Chapitre 34

Loft, New-York ...

Les yeux clos, Kate somnolait légèrement, écoutant néanmoins au loin si Léo se montrait récalcitrant à regagner son lit, mais tout semblait silencieux et calme. Elle entendit les pas de Rick dans l'escalier, et l'instant d'après ouvrit les yeux, alors qu'il entrait dans leur chambre.

- Voilà. Il devrait s'endormir vite, il baillait à n'en plus finir ..., expliqua Rick, en s'installant sous la couette.

- Hum ..., murmura-t-elle, baillant elle-aussi.

- Oh ... mais toi aussi tu es épuisée ..., constata-t-il, avec un tendre sourire.

- Oui ...

- J'éteins et dodo pour nous aussi alors, répondit-il, appuyant sur le bouton de la télécommande pour plonger leur chambre dans le noir complet. Léo a l'air d'apprécier son matelas sur le sol pour dormir.

- Oui ... Je ne sais pas s'il a besoin d'un vrai lit finalement, sourit Kate. Il est tellement content de dormir par terre.

- Il faut dire que tu lui as fait un douillet petit cocon, lui fit-il, en s'allongeant face à elle.

- J'ai peur qu'il tombe ..., expliqua-t-elle songeant aux oreillers et coussins qu'elle avait placés tout autour du matelas pour amortir une éventuelle chute de son petit casse-cou.

- Oh, ce n'est pas bien haut, à peine vingt centimètres, et il est robuste notre petit gars.

- Demain tu t'occupes de lui commander un lit de grand ?

- Oui ... Viens par là ..., chuchota-t-il, passant son bras derrière ses épaules pour qu'elle vienne se blottir contre son torse.

- Que c'est bon après une telle journée, soupira-t-elle d'aise, retrouvant avec plaisir l'étreinte douce et chaleureuse de son mari.

- Oui .., sourit-il, posant sa joue contre ses cheveux, et caressant légèrement son bras.

Ils restèrent silencieux quelques instants, blottis l'un contre l'autre. Bercée par le souffle léger de la respiration de Rick, le battement de son cœur contre son oreille, et le mouvement à peine perceptible de sa poitrine, Kate somnolait doucement. Mais lui n'avait pas oublié qu'une question lui trottait en tête depuis cet après-midi, depuis leur entrevue avec Tom Demming dans le bureau de Kate.

- Dis ..., reprit Rick, la tirant de sa rêverie.

- Hum ..., murmura-t-elle, sans même ouvrir les yeux.

- Je me demandais quelque chose ...

Elle ne répondit pas, l'esprit déjà plein de sommeil.

- Tu dors ? insista-t-il gentiment.

- Presque ...

- C'est à propos de Demming, expliqua-t-il.

- Alors, je dors ... Bonne nuit, mon cœur, répondit-elle, souriante, pour couper court à la discussion.

- Kate, sourit-il, amusé malgré tout par sa réaction tant il savait qu'elle détestait parler de ses ex. Je me pose une question ... Pourquoi as-tu dit cet après-midi que c'était à cause de moi qu'avec Demming ça n'était pas allé plus loin ?

- Comme ça .., répondit-elle, évasivement. Je n'ai pas envie de parler de Tom maintenant, Rick. Je veux juste dormir.

- Il a rompu à cause de moi ? demanda-t-il, bien décidé à en savoir plus.

- C'était il y a plus de dix ans, Castle, soupira-t-elle. Qu'est-ce que ça peut faire ? C'est loin tout ça.

- Je sais. Mais j'aime bien comprendre.

- Je n'aime pas parler de cette époque, et de mes ex encore moins. Tu le sais.

- Ok ..., soupira-t-il, à son tour, ne souhaitant pas l'exaspérer ce soir alors qu'elle était épuisée.

Il reprendrait ses questions à un meilleur moment, de façon joueuse et taquine. Ce serait plus simple pour amener Kate à lui faire des révélations sur son passé. Elle aimait cultiver cette part de secret, et ne lui révéler qu'au compte-goutte tout un tas de petits secrets ou de petites histoires sur son enfance, son adolescence et sa vie de jeune femme. Lui se prenait au jeu avec le plus grand des plaisirs. Mais elle n'aimait pas évoquer ses lointaines amours, comme si cela demeurait son jardin secret. Il comprenait, et en même temps, il mourrait d'envie de tout savoir, de tout connaître de sa femme.

- Ce n'est pas Tom qui a rompu, annonça finalement Kate, en se redressant, s'appuyant sur le coude, pour le regarder. C'est moi qui ai rompu.

Elle n'aimait pas se souvenir de cette période, pas très heureuse de sa vie. Et encore moins en parler. Non pas que cela lui fasse encore du mal. Non. C'était tellement loin. Elle avait même l'impression que la Kate de l'époque n'était pas vraiment elle, tant elle avait évolué, depuis. Mais elle n'aimait pas ressasser de vieux souvenirs tristes. Elle n'en voyait pas l'intérêt. Elle comprenait pourtant l'envie de Rick d'en savoir plus. Ce n'était pas juste de la curiosité. Il aimait découvrir qui elle avait été, comprendre le fond de son cœur, et même de son âme comme il le disait lui-même. Parce qu'il l'aimait, simplement. Alors elle s'était décidée à lui dire une fois pour toutes ce qui s'était passé avec Tom.

