Je suis si comblée devant tous vos commentaires encourageants que parfois - eh oui... c'est vrai... - j'en pleure de joie ! Merci encore (et toujours) immensément pour vos motivations ! :)
Merci à DoePatronus7 d'avoir mis mon histoire dans tes favoris ! ^^
Maintenant, c'est avec un pincement au cœur que je vous annonce le début des aventures finales de Matilde. Déjà ! Ça s'est passé trop vite... Mais rassurez-vous, la finale est quand même longue, encore une dizaine de chapitres... Mais j'espère néanmoins ne pas trop vous essouffler d'un trop plein d'action et d'émotion...
(Poudlard et ses professeurs appartiennent à J.K. Rowling)
Bonne lecture ! :)
Chapitre 36
Horrible condamnation
Avant même d'ouvrir les yeux, Matilde savait déjà qu'elle se trouvait à l'infirmerie, couchée sur les couvertures d'un des larges lits de l'endroit. Sa douleur à la poitrine s'était atténuée grandement, bien qu'encore cuisante et vive. Elle portait toujours sa robe de bal et lorsqu'elle pressa ses mains sur sa poitrine pour essayer d'apaiser sa souffrance, elle découvrit avec embarras profond que sa robe avait été déchirée sauvagement, lui révélant son blanc soutien-gorge au grand jour. Précipitamment, elle rabattit les lambeaux de soie sur sa poitrine et fut soulagée de constater qu'un grand rideau de couleur olivâtre entourait entièrement son lit, la dissimulant des regards qui auraient pu être très gênants.
Qui avait fait ça ? Qui avait lacéré sa robe ? Il ne lui fallut pas grand temps pour qu'une réponse désagréable vienne flotter dans son esprit : c'était sûrement Rogue. Avait-il tenté de la soumettre de nouveau à ce quelconque test ?
Les événements survenus tantôt — à moins que ce ne soit la veille —, regagnèrent subitement la mémoire de Matilde. Dans l'intention d'éviter que Rogue foudroie Ranbbie d'un sortilège, elle avait une fois de trop utilisé ses Pouvoirs de Parguenais. Maintenant c'était clair, elle ne pouvait plus le dénier : sa sensation de feu brûlant dans sa poitrine était incontestablement liée à ses Pouvoirs Obscurs et ceux-ci prenaient dangereusement le dessus sur elle…
Un grincement de porte, puis des bruits de pas signalèrent que quelqu'un venait d'entrer dans l'infirmerie. Matilde se figea et tendit l'oreille. La voix du professeur McGonagall, tremblante et anxieuse, se fit entendre de l'autre côté du rideau :
— Vous avez réussi l'analyse ?
— Oui, répondit la voix de Rogue et Matilde tressaillit d'une émotion hargneuse lorsqu'elle l'entendit.
— Alors ?
— C'est positif…
Il y eut un silence, puis le professeur McGonagall murmura :
— Elle dort ?
— Tout comme. Elle est inconsciente. Sa douleur est encore trop intense pour qu'elle parvienne à rester éveillée.
Un nouveau silence tomba. Il était vrai que la douleur de Matilde était intense, mais pas assez pour l'empêcher de rester bien éveillée, l'oreille toujours aux aguets.
— Elle… elle en a pour combien de temps ?
— Plus pour longtemps, répondit Rogue à voix basse.
McGonagall échappa une exclamation de stupeur et Matilde fut pétrifiée.
— Cela voudrait-il signifier que nous avons échoué ?
— Nous avons fait tout notre possible, affirma Rogue d'un ton dégagé. Si Beauregard se trouve néanmoins dans cette pénible situation, c'est uniquement par sa faute. Elle n'a jamais pris la magie au sérieux…
— C'est faux ! s'insurgea McGonagall d'une voix étouffée comme si elle ne voulait pas être entendue. Avec un peu plus de bienveillance et d'attention à son égard, nous aurions très bien pu gagner sa confiance et… nous aurions pu…
— Ça n'aurait rien changé, interrompit Rogue. C'est ses remords d'avoir attaqué Dumbledore qui l'a poussée à pratiquer sa Magie Noire. Elle était déjà au courant du risque qu'elle prenait à chaque fois qu'elle faisait usage de cette magie, mais elle s'en fichait — ou bien elle refusait tout simplement d'y croire, ne faisant qu'à sa tête, comme d'habitude… Maintenant, elle paie cruellement pour tout ça.
