Pour une fois, j'ai du mal à savoir quoi dire. Dean a un peu de mal à rester loin de John, et il aura encore du mal plus tard

Les choses continuent d'évoluer dans le bon sens pour Dean et Cas

Merci encore!

Bisous

.

.

Castiel traverse le couloir des urgences, la moitié du hall, et Amélia l'intercepte juste à temps. "Tu n'y vas pas," plantée devant lui.

"Amy?" fait Sam, derrière elle. "Dean va bien?"

"Où est ton père, Sam?" sans lâcher Castiel du regard, une main entre eux comme pour l'empêcher d'avancer.

"A l'accueil. Il essaie d'avoir le chef de service au téléphone pour-"

"Il est persévérant," avec un léger rire. "On ne peut pas lui retirer ça."

"Je vais le mettre dehors," intervient Castiel.

"Et je viens de dire que tu n'irais pas," en secouant la tête. "Fais demi-tour, et fais-le maintenant. Ne me force pas à t'adresser la parole plus longtemps que nécessaire."

"Mais-"

"Dégage," un ton vraiment plus haut. "Dégage, Castiel, fais demi-tour et dégage jusqu'à ce que je ne te voie plus. C'est… oh, c'est vraiment incroyable, tu sais. Je ne croyais pas pouvoir en arriver à haïr quelqu'un à ce point, mais je ne peux même pas te regarder."

Castiel inspire, sa colère à lui retombée. Il acquiesce. "Je comprends," dit-il, avant de faire un pas en arrière. "Je vais-"

"C'est ça," en le regardant se retourner.

"Rappelle-moi de ne pas te mettre en colère," souffle Sam.

Amélia lui jette un petit regard en biais, puis un sourire un peu fade, à peine sincère. "Tu peux le voir, si tu veux. Tu peux voir Dean."

"Je ne te laisse pas seule avec lui," avec un geste vers le comptoir de l'accueil, quelques mètres plus loin.

"Comme tu veux," en haussant les épaules.

Elle lui emboîte le pas jusqu'à l'accueil, adresse un signe de tête à l'hôtesse et s'arrête, près de John qui se tourne vers elle. Son regard, interrogateur, passe sur Sam. "Sam?"

"Vous sortez," fait Amélia. "Dehors. Vous n'allez ni le voir ni lui parler."

"Qui décide de ça?" en croisant les bras sur son torse.

"Sur le papier, je suis encore sa femme."

John ouvre plus grand les yeux, de surprise, en penchant la tête. "Tu es Amélia?" demande-t-il.

"Aux dernières nouvelles," légèrement sarcastique.

"Je ne sortirai pas d'ici avant d'avoir vu mon fils."

"Vous avez beaucoup de chance, vous savez," pas le moins du monde intimidée. "Dean est assez stupide pour ne pas vouloir porter plainte contre vous."

"Peut-être qu'il sait que-"

"N'essayez pas avec moi," en le coupant. "Ça ne prend pas. Je ne sais pas exactement ce que vous lui avez fait, il est le seul à le savoir, mais je connais les conséquences. Vous, non. Vous ne savez pas, ou bien peut-être que ça ne compte pas, mais je sais que vous êtes ce qui peut lui arriver de pire. Vous êtes ce qui lui est arrivé de pire. Et même si je ne serai plus dans sa vie pour voir ça, il va finir par réussir à se détacher de vous, à un moment ou à autre. Alors maintenant, vous pouvez faire un scandale ici, c'est votre décision, vous pouvez me forcer à appeler la sécurité, mais je crois que ce n'est pas dans votre intérêt si vous tenez à votre liberté."

John s'écarte du comptoir, sans pour autant faire mine de vouloir s'en aller. Il semble la détailler du regard un court moment, la mâchoire serrée. "Tu te soucies encore de ce qui peut lui arriver?"

"Probablement plus que vous."