- Mais je croyais que ..., commença-t-il, perplexe.

- Tu n'as jamais demandé, l'interrompit-elle gentiment.

- Non. Tu m'aurais tué, à l'époque. Déjà que tu as failli me mettre au trou à mon retour ..., plaisanta-t-il.

- Tu le méritais, sourit-elle, amusée malgré tout par ce souvenir.

- Sans doute. Mais du coup, j'en suis resté à mes déductions personnelles.

- Complètement erronées tes déductions personnelles, lui fit-elle remarquer. Et je n'ai pas rompu pendant l'été. J'ai rompu le jour où tu es parti pour les Hamptons avec Gina.

- Gina ? s'étonna Rick, essayant de se remémorer tout cela et de remettre de l'ordre dans les faits.

- Gina, oui. Tu ne te souviens pas que tu as passé l'été aux Hamptons avec elle cette année-là ?

- Euh si ... mais c'est loin ... J'ai du mal à suivre, avoua-t-il.

- Tu m'avais proposé un week-end aux Hamptons.

- Oui. Et tu avais déjà des projets avec Demming.

- J'ai rompu pour accepter ta proposition, annonça-t-elle, sachant pertinemment comment il allait réagir.

- Tu rigoles ? sourit-il, sceptique.

- Non. J'ai rompu avec Tom à ce moment-là. Nous ne sommes jamais partis en week-end.

- Bon sang, constata-t-il, d'un air tout penaud et dépité comprenant ce qui s'était passé. Et tu voulais accepter ma proposition ?

- Oui. J'ai réalisé que Tom n'était pas l'homme pour lequel j'avais des sentiments. J'étais décidée à oser ... avec toi ...

- Et moi je croyais que tu ne ressentais rien, que tu étais heureuse avec Demming ...

- Je crois que j'étais un peu perdue dans mes sentiments, mais c'est vers toi qu'ils me portaient. J'allais te dire que j'acceptais ta proposition quand tu es arrivé au poste avec Gina pour m'annoncer que tu partais finir ton roman et que vous aviez décidé de donner une seconde chance à votre couple.

- Oh ... mon Dieu ..., soupira-t-il, totalement désolé. Je suis vraiment trop nul.

- Mais non ..., sourit-elle, avec tendresse. C'est tellement loin, mon cœur.

- J'étais plutôt triste, Kate ... parce que je prenais conscience de ce que je ressentais pour toi, et tu ne semblais pas très réceptive, expliqua-t-il.

- Je sais ... Je l'ai compris ensuite.

- Et j'ai fui la réalité, j'ai fui ma peine ..., en me comportant bêtement, comme d'habitude.

- Tu ne pouvais pas savoir vu la façon dont je me comportais, et j'essayais moi-aussi de fuir la réalité de mes sentiments.

- Tu étais déjà amoureuse de moi ? sourit-il, tout content à cette idée.

Même s'il se plaisait à dire qu'elle avait toujours été folle de lui, il savait bien qu'elle était tombée amoureuse progressivement. Elle avait certainement toujours été attirée par lui. Il le voyait à l'époque dans ses regards, et sa répartie, dans leurs échanges pleins de sous-entendus. Mais il se demandait parfois quand elle avait totalement craqué pour lui, quand elle avait réalisé qu'elle l'aimait plus que de raison. Il ne saurait sans doute jamais vraiment, car elle-même était si perturbée à l'époque, et se voilait tellement la face, qu'elle n'était pas forcément en mesure de savoir quand elle était définitivement tombée amoureuse de lui.

- Peut-être bien, répondit-elle, s'amusant à ne pas trop en dévoiler, comme à son habitude.

- Pourquoi tu ne me l'as jamais dit ? Je veux dire, ça va faire sept ans qu'on est ensemble.

- Parce que je n'aime pas parler de cette période-là ou y repenser. J'étais ... une autre. Ce n'est pas une époque très gaie malgré tout. Et même si c'est loin, cette histoire m'a fait mal au cœur.

- Bon sang ... Je suis vraiment pire que tout. Je t'ai fait du mal sans même m'en rendre compte.

- Mais non, sourit-elle, attendrie par son air désolé. Tu ne savais pas.

- Je comprends mieux maintenant ton attitude quand je suis revenu après l'été.

- Oui. J'ai eu l'impression de m'être faite avoir, de m'être laissée séduire pour réaliser qu'au final tu n'avais pas changé. Alors j'ai voulu me protéger, et passer à autre chose, vraiment. Et Josh est arrivé à ce moment-là. Le reste de l'histoire, tu la connais.

- Oui ...

Si elle ne lui avait jamais parlé de son histoire avec Demming, il en savait un peu plus sur sa relation avec Josh. Enfin, il savait surtout qu'elle fuyait ses sentiments réels, ce qu'elle ressentait pour lui, pour se protéger, pour ne pas souffrir. Mais il ignorait que finalement le fait qu'il soit retourné avec Gina avait compromis ses chances avec Kate à l'époque, et lui avait brisé le cœur.

- Je ne me suis jamais joué de toi ..., ajouta-t-il. Jamais je n'ai joué avec tes sentiments.

- Je le sais, maintenant ... Ne t'en fais pas, répondit-elle, déposant une caresse sur sa joue. C'était dans une autre vie tout ça.

