Mot de l'auteur : Kyaaaa j'ai sur-sur-suradoré « Les Animaux Fantastiques ». Vous voyez la folle dans un coin du cinéma en train de bondir comme un boursouf ? C'était certainement moi ! Ça m'a juste donné le coup de fouet nécessaire pour finir ce chapitre !
Et bien sûr je vous remercie tous pour votre patience et votre gentillesse, moi auteur aussi régulière qu'un TER de la SNCF (ceux qui ne prennent pas le train ne comprendront pas. Ceux qui le prennent comprendront TRES BIEN). J'en profite pour passer un merci aux auteurs de reviews anonymes. Je ne peux pas vous répondre, mais vos messages me font toujours plaisir !

Chapitre 32 : Invasion de Malefoy au Manoir

Mercredi arriva trop vite aux yeux des habitants du Manoir Malefoy.

Dès le lever du soleil une frénésie sans pareille s'empara des elfes de maisons : encouragés par une Narcissa survoltée, ils frottèrent le moindre misérable grain de poussière présent dans la demeure, battirent les tapis, égalisèrent les buissons et astiquèrent le cuivre et l'argenterie. Une partie des chambres de l'aile des invités fut préparée et la maitresse de maison partit faire elle-même le tour de chacune d'entre elles, réglant jusqu'à la moindre nuance d'inclinaison de fleurs dans les bouquets.

Impossible de faire semblant de dormir avec ces bruits continuels de cavalcades, ainsi les deux hommes de la maison étaient prêts à une heure indue et passaient le temps en observant ce manège depuis deux fauteuils, prétendant lire leurs journaux respectifs sans grand succès.

-Tout est parfait Narcissa, finit par intervenir Lucius en la voyant traverser le petit salon pour au moins la quinzième fois.

Il espérait sans doute l'apaiser, mais reçut à peine un regard ulcéré avant d'être purement et simplement ignoré. Se carrant un peu plus dans son fauteuil d'un air outré, il plongea son visage derrière son journal tout en grattant furieusement le cou de Phobos, l'un de ses lévriers écossais.

Pour sa part, Drago préféra s'abstenir de tout commentaire.

Un son de cloche profond résonna finalement dans la demeure et la voix haut-perchée d'un elfe retentit à leurs côtés :

-Vos invités sont arrivés Maître.

-MISERICORDE ! S'exclama Narcissa quelques pièces plus loin, s'étant vue prévenir au même moment.

-Je ne vois ici aucune raison de s'émouvoir ! Répliqua férocement son mari vers la direction approximative du cri.

Il se leva brusquement en jetant son journal sur un guéridon et partit avec élégance vers l'entrée, faisant claquer sa canne à chaque pas comme si chaque coup appuyait son mécontentement.

-J'en vois hélas quelques-unes… Soupira quant à lui Drago en s'avançant vers une fenêtre pour observer le groupe hétéroclite qui remontait la grande allée sous un fin crachin matinal.

-o-O-o-O-o-

-Blaise ? BLAISE ?! BLAIIIIIISEEEE !

Hermione donna un dernier tambourinement plus prononcé à la porte avant de pester.

-Quelle barbe ! Mais qu'est ce qu'il peut bien fabriquer ?!

Abandonnant son entreprise, elle descendit au rez-de-chaussée en serrant contre elle les pans de sa robe de chambre et louvoya entre plusieurs cartons à moitié vidés pour retrouver la salle à manger. Harry s'y trouvait, occupé à petit déjeuner dans la faible clarté d'une journée s'annonçant pluvieuse, une grosse pile de Gazette du Sorcier comme seule compagnie.

-Je croyais que tu ne voulais pas lire ces torchons ? S'étonna-t-elle en s'asseyant devant l'un des services installés, se versant aussitôt une tasse de thé.

-Bonjour à toi aussi Herm', et je rattrape mon retard après avoir subi les commentaires désagréables d'un auror, puisque apparemment tout le monde semble vouloir me rendre parano…

Il leva un œil et nota sa tenue.

-…Ta malle a pris feu pendant la nuit ?

-Non ! Ma malle se porte très bien merci, et je serais habillée si seulement Blaise daignait sortir de la salle de bain ! Il y est depuis presque une heure !

-Oh… Eh bien tu peux utiliser celle à mon étage.

-Ma trousse de toilette est dans CETTE salle de bain.

-Ah. Mes regrets les plus sincères, lâcha Harry avec un sourire en biais.

-Harry James Potter ! Ce n'est absolument PAS amusant !

-Non non, pas du tout…

Au contraire, la situation avait ses côtés les plus hilarants et Harry n'était pas sûr de savoir ce qu'il trouvait le plus surprenant dans tout ce qui s'était passé depuis le début de l'année. Héberger Blaise Zabini devait être assez haut dans le classement…

En fait, il avait décidé d'éviter de penser tout court. Penser pourrait lui faire faire la seule chose logique qui s'imposait : fuir à l'autre bout de la planète. Il se raccrochait à une seule chose : être vite à dimanche pour récupérer sa fille.

Et accessoirement son époux.

Fronçant les sourcils, réaction que provoquait toute mention de Drago, même mentale, il se replongea dans sa lecture des articles navrants le concernant. Puis craqua et reposa les feuilles à plat devant lui pour fixer la jeune femme à ses côté d'un air terriblement déterminé.

Hermione grimaça intérieurement en sentant venir au grand galop une prise de tête made-in-Harry.

-Herm', j'ai quelque chose qui me préoccupe ces derniers temps.

-…Autre que le fait que quelqu'un ai cherché à kidnapper Evy' ? Lança-t-elle avec gravité.

Ils ne savaient vraiment pas quoi faire à ce sujet. Les possibilités concernant le coupable étaient tellement nombreuses que personne ne savait où commencer l'enquête… Peut-être aussi parce que Harry et Malefoy avaient tous deux refusés de prévenir les autorités et qu'ils devaient donc se débrouiller seuls.

Hermione avait listé toutes les potentielles personnes qui pourraient leur vouloir du mal, et malheureusement cela faisait plus d'un mètre de parchemin… Elle était d'ailleurs sûre d'en avoir oublié quelques-uns.

-Oui. Bien sûr, ça me préoccupe aussi, répondit Harry en se décoiffant avec frustration. C'est pour ça que je lis ces fichus journaux, mais non, ça n'a rien à voir. C'est plus au sujet du mariage.

Reposant sa tasse de thé, Hermione croisa les bras devant elle, l'observant avec attention s'agiter de façon nerveuse.

Définitivement une prise de tête. Et de bon matin. Elle n'avait même pas finit sa première tasse de thé.

Hermione s'encouragea mentalement avant d'ouvrir la bouche :

-Eh bien, je ne sais pas si je peux t'aider, mais je t'écoute.

-…En fait ça a vaguement à voir avec le mariage. Enfin, si, ça a un rapport. Je suppose que ça a un rapport parce que... Enfin, tu vois ? (Hermione ne voyait pas vraiment et elle cligna des yeux en réponse). Enfin non, tu vois pas… C'est… Ça pourrait concerner plus Drago… Ou en fait n'importe qui, sans que l'on parle spécifiquement de Dra…

-Harry, et si tu allais simplement au fait ?

Coupé dans ses malheureuses divagations, le brun déglutit avant de reprendre son courage en main et de mettre les pieds dans le plat :

-Je veux parler du sexe Hermione.

La jeune femme accueillit la nouvelle bouche bée, avant d'émettre un « oh… » embarrassé et de chercher à reprendre elle aussi contenance. Ce n'était pas évident. Les sorciers étaient peut être puritains, mais Hermione et Harry avaient été élevés dans des familles moldus qui étaient toute aussi adeptes des bonnes manières et de discrétion en matière de mœurs.

Evidemment sa mère l'avait un jour pris à l'écart dans sa chambre pour avoir LA discussion. Ce qu'elle avait fait d'ailleurs assez tôt sachant que les deux meilleurs amis, et seuls amis d'ailleurs, qu'elle avait étaient deux garçons.

Mais jamais, ô grand jamais, elle n'avait eu à aborder ce thème précis avec Harry ou même Ron, fut-il son petit ami. Les relations amoureuses, oui, pas de soucis, mais toute référence à des activités sexuelles poussées… Non ! La seule avec qui elle avait pu en parler à l'occasion, c'était Ginny… Et parfois elle avait pu entendre certaines choses la nuit, quand Lavande et Parvati étaient en pleine séance de confidences.

-Eh bien… Je… Qu'il y a-t-il à ce sujet ? Demanda t'elle, essayant de montrer plus d'assurance qu'elle n'en ressentait.

-Tout ! Je crois que j'ai délibérément mis le sujet au placard, refusant d'y penser ... J'ai bien… Je veux dire… Oh bon sang, c'est si difficile de parler de ça !

-Crois-moi c'est douloureux pour moi aussi…

-Tu crois que Drago s'attend à ce que… ? Enfin, ce serait pas tout de suite évidemment, mais… Et moi… ? Je veux dire que quand il s'y met je ne suis pas indifférent, pas indifférent du tout d'ailleurs… Mais… Mais… Je n'ai jamais fait ça avec un homme… Je ne sais même pas comment ça se passe !

-Et tu me poses la question ?! Harry ! Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, je suis une femme !

-Bien sûr que je SAIS que tu es une femme, mais…

-Donc d'où peut bien te venir l'idée bizarre que j'en sais plus que toi au sujet du sexe gay ?

Harry fit la moue et Hermione l'imita vite, comprenant bien qu'il devait être difficile pour son ami de se savoir marié, lié pour le reste de son existence, à un autre homme, et ce dans quelques jours. Comment allait se passer leur vie commune ? Elle-même était très curieuse de le découvrir, espérant qu'Harry y trouverait tout de même une certaine forme d'épanouissement. Mais de là à penser à leur vie sexuelle à tous les deux ?! Argh, non, il y avait des limites à ne pas franchir, et pour Hermione, c'était celle de la chambre à coucher.

Derrière cette porte, ils faisaient tout ce qu'ils voulaient, mais elle ne voulait pas en entendre parler !

-C'est qu'en général, tu sais toujours plus de choses que moi… Se justifia Harry, penaud.

-Oui, eh bien, il ne m'était jamais venu à l'esprit de penser à me renseigner au cas hypothétique où un de mes amis proches se retrouve obligé d'épouser un homme !

Son allure exaspéré et désemparé eut au moins le mérite de faire naitre un sourire en coin plein d'humour sur les lèvres de son meilleur ami.

-Comment as-tu fait pour laisser passer une chose pareille ?! Ahlala Herm'… Vraiment, tu me déçois…

-Gnagnagna…

Un rire que l'on essaya d'étouffer avec une main leur fit tourner la tête vers l'ouverture de la salle à manger. Blaise s'y trouvait appuyé, ses longues jambes recouverte d'un pantalon de toile beige croisées de façon faussement décontractée. Les deux gryffondors piquèrent aussitôt un fard en se demandant depuis combien de temps il se trouvait là à écouter une discussion aussi intime.

-La politesse voudrait que l'on se fasse connaitre quand on rentre dans une pièce, Zabini… Grogna Harry en se renfrognant.

