les plaies que le temps et l'éloignement avaient créées en eux. Castiel n'était pas jaloux d'eux. Il leur était reconnaissant de leur absence. Il regrettait de ne pas avoir l'occasion de leur dire toute sa gratitude.
Le soleil était couché depuis quelques minutes et la chambre de Dean était plongée dans une semi pénombre. Le jeune homme avait refusé de manger ce qu'une infirmière lui avait amené, prétextant qu'il n'avait pas faim. Castiel savait qu'il avait l'estomac noué. Qu'il était stressé à l'idée d'avoir cette conversation que Castiel comptait éviter. Il s'attendait à devoir dire « adieu » à tout instant. De toute évidence, il n'était pas non plus prêt à le faire.
Cela ne faisait que conforter Castiel dans son choix. Il aurait aimé pouvoir dire à son ami qu'il n'avait pas à s'en faire et que ce moment ne viendrait pas. Mais il ne voulait pas dévoiler son plan. Il ne voulait pas risquer de voir Dean s'emporter et le traiter de lâche.
Mais le silence n'était pas non plus une solution satisfaisante. Il pesait lourdement sur eux, chargé de tension dont Castiel se serait parfaitement passé. Il finit par choisir de le rompre.
- Je suis presque sûr qu'ils t'installeront au Canada, déclara t-il en observant son ami.
Dean regardait attentivement la porte de sa chambre. C'était presque comme s'il attendait qu'Henriksen la franchisse pour l'emmener loin. Comme s'il comptait les secondes qui s'écoulaient trop rapidement et le rapprochaient du moment qu'il redoutait. Castiel avait la sensation qu'ils perdaient le peu de temps dont ils disposaient. Ce n'était pas acceptable. Dès que Dean fermerait les yeux, Castiel partirait. Ils ne se reverraient plus jamais. C'était leur dernière soirée ensemble. Ils devaient en profiter.
- Ils te donneront un de ces noms à consonance française … ils t'obligeront peut être même à prendre des cours pour maitriser la langue avant de t'installer au Québec, enchaîna Castiel.
Dean tourna le visage vers lui et fronça les sourcils.
- Comment arrives tu à être si détaché Cas ? Comment peux tu faire comme si de rien n'était alors qu'il ne nous reste plus que quelques heures à passer ensemble ?
Cela sonnait comme une accusation. Castiel n'était pas vexé pour autant. Il savait exactement ce que son ami pensait. Qu'il n'était en fin de compte pas aussi triste qu'il l'aurait cru. Qu'il se fichait de ce qui était en train de se passer. Dean se trompait bien sûr. Castiel avait juste envie de passer de bonnes dernières heures avec son ami. Et cela impliquait qu'ils jouent le jeu tous les deux. Qu'ils ferment les yeux sur tout le reste pendant un moment. Qu'ils se mentent sur ce qui se passerait le lendemain. Bien sûr, les insécurités de Dean rendaient les choses compliquées. Il continuait de croire que personne ne pouvait réellement l'aider. Ou du moins pas durablement.
- Je ne suis pas détaché Dean … bien au contraire. Je suis totalement dévasté et je le serais plus encore dans quelques heures. Mais on s'est fait une promesse … on s'est juré de profiter du temps qu'il nous restait sans penser à la fin … pas tant qu'on pouvait encore l'ignorer.
- Et bien peut être que je ne peux pas l'ignorer … peut être que je ne suis pas suffisamment fort !
Castiel prit une grande inspiration qu'il retint quelques secondes avant d'expirer lentement. Dean le regardait toujours, les sourcils froncés, les lèvres pincées. Il avait les yeux humides et Castiel refusait de le voir pleurer. Il se força à sourire en repensant à ce que Franck lui avait dit quand ils cherchaient encore le jeune homme. « Fais en sorte d'aller bien … souris ».
- Tu es plus fort que ce que tu crois. Et j'ai besoin … Dean, j'ai besoin que tu joues le jeu. Je ne veux pas perdre une seule seconde du temps qu'il nous reste … s'il te plait.
Dean ferma les yeux une seconde avant d'hocher la tête et de les rouvrir. Castiel posa alors sa main sur sa cuisse et la serra sensiblement entre ses doigts. Dean se passa une main sur le visage.
- Je ne serais pas contre l'idée de vivre au Canada … mais quitte à faire le grand saut, je préfère encore le faire correctement et qui sait … je pourrais me plaire au nord du pays … quelque part où il fait froid. Très froid. J'aime la neige.
Castiel pouvait facilement imaginer le jeune homme remontant les rues d'une ville inconnue couverte d'une neige épaisse. Soufflant sur ses mains pour les réchauffer. Son nez, ses joues et ses oreilles rougies par le froid. Il trouvait l'image plaisante.