- Non, mais ... je veux que tu sois sûre que ma proposition pour les Hamptons à l'époque était sincère. J'avais envie de passer du temps avec toi, de te découvrir autrement. Je ne dis pas que je n'avais pas envie de toi ..., oui, bien-sûr que je te désirais, expliqua-t-il, avec un petit sourire. Je t'ai toujours désirée. Mais je prenais conscience que te voir avec Demming me rendait malade de jalousie parce que je rêvais d'être à sa place. Et moi aussi, ça me faisait mal au cœur.

Elle ne dit rien, touchée de savoir que sa jalousie de l'époque cachait une véritable tristesse, et se contenta de se blottir plus encore contre lui, alors qu'il l'enlaçait.

- Satané mauvais timing, sourit-il, prenant avec dérision cette lointaine histoire.

- Oui. Mauvais timing ..., chuchota-t-elle, avec un sourire, en venant déposer un baiser sur ses lèvres.

- Mais si je n'avais pas été avec Gina ...

- On ne va pas refaire l'histoire. Nous n'étions pas prêts, peu importe nos sentiments. Ni toi. Ni moi. Moi je ne faisais pas face à mes souffrances. Et toi, tu étais encore prêt à te réfugier dans les bras de celle qui voudrait bien de toi pour fuir la réalité.

- C'est vrai ...

- Notre histoire d'amour est belle telle qu'elle s'est écrite, Rick. Pour rien au monde, je ne changerais quoi que ce soit.

Il passa sa main en une caresse dans ses cheveux, laissa ses doigts s'attarder sur sa joue, et à son tour l'embrassa tendrement.

- Moi non plus, je ne changerais rien. J'aime notre histoire. Et je t'aime, toi ... chuchota-t-il.

- Moi-aussi, mon cœur ...


Trois jours plus tard ...

Mercredi 30 octobre 2019

Loft, New-York, aux environs de 4h du matin ...

Assise en tailleur dans le canapé, le plaid couvrant ses épaules, Kate mordillait son crayon tout en relisant ses notes, et griffonnant, de temps à autre, quelques ajouts ou modifications. Le stress, l'appréhension et ses divers tracas l'avaient réveillée, et ne parvenant pas à se rendormir, elle avait préféré se lever pour revoir son cours. Cet après-midi elle donnerait son premier cours à l'Académie, et se retrouverait face à une trentaine de jeunes élèves officiers. Elle craignait de ne pas être à la hauteur, même si Gates l'avait rassurée, et lui avait donné quelques conseils. Depuis deux jours, Rick n'avait de cesse de la rassurer lui-aussi, et de lui dire qu'elle serait parfaite. Mais elle était perfectionniste, et elle voulait que ce premier cours se passât dans les meilleures conditions. Alors elle relisait encore ses notes, qu'elle connaissait pourtant par cœur. Réalisant finalement que c'était stupide de réviser ainsi en pleine nuit, elle posa papier et crayon sur le canapé, et enroulée dans le plaid se leva pour gagner la cuisine et se préparer une tisane au tilleul. Si le tilleul permettait à Marthe de moins stresser pour la première de sa pièce, il devrait avoir le même pouvoir bénéfique sur elle.

Sans faire de bruit, dans une demi-pénombre, elle remplit la bouilloire, et la déposa sur la plaque de cuisson. Patientant le temps que l'eau bout, elle observait le silence qui régnait ici, simplement interrompu, au loin, par le vent qui soufflait au dehors. L'automne s'annonçait tempétueux, et depuis trois jours la pluie avait à peine cessé. Les flaques faisaient le bonheur des garçons qui rentraient trempés de chacune de leurs escapades au parc. La veille, Eliott avait même rapporté d'une promenade des escargots, dont il voulait faire l'élevage. Elle sourit en apercevant le bocal posé sur la grande table du salon. Les pauvres bêtes n'allaient pas survivre bien longtemps avec les maigres feuilles de salades, et les gouttelettes d'eau que son fils avait pris soin de leur offrir. Sur le dossier de la chaise, reposait la magnifique robe bleu nuit qu'elle porterait ce soir, lors de la soirée caritative organisée par Bob Weldon, ancien maire de New-York, et très bon ami de Rick. Elle l'avait essayée, lundi, à la boutique, et avait hâte que Rick la voit la porter. Il lui offrait, pour la soirée, cette robe de créateur qui coûtait les yeux de la tête. Pour lui faire plaisir. Toujours.

Mais la soirée lui paraissait bien loin, et avant de songer à jouer à la princesse, il allait falloir qu'elle survive à cette journée. Non seulement, elle donnait son premier cours à l'Académie dans l'après-midi, mais ce matin, elle allait avoir du pain sur la planche au commissariat. Les différents services croulaient sous les affaires ces jours-ci, ce qui exigeait une supervision de tous les instants, et un investissement constant. Et surtout, l'affaire Red Sword leur causait bien du souci. Red Sword n'avait pas fait parler de lui à nouveau depuis dimanche, depuis que William Tanner avait été retrouvé. Mais l'enquête piétinait. Ils n'avaient toujours pas l'ombre d'une piste concrète. Rien. Et pourtant, Esposito et Ryan s'étaient démenés depuis lundi, et elle-même avait mené de nombreux interrogatoires. Sans compter que Rick, depuis le loft, s'était totalement investi dans l'enquête, et avait passé un temps fou à effectuer des recherches, des vérifications, à relire le dossier et chercher à dénouer le fil des mystères au cœur de l'affaire.