Le cœur battant à tout rompre dans sa poitrine enflammée, Matilde s'évertuait à contrôler sa respiration saccadée pour ne pas se faire entendre de l'autre côté du rideau.
— C'est ma faute… déclara tristement le professeur McGonagall. Je l'ai poussée à le faire… J'ai vraiment cru qu'elle pouvait réellement sauver Dumbledore… Harvey avait été si convaincant…
— Harvey a établi des liens très étroits avec elle. Je ne sais pas ce qu'il mijote exactement mais je le tiens à l'œil depuis un certain temps. Si Beauregard se meurt présentement, c'est bien en grande partie à cause de lui…
— Croyez-vous qu'il l'aurait volontairement conduite à sa mort inéluctable ? demanda McGonagall d'un ton effrayé.
— Je ne vois pas l'intérêt de faire ça, admit Rogue. Soit il sait des choses qu'on ignore, soit il est simplement stupide…
Harvey cachait quelque chose, Matilde en était certaine. Il ne pouvait pas s'être banalement trompé en l'incitant à pratiquer ses Forces Obscures. Il devait savoir ce qu'il faisait ! Et peut-être même qu'il pouvait l'aider à présent qu'il l'avait mise dans cet état…
— Il n'y a vraiment plus rien qu'on puisse faire pour aider Miss Beauregard ? demanda le professeur McGonagall.
— Non, répondit Rogue, elle va mourir…
La terreur submergea Matilde tandis qu'elle restait allongée sur les couvertures de son lit, sans bouger, osant tout juste respirer. Son cœur avait subitement accéléré sa cadence d'un coup dans sa poitrine en feu, comme s'il avait vite compris qu'il allait devoir bientôt s'arrêter et que ses battements étaient maintenant comptés. C'était absurde, inconcevable. Elle ne pouvait pas être en train de mourir. Elle ne voulait pas y croire. Ce ne pouvait pas être possible.
— C'est horrible… murmura le professeur McGonagall d'une voix brisée. Miss Beauregard importait tellement à Dumbledore… C'est malheureux que Dumbledore doive mourir sans que nous ne puissions pas accomplir ses dernières volontés…
— Ce n'était qu'une expérience de Parguenais, rien de plus, répliqua Rogue avec indifférence. Dumbledore comprendra…
« Non mais vraiment ! » s'indigna Matilde alors qu'une bouffée de colère l'envahissait. En plus d'apprendre l'abominable nouvelle qu'elle allait mourir, à les entendre parler, elle se sentit comme un vulgaire animal sans aucune importance qui ne méritait même pas qu'on daigne à le traiter comme un être sentimental. Que Dumbledore doive mourir, c'était atroce. Mais que Matilde meurt, alors là, c'était futile ! Elle n'était qu'une expérience, un rat dans un laboratoire ! Et si on pleurait son sort, c'était uniquement parce qu'elle faisait partie de la dernière volonté de Dumbledore…
— Dumbledore comprendra ? répéta le professeur McGonagall à mi-voix. Vous parlez comme si Dumbledore se rétablirait un jour…
— En effet. J'ai des raisons de croire qu'il serait possible de rétablir Dumbledore.
— Vraiment ? souffla McGonagall.