- Tout ce que je demande, c'est qu'ils évitent les grandes villes. Je ne me vois pas faire ma vie en plein centre de Los Angeles ou de New York. Peut être San Francisco mais c'est uniquement parce que cette ville a quelque chose de magique.
Castiel se souvenait parfaitement de la façon dont le visage du jeune homme s'était illuminé quand ils avaient visité cette ville. La façon dont ses yeux brillaient quand ils se trouvaient sur le Golden Gate. Dean était heureux dans cette ville. Il s'y sentait à l'aise. Castiel croisait les doigts pour qu'il ait une chance de s'y installer définitivement. Bien sûr, la décision ne leur appartenait pas.
- L'idéal ce serait la Nouvelle Orléans mais ça fait longtemps que j'ai appris à ne pas espérer le meilleur. A vrai dire, je me contenterais de ce qu'ils m'offriront sans me plaindre. Je veux juste me sentir en sécurité. Ne plus avoir à regarder constamment par dessus mon épaule. Avoir peur pour ma vie et celle de mes proches. Je veux vivre. Je veux être comme tous les autres. J'espère que ce n'est pas trop demander.
- Ce n'est pas trop demander, confirma Castiel en souriant. Je ne me fais pas de soucis pour toi. Tu seras en sécurité. Tu mèneras une vie ennuyeuse à souhait.
Dean acquiesça longuement avant d'étouffer un bâillement derrière sa main. Castiel ne voulait pas le voir s'endormir pour le moment. Parce qu'il savait exactement ce que cela signifiait. Dès qu'il fermerait les yeux pour de bon, le jeune homme devrait partir. Et il n'était pas encore prêt. Il lui fallait quelques minutes de plus. Juste pour se forger de nouveaux souvenirs à ajouter à ceux qu'il conservait déjà précieusement dans un coin de son esprit.
- Tu crois que tu retourneras à l'école une fois installé ? Demanda t-il.
Dean prit quelques secondes avant de secouer la tête.
- Non, je n'ai jamais aimé l'école. Je préfèrerais travailler même si je sais que ce ne sera pas simple sans diplôme ni formation. Mais je sais faire des choses. Je suis doué avec mes mains … et pas uniquement pour ça … plaisanta t-il.
Castiel rit une seconde avant de baisser les yeux sur les mains du jeune homme.
- Je ne peux pas te contredire sur ce dernier point. Je sais exactement ce dont elles sont capables … en mécanique bien sûr. Et pour le reste aussi …
Dean posa alors les yeux sur lui et pendant une seconde, le temps sembla à nouveau se suspendre entre eux. C'était quelque chose qui arrivait souvent quand ils étaient seuls. Il suffisait d'un regard pour que tout s'arrête et que plus rien n'existe mis à part eux. Castiel se demandait s'il trouverait cette connexion incroyable avec quelqu'un d'autre. S'il aurait un jour la chance de rencontrer une personne avec qui il n'aurait pas besoin de parler pour se sentir bien. Une personne qu'il aimerait autant que Dean. Il l'espérait. Et il priait également pour que son ami ait la même chance.
- Que veux tu que je te dise Cas … c'est un don, répliqua Dean en agitant les doigts de sa main valide.
Castiel sourit à nouveau, envahi par les souvenirs de ce dont cette main était capable, du plaisir qu'elle lui avait procuré et l'image de celui qu'elle procurait très certainement un jour à quelqu'un d'autre. Cette conversation était dangereuse car elle ramenait Castiel à des choses auxquelles il aurait préféré ne pas trop penser. Il déglutit avec peine avant de secouer la tête et de choisir un sujet plus approprié à leur situation.
- J'ai une question pour toi … quelle est la première chose que tu aimerais faire une fois sorti d'ici … la chose que tu n'as pas pu faire depuis longtemps et dont tu rêves ?
Dean prit une nouvelle fois quelques secondes pour réfléchir avant de répondre.
- Passer du temps avec Sammy … le laisser me raconter tout ce qu'il a vécu ces deux dernières années. Je veux tous les détails … même les plus ennuyeux. Et je veux m'asseoir pour boire une bière avec Bobby. Je crois que c'est ce qui m'a le plus manqué.
Castiel pouvait comprendre le choix du jeune homme. Il pouvait parfaitement imaginer son ami installé confortablement dans sa nouvelle maison et rattrapant le temps perdu avec sa famille. Il avait manqué tellement d'évènements importantes, des anniversaires, Noël … il allait avoir à présent toute sa vie pour refaire son retard.