Le sifflement léger de la bouilloire la tira de ses réflexions, et elle s'empressa de l'arrêter pour ne pas risquer de réveiller Rick et les garçons. Puis, elle déposa les fleurs de tilleul, en suivant à la lettre les prescriptions de sa belle-mère. Elle n'avait plus qu'à laisser infuser dix minutes, et ce serait prêt. Elle s'installa donc sur le tabouret, et s'accouda sur l'îlot central, pensive. Un instant, elle se dit qu'elle devait relire une dernière fois encore son cours. Mais sa raison lutta contre son inquiétude, et elle se ravisa. Elle préféra donc jeter un œil au dossier de l'affaire Red Sword que Rick avait laissé traîner là. Elle feuilleta les documents qu'elle connaissait par cœur désormais. Dès lundi, ils étaient allés interroger en prison Roberto Hernandez, le patriarche du gang des Vatos Locos, inventeur de la fameuse technique qui avait été utilisée pour le vol de la Mercedes de M. Carter. Roberto Hernandez n'avait pas été très loquace. Il ignorait qui pouvait imiter son mode opératoire, et surtout cela l'avait beaucoup énervé que quelqu'un use de sa légendaire technique. Mais il ne lui restait plus que huit mois à tirer, et il pourrait être libéré pour bonne conduite. Il avait donc fini par accepter de livrer les noms de deux de ses anciens compères qui, selon lui, pouvaient maîtriser la technique pour l'avoir souvent observé faire. Les deux hommes en question, toujours membres des Vatos Locos et tous deux libres, avaient été interrogés, sans succès. Ils avaient un alibi, fiable, puisqu'ils étaient en garde à vue à ce moment-là pour coups et blessures, suite à une rixe dans un club de strip-tease. Une quinzaine de membres des Vatos Locos avaient également été interrogés. Peu collaboratifs pour la plupart, ils semblaient néanmoins n'avoir aucun lien avec Red Sword ou la Mercedes. Soit ils avaient de solides alibis, soit ils avaient l'air totalement incrédules face à toute cette histoire. Les anciens amis de Roberto Hernandez et ses proches avaient aussi été interrogés, sans succès non plus. On ignorait donc toujours pour l'instant qui avait reproduit la technique du chef des Vatos Locos.

Gary, le gardien de la résidence des Carter, renvoyé quelques heures après le vol de la Mercedes pour faute professionnelle, avait lui-aussi été interrogé. Et a priori, il n'avait, lui non plus, rien à voir avec le vol. Il leur avait expliqué qu'il était sous antidépresseurs depuis des mois ce qui le fatiguait énormément, et que par conséquent, il s'était endormi cette nuit-là, comme bien souvent, et qu'il avait un sommeil de plomb. Il ignorait qui avait pu voler la Mercedes et s'en voyait désolé. Esposito et Ryan avaient vérifié les mouvements d'argent sur son compte, dans l'idée qu'on ait pu acheter son silence, mais il n'y avait rien à signaler. Tous étaient maintenant plutôt convaincus que Gary n'avait rien à voir avec le vol de la Mercedes.

L'enquête au Van Cortdland Museum n'avait rien donné d'intéressant. Toutes les empreintes relevées appartenaient aux ouvriers qui travaillaient sur le chantier ou au personnel, et aucun de ceux qui n'avaient pas d'alibi pour les différents méfaits du super-héros ne correspondait au profil de Red Sword. Toutes les équipes amenées à travailler à la rénovation du manoir avaient été interrogées, et personne n'avait rien remarqué d'anormal. On ignorait donc toujours comme Red Sword s'était procuré la clé et les codes d'accès au musée. On avait aussi étudié la liste des membres du personnel qui, en temps normal, étaient employés pour les visites et l'entretien de la bâtisse. Ils avaient été interrogés, et là encore, cette investigation était demeurée sans résultat.

Les analyses sur la Mercedes des Carter étaient maintenant terminées. Les techniciens n'avaient trouvé qu'une empreinte inconnue et partielle, sur un des boulons de la portière. Pour ce qui concernait l'habitacle, toutes les empreintes appartenaient à M. ou Mme Carter, ainsi qu'à leur fils, Liam, qui tous trois utilisaient régulièrement la voiture. Aucune fibre, aucun objet retrouvé dans le véhicule n'avait mené à la moindre piste. La voiture de William Tanner aussi avait été passée au crible, puisque trois des jeunes qui se cachaient derrière Red Sword l'avaient utilisée lors de son enlèvement. Mais là encore, c'était une impasse. La perruque retrouvée par Rick près de la bouche d'égout du Greenhouse avait permis de découvrir plusieurs cheveux blonds, et d'en extraire un ADN. Non répertorié dans la base de données.