"Mmh," en soufflant. "Il va finir par revenir vers moi. Arrête-moi si je me trompe, mais Dean a demandé à me voir. N'est-ce pas?"

"Vous n'allez pas le voir," en secouant la tête.

"Ce n'est pas la question," avec un sourire. "Il sait que je suis là, et il a demandé à me voir."

Agacée par son ton, Amélia se mord la lèvre, retient sa colère une seconde, puis :

"Vous savez qui compte le plus pour lui?" à son tour en souriant. "Castiel. Castiel compte tellement, tellement plus que vous. Il compte plus qu'un contrat de mariage et probablement plus qu'un père abusif. Et ça, vous le savez. C'est pour ça que vous avez du mal à vous maîtriser, pour ça que vous avez perdu le contrôle au point de tabasser votre propre enfant. C'est pour ça que vous êtes là. Vous vous sentez menacé."

"Menacé?" répète John.

"Oh, oui," plus assurée. "Vous sentez que Dean vous échappe, et c'est déplaisant. Il va finir par se défaire de l'emprise que vous avez sur lui, vous le savez, et ça… ça, je crois que ça vous fait presque peur. De savoir que vous ne pourrez bientôt plus vous servir de lui, Dean va se libérer, et vous, vous serez… tout seul. Pour les années que j'ai passées à le regarder souffrir et mourir de l'intérieur, je crois que c'est ce que vous méritez."

Sa voix ne tremble pas mais ses mots résonnent. Pour les années qu'Amélia a passées à vouloir le sauver, sauver Dean, sans même savoir de quoi. Pour les nuits blanches, les peurs inexpliquées, l'insécurité constante. Tout ce que Dean est le seul à savoir et ce qu'il n'a jamais dit. Pour ce qui le ronge.

John ne la quitte pas des yeux, de longues secondes sans la lâcher. "Tu es ce que je veux pour lui," finit-il par dire. "Et tu l'aimes encore."

"Sortez d'ici," glaciale.

"Tu ne veux pas le récupérer, Amélia?" imperturbable. "Dean est juste un peu perdu, mais-"

"Je ne vais pas me répéter encore une fois," l'interrompt Amélia. "Sortez, ou bien j'appelle la sécurité pour vous traîner dehors."

"Très bien," en levant les mains. "Je sors. Mais garde ça en tête, tu sais, Dean est un peu perdu en ce moment. Il est perdu avec Castiel. Ça lui passera."

"Ça fait longtemps qu'il est perdu avec lui, vous ne trouvez pas?"

"Tout finit par s'arranger," avec un léger, presque imperceptible hochement de tête adressé à Sam avant de se retourner.

Amélia souffle, soudain épuisée. Elle s'appuie, dos au mur près du comptoir, elle ferme les yeux en se passant les deux mains sur le visage. Sam laisse passer les secondes, puis se racle la gorge. "Dean a vraiment demandé à le voir?"

"Oui," sans ouvrir les yeux.

"Merci de-"

"Ne me remercie pas," le ton plus amer. "Ne me remercie pas d'être stupide, Sam. Ton frère ne mérite rien venant de moi, et pourtant… pourtant, ce n'est pas lui que j'ai envie de détester. Tu sais… je suppose que tout le monde a un fond d'égoïsme, et le mien déteste Castiel d'avoir débarqué ici. Ce n'est pas juste, ni rationnel, mais c'est lui que je hais."

"Ce n'est pas censé être juste ou rationnel," commente Sam. "Je crois que tu peux détester qui tu veux."

"Super," ironique.

"T'es pas obligé d'y retourner, tu sais, je peux dire à Dean que tu-"

"Non," en se redressant. "Je suis la psy de garde, et Dean ne sort pas si je ne signe pas."

"Pourquoi c'est un psy qui doit-" en comprenant subitement. "Oh. Le médecin a vu ses cicatrices?"

"Il t'en a parlé?"

