Chapitre 35 : Un réveillon mouvementé
J'ouvre les yeux en fronçant les sourcils. Je sens clairement les bras de Bill autour de moi mais j'ai très froid. Je me redresse en soupirant et regarde le lit. Non, les couvertures sont bien en place… Je comprends alors que c'est l'effet secondaire de ce que nous venons de faire, quand l'adrénaline de fait plus effet.
Repoussant les bras de Bill qui se tourne en grognant, je saisis ma robe de chambre et l'enfile sur mon corps nu encore parcouru des caresses de Bill.
Il fait nuit et je regarde le radio-réveil. Il indique vingt et une heures trente. Tout le monde doit être en train de regarder la télévision dans le salon à cette heure-ci et, comme j'ai faim, je m'habille un peu en ronchonnant. S'il avait été plus tard, je serais descendue en robe de chambre mais là… Enfin bref.
Jetant un coup d'œil sur Bill qui s'est tourné de l'autre coté et qui enlace à présent mon oreiller, je souris puis descends en silence. Je ne trouve que Tom dans le salon, vautré devant un film d'horreur :
- Hé, hé, fait-il avec un sourire vicieux.
- Quoi ? je fais avec le même genre de sourire.
Il secoue alors la tête puis tapote le coussin près de lui :
- Deux secondes, je dis. Je vais me chercher un truc, j'ai faim…
- Pas étonnant, dit-il en haussant un sourcil espiègle.
Je lui tire la langue puis vais dénicher un bout de saucisson dans le frigo. Je reviens ensuite dans le salon et me cale contre le guitariste en repliant mes jambes sous moi :
- Vous n'avez pas été pas très discrets, fait-il alors.
- Hum, je fais en mordant dans mon saucisson. Je t'y verrais…
Il pouffe en secouant la tête puis je demande :
- Où sont tes parents au fait ?
- Partis chercher Angela au poste de police, soupire le dreadeux.
- Hein ?
- Bof, fait-il. Ça ne change pas de d'habitude…
Je m'appuie contre son bras et il souffle :
- Bill dort ?
Je hoche la tête :
- Il est partit pour la nuit, je dis.
- Comme à chaque fois, dit Tom.
- Qu'est-ce que tu en sais ?
- Je le connais suffisamment pour le savoir, dit Tom avec un sourire. Il donne tout ce qu'il a à ses petites-amies, comme moi, mais à la différence de lui, moi j'en garde un peu pour moi…
- C'est ce qu'il fait que je sors avec Bill et non toi, je dis.
- Ha oui ?
- Toi tu ne te donne pas tout entier à tes copines, justement, je dis en me tournant vers lui. Tu n'es pas à fond dans ta relation. Amoureux des femmes comme tu es, même si tu es avec une nana, tu ne peux pas t'empêcher de regarder ailleurs. Bill non. Attention, je ne dis pas que tu n'es pas fidèle, je n'en sais rien, mais Bill, lui, est à cent pour cent à moi. Des fois j'ai l'impression qu'il vit juste pour moi. Dès que j'ai un souci, il est là et tente par tous les moyens de le résoudre.
- C'est ton petit-ami, dit Tom. Il est là pour ça, pour te rendre la vie plus simple.
- Oui, je dis avec un petit sourire.
Je pose ma main sur mon ventre et Tom ajoute :
- Enfin, la plupart du temps…
Je pouffe puis nous nous mettons à rire. Quand je me calme, je regarde ce qui défile sur le poste de télé et je fais la grimace. Tom saisit alors la télécommande et met le film sur pause en disant :
- Je veux un câlin…
Je hausse un sourcil et le regarde en disant :
- Et ça te prend comme ça ?
Il me sourit :
- Autant que j'en profite le plus possible maintenant parce que quand tu auras le bébé, ce sera fini.
- Mais non, je dis en souriant.