-Oulah petit lion, rentre tes crocs, fit le black avec un grand sourire tout en allant s'asseoir de l'autre côté de la table, face à Hermione. Cela aurait été tout aussi gênant de vous interrompre au beau milieu d'une telle discussion, et beaucoup moins distrayant par ailleurs. Au fait, splendide sens de la répartie Hermione.

La jeune femme haussa les épaules, se retenant de peu de ne pas lui tirer la langue telle une fillette boudeuse.

-Autre chose à ajouter ? Demanda Harry d'un ton acide tout en tripotant les pages de la gazette comme s'il désirait les dresser devant lui et se cacher derrière.

Si discuter d'une chose aussi délicate avec une amie était déjà complexe, être entendu par une tierce personne, dont on peut douter qu'elle vous veut du bien, était réellement embarrassant. Blaise était pour sa part égal à lui-même, royal et irradiant de confiance alors qu'il remplissait son assiette de toast, œufs et bacon comme s'il se trouvait chez lui et non chez une personne dont il venait d'entendre les inquiétudes sexuelles.

-Pour ta gouverne, Harry, oui, j'ai quelque chose à ajouter, annonça t'il tranquillement. Pas forcément pour toi, mais pour Drago qui ne mérite pas d'avoir à ses côtés une personne qui stressera à chaque fois qu'ils se retrouveront dans la même chambre… Ce qui, si je ne m'abuse, arrivera dans quelques jours…

-Et il ne s'y passera rien, le coupa le principal intéressé en le fixant avec un rien de méfiance, se demandant ce qui allait lui tomber dessus.

-De quoi ? S'enquit Hermione qui tentait de suivre la discussion.

-La nuit de noce. On en a discuté et on va la subir juste pour les apparences… Personnellement j'étais d'avis de rentrer directement à Lost Wood quand on en aurait eu assez de la fête, mais Narcissa a insisté disant que les gens risquaient de jaser, que le mariage ne paraitrait pas complet, et qu'elle voulait garder son « Drago d'amour » le plus longtemps possible dans sa maison même si l'idée de dormir dans le même lit que lui avec ses parents quelques chambres plus loin, et ça inclut là Lucius Malefoy, me fait frémir d'effroi.

Hermione grimaça, étant totalement de son avis, même si pour sa part cela incluait aussi Narcissa Malefoy qu'elle détestait presque autant que son mari.

-Tu ne devrais pas dire ça, le tança Blaise qui était devenu d'un coup très grave. Tu es conscient que tu t'apprête à devenir son gendre ? L'un de ses héritiers ?

-Oh ça va, c'est son fils que j'épouse, pas lui !

-Malheur… Tu n'es vraiment pas conscient des tenants et aboutissants des mariages, n'est-ce pas ? Je crois que j'en ai déjà discuté avec Hermione, mais quand tu contractes une union avec un sorcier ou une sorcière, ce n'est pas que lui ou elle que tu épouses, mais en quelque sorte sa famille ! Et particulièrement le chef de famille.

-Hein ?! Qu'est-ce que tu racontes là ?!

Harry fronça les sourcils pour arborer son meilleur air têtu. Il jeta un petit coup d'œil à sa meilleure amie, mais celle-ci lui fit comprendre son impuissance en lui faisant signe d'écouter son invité.

-C'est de la simple logique ! Commença Blaise quand il eut récupéré son attention. Le mariage sorcier n'a pas été créé pour unir uniquement deux personnes qui s'aiment… Ca, elles peuvent le faire toutes seules ! Mais dans le seul but de faire prospérer la Famille, de toutes les façons possibles : descendants, fortunes, terres… Et que sais-je encore ! Et si ce sont les femmes qui choisissent les prétendants, le choix final reste au chef de famille, car il s'agit somme toute de faire entrer un nouveau membre dans leur arbre généalogique et dans leur magie familiale. On appelle ça maintenant « un mariage » lorsqu'il a fallu nous harmoniser avec les moldus, mais autrefois, on appelait cela « une adoption », car avant même de devenir l'époux de Drago, tu vas devenir le fils de Lucius… Et ne dis pas que tu ne le sais pas : tu as étudié les différentes étapes du mariage et la cérémonie du vin et de l'acceptation vient avant les serments d'union… Cérémonie dont les protagonistes ne seront autres que toi et ton futur beau-père.

Harry ne répondit pas immédiatement, mais son regard dégouté parlait pour lui-même. Finalement après quelques minutes de silence rétif, il poussa un profond soupir :

-J'avoue ne pas avoir demandé la signification de cette cérémonie. En fait, comme ça vient juste après l'épreuve du cheval, je pensais que c'était encore une tradition spécifique des Malefoy visant à me faire passer pour un crétin en me mettant aussi mal à l'aise que possible.

-Non, tous les mariés passent par-là, à part ceux, comme Drago, qui épousent le chef de famille lui-même. Personnellement, j'ai toujours trouvé ce moment très fort en émotion, encore plus qu'avec les serments…

-Ouais enfin… Je suis pas sûr que ce sera notre cas. Lucius me déteste autant que je le déteste, je ne serais même pas étonné s'il empoisonnait mon verre avant de me faire boire dedans…

-Mais non, justement ! Tu passes à côté de toute la signification du cérémonial ! En te donnant à boire, le chef de famille te montre justement que tu peux avoir confiance en lui et que tu ne manqueras jamais de rien, et en échange…

-… Je bois servilement, lui montrant que j'accepte de me montrer obéissant et soumis, le coupa brusquement Harry d'un ton sarcastique. Si, si, j'avais très bien compris dès la première fois.

-Il ne faut pas le voir comme cela… La soumission à l'autorité du chef de famille est ce que nous sommes amenés à subir tous à un moment ou à un autre de notre vie de sorcier. C'est pour ça que tu devrais montrer plus de respect quand tu parles de Lucius Malefoy… Vu ce qui va se passer, tu devrais… Oui, sans doute que tu devrais essayer de t'entendre mieux avec lui…

Instinctivement, les deux gryffondors reculèrent sur leur chaise, révulsés par cette seule idée.

-Hu… Impossible. Depuis la première fois que je l'ai rencontré, et il ne m'était pourtant pas ouvertement hostile à ce moment-là, je n'ai pas pu l'apprécier ne serait-ce qu'un peu. Il est trop… Trop tout ! C'est comme si tu me demandais d'aller faire un câlin à un crocodile !

-C'est vrai qu'il est assez intimidant et peu facile d'approche…

-Il suinte surtout l'hypocrisie par tous ses bords, intervint Hermione qui le regardait elle aussi comme s'il cherchait à leur vendre le Père Fouettard pour le Père Noël.

-Oui, et avec sa voix mielleuse… Ajouta Harry avec un frisson. Et ses sourires qui sont en fait des grimaces déguisées…

Blaise soupira, comprenant que l'affaire était loin d'être gagné.

-En tout cas pour en revenir à nos hippogriffes, j'ai une info gratuite pour toi : Drago est gay. Il sait donc tout ce qu'i savoir au sujet des relations entre hommes.

Harry qui avait voulu se relancer dans sa lecture releva brusquement la tête vers le métis, les yeux ronds comme des soucoupes. Hermione quant à elle resta un instant figée, sa tartine à quelques mètres de sa bouche, avant de, sans trop savoir pourquoi d'ailleurs, rougir violemment.

Peut-être parce qu'ils étaient à nouveau en train de parler de l'orientation sexuelle de quelqu'un.

-Drago est gay ?! Répéta Harry avec perplexité, comme s'il doutait de ce qui était arrivé jusqu'à ses oreilles.

-C'est ce que j'ai dit, confirma le black tranquillement.

-Mais il est sorti avec Parkinson ! Rappela Hermione qui essayait de remettre un peu de bon sens dans cette discussion.

Enfin, si Drago Malefoy avait été gay, elle l'aurait vu ! Certes, elle ne passait pas son temps à guetter ses condisciples pour deviner de quel côté de la balance ils penchaient, mais il s'agissait quand même de Malefoy, leur ennemi durant sept années, impossible à ignorer dès qu'il entrait dans la pièce où vous vous trouviez !

C'était peu dire qu'elle l'avait à de nombreuses reprises observé.

Sa conclusion à son sujet, et seulement après avoir vu comment il se comportait avec Harry, c'était qu'il était bisexuel. Ce qui était toujours mieux que ce qu'elle en avait conclu quelques années auparavant, à savoir que son orientation sexuelle était le Narcissisme. Avec un grand N, parfaitement !

-Drago et Pansy ! Sérieusement ? Ne me dites pas que vous y avez cru ?! S'amusa le serpentard avant d'attraper leurs airs confus au passage : … Ah bein si… Dites donc, on peut tout vous faire avaler…

-Mais… Mais… Ils étaient ensemble au bal de Noël ! Ajouta Harry.

-Evidemment ! Un Malefoy ne pouvait pas se permettre d'y aller tout seul ! D'ailleurs à ce sujet, il a vraiment fait le feignant, il aurait pu avoir mieux que Pansy… Enfin je peux pas vous dire ce qui se passait dans sa tête à ce moment-là, vu qu'on n'était pas vraiment amis.

-Tu en es sûr ? Parce que… Parce que enfin… Je pense que je l'aurais su si le gars qui a été mon rival durant sept ans était intéressé par les garçons et… Oh Merlin… Il a déjà couché avec des garçons…

Le visage de Harry était en train de se décomposer au fur et à mesure que la réalisation faisait son chemin.

-Il a déjà couché avec des garçons… Recommença-t-il d'un ton qui tenait presque plus du couinement que d'une voix humaine.

Hermione sauta aussitôt de sa chaise pour lui attraper les épaules et tenter de le ramener à la raison :

-Lààà Harry, tout va bien, c'est pas important.

Il tourna la tête vers elle et la regarda comme s'il doutait de sa santé mentale.

-Bien sûr que si c'est important ! C'est important parce que je croyais le connaitre un minimum et que mon image de lui est totalement perturbée… Et parce que… Il y a eu d'autres garçons ! D'ailleurs qui ? Hein ?! Qui ?! Où il les a trouvés ?! Il est impossible que ce soit des gars de Poudlard ! Il ne peut pas avoir fait ça sous mon nez SANS QUE JE M'EN RENDE COMPTE ?! Si ?!

-Euhh…

-J'ai envie de commettre des meurtres là…

Harry se rendit compte qu'il plaisantait à moitié quand il réalisa qu'il valait mieux qu'il n'apprenne jamais les noms des personnes qui avaient pût… Grimaçant, amer, il ne pouvait s'empêcher de se sentir trahi. Cela avait beau d'être d'une hypocrisie et d'un égoïsme consommé, il ne supportait pas l'idée qu'il n'y ait jamais pu avoir d'autres hommes entre lui et Drago. Et même pas le savoir !

Des femmes, pourquoi pas, ce n'était pas pareil, mais Drago était SON rival. A Lui ! A Lui ! Merde !

Que d'autres hommes aient pût avoir une relation privilégiée… Détourner l'attention de Drago sur eux, et se croire important pour lui…

Se permettre des privautés comme toucher sa peau, ou même poser leurs lèvres dessus, le caresser, se plonger dans ses yeux de mercure et d'argent… Tout ce que Harry se retrouvait à imaginer la nuit, tout seul dans ses draps, sans pouvoir vraiment mettre d'image car il ne connaissait rien de tout ça.