« Vraiment ? » répéta mentalement Matilde alors qu'un frêle sentiment d'espérance naissait dans sa poitrine, amenuisant du coup sa douleur cuisante. Si Dumbledore revenait, elle avait de fortes chances de survie, c'était irréfutable. Il devait être un grand sorcier, ce Dumbledore. Il pourrait sûrement la sauver, l'empêcher de mourir…
— Les entrailles de Dumbledore ont complètement disparu, expliqua Rogue, et si rien ne peut remédier à ça — et ce n'est qu'une hypothèse —, c'est que le maléfice de Beauregard subsiste encore en lui, repoussant tous contre-sorts ou remèdes consistant à le guérir. Si je ne m'abuse, ce mauvais sort pourrait être levé si…
Il s'interrompit.
— Si quoi ? dit McGonagall d'un ton s'empressement.
— Si nous détruisons ces Forces Obscures qui résident dans la poitrine de Miss Beauregard avant qu'elles ne prennent le dessus sur elle et ne la tue…
— Dans ce cas, qu'est-ce que nous attendons ? demanda le professeur McGonagall, comme animée d'une soudaine force de détermination. Il faut délivrer Miss Beauregard de son état de Parguenaise ! Il n'est peut-être pas trop tard. Dumbledore insistait pour qu'elle suive des cours à Poudlard. C'était pour l'amener à pratiquer le plus de sorts possibles, j'en suis sûre. C'est pour ça qu'il lui a donné sa baguette magique. Si nous la forçons à lancer des sortilèges à perpétuité, ses…
— Il est trop tard, Minerva, coupa Rogue. Cette Magie Noire s'est amplifiée en elle à un point tel qu'il est devenu impossible de la maîtriser. C'est irréversible : Matilde Beauregard va mourir, et nous ne pouvons plus rien y faire.
« Dans ce cas, pourquoi avoir suscité l'espoir de revoir un jour Dumbledore vivant… ? », songea Matilde avec agacement.
— Mais… vous… vous avez dit que… ?
— J'ai dit qu'il fallait détruire les Forces Obscures de Beauregard avant qu'elles ne prennent le dessus, répéta Rogue. Or, la seule façon d'y arriver, c'est de tuer nous-mêmes la Parguenaise avant que ce ne soit ses pouvoirs qui ne le fassent avant nous.
— Il faut quoi ? se récria McGonagall d'un ton horrifié.
— Il faut tuer Miss Beauregard.
— Non !
— Ce n'est pas qu'une simple magie qui est en elle, Minerva. C'est bien plus que ça. C'est une force maléfique qui prend de plus en plus de puissance et, bientôt, je n'en doute pas, cette force sera assez puissante pour se libérer d'elle-même. Vous comprenez ? Miss Beauregard est en quelque sorte sa coquille. Il faut détruire cette forme de Magie Noire sinon je redoute beaucoup qu'elle ne se transforme alors en un genre d'entité implacablement indestructible.
— Mais c'est abject, Severus ! Tuer Miss Beauregard... Nous ne pouvons pas faire ça !
— Vous avez une autre proposition, peut-être ? lança Rogue avec froideur.
Il y eut un silence troublé pendant lequel le professeur McGonagall sembla chercher ses mots en émettant quelques exclamations étranglées, puis Rogue dit à voix très basse :
— Je me porte volontaire, si vous n'y voyez pas d'inconvénients…
Maintenant en sueur, Matilde ne pouvait plus s'empêcher de respirer bruyamment, les doigts crispés sur les lambeaux de sa robe. Son cœur cognait dans l'ardeur des flammes impitoyables de sa poitrine. Il fallait qu'elle sorte de là. Qu'elle prenne la fuite. Rogue prévoyait la tuer et c'était encore pire que de devoir attendre de se faire brûler vive dans le feu noir de ses Pouvoirs de Parguenais !
Soudain, le grand rideau olivâtre s'écarta et une McGonagall livide d'anxiété apparut à côté de son lit.
— Elle est réveillée, dit-elle.
Rogue, qui était assis sur une chaise en bois tout près du rideau, se leva aussitôt et s'approcha de Matilde. Celle-ci s'agitait fébrilement sur les couvertures, les yeux écarquillés d'effroi, fixés sur lui.