Je l'attire ensuite contre moi et il se met à rire. Je souris puis il recule et pose sa main sur mon ventre en disant :
- Ce groupe va devenir une vraie pouponnière… D'abord Anna, puis toi…
- Nein, je fais en secouant la tête, posant ma main sur celle du dreadeux. Tokio Hotel restera Tokio Hotel. Anna et moi ne sommes que des à-côtés.
- Des à-côtés qui ont une importance primordiale pour nous, dit Tom avec un sourire.
Il retire ensuite sa main puis je me lève. Il me souhaite une bonne nuit et je lui balance un large sourire. Je remonte ensuite dans la chambre et me recouche tout contre Bill qui m'enlace aussitôt sans pour autant se réveiller.
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- Non, j'ai dit.
- Maman.....
- Tom, gamin va, je dis depuis la cuisine.
- Mais c'est pas juste, dit-il en croisant les bras.
Je me pointe à la porte de la cuisine avec un torchon dans les mains et Simone dit :
- J'avais dit que vous deviez rester dans vos chambres à étudier et vous ferez ce que j'ai dit, dit-elle, les sourcils froncés. Et je ne veux pas savoir si vous aviez autre chose à faire, ajoute-t-elle en regardant Bill.
Je hausse un sourcil puis la femme rousse se tourne vers moi :
- Viens Marie, allons continuer les préparatifs pour ce soir.
Elle regarde à nouveau ses fils et je les regarde monter dans leurs chambres en bougonnant :
- C'est pas juste, maman, fait Bill.
- Mais c'est comme ça, dit la femme. Aller Marie, suis-moi.
- Où ? je fais.
- On va aller au supermarché, j'ai besoin de diverses choses pour ce soir.
- J'arrive, je vais chercher mon sac, je dis.
Elle hoche la tête et je monte ensuite à l'étage. Quand je rentre dans la chambre de Bill, je trouve les jumeaux assis sur le lit de ce dernier, face à face, leurs ordinateurs portables entre eux, et je dis en souriant :
- Gentils toutous obéissants…
- Gniagniagnia, fais Tom en bougonnant.
- Aller, ce n'est pas si terrible, je dis en prenant mon sac à main sur la commode sous la fenêtre.
Je regarde si j'ai tout dedans puis m'approche de Bill et pose mes mains sur ses épaules. Je regarde ce qui est affiché sur son écran et plisse le nez :
- Je déteste les maths…
- Ich auch… disent les jumeaux d'une même voix morne.
Je rigole doucement puis embrasse Bill sur la joue et donne une tape sur l'épaule de Tom en leur disant que j'ai mon portable s'ils ont le moindre problème, sauf si cela concerne leurs devoirs scolaires, chose que j'abhorre au plus haut point.
///
Simone et moi passons la matinée au supermarché. Elle remplit un caddie et nous passons ensuite chez le boucher, puis à la boulangerie. Je ne suis guère impressionnée, chez moi, quand nous avons toute la famille, il faut presque autant de nourriture.
- Tu as besoin de quelque chose ? me demande-t-elle comme elle ferme le coffre du break. De la nourriture pour ton chien, peut-être ? Ou autre chose…
Je souris puis ajoute :
- Non, Général mangera la même chose que nous, je dis. C'est Noël après tout.
Elle me fait un sourire puis nous montons dans la voiture et reprenons la route de la maison. Nous y retrouvons Gordon qui fait la poussière sur les meubles et je dis :
- C'est pas mon père qui ferait ça !
- Ha non ? fait Simone.
- Non, lui ce qui l'intéresse, c'est son ordinateur et occasionnellement, sa voiture, je ris.
Tout le monde souris puis je monte à l'étage, ne tenant pas vraiment à aider Simone pour préparer le repas de ce soir.
- Oh ma petite femme !
- Hé ben ? je dis en entrant dans la chambre, surprise.
Bill bondit du lit et m'enlace si fort que je suis obligée de le repousser :
- Hé oh, on se calme, y en a un qui n'aime pas bien être serré comme ça…
- Pardon, dit-il en reculant. Mais tu nous sauve la vie, hein Tom ?
- Ouais…
- C'est à dire ?