- Mais ce ne sont pas les seules choses. Depuis que je suis ici, je n'arrête pas de penser à des tas de petites choses insignifiantes que je ne pensais pas pouvoir faire un jour … que je ne pensais pas avoir envie de faire un jour. Je veux pouvoir voter aux élections … faire des cadeaux embarrassants à Sammy et de préférence devant ses amis … lui apprendre à conduire … payer mes impôts … toucher un salaire régulier. Je rêve même de cette routine qui m'effrayait tant avant. Me lever le matin pour aller travailler, rentrer le soir épuisé mais satisfait. Je veux … je veux une vie normale. Et crois moi, c'est une nouveauté pour moi. Parce que même avant Alastair … avant tout ça … je ne rêvais pas du tout de ce genre de choses. J'ai été élevé sur la route par un père qui refusait de s'installer quelque part. Je croyais que vivre au même endroit plus de quelques jours m'ennuierait énormément. Mais j'en rêve aujourd'hui. Je crois que j'ai changé en fin de compte.
Castiel aimait entendre son ami se projeter ainsi dans l'avenir même si cela lui rappelait qu'il ne serait pas là pour le voir faire. Même s'il ressentait une souffrance cuisante en l'imaginant le faire loin de lui. C'était exactement ce dont il avait rêvé pour le jeune homme depuis leur rencontre. Dean avait changé. Il était fier de savoir qu'il en était en partie responsable.
- Tu dois bien être la seule personne au monde de rêver de payer ses impôts, lança t-il en inclinant la tête sur le côté.
Dean ricana une seconde.
- Je vais devenir quelqu'un d'extrêmement ennuyeux.
Castiel doutait que son ami puisse un jour devenir quelqu'un d'ordinaire. Il mènerait une vie normale mais il resterait toujours la personne extraordinaire qu'il était maintenant. Rien ne pourrait changer cela. Peu importait ce dont Dean rêvait à présent. Il continuerait à être ce même homme fort et courageux que Castiel aimait de tout son cœur. Cette flamme qui l'animait ne pourrait jamais s'éteindre. Elle faisait partie de lui. Si Alastair n'avait pas réussi à l'effacer, ce n'était pas la routine d'une vie ordinaire qui réussirait.
- Ca a parfois du bon d'être normal, rappela t-il après quelques secondes.
Dean hocha alors la tête. Castiel ne pouvait pas laisser le silence s'installer à nouveau entre eux. Il choisit alors d'interroger le jeune homme sur les détails de cette vie dont il rêvait. Sur la maison de ses rêves. Sur le métier qu'il ferait. Sur toutes les petites choses qu'il ne savait pas encore. Bientôt la conversation s'orienta sur l'enfant que Dean avait été. Ils discutèrent de sa mère, de son père et de sa vie sur la route. Castiel enregistrait les informations récoltées dans un coin de sa tête pour plus tard. La nuit était avancée et Dean commençait à avoir quelques difficultés à répondre du tac au tac. Ses yeux se fermaient à intervalles réguliers et Castiel finit par accepter qu'il était sans doute temps pour lui de laisser s'endormir.
- Tu devrais te reposer un peu. Tu as une journée chargée demain, avança t-il en remontant la couverture sur le jeune homme.
Dean secoua la tête mais un nouveau bâillement manqua de lui arracher la mâchoire. Castiel sourit.
- Juste quelques heures, histoire de garder tes forces, suggéra t-il.
Dean fronça les sourcils et Castiel se demanda alors s'il ne se doutait pas des intentions de son ami.
- Tu seras là à mon réveil ? Demanda t-il, les sourcils froncés.
Castiel n'aimait pas l'idée de mentir au jeune homme mais il refusait de lui dire qu'il comptait partir une fois qu'il serait endormi. Il se força alors à sourire et à hocher la tête.
- Bien sûr que je serais là … je serais là jusqu'à la dernière minute Dean.
Le jeune homme sembla grandement soulagé par sa réponse. Il ferma alors les yeux et tourna le visage sur le côté. Castiel garda les yeux rivés sur lui. Il étudia ses traits avec la plus grande attention, les enregistrant dans cette partie de son cerveau qui n'était consacrée qu'à Dean. Il s'attarda sur les tâches de rousseur qui décoraient son visage et étaient plus nombreuses sur ses joues et le long de son nez droit. Il observa ensuite ses lèvres parfaites, charnues et féminines. Il suivit le contour de sa mâchoire carrée puis de son cou. Le reste de son corps était couvert par un drap beige mais Castiel savait exactement ce qui se cachait dessous. Pour lui, il n'y avait aucun défaut chez le jeune homme. C'était presque comme s'il avait été dessiné de la main d'un artiste talentueux. Ses cicatrices ne l'enlaidissaient pas. Bien au contraire. Elles le rendaient plus beau encore. Elles soulignaient la fine musculature de son torse et la courbe parfaite de son dos. Ses jambes sensiblement arquées n'était pas un défaut non plus. Rien chez le jeune homme n'était repoussant ou disgracieux. Ses mains étaient élégantes et ses doigts longs et fins. Son annulaire droit était dépourvu de la bague de sa mère. Castiel aurait sans doute pu lui rendre mais il préférait la garder avec lui. Elle serait un souvenir de leur temps passé ensemble. Elle lui rappellerait qu'il avait eu la chance de faire un bout de chemin avec Dean. Il la chérirait comme le plus précieux des trésors.