— Je vais la tranquilliser, dit Rogue en saisissant une petite fiole de verre sur la table de chevet, qui contenait un liquide ambré.
— Ranbbie ? Où est Ranbbie ? demanda Matilde en regardant le professeur McGonagall. Je veux Ranbbie ! Où est-il ?
Elle considérait Ranbbie comme son dernier espoir. Elle sentait qu'il pouvait l'aider, dissuader Rogue de la tuer…
— Hedlund n'est pas disponible pour le moment, répondit froidement Rogue qui lui passait les doigts sous sa nuque pour lui redresser la tête de force. Buvez-ça. Cela vous fera du bien.
Il amena la fiole à sa bouche mais Matilde la repoussa.
— Non, refusa-t-elle en secouant la tête vigoureusement. Je vais bien ! Je n'en ai pas besoin ! Laissez-moi tranquille ! Allez me chercher Ranbbie !
Elle tenta de se relever du lit. Aussitôt, Rogue la plaqua brutalement sur les couvertures avec son avant-bras dont la main tenait fermement la fiole.
— Vous allez vous calmer sinon je vous immobilise d'un sort ! menaça-t-il, ses dents jaunâtres découvertes par un effroyable rictus.
— Severus ! intervint McGonagall. Ne lui faites pas de mal.
Rogue darda les yeux de Matilde de son regard malveillant, puis se redressa avec raideur. Le professeur McGonagall, après avoir tendu la main vers lui pour qu'il lui donne la fiole, s'approcha à son tour près de l'oreiller de Matilde.
— Miss Beauregard, dit-elle avec douceur, s'il vous plaît, il est vrai que cette potion vous fera le plus grand bien. Vous devez la boire…
— Je veux Ranbbie ! répéta Matilde, obstinée. Où est-il ?
— Je ne sais pas, mais vous devez…
— Dans ce cas, je ne boirai pas, coupa Matilde d'un ton catégorique.
Le professeur McGonagall parut un moment embêtée, puis se retourna vers Rogue. Celui-ci était en train de contempler le soutien-gorge de Matilde aux travers les lambeaux de sa robe. Le visage impassible, il détourna les yeux dès que Matilde se recouvrit la poitrine en le fusillant du regard et McGonagall lui demanda d'un ton rigide :
— Vous savez où est Hedlund ?
Rogue hésita quelques secondes avant de répéter :
— Hedlund n'est pas… disponible…
— Allez me le chercher, ordonna McGonagall.
Mais Rogue ne bougea pas.
— Je viens de vous dire qu'il n'est pas disponible, dit-il.
— Pour l'amour du ciel, Severus ! répliqua McGonagall d'un ton irrité. Il peut sûrement être en mesure de se libérer pour une situation comme celle-ci… D'ailleurs, remarqua-t-elle, soudain perplexe, pourquoi n'est-il pas présent alors qu'il est supposé veiller sur Miss Beauregard vingt-quatre heures sur vingt-quatre… ?
Les yeux de Rogue étincelèrent mais son visage garda une expression imperturbable. Cependant, Matilde était certaine qu'il camouflait un sentiment d'embarras. Puis, brusquement, une pensée horrible traversa son esprit comme une lame de couteau acérée :
— Vous l'avez tué…
Sur le coup de la surprise, McGonagall baissa les yeux sur Matilde.
— Q-quoi ? bredouilla-t-elle. Qu'est-ce que vous dites ?
Mais avant que Matilde ne puisse répéter les mots qui lui avaient échappés sans qu'elle en ait eu conscience, Rogue s'empressa de rétorquer :
— Je n'ai pas tué Hedlund !
— Alors pourquoi n'est-il pas avec moi ? interrogea Matilde sur un ton de défi.
— Cela ne confirme pas pour autant que je l'aurais tué !
— Dans ce cas, où est-il et que fait-il ?
— Cela ne vous regarde pas !