Il pouvait se toucher lui-même pour tenter de se faire une idée de ce qu'était caresser un autre homme, une silhouette faite comme lui d'angles et de dureté, glisser jusqu'à l'une des part les plus intime de son être, qu'aucune autre personne de son sexe n'avait jamais vu et se demander s'il pourrait apprécier une telle chose chez son partenaire…

Mais tout ça, ce n'était que de l'affabulation. Il n'était pas un homme très imaginatif, il avait besoin de vivre les choses, de les tester. Son corps ne serait jamais celui de Drago, et malheureusement, il n'avait pour seules connaissances que des aprioris concernant le sexe gay mis dans sa tête par des hétéros et qui semblaient étrangement plus inquiétant qu'autre chose.

Des choses telles que : Comme quoi c'était douloureux, avilissant pour tout homme correct qui se respecte, qu'il n'y avait pas d'égalité dans ce genre de couple, avec un dominant et un soumis, comme pour les sados-masos, ce qui incluait donc forcément une sorte de perversion…

Harry aurait pu croire tout ça s'ils ne disaient pas aussi que les gays étaient en majorité des types efféminés que l'on reconnaissait d'un premier coup d'œil ou en les entendant parler, ou que les couples lesbiens comportaient toujours une fille qui se comportait et s'habillait comme un garçon. Partant toujours du fait qu'il devait forcément y avoir une figure féminine et une figure masculine, même dans les couples de même sexe… Ce qui semblait un peu insensé et nombriliste.

Ce qui l'attirait chez Drago, ce n'était certainement pas sa capacité à se comporter comme une fille. D'ailleurs, les seuls côtés « féminins » du blond étaient aussi les plus agaçants : capacité à tout exagérer, susceptibilité et cette étrange manie qu'il partageait avec les femmes de croire qu'on pouvait savoir pourquoi il lui en voulait tout en restant muet comme une carpe, le regard flamboyant de reproches.

Comme en ce moment.

Quand à lui-même, Harry ne se faisait pas l'effet de quelqu'un de très féminin. Il était aussi gracieux qu'un porte manteau, à part, à la limite, quand il volait sur un balai. Il se fichait complètement de son apparence, pouvait manger comme quatre, surtout tout ce qui était sucré, il lui arrivait encore de bailler la bouche grande ouverte, de s'affaler sur les chaises et canapés comme un ado en pleine crise de rébellion, de trouver chouette de finir couvert de boue de la tête au pied et préférait de loin faire une quelconque activité sportive dehors que de papoter de tout et de rien autour d'une tasse de thé.

Bref, il se méfiait des idées toute faite.

Il pensait pourtant qu'il aurait SU si Drago était gay, et il n'arrivait toujours pas à accepter que le blond ait eu, depuis le jour où il l'avait compris, tout un pan de vie et de pensées secrètes.

Peut-être y pensait-il quand Harry le bousculait dans les couloirs, persuadé qu'il manigançait quelque chose de mauvais… Peut-être y pensait-il quand son regard se voilait en cours de potion et qu'il prenait des notes machinalement… Peut-être y pensait-il lorsqu'allongé au soleil, dans le parc, il faisait semblant d'écouter Crabbe et Goyle… Il devait y penser sans aucun doute quand le soir, il s'allongeait dans son lit, à l'abri des rideaux du baldaquin tiré.

A ses désirs… Puis par la suite à son ou ses amants…

Mais à la part de vexation d'avoir été tenu à distance de ce côté-là de son rival s'ajoutait son propre manque de confiance en lui.

Quelque part il avait espéré que Drago soit aussi novice que lui en la matière. Sans savoir à quel point il avait de la chance que ce ne soit pas le cas, il ne pouvait que penser qu'il allait d'abord être ridicule, et très certainement nul, puis que ses performances risquaient d'être comparées à d'autres.

Et s'il n'était pas à la hauteur…

Il préfèrerait mourir sur le champ plutôt que de perdre une telle bataille !

-En fait je crois que je le ferais jamais avec Drago… Se décida-t-il à marmonner, s'attirant une exclamation moqueuse de Blaise.

-Si tu ne vas pas au lit avec Drago…. Commença ce dernier avec une étincelle moqueuse dans le regard. Drago amènera le lit à toi !

-Qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire ? Grogna Harry en le foudroya du regard.

Mais sans même attendre une réponse, il se leva brusquement, écartant Hermione qui le regardait avec inquiétude et sortit dignement de la pièce comme s'il n'était pas en train de fuir une discussion houleuse.

Le seul serpentard présent se contenta de secouer la tête avec condescendance, puis tomba sur l'air sévère dont le gratifiait Hermione.

-Quoi ?!

Celle-ci gonfla légèrement les joues avant d'enfoncer ses poings sur ses hanches :

-Une heure dans la salle de bain ! Vraiment !?

-o-O-o-O-o-

Au Manoir Malefoy, Drago lisait tranquillement sans se douter un instant de la discussion des plus importantes qui avait eu lieu à plusieurs kilomètres de là. D'ailleurs ses pensées étaient assez loin d'Harry pour le moment, ayant des problèmes bien plus immédiats et proches.

Soudain, le calme salvateur qui l'entourait fut troublé par un toquement léger sur la porte, suivit de la tête de sa mère qui apparut dans l'embrasure :

-Je demande l'asile politique pour une Black !

Ils se lancèrent le même regard las avant que Drago l'invite à le rejoindre dans le placard.

C'était un des nombreux placards du Manoir, à mi-chemin entre la remise, remplis de toutes sortes de choses utilisées par les elfes de maisons et dédaignés généralement par les sorciers aristocrates et sang-purs. C'était d'ailleurs là toute la beauté de la chose pour Drago et Narcissa !

Qui pourrait penser un instant à les trouver ici ? La belle et délicate Narcissa qui faisait la mine à la simple vue d'un grain de poussière, le précieux et élégant Drago qui tuerait plutôt que de se salir ?

Et pourtant, ils étaient tous les deux-là, à la lumière vacillante d'une toute petite lucarne aux vitres encrassées et d'une dizaine de bougies. Gracieusement, Narcissa s'assit sur le petit tabouret qui lui était réservé, à côté d'une réserve de magazines féminins et se mit à cracher son venin :

-Rhoooh, si je pouvais faire avaler son col claudine à Marie-Anne ! « Oh Cissy-chérie, les rideaux unis c'est peut être chic, mais ça ne respecte ABSOLUMENT pas l'esprit du Manoir Malefoy ! », tss, comme si elle avait jamais vécu ici ! « Je me souviens, il y avait un très joli vase sur ce guéridon, où est-il passé ? Ne me dites pas que vous en avez été réduit à devoir le VENDRE ?! » Non je me suis débarrassée de cette horreur en le mettant sous la main de Bella quand elle avait besoin de se défouler !

-Mère…

-Oh et Aurélie ne vaut pas mieux sous ses airs de petite sainte, toujours à faire cette abominable petite moue qui la fait ressembler à un canard… Elle ne peut pas dire une phrase sans placer un…

-« Chez nous les Bellerive », fit à sa place Drago en imitant à merveille la voix nasillarde de la sorcière.

-Oh joli Drago !

-Merci Mère. Tu oublies que lorsque nous sommes allé les voir la dernière fois je l'avais pris au mot en faisant pareil avec « Chez nous les Malefoy ». Elle était verte de rage et ça s'est transformé en bataille verbale que j'ai gagnée. Tu te plains, mais ce n'est pas toi qui dois supporter Ambroise et ses airs de futurs propriétaires ! Cet imbécile se voit déjà Lord Malefoy ! Il se pavane dans les couloirs et discute avec les tableaux en faisant de « Quand je serais le maître de cette maison… » (il imita parfaitement sa voix pédante) sa nouvelle phrase fétiche !

-Telle mère, tel fils…

-J'ai toujours pensé que les Bellerive étaient cinglés. Ça se confirme de plus en plus. Je suis hanté par le besoin de lui rabattre le caquet en lui rappelant qu'il n'aura pas le titre tant que je serais vivant et que rien que pour le faire chier, je vais essayer de vivre jusqu'à mes 150 ans !

-Drago ! Ton langage ! Et je te fais remarquer que tu risques de vivre moins longtemps si tu lui rappelle qu'il n'y a que ta vie entre lui et son futur titre…

-Je sais, c'est pour ça que je rumine en silence dans ce placard. Mais ce petit connard a trouvé en plus le moyen d'insulter Evangeline alors je suis à deux doigts de lui envoyer un sort qui le fera fuir en courant jusqu'à Beauxbâtons où il pourra remettre ses robes de sorciers lavande et me foutre la paix !

-La… La… Drago… Ce n'est pas une stratégie très serpentarde ça, mon chéri.

-Je n'ai pas le temps d'être serpentard quand il s'agit de ma fille.

Narcissa le fixa avec douceur avant de craquer et de se laisser aller à lui caresser la joue, puis à jouer avec les fines mèches de cheveux blonds qui lui tombaient sur les tempes. Drago la laissa faire, appréciant le contact et s'en gorgeant, y puisant la force qui l'animait. Il n'osait imaginer ce qu'il ferait sans elle.

-Mère ?

-Mon bébé est en train de grandir et il va se marier… Pour ensuite quitter le nid… J'ai du mal à réaliser.

-Tu réalises au moins que j'aurais du mal à grandir tant que tu continueras à m'appeler comme ça ?

-Chéri, quoique tu fasses, tu resteras mon bébé. Mais laisses-moi donc te chouchouter jusqu'à ce que ton époux t'enlève à nous et que tu n'aies plus que ta propre famille en tête.

-Ca ne risque pas d'arriver, la rassura-t-il d'un ton presque hautain.

Laisser son père derrière lui était plus un soulagement qu'autre chose, mais sa mère… Il n'avait jamais passé plus d'une semaine sans avoir ne serait-ce que des nouvelles d'elle. Cela avait toujours été une condition à son inscription à Poudlard : une correspondance continue et riche de détails, en échange sa mère faisait de même avec des cadeaux à la clef.

-Je continuerais à écrire… Et puis tu as intérêt à venir me voir souvent là-bas, où que ce soit.

-Evidemment, je compte bien voir ma petite fille aussi souvent que possible ! Les bébés grandissent si vite !

L'expression de Drago se rembrunit à la mention d'Evangeline. Elle était au centre de tous ses soucis actuels : c'était simple, s'il ne pensait pas à Harry, il pensait à elle, déchiré entre sa volonté de lui apporter la sécurité dont elle avait besoin, et son propre besoin à lui de l'avoir à ses côtés. Il jeta une œillade interrogatrice à sa mère, se demandant s'il pouvait s'ouvrir à elle sur ce sujet. Il n'était pas certain de son rôle dans la décision arbitraire de son père.

*Non.* Décida-t-il, considérant en son for intérieur qu'il devait prendre ses propres décisions en tant que parent.

Il n'eut pas le temps d'approfondir sa réflexion car un tonitruant : « DRAAAAGGGOOOO » arriva à ses oreilles avec une jolie voix féminine encore enfantine.