Castiel n'aurait pas su dire combien de temps s'écoula pendant qu'il observait Dean s'endormir paisiblement. Mais quand il s'arracha à sa longue contemplation, la nuit était déjà avancée. Le jeune homme respirait profondément et ses yeux semblaient bouger rapidement sous ses paupières aux longs cils. Il s'était abandonné au sommeil et tout son visage s'était détendu. Il paraissait plus jeune quand il dormait.
Castiel jeta un coup d'oeil à sa montre et grimaça. Le soleil ne tarderait plus à se lever. Il n'avait plus de temps à perdre. Il déposa la lettre qu'il avait écrite la veille sur la table de nuit puis se leva de sa chaise. Il se passa une main sur le visage et ferma les yeux une seconde. Il avait tellement de choses à dire mais les mots refusaient de lui venir. Il n'en revenait pas de ne pas trouver quoi dire. Il avait toujours été extrêmement bavard. Mais se séparer de Dean était une chose extrêmement difficile et il avait perdu tous ses moyens. Il prit une longue inspiration qu'il retint quelques secondes avant d'expirer doucement.
Quand il rouvrit les yeux, il les posa sur le jeune homme. Il choisit alors de se lancer.
- Dean, je … je ne sais pas si tu peux m'entendre. Les médecins disent souvent qu'une personne dans le coma peut entendre les gens autour d'elle mais … je ne suis pas sûr que cela soit valable pour une personne endormie. A vrai dire, j'espère que tu ne m'entends pas … parce que je sais que si c'est le cas, tu dois être furieux. Tu dois avoir envie de me hurler dessus et de me traiter de lâche. Parce que te dire adieu pendant que tu dors, c'est un peu comme fuir cette confrontation qui me terrifie tellement. Ce n'est pas comme ça que j'aurais voulu que cela se passe mais je ne suis pas suffisamment fort pour te parler quand tu peux me répondre. Pas suffisamment fort pour te dire toutes ces choses quand tu seras capable de me faire douter … si j'attend que tu te réveilles, je serais incapable de partir. Je serais incapable de parler sans m'effondrer et je sais que ce n'est pas ce dont nous avons besoin l'un comme l'autre. Tu auras ma lettre à ton réveil et j'espère sincèrement qu'elle suffira. Tu en avais écrite une pour Sam … je pense que tu me comprendras.
Castiel s'interrompit une seconde. Il avait la gorge nouée et des larmes menaçaient de couler sur ses joues. Il prit une nouvelle grande inspiration avant d'enchaîner.
- Je ne t'oublierais jamais Dean. Comment le pourrais je d'ailleurs ? J'en serais incapable maintenant que je sais à quel point tes mains sont douces et chaudes dans les miennes … maintenant que je sais le goût que tes lèvres ont contre ma bouche … quand j'ai eu la chance d'apprendre ce que je ressens en sentant ton corps nu contre le mien … ou la façon dont tes yeux changent de couleur selon tes humeurs, passant d'un vert pâle à un vert foncé qui me bouleverse à chaque fois. Je ne pourrais jamais oublier ce que j'ai ressenti en étant lié intimement à toi … en prenant du plaisir avec toi … en te laissant m'en donner. Toutes ces images sont gravées en moi et je sais que mon corps et mon cœur ne pourront jamais les effacer. Mais ce n'est pas la seule chose que je ne pourrais pas oublier. Il y a tout le reste. Il y a ton sens de l'humour, ta façon de rire et de sourire, ton courage, ta force et ton sens du sacrifice. Dean, j'aimerais tellement que tu puisses te voir à travers mes yeux. Parce que je n'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi merveilleux que toi … d'aussi fort et courageux. Tu es la personne la plus extraordinaire qu'il m'aie été donné de rencontrer et je … je suis fier d'avoir été ton ami.
Castiel s'interrompit une nouvelle fois et baissa les yeux sur le rebord du lit. Sa vision était floue en raison des larmes qui noyaient à présent ses yeux. Il avait cru que parler au jeune homme dans son sommeil serait plus facile. Mais c'était tout de même la chose la plus dure qu'il ait eu à faire de sa vie. Il serra les dents et les poings, se maudissant de ne pas être capable de parler sans craquer. Il s'essuya ensuite les yeux et reporta son attention sur le jeune homme.