- On est en train de faire notre français mais on galère…
- Avec la grammaire je suppose, je dis. C'est normal, il n'y a que les Français pour imaginer des conjugaisons aussi tordues.
- Tu l'as dit ! fait Tom en ronchonnant.
Je secoue la tête avec un sourire puis contourne le lit, grimpe dessus, et vais me caler contre les coussins, les jambes repliées sous moi. Je prends une feuille que me tends Tom et attrape le livre qui correspond :
- C'est facile, je dis.
- Pour toi oui, mais pour nous, bonjour la galère, dit Bill en affichant une tête de chien battu.
- Aller, je dis alors. Au boulot ! Ça me fera pas de mal de réviser !
Ils se regardent puis ils se mettent au boulot. A chaque mot français qu'ils sont supposés connaître, je le leur fait dire à haute voix, puis écrire et enfin traduire en allemand. Je pousse parfois le vice jusqu'à leur demander une description et, à ma grande surprise, c'est Tom qui récolte le plus de bons points, comme si Bill le laissait répondre exprès avant lui, soit parce qu'il ne connaît pas la réponse, soir parce qu'il n'a pas envie de répondre.
Je ne me formalise pas pour autant et continue de les aider pour les exercices, notamment des textes à trous et des conjugaisons, avant qu'ils ne décident de passer à l'histoire et la géographie. Là, je les laisse faire tranquillement et attrape la console de Bill posée sur la table de chevet.
///
D'en bas monte une odeur de nourriture qui affole mon estomac. J'ai la nausée et j'ai peur de ne pouvoir faire honneur au dîner de Simone ce soir.
Couchée sur le lit, un oreiller serrée contre mon ventre, je lutte contre la nausée. Si je vais vomir maintenant, adieu la soirée avec les voisins et les bons plats de la mère des jumeaux.
- Marie, tu vas bien ? Cette odeur de nourriture te retourne le ventre, n'est-ce pas ? me demande Bill depuis la salle de bains où il se prépare.
Je hoche la tête puis il dit :
- Prends ton médicament… Tu pourras au moins profiter de la soirée, à défaut de manger…
- Je ne sais pas, je dis en me tournant sur le dos comme il s'allonge sur le lit à plat ventre, à la perpendiculaire de moi. Tu sais que ce médicament calme mes nausées mais me coupe aussi la faim…
- C'est pour ça que je te dis de le prendre, dit-il en passant une main sous mon pull. Cette petite chose peut bien jeûner un soir pour que sa mère puisse profiter d'une soirée tranquillement, non ?
- J'ai déjà prit ce médicament hier soir… Et j'ai à peine mangé à midi… Non, je dis. Je ne vais pas le prendre. Tant pis, je serais malade, mais après tout, je suis enceinte, autant assumer.
- Comme tu voudras… Je suis certain que ma mère comprendra de toute façons.
- Il n'y a rien à comprendre, je dis comme il se relève en soupirant. C'est comme ça Bill. Je ne vais pas mettre la vie de mon bébé en danger juste parce que je veux passer une soirée sans courir aux toilettes toutes les dix minutes.
- Notre bébé, rectifie-t-il. C'est notre bébé, Marie, même si tu es persuadée que je suis trop jeune pour être père.
Je pince les lèvres puis croise les bras. Il retourne alors dans la salle de bains et, entendant la bombe de laque entrer en action, je me lève du lit et vais dans l'armoire. J'attrape un petit pull à col roulé noir et un jean blanc aux coutures latérales noires. Je passe autour de ma taille un foulard blanc que je noue sur ma hanche puis me charge de mes bagues, colliers et bracelets avant de chasser mon chanteur de la salle de bains pour me maquiller.
Je suis en train de mettre mes mèches en place quand on frappe à la porte. Bill va ouvrir et j'entends Tom lui dire que les premiers invités sont arrivés. Il lui répond que nous arrivons et je sors de la salle de bains en souriant.
- Tu es ravissante, me dit-il en posant ses mains sur mes hanches et me tenant contre les siennes. Et tu le serra encore plus avec un bébé dans les bras, j'en suis certain.