Il poussa un profond soupir en entendant le bruit de chaussures claquant contre le parquet se rapprocher de leur placard.

-DRAAAGOOOO ! Mais où te caches-tu mon petit dragon chéri ?

-Arianne, émit simplement Narcissa d'une voix neutre en ouvrant un magazine.

-Arianne, confirma Drago avec un ton de supplicié.

Oui, il allait rester caché encore quelques petites heures.

-o-O-o-O-o-

Elle était comme d'habitude cachée dans les toilettes du personnel, attendant assise sur une cuvette au battant fermé que les familles des autres pensionnaires partent. Elle n'aimait pas quand il y avait trop de monde à l'institut, et longtemps elle avait même fuit son père, sa mère et son petit frère jusqu'à ce qu'ils comprennent qu'elle ne voulait pas les voir. Un jour ils avaient juste cessé de venir aux journées portes ouvertes.

Il y avait un avant et un après, un avant merveilleux où elle était la fille chérie un peu trop sensible de la famille, entourée de ses amies, et un après où elle n'était plus rien.

Plus rien qu'un animal.

Captant les bruits qui s'amenuisaient, elle sortit de la cabine, se retrouvant comme toujours face à un reflet dans le miroir qui la heurtait.

Un visage entourés d'ondulations d'un blond terne, des yeux bleus désillusionnés qui ne pouvaient s'empêcher de vagabonder d'un côté aux quatre lacérations nettes qui creusaient sa joue, de l'autre aux croissants de lunes déformés qui marquaient le haut de son cou et de sa nuque, là où Greyback l'avait d'abord agrippé, puis attiré jusqu'à ses crocs.

La nuit, elle revoyait encore toute la scène. Cette masse d'homme poilue, comme transformé à moitié, ses yeux jaune de loup la fixant avec voracité. Elle en hurlait, elle se débattait. Tout ! Tout pourvu qu'il ne l'approche pas, que ses griffes ne l'accrochent pas, qu'il ne l'attire pas contre lui, l'étouffant de sa puanteur de bête, d'alcool et de charogne, qu'il ne perce pas sa tendre peau de ses dents étrangement aiguisées.

Mais c'était un fait : ce n'était pas qu'un cauchemar, c'était bel et bien arrivé. Non content de ruiner ses espoirs minces de jeune femme, il l'avait forcé à endurer sa malédiction.

Lavande Brown était elle aussi un loup-garou.

Toutes les pleines lunes elle se transformait en cette louve claire, efflanquée, peureuse, qui trainait dans les pattes de Bill tout en chouinant.

Et elle entendait l'appel ! Cet horrible appel venant de son véritable alpha. Un monstre que l'on n'avait pas encore attrapé et qui rodait, attendant que ses victimes le rejoignent et le servent. Alors quand malgré la Potion Tue Loup elle se sentait attirée, elle plongeait son museau dans le poil de Bill, et quand elle était trop faible pour résister, c'était le grand et beau loup roux qui la rattrapait, mordait son museau en guise de punition et l'obligeait à faire marche arrière.

Ce qu'elle ressentait pour Bill Weasley ? Rien d'amoureux. Peut-être au début, après tout, elle était déjà tombé amoureuse d'un Weasley, mais celui-ci était marié avec une demi-velane vicieuse et jalouse qui ne se laissait pas impressionner ni compter des histoires. Fleur lui avait vite fait comprendre qu'elle avait le pouvoir de lui rendre la vie impossible si elle songeait un instant à séduire son époux.

Et la possessivité de la française n'avait fait qu'empirer depuis qu'elle était enceinte.

Bill était donc devenu comme un espèce de père de substitution, et ce, malgré leur peu de différence d'âge. C'est pourquoi lorsqu'elle se sentait mal et qu'il était présent à SteMangouste, elle recherchait son réconfort et sa compagnie. Il était naturellement rassurant et d'une douceur dans les mots sans pareille. Ce n'était donc pas étonnant qu'il soit aimé de tous les loups du centre et considéré comme leur chef.

Glissant hors des toilettes, Lavande se laissa guider par son instinct et prit le chemin vers le salon public, là où devait se trouver l'homme.

Arrivé devant les portes battantes qui séparaient les zones réservées au personnel et aux loups, elle monta sur la pointe des pieds pour regarder par l'une des petites fenêtres carrées si la zone était dégagée.

Elle pesta en se rendant compte qu'une autre personne était là, discutant justement avec Bill. Fronçant les sourcils, elle tenta de l'identifier et eut l'impression d'être violemment frappée lorsqu'elle se rendit compte qu'il s'agissait d'Hermione Granger !

Sa rivale, ce faux-jeton de fille qui lui avait pris son RonRon ! Toujours vivante, intacte, sa peau lisse brillante de santé sans aucune marques, ses cheveux devenus noirs semblant moins touffus. Elle portait des habits simples mais son discours semblait enjoué et léger.

Lavande ne put s'empêcher d'entrer discrètement dans la pièce pour se cacher derrière une plante en pot, espérant pouvoir entendre la voix de celle qui fut autrefois sa camarade de dortoir puis sa rivale.

Après le choc, elle devait s'avouer que ce qu'elle ressentait n'était pas de la haine, mais une brûlante envie pour son ancienne vie. Pouvoir redevenir une étudiante et fréquenter à nouveau Parvati, Hermione, Fay, Ron, Harry, Seamus, Dean et Neville ! Et même les autres de Poudlard. Elle donnerait tout même pour assister à nouveau à un cours de Rogue ! Voir son futur plein de possibilité et de promesses s'ouvrir à nouveau à elle !

On lui avait dit qu'elle le pourrait, qu'elle n'était pas obligée de s'enfermer ici… Mais au fond d'elle, elle savait que tout était fichu. On ne la regarderait plus jamais de la même façon, elle serait la « pauvre fille de Gryffondor dévisagée et loup-garou ».

Personne ne voudra jamais épouser un visage pareil. Personne ne voudra jamais embaucher un loup-garou.

Tendant l'oreille grâce à son ouïe améliorée de loup, elle réussit à attraper la discussion au vol :

-Le stade Victoria Hermione ?! Carrément ! S'exclama Bill avec un rire dans la voix.

-Oui ! C'est pour ça que tu dois être là Bill ! Je sais qu'Harry apprécierait beaucoup et ça va être une fête géniale !

-Eh bien…

Bill cherchait à éviter le regard brillant d'Hermione, mais celle-ci semblait bien décidée à user de toute sa persuasion. Cela rappelait à Lavande quand la petite sorcière essayait de les convaincre que réviser pour les examens était une chose extrêmement excitante et amusante à faire…

-Tout le monde sera là ! Enfin… Sauf tes frères et Ginny bien entendu… Mais sinon, quasiment tous les gryffondors, poufsouffles et serdaigles seront présent !

-Justement, je ne vais pas faire un peu vieux dans cette assemblée… ?

-Bien sûr que non ! Tiens d'ailleurs j'ai même invité Melody Flint et son petit copain !

Lavande fronça les sourcils, n'ayant pas la moindre idée de qui diable était Melody Flint. Elle se rappelait vaguement d'un Flint à l'école, mais il lui semblait que c'était un garçon bien plus âgé. Et moche.

-Melody Flint ?! Cracha Bill avec dégout. Cette peste de serpentarde de troisième année ?!

-Oh ? Tu la eues à Poudlard ? C'est notre psy maintenant.

Il grimaça à cette nouvelle, semblant trouver l'idée totalement effrayante.

-Harry l'aime bien, fit Hermione comme pour se dédouaner.

-Ouais mais Harry semble avoir curieusement un faible pour les serpents cette année…

Hermione gloussa, surprenant Lavande qui ne l'avait jamais vu faire une chose pareille à l'école.

-Et encore… Tu n'as pas idée…

-Je ne suis pas sûr de vouloir savoir !

*Ils font une fête ? Tout le monde est invité ? Au stade ?! Mais pourquoi ?*

Lavande était au supplice. Si elle n'était pas si certaine d'être regardé comme un monstre, ou pire avec pitié, par Hermione-la-sainte-des-pauvres-créatures-pitoyables, elle se serait précipitée sur elle pour la secouer et lui faire cracher toute l'histoire.

-Oh allez Bill, on ne va pas fêter tous les jours l'enterrement de vie de garçon d'Harry !

-Eh bien, j'assiste à son mariage samedi.

-Ce n'est pas du tout la même chose !

Lavande s'étrangla à moitié et s'empressa de se cacher quand Bill tourna la tête dans sa direction. L'ayant apparemment entendu… Et probablement aussi senti. Mais pour l'instant elle s'en fichait bien : elle n'arrivait pas à croire qu'Harry allait se marier ! Et ce samedi en plus !

Comment avait-elle fait pour ne pas être au courant ?

Aussitôt elle se rappela qu'elle s'était volontairement tenu loin de toute information venant du monde normal… Mais peut-être aussi parce qu'elle ne pensait pas que ce genre d'évènement arriverait si vite dans la vie de ses anciens amis !

*Harry va se marier… Avec la petite sœur de Ron sans aucun doute. Quelle veinarde celle-là ! Elle a vraiment tout : les garçons sont amoureux d'elle, sa famille est célèbre, elle est naturellement mince et elle est bonne en magie… Pff quelle injustice. Dire que ça aurait pu être ma belle-sœur… Et que Harry, l'Elu, serait devenu mon beau-frère…*

Mais à quoi bon penser à tout ça ? Tout ça ce n'était plus pour elle ! Elle était un loup !

Cependant…

Elle ne pouvait pas s'en empêcher…

Il fallait qu'elle les revoit !

-o-O-o-O-o-

Depuis le début des vacances, à chaque fin d'après-midi, 18h pile, Harry sortait de la cheminée du Manoir Malefoy pour rejoindre Narcissa dans la Serre. Accolée au bâtiment, faite d'une merveille d'armature métallique verte formant ici et là des formes étoilées ou florales, ainsi que de verre qui devenait miroir lorsque la nuit tombait et que les nombreux lustres brûlaient, elle contenait quelques plantes inoffensives et une terrasse qui servait habituellement à prendre le thé.

C'était ici qu'Harry apprenait à valser « sans avoir l'air d'un manche à balais constipé ».

Qui aurait cru que l'élégante Narcissa était à ce point capable d'illustrer ses pensées ?

La sorcière refusait formellement de donner un spectacle burlesque à ses contemporains et s'attendait donc à ce qu'Harry la conduise avec le plus de grâce possible. Or grâce et Harry… Souvenez-vous plus haut : «aussi gracieux qu'un porte manteau ».

Harry tentait donc de faire de son mieux sur le son d'une valse de Strauss, mais entre le fait qu'il était obligé de toucher sa future belle-mère de façon un peu trop rapproché à son gout, ce qui le troublait au final bien plus que lorsqu'il avait été contraint et forcé de danser avec Parvati, et qu'il n'arrivait pas à saisir le rythme, complétement à côté de la plaque le plus souvent, il ne savait plus où donner de la tête.

Tête qu'au moins il avait appris à tenir droite et fier, se faisant rabrouer plusieurs fois sur sa manie de regarder leurs pieds.