- Je ne sais pas s'il est possible d'avoir plusieurs grands amours dans sa vie. Je l'espère sincèrement. Car je sais que tu en as connu un avec Benny et je veux que tu en connaisses d'autres … je veux que tu rencontres une personne et que tu l'aimes comme tu l'as aimé lui. Ce que je sais en revanche, ce dont je suis totalement sûr, c'est qu'on ne peut pas oublier notre premier amour. Et comme toi tu ne peux pas oublier Benny, je sais que je ne pourrais jamais t'oublier toi. Tu as été le premier Dean. Le premier à me faire me sentir réellement vivant. A me donner envie de passer chaque seconde de ma vie avec toi. Je ne sais pas si tu seras le seul mais ce ne sera jamais aussi fort … aussi incroyable. Comment quiconque pourrait il tenir la comparaison avec toi ? J'ai la sensation d'avoir connu le meilleur et … j'ai l'impression que tous ceux qui arriveront ensuite ne seront qu'une pâle imitation de toi. Je ferais toujours la comparaison. Je pense qu'il en ira de même avec toi pour Benny. Cela ne veut pas dire qu'on ne pourra pas être heureux. Je croise les doigts pour que ses souvenirs ne nous retiennent pas en arrière. Pour qu'ils ne nous donnent aucun regret. Ils seront un réconfort quand les choses seront difficiles. Et je suis heureux d'avoir pu connaître ça. Des centaines, des milliers de gens vivent toute leur existence sans rencontrer la personne capable de leur donner ces frissons, de faire battre leur cœur à une vitesse folle et de leur donner la sensation d'être invincible. Je ne regretterais jamais de l'avoir connu avec toi … dans tes bras. Tu as bouleversé ma vie Dean. Et ce n'est pas un reproche … ce n'est pas une critique.
Castiel renifla avant de se rapprocher du lit du jeune homme et de poser une main sur son avant bras. Il avait besoin d'établir un contact.
- Tu m'as appris tellement de choses sur moi Dean. Montré tellement de choses que je ne m'autorisais pas à vivre. Je n'existais pas avant toi. Je ne faisais que survivre. Tu m'as appris à vivre quand de ton côté, tu bataillais constamment contre ton passé et la vie que ces monstres avaient tracée pour toi. C'est aussi ça ta force. Tu donnes tout ce que tu as aux gens qui t'entourent. Tu ne cherches pas à te protéger. Tu offres ton cœur même si tu refuses de l'admettre. Tu offres ta confiance. Et je t'aime en grande partie pour ça. Tu m'as appris que je ne devais pas avoir honte de ce que j'étais. Que je pouvais être heureux sans suivre le chemin que mes parents voulaient me voir suivre. Que j'avais le droit d'être moi même sans me soucier du regard des autres. Tu m'as appris ce que c'était que le vrai courage. Celui de s'assumer et d'envoyer balader ceux qui ne sont pas d'accord. Tu m'as appris à quel point ce monde pouvait être moche et cruel tout en me prouvant qu'il pouvait être également magnifique et bon. Je n'étais rien avant toi et je sais qui je suis maintenant. Tu ne te rends sans doute pas compte de ce que cela représente mais c'est important. J'aimerais que tu puisses le comprendre. Tu m'as donné la vie Dean. Te rencontrer a été comme une seconde naissance. Et peu importe les souffrances que cela impliquera de me séparer de toi … peu importe que la fin ne soit pas celle que nous aurions voulu tous les deux. Je ne regrette rien. Tu m'as ouvert les yeux sur moi … sur le monde … sur les autres. Alors merci pour le voyage … merci pour tout.
Castiel était étonné de constater à quel point les mots lui venaient facilement à présent. Il n'avait pas su quoi dire jusqu'à ce qu'il se lance et à présent, il ne pensait pas être capable de s'arrêter. Le temps lui était pourtant compté. Il devait finir de dire ce qu'il avait à dire et partir avant que le jeune homme ne se réveille. Il était important qu'il mette un point final à cette histoire. Pour qu'il puisse enfin commencer son deuil.