"Un peu," avec une moue un peu inquiète. "Il me les a montrées. En me disant de ne pas poser de questions."

"C'est… bien," incertaine quant au choix des mots. "Ça veut dire qu'il évolue, même si c'est à sa manière. Je lui ai donné le numéro de téléphone d'un autre psy, et tu… enfin, essaie de faire en sorte qu'il fasse un peu plus qu'y penser. Essaie de le pousser à y aller. Il en a besoin."

"Je vais essayer," répond Sam.

"Ok," en remettant sa blouse en place avant de lui emboîter le pas. "Ton père est pire que ce que j'ai toujours imaginé, au passage."

"Je sais."

Ils traversent le couloir, Amélia s'arrête et lui fait signe de patienter une seconde avant d'entrer dans le bureau des infirmières pour échanger quelques mots avec un autre médecin et récupérer un formulaire de sortie.

.

Toujours assis, Dean se redresse, un peu vivement. "Il est parti?" en cherchant le regard de son frère.

"Amy l'a viré."

"Comment ça, viré?"

"T'occupes," répond Amélia, en contournant Sam pour s'approcher.

Elle relit rapidement le formulaire, sans tout de suite apposer sa signature en bas de page, puis lui tend une ordonnance. "Prends les antidouleurs correctement," dit-elle. "Je t'aurais bien prescrit quelque chose pour t'aider à te détendre, mais je sais que tu vas en abuser."

"Cas peut me-"

"Je ne fais pas confiance à n'importe qui," légèrement hargneuse, refusant obstinément d'adresser le moindre regard à Castiel, pourtant assis sur le bord du brancard.

"Cas n'est pas n'importe qui."

"Pour moi, si."

Dean ouvre la bouche, mais Castiel presse doucement sa main pour le dissuader de répliquer. Le regard d'Amélia passe sur eux, impassible et glacial à la fois. Dean lâche sa main. "D'accord," fait-il.

"Je disais : prends-les correctement, même si tu crois que c'est la douleur qui t'aide à te recentrer," en jouant distraitement avec son stylo. "C'est faux et ce sera toujours faux. Et si ça ne va vraiment pas, surtout, ne m'appelle pas. Je ne suis pas ta psy, ni ton amie, et je me fiche de savoir à quel point tu peux avoir besoin d'aide. J'en ai déjà fait bien assez pour toi. On est clairs?"

"Oui," en ravalant sa salive. "On est clairs."

"Parfait," en signant le formulaire de sortie. "Charlie. Sam."

Elle laisse les formulaires sur le brancard et se retourne. Castiel se racle la gorge. "Amélia?" alors qu'elle met un pied dans le couloir.

"Quoi?" sèchement, avant de lui faire face.

"Est-ce que je peux te parler?"

Surprise, Amélia fronce les sourcils. Elle semble longuement hésiter, puis acquiesce, avec un signe de tête vers le couloir. Castiel échange un regard avec Dean, un court ou très long regard, lui sourit tout doucement et se lève. "Je reviens," en s'éloignant.

Dean fait la moue, contrarié. "Vous voulez un petit conseil, tous les deux?" le regard passant de Sam à Charlie. "Débrouillez-vous pour ne jamais, et je dis bien jamais, ne jamais énerver une femme. Elles sont vindicatives. Et elles savent faire mal, hein. Vraiment."

"Vindicatives?" répète Charlie.

"Ouais," en marmonnant. "Je l'ai bien mérité, mais ça fait super mal."

"Est-ce que tu vas aller voir un psy, cette fois?" demande Sam, en appui contre le mur le plus proche.

"Je vais bien, là."

"S'il te plaît," las. "Tu l'aurais laissé venir jusqu'ici, te parler et s'excuser. Tu aurais pardonné ce qu'il a fait. Si on n'avait pas été là, tu-"

"Qu'est-ce que je suis censé dire, Sammy?"