Plusieurs enquêtes de voisinage avaient été menées ces deux derniers jours, autour de chez M. Kohl où la Mercedes avait été dissimulée plusieurs mois, autour de la résidence des Carter, mais aussi de la gare de Newark, du Van Cordtland Museum et auprès de la clientèle du Greenhouse. Kate avait mobilisé des dizaines d'officiers pour ce travail de terrain. Sans succès aucun. Personne n'avait vu ces jeunes nulle part. Personne ne savait rien. Comme Rick croyait toujours à l'implication possible de Liam Carter, on avait montré sa photo à Cole Brown, à William Tanner, au patron du cyber-café et à tous les témoins potentiels. Evidemment, cela n'avait donné aucun résultat. Des heures de vidéosurveillance avaient été analysées, décortiquées par les techniciens, sans obtenir une quelconque image de ces jeunes ou des véhicules qu'ils avaient utilisés. Un spécialiste en cybercriminalité surveillait le compte Youtube qui avait servi à poster les vidéos, et analysait les commentaires des internautes sur les réseaux sociaux, dans l'attente de capter une information ou de voir Red Sword se manifester sur la toile.

Chaque piste explorée leur donnait un peu d'espoir pour finalement se terminer de la même façon : sans aucun élément concret ou probant. Et pour l'instant, ils étaient bien incapables de reconstituer les pièces du puzzle pour y voir plus clair.

Cette enquête l'agaçait au plus haut point. Kate referma donc le dossier d'un petit coup sec, en soupirant. Etre dans un tel flou après une enquête sur tous les terrains depuis trois jours la rendait dingue. Par chance, Red Sword semblait prendre du repos et n'avait pas récidivé, mais c'était comme si tout New-York n'attendait qu'une chose : qu'il recommence et réalise un nouvel exploit. On ne parlait que de lui, et même au sein du commissariat il avait des admirateurs. Le fait que la Police piétine sur l'affaire et ne trouvât pas le moindre indice renforçait encore son prestige de super-héros et son aura auprès de sa flopée grandissante de fans. Le maire, le procureur et le chef Johnson l'appelaient plusieurs fois par jour pour lui mettre la pression et lui rappeler la nécessité d'obtenir rapidement une piste fiable. Comme si elle avait besoin qu'ils le lui disent. Certes, Red Sword n'avait fait aucune victime, mais cette affaire était trop énervante et intrigante pour qu'elle ne s'obstinât pas à l'élucider. Il était hors de question qu'elle échoue. Et Rick, comme Esposito et Ryan, totalement impliqués aussi, étaient bien d'accord. Il en allait maintenant aussi de l'honneur de la Police de New-York et du 12ème District en charge de l'affaire. Le souci était qu'ils n'avaient plus vraiment de piste à étudier, et qu'à force de se creuser la tête et de tenter d'établir des liens là où il n'y en avait pas, ils finissaient par se perdre totalement.

Soupirant à nouveau, elle se leva pour aller se servir son infusion au tilleul, avec espoir que la boisson préférée de Martha l'apaiserait et l'aiderait à finir sa nuit. Il fallait qu'elle dorme. L'épuisement ne l'aiderait pas à être plus efficace et performante. Sa tasse à la main, elle regagna le canapé, et retrouva sa position en tailleur, bien au chaud sous son plaid. Elle but une petite gorgée et grimaça. Elle détestait la tisane. Mais aux grands maux les grands remèdes.

Et puis il y avait Lanie. Elle devait retrouver sa meilleure amie pour le déjeuner, tout à l'heure. Lanie voulait lui parler de quelque chose d'important, et cela la tourmentait un peu. Elle espérait ne pas être trop débordée au poste ce matin et ne pas avoir à annuler leur déjeuner. C'était important. Lanie avait besoin d'elle. Il était rare qu'elle ait besoin de se confier. Lanie était toujours très volubile, lui racontait à peu près tout de sa vie, y compris intime, parfois avec force détails dont Kate se serait bien passée. Elle vivait pleinement l'instant, profitait des plaisirs de la vie comme elle le disait, et n'avait que rarement des problèmes ou soucis à gérer. Ces dernières années, si elle avait requis ses conseils, c'était toujours à propos de Javier. Rompre avec lui pour de bon, continuer à le voir ou non, tourner la page étaient le cœur de ces discussions d'amie à amie. Kate se disait donc que peut-être il pouvait s'agir à nouveau de Javier. Elle les avait trouvés moins proches ces dernières semaines, moins taquins aussi. Elle ignorait s'ils s'étaient retrouvés récemment pour une partie de jambes en l'air. La dernière fois que Lanie lui avait raconté leurs ébats torrides remontait à plusieurs mois. Elle supposait qu'ils se voyaient encore néanmoins. A moins que Lanie ait rencontré quelqu'un d'autre. Ou Javier. Elle semblait préoccupée ces derniers temps. Peut-être avait-elle finalement un vrai souci cette fois. Financier peut-être. Ou avec ses parents. Ou alors elle traversait une remise en question professionnelle ou personnelle. Elle-aussi allait avoir quarante ans, et comme Rick le lui disait, avoir quarante ans était comme un tournant.