- Il existe un lien entre nous Dean. Un lien que rien ne pourra jamais détruire. Ni le temps, ni la distance entre nous. Rien. Nous l'avons forgé en apprenant à nous faire confiance … en apprenant à nous aimer côte à côte. Ce lien, je le ressens en permanence. J'emporterais une petite partie de toi avec moi et j'espère que tu emporteras une petite partie de moi avec toi également. Je sais que j'aurais le cœur brisé en partant. Je sais qu'il sera difficile de le réparer. Mais parce que je serais toujours lié à toi, je ne doute pas une seconde de pouvoir réussir. Tu es ce qui me permettra de le reconstruire peu à peu. C'est sans doute paradoxal mais c'est ainsi que je veux voir les choses. C'est ainsi que je les ressens. Et si j'ai le moindre doute un jour … ou si l'absence devient trop difficile à supporter, il me restera toujours la Grande Ours. Cette fichue constellation dont on a souvent parlé tous les deux. Je la regarderais tout en sachant que tu la regardes aussi de ton côté. Elle sera là pour nous rappeler le bout de chemin parcouru ensemble. Elle renforcera cette connexion établie durant ces quelques semaines. Pour moi, elle te représentera toujours. Ton âme brille au moins autant qu'elle. La lumière qui t'anime pourrait la rendre jalouse tant elle est puissante et merveilleuse. Dean … ne la laisse jamais s'éteindre.
Castiel essuya une nouvelle fois les larmes qui coulaient sur ses joues. Il était arrivé à la fin de ce qu'il avait à dire et il jeta un coup d'oeil à la porte de la chambre qu'il ne tarderait pas à franchir pour la dernière fois.
- Si un jour nos chemins se croisent à nouveau … si on se rencontre dans le futur, que ce soit dans trois semaines ou dans trente ans, je veux te voir sourire. Pas parce que tu y es contraint … pas pour appliquer les conseils de Franck … mais parce que tu es heureux. Réellement heureux. Parce que ta vie sera comme tu l'avais rêvé. Parce que tu auras rencontré l'homme ou la femme qui t'aura redonné envie d'aimer et de vivre. Je veux que tu réapprennes combien les choses peuvent être belles quand on n'a pas à avoir peur pour sa vie. Je veux que tu oublies Alastair et les horreurs qu'il t'a fait subir. Je veux tellement de choses pour toi Dean que je ne sais même pas si je parviendrais à tout te dire maintenant. Mais je sais que tu sauras quoi faire quand tu seras installé. Tu accompliras chacune des choses dont tu m'as longuement parlé ce soir. Tu mèneras une vie ordinaire et qui te comblera. Je sais en revanche que contrairement à ce que tu penses, elle ne fera jamais de toi quelqu'un d'ennuyeux ou de normal. Tu seras toujours une personne exceptionnelle. Une personne que j'admire et que je continuerais d'admirer. Une personne que j'aime et que j'aimerais probablement jusqu'à mon dernier souffle. Mais tu ne dois pas t'en vouloir pour autant. Je te l'ai dit. Je n'ai aucun regret. Je ne te reproche pas cette fin difficile. Elle était inévitable. Nos routes se séparent mais nous serons toujours proches. Et … Dean … j'aimerais que tu me promettes de ne pas te sentir coupable. Je veux …
Castiel fut incapable de finir sa phrase, un sanglot s'échappant de sa gorge. Il ravala les suivants avec peine puis hocha plusieurs fois la tête.
- Il est temps pour moi de partir maintenant je suppose. Tu m'en voudras probablement en te réveillant. J'espère que tu auras la force de me pardonner et que tu essaieras de comprendre pourquoi je suis parti de la sorte. Ma lettre t'expliquera pourquoi. Et … le soleil ne va pas tarder à se lever. J'ai la sensation qu'aujourd'hui est le premier jour de notre vie à tous les deux. Le premier de notre nouvelle vie. Celle que l'on passera loin l'un de l'autre. Je sais qu'il sera difficile pour nous deux. Mais il est nécessaire. Je vais devoir faire le deuil de cette histoire. Je sais que je ne serais pas seul dans cette épreuve. Et bientôt, il ne me restera que les bons souvenirs. Ce sont eux que je veux garder pour toujours. Ceux de nos fous rires. De nos visites surprenantes. De nos longues discussions. Ceux de ton visage quand tu dors, de tes mains et de tes lèvres. Ceux des bruits que tu fais quand tu t'abandonnes au plaisir. Ils seront là pour me réconforter pendant les premières semaines. Le temps est un allié précieux. Il nous a précipité vers une fin douloureuse mais il est également celui qui nous permettra de nous remettre de cette séparation. Laisse lui le temps de faire son travail. Ne cherche pas à précipiter les choses et … appuie toi sur ceux qui t'aiment. Repose toi sur Sam et Bobby et laisse les gens autour de toi s'approcher sans chercher à les repousser. Fais toi des amis et donne tout l'amour que tu as au fond de toi. La vie n'est belle que lorsque l'on est entouré. Que lorsque l'on est soutenu et aimé. Dean … je sais que la tienne sera merveilleuse.
Castiel se pencha alors au dessus du jeune homme.
- Dors mon amour … vis et aime. N'ai plus jamais peur des autres ou du passé. Et reste toi même. Tu n'as pas besoin de quoi que ce soit d'autre. Je t'aime. Adieu.