— Vous n'êtes qu'un sale…
— Ça suffit ! trancha sèchement McGonagall qui avait suivi leur brève discussion en les regardant successivement. Maintenant vous allez boire cette potion, Miss Beauregard, qu'on en finisse !
Elle lui tendit la fiole au-dessus des yeux avec insistance.
— Quant à vous, Severus, ajouta-elle sans le regarder, nous en reparlerons plus tard…
Avec raideur, Matilde arracha la bouteille des mains du professeur McGonagall et se redressa brusquement en position assise sur le bord de son lit, ignorant momentanément la douleur dans sa poitrine qui était encore très cuisante. Rogue et McGonagall ne bronchèrent pas, se contentant de l'observer avec vigilance, s'assurant qu'elle boive enfin le liquide ambré.
Tenant sa robe lacérée d'une main et la fiole de l'autre, Matilde jeta un coup d'œil furtif vers la porte de l'infirmerie qui était restée ouverte. Pouvait-elle s'élancer dans le couloir et fuir ? Trop risqué. Rogue allait la rattraper et lui faire subir son châtiment ou, pire encore, il la tuerait sur-le-champ. N'empêche, même si elle réussissait à s'enfuir, où irait-elle ? Elle était condamnée à mourir, quoi qu'il en fût…
— Miss Beauregard, je vous en pris, s'impatienta le professeur McGonagall. Buvez donc. Ne nous faites plus attendre.
Rogue la regarda de son air mauvais. Contrainte à se soumettre, Matilde approcha la fiole à ses lèvres et, au moment où elle s'apprêta à boire, ses yeux tombèrent par hasard sur la tablette sous la table de chevet. Là, posée négligemment dans un coin, sa bourse contenant sa longue baguette magique dont le manche dépassait par l'ouverture attira son attention. Machinalement, elle allongea la main pour s'en saisir, mais le professeur McGonagall arrêta aussitôt son geste en lui agrippant l'avant-bras d'une poigne étonnamment ferme.
— Miss Beauregard…
Matilde vit un avertissement dans ses yeux perçants, mais elle ne se laissa pas impressionner. Un sentiment de vide enflait à présent en elle, de détachement, d'insubordination, de résignation. Maintenant qu'elle prenait conscience de sa mort inéluctable, son esprit semblait se déconnecter étrangement, comme si elle était déjà morte… un fantôme… et qu'elle pouvait maintenant oser tout ce qu'elle voulait sans risquer de devoir mourir une deuxième fois… À cet instant, elle désirait sa baguette magique et s'enfuir de ce château maudit qui lui avait complètement détruit la vie, et c'est ce qu'elle s'apprêtait à faire…
— Si vous me le permettez, professeur McGonagall, dit Rogue en avançant vers Matilde d'une démarche menaçante, je crois sincèrement que Miss Beauregard a besoin d'aide pour boire sa potion…
S'élançant à l'improviste, Matilde repoussa de toutes ses forces le professeur McGonagall et la fit basculer brutalement sur Rogue qui la rattrapa de justesse. Profitant de leur confusion du moment, sans perdre une seule seconde, Matilde s'empara de sa bourse et se précipita vers la porte ouverte. Un jet de lumière rouge la manqua de peu, sifflant à deux centimètres se son oreille gauche.
— Non ! vociféra Rogue tandis qu'elle courait à toutes jambes le long du couloir sombre, s'évertuant à ne pas trop porter attention à sa douleur brûlante qui s'exacerbait désagréablement dans sa poitrine.
Par les grandes fenêtres du couloir, la lune scintillait parmi les étoiles dans le ciel obscur. Matilde ne savait pas quelle heure il était mais elle estima que ce devait sûrement être le milieu de la nuit. Elle bifurqua dans un autre couloir. Des torches enflammées projetaient des cercles lumineux sur les murs. Rogue devait indubitablement courir après elle. Mais elle avait beau tendre l'oreille, elle n'entendait que sa respiration pantelante, les bruits sourds de ses pieds nus qui résonnaient en écho dans le couloir, et son cœur qui tambourinait dans ses côtes avec une effroyable panique qui lui rappela sur le coup qu'elle était toujours bien vivante…
Tournant un coin de mur au hasard, elle sentit ses jambes s'engourdir, l'obligeant à ralentir sa course…
« Non, pensa Matilde avec détresse, pas maintenant ! S'il te plaît… pas maintenant… »
Elle bifurqua à l'angle d'un autre mur et ce fut alors un vertige qui vint l'étourdir, se rajoutant péniblement à ses engourdissements de plus en plus saisissants. Elle s'agrippa à une gargouille de pierre. Elle eut tout juste le temps d'apercevoir une porte étroite qui s'affichait sur le mur d'en face avant que sa vue ne s'embrouille complètement, et s'élança hâtivement pour l'ouvrir. Elle s'enferma à l'intérieur de ce qui se révéla à être un placard à balai lorsqu'une serpillière et un porte-poussière lui tomba durement sur la tête. Puis, haletante, elle se retrouva plongée dans le noir total, accroupie dans une position inconfortable, la poitrine cuisante, alerte au moindre bruit qui pouvait retentir de l'autre côté de la porte.
Maintenant, qu'allait-elle faire ensuite ? Elle ne pouvait pas indéfiniment rester ici ! Si seulement elle savait où était Ranbbie — si toutefois Rogue ne l'avait pas tué… Peut-être était-il dans la tour Nord ? Dans ses appartements ? Même si c'était le cas, elle ne pouvait pas se rendre dans cette tour. C'était trop risqué. S'il y avait un endroit où on allait la rechercher plus que les autres, c'était bien dans ses appartements…
Profondément désespérée, Matilde passa ses mains dans ses cheveux défaits et songea à ses parents.
« Maman… Papa… venez me cherchez… Pourquoi m'avez-vous laissée partir avec Dumbledore ? Je suis perdue ici… C'était un mensonge... Poudlard n'était pas un lieu sûr pour moi… Tout le monde me veut du mal ici… Je vais mourir et vous ne serez même pas auprès de moi durant les derniers instants de ma vie… »
Puis elle pleura silencieusement dans le noir, enserrée dans le placard à balai, pendant un long moment qui lui avait semblé se glacer lentement, exhalant doucement l'odeur d'une mort proche.
« Tout est de la faute à Dumbledore… » pensa-t-elle soudain avec amertume. C'était lui qui l'avait obligée à le suivre jusqu'à Poudlard, lui qui l'avait exhortée à l'attaquer pour qu'elle s'empare de sa baguette magique, et à cause de lui également si elle avait persévéré dans la pratique de ses Pouvoirs de Parguenais pour essayer de le guérir ensuite. À présent, si on voulait la tuer maintenant, c'était uniquement — encore une fois — à cause de lui ! Pour le ramener sur pieds, se fichant bien d'elle, elle qui n'était rien d'autre qu'une expérience qui n'avait pas fonctionné ! Si tout ça n'avait pas été de Dumbledore, elle aurait pu rester chez elle, ne jamais avoir eu besoin de connaître ce monde cruel, être libre de pouvoir continuer d'être heureuse avec ses parents, ses amis, Catherine…
Mais une petite voix désagréable au fond de sa tête lui souffla le détail qu'elle ne voulait plus prendre en compte : elle était une Parguenaise et Dumbledore avait tenté de la sauver de son état en se sacrifiant pour qu'elle puisse bénéficier de sa baguette. Et elle, Matilde, n'avait pas écouté Dumbledore, ni les autres qui s'étaient acharnés à lui répéter — omettant toutefois d'être trop explicites, à la grande exaspération de Matilde — qu'il était dangereux qu'elle fasse usage de ses Forces Obscures. Si elle les avait écoutés et qu'elle avait pratiqué ses sortilèges plutôt que de faire surgir subrepticement ses flammes noires sans relâche, elle aurait assurément eu des chances de survie. Mais maintenant…
Tâtant sa bourse dans le noir, elle ressortit sa baguette — la baguette magique de Dumbledore — et lança le sortilège Lumos. Aussitôt, une lueur vive illumina l'extrémité de sa baguette, inondant de lumière jaunâtre la totalité de l'espace étroit du placard, mais aucune sensation de rafraîchissement dans sa poitrine en feu ne vint apaiser ses souffrances. La lueur s'éteignit alors d'elle-même, la replongeant dans la pénombre, sa douleur plus cuisante que jamais.
