Hayden Bloom – Anges et Démons

Allez ! Vous allez bientôt pouvoir souffler un peu, car ce chapitre clôt une micro-trilogie formée avec les deux précédents, et qui décrit comme vous l'avez compris les fatidiques événements du 7 juin. Après ça, fin de la première partie de cette fic !! ENFIN :D Dans le prochain chapitre, je vous préviens : on quitte Poudlard. J'écrirai encore trois ou quatre chapitres pour la deuxième partie, et puis ce sera fini. Je vais être complètement traumatisée ...

Chapitre 36 :

7 juin

L'aube d'un nouveau jour

L'esprit de Naïs nageait dans des limbes brumeux, à mi-chemin entre l'inconscience et l'éveil. Une douleur diffuse serpentait sournoisement dans tout son corps. Elle était épuisée.

— Naïs ? Tu m'entends ?

La voix d'Hayden était douce, mais mêlée d'un soupçon d'inquiétude. Naïs sourit intérieurement, le visage encore collé au sol crasseux de la cave. Trop fatiguée pour se relever ou même simplement pour répondre, elle se contenta de tendre la main pour qu'Hayden la prenne. Aussitôt, ce contact lui rendit des forces, comme si Hayden lui transmettait sa propre énergie. Naïs n'en fut pas surprise. Il n'y avait plus grand-chose qui pouvait l'étonner au sujet du lien qui l'unissait à Hayden.

Il l'aida à se redresser et la prit dans ses bras, toujours assis par terre. Ils s'étreignirent étroitement. Après tout ce qu'ils venaient de vivre, seule une chance incroyable leur avait permis de survivre tous les deux, sans même être séparés. En dehors de quelques hématomes et écorchures, douloureux mais peu profonds, ils étaient indemnes. Combien de temps cette chance durerait-elle encore ?

Ils entendirent des voix familières les appeler avec une sorte de crainte dans le timbre. Tant bien que mal, ils se redressèrent et regardèrent autour d'eux. La cave était dévastée. Quelques élèves avaient allumé leurs baguettes magiques pour remplacer la lumière rouge qui avait disparu. Entre ces faibles petites lueurs et la poussière qui envahissait toute la salle, Naïs avait du mal à distinguer ce qui l'entourait, du moins dans les détails. Le terrifiant dragon avait disparu sans laisser de trace, à son grand soulagement. Sans doute sous le choc, le tombeau de pierres était tombé en ruines. Malheureusement, tel était aussi le cas de l'escalier de sortie. Naïs préféra éviter de se demander comment ils allaient sortir de là. Son esprit avait déjà trop de difficultés à concevoir qu'ils puissent en sortir un jour et retrouver un univers normal, où Hayden et elle n'étaient que deux banals sorciers parmi tant d'autres.

Elle se força à regarder du côté des autres élèves, tous ceux qu'ils avaient entraînés dans cette aventure insensée pour satisfaire leur propre orgueil. Ils étaient responsables de tout ce qui leur était arrivé.

Les élèves s'étaient regroupés au milieu de la salle, là où ils risquaient le moins d'être blessés par l'écroulement d'un mur. Cela n'avait pas empêché nombre d'entre eux de se faire écraser un bras ou un pied par une chute de pierres. Naïs eut l'estomac noué en voyant Morgana, son visage blême rayé d'une traînée de sang séché, serrer la main de Ben avec un air désemparé ; Ben était étendu sur le sol, immobile, inconscient. Un autre se tenait le poignet droit avec la main gauche pour supporter sa main aux doigts brisés, et cherchait du regard un septième année qui aurait suivi des cours de Médicomagie.

Naïs se sentit encore plus mal à l'aise quand elle croisa le regard de tous ceux qui n'étaient pas trop blessés. Tous la dévisageaient, les yeux ronds, ou bien faisaient de même à l'adresse d'Hayden. Leurs visages étaient empreints de crainte, mais aussi d'une sorte de respect. Naïs les comprenait facilement. Ce n'était pas tous les jours que l'on réveillait un démon de l'ancien monde (1), ni que l'on comprenait que ceux qu'on avait pris pour deux simples élèves étaient en réalité des créatures venues d'un autre univers. Elle-même refusait d'essayer de réfléchir à ce qu'elle venait de vivre. Si elle le faisait, elle deviendrait folle. Ça, elle en était certaine.

Après avoir consacré un moment à étudier comment les autres se portaient, Naïs se permit un petit soupir de soulagement. Bien sûr, certains étaient blessés, mais ils allaient sûrement pouvoir se remettre rapidement, une fois qu'ils auraient regagné le château. Aucun n'était ...

Naïs trébucha dans le vide et sentit son sang bourdonner tout à coup à ses tempes. Un violent écœurement la gagna quand elle se rendit compte de ce qu'elle avait voulu oublier. Le dragon, les Angémons, les pouvoirs ... Tout cela n'avait rien été à côté de l'horreur la plus atroce, la plus infâme, la plus incompréhensible ...