Il y avait néanmoins une chose positive cette semaine. Lundi, sa discussion avec Gates quant à sa réorientation professionnelle avait porté ses fruits. Victoria avait d'abord été surprise quand elle lui avait annoncé qu'elle ne s'épanouissait plus en tant que Capitaine et qu'elle désirait quitter ses fonctions prochainement. Mais elle avait vite compris ses arguments, car elle la connaissait bien, et elle la comprenait. Elle était mère de famille elle-aussi, et mariée. Et surtout, comme elle, elle avait besoin de stimulation, et de nouveaux défis. C'est d'ailleurs ce qui l'avait poussée à accepter cette promotion au One Police Plazza quatre ans plus tôt. Elle avait alors tout de suite évoqué un projet qu'elle supervisait depuis quelques semaines en collaboration avec plusieurs collègues. Ils étaient en train de monter une unité spéciale chargée des homicides non élucidés à l'échelle de la côte Est du pays. Les Archives regorgeaient de ce type d'affaires, parfois récentes, parfois non, et les services de Police classiques manquaient de temps pour les étudier à nouveau. Elle était donc en train de finaliser ce projet, et avait déjà plusieurs candidatures. Mais pas une seconde elle n'avait imaginé jusque-là que cela puisse l'intéresser. Kate lui avait immédiatement dit que cette unité spéciale correspondait parfaitement au type de brigade dont elle aimerait faire partie. Et Gates pensait qu'elle avait les qualités requises, même s'il lui faudrait non seulement suivre une formation spéciale, mais aussi affronter la concurrence. Ce genre de poste était de plus en plus prisé par les fonctionnaires de Police lassés du travail en commissariat. Et un certain nombre des candidats à même de rejoindre cette unité avaient bien plus d'expérience et d'ancienneté qu'elle. Mais Gates était optimiste, et restait même ouverte à l'idée que Castle puisse intégrer cette unité spéciale à titre de consultant. Elle avait néanmoins émis quelques réserves, expliquant qu'elle n'était pas seule à la tête du projet et que Castle lui-aussi devrait faire ses preuves s'il souhaitait éventuellement travailler au sein de l'unité. Il n'y aurait pas de passe-droit, de jeu de relations politiques ni quoi que ce soit de ce genre. Il faudrait, comme tous les candidats, suivre une formation et passer un entretien. L'unité se composerait de trois antennes, l'une à New-York, l'autre à Boston, et la dernière à Washington. Il y avait une quinzaine de postes à pourvoir, dont trois seulement de direction. Et c'était bien évidemment cette fonction qui l'intéressait, elle. Et à New-York. Gates lui avait néanmoins conseillé de ne pas se focaliser seulement sur ce projet, qui ne verrait officiellement le jour qu'au début de l'année suivante, mais de se renseigner également pour d'autres types de brigades spéciales de par les Etats-Unis. Dans tous les cas, elle lui avait envoyé par mail le dossier complet de son projet ainsi que les modalités pour déposer sa candidature.

Kate n'avait pas encore pris le temps de s'y pencher pleinement, mais elle était vraiment intéressée. Après des semaines à s'interroger sur son avenir, elle sentait qu'elle venait peut-être de trouver sa voie, quelque chose qui serait stimulant professionnellement et personnellement, et lui permettrait de gérer son temps avec moins de pression et d'urgence, aussi. Elle aurait un emploi du temps plus régulier, et des semaines de travail classiques sans appel en pleine nuit, ou le week-end. Ce serait un plus pour toute sa petite famille. Elle était donc motivée pour parfaire la formation requise. Quant à Rick, il trouvait cette proposition fort alléchante, et excitante. L'idée de résoudre des affaires non élucidées l'enthousiasmait. Il était confiant sur le fait que, avec le rôle capital qu'il avait joué dans bon nombre d'affaires, personne ne pourrait s'opposer à ce qu'il soit consultant dans ce type d'unité. Ils avaient encore à y réfléchir et à en discuter pour prendre une décision définitive, ce week-end probablement s'ils avaient enfin un peu de répit. Mais la perspective de ce nouveau projet les réjouissait tous les deux, et avait dissipé les inquiétudes de son mari.

Pensive, elle se força à boire une seconde gorgée bien chaude, observant de loin, un des escargots qui remontait lentement la paroi de verre du bocal. L'insouciance de cette bestiole la fit sourire, surtout quand elle repensât aux têtes émerveillées de ses fils quand Rick leur avait organisé, avant le coucher, une course d'escargots. Les pauvres petites bêtes n'avaient pas avancé de plus de dix centimètres sur la planche de plastique qui leur servait de piste de course, mais l'escargot de Léo avait été déclaré vainqueur au grand dam de son frère, aussi mauvais perdant que son père.

Elle sirotait à nouveau sa tisane, quand elle vit Rick émerger du bureau, les cheveux en bataille, les yeux à demi-clos. Elle ne put s'empêcher de sourire devant sa mine endormie, alors qu'il avançait vers elle, mettant difficilement un pied devant l'autre.

- Ah ... tu es là ..., grommela-t-il, d'un air soulagé.

- Tu aurais dû rester au lit, mon cœur ..., lui fit-elle remarquer, avec un tendre sourire. Je n'arrivais pas à dormir.

- Hum ..., murmura-t-il, venant s'asseoir près d'elle dans le canapé, et passant un bras derrière ses épaules.

- Tu n'aurais pas dû te lever, toi, ajouta-t-elle. J'allais venir me recoucher.

- J'ai fait un cauchemar ... Ils avaient déployé un puits de lumière dans notre chambre ... et ils t'ont aspirée ..., expliqua-t-il, songeant à son mauvais rêve.

- Qui « ils » ? s'amusa-t-elle.