Il pensait actuellement pas trop mal s'en tirer lorsque Narcissa stoppa tout mouvement brusquement :

-Stop ! Cela ne va pas du tout ! Entendons-nous la même musique ? Je te rappelle que nous sommes sur du trois temps et que nous aurions dû inverser à gauche !

L'air martyrisé qu'arbora alors Harry ne réussit même pas à l'émouvoir.

-Allez ! On reprend !

*Femme froide et diabolique !* Songea-t-il alors que d'un coup de baguette, elle relançait le gramophone qui trônait sur une table à l'écart.

Il n'avait jamais été un grand fan de la musique classique mais là il était sur le point d'en être dégouté à vie. Qui était le sadique qui avait décidé que l'ouverture du bal se ferait sur une valse viennoise ?

Ah. Oui. Drago.

Sa première vengeance sans aucun doute.

Harry n'avait même pas le temps de grommeler dans sa tête puisqu'il devait essayer de suivre la musique.

.

Il ignorait totalement que ledit Drago, caché dans un coin sombre de la large porte, ne perdait pas une miette du spectacle avec un petit sourire aux lèvres. Il perdit cependant vite cette expression lorsqu'il sentit une main agripper sa manche et une tête blonde faite de deux couettes hautes apparaitre dans son champ de vision.

-Ne me dis pas que c'est lui ? Lança Arianne Malefoy en français, plissant ses yeux gris si semblable aux siens.

Petite poupée de 7 ans à la peau pâle, elle était la petite sœur de son cousin Ambroise et donc l'un des résultats malheureux de l'union Malefoy/Bellerive, bien que Drago trouvait qu'elle ne s'en sortait pas trop mal. Ce n'était pas dans le sens où la progéniture en question soit laide, non, Arianne pouvait être adorablement mignonne (par contre son frère était d'une banalité consommée !), mais dans le sens où les membres de cette famille en particulier semblait cultiver l'art d'être parfaitement insupportables.

Non, et ce n'était pas l'hôpital qui se moquait de la charité ! Sa famille à lui savait se rendre parfaitement charmante quand elle le voulait !

-Oui, c'est lui. Harry, répondit-il dans sa langue.

-Je l'imaginais plus impressionnant. Et il danse comme un canard unijambiste ! Pauvre tante Narcissa !

-Il n'est pas fait pour conduire.

-C'est un garçon, qui d'autre le ferait à sa place ? Répliqua Arianne, perplexe.

Elle le fixa avec étonnement lorsqu'il lui adressa un sourire carnassier :

-Moi.

Il s'avança alors dans la lumière, rendant à son visage un air intentionnellement froid et cruel.

.

-Je vois qu'à ce rythme nous ne sommes pas prêts d'avoir d'ouverture du bal !

Harry se figea brusquement lorsque retentit la voix de Drago et lâcha précipitamment Narcissa, manquant de la jeter à terre. Il se tourna vers le nouvel arrivant… Ou plutôt LES arrivant, constatat'il en découvrant au bras de son fiancé une adorable petite fille aux cheveux blonds… Qui ne le regardait pas très adorablement.

Faisant fi du regard méprisant de l'enfant, il sentit les battements de son cœur augmenter en voyant Drago devant lui. Il accrocha son regard dans l'espoir d'y voir de la joie, mais il se heurta à la place à un mur de froideur et d'indifférence qui eut pour effet de définitivement le déstabiliser.

Perturbé, Harry ne savait plus du tout de quoi il était censé avoir l'air, lui. La petite fille lança alors quelque chose dans une langue étrangère et Drago ricana méchamment en réponse.

Bien, CA, il savait reconnaitre. Drago était en train de se moquer de lui !

Se renfrognant dans sa pauvre fierté blessée, il lui jeta un regard noir en tentant d'ignorer l'amertume qui envahissait son cœur.

-Oh, Potter, je te présente ma cousine, Arianne. Tu l'excuseras, elle ne parle pas un mot d'anglais.

Puis il se pencha vers la petite fille qui referma encore plus son étreinte sur son bras et lui parla dans son étrange langue pointue où Harry ne reconnut que son propre nom.

L'enfant eut un sourire tristement similaire à ceux qu'avait pût émettre le blond lors de ses premières années à Poudlard. Savant mélange de fierté, de dégout et de sarcasme. Elle le narguait ! Lui, Harry James Potter Black, vainqueur de Voldemort, se faisait narguer par une gamine de primaire !

*Oui, ça va, j'ai vu que tu pouvais le toucher comme tu voulais ! Maintenant lâche-le !*

-Regarde Potter, magnanime, je vais te montrer comment un VERITABLE homme danse.

-Il n'y a rien de magnanime là-dedans, Malefoy ! C'est TA foutue ouverture de bal, craqua Harry, s'attirant un levé de sourcil de son vis-à-vis.

-Tiens-donc ? Me marierai-je seul ?

*Si ça continue, OUI !* Se retint de cracher Harry car ça faisait vraiment puéril.

Pourtant il en avait besoin. Une part de lui avait besoin de faire mal, très mal à ce crétin blond trop séduisant pour son bien et à toute sa famille de fous !

-Mais d'un côté, tu as raison, il est évident que je suis celui pour qui cela compte le plus…

*Pardon ?!Qu'est ce que ça veut dire ça ?!*

-…C'est pour ça que je ne te permettrais pas de tout gâcher en étant indécrottablement irrécupérable. Maintenant tais-toi, et admire le Maître !

Drago ralluma le gramophone, attira à lui Arianne, et malgré leurs différence de taille due à leurs âges respectifs, ils s'élancèrent sur la terrasse, valsant élégamment dans une harmonie troublante. Harry se recula dans un coin, des sentiments tout à fait divers se disputant en lui, au point qu'il peinait à les identifier. Une chose était cependant certaine : pour une raison ou une autre, il n'aimait pas ce qu'il voyait !

Il découvrit alors à ses côtés Narcissa qui s'était faite discrète pendant un moment et qui s'éclaircit la gorge, l'air de lui demander ce qu'il comptait faire maintenant. Et malgré toute la fichue affection qu'il pouvait avoir pour elle, il lui répondit d'un regard noir avant de décider de quitter brusquement la pièce.

Il refusait de subir ce spectacle écœurant plus longtemps et être ainsi humilié. Il allait… Il allait trouver Evangeline et la ramener avec lui !

A moitié conscient qu'il s'agirait d'un enlèvement puisqu'il avait été convenu qu'elle resterait chez les Malefoy pendant la première semaine de vacance, il était trop furieux pour s'en préoccuper. Il était son père après tout ! Et ça leur ferait les pieds !

A ce stupide Drago qui lui en voulait pour un truc qui était de sa propre faute, et Narcissa qui soutenait toujours son fils, quoiqu'il fasse !

Merde ! Et pourquoi d'abord Drago continuait à lui faire la tête ?! Celui qui avait été lésé, c'était lui, et il n'en faisait pas une maladie ! Et puis il n'arrivait pas à croire qu'il attendait quoique ce soit de la part de cette fichue fouine blonde ! C'était un ignoble crétin égocentrique fils à papa et maman et Harry n'avait PAS le moins du monde besoin de lui ! Et il ne voulait PAS qu'il lui adresse des sourires ou cherche à le draguer !

Et il ne voulait PAS être en train de danser avec lui à la place de cette idiote de française NON PLUS !

Et surtout, il ne se sentait PAS abandonné !

S'arrêtant brusquement dans un des couloirs menant au hall, il réalisa qu'il était en ce moment même dans tous ses états.

-Idiot… Se réprimanda-t-il. Te laisser atteindre comme ça…

Puis comme si tout devait aller de façon merdique ce soir, il se retrouva au détour du couloir nez à nez avec Lucius et un vieil homme aux épais cheveux blancs rejetés vers l'arrière, le dos courbé alors qu'il s'appuyait à un déambulateur.

Dire qu'il avait tout fait pour éviter de le croiser, lui spécifiquement, ainsi que les nouveaux Malefoy qui s'étaient rajoutés !

Il grinça les dents en repensant à Arianne Malefoy.

-Oh. Lord Potter Black, le salua Lucius du bout des lèvres avant d'ajouter d'un ton ironique : Leçon instructive ?

-Bonsoir à vous aussi messieurs. Je m'apprêtais à... Enfin bref, ça ne vous regarde pas ce que je m'apprêtais à faire, grogna Harry en se reprenant.

Il avait aussi envie d'être aimable que de se jeter du haut d'une montagne.

-Pardon ? Mais dans MA maison, je crains que ce qui vous regarde, ME regarde, répliqua Lucius.

-Je ne crois pas, non.

La mâchoire du blond se contracta au grand plaisir d'Harry qui prit le risque de jeter un coup d'œil sur le vieil homme. Il fut surpris de voir que ce dernier les regardait tous les deux, un sourire amusé aux lèvres. Il devait être très âgé pour que son visage soit à ce point ridé et qu'il ait besoin d'aide pour se déplacer, mais ses yeux gris brillaient d'un éclat encore vif, prouvant que l'homme était encore loin d'être sénile.

-Eh bien Lucius, ton nouveau garçon ne semble pas du genre à se laisser faire, commenta t'il en haussant un sourcil dans sa direction.

Le sorcier eut un rictus dégouté et Harry fronça des sourcils, sûr de ne pas aimer la formulation de cette remarque.

-En effet, appuya t'il cependant.

-Tous les animaux sauvages peuvent être dressés. Il suffit juste d'une main ferme, répliqua Lucius pour le membre de sa famille.

Harry manqua de s'étouffer d'indignation. Et puis quoi encore ?! Il croyait qu'il allait lui donner des leçons peut-être ? Vernon Dursley n'avait jamais réussi à briser son tempérament alors même qu'il le considérait comme un espèce d'animal atteint d'une maladie dégénérative, ce n'était donc pas Lucius Malefoy qui y arriverait !

-Vous tiendrez vos mains loin de moi Malefoy ! Le prévint le brun. Si vous continuez à vous montrer insultant, je peux vous assurer que nos seules relations après le mariage se résumeront à « vous dans ce Manoir, moi dans le mien » !

-Allons, allons, messieurs ! Chercha à les calmer le vieil homme en s'avançant un peu plus vers Harry. Avec tout ça nous n'avons même pas été présentés dans les règles de l'art. Lucius ?

Le blond souffla légèrement par le nez mais se recomposa un visage plus neutre :

-Lord Potter Black, voici le chef de famille de la branche française Malefoy : Monsieur Herbert Malefoy, qui n'est autre que le cousin au troisième degré de mon père. Herbert, je te présente mon gendre, Lord et chef des familles Potter et Black : Harry Potter Black…

Herbert Malefoy libéra une de ses mains pour la tendre à Harry et celui-ci la serra aussitôt, surpris un instant de la vigueur de la poigne.