"Il y a beaucoup de choses que je voudrais t'entendre dire," en s'asseyant près de lui. "Mais tu ne veux pas. Je ne comprends pas, Dean, je ne comprends pas ce qui te pousse à garder ça pour toi, peu importe ce que c'est. Est-ce que tu cherches à le protéger? Est-ce qu-"

"Je cherche à me protéger, moi," coupe Dean, la voix plus rauque. "Tu comprends pas, Sam, tu peux pas comprendre et tu crois… tu crois quoi? Que peu importe ce que c'est? Crois-moi, il y a des choses que tu ne veux ni savoir ni entendre. Tu veux pas savoir."

"Tu crois que je peux le haïr plus?"

"Oui," en levant les yeux dans les siens. "Oui, je sais que tu peux le haïr plus."

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Plus loin dans le couloir, Amélia se retourne. "Qu'est-ce que tu pourrais bien avoir à me dire?" les bras croisés sur sa poitrine. "Que tu es désolé?"

Castiel s'arrête, près d'elle sans l'être trop. "C'est ce que tu veux entendre?"

"Non. Je ne veux rien entendre de toi."

"Tu peux me haïr," répond calmement Castiel. "Je peux encaisser. Mais Dean, il ne-"

"On ne va pas faire ça," en secouant la tête. "Tu ne vas pas parler à sa place et me dire ce que lui, il peut encaisser ou non. Et moi? Ce que moi, je peux encaisser? Ce que j'aurais pu encaisser si tu avais eu le courage de me dire la vérité. Tu n'as pas eu l'air d'y tenir, au moment où tu pouvais le faire."

"Dean tient à toi," simplement.

"Et tu es tellement parfait que tu es prêt à le-"

"Je ne suis pas parfait, Amélia," en secouant la tête. "Tu ne veux pas l'entendre, mais je suis désolé. C'est moi que tu détestes, déteste-moi, mais ne-"

"C'est lui que je devrais détester," coupe Amélia. "C'est lui qui m'a trompée. Il est… était marié. Pas toi. Tu n'as rien signé et tu n'as rien promis. Vous êtes deux, mais c'est lui qui m'a trompée. Et pourtant… pourtant, si tu savais. A quel point je te hais, toi. Si tu savais."

"Alors pourquoi… pourquoi tu ne peux pas être-"

"Effectivement, tu n'es pas parfait," sarcastique. "Je dirais même qu'il faut être plus que stupide pour oser me dire que je devrais être son amie."

"Il a besoin de toi."

"Il croit aussi avoir besoin de son père, alors tu vois… à ta place, j'éviterais de me fier à ce que Dean croit."

"Et toi?" en retenant un soupir. "Tu ne crois pas que-"

"La vérité, c'est que je vais faire tout ce que je peux pour l'oublier," sans le laisser terminer. "Quitte à le blesser au passage. Il t'a, toi, il a son frère, il a Charlie, mais moi? J'ai passé cinq ans de ma vie avec un homme fou amoureux de quelqu'un d'autre. Je l'ai aimé dans le vide. Tu ne crois que ça me donne le droit de ne plus me soucier de lui?"

"Pourtant, tu essaies encore de l'aider," remarque Castiel.

"On est peut-être aussi stupides l'un que l'autre, dans ce cas," en levant brièvement les yeux vers le plafond. "Il y a juste… quelque chose. Une question que je me pose."

"Quoi?"

"Tu pouvais partir, n'est-ce pas?" plus assurée. "Tu avais le choix."

"Oui," sans mentir.

"C'est ce que tu voulais. Qu'il revienne vers toi."

"Oui," encore une fois.

"Tu sais ce que je vais te dire… j'espère que tu es assez solide pour encaisser tout l'amour qu'il a pour toi," la voix étrangement plus douce. "J'espère que tu peux être la sécurité dont il a besoin… c'est tout ce qu'il a toujours voulu. Se sentir en sécurité. Et j'espère aussi que tu sais qu'il peut te détruire, parce que tu l'aimes trop. C'est trop et c'est absolu, et tu n'arriveras jamais à te détacher de lui."