- Arrête, je dis en me dégageant. Arrête de parler de ce bébé, il n'a même pas un mois…
Il baisse les yeux puis enfile une veste et quitte la chambre. Je l'ai froissé, je le sais parfaitement, tout comme il sait parfaitement que je n'aime pas qu'il ressasse sans arrêt le fait que je sois enceinte. J'ai déjà bien assez de mal à l'accepter sans pour autant qu'il me le rappelle tous les jours.
Prenant mon portable que je glisse dans ma poche, je le suis et descends au rez-de-chaussée. Je me glisse derrière lui en voyant un couple et deux enfants en train de donner leurs manteaux à Gordon, et attends que ce dernier fasse les présentations.
- Ha ! fait-il enfin. Maria, Evrard, vous vous souvenez des jumeaux ?
- Les… jumeaux ? fait la dénommée Maria en regardant Bill et Tom. Seigneur Dieu ! Regardez-moi ça ! Ce sont devenu des hommes ! Mon Dieu comme vous avez changé !
Elle s'approche vivement et les embrasse tous deux sur les deux joues, dispensant des baisers bruyants. Je guette la réaction des garçons et suis surprise en les voyant sourire de toutes leurs dents :
- Mama Maria, dit alors Tom. Ça fait si longtemps !
Mama Maria.... Ha bon...
- Et oui ! dit la femme avec un sourire d'une oreille à l'autre. Vous êtes devenus de beaux jeunes hommes tous les deux ! Regardez-moi ça !
Elle fait tourner Tom sur lui-même et celui-ci se met à rire. Evrard s'approche alors et regarde Bill en plissant un œil. Il hausse ensuite les sourcils et je vois bien que son regard s'est posé sur la boucle de ceinture en forme de crâne, mais je ne dis rien.
- Bonsoir Bill, dit l'homme. Tu as beaucoup changé, en effet…
Son ton est froid et j'en ai la chair de poule. J'accroche deux doigts sur la ceinture du jean de Bill, dans son dos, et il se raidit. L'homme s'éloigne alors et serre furtivement la main de Tom.
- C'est moi où cet homme ne t'aime pas ? je lui souffle à l'oreille aussi bas que possible.
- Il ne m'aime pas, dit Bill. Mais je t'expliquerais plus tard.
Je hoche la tête et regarde Maria secouer les mains de Simone en la félicitant d'avoir de si beaux garçons. Cela me fait sourire puis Simone me regarde et dit :
- Vous n'avez pas fait la connaissance de ma fille, si ?
- Ta fille ? dit Maria en haussant un sourcil. Cette demoiselle près de Bill ?
- Sa fille… je dis doucement avec un petit sourire.
- C'est un terme familier pour designer sa belle-fille, dit Bill avec un sourire. Apparemment, elle nous imagine mariés.
- Ha non ! je dis un peu vivement. Pas deux gros chocs en même temps.
- Ne t'inquiète pas ! rit mon chanteur en passant un bras sur mes épaules.
- Maria, je te présente, Marie Frebaz, la petite-amie de Bill. Depuis… deux ans, c'est cela ?
- Bientôt, oui, je dis avec un sourire timide. Enchantée madame… je dis ensuite en serrant la main de la femme qui à une sacrée poigne.
- Tatata ! fait Maria. Appelle-moi Maria, comme tout le monde ! Tu es très mignonne, ajoute-t-elle alors. Bill sait bien choisir ses copines. Même quand il était plus jeune, il…
- Maria ! s'exclame Bill, le rouge aux joues.
Je pouffe puis pose mes mains sur ses joues en disant :
- Ha ouais, déjà petit tu faisais tomber les filles sous ton charme ? Dragueur…
- Quoi ? Mais non…. Tom au secours… gémit-il alors.
- Hé là, mesdames, on n'ennuie pas mon petit-frère, dit Tom sur le ton de la plaisanterie en passant un bras sur les épaules de son jumeau.
Je souris comme Maria mais je sens bien que cette phrase était un avertissement. Ça devait être pas mal à l'époque de l'école… Tom protégeant Bill de ceux qui l'ennuyaient par rapport à son look. Faudra qu'ils me racontent ça un jour…
Après Maria et sa famille, deux autres couples arrivent. Je repère aussitôt le couple bourgeois mais accueillant. Ils poussent leurs deux enfants, un garçon et une fille, vers le salon où je suis installée, au milieu de cinq autres enfants : les deux garçons de Maria et Evrard et les deux filles et le fils de John et Sandra, le couple arrivé deux secondes avant les bourgeois.
En voyant la fille du couple bourgeois, j'ai la vision furtive de Nelly Oleson dans « La Petite Maison dans la Prairie ». C'est le même style : anglaises blondes avec des nœuds assortis à la robe, robe à froufrous arrivant à mi-mollet et aux manches bouffantes, petite ballerines noires et socquettes blanches. Je me retiens de sourire et regarde Bill qui, assit sur un pouf, est à la même hauteur que le plus petit des deux garçons de Maria.
Intriguée, je le regarde mieux. L'enfant semble avoir huit ou neuf ans mais quelque chose en lui me met mal à l'aise. Il sourit alors puis lève les mains et les pose sur le visage de Bill qui ferme les yeux. A la façon dont l'enfant touche le visage du brun, je comprends aussitôt qu'il est aveugle ou mal-voyant.
Bill prend soudain les mains de l'enfant dans les siennes et il l'attire à lui. Le garçon se blottit dans ses bras et la jalousie me pince méchamment le cœur. Je sens alors une présence et lève la tête :
- Mickail est aveugle, dit Tom en s'accroupissant près de moi. Il est tombé d'une balançoire il y a deux ans, et une hémorragie cérébrale lui a fait perdre totalement la vue. Depuis qu'il est aveugle, Bill s'en occupe comme si c'était son petit-frère, tu sais… Chaque fois qu'on vient à la maison, même deux jours, il va voir Mickail et reste avec lui. Ça m'étonne d'ailleurs qu'il ne soit pas allé chez Maria dès notre arrivée…
Je tourne la tête vers Bill et le vois maintenant assit sur le sol, en tailleur, Mickail installé dans le creux formé par ses jambes. L'enfant a ses mains sur celles de Bill et il suit tous les mouvements que fait mon chanteur, comme pour les apprendre. Bill lui sourit tendrement et l'embrasse soudain sur le tempe avant de le serrer dans ses bras. Je sens ma gorge se serrer et me lève un peu vite, prise d'une violente nausée.
- Marie ? fait Tom, surprit.
Je m'engouffre dans le couloir qui mène au garage et m'effondre contre le mur, près de la porte des toilettes du rez-de-chaussée. Je vois alors apparaître le guitariste et il détache le rideau à l'entrée du couloir. Celui-ci est alors plongé dans le noir et il appuie sur l'interrupteur près de lui en disant :
- Ca ne va pas ? C'est Mickail qui te met mal à l'aise ?
Je souffle puis secoue la tête :
- Non, c'est Bill… Quand je le vois avec cet enfant aveugle et quand je pense que je lui dis sans cesses de ne plus penser à ce bébé…
- Marie… Bill aime les enfants, et que tu le veuilles ou non, tu porte le sien… Il le veut Marie, ce bébé, et je sais qu'il s'en occupera parfaitement sans pour autant que son travail en pâtisse. Je le connais Marie, il saura tout gérer.
Je secoue la tête en déglutissant. Je prends alors une grande inspiration par la bouche et, les mains sur les reins, je lâche un profond soupir. Tom s'approche alors et pose ses mains sur mon ventre en disant :
- Même si tu es persuadée que ce bébé va ruiner la vie de mon frère, moi je te demande d'y croire.