- Si je le savais ... Ils étaient bleus. Ils avaient des corps de lianes.

- Des Aliens ? lui fit-elle, taquine.

- Hum ... peut-être ... des Aliens bizarres ... Ils devaient venir d'une autre galaxie, expliqua-t-il avec beaucoup de sérieux. On aurait dit des Neptuniens, mais ils n'avaient pas leur pouvoir.

Elle sourit face à ces explications très sérieuses, s'amusant de la fantaisie de son mari. Même ses rêves et ces cauchemars étaient totalement farfelus.

- J'ai essayé de te sauver, continua-t-il, caressant doucement sa nuque de sa main derrière son dos.

- J'espère bien ...

- Et j'ai crié, et gesticulé pour essayer de t'attraper. Mais ils m'ont cloué au lit et m'ont fait taire par la pensée. Juste par la force de l'esprit ...

- Comme j'aimerais avoir ce pouvoir ..., s'amusa-t-elle.

Il lui lança un petit regard grognon, ce qui l'attendrit totalement. Elle se pencha vers lui, embrassa ses lèvres, souriante.

- Ils t'ont aspirée dans le puits de lumière, et quand je me suis réveillé tu n'étais plus là ... alors je suis venu vérifier ..., ajouta-t-il, toujours focalisé sur son histoire.

- Oui, dès fois que j'ai vraiment été victime d'un enlèvement extra-terrestre pendant mon sommeil, répondit-elle en riant, et caressant doucement sa joue, et sa tempe.

- Ne plaisante pas avec ça ..., ça arrive, lui fit-il remarquer, esquissant un sourire.

- Hum ... ça arrive dans tes rêves, oui, mon cœur ..., constata-t-elle, en buvant une nouvelle gorgée de tilleul.

- Tu sais que ma mère est droguée au tilleul maintenant ? lui lança-t-il, observant sa tasse d'un air perplexe. Tu ne devrais pas boire ce truc, tu vas devenir accro toi-aussi.

- Ne dis pas de bêtise ..., s'amusa-t-elle. Elle n'est pas droguée au tilleul ...

- Elle en boit trois litres par jour ! C'est infâme de boire des plantes ...

- C'est vrai .., reconnut-elle, en grimaçant. Mais c'est efficace sur Martha, alors pourquoi pas ?

- Efficace ... hum ... Tu es inquiète ?

- Un peu ...

- Tu veux que je vienne à ton cours pour te donner du courage ? proposa-t-il, plein d'espoir.

Il rêvait de voir Kate enseigner à l'Académie. Depuis qu'elle lui avait parlé de la proposition de Gates et qu'elle l'avait acceptée, il était tout content à l'idée que sa femme donne quelques cours à l'Académie de Police. Et pas seulement parce qu'il fantasmait légèrement. Il aurait aimé la voir évoluer dans cette position, la contempler faire cours, la découvrir sous un nouveau jour.

- On en a déjà parlé, mon cœur ..., sourit-elle. C'est gentil, mais je vais surmonter ça. Ce n'est qu'un cours ...

- Tu sais que professionnellement parlant, ce serait très enrichissant pour moi de pouvoir suivre ma muse en classe. Comment je vais pouvoir faire évoluer Nikki si je ne peux pas t'observer ?

- Tu n'es pas à court d'arguments dis donc ..., constata-t-elle, souriante. C'est très malin, Castle ... mais je te raconterai tout et tu auras largement de quoi trouver l'inspiration pour Nikki.

- Ce n'est pas pareil. L'écrivain que je suis a besoin de se nourrir directement à la source, de s'abreuver des attitudes, paroles, gestes de sa muse dans un nouvel univers et ...

- Rick ..., soupira-t-elle, amusée malgré tout.

- Tu dis toi-même que je dois me remettre à écrire ... et ...

- Ne joue pas sur les sentiments, mon cœur. Oui, tu dois écrire parce que ça te manque. Et tu as plein d'idées avec l'affaire Red Sword, lui rappela-t-elle.

- C'est vrai ...

- Alors faire que Nikki enseigne elle-aussi à l'Académie peut attendre, non ?

- Hum ... touché ..., répondit-il, en faisant la moue.

- Ça me fera plaisir que tu assistes à un de mes cours, vraiment ... mais pas pour le premier, pas maintenant. Ok ?

- Ok. Alors je t'apporterai ton goûter à la sortie de l'école ..., sourit-il, taquin.

Elle lui répondit par un petit sourire complice, et sirota à nouveau un peu de tisane.

- Tu es prête pour ces cours, Kate. Ne t'en fais pas ... Je suis sûre que quand ce sera fini tu vas te trouver ridicule de t'être inquiétée ainsi, la rassura-t-il tendrement, jouant toujours à caresser sa nuque et son épaule.

- Oui. C'est certain, approuva-t-elle, sachant combien il avait raison.

Silencieux l'un contre l'autre, l'esprit un peu embrumé par le sommeil, ils se perdirent dans leurs pensées, en observant un peu plus loin les escargots dans leur bocal.

- Turbo est vraiment le plus fort ..., constata Castle, regardant les deux escargots sr la paroi de verre.

- Turbo ? s'étonna-t-elle, se demandant de quoi il parlait.

- Oui. L'escargot de Léo. C'est le plus gros.