— Scarlett ! s'écria soudain Naïs d'une voix tremblante.

Elle se mit à courir comme une folle vers les ruines du tombeau, méprisant les nombreuses pierres acérées qui jonchaient sa route et qui menaçaient de lui faire perdre l'équilibre ou de lui écorcher les pieds. Rien ne comptait. Rien n'avait d'importance. Ni les pierres, ni les larmes qui inondaient son visage, ni la douleur sourde de son propre corps. Naïs n'avait rien d'autre à l'esprit que la forme sombre, perdue dans un coin obscur, qui avait été sa meilleure amie.

— Scarlett ! Scarlett ! gémit-elle encore au milieu de ses sanglots, en s'agenouillant à côté du corps.

Il s'était disloqué quand le dragon l'avait laissé tomber à terre sans ménagement, et ressemblait à une marionnette dont on aurait coupé les fils. Une marionnette de cauchemar. Sa peau était grise et terne, et ses yeux verts naguère si vifs et si intelligents étaient à présent révulsés, veinés de rouge et immobiles. Une plaie béante avait déchiré son cou et laissé s'échapper tout son sang, lequel s'était maintenant figé sur ses vêtements et dans ses cheveux. Naïs ne pouvait s'arrêter de pleurer et de se maudire pour avoir elle-même conduit Scarlett dans cette cave monstrueuse. Elle gémissait continuellement le nom de son amie, comme si Scarlett avait pu l'entendre et décider de revenir à la vie.

— Scarlett est morte ?!

Naïs crut hurler de terreur en entendant cette voix, mais pas un son ne parvint à franchir sa gorge nouée. Elle se retourna et vit Eric, debout derrière elle, les yeux fixés sur Scarlett. Il avait lui-même l'air d'un cadavre. Toute trace de la folie démentielle qui l'avait habité quand il avait invoqué le dragon avait disparue, ne laissant plus qu'une âme dévastée. Eric se laissa tomber à genoux à côté de Naïs. Sans la regarder, il approcha une main tremblante et encore couverte de sang séché du visage de Scarlett.

— Non ... Non ... balbutia-t-il. Non, c'est impossible. Je ne peux pas ... Ce n'est pas moi ... Dis-moi que ce n'est pas moi !

Naïs n'osa pas répondre, trop effrayée par l'attitude d'Eric.

— Scarlett ... Scarlett ... Mon amour ... Ne sois pas morte, ne sois pas morte, je t'en supplie ! Ne me laisse pas ! Je ne voulais pas, je ne savais pas ... Scarlett ! Réponds-moi ! Pardonne-moi !

Naïs aurait voulu s'enfuir, mais elle ne pouvait pas bouger. Eric semblait à nouveau fou, mais fou de douleur cette fois. Naïs avait peur de le voir se trancher lui-même la gorge. Il serrait dans ses bras le cadavre de Scarlett et le berçait, lui parlait, l'implorait de lui pardonner son horrible crime.

— Je ne voulais pas ... Pardonne-moi ... Il m'a forcé à le faire, je ne savais pas, j'oubliais, je ne m'en rendais pas compte ... Scarlett, je t'aime, reviens, je t'en supplie ! Scarlett !

Naïs sursauta violemment quand une main se posa sur son épaule, puis se calma en reconnaissant Hayden qui se tenait près d'elle, l'air hagard. Il regardait Eric et Scarlett d'un air désemparé, sans savoir que dire ni que faire. Le temps où ils avaient été quatre amis sans histoire, avec pour seul souci de passer des examens, semblait remonter à des siècles. Eric les avait quitté en même temps que Scarlett. Il ne reviendrait jamais.

Soudain, une violente détonation les fit tressaillir et les poussa à regarder du côté de l'escalier détruit. Un nuage de fumée blanche en avait surgi au niveau du palier supérieur, à travers lequel Naïs distingua au bout d'un moment les silhouettes de Weasley, de Tonks, et d'autres professeurs.

— Ils sont là ! s'écria Weasley avec un ton soulagé. On les a trouvés ! Venez par là !

Tout ce qui suivit resta flou à l'esprit de Naïs. La fatigue, la douleur et la peine avaient eu raison de sa vivacité habituelle, et elle se contenta de réagir à ce qu'on lui demandait de faire. La plupart des Professeurs les rejoignirent dans la cave en y descendant à l'aide de sortilèges de Levicorpus, et s'affairèrent aussitôt auprès des élèves blessés. Ils expliquèrent plus tard que le château avait été mis sans dessus dessous toute la nuit pour retrouver les dizaines d'élèves qui avaient disparus de leurs dortoirs. L'angoisse des enseignants et des autres élèves restés au château avait été portée à son comble quand ils avaient commencé à entendre des rugissements venus des sous-sols et à sentir les murs trembler. Ceux qui avaient participé à l'expédition sans aller jusqu'au bout avaient indiqué le chemin qu'ils avaient parcouru jusqu'au puit blanc, et les Professeurs avaient fait le reste.