Castiel déposa ensuite un baiser sur le front de Dean puis un rapide sur ses lèvres. Il sentit ses larmes s'échapper de ses joues pour atterrir sur celles de son ami. Il les essuya alors du bout des doigts. Quand il se redressa, son cœur battait fort et vite dans sa poitrine. Il jeta un dernier coup d'oeil à Dean avant de s'éloigner lentement de son lit. Une fois qu'il eut atteint la porte, il posa la main sur la poignée mais ne put s'empêcher de se retourner. Dean n'avait pas bougé. Il dormait toujours profondément, à mille lieux de se douter de ce qui se passait dans sa chambre. Castiel pouvait parfaitement imaginer la réaction qu'il aurait en se levant et en comprenant. Il serait furieux. Il crierait probablement après tous ceux qui chercheraient à le réconforter. Il pleurerait également. Mais il finirait par comprendre. Il finirait par réfléchir et par comprendre. Castiel n'en doutait pas une seconde. Il sourit faiblement en observant le jeune homme qu'il aimait de tout son cœur. Il lui avait dit tout ce qu'il avait à lui dire. Mais le plus dur était de franchir la porte de sa chambre en sachant que c'était pour la dernière fois. En sachant qu'il ne reverrait plus jamais son visage autre part que dans ses rêves. Il déglutit avec peine avant de tourner le dos au lit de Dean et d'appuyer enfin sur la poignée de la porte. Il l'ouvrit lentement et silencieusement puis la franchit. Quand il la referma derrière lui, il eut la sensation que tout s'écroulait autour de lui. Il sentit ses jambes trembler sous lui, incapable de le porter plus longtemps. Il tituba jusqu'au bout du couloir. Quand il tourna à l'angle, il ne put pas avancer plus. Il tomba à genoux et colla le côté de son visage contre le mur à sa gauche. Il entendit des bruits de pas autour de lui et leva aussitôt les yeux. Une infirmière le regardait, visiblement inquiète.
- Monsieur est-ce que ça va ?
Castiel secoua alors la tête en pleurant de plus belle.
- C'est … c'est mon cœur, bafouilla t-il entre deux sanglots.
L'infirmière sembla mal interpréter ses propos. Elle se tourna aussitôt pour appeler des renforts, persuadée sans doute qu'il faisait une crise cardiaque dans ce couloir. Castiel l'attrapa aussitôt par la cheville pour attirer son attention.
- Non je vais bien … physiquement je vais bien, assura t-il. Je suis juste … je viens de perdre quelqu'un.
L'infirmière le regarda alors en fronçant les sourcils. Puis elle s'accroupit et posa une main sur son épaule. Ce contact lui fit un bien fou et les larmes cessèrent de couler sur ses joues.
- On se remet de toutes les souffrances mon garçon … même des pires … mêmes de celles qu'on croyait ne jamais pouvoir surmonter.
Castiel hocha la tête. C'était ce qu'il avait dit à Dean en quelque sorte. Mais il avait besoin de l'entendre à son tour. Besoin d'être rassuré et convaincu qu'il s'en sortirait malgré l'intense souffrance qu'il ressentait. Il remercia l'infirmière d'un sourire puis la laissa l'aider à se remettre debout. Il s'éloigna ensuite d'elle d'une démarche lente. Il choisit de prendre les escaliers pour éviter de se retrouver enfermé avec des inconnus dans un ascenseur. Il préférait qu'on ne le voit pas dans cet état.
Il marcha sans réellement regarder où il allait et ce fut un miracle qu'il retrouve la sortie dans son état. Quand il fut à l'extérieur, il regarda le soleil qui se levait à l'horizon. Le ciel était magnifique à cette heure de la journée. Castiel prit une grande inspiration puis sortit son téléphone de sa poche. Il se força à effacer le numéro de téléphone de Dean même si c'était inutile. Henriksen allait certainement faire fermer la ligne. Mais c'était un geste symbolique, une étape à franchir. Castiel composa ensuite le numéro de son frère. Gabriel décrocha presque aussitôt malgré l'heure matinale.
- Cassie ?
Castiel ravala un nouveau sanglot. Ce n'était certainement pas le dernier de la journée.
- C'est fait Gabe … je … je lui ai dit adieu et je … je ne vais pas bien.
- Je viens te chercher.
Castiel hocha la tête puis s'éloigna de l'hôpital. Il voulait mettre de la distance entre lui et Dean pour ne pas risquer de faire demi tour et de retourner le voir. Il marcha le long d'une rue dont il ne connaissait pas le nom sans raccrocher son téléphone. Il pouvait entendre Gabriel s'activer à l'autre bout de la ligne. Il sourit faiblement, heureux de savoir qu'il pouvait compter sur son frère pour le soutenir dans cette épreuve.