-On peut dire que vous avez réussi à ramener un peu d'animation dans cette famille. Cela fait au moins trente ans que je me refusais à venir ici de peur de mourir d'ennui. Mon cousin Abraxas était une telle baderne ! Ah quel est le mot anglais déjà ? Je crois qu'il n'existe pas. Pardon Lucius, mais ton père c'était… Enfin tu le sais mieux que personne sans doute. J'ai dit à Germaine, Germaine est mon épouse, qu'il me faudrait quelque chose de totalement hors du commun pour que je prenne la peine de me déplacer jusqu'ici. C'est vrai, je suis un homme d'affaire très occupé après tout, et en cent-douze ans d'existence, excusez du peu, je pensais avoir absolument tout vu ! Mais ça, c'est avant de découvrir que mon Dragon de petit-fils avait trouvé le moyen de mettre au monde une fille avec un autre homme !

Harry passa une main dans ses cheveux, gêné. Le vieil homme était bizarrement sympathique mais comme beaucoup de personne d'expérience, il ne semblait plus y avoir de moyen de l'arrêter et Harry craignait de se voir dérouler l'arbre généalogique de la famille Malefoy pendant des heures. Il jeta un coup d'œil à Lucius, qui semblait tout aussi embêté et pour la première fois de leur existence, une lueur de compréhension mutuelle passa entre eux.

*Mais je me demande ce que Herbert Malefoy voulait dire au sujet du père de Lucius… « Enfin tu le sais mieux que personne sans doute »… Hmm il y avait peut-être quelque chose à creuser là…*

-… Ah ! Personne n'a voulu me croire au début ! Mon fils et mon beau-fils m'ont accusé d'avoir abusé de l'hydromel ! Moi ! Enfants indignes !

Le vieil homme commençait à s'échauffer, tapant de son déambulateur le sol comme il le ferait d'une canne. Lucius vint aussitôt poser ses mains sur ses épaules avant d'arriver à placer quelques mots d'une voix douce et caressante :

-Mais oui, Herbert, je crois que vous êtes en train de vous fatiguer. Mr Potter doit rentrer et moi je vais vous raccompagner jusqu'à votre chambre…

D'autorité, il fit tourner le sorcier qui ne l'avait même pas vraiment écouté et qui continuait, tout en tournant la tête pour regarder Harry alors qu'ils s'éloignaient dans le couloir :

-Mais je leur ai montré ! Oui je leur ai montré !

Harry continua à sourire jusqu'à ce qu'ils disparaissent de sa vue, pour ensuite pousser un profond soupir. Cela aura eu au moins le mérite de le calmer un peu, même s'il allait s'empresser de quitter le Manoir avant de tomber à nouveau sur un membre de cette famille.

Sortant sa montre de sa poche –le cadeau de Drago- il caressa du pouce le cygne en volume sur le clapet, se demandant pourquoi tout tournait mal entre eux depuis qu'ils avaient quittés Poudlard. Ils arrivaient pourtant à s'entendre avant. C'était même Drago qui venait tout le temps à lui, le sourire moqueur, le regard plein de joie… Etait-ce alors lui qui était maladroit ?

Ah non ! Drago n'arriverait pas à lui faire croire que c'était de sa faute !

Remonté, Harry ouvrit le clapet et poussa un hoquet d'horreur en voyant l'heure.

Hermione allait le tuer !

-o-O-o-O-o-

On toqua à la porte et Lavande n'eut même pas à tendre l'oreille pour savoir de qui il s'agissait.

-Entre Bill.

Le sorcier pénétra dans la petite chambre aux tons majoritairement bleus et blanc. Grace à la magie qui pouvait faire contenir des surfaces immenses dans des petits contenants, aucun patient n'avait à partager sa chambre comme c'était souvent le cas dans les hôpitaux moldus.

La jeune femme se tenait assise sur son lit, un album photo sur ses cuisses. Aux pages ouvertes, on pouvait voir une photo prise sans doute dans la salle commune des gryffondors, après une victoire de Quidditch à voir la tenue de certains des garçons qui agitaient la main, avant de se chamailler sous les gloussements amusés de deux filles.

Elle et Parvati.

-Lavande ? Je peux savoir pourquoi tout à l'heure tu étais cachée dans le salon des visiteurs ? Demanda-t-il gentiment en s'asseyant près d'elle.

-J'avais envie de voir et d'entendre Hermione… Répondit-elle pour sa part avec une certaine monotonie.

-Et pas de lui parler ?

Le grand roux accepta son silence, caressant sa tête doucement. Elle leva alors les yeux vers lui, détaillant les propres cicatrices qui ornaient le visage de Bill, des sillons creusés profondément dans sa joue, assez semblables aux siennes. Ses cheveux mi- longs auraient pu les cacher en partie, mais il n'était pas dans le tempérament de l'homme de se dissimuler, ainsi il retenait sa chevelure en catogan. Sans s'en rendre compte, les doigts de Lavande s'était mis à suivre les entailles, quand elle s'en aperçut, elle arrêta aussitôt, rangeant ses mains sur ses cuisses.

-… Mais je veux m'améliorer, affirma t'elle.

Le regard bleu posé sur elle s'illumina. C'était en effet un progrès par rapport à son rejet systématique de toutes personnes non loup-garou.

-J'ai entendu Hermione parler de cette fête… Tous mes amis y seront. J'aimerais y aller.

-Une fête ?! Tu ne crois pas que tu vises un peu haut pour la première fois ? C'est vrai tes amis y seront, mais aussi d'autres personnes et…

-Eh bien… Peut-être que si tu pouvais camoufler mes cicatrices avec un sort…

-Lav' ! Non ! Tu sais très bien quelle est ma politique à ce sujet !

-MAIS BILL ! Juste un peu…. Juste un petit sort ! A quoi sert-il d'être sorcier si on ne peut pas se servir de la magie pour nous aider ! Et puis toutes les filles le font !

-Des sortilèges de beauté mineurs qui n'épuisent pas toute leur énergie et qu'elles relâchent en fin de journée ! Ce que tu demandes est beaucoup plus énergivore et rien ne dit qu'après tu accepteras de t'en passer ! Il ne s'agit pas juste de camoufler un bouton d'acnés !

-Juste pour cette fois…

-Non. Et puis je pense que cette fête est un trop gros objectif pour toi. Commence déjà par accepter de revoir tes parents et alors, on en reparlera !

Il se leva du lit, lui faisant comprendre que la discussion était close. Lavande referma alors violemment son album, et alors que Bill refermait la porte de la chambre derrière lui, elle l'envoya valser contre le battant.

-TRES BIEN ! SI TU VEUX QUE JE RESTE SEULE ET MOCHE TOUTE MA VIE BILL WEASLEY ! Lança-t-elle, sachant pertinemment qu'il pouvait encore l'entendre, avant de pousser un cri de rage strident.

Deux tasses de thé explosèrent sur sa table basse et elle se laissa tomber, abattue, à plat ventre sur son lit. Du coin de l'œil elle repéra sa baguette magique qui était posée sagement sur sa table de chevet et qui semblait presque la narguer.

La prenant en main, elle la fit rouler entre ses doigts, avant de prendre une décision et de lancer un reparo sur sa porcelaine en morceau. Les fins fragments lévitèrent lentement, puis vinrent se recoller laborieusement, formant au final quelque chose qui ressemblait plus à une œuvre d'art contemporaine qu'à son service à thé.

Poussant un nouveau cri de rage, qu'elle étouffa cette fois-ci dans son oreiller, elle maudit une fois de plus sa transformation qui avait perturbé sa pratique de la magie. C'était simple : elle n'arrivait jamais à faire ce qu'elle voulait, même avec de bêtes sorts domestiques ! Elle devait tout réapprendre comme une gamine mettant les pieds à Poudlard pour la première fois !

C'était si frustrant ! Sa vie n'était plus qu'une série de complication qui se répétait inlassablement chaque cycle lunaire !

Néanmoins elle n'était pas une gryffondor pour rien ! Se reprenant, elle plongea la tête la première dans sa malle pour en sortir des livres qu'elle jetait au fur et à mesure dans la pièce, avant de trouver celui qu'elle cherchait. Un accio aurait été tellement plus simple !

« Sortilèges et Charmes pour sorcières apprêtées » avait été sa bible durant toute son adolescence. Il y avait là-dedans toutes les formules pour arranger ses cheveux, se maquiller, soigner ou camoufler des imperfections et sublimer robes et bijoux. Il allait sans dire que ce livre était bien plus usé que ses manuels scolaires.

Si Bill ne voulait pas l'aider, elle se débrouillerait toute seule ! Elle aurait assez de temps devant elle pour maitriser à nouveau le sort qui l'intéressait. Même si ce n'était qu'une dernière fois, elle voulait ressentir à nouveau la sensation d'être une fille normale !

-o-O-o-O-o-

Drago avait cogité toute une partie de la nuit, puis au réveil il avait pris la décision de tenter le tout pour le tout ! Après s'être évidemment préparé, il avait couru jusque dans la nurserie pour booster ses batteries au contact d'Evangeline. Elle lui avait souri, elle avait ri alors qu'il lui faisait des chatouilles, il ne pouvait donc qu'être prêt !

Alors pourquoi tournait-il devant cette porte sans oser l'ouvrir depuis au moins vingt minutes ?

Il était pourtant résolu et devait se montrer ferme ! Infaillible ! Indémontable ! Un roc de convictions !

Ce bureau était la chose qu'il détestait le plus au monde !

C'était décidé, une fois qu'il hériterait de la maison, il le ferait détruire !

Usant de toute sa force mentale, parce que l'on savait ce qu'il en était de son courage, il abaissa la poignée et tenta de faire irruption, comme il ne l'avait jamais fait, tel un homme venu pour avoir une discussion importante et qui ne souffrirait aucun délai.

-PERE ! JE… !

-Je ne me souviens pas t'avoir entendu frapper, Drago ! Fut-il aussitôt coupé par une voix glaciale.

Le jeune serpentard perdit aussitôt le fil de ses encouragements intérieur. Se retrouvant juste seul avec lui-même dans ce bureau intimidant qui l'écrasait de sa supériorité et son père qui ne le regardait même pas, occupé à faire glisser sa plume sur un parchemin.

Comme s'il n'était que quantité négligeable.

-J'espère que c'est important, au moins.

Drago ferma un instant les yeux, accusant la remarque, puis se jeta à l'eau, sans cependant la force et l'intransigeance qu'il aurait voulu y mettre :

-Père… Je…Puis-je vous demander de reconsidérer la question concernant Evangeline… ?

Son père releva les yeux vers lui.

Drago déglutit face à ce regard d'acier qui n'était que si rarement approbateur ou aimant. La plupart du temps, et c'était le cas depuis sa première année à Poudlard, le jeune homme n'y lisait plus que l'agacement et la déception. Baissant la tête, il abandonna aussitôt le combat.

-Je m'excuse pour vous avoir dérangé en plein travail.

Quittant le bureau, il n'avait qu'une envie, c'était s'enfermer dans sa chambre. Malheureusement il dût subir les regards narquois et moqueurs de ses « cousins », Ambroise et Jean-Pierre qui, comme par hasard, se trouvaient à proximité.

*Sales…*

Il pensa d'abord « fouines » avant de se reprendre. Avec horreur, il se rendait compte qu'il ne pouvait plus avoir que de la sympathie pour ces mignonnes petites créatures et que ces deux larves ne méritaient pas un tel honneur.

Leur adressant un regard plein de haine, il décida de faire le grand tour pour ne pas avoir à passer devant eux. Cependant, vite, son désarroi reprit toute la place et il en arriva au point à se sentir mal dans sa propre maison… Dans ses propres vêtements. Tout autour de lui était là pour lui rappeler qu'il devait être un digne Malefoy, impitoyable, maitre du jeu… Et son apparence même était là pour s'y conformer.

Tous ces portraits qui le fixaient avec hauteur, pleins de blonds aux yeux d'acier, visages opalins et mornes comme la pluie. Où qu'il regarde, il n'y avait pas un seul de ses ancêtres qui semblaient montrer une autre expression que celle de l'arrogance. Mais l'arrogance n'était pas une émotion, elle était une façade. Pas une goutte de joie n'en émanait.

Toutes ces années, il avait tout fait pour ressembler à son père… Non. Pour DEVENIR son père, puisque c'était cela qu'il attendait ! Une copie parfaite qui ferait l'éloge de sa propre perfection.

Marchant vivement, il arriva finalement dans le boudoir de sa mère où celle-ci était jusqu'alors occupée à faire broder des runes magiques sur un vêtement.

-Pourquoi ne se contente-t-il pas de ce que je suis ?! Éclata-t-il, désespéré.

-Qui donc mon chéri ? Demanda poliment Narcissa en attirant son ouvrage d'un geste de sa baguette pour le vérifier, apparemment peu perturbée par ce genre d'entrée.

-Père ! Pourquoi est-ce qu'il n'essaie pas de voir ce qui est bien chez moi plutôt que de vouloir me faire endosser un rôle ou un caractère qui n'est pas le mien ? Je ne serais jamais comme lui un homme froid et glacial, toujours sous contrôle ! J'éprouve des émotions ! J'ai parfois besoin d'hurler, de me manifester, d'attirer l'attention sur moi ! Et pas forcément comme lui !

-Oui chéri, je comprends parfaitement.

-Non ! Tu ne comprends pas ! Il y a quelque chose qui va pas chez moi ! Je suis… Je suis comme un Malefoy défectueux ! Cracha-t-il avec rage en faisant le tour du salon d'un pas nerveux.

-Mais non, tu n'es pas « défectueux » ! Qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre…

-Mais si ! Tout chez moi va de travers, je ne fais rien comme il faut ! L'école : j'ai tout loupé, en tant que mage noir : j'ai été lamentable, je ne pourrais pas faire le métier que me réservait Père et à la place d'épouser une héritière de bonne famille et d'avoir un fils, j'épouse UN hériter et j'ai UNE fille !

Devant son fils qui pouvait continuer comme ça durant des heures, Narcissa poussa un petit soupir et posa son ouvrage sur ses cuisses pour capturer son regard :

-Ecoute : Il n'y a rien qui va de travers chez toi, c'est tout simplement ce qu'on appelle gentiment la « folie Black », ta tante avait la même chose, mon cousin Sirius aussi… Disons que nous avons une certaine sensibilité dans la famille. Avec pas mal d'artistes et d'acteurs de théâtre comme ancêtres… Mais c'est là où le bât blesse ton père, mon cœur. Malgré ce qu'il a tenté de faire de toi et en dépit de ton apparence, tu es plus Black que Malefoy. Lutter contre ton sang ne peut te faire que du mal… Ou pire… Te faire sombrer dans la folie ou la dépression.

Drago s'immobilisa dans ses allers retours, la fixant avec ébahissement.

-Et tu sais ça depuis quand ?

-Depuis longtemps… Mais que pouvais-je y faire ? Il n'y avait alors aucune alternative que celle où tu étais l'héritier des Malefoy. Ton père et ton grand-père ont toujours refusé de voir la vérité : qu'ils avaient commis une erreur en liant une Black à la famille, et que notre sang est plus fort que le leur. Et autant j'aime ton père d'un amour profond, autant je dois avouer qu'il peut parfois se conduire très sottement quand il s'agit de son nom ou de son patrimoine… Il est donc effectivement déçu de ne pas avoir SON héritier Malefoy… Semblant parfois oublier qu'on t'a fait à deux… Et que ce n'est pas lui qui t'as porté difficilement pendant neuf mois… Bref, si je ne t'en ai jamais parlé avant tout ça, c'est que je ne voulais pas te faire perdre espoir de devenir ce que tu voulais être.

-Pourquoi me le dire maintenant alors ?

-Oh enfin Drago ! Réfléchis un peu ! Que suis-je donc là, à faire, à courir partout depuis plusieurs mois ?! Je fais de toi un Black, un vrai ! Je te rends ce qui devrais être ton véritable héritage et ta véritable maison, ainsi que ton véritable toi, mon cœur.

-Mais…

-Les Malefoy survivront sans toi. Et ton père y survivra ! Il n'a pas le choix de toute façon ! Il va devoir apprendre à t'aimer tel que tu es. Et si Merlin le veut, il fera aussi quelques efforts pour accepter ton époux… Même si CA, ce n'est vraiment pas gagné d'avance…

-Mère…

Narcissa vint prendre les mains de son fils, désormais à nouveau calme, et admira encore une fois la ressemblance qu'il pouvait y avoir entre lui et Bella, avant que cette dernière ne perde totalement la raison à Azkaban. Cette énergie, ce besoin viscéral d'exister et d'accaparer l'attention, cette tendance à la dramatisation ou à se mettre en spectacle, accompagné d'une confiance légèrement disproportionné en elle.

Des traits qui se léguaient dans la famille, un peu à la roulette russe, et qu'avaient effectivement partagés son grand-père, son père, Sirius, Bellatrix, Drago, mais aussi, bien qu'elle l'ignorait : Nymphadora. Aujourd'hui seul restait Drago, dernier véritable héritier de la famille Black, et pourtant dédaigné.

Et Narcissa ne serait pas ce qu'elle était si elle n'avait pas sauté sur l'occasion inespérée offerte par Harry Potter lorsque toute cette histoire avec Evangeline était arrivée.

-Etes-vous fière de moi ? Demanda Drago avec lassitude, mais aussi, presque comme une prière.

-Je n'ai jamais cessé de l'être. Et je le serais horriblement dans quelques jours quand tu prononceras tes serments devant toute l'élite sorcière britannique. Car tout ça, c'est grâce à toi. Ne l'oublie jamais Drago. Ton père te sera redevable car ce sera toi qui nous auras sorti de la situation dans laquelle IL nous a mis.

Reconnaissant, il vint enserrer sa taille fine, se blottissant contre elle sans gêne. Il se fichait de ce que l'on pouvait dire : il avait juste tellement passé de temps à vouloir que ses parents soient fiers de lui qu'il pourrait en pleurer de soulagement. Cela avait toujours été son leitmotiv.

Il ne perdait pas espoir de voir un jour son père lui dire ces quelques mots. En attendant peut-être que si Harry et lui montraient qu'il pouvait avoir confiance en eux, il changerait peut-être d'avis au sujet de garder leur fille…

Quelque part dans l'Univers, un dieu nommé Murphy s'écroula par terre de rire.

-o-O-o-O-o-

-Je vous dis qu'elle dort.

-Et alors ? Je peux quand même aller la voir.

Harry chercha à contourner la sorcière qui se trouvait devant lui, une digne femme aux cheveux blonds parcourus de mèches blanches retenus dans un filet à l'arrière de sa tête. Elle portait une chemise blanche sévère avec une jupe à crinoline rayé de noir qui prenait une place folle et l'empêchait de passer à ses côtés sans taper dedans.

Elle se déplaça à nouveau, lui opposant de nouveau son jupon.

-Monsieur a donné des consignes strictes concernant Mademoiselle Black. Lors de ses périodes de sieste, l'accès à la nurserie est strictement restreint à sa nourrice et à lui-même.

-Pardon ?! Monsieur qui ? Demanda Harry d'une voix faussement douce.

-Monsieur le Lord évidemment.

Le sourire-rictus de Harry eut un sursaut.

-Donc Mrs Leonowens, vous êtes en train de dire que Lucius Malefoy est en droit de m'interdire de voir MA fille ?

-Je suis navré de vous le dire, Lord Potter, mais il est le maître de cette maison.

-Ah c'est comme ça ?!

La digne sorcière sembla tout d'un coup vouloir se faire absorber par sa jupe, sentant instinctivement que le jeune homme face à elle, celui-qui-avait-vaincu-le-plus-puissant-mage-noir-du-siècle, n'était pas content du tout d'elle. Par chance, le Sauveur Sorcier avait été élevé dans le plus grand respect des femmes, ainsi se contint-il pour lui demander à la place :

-Où puis-je trouver Drago Malefoy à votre avis ?

-A cette heure ? Il doit être en train d'assister aux répétitions de l'orchestre…

La remerciant sèchement, il fit demi-tour et remonta le couloir jusqu'à l'escalier central. Une fois arrivé dans la salle de bal, il repéra aussitôt un ensemble de personnes réunies au milieu de la salle, le nez tourné vers un balcon où se tenaient les musiciens.

Il reconnut Narcissa, en compagnie de deux autres femmes, l'une semblant plus âgée que les deux autres. Celle-ci portait le blond platine signature génétique des Malefoy, ainsi qu'une robe de sorcière d'un écœurant rose framboise avec pleins de petits nœuds et de dentelles qui donnait une arrière impression de pièce montée. Probablement Marie-Anne De Sancy, la fille ainée de Mr Herbert.
La seconde avait une coiffure de tresse en couronne, châtains clairs, le visage en forme de cœur, et une petite bouche rouge pincée d'un air faussement affecté. Sa robe aux tons pastel semblait moins surchargée, mais ce n'était qu'une impression. Il ne sut pas pourquoi, mais il pensa aussitôt qu'il s'agissait de la mère d'Arianne et d'Ambroise (qu'il n'avait toujours pas croisé… ) : Aurélie Malefoy.

Et au milieu de toutes ces femmes se trouvait Drago, scotché de sa nouvelle extension blonde qui tel un parasite s'agrippait à son bras tout en le couvant d'un regard éperdu.

Harry grogna, mais le son fut heureusement avalé en parti par la musique.

-DRAGO ! Appela-t-il alors, faisant se retourner le groupe vers lui.

-Potter… Répondit le blond avec un reniflement agacé. Que fais-tu ici ? Ne vois-tu pas que nous sommes occupés ? Oh, et d'ailleurs as-tu déjà été présenté à mes…

-Cela attendra, le coupa-t-il brusquement en s'avançant vers lui sans faire attention aux réactions de ces dames.

Drago recula aussitôt pour se mettre hors d'atteinte, mais toujours collé d'Arianne, il ne fut pas assez vif pour empêcher Harry de l'empoigner par le bras, l'attirant alors à lui.

-Il faut qu'on parle, continua-t-il d'un ton qui n'admettait aucun refus. Maintenant.

Un soupir et un regard glacial fut sa seule réponse alors que le serpentard l'obligeait à le lâcher.

-Seul à seul, précisa alors Harry en foudroyant des yeux la gamine qui semblait vouloir s'inviter.

-Très bien Potter…

Il dit quelque chose à Arianne et celle-ci leva la tête d'un air indigné, renvoyant un regard furibond à Harry. Puis Drago passa devant lui et Harry le suivit dans le Manoir, se demandant bien où est-ce qu'il le conduisait. Après cinq minutes d'errances, son fiancé l'invita à entrer dans une pièce du premier étage.