Il était trop tard. Rogue avait raison. Elle se faisait ronger de l'intérieur et, tôt ou tard, elle en succomberait…
« Maudit sois-tu, Harvey, de m'avoir fait croire que je pouvais réellement rétablir Dumbledore à l'aide de mes Forces Obscures ! », pensa-t-elle avec colère.
Soudain, une pensée exaltante fit irruption au beau milieu de son désespoir. Alors que le souvenir des cours de défense contre les forces du Mal lui revenait en mémoire, les mots de Harvey resurgirent dans son esprit, résonnant et vibrant d'une telle intensité en elle que Matilde eut l'impression que Harvey lui-même se trouvait à côté d'elle, dans le placard même :
« Lorsque vous aurez finalement conjuré le maléfice qui retient Dumbledore entre la vie et la mort, il deviendra alors d'une importance capitale de vous débarrasser rapidement de vos Forces Obscures avant que celles-ci ne vous détruisent. Mais soyez sans crainte, Miss Beauregard. Je me ferai un devoir de vous aider à ce moment-là... »
Il savait ! Depuis le début, il savait ce qu'il faisait ! Il lui avait dit la vérité : il connaissait vraiment des choses que les autres ignoraient ! Il avait encouragé Matilde à consolider ses pouvoirs pour venir à bout de reconstituer les entrailles de Dumbledore un jour, mais ce fut l'invasion des trolls qui avait tout fait échouer… À cet instant, ses Forces Obscures avaient atteint leur maximum de puissance qu'elle pouvait user et, à présent, ses Pouvoirs de Parguenais la détruisaient. Mais Harvey pouvait l'aider ! Il lui avait assuré qu'il la sauverait ! Il savait comment faire pour supprimer ses Pouvoirs Maléfiques sans la tuer, elle !
Matilde sentit à nouveau son cœur battre à tout rompre. Elle devait absolument se rendre au bureau de Harvey, au troisième étage. Mais dans l'état où elle était, avec ses engourdissements fréquents aux jambes et ses vertiges étourdissants qui lui prenaient souvent à la tête, comment pouvait-elle y parvenir ? De plus, beaucoup de monde devait la rechercher présentement dans tout le château — y compris Rogue. Rogue qui devait évidemment être furieux contre elle car elle avait réussi à s'échapper, et qui attendait sûrement le moment avec hâte malsaine où il pourrait enfin l'étriper de ses mains.
Cependant, elle ne pouvait pas rester là. Elle devait rassembler tout son courage comme elle l'avait fait face aux trolls — quoiqu'en ce moment là, elle fût encore en mesure de se défendre avec sa Magie Noire. À présent, elle n'avait en sa disposition que sa baguette magique qui lui s'avérait tristement inutile puisqu'elle ne connaissait aucun sort de défense.
Néanmoins, avec précaution, Matilde se redressa dans l'étroitesse du placard, sans faire de bruit, et colla l'oreille contre la porte. Ce fut le silence total. Alors, lentement et très doucement, elle tourna la poignée et poussa la porte légèrement pour se permettre de jeter un coup d'œil par l'entrebâillure. Le couloir sombre, faiblement éclairé par la flamme des torches, se révélait désert, immobile. Avec toute la discrétion dont elle était capable, Matilde sortit du placard et s'avança dans le silence, la baguette brandie, l'oreille aux aguets.
Alors ? Vous étiez-vous attendus à ça ? La suite demain ! ^^ J'espère que vous aimez toujours...