"Je ne veux pas me détacher de lui."

Amélia hoche la tête. "Je sais," dit-elle.

"Tu te soucies de lui," comme pour simplement le constater. "Tu portes encore ton alliance."

"Va te faire foutre," les yeux dans les siens.

"Je ne-"

"Tu peux crier au monde entier toutes tes bonnes intentions, mais la vraie vérité, Castiel, c'est que tout ce que tu as fait, tout ce que tu as dit, tout ce que tu es, c'est égoïste," en appuyant sur chaque mot. "Les mensonges, tes mensonges, absolument tout ce que tu as fait depuis la seconde où tu es revenu, tu ne cherchais qu'à le ramener vers toi. Parce que tu ne peux pas vivre sans lui. Et tu sais… il est à toi, et tu sais que pour lui, ça veut dire plus que des mots. Pour lui, c'est presque littéral."

"Et c'est réciproque," répond Castiel.

Il ne nie pas. Ne ment pas. Castiel voulait que Dean revienne vers lui, il priait pour ça, et c'était peut-être égoïste.

Quelques secondes encore, Amélia le regarde dans les yeux, et puis elle finit par se détourner. Elle n'ajoute rien, fait volte-face en lui tournant le dos avant de s'éloigner.

.

Dean s'interrompt, sourit, et son visage s'éclaire. Son visage est trop abîmé, son regard légèrement moins vif mais ses yeux brillent un peu plus lorsque Castiel repasse le seuil. Il lui rend simplement son sourire. "Prêt?" demande-t-il.

"Mmh."

"Je ne veux pas te revoir au bureau avant au moins une semaine," prévient Charlie. "Cas peut travailler sans toi. Et tu m'appelles. Tous les jours. Ok?"

"Ok," désabusé. "Et toi, Sammy? Tu as des requêtes ou des recommandations, toi aussi?"

"Je passerai te voir," en haussant les épaules.

"Ok," encore une fois. "Dis à Ruby qu'elle est… que… dis-lui merci pour hier."

"Pas de problème."

Prudemment, Dean descend du brancard. Dans le couloir, ses doigts glissent tout contre le bras de Castiel, le long de son poignet, il ne prend pas sa main mais le garde près de lui.

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Castiel referme la porte derrière eux et Dean, debout après quelques pas jusqu'au salon, ferme les yeux. Il inspire. Il s'attend sincèrement à ressentir le malaise, quelques insécurités et la gêne familière de ne pas être à sa place, et pourtant. C'est le calme qui l'envahit. Il se retourne et sourit.

"Quoi?" demande Castiel, soucieux.

"Je ne suis rentré ici qu'une seule fois, et c'était pas vraiment-"

"Tu ne te sens pas bien?"

"Au contraire, Cas," en caressant sa joue du bout des doigts. "C'est plus que bien."

Il se penche pour l'embrasser sur la joue, tout doucement, et Castiel ne réagit qu'à peine. Son cœur rate un battement, sa tête tourne un peu et vaguement, il se demande comment il pourrait bien ne serait-ce qu'essayer de vouloir se détacher de Dean.

Dean et tous les gestes qu'il fait pour remplacer les mots qu'il n'arrive jamais à lâcher, ce qu'il donne et sa manière de faire confiance, comme si Castiel était le centre de son monde. Comme s'il croyait en lui plus qu'en n'importe quoi d'autre.

"Je ne rentre pas tard," en l'embrassant à son tour, au coin des lèvres. "Fais comme chez toi. Tu peux regarder Netflix, si tu veux, ou même prendre un bain."

"Tu as une baignoire?"

"Et une douche," en haussant les épaules.

"Les deux?" dubitatif.

"Oui, les deux," répond Castiel. "Pourquoi c'est si-"

"Pour rien," avec un petit sourire. "Tu peux ramener des dossiers du bureau?"

"Tu n'es pas censé travailler."

"Je peux travailler depuis le fond de ton canapé, tu sais," avec une moue un peu innocente. "S'il te plaît?"

"Tu me manipules," en soupirant.

"Pas du tout," en secouant la tête. "Je vais mourir d'ennui si je ne fais rien, et Charlie n'a pas dit que je ne pouvais pas travailler, elle a dit que je ne pouvais pas venir au bureau. Juste un ou deux… trois dossiers? Même de vieilles affaires, des trucs que je peux relire pour ne pas perdre la main."

"Bon… d'accord," souffle Castiel. "D'accord."

Dean lui adresse un grand sourire, puis l'embrasse encore une fois, un vrai baiser plus long que les autres. "Merci," en s'écartant de quelques petits centimètres. "Pour tout."

"Tout?" en détaillant son visage avec plus d'attention.

"Arrête de me fixer comme ça," en détournant les yeux. "Ça me met mal à l'aise."

"Tu fais attention à toi?"

"Je vais passer la journée à regarder la télé, allongé sur le canapé, Cas. Il ne va rien m'arriver. Ne t'inquiète pas."

"Il y a des oreillers dans les placards et tu peux-"

"Eh," l'index contre sa bouche pour l'interrompre. "Je peux me débrouiller. Je t'appellerai si jamais ton appartement prend feu. En cas d'urgence vitale, quoi, et en attendant, ne pense pas à moi."

"Tu es sûr que tu peux rester tout seul ici?"

"Cas," en roulant des yeux.

"Tu as raison," avec un petit sourire. "J'arrête."

Il l'embrasse rapidement sur le front et s'écarte. "Tu peux visiter," ajoute-t-il.

"Ok," alors que Castiel se retourne. "Au fait, Cas?"

"Oui?" la main à peine sur la poignée.

"Netflix?" en penchant la tête, interrogateur. "Qu'est-ce que toi, tu peux bien regarder sur Netflix?"

"Orange is the new black," en ouvrant la porte. "Tu devrais essayer."

.

Une fois seul, le sourire de Dean s'efface. Un moment, il hésite, à peu de chose près de rattraper Castiel pour lui demande de rester, de ne pas le laisser seul avec ses pensées. Un autre moment, il regrette la douleur physique, anesthésiée par les médicaments, cette douleur qu'il sait gérer, qu'il aime, presque, quand elle en remplace une autre.

Il fait rapidement le tour de l'appartement. Chaque chose est à sa place, comme il s'y attendait. Tout est rangé et ordonné, tout sauf le lit. Castiel déteste ça, défaire et refaire les draps, il balance plutôt les oreillers en travers du matelas. Dean en fait le tour, s'assoit près de la table de nuit et passe rapidement sur les livres empilés les uns sur les autres posés dessus. Sans pouvoir s'en empêcher, il ouvre le tiroir.

Des marque-pages, une boîte d'antalgiques, une clé USB, et, plus au fond, un carnet. La couverture est en cuir noir, Dean le prend, l'observe puis le repose. Il referme brusquement le tiroir et se lève. Il attrape plusieurs oreillers sur l'étagère du haut, dans le placard, et retourne dans le salon.

Il allume la télévision mais ne la regarde pas vraiment. Il se cale contre les oreillers, le regard un peu ailleurs. La curiosité le ronge, il tape nerveusement du bout des doigts contre sa cuisse.

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"Castiel?"

Concentré sur l'écran, Castiel adresse un regard à Charlie, suivi d'un "mmh" un peu bas, mais ne se tourne pas vers elle quand elle s'approche. "T'étais pas obligé de venir aujourd'hui," dit-elle. "Tu pouvais rester avec lui."

"Il faut bien que quelqu'un travaille," en haussant les épaules.

"C'est moi qui décide de qui travaille," en s'asseyant juste en face de lui. "Alors, vas-y. Parle-moi."

Castiel fronce les sourcils, il ouvre la bouche en secouant la tête, et Charlie le coupe avant même qu'il ne commence :

"On essaie sans arrêt de le pousser à parler, lui, ce qui se révèle souvent être pire que parler au mur, d'ailleurs," un coude sur le bureau. "Mais toi, on ne te le demande jamais. Pourtant, je suis sûre que tu as des choses à dire. Tu peux me parler. Pourquoi tu ne voudrais pas rester avec lui aujourd'hui?"

"Ce n'est pas ça," répond Castiel. "Je veux rester avec lui."

"Alors…?"

"S'il sent que je suis trop attaché, il va paniquer," après de longues secondes d'hésitation. "S'il panique, il va s'enfuir."

"Tu es trop attaché?"

"Tu crois que ça peut être trop?" en abandonnant l'ordinateur.

"C'est trop si ce n'est pas partagé," avec un léger sourire. "Ça l'est. Tu dois le savoir mieux que personne, Dean est… il te cherche. Il passe son temps à te chercher, et il est très différent si tu n'es pas là. Moins confiant et plus agité."

"Et pourtant, à la fac, il-"

"Il a changé," en le coupant.

"Mmh," en arrière contre le dossier de son fauteuil. "Comment est-ce que tu pourrais savoir exactement ce qui a changé?"

"C'est vrai que je ne peux pas le savoir," admet Charlie. "Tu peux me le dire? Tu peux me dire ce qui n'a pas changé. Et pour toi? Qu'est-ce qui n'a pas changé?"

A cette question, Castiel ne peut pas répondre. Il ne répondrait qu'à Dean.

.

Dean finit par sortir du canapé, il retourne dans la chambre et rouvre le tiroir de la table de nuit. Il hésite longuement avant d'attraper le carnet, trop conscient qu'il ne devrait pas mais l'ouvre quand même. Il tourne les pages, les sourcils froncés de l'incompréhension de ne trouver qu'un vieil agenda, des notes qui lui semblent quelconque, des numéros de téléphone.

Et puis, coincé entre les pages, un morceau de papier attire finalement son attention. Il prie pour se tromper, pour ne pas savoir ce que c'est, une page arrachée d'un bloc-notes, mais dans les mots griffonnés à la va-vite au feutre bleu, il reconnaît les siens. Ne cherche pas à me revoir. Dean.

Son cœur casse, juste un peu, juste ce qu'il faut. Il referme le carnet sans remettre le morceau de papier à sa place, il les laisse sur la table de nuit et s'allonge. Il remonte la couverture sur lui, cale un oreiller sous son bras mais ne parvient pas à fermer les yeux.

.

Le reste de la journée, Castiel se referme un peu, Charlie reste un moment près de lui puis finit par le laisser dans son monde. Il quitte les bureaux légèrement avant la tombée de la nuit, sans savoir s'il veut rentrer ou non, et la réponse vient en refermant la porte. Son cœur se réchauffe, Dean est là et bien sûr que Castiel veut rentrer pour le retrouver. C'est ce qu'il a toujours voulu.

Il s'arrête sur le seuil, appuyé contre le chambranle. Dean n'ouvre pas les yeux, les lèvres légèrement entrouvertes et les jambes emmêlées dans les couvertures. Castiel remarque son carnet, posé sur la table de nuit, il s'approche, contourne le lit et s'y assoit, tout en douceur pour ne pas le réveiller. Il glisse le petit mot écrit au feutre bleu entre les pages, puis rouvre le tiroir pour laisser le carnet tomber dedans.

"C'est pas ce que je voulais te dire," murmure Dean, la voix rauque de sommeil et d'autre chose, en ouvrant difficilement les yeux. "Ce jour-là, c'est pas ce que je voulais te dire."

Castiel croise son regard, un peu brumeux, et devine les larmes sèches sur son visage. Il caresse délicatement sa joue du bout de l'index. "Pourquoi est-ce que tu ne l'as pas dit?" le ton très bas.

"J'étais sur le point de partir, Cas… ça n'aurait rien changé."

"Ça aurait tout changé pour moi," en secouant la tête. "J'ai voulu venir ici, tu sais… je voulais te trouver. Mais je croyais que tu… que c'était-"

"Que c'était facile pour moi de faire une croix sur toi?" pour l'aider à trouver les mots justes.

"Oui."

"Tu avais tort," simplement. "Rien n'était facile sans toi. Rien."

Il tente de se tourner de son côté, étouffant un gémissement lorsque la douleur refait surface.

"Ne bouge pas," en posant la main sur son épaule. "Je suis passé à la pharmacie, mais je crois que tu dois attendre un peu avant de prendre un antidouleur. Il y a une pizzeria, juste en bas de la rue. Tu peux m'attendre une dizaine de minutes?"

"Je peux venir avec toi."

"Tu peux aller te mettre sur le canapé," corrige Castiel. "Bouger le moins possible, ça veut dire ne pas faire d'efforts inutiles."

"C'est inutile de venir avec toi?" les sourcils froncés. "Et si jamais tu te perds?"

Castiel roule des yeux, amusé. "En bas de la rue," rit-il.

"Peut-être que j'ai juste envie de venir avec toi," en se redressant difficilement.

"C'est juste une dizaine de minutes," en se décalant pour l'aider à s'asseoir sur le bord du lit. "Tu es censé te reposer."

"Bon, bon… mais tu ne prends pas n'importe quelle pizza, ok?"

"Je sais."

"S'il y a des morceaux d'ananas dessus, là, vraiment, je vais vomir."

"Je sais," encore une fois.

Dean sourit, les deux mains à plat sur le matelas, les jambes en dehors du lit et ses épaules un peu en avant. Il reprend son souffle. "J'admets," fait-il. "Je ne suis pas sûr de pouvoir marcher jusqu'en bas de la rue."

"C'est pour ça que je vais y aller sans toi pendant que tu restes dans le canapé."

"Mmh," en marmonnant.

Il s'appuie sur le bord du lit pour se lever, et grogne alors que Castiel passe un bras autour de sa taille pour le soutenir jusqu'au salon. Il le relâche doucement, une fois près du canapé, en calant les oreillers dans son dos. "Tu n'as pas trop mal?" demande-t-il.

"Juste un peu."

"Je ne sais pas pourquoi je demande," avec un léger soupir. "Tu ne dis jamais la vérité."

"Si, ça arrive," pour protester.

Le téléphone qu'il a abandonné sur la table basse quelques heures plus tôt vibre, presque agressif, et Dean se penche en serrant les dents. "C'est mon père," en attrapant l'appareil.

Il le garde entre ses mains, ne décroche pas, il hésite longuement, cherche le regard de Castiel comme pour savoir quoi faire. Celui-ci reste silencieux, son visage parle pour lui et finalement, Dean rejette l'appel. L'écran en affiche quatre autres, tous de John, tous manqués. Il souffle, puis le repose. "Tu reviens vite?"

"Oui," en l'embrassant furtivement sur la joue. "Je t'ai apporté des vieux dossiers," avec un geste vers la pile, sur le coin de la table basse. "Des affaires que tu as déjà résolues. Tu es très bon."

"C'est gentil," en lui souriant. "Mais j'aurai du mal à le croire tant que Roman restera en liberté."

"Ne pense pas à ça pour l'instant."

"Je pense à ça constamment, Cas."

"Peut-être que tu vas avoir une nouvelle idée en relisant ces dossiers," en fouillant dans la poche de sa veste pour lui donner la boîte d'antidouleurs. "Ne les prends pas avant d'avoir mangé."

"Cas," en levant les yeux au ciel. "Je sais."

"Je fais juste attention à toi."

"Ça aussi, je le sais."