- Y croire ou pas n'est pas la question, je dis. J'ai peur, c'est tout. Si je mets ce bébé au monde, j'ai peur que vous perdiez vos fans. Une grande majorité est là uniquement parce que vous êtes célibataires et que votre cœur est à prendre. Tu te souviens du nombre de menaces que j'ai reçu quand ma relation avec Bill a été officiellement annoncée ? Imagine le remue-ménage quand le monde saura que je suis enceinte…
- Ne t'inquiète pas, me dit-il en effleurant ma joue de ses doigts. Ce ne sont que des fans, elles vont t'ennuyer un moment, tenter de te faire craquer mais tu es forte et tu arriveras à surmonter cela, une fois de plus, avec l'aide de Bill.
- Et celle de Georg, Gustav et Anna, j'ajoute. Et la tienne aussi. Je crois que si j'avais été toute seule avec Bill, sans toi ni les trois autres, il y a longtemps que je serais rentrée en France, incapable de supporter tout cela.
Il me fait un demi-sourire puis recule d'un pas et je le remercie d'un petit signe de tête. Il quitte alors le couloir et je me glisse dans les toilettes pour me passer de l'eau sur les joues et me refaire un visage serein.
///
Le dîner est bruyant et riche en discussions diverses et variées. C'est un vrai repas de fête, les plats apportés sont somptueux mais, malheureusement, je ne peux guère manger. A part Simone, personne ne semble l'avoir remarqué, mais je déchante bien vite.
Assise à gauche de Simone, Maria se penche à son oreille et je tente de démêler ce qu'elle dit des autres conversations. Je ne parviens à saisir que le mot « nausées » et « médicaments », avant que Gordon ne me tire de ma concentration :
- Marie, dis-nous donc comment tu as rencontré Tom et Bill, tu veux ?
- Maintenant ? fait Simone.
Les conversations se taisent et je regarde Simone en espérant qu'elle comprendra que je n'ai pas bien envie de raconter mon histoire maintenant.
- C'est l'heure du fromage, dit alors la femme rousse. Aller Marie, viens m'aider, tu veux ?
Je soupire et me lève en posant ma serviette à côté de mon assiette.
Je suis Simone à la cuisine en portant une pile d'assiettes que je dépose près du lave-vaisselle et, comme elle sort d'autres assiettes du vaisselier, elle me dit :
- Maria se pose des questions…
- J'ai vu. Elle a deviné ?
- Je crois bien. Elle est très perspicace… Mais ne t'en fait pas, elle ne dira rien.
- Vous savez, cela m'est égal qu'elle le dise ou pas, mais…
- Mais ?
- Non, rien, je dis avec un sourire. Je m'inquiète encore pour rien et Bill va me charrier.
Simone me fait un sourire puis j'emmène les assiettes à fromage dans la salle à manger. Je les distribue puis me réinstalle près de Bill qui pose une main sur ma cuisse et me sourit. J'ai envie de l'embrasser mais je me retiens. Je sais que sa mère n'aime pas les effusions de tendresse devant tout le monde. Je me contente donc de poser ma main sur la sienne et il me caresse le dos de la main avec son pouce.
///
A la fin du dîner, nous restons tous à table à discuter en alignant les tasses de café. Simone m'en prive de plusieurs à cause de mon bébé mais j'en prends quand même quatre au cours de la soirée. Je continue ensuite à la tisane et, assise dans le canapé, appuyée contre Bill, je discute avec Maria, Sandra et Annabelle. Simone nous écoute de loin en discutant avec les hommes et je sens Bill accroché à mes paroles :
- Détrompe-moi, jeune fille, dit alors Maria. Mais il me semble que tu ne te comportes pas comme une jeune fille… disons… normale.
- Attention à ce que tu vas dire Maria, dit alors Bill.
- Occupe-toi de ta conversation, toi, siffle la femme avec un sourire.
Bill pince les lèvres puis il détourne la tête et Maria se penche en avant en disant :
- Tu ne serais pas enceinte par hasard ?
Mon cœur loupe un battement et je vois les deux femmes de part et d'autre de Maria s'apprêter à rabrouer leur amie, mais Bill dit alors :
- Et alors ? Qu'est-ce que ça fait ?