Pendant qu'on transportait les élèves blessés sur des brancards surgis de nulle part, les autres expliquèrent avec animation ce qui s'était passé dans la cave. Certains étaient encore trop choqués par leur expérience pour en parler, mais d'autres se sentaient au contraire galvanisés par le soulagement d'avoir survécu et par la certitude de pouvoir s'en sortir. Ceux-là narrèrent avec une admiration mêlée d'un reste d'angoisse la transformation d'Hayden et de Naïs en Angémons, grandes créatures dorées aux ailes de chauve-souris, puis l'apparition du dragon, l'affrontement qui les avait opposés, et enfin la victoire des deux Angémons qui les avaient tous sauvés de ce monstre.

Naïs ne comprit pas pourquoi on chantait ainsi ses louanges, elle qui n'avait causé que leur malheur à tous en les emmenant là, et qui s'était ensuite contentée avec Hayden de réparer les conséquences désastreuses de leur folie. Ils n'avaient aucun mérite là-dedans. Avaient-ils seulement décidé d'être ce qu'ils étaient ? Avaient-ils fait un effort particulier pour faire partir ce démon ? Non, ils lui avaient seulement fait peur. Ils ne l'avaient même pas vaincu. Malgré tout, les autres semblaient fascinés par la description de leurs incroyables pouvoirs. Hayden et Naïs tentèrent pourtant de leur expliquer ce qu'ils avaient compris : ils n'étaient apparus sous leur forme d'Angémons que le temps d'un instant à cause de la proximité de ce démon d'une nature si proche de la leur. Lui disparu, rien ne pourra jamais leur rendre cette apparence.

Leurs nouveaux admirateurs s'en moquaient, répétant qu'ils avaient accompli un exploit incomparable, qu'ils en seraient largement récompensés, et qu'ils étaient de grands sorciers aux dons exceptionnels. Naïs, pourtant, se sentait brisée par leurs éloges. Elle ne voyait toujours pas ce qu'il y avait de si merveilleux à laisser ses meilleurs amis se faire assassiner sous ses yeux ou sombrer dans la folie.

— Enfermez-moi ! Enfermez-moi ! Je suis un dément, un monstre, vous devez m'éloigner des innocents ! rugissait Eric à qui voulait l'entendre. Envoyez-moi à Azkaban, je ne mérite pas mieux ! Ou tuez-moi ! Tuez-moi, ça vaudra mieux pour tout le monde ! Si vous ne le faites pas, je m'en chargerai moi-même !

Naïs vit Hayden se jeter sur Eric, qui se débattait comme un forcené, pour lui arracher sa baguette.

— Je t'interdis de dire ça ! siffla Hayden d'une voix désespérée. Je te l'interdis, tu entends ? Tu n'étais pas responsable ! Tu étais possédé par ce démon ! Tu n'as pas tué Scarlett, tu ne l'as pas fait ! Tu m'entends ? Tu m'entends, Eric ?! Je t'interdis de te suicider ! On ne te laissera pas tomber !

Eric se laissa glisser à terre, misérable et secoué de sanglots secs. Il leva des yeux implorants vers Hayden, puis regarda Naïs. Sans réfléchir, elle s'avança vers lui et prit sa tête dans ses bras pour qu'il se laisse aller dans cette étreinte, pour qu'elle le console comme il l'avait tant de fois consolée auparavant. C'était tout ce qu'elle pouvait faire pour lui. Tout en caressant ses cheveux blonds maculés de sang et de poussière, elle murmura d'une voix encore éprouvée :

— Hayden a raison, Eric. Ce monstre nous a déjà pris Scarlett. Ne le laisse pas te prendre aussi. Qu'est-ce qu'on deviendrait ?

Suffoqué par le chagrin, Eric ne put répondre et se contenta de pleurer dans les bras de Naïs. Au moins, il n'essayait plus de se donner la mort. Pour le moment.

La voix grave de Bill Weasley se fit entendre derrière eux.

— J'ai appris ce qu'il s'était passé. Il sera transféré à Sainte-Mangouste. On s'occupera bien de lui, là-bas.

Naïs doutait que quiconque à Sainte-Mangouste soit très familier des cas de possession prolongée par un démon, mais elle ne voyait pas vraiment quelle meilleure solution elle aurait pu proposer. C'était toujours mieux qu'Azkaban.

Elle croisa le regard d'Hayden. Ils partageaient les mêmes sentiments : la même culpabilité, la même douleur, la même angoisse. Mais aussi la même rage de vivre et le même appétit de vengeance. Ils partageaient tout.

Forcément.

(1) : Copyright J.R.R. Tolkien ...

Avec un hommage à Rhett Butler.

Pour le prochain chapitre, donc la prochaine partie, un seul indice : Pinowden (cf chapitre 29).

Vous avez de quoi être fiers de moi, parce que ces trois chapitres, je les ai écrits en trois jours ! Vive les vacances :D

J'espère que tout ça continue à vous plaire. Comme d'habitude, si vous avez des questions, posez-les moi par review.

À bientôt

Lily Evans 2004