4ème partie : LA PART DE LA LUMIERE
CHAPITRE 1 – CLARATOWN
Dans les jours qui suivirent, Alix évita Lucius. Elle refusa un rendez-vous sous un faux prétexte et se donna une petite semaine de « congés ». Elle ne se sentait pas la force physique et mentale d'affronter à nouveau la Force. Elle s'en voulait un peu : il aurait fallu avoir plus de renseignements sur cet homme que Lucius avait rencontré… mais vraiment, cela lui paraissait au-dessus de ses forces.
Elle avait contacté Sirius pour lui dire de ne pas s'inquiéter pour elle… qu'elle allait prendre un peu de repos. Il l'en avait félicité. Et il avait tenté à nouveau de la convaincre d'arrêter tout simplement son activité. Mais autant parler à un mur… Elle avait seulement souri et n'avait pas répondu.
Elle se réfugia quelques jours chez sa mère. Mais reçut, à la fin de la semaine, un hibou du Ministère. Fudge lui demandait de rentrer rapidement : une révolte menaçait de soulever Claratown. C'était pourtant un dossier qu'elle suivait de près. Elle n'était partie qu'avec la certitude que son absence ne pouvait pas être préjudiciable à son bon déroulement. Le ministre l'accueillit assez froidement. Après tout, comprit-elle assez vite, tout cela était de sa faute ! On n'avait pas idée d'aller essayer de faire ami-ami avec des gens qui, par nature, ne pouvaient pas avoir les mêmes réflexions et les mêmes réactions que des êtres humains ! De quoi s'agissait-il, Monsieur le Ministre ?
Les travaux avaient enfin commencé… avec ce retard dû au budget qui n'avait pas été voté à temps… et les réticences également de part et d'autre… Les travaux avaient donc commencé… mais on avait été obligé de les interrompre ! Car dans la nuit, une de ces bandes d'hybrides à moitié sauvages était venue saccager tout le chantier. Tout ce qui avait été fait était à refaire et les magiçons ne voulaient plus en entendre parler… Ils n'avaient déjà pas manifesté grand enthousiasme à l'idée d'aller travailler dans ce coupe-gorge… pas question qu'ils y retournent !
En rentrant dans son bureau, elle demanda à Emily de prier Monsieur Gawtrey de venir la voir mais sa secrétaire lui apprit quelques minutes plus tard que celui-ci était à Claratown.
« J'y vais aussi. Si on me demande, je suis sur le chantier à Claratown. »
Emily fronça les sourcils et dit d'une voix timide :
« Je ne pense pas que ce soit une bonne idée d'y aller seule, Miss…
- Je sais me défendre, Emily, et d'ailleurs, je ne crois pas…
- Ils sont très remontés contre le Ministère… S'ils ne vous écoutent pas… Vous devriez demander à Robbins et Freeman de vous accompagner… Ce ne sont pas des agents de sécurité… mais … ils feraient nombre autour de vous…
- Oui… Ce n'est peut-être pas une mauvaise idée. Dites-leur de me rejoindre là-bas… Si vous arrivez à les convaincre !
- Mais… »
Alix avait déjà disparu dans le couloir, dans une envolée de sa longue cape noire.
Quand elle se matérialisa sur le chantier, personne ne s'aperçut tout de suite de sa présence. Il y avait là toute l'équipe des ouvriers et un peu plus loin, un groupe assez important de personnes qui étaient tenues en respect par des agents de sécurité. Gawtrey bafouillait devant le chef d'équipe :
« Soyez raisonnable ! Il y a eu un incident… Mais il aurait pu se produire ailleurs tout pareil… Ecoutez… Regardez les habitants de Claratown… ce ne sont pas tous des voyous !
- Ces gens-là sont pas comme nous ! Ils n'ont aucun respect pour leur habitat… Vous avez vu dans quoi ils vivent !
- Mais justement… Il est temps de leur donner un endroit décent… Ils ne sont pas dangereux… »
Alix intervint d'une voix tranchante.
« Laissez, Gawtrey, laissez… si Monsieur veut partir, qu'il s'en aille !
- Et comment !
- Mais Miss O'Brien… balbutia l'agent du ministère.
- Il n'y a aucun problème. Vous veillerez à ce que l'on paie ce que l'on doit. Et nous appellerons quelqu'un d'autre.
- Ah ben ! Parce que vous croyez que mes collègues… » grogna l'artisan, d'un ton sarcastique.
Elle le toisa et répondit avec un sourire :
« L'année prochaine, le Ministère lance sur tout le territoire anglais, une grande action en faveur de l'Enseignement. On va construire des écoles un peu partout pour que les enfants sorciers puissent commencer à apprendre le grand Art avant le collège…- Elle laissa un temps – Nous travaillerons bien entendu avec des entreprises qui nous auront donné satisfaction.
- Mes gars sont les meilleurs ouvriers que vous puissiez trouver… et nous avons déjà travaillé avec le Ministère et nous avons déjà donné satisfaction.
- Bien sûr… Mais vous comprenez que sur des chantiers aussi importants que ceux-là… une entreprise qui baisse les bras à la première difficulté… - Elle lui fit un sourire d'excuse – Je suis désolée, croyez-moi ! – Et elle ajouta, une lueur ironique brillant au fond de ses yeux clairs – De plus, le dossier des Ecoles… c'est encore un de mes dossiers… Je ferai tout ce que je peux pour expliquer quel grand entrepreneur vous êtes, faites-moi confiance.
- C'est un chantage ? demanda l'autre, les sourcils froncés et l'air mauvais.
- Une négociation… tout au plus… Monsieur Argentus. Je vous laisse en parler avec vos hommes ? »
Prenant Gawtrey par le bras, elle l'entraîna plus loin, sans pour autant quitter Argentus des yeux.
« Alors que s'est-il passé ?
- Quand ils ont voulu embaucher ce matin… Le chantier était saccagé ! Tout ce qui avait été fait avait été cassé ! Un spectacle désolant ! Nous pouvons aller voir si vous voulez… C'est à l'intérieur de ce bâtiment…
- Plus tard… A-t-on une idée de qui a fait ça ?
- La population dit que ça ne vient pas de chez eux… mais on sait quand même qu'il y a des bandes… des jeunes, ou des moins jeunes… un peu laissés à eux-mêmes… Le vandalisme… il y en a déjà eu et …
- Il faut mettre en place une médiation. Il faut savoir qui a fait ça … et seuls des gens d'ici pourront nous le dire !
- Ils vous diront que ce n'est pas eux…
- Et ils auront peut-être raison ! Mais de toute façon, il nous faut leur appui. Nous allons mette en place un groupe de travail. Vous, moi… Argentus bien sûr mais aussi, un ou deux ouvriers des différents corps de métiers du bâtiment… et quelques habitants du quartier. Vous les connaissez… ?
- Certains, un peu… Je ne saurais pas…
- On va leur demander de désigner un représentant… ou deux ? Oui : deux… Venez… »
Elle avança vers Argentus qui avait fini de consulter ses hommes.
« C'est OK, on reprend le chantier… après tout ce sont vos sous !
- Absolument Monsieur, mais nous allons faire un peu différemment… Nous allons demander à la population de travailler avec nous pour veiller à ce que cela ne se reproduise pas.
- Vous allez quoi ? »
Mais elle s'était déjà approchée de la foule derrière les agents de sécurité. Elle s'adressa à eux d'une voix claire.
« Ecoutez-moi. Je suis Alix O'Brien … Je travaille au Ministère et je suis responsable du dossier concernant la réhabilitation du quartier ! L'entreprise de Monsieur Argentus accepte de continuer… Mais nous ne pourrons rien faire sans vous ! Les dégradations de cette nuit…
- On y est pour rien ! lança une voix.
- Nous allons en parler justement… »
Un brouhaha montait du groupe. Elle se tut. De coup de coude en coup de coude, ils finirent par se taire aussi. Elle reprit :
« Je vous assure que je veux que ces rénovations soient faites de façon à ce que vous viviez dans un cadre…
- Et depuis quand le Ministère s'intéresse à nous ?
- S'il s'intéresse à nous, c'est du travail qu'on veut ! Et après, on arrangera nos maisons !
- Parfaitement, on veut pouvoir travailler ! »
La créature magique - était-elle hybride ? En tout cas elle était difforme et repoussante – qui avait couiné cela était juste à ses pieds et Alix ne l'avait pas vue ! Elle eut un mouvement de surprise quand les petites mains aux ongles longs s'accrochèrent à sa robe. Aussitôt un agent de sécurité sortit sa baguette et tonna d'un air menaçant :
« Arrière ! »
Alix secoua la tête :
« Je vous en prie ! Ce n'est pas si important ! »
La colère qui enflait peu à peu la foule devant elle était bien plus inquiétante. Alix pointa sa propre baguette sur sa gorge : « Sonorus »
Et sa voix décuplée couvrit celles des autres.
« Je suis prête à vous entendre. Mais moi, je suis là pour vous parler de Claratown… Alors soit nous arrêtons tout, soit vous désignez des représentants avec lesquels je pourrais m'entretenir ! Un, deux… ou trois … Comme il vous plaira. Je vous laisse réfléchir.
- C'est pas la peine, on a déjà un représentant.
- Parfait ! Où est-il ? »
Un homme un peu plus loin, sortit du rang et fit un pas en avant.
« C'est moi. »
Elle se tourna… Et une bouffée de haine l'envahit soudainement avec une telle violence qu'elle en eut le vertige. Leurs regards se croisèrent… Une chaleur très douce au creux de son ventre irradia doucement et repoussa la violence… En quelques secondes magiques, le bonheur était entré dans le cœur d'Alix.
Ils se sourirent presque malgré eux et avancèrent l'un vers l'autre.
« Alix…
- Professeur Lupin ? Vous habitez Claratown ?
- Oh… C'est plus compliqué que ça mais… Je suis certainement ici, le seul à pouvoir prétendre vous affronter !
- M'affronter ? Ce n'est pas moi qu'il faut affronter ! Nous allons aller voir ce charmant Monsieur Argentus et nous mettre d'accord…
- Non d'abord, il faut que nous parlions, Alix…
- Oui bien sûr, vous avez raison… Je vais vous entendre d'abord ! Où peut-on aller pour être tranquille ?
- Mon appartement est de l'autre coté de la rue… Je ne vois rien d'autres. Vos gardes du corps peuvent vous accompagner bien entendu !
- Mes gardes du corps ? »
Il lui montra deux sorciers qui venaient d'apparaître… Emily n'avait visiblement pas pu convaincre Robbins et Freeman et elle lui avait envoyé rien moins que deux aurors du Ministère.
« Oui bien sûr…
- Ce n'est donc pas aujourd'hui que j'aurais le bonheur de vous assassiner !
- Non hélas ! sourit-elle.
- Par ici.
- Gawtrey… Vous venez avec moi ! appela Alix au passage. »
Ils traversèrent la rue, puis une petite pelouse et entrèrent dans une petite maison.
Dans le hall, un escalier montait à l'étage mais Remus ouvrit la porte qui se trouvait à gauche et dit :
« C'est ici, entrez ! »
C'était une petite pièce assez claire. Un coin cuisine, une table avec quatre chaises et un fauteuil défoncé dans un coin. Des murs blancs… vieillis. Et sur le sol, un vieux parquet qui grinçait. Mais, au passage, Alix nota les livres sur une étagère près du fauteuil, et un petit tableau qui représentait un bouquet de fleurs bleues, accroché sur un mur. Un très beau verre en étain sculpté rempli de plumes … on lui en avait fait cadeau… il l'avait sur son bureau à Poudlard. Et tout cela : sa présence à lui… et puis… tous ces témoignages de son existence, de sa vie, tout cet environnement… avait un effet curieusement apaisant sur elle. Elle pensa : « Il est là. » et c'était un tel soulagement… C'était comme lorsqu'on a voyagé longtemps et très loin… et qu'on revient à la maison. Et que tout y est : l'odeur, les objets qu'on aime, le craquement des meubles… et là tout y était : le regard attentif, le sourire timide, cette grande carcasse un peu maigre qui flottait dans ses vêtements rapiécés… et ce silence qui attendait… qui attendait…Qui attendait ?
« Miss O'Brien ? Vous n'êtes pas bien ? s'inquiéta Gawtrey.
- Pas bien ? Euh… non… enfin si !
Remus leur fit signe de s'asseoir et ils prirent place autour de la table.
« Je vous écoute, Professeur Lupin… Enfin, Monsieur Lupin, dit-elle.
- Les habitants de Claratown affirment que les actes de vandalisme de cette nuit ne sont pas de leur fait.
- Vous avez pourtant quelques groupes de voyous assez organisés… et suffisamment équipés pour entrer sur le chantier…. Et qui en veulent aussi suffisamment au Ministère pour…
- C'est vrai. Le Ministère ne nous a pas beaucoup épargné ses dernières années. Nous n'arrivons quasiment plus à trouver de travail… Mais cela n'est pas une preuve ! Dès ce matin, des voisins ont dit avoir vu des personnes entrer sur le chantier avec une certaine facilité… et ils n'ont pas bien vu… mais ici tout le monde connaît les petites frappes qui ont mal tournées… et il semblerait que ce ne soit pas elles.
- Mais qui ? Qui peut avoir intérêt… ? »
Mais avant même d'avoir fini sa phrase, elle avait compris. Qui avait intérêt à faire passer la population des hybrides et des créatures magiques pour des être violents qui cassaient tout, ne respectaient rien et n'attendaient qu'une occasion pour se soulever ? Qui avait intérêt à semer la terreur ? Qui avait intérêt à discréditer le Ministère sur ce coup-là pour mieux le tenir par ailleurs ?
Comment avait-elle pu être aussi naïve ?
Mais elle n'était pas sensée avoir d'éléments de compréhension de cet ordre. Elle dit seulement :
« Il est très possible que vous ayez raison, Professeur… euh, Monsieur ! Après tout, ce dossier ne fait pas l'unanimité et on peut imaginer qu'on cherche à nous discréditer… Mais nous n'avons pas de preuve. Il faut nous organiser. Et je n'envisage pas de faire venir des personnes du ministère pour garder ce chantier… Cela ne me fait pas plaisir de l'avouer… Mais je n'obtiendrai rien de plus que ce que j'ai déjà obtenu… De votre côté, pouvez-vous mettre quelque chose en place ?
- Oui, j'y ai déjà pensé… Et je pense que c'est la meilleure solution. Simplement, je crains que… les véritables vandales… ne soient pas que des vandales et … soient dangereux… La plupart des gens ici ne savent pas se battre. »
Alix réfléchit un moment, puis assura :
« Nous allons mettre en place un système de sécurité. S'il y a un problème, il suffira à l'un des gardiens d'appeler les aurors via ce système… Ca ne devrait pas poser de problème. »
Et puis, il fallait neutraliser Malfoy. Mais ça, c'était son affaire !
Elle se leva.
« Bon ! Eh bien, je retourne au Ministère. Gawtrey, vous restez là toute la journée et vous réglez les problèmes. Remus – il sourit en l'entendant l'appeler par son prénom - vous vous chargez de trouver des gardiens pour ce soir. De mon coté, je m'occupe de faire installer le dispositif. Si ce n'est pas fait pour ce soir, il y aura des gardiens du Ministère sur le chantier, je m'y engage et – elle fit une drôle de grimace – si le Ministre refuse… Je viendrai moi-même garder ce chantier ! »
Gawtrey eut l'air scandalisé mais Remus sourit.
« Vous en seriez capable, je suis sûr ! »
Elle lui sourit aussi. La même complicité qu'autrefois… « Alix… Vous ne reculez donc devant rien ? »
« Nous n'avons pas tellement de temps à perdre. Bon et rendez-vous demain matin, ici, et on fait le point ok ? »
Les yeux de l'ancien professeur brillèrent. Il retrouvait, chez la jeune fille, ces manières tranchantes qui pouvaient mettre si mal à l'aise… d'ailleurs, le pauvre Gawtrey… Il répondit :
« Rendez-vous ici… Je préparerai un café. »
Mais Alix n'eut pas à faire le gardiennage. Tout était en place le soir même. Et cela lui avait laissé bien peu de temps pour rêvasser aux retrouvailles de la matinée. Toutefois, le problème n'était pas réglé et elle le savait bien. Elle envoya un message à Lucius pour lui dire qu'elle était revenue et qu'elle espérait le voir dans la soirée. Il lui répondit par retour de hibou qu'il était absent – ce qui était faux, elle le savait très bien, et il savait qu'elle le savait – et qu'il lui ferait connaître la date de son retour. Autant dire qu'il n'avait pas apprécié qu'elle se refuse à lui et qu'elle prenne quelques jours de vacances sans lui en parler.
Cela l'agaça… et la soulagea en même temps. Ce n'était pas l'affrontement qui lui faisait peur… mais ce qui ne manquerait pas de suivre. Et elle n'en avait vraiment plus envie. D'une manière générale, elle n'avait plus du tout envie de voir Lucius. Et pour être tout à fait honnête… en-dehors des informations utiles qu'il pouvait lui apporter, il l'ennuyait.
Elle passa une partie de sa nuit à formaliser un partenariat entre le Ministère et l'association des habitants du quartier de Claratown… Association qu'il faudrait créer par dérogation spéciale car les hybrides et les êtres magiques n'avaient pas le droit de se regrouper. Le matin à la première heure, elle soumit son projet à Fudge qui, après bien des palabres, accepta qu'elle le présente en personne à la réunion du Conseil qui avait lieu l'après-midi même. Puis elle partit pour Claratown, son dossier sous le bras, pour convaincre l'autre partie.
Elle se présenta avec une bonne demi-heure de retard au rendez-vous qu'elle avait fixé.
« Je suis vraiment désolée… Je sors du bureau de Monsieur Fudge ! » dit-elle en entrant quand Remus ouvrit la porte.
Gawtrey était toujours là. Il y avait Argentus aussi et quatre habitants du quartier. Remus fit les présentations :
« Joe Goodall, Janet Donnamills, Steven Lee et Sandra Mulder… ce sont des habitants du quartier. Ils sont prêts à organiser le gardiennage. Nous ferions quatre équipes… en roulement, bien sûr.
- Bonjour… C'est parfait si vous êtes déjà un peu organisés… Monsieur Argentus, où en êtes-vous sur le chantier ?
- On a déblayé, nettoyé et aujourd'hui, on repart à zéro, répondit-il d'un ton rogue.
- Bien…Vous pouvez y retourner… J'ai à voir à présent avec les représentants de la population locale. »
Il quitta la pièce en grommelant.
Elle leva les yeux vers Remus :
« Vous n'aviez pas parlé d'une tasse de café ? »
Il la servit et elle sortit plusieurs parchemins qu'elle étala sur la table.
« Voilà où nous en sommes… Il n'est pas question de vous faire assurer le gardiennage de ce quartier sans que vous soyez légitimement reconnus pour cela. Il faut établir un partenariat entre le Ministère et vous… Mais pour cela, votre groupement doit être identifié… administrativement parlant. Donc vous devez vous monter en association. Je me fais fort d'obtenir une autorisation temporaire dès cet après-midi. Par contre, je vous demande de bien étudier les termes du contrat que je vous propose… Si je dois le retravailler avant le Conseil de cet après-midi… s'il y a des points litigieux, d'autres qui peuvent être négociés… il faut que je le sache maintenant. »
Même si elle avait fait un tour sérieux de la question, il y eut en effet quelques points d'achoppement… mais à la fin de la matinée le texte final fut bouclé et prêt à être présenté.
Il fallut le défendre fermement. Mais, au bout d'une heure, elle avait gagné la partie. Elle sortit de la salle du Conseil, épuisée mais radieuse, fit apporter les quelques modifications qui avaient été demandées et retourna illico à Claratown. Remus n'y était pas mais elle trouva les quatre autres personnes, leur remit le texte final. Il fallait que l'association voie le jour dans la semaine. Le gardiennage serait assuré par le Ministère durant cette période. Ils la remercièrent un peu timidement. Et elle allait partir quand elle entendit la voix de Remus qui l'appelait :
« Alix ! Alors qu'en est-il ?
- C'est gagné !
- Bravo !
- Vous avez une semaine pour créer l'association et vous organiser…
- Ce sera fait… Merci beaucoup Alix.
- Non… je tiens à ce dossier ! Et vous savez que je n'aime pas les projets avortés.
- Oui, je crois me souvenir…
- Vous présiderez l'association ?
- Non… J'ai trop à faire par ailleurs… »
Elle évita de lui demander des précisions.
« Votre garde rapprochée est à nouveau là, dit-il.
- Oh non ! Je suis partie sans leur dire où j'allais ! – se tournant vers les deux hommes qui étaient apparus derrière elle – Je n'ai pas besoin de vous ! »
Ils firent trois pas en arrière et croisèrent les bras.
« Vous êtes bien gardée ! sourit Remus.
- On ne sait pas ce qui peut m'arriver ! plaisanta-t-elle.
- … en si mauvaise compagnie. » compléta-t-il.
Il n'y avait pas d'amertume dans sa voix, tout juste de l'ironie mais elle sentit son cœur se serrer. Il y eut un silence au bout duquel il demanda doucement :
« Vous allez bien, Alix ? Je veux dire… pas là maintenant… mais en général…
- Oui, ça va. Et vous ?
- Oui. Moi aussi. »
Que lui dire ? Elle savait qu'il ne travaillait pas mais qu'il se consacrait à l'Ordre. Et lui, connaissant sa vie privée, ne voulait certainement pas poser de question indiscrète… Alors, il y eut un nouveau silence qu'elle rompit, un peu mal à l'aise :
« J'ai travaillé à un projet de réforme de l'enseignement… notamment en Défense Contre les Forces du Mal. Mais il n'a pas été retenu. »
Elle ne savait pas trop ce qu'elle voulait faire par là. Probablement se rapprocher en parlant de leur expérience commune. Elle le regarda d'un air incertain, presque intimidé.
« Vous avez changé, Alix » dit-il sans répondre à ce qu'elle venait de lui dire.
Peu importait Poudlard, ce qui le frappait soudain, c'était ce manque d'assurance. Ne sachant ce que sous-tendait cette constatation, elle déclara :
« J'ai deux ans de plus ! »
Un sourire illumina le visage de Remus. Il la taquina :
« C'est énorme, ça ! Vous êtes bien vieille maintenant ! »
Du coup, ce sourire et cette gentille moquerie lui rendirent un peu d'assurance.
« Eh bien, deux ans ça compte tout de même !
- Oui… Il peut s'en passer des choses en deux ans. »
Il y avait de la tristesse à présent dans sa voix et dans ses yeux.
« Nous nous reverrons peut-être…
- Oui. Sûrement…
- Alors, au revoir Alix…
- Au revoir. »
Il se détourna et s'éloigna, la laissant désemparée. Pourquoi… ? Pourquoi partait-il si vite ?
« Remus ! »
Il se retourna d'un air surpris.
« Je suis désolée… quand on s'est vu au Ministère j'ai été désagréable et…
- Ce n'est rien… Ce n'était pas le moment, j'imagine…
- Non, ce n'était pas ça mais…
- Ne vous inquiétez pas. Il y a longtemps que c'est oublié… »
Il lui sourit et elle vit qu'elle lui avait fait plaisir. Cela lui donna du courage :
« On pourrait se voir… peut-être ? demanda-t-elle, avec un peu d'anxiété.
- Se voir ? »
Il était si visiblement désarçonné… Elle s'amusa :
« Je serai sage, je vous le promets ! Je ne lirai pas dans vos pensées et je ne tendrai pas de piège pour vous séduire. Je ne ferai rien qui puisse vous mettre mal à l'aise. »
Il rit doucement :
« Je retire ce que j'ai dit ! Vous n'avez pas changé !
- Deux ans, ce n'est pas si long !
- En effet. »
Il y avait tant de tendresse dans ses yeux qu'elle se laissa troubler un instant puis se reprit :
« Alors vous êtes d'accord ?
- Euh… cette semaine, je crois que…
- Ce soir ?
- Ce soir ? – il secoua la tête d'un air incrédule. – Je crois que j'ai quelque chose déjà et… Mais… Je vais m'arranger…
- On se retrouve ici ?
- D'accord… à 19H00 ?
- Oui. »
Elle sourit doucement, le cœur gonflé mais ce fut elle, cette fois-ci qui dit :
« J'y vais… A ce soir.
- A ce soir, Alix. »
Elle s'éloigna et disparut encadrée de ses deux gardes du corps.