- Dis donc, je dis à Bill en retour. Un peu de retenue.
- Parle-moi sur un autre ton, Bill, dit alors Maria en fronçant les sourcils. Alors Marie ? J'ai touché dans le mille, non ?
- Oui, je dis.
- Quelle bonne nouvelle !
- Tu trouve ? siffle Annabelle. Je suppose que Bill est le père, non ? me fait-elle ensuite.
- Et alors ? dit Maria. Annabelle, que tu es rabat-joie.
- Bill est trop jeune, dit Annabelle en croisant les bras. A dix-huit ans, on ne fait pas un enfant, je suis désolée, surtout pas avec le type de travail qu'il fait. Ce bébé ne verra jamais son père !
- Et pourquoi donc ? je dis, étonnée. Je vis à Hamburg, je vois les garçons tous les jours et je les suis quand ils quittent la ville…
- Pour le moment, dit Annabelle. Mais quand cet enfant sera né, plus question de partir des semaines loin de chez toi. Il lui faut un endroit stable, un endroit auquel il s'habituera, qu'il pourra reconnaître, et pas une chambre d'hôtel différente chaque semaine.
Je ferme les yeux, décidant de ne pas m'énerver, mais je sens la moutarde me monter au nez… en même temps qu'une nausée.
- Vous la rendez malade avec vos histoires, dit alors Simone en approchant. Va t'allonger dans le noir Marie, ça ira mieux après.
Je hoche la tête puis me lève. Bill tente de me suivre mais sa mère l'en empêche et je vois mon pauvre chanteur encerclé par les quatre femmes. Il me jette un regard désespéré, me demandant de ne pas le laisser seul avec ces pies, mais ma nausée remonte et je m'éclipse dans la salle de musique où je m'allonge sur le canapé.
C'est Tom qui vient s'enquérir de mon état quelques minutes plus tard :
- Ma mère m'a demandé d'aller voir comment tu vas… dit-il en se baissant à ma hauteur.
- Ça va mieux… Mon estomac joue à la corde à sauter mais ça va.
Je pince alors les lèvres, yeux fermés, et soupire. Tom pose une main son épaule puis se relève et quitte la salle. Il ferme la porte de la salle sur lui et je regarde les guitares entreposées dans la pièce, sur leurs râteliers. Elles ressemblent à des monstres se dressant vers le plafond et je soupire. Je me tourne sur le côté et peste contre cette grossesse qui me rend malade comme un chien.
///
Je crois que je me suis endormie parce quand je rouvre les yeux, je vois Bill assit près de moi, sur une caisse frappée au nom de Tom. Je lui souris et demande :
- La soirée est finie ?
- Oh non, on en est encore loin, là on a attaqué les jeux de société, dit mon chanteur en levant les yeux au ciel. Mais toi, ça va ? Tu dormais ?
- Je crois, je dis en m'asseyant. On a faim, je fais ensuite.
- On ? Oh !
Il me fait un sourire puis je me lève et il m'enlace. Nous nous embrassons longuement au risque de déclencher un violent désir, mais je le repousse et nous gagnons la salle à manger :
- Tiens regardez qui voilà ! dit Maria en souriant.
Je souris puis Simone demande :
- Tu as peut-être faim, non ?
Je hoche la tête et elle va aussitôt me chercher un peu du repas qu'elle met au micro-ondes une minute :
- Tu veux jouer ? demande alors Tom en montrant le monopoly étalé sur la table.
- Non, merci, je perds tout le temps, je dis avec un sourire. Je vais vous regarder plutôt.
Tom me sourit puis je m'installe sur le genou de Bill et il m'enserre la taille de son bras. Je passe cependant rapidement sur la chaise que Gordon pousse vers moi et Bill laisse filer sa main sur mes reins. Le regard noir qu'il lance à l'homme me fait sourire intérieurement puis Simone dépose devant moi une assiette très alléchante. Finalement, je l'aurais quand même eut mon, repas de Noël.
See ya !
Et on n'oublie pas les reviews, héhé
Phenix