- Tu lui as donné un nom ? sourit-elle, amusée.

- Pas moi. Eliott. Et l'autre, à la traîne, c'est Alexis, expliqua-t-il.

- Alexis ? Elle serait ravie de savoir qu'elle a un homonyme gastéropode, rigola-t-elle.

- Oui, sourit-il. C'est Léo qui a choisi. C'est mignon ...

- Très ... Mais il faudrait les relâcher dans le parc. Ils vont mourir dans ce bocal et les garçons seront tristes.

- C'est l'expérience de la vie ...

- Hum ... Eliott ne s'est toujours pas remis de la mort du papa de Simba dans le dessin animé, alors si on pouvait éviter de le confronter à la mort de Turbo et Alexis ...

- C'est vrai que vu comme ça ...

- Et puis j'ai peur que les garçons ne finissent pas les libérer dans la maison, et qu'ils ne s'échappent et ne bavent partout. C'est dégoûtant, grimaça-t-elle, rien qu'à cette idée.

Il sourit, amusé par sa mimique.

- Tu as raison. On les déposera au parc tout à l'heure sur le chemin de l'école.

- Bien ..., répondit-elle, en venant se blottir un peu plus contre lui sa tête contre son épaule, sa tasse réchauffant ses mains.

- C'est une semaine difficile ..., constata-t-il, avec douceur, déposant un baiser dans ses cheveux, et resserrant son étreinte autour de ses épaules. Tes débuts de formatrice à l'Académie, Red Sword, le chef Johnson ...

Cela faisait maintenant trois jours que Kate avait été convoquée par le chef de la Police pour un entretien qui aurait lieu le lendemain. Trois jours que Rick ne pouvait s'empêcher de se faire un peu de souci et de pester contre cette convocation qu'il ne s'expliquait pas. Il avait hâte qu'ils soient enfin fixés sur les remarques que Johnson avait à leur faire, et les raisons pour lesquelles, soudainement, il trouvait que sa présence au commissariat pouvait donner une mauvaise image de la Police. Il tentait d'éviter d'y réfléchir, car cela l'agaçait au plus haut point.

- Tant que les tracas ne sont que professionnels, ce n'est rien ..., lui répondit-elle. Ne t'en fais pas ...

Apaisée par les petites caresses de Rick sur son épaule, et le réconfort de son étreinte, de leur discussion, elle sentit son inquiétude quant à son premier cours à l'Académie se dissiper lentement. Elle but à nouveau une petite gorgée de tilleul, histoire de finir sa tasse, mais elle n'était définitivement pas faite pour les tisanes.

- Je ne m'en fais pas, assura-t-il. On va finir par trouver Red Sword et résoudre toute cette affaire.

- Oui.

- Et puis pour Johnson, tout ira bien aussi. Parce qu'il n'a rien à nous reprocher et ce serait injuste de le faire.

- Je me fiche de ce que Johnson a à dire, de toute façon, rétorqua-t-elle.

- Oui, mais il faut rester en relation cordiale avec lui si tu veux candidater pour le poste.

- Peut-être ... mais ce n'est pas lui qui décide pour ce genre de choses. Gates et Owen sont les responsables.

- Je sais, mais je préfère qu'on mette toutes les chances de notre côté en ne fâchant pas le grand manitou ..., expliqua-t-il.

- Et moi je refuse de me laisser faire, alors que notre comportement est exemplaire, et que les statistiques du 12ème District sont les meilleurs de la ville, répondit-elle en se redressant pour le regarder dans les yeux.

- Et je t'admire pour ça ..., lui fit-il fièrement.

Il savait que Kate ne se laisserait pas impressionner par le chef Johnson. Elle le respectait bien-sûr, et jamais elle ne dirait un mot plus haut que l'autre. Mais elle se défendrait bec et ongles si elle était injustement accusée de faire du tort à l'image de la Police. Elle était entière, et elle ne lècherait pas les bottes de Johnson même pour le poste qu'elle convoitait. Autant elle pouvait parfois douter d'elle-même, malgré la confiance et l'assurance qu'elle affichait toujours en public, autant jamais elle ne plierait face à l'injustice. Pour elle-même. Pour les autres. Quels que soient les enjeux. Elle se battait toujours. Et encore plus peut-être, pour lui, son mari. Cette pensée gonflait son cœur de fierté et d'admiration pour sa femme. Le chef Johnson n'avait qu'à bien se tenir.

- Tu sais, Rick ... Si je veux obtenir ce poste, je l'obtiendrai, avec ou sans l'aval de Johnson, conclut-elle, avec un petit sourire confiant.

- J'adore quand tu es déterminée ainsi..., sourit-il, alors qu'ils échangeaient un regard complice.

- Allez ... retournons au lit ... Il nous reste deux heures et demi de sommeil, lui fit-elle, en se penchant pour poser sa tasse sur la table basse.

- Tu ne finis pas ta tisane ?

- Non, c'est infâme ..., grimaça-t-elle en se levant. Peut-être que c'est efficace, mais je ne sais pas comment Martha fait pour en boire autant ...

- Tu sais, de toute façon, les bras de ton charmant mari sont bien plus efficaces que le tilleul pour t'aider à te détendre ..., lui fit-il remarquer en lui emboîtant le pas, en direction de leur chambre.

- C'est vrai ...