Aileen: un très grand merci à toi pour la review.
Chapitre 36 : Profanation ~Partie 2~
« Alors, que pouvez-vous me dire à ce sujet, Gaius ? »
Arthur tendit le disque donné par Osgar au Médecin de la Cour. Merlin n'était toujours pas revenu des Bois Sombres, mais pour ce genre de choses, il était plus probable que le vieil homme en sache plus, de toute façon.
Gaius le prit, haussant les sourcils avant de grimacer avec inquiétude.
« Où avez-vous eu cela ? »
Arthur s'assit dans le fauteuil de l'autre côté du bureau, l'expression grave.
« Osgar me l'a donné. Il a déclaré que c'était son devoir sacré, et que les Disirs l'avaient envoyé. Qui sont les Disirs, et que signifie cette chose ? »
Si Gaius avait eu l'air inquiet un instant plus tôt, il avait maintenant l'air presque terrifié aux yeux de son roi.
« A-t-il dit pourquoi elles l'ont envoyé ?
– Il a dit "Vous avez autrefois déclaré la guerre au peuple de l'Ancienne Religion, et ces vies doivent encore être rachetées". »
Arthur fronça les sourcils.
« Je ne nie pas qu'avant que je connaisse la vérité à propos de Merlin, j'ai tué et condamné de nombreux suivants de l'Ancienne Religion. Mais ce que j'ai fait depuis, pour restaurer la magie et l'Ancienne Religion à Camelot, n'est-il pas suffisant pour racheter cela ? »
Gaius tourna le disque entre ses doigts, l'examinant.
« Apparement, ce n'est pas assez pour apaiser les Disirs. »
Il regarda Arthur.
« Ceci est une Marque Runique, et c'est très sérieux, Sire. Au temps jadis, cet objet engendrait l'effroi. Il était remis à ceux qui étaient appelés devant le tribunal des Disirs. Les Disirs sont le plus haut tribunal de l'Ancienne Religion. Trois femmes choisies à la naissance et entrainées pour être augures et prophétesses. Leur seule tâche est d'interpréter la volonté de la Triple Déesse. Lorsqu'elles rendent leur jugement, leur sentence est irrévocable. »
Le visage d'Arthur commençait à refléter les inquiétudes de Gaius.
« La Triple Déesse n'est-elle pas celle que sert Morgane en tant que Grande Prêtresse ? »
Gaius hocha la tête.
« C'est exact, et elle est la dernière d'entre elles, ce qui est une terrible chose pour les Disirs et la Triple Déesse.
– Comment cela ? »
Gaius se leva et fouilla dans ses livres avant de descendre un mince volume. Il l'ouvrit à une page donnée, et montra l'image qui y figurait. Elle représentait une figure éthérée enveloppée de lumière, qui flottait au-dessus des cadavres de trois femmes qui avaient toutes plongé un poignard dans leur cœur.
« Durant les premiers jours de l'Ancienne Religion vivaient trois prêtresses, les Sœurs d'Earendel. C'étaient des femmes de grande vertu, sagesse et compréhension, mais elles prévirent la manière dont le pouvoir pouvait altérer la magie en une force maléfique. Elles passèrent donc un pacte avec l'Ancienne Magie, échangeant leur vie contre la certitude que leur volonté survivrait pour éclairer et guider leurs sœurs prêtresses. »
Arthur le fixa, choqué.
« Êtes-vous en train de dire qu'elles sont devenues la Triple Déesse ? »
Gaius acquiesça.
« Oui, mais l'Ancienne Magie ne le permit qu'à une seule condition. La Triple Déesse continuera à exister uniquement tant que la volonté de ses prêtresses l'ancrera à ce monde, et désormais Morgane est la dernière d'entre elles, à l'exception des Disirs. Si elle continue à négliger ses devoirs envers la Déesse, alors il pourrait bientôt arriver un jour où l'héritage des Sœurs d'Eearendel arrivera à son terme. »
Il leva la pièce.
« Je suppose que vous appeler pour régler les erreurs de votre passé pourrait bien vouloir dire que les Disirs pensent que vous pourriez être en mesure d'éviter ce sort. Vous avez après tout déjà fait beaucoup pour la magie. »
Arthur récupéra le disque, et le regarda pensivement.
« Dites-moi où je peux les trouver, et je pars à l'instant. »
Gaius fronça les sourcils.
« Ne pensez-vous pas que vous devriez attendre que Merlin revienne ? »
Arthur secoua la tête.
« Je vais juste leur parler, et apprendre ce qu'elles veulent de moi. Puis je reviendrai et le consulterai sur ce qu'il conviendra de faire ensuite. »
Gaius le regarda longuement, pensant manifestement que cela était peu prudent, mais finit par céder.
« Les Disirs utilisent un ancien lac pour la divination, lac qui est alimenté par la source sacrée de Caerlanrigh. L'origine de cette source est un bosquet d'ifs dans les Montagnes Blanches. Le Bosquet de Brineved, à moins d'une heure de cheval de l'endroit où vous avez rencontré Osgar. »
~(-)~
Le matin suivant, le même groupe de chevalier qui avait chevauché pour retrouver Osgar se préparait à nouveau à se mettre en selle dans la cour du château. Seul l'un d'entre eux n'avait pas été convoqué, mais il conduisit malgré tout sa monture auprès des autres avant d'approcher son roi.
Mordred s'arrêta à quelques pas de lui, une expression soucieuse sur le visage.
« Majesté, vous retournez dans les Montagnes Blanches ? »
Arthur lui jeta un coup d'œil.
« Oui.
– Alors je vous demande humblement de m'emmener avec vous. »
Arthur se tourna vers lui.
« Vous n'êtes pas suffisamment aguerri pour venir.
– Ne vous ai-je pas bien servi ?
– Si, en effet.
– Alors je le ferai à nouveau. Vous vous rendez en un lieu dédié à l'Ancienne Magie, et même si je n'ai appris que peu de chose à ce sujet quand j'étais enfant, je pourrais peut-être vous aider à parler aux Disirs. Laissez-moi servir, laissez-moi accomplir mon devoir. »
Le roi observa le jeune homme sérieux debout devant lui, et vit dans les yeux de Mordred combien il était déterminé. Et d'une certaine manière il avait raison… son enfance parmi les Druides pouvait se révéler importante au cours de cette rencontre.
« Bien, mais vous resterez au centre de la colonne en permanence. Ne vous jetez pas au-devant du danger si quelque chose tourne mal. »
Mordred se fendit d'un sourire.
« Oui, Sire. »
À peine quelques minutes plus tard, le groupe quittait le château et se dirigeait à nouveau vers les Montagnes Blanches. Comme lors du voyage précédent, ce n'était que la fin de l'après-midi lorsqu'ils atteignirent la zone où Osgar était maintenant enterré, et Arthur les mena un peu plus loin sur les pentes des montagnes, suivant les indications de Gaius, jusqu'à ce qu'un groupe d'arbres surplombant un affleurement rocheux devienne visible.
Les plaisanteries du groupe, qui avaient prévalu jusqu'à maintenant, firent place au silence pendant que les chevaliers s'approchaient du bosquet, avant d'être forcé de laisser leurs chevaux à l'orée lorsque les animaux refusèrent tout net d'y pénétrer. C'était un lieu de pouvoir, impossible de le nier.
Arthur mena ses hommes dans le bosquet, et au fur et à mesure qu'ils s'y enfonçaient ils commencèrent à voir des charmes et des talismans faits de brindilles pendant aux branches. Peu de temps après, ils atteignirent la clairière centrale, et y trouvèrent l'entrée d'une grotte. Arthur s'avança vers elle, s'arrêtant lorsque Mordred parla doucement.
« Attendez. Quelque chose ne va pas. On dirait que nous dérangeons cette place, comme s'il y avait quelque chose avec nous qui ne devrait pas être ici. »
Arthur tourna la tête vers lui.
« Pouvez-vous dire de quoi il s'agit ? »
Mordred secoua la tête
« Non, juste que quelque chose semble… en colère. »
Arthur reprit son avancée vers la cave.
« Alors nous continuons, mais avec précaution. Restez tous vigilants, et prenez garde à ne déranger aucun des charmes que vous voyez. Nous devons montrer du respect à cet endroit. »
L'intérieur de la grotte était aussi sombre qu'on pouvait s'y attendre, et pourtant la lumière du dehors pénétrait bien plus loin qu'à la normale. Peut-être était-ce dû aux charmes pendus au plafond, en si grand nombre qu'il ne restait qu'un passage étroit pour passer au milieu d'eux. Mais les chevaliers respectèrent l'ordre d'Arthur ne pas les toucher, et seuls quelques-uns d'entre eux se balancèrent doucement sous l'effet du déplacement d'air dû au passage des hommes.
Après une courte distance, le tunnel s'ouvrit sur une caverne d'une taille respectable, au centre de laquelle reposait une piscine alimentée par un filet d'eau qui coulait de la paroi de la grotte. De l'autre côté de l'eau se tenaient trois femmes vêtues de robes noires, portant des bâtons pointus, et de toute évidence âgées de ce qu'on l'on pouvait voir de leurs visages sous l'ombre de leurs capuchons.
Arthur inclina la tête vers elles.
« Je suis Arthur Pendragon, roi de Camelot. Je suis venu connaitre la signification de ceci. »
Il montra la Marque Runique, avant de se pencher pour la poser au bord de l'eau.
« Vous m'avez jugé en mon absence, pour quelque chose que je pense avoir déjà expié. Je sais que j'ai commis des erreurs, et je les regrette maintenant que je vois les choses différemment, mais me juger après tout ce que j'ai fait pour changer les choses et restaurer l'équilibre… Pourquoi ? »
Les trois femmes restèrent immobiles, mais parlèrent les unes après les autres.
« Nous ne saurions juger.
– Nous ne saurions condamner.
– Nous ne sommes que les messagères de celle qui préside à toutes les destinées.
– De celle qui voit tout.
– De celle qui sait tout.
– La Triple Déesse !
– Et vous, Arthur Pendragon, l'avez irritée. »
Arthur fronça les sourcils.
« Comment cela ? Comment ma venue ici, pour chercher des réponses, pour connaitre ce qu'elle veut de moi, pourrait l'irriter ? »
Les Disirs parlèrent à nouveau.
« Cela est vrai.
– Mais vous avez commis une grave offense en venant ici.
– Vous êtes venu en ce lieu, sacré entre les sacrés, le cœur même de l'Ancienne Religion, en portant des armes.
– C'est une insulte et une violation de ce lieu, et cela doit être puni ! »
L'une d'elles tendit son bâton, et le jeta sur Arthur, l'extrémité pointue visant son cœur comme une lance. Mais avant qu'il n'ait pu frapper, une silhouette se jeta devant lui pour recevoir le coup à sa place.
Mordred tomba au sol sans un son, grimaçant de douleur alors que l'épaule de sa cotte de mailles commençait à s'imbiber de rouge autour de la perforation causée par la pointe du bâton.
Arthur et le reste des chevaliers l'attrapèrent et quittèrent rapidement la grotte, pendant qu'en esprit le roi se maudissait de sa stupidité. S'il avait envoyé chercher Merlin, s'il avait emmené le sorcier avec eux, alors Merlin aurait certainement pu les avertir de laisser leurs armes avec les chevaux. Et maintenant, il avait provoqué la colère des Disirs, Mordred avait été blessé, et Arthur savait qu'il ne pouvait blâmer nul autre que lui-même.