- Merci, murmura t-il sans savoir si Gabriel pouvait l'entendre.
Le bruit cessa alors et son frère rompit le silence.
- Ne me remercie pas Cassie. Je suis là pour toi, je te l'ai dit mille fois. Je serais là à chaque étape jusqu'à ce que tu ailles mieux. Car tu iras mieux un jour … crois moi. Je sais exactement ce que tu traverses et je sais combien il est difficile de se projeter dans ces cas là. Mais fais moi confiance. Un jour les choses iront mieux et sans que tu t'en rendes réellement compte, tu auras guéri. En attendant, tu peux te reposer sur moi. N'en doute surtout pas.
- Je t'aime Gabe, souffla Castiel au bord des larmes.
- Je sais.
Castiel traversa alors la route puis aperçut la devanture d'un café. Il entra à l'intérieur et en donna le nom à son frère pour qu'il sache où le trouver. Il ne raccrocha pas le téléphone pour autant et commanda un café au comptoir. Le serveur sembla inquiet de le voir dans cet état mais ne le lui fit pas remarquer. Il était installé proche d'un hôpital et devait avoir déjà rencontré plusieurs personnes dans cet état. Castiel le paya en gardant le téléphone coincé entre son oreille et son épaule. Quand il s'éloigna, le serveur l'interpela, le forçant à se retourner.
- Les choses finissent toujours par s'arranger d'elles même fiston.
Castiel hocha la tête, touché par la gentillesse de ces inconnus qui voulaient simplement lui apporter un semblant de réconfort sans même le connaître.
- Je sais Monsieur … je sais, assura t-il.
Il partit ensuite s'installer à une table et observa la salle autour de lui. Les rayons du soleil éclairaient l'endroit d'une lumière presque irréelle. Castiel était seul dans le café. C'était sans nul doute mieux ainsi. Il ne voulait pas avoir trop de témoins. Pas quand il était dans cet état. Au téléphone, il pouvait entendre le moteur de sa voiture que Gabriel conduisait. C'était un son familier qui lui apporta un minimum de réconfort. Il se demanda alors s'il pourrait ressentir la présence de Dean à l'intérieur. Si son odeur s'était imprégné dans le tissu des sièges. Il l'espérait. Derrière lui, le serveur qui lui avait parlé s'activait pour mettre des pâtisseries en vitrine. Castiel se demanda ce qu'il pouvait penser de lui. S'il s'interrogeait sur son état ou était simplement désolé pour lui. Il était surpris par sa compassion et celle de l'infirmière qui l'avait aidé à se relever. Quand il avait appris ce que Dean avait vécu, il avait réellement cru qu'il perdrait toute foi dans ce monde. Il en avait vu les pires aspects en rencontrant Alastair. Mais il n'avait pas menti au jeune homme. Il avait également compris que le bien existait réellement. Il l'avait vu chez Dean, Sam, Bobby, Charlie, Gabriel et Franck. Et il en avait une nouvelle preuve chez ces deux inconnus. Il existait des choses merveilleuses et il avait hâte d'en découvrir un maximum. Mais pour le moment, il avait surtout envie de se glisser dans un lit et de dormir pendant des jours. Il voulait oublier un peu de la douleur cuisante qu'il ressentait. Le reste pouvait attendre qu'il aille un peu mieux. Mais l'espoir qui continuait d'exister au fond de lui serait d'un grand secours dans l'avenir. Il allait remonter la pente et être heureux. Il le devait à Dean et à lui même. Mais il le devait également à tous ceux qui n'avaient pas eu la même chance qu'eux. A Benny. Aux victimes d'Alastair qu'il ne connaissait pas. Il avait survécu et cela lui conférait une grande responsabilité. Celle de vivre pour tous ceux avec qui le destin avait été moins clément. Les mots de Franck lui revinrent alors à nouveau en mémoire et il se força à sourire. Cela devrait faire l'affaire jusqu'à ce qu'il parvienne à être sincère.
- Je vais bien, murmura t-il.
C'était la première étape de sa guérison. La plus importante sans nul doute. La plus dure également. Si pour le moment son sourire était faux et probablement triste, il serait bientôt sincère et rayonnant. Castiel avait foi en l'avenir et foi en ce monde. Il se savait entouré et il se savait aimé. Il avait vécu l'aventure la plus extraordinaire de son existence. Et il en sortait vainqueur. Il devait tout cela à Dean. Il devait au jeune homme d'être devenu celui qu'il était à présent. Et même si son ami ne serait pas là pour le voir, il avait bien l'intention de ne jamais le décevoir. Il ne pourrait pas se le pardonner.