C'était une grande chambre au mur du fond percé de nombreuses hautes fenêtres en croisillons qui offrait plus de luminosité que dans la plupart des pièces du bâtiment. Il n'y avait pas beaucoup d'éléments de décorations : des cadres ici et là, deux tableaux de paysages, un lit à baldaquin gris ornés de motifs de fleur de lys blanc et dans un coin une banderole de serpentard qui confirma à Harry qu'ils se trouvaient dans la chambre de Drago.

Celui-ci n'en fit cependant pas mention, verrouillant d'un sort de silence la pièce.

-Alors Potter, qu'il y a-t-il ? Un problème avec la musique choisie… ?

-Ca n'a rien à voir avec le mariage. J'ai toute confiance en vous pour vous occuper de cela, précisa Harry pour éviter d'avoir affaire à de possibles récriminations. Non, par contre… J'ai quelques difficultés avec la nourrice d'Evy' et avec ton père.

-« Evangeline », le reprit Drago avec patience avant de le fixer avec inquiétude : j'espère que tu n'es pas allé te plaindre à mon père ?

-Je voulais d'abord voir ça avec toi. On est ses parents, c'est d'abord nous que ça concerne. En tout cas c'est clair pour moi, elle t'a peut être élevé quand tu étais enfant, mais on ne garde pas cette nourrice !

-Allez ! Il fallait forcement que… Commença Drago d'un ton furieux avant de se reprendre difficilement : Mrs Leonowens est très bien. Qu'est-ce que tu lui reproches ?

-En un mot : Etre à la botte de ton père ! Figure-toi qu'elle m'a interdit de la voir ! Parce que ton père, Merlin seul sait pourquoi il a décidé de se mêler de ça, ne veut pas qu'elle soit dérangée dans son sommeil… Ah ! A part par lui évidemment ! Non mais tu te rends compte ? Ne me dis pas que ça ne te choque pas, toi ?

Harry ouvrit de grands yeux en voyant le regard gris de son vis-à-vis être brusquement passionné par une commode en bois.

-Drago ? Insista-t-il en sentant que quelque chose de bizarre se passait.

Habituellement il ne fuyait pas son regard, il l'affrontait avec toute sa froideur ou sa colère, et surtout il n'avait JAMAIS l'air aussi coupable de son propre grès ! Drago était d'ailleurs l'une des seules personnes au monde capable de crier son innocence quand toutes les preuves le montraient du doigt ! Pour ensuite être fier comme un coq de son méfait, même le plus ridicule comme faire semblant d'avoir été blessé à mort par un hippogriffe !

-Tu sais, ce n'est pas comme si c'était facile de trouver une nourrice, biaisa alors le serpentard.

-Oh si. J'en ai même une sous le coude, répliqua Harry qui ne perdait pas de vue, lui, qu'on lui cachait quelque chose.

La nouvelle ne sembla pas du tout le réjouir, puisque Drago continuait à prendre sur lui, effrayant de fait de plus en plus Harry.

Dans cinq minutes s'il continuait, il le prenait dans ses bras, le secouait, et lui jetait un sort de diagnostic… Ou peut-être avait-il un sosie sous polynectar sous le nez ? Quel était déjà le sort pour le vérifier ?

-Et qui ça ?

-Georgia Wallace.

-Jamais entendu parler.

-Normal, c'est une moldue, répondit automatiquement Harry qui ne le quittait pas des yeux, analysant chacune de ses réactions.

Heureusement celle qui suivit le rassura un peu.

-QUOI ?! UNE MOLDUE ! Tu veux laisser notre fille à une moldue ?! Mais tu es fou ma parole ! Tu as décidé de foutre sa vie en l'air ?! NOTRE vie en l'air ?!

-Mais non, tu dramatises. Finalement je pense qu'elle sera très bien. Au moins celle-là, Lucius ne pourra pas l'acheter.

-MAIS EST-CE QUE TU PENSE JUSTEMENT A CE QUE MON PERE VA PENSER DE CELA ?!

-Je m'en fiche complètement !

-C'est CA ! CA ! Hurla Drago hystérique en le montrant du doigt. C'est CETTE réaction irrespectueuse qui nous cause des problèmes ! Tu es SI égoïste ! A ne pas penser aux conséquences ! Raaah ! On… On doit essayer d'être irréprochable… Et toi… Et toi… DE TOUTE FACON IL NE LE PERMETTRA JAMAIS !

Harry le fixa un instant, interdit, laissant le jeune homme habituellement d'une fierté à faire rougir un miroir, se détourner et s'appuyer au mur, la tête dans un bras, l'autre tapant désespérément contre le mur.

-Okéééé… Essayons de déchiffrer tout cela, fit-il à haute voix, faisant fi des marmonnements de rage qui venaient de son vis-à-vis. Ma réaction irrespectueuse ? Je ne me souviens pas devoir un quelconque respect envers Lucius, par contre ce dernier oublie sciemment et régulièrement qu'il me doit de ne pas avoir fait un deuxième séjour en case prison, si ce n'est pire. Je suis égoïste ? Peut-être. Mais je pense que cela dépend des personnes, du coup sans précision, je ne peux rien en déduire d'autre. Je ne pense pas aux conséquences ? Bien sûr que si, je vois TRES BIEN les conséquences d'une Mrs Leonowens chez nous. Et c'est ABSOLUMENT tout ce que je ne veux pas. Etre irréprochable ? Pourquoi faire ? Personne n'est irréprochable. Et aux yeux de qui ? Nous n'avons rien à prouver à personne. Aux yeux d'Evy' ? Je ne pense pas qu'il existe des parents parfaits, et vis-à-vis de ma propre expérience, je trouve qu'on se débrouille pas mal. ET pour finir, je suis très intéressé par le fait que tu considères que ton père, car je suppose que tu parlais de lui, ne le permettra jamais… ?

-Potter ! Gémit plus fort Drago.

-Parce que je ne vois pas du tout pourquoi ton père devrait à un moment ou à un autre donner sa permission…

-Potter !

-PARCE QUE TOUT CE QUI CONCERNE EVANGELINE NOUS REGARDE, NOUS, ET PAS LUI !

-Potter…

Drago se retourna finalement, le regard plein de reproche, mais pas des reproches emplis de colère comme lors de la fête de Teddy, mais plein de tristesse. Harry ne lui laissa pas le temps de dire quoi que ce soit, l'emprisonnant contre le mur entre ses bras tendus, les yeux plongés dans les siens.

-Qu'est-ce qu'il t'a dit ?

Ce n'était dit ni avec douceur, ni avec compréhension, mais avec dureté et une volonté implacable car c'était Harry qui était en colère. Au fil de ses réflexions il avait fini par se faire une idée de ce qui se passait. Il n'aimait pas voir Drago ainsi, comme s'il était si emmêlé dans une toile d'araignée qu'il ne pouvait plus être lui-même, et une seule personne avait le pouvoir de le rendre aussi soumis.

-Qu'est ce… Qu'il… T'a dit ? Répéta-t-il en appuyant sur chacun des mots.

Drago dût sentir que ce n'était pas une bataille qu'il arriverait à gagner et qu'il ne saurait jamais lui inspirer de la pitié.

-Tu es… Cruel, tu sais.

-Tu seras bien le premier à le dire. Mais oui, si ça te fait plaisir. Je sais que là tu ne me croiras pas, mais c'est pour ton bien. Le mien. Le nôtre. Allez, ne nous fais pas perdre notre temps !

-Tu veux bien me laisser un peu d'espace ?

-Non.

Le laisser s'éloigner alors qu'il l'avait à nouveau près de lui, son souffle sur sa peau, la sensation de sa magie caressant la sienne, le bruit de sa respiration inégale ? Hors de question ! Ca n'avait plus rien avoir avec de la persuasion, mais tout avec du manque. Tout ça manquait à Harry et le blond s'entêtait à le tenir à distance, alors… Puisqu'il l'avait capturé, il le gardait !

-Dragooo… Je sais que tu essaies de gagner du temps.

Celui-ci avait fermé les yeux alors qu'Harry posait son front sur le sien, le caressant doucement avec ce dernier, respirant le parfum subtil et probablement hors de prix qui semblait émaner d'un coin de peau entre l'oreille et le cou.

-D'accord, chuchota plus que parla le blond, vaincu. Il m'a dit qu'il considérait que nous n'étions pas capables de nous occuper d'elle. Que nous n'étions pas assez mature… Et qu'il comptait alors s'occuper lui-même de son éducation…

Harry s'était figé brutalement aux premiers mots, mais la fin finit de le mettre hors de lui. Il recula d'un geste sec, libérant Drago qui fit un geste vers lui, sans doute pour tenter de le calmer ou pour le raisonner. Il ne put aller jusqu'au bout de toute façon, sentant par expérience que son ancien rival n'était plus en capacité d'être arrêté.

-S'il te plait Potter, ne rends pas la situation plus…

-Ne t'en fait pas. Je vais régler ça Drago, annonça froidement et calmement Harry avant de quitter à grands pas la pièce.

Sans s'intéresser à ce qu'allait faire son fiancé, il prit aussitôt la direction du grand salon, où il savait, pour les avoir entendu, se trouver les hommes. Il distinguait chacun de ses pas claquer férocement sur la pierre dans le silence, les pans de sa robe de sorcier voltigeant autour de lui, et ne put s'empêcher de serrer ses poings comme pour se retenir de casser quelque chose autour de lui. Ce qui était curieux car il ne s'était jamais vraiment servi de ses poings pour ça… Sa magie s'en chargeait généralement avant même qu'il en ait l'idée. Et elle était là, d'ailleurs, pulsant autour de lui, animée d'une vie propre. Il pensait impossible pour tous les membres du Manoir de ne pas savoir dans quel état émotionnel il se trouvait et où il se dirigeait avec détermination.

Il était plus que temps de mettre les points sur les i avec son futur beau-père…

A suivre…

Ca s'en va et ça revient ! C'est fait de tout petits… Bon ok, j'arrête de chanter, ne me jetez pas des choses dessus ! Je pense que j'ai bien rattrapé le manque de Malefoy dans le dernier chapitre là. Il n'y a quasiment que ça ! (Si l'on omet les intermèdes de Lavande évidemment… Et non, je n'écris pas des choses inutiles. Lavande EST importante.). Ouais je sais, Harry et Drago sont toujours en instabilité dans leur couple… Mais parmi les choses qui les séparent, il y a Lucius, écrit en gros, en grand. Je ne sais pas si j'arrive à faire ressortir autant que je le voudrais l'impact qu'il a sur Drago. Un mélange d'amour et de crainte qu'Harry ne peut tout simplement pas comprendre. Naturel et pourtant malsain. Disons qu'ils ont beaucoup à apprendre l'un de l'autre.
Sinooon… Que dire… Le chapitre suivant a pas mal de passages amusants… Mais il sera long. Oh que oui, il le sera… *soupir* *se motive*.
Chapitre suivant:
Humains aussi, Mon beau-père et moi partie 2 ! (Ne l'attendez probablement pas avant décembre).