Et voilà... on attaque la troisième grande partie de la fic... J'espère que vous n'êtes pas pressé de la voir finir et que vous n'avez rien contre les longues fics parce que je ne sais pas pourquoi mais il semble que nos amis aient envie d'une longue aventure.

J'ai eu beaucoup de mal à écrire ce chapitre... C'était dur de les séparer après avoir mis tant de temps à les rapprocher...

Dites moi ce que vous en pensez!


Chapitre 36 : …and never say goodbye.

Comme un voile, la tristesse était tombée sur le petit cottage dès le matin. Les mines étaient moroses, les visages fermés… Il avait été décidé que le départ aurait lieu à six heures trente, mais à six heures trente personne, mis à part Snape bien évidemment, n'était prêt.

Assis à la table de la cuisine en compagnie de Draco, Ron et Hermione, grignotant un toast, sans réelle envie autre que de repousser le départ, Harry observait le Professeur passer et repasser en invectivant ceux qui trainaient trop à son goût et en reprochant à un autre de ne pas avoir préparé son sac la veille. La personne en question était bien sûr Sirius. Les affaires du reste des voyageurs étaient prêtes et les attendaient dans l'entrée.

Ca ne motivait pas Harry à manger plus vite. Ni Harry, ni les autres apparemment. Molly leur tournait autour et ne cessait de leur resservir du thé, les larmes aux yeux et la perspective de se séparer de la sorcière peinait le Survivant. Pas autant que l'idée de quitter Sirius, Remus, Hermione, Ron et, étrangement, Draco, mais il était… attristé de devoir partir.

Et c'était apparemment le ressenti général.

« Oh, ça suffit, Severus. » cingla McGonagall en prenant le siège libre à côté d'Hermione. « Cessez de tourner comme un lion en cage. »

Et Harry devait admettre que les mouvements secs de Snape n'étaient pas aussi impressionnants sans ses grandes robes noires. Mais c'était lui-même qui avait décidé qu'ils devaient tous opter pour des tenues Moldues qui leur permettraient, le cas échéant, de se fondre dans le décor. Et ni son pantalon noir, ni son pull à col roulé de la même couleur, n'était réellement intimidant. Si possible, ça le rendait plus humain.

Le Maître des Potions se tourna vivement vers la Directrice des Griffondors et la dévisagea d'un air mauvais, sur le point, sans doute, de rétorquer.

« Prenez une tasse de thé, Severus. » intervint Mrs Weasley avant que ça ne dégénère. « Vous n'êtes plus à quelques minutes près. »

Le regard noir du Professeur se déplaça sur Molly et finalement il acquiesça dans un soupir, avant de s'installer sur la chaise située à côté de Draco.

« S'ils ne sont pas prêts dans le quart d'heure… » prévint-il sévèrement mais avec son calme habituel. « Potter et moi partiront devant. »

Harry leva brutalement la tête, hésitant à protester. La perspective de la bonne heure qu'il leur faudrait pour quitter la forêt et pouvoir transplanner avait rendu l'idée de la séparation moins cruelle. Il n'était pas préparé à dire au revoir à ses deux meilleurs amis et aux autres aussi tôt.

Mais il croisa le regard de McGonagall qui secoua imperceptiblement la tête, le rassurant sur les projets de Snape. Elle le convaincrait d'attendre les autres –si tant est que qui que ce soit puisse convaincre le Professeur de faire ce qu'il ne voulait pas…

« Où sont Rémus et Tonks ? » demanda Ron, tout d'un coup, comme s'il venait à peine de réaliser que les deux autres manquaient.

Mis à part Sirius, occupé à faire son sac, et Mr Weasley qui tentait de convaincre Fred de sortir de son lit, tout le monde était dans la cuisine. Amusé, Harry croisa le regard de Draco et choisit de se taire. Il ne fut d'ailleurs pas le seul. Hermione plongea dans sa tasse de thé, Mrs Weasley fit celle qui n'avait rien entendu et McGonagall trouva un intérêt tout nouveau dans le toast qu'elle était en train de beurrer.

« Sans nul doute en train de s'assurer de concevoir une autre portée de louveteaux. » répondit Snape d'une voix égale.

Ron resta un instant interdit puis vira au rouge soutenu, ses oreilles étaient en feu. Harry se mordit la lèvre, tentant de retenir son fou rire mais vraiment la vue que présentait son ami était comique. Visiblement, Draco et Hermione avaient un problème similaire parce qu'il lui sembla distinctement entendre un gloussement du côté de la jeune fille.

Ce qui lui valut bien sûr un regard meurtrier du roux parce qu'elle s'était moquée de lui et un sourcil levé de la part de Snape. Hermione affronta les deux avec panache, faisant semblant d'ignorer l'origine de leur mécontentement.

« Avez-vous mémorisé toutes mes instructions, Miss Granger ? » s'enquit le Maître des Potions une fois qu'il fut clair qu'il ne trouverait rien à lui reprocher.

« Oui, Monsieur. » acquiesça vivement la jeune fille « Et j'ai détruit les documents. »

Snape la gratifia d'un hochement de tête bref mais approbateur.

« Je suppose que vous n'avez pas de questions ? »

Hermione confirma que tout était clair et le silence retomba, entrecoupé des bruits de vaisselle qu'ils déplaçaient à tour de rôle. Finalement, au moment précis où Snape reposait sa tasse avec un soupir exaspéré, Sirius fit son apparition dans la cuisine, un air guilleret sur le visage.

Harry se demanda si c'était la perspective de l'aventure qui l'enchantait à ce point ou bien le fait d'avoir fait enrager l'ancien Mangemort.

« Tu as l'air contrarié, Servillus… » lança l'Animagus, clairement amusé par la situation. « Un problème ? »

Si les regards pouvaient tuer, songea le garçon en détournant les yeux de la scène.

« Aucun. » répondit Snape sèchement. « Potter et moi partons. »

Et sur cette déclaration qui sembla déstabiliser Sirius, le Professeur se leva, jetant à peine un coup d'œil à Harry.

« Debout. On y va. » ordonna-t-il.

Avec un regard désolé pour ses amis, le Griffondor s'exécuta, craignant quelque peu les foudres que la mauvaise humeur de Snape ne manquerait pas de faire pleuvoir sur lui.

« Où ça ? » demanda Remus du bas de l'escalier où il venait d'apparaître, Tonks sur les talons, et visiblement confus. « On ne devait pas partir tous ensemble ? »

Draco fut pris d'une quinte de toux subite qui ressemblait à s'y méprendre à un fou rire…

« On devait partir il y a plus d'une heure, Lupin. » cingla Snape.

Sirius haussa simplement les épaules, accueillant son ami d'un geste de la main.

« Et bien maintenant, tout le monde est prêt… » Il eut l'audace d'adresser un clin d'œil aux adolescents comme s'ils étaient assez fous pour le suivre sur ce terrain là. « Je dirai même que c'est toi qui traines. »

L'ancien Mangemort plissa les yeux et un tic agita sa paupière. Harry décida que c'était le moment d'agir et ordonna, d'un geste brusque du menton, à ses amis de lever. Ca eut le mérite de détourner l'attention de Snape mais ce ne fut pas à l'avantage du blond qui fut le dernier à bouger.

« Si ce sont vos escapades nocturnes qui vous fatiguent, Mr Malfoy, peut-être vous abstiendrez-vous à l'avenir ? » railla le Professeur sans même ciller.

Draco grimaça et Harry fit celui qui ne savait pas ce dont on parlait. Après tout le sujet n'avait pas été abordé au matin…

« Escapade nocturne ? » répéta McGonagall, relevant brusquement la tête. Et était-ce une lueur triomphante dans ses yeux ? « Plus le temps passe et plus je m'interroge sur le contrôle que vous avez sur vos élèves, Severus. Aucun Griffondor n'erre la nuit dans les couloirs. »

Aucun.

Le coup d'œil amusé qu'échangèrent Ron, Hermione et Harry dut être un peu trop flagrant parce que leur Directrice leur jeta un regard sévère et ils se dépêchèrent de prendre un air innocent. Trop tard en revanche pour éviter le reniflement méprisant de Snape.

« La moitié des élèves surpris à errer la nuit dans les couloirs sont des Griffondors, Minerva. » répliqua-t-il. « De plus, la plupart de ceux qui se font un devoir d'enfreindre chacun des règlements mis en place sont dans cette pièce, alors à votre place, je ne me soucierai pas du contrôle que j'exerce sur mes serpents –Mr Malfoy peut attester de son efficacité. L'autorité que vous avez sur votre Maison, par contre, pourrait être soumise à caution… »

Le pire était qu'elle ne pouvait pas nier… Combien de fois Snape les avait-il – ou avait-il manqué- les surprendre lors d'une de leurs explorations nocturnes ? Néanmoins, ils ne s'étaient pas fait attraper souvent. Ce qui tendait à prouver que le Maître des Potions avait raison…

« De plus, Draco était accompagné. »

Devant le regard accusateur de Snape, et celui excessivement mécontent de McGonagall, Harry tenta un sourire.

« J'avais faim ? » tenta-t-il d'expliquer et du coin de l'œil, il surprit la grimace de Draco, l'avertissant de ne pas aller par là.

« Et bien, ça explique au moins ce qui est arrivé à la tarte aux pommes ! » s'exclama Mrs Weasley, abattant dans l'œuf la tension qui commençait à se développer dans la pièce. L'arrivée d'Arthur une seconde plus tard, accompagné de Fred, fit complètement oublier l'incident.

Tous les regards étaient rivés sur le jumeau survivant.

Fred sembla mal à l'aise devant l'attention soutenue, ce qu'Harry ne pouvait que comprendre. Il n'avait jamais apprécié d'être l'attraction principale et pourtant, il l'était depuis sa première année à Poudlard. Pourtant, ça ne l'empêcha pas de le fixer, comme tous les autres dans la pièce, attendant… attendant, il ne savait quoi.

« On dirait que vous avez vu un fantôme. » déclara finalement Fred, la voix rauque de ne pas avoir été utilisée ces derniers jours.

Et un soulagement sans borne s'abattit sur Harry à cette légère forme d'humour.

« Mr Weasley. » salua Snape dans un hochement de tête, brisant le silence qui s'était installé dans la pièce. « Je suis rassuré de voir que vous parlez toujours pour ne rien dire. »

Cela pouvait paraître un manque total de tact ou de sensibilité et la remarque valut à Snape quelques regards réprobateurs, néanmoins, un sourire fantôme joua sur les lèvres de Fred alors qu'il inclinait faiblement la tête en direction de son Professeur.

« Je vous ai manqué à ce point, Monsieur ? » riposta-t-il d'un ton qu'il voulait joyeux.

Ca sembla briser l'étrange sortilège qui avait figé la pièce. Mrs Weasley se précipita vers son fils, de grosses larmes roulant sur ses joues, Ron la suivit avec un sourire presque fou… Harry et Hermione avancèrent mais restèrent en périphérie des effusions, membres de la famille sans l'être vraiment et ne voulant pas empiéter sur leur espace. Tonks et Remus observaient la scène en souriant, main dans la main. Draco, Sirius, Snape et McGonagall se tinrent à l'écart, laissant les Weasley à leurs retrouvailles.

Puis, petit à petit, ils approchèrent tous. Soit pour présenter leurs condoléances, soit pour exprimer leur plaisir de le retrouver enfin… Le seul à rester derrière fut Snape. Draco lui-même lança une pique amusée à Fred qui répondit avec un entrain forcé mais bel et bien présent.

Harry étudia la joie soudaine qui avait envahi la pièce avec une soudaine mélancolie. Il devinait au regard de Snape qu'il était réticent à briser l'euphorie soudaine qui semblait s'être emparée de leurs amis mais que le départ ne pouvait pas être davantage retardé. Avec un soupir et un dernier mot gentil pour Fred, il s'éloigna de l'attroupement qui s'était peu à peu formé autour du garçon et rejoignit le Professeur de Potions.

« Monsieur ? » demanda-t-il, soudain légèrement anxieux.

Etait-il réellement contrarié du fait que Draco et lui aient vadrouillé dans la maison la nuit dernière ou n'était ce qu'une façade, un jeu ? Le garçon trouvait ça compliqué à déterminer. Ca aurait été beaucoup plus simple avec les Dursley. Si l'un d'eux l'avait trouvé dans la cuisine à voler de la nourriture, il aurait probablement fini emprisonné dans le placard, sous une pluie d'insultes et avec une claque pas si gentille que ça à l'arrière de la tête.

Non pas qu'il aurait aimé que Snape l'enferme dans un placard, mais au moins, il aurait su à quoi s'en tenir.

« Harry ? » répondit le Professeur, toujours aussi indéchiffrable qu'à l'ordinaire mais clairement las de devoir exiger encore une fois que son armée de fortune se dépêche.

« Je suis… euh… désolé pour hier soir. » lâcha-t-il, hésitant.

Les excuses n'avaient jamais eu beaucoup d'effet sur les Dursley. Et il ne savait pas pourquoi il ne cessait de comparer Snape aux Dursley, en premier lieu. Certes, la conversation qu'il avait eue la veille avec Draco lui avait rappelé ce qu'il avait soigneusement oublié, comme chaque année quand il retournait à Poudlard, à savoir qu'il avait un oncle, une tante et un cousin… mais ce n'était pas une raison pour soudainement se mettre à craindre que le Maître des Potions réagisse comme eux.

Surtout qu'il s'était révélé beaucoup plus imaginatif lors de ses nombreuses retenues que Vernon Dursley ne l'avait jamais été.

Et puis, ce n'était pas comme si Snape était vraiment responsable de lui.

« Très bien. » accepta le Professeur dans un hochement de tête.

Dire que Harry était étonné était largement en dessous de la vérité. « C'est tout ? »

Il s'était attendu à devoir se répéter encore et encore, à vrai dire…

« Vous semblez avoir une tendance à vadrouiller la nuit, Mr Potter. » commenta Snape dans un de ses rictus ironiques, sous-entendant sans aucun doute que cette tendance, comme il l'appelait, était héréditaire. « Cinq ans sous mon enseignement n'y a eu aucun effet, je ne pense pas pouvoir faire plus maintenant. De plus, je préfère vous savoir dans la pièce à côté que dehors, dans les bois, où vous retrouver serai nettement plus ardu. »

Il n'était pas réellement certain de ce que ça signifiait.

« Vous n'êtes pas… fâché, alors ? » s'assura-t-il.

A ça, l'homme en noir fronça les sourcils.

« C'est une question qui commence à devenir récurrente. »

Harry grimaça. « Désolé. »

Ca sembla empirer la situation parce que Snape parut sur le point de perdre son calme avant de se ressaisir, avec difficulté.

« Tu n'as aucune raison d'être désolé. » répliqua l'ancien Mangemort, un peu sèchement mais sans hostilité. « Ce n'était pas un reproche. Juste une interrogation de ma part. »

Le garçon se sentit un peu mieux. C'était toujours ça de gagné. Prendre la route aux côtés d'un Snape de mauvaise humeur n'était pas une perspective attirante, mais c'était rassurant de savoir que ce n'était pas contre lui que serait dirigée sa colère.

« Vous avez l'air contrarié. » répondit Harry avec prudence, peu certain de comment sa remarque serait accueillie. « Avant, c'était ma faute la plupart du temps alors… »

Il s'interrompit, peu enclin à ramener à la surface leurs animosités passées. Et quand il vit une étincelle étrange passer dans le regard noir de son professeur, il s'en voulut d'avoir tout simplement évoqué la chose. Non pas que l'homme soit blessé mais…

« Ca n'a jamais été réellement ta faute. » déclara Snape, fermement. « Du moins, pas tout le temps. » Sa voix s'était légèrement adoucie, indiquant qu'il plaisantait, et Harry remercia ses efforts d'un faible sourire. « Et je peux t'assurer que si je suis contrarié à présent, tu n'as rien à y voir. »

Ses yeux scannèrent avec une attention critique la foule massée autour de Fred, occupée à discuter de façon insouciante et irréfléchie. Un simple coup d'œil à la vieille montre de Dudley prouva au Griffondor qu'ils auraient dû être partis depuis plus d'une heure si les autres avaient respecté le plan de l'ancien Mangemort. Décision qui avait été prise pour éviter plus tard les mauvaises rencontres tandis qu'ils se dirigeraient tous vers les lieux qu'ils devaient explorer…

« Personne ne le remarquerait si on partait maintenant, Monsieur. » proposa-t-il à contrecœur.

Quitter ses amis sans dire au revoir ne l'enchantait pas… mais il ne prendrait pas le risque de voir Snape s'en aller sans lui. Bien sûr, le Professeur lui avait promis de l'amener et il devinait que le Maître des Potions était le genre d'homme qui tenait ses promesses quelque en soit le coût, mais si Harry Potter avait appris une chose au court de sa paradoxalement courte existence, c'était qu'il ne fallait pas tenter le diable.

« Tentant. » concéda Snape, une note amusée dans la voix. « Mais inacceptable. Black ! »

L'ordre brut trancha dans les exclamations et les conversations joyeuses à un tel point que les phrases moururent sur les lèvres de leurs compagnons qui se tournèrent tous pour dévisager le Maître des Potions comme s'il était devenu fou. Et après tout, songea Harry, c'était bien Sirius qu'il avait invectivé…

« Snape ? » rétorqua son parrain, une dose non négligeable de mépris dans la voix.

Cependant, il avait au moins fait l'effort de ne pas l'appeler Servillus.

« Nous partons. Maintenant. » ordonna le Professeur de Potions.

Le ton ne souffrait aucune contradiction et cette fois, eut un effet nettement plus efficace que précédemment. Sans doute parce que ce coup-ci, Snape se tourna sans attendre de réponse et se dirigea vers l'entrée. Ne sachant trop ce qu'il était censé faire, Harry le suivit et l'imita quand il enfila manteau, écharpe et attrapa son sac.

Une minute plus tard, le couloir devint bruyant et encombré tandis que tous se préparaient. Ceux qui restaient se pressaient de donner derniers conseils et recommandations. Alors que Mrs Weasley lui infligeait une accolade étouffante, Harry perçut vaguement l'écho de la voix de McGonagall, à sa gauche, prier Snape d'être prudent et de revenir entier. Il s'étonna quelque peu de l'émotion qui émanait de la vieille sorcière mais la tranquille assurance du Maître des Potions selon laquelle il ramènerait son précieux Griffondor en un seul morceau et tenterait de faire de même pour lui était d'autant plus surprenante par le ton empli d'affection.

Il semblait qu'Harry s'était mépris sur les rapports de rivalité entre McGonagall et Snape. Ils étaient visiblement très amis.

Néanmoins, son attention fut détournée par les larmes qui roulaient sur les joues de Tonks alors qu'elle s'accrochait au cou de Lupin. Mrs Weasley se désintéressa de lui pour attraper Ron qui se débattit pour la forme mais accepta bien vite l'étreinte de sa mère. Hermione faisait ses adieux à Mr Weasley…

Le temps qu'Harry en fasse de même, la main ferme de Snape le poussait vers l'extérieur. Le vent sec et froid le choqua, le laissant cligner des yeux pendant plusieurs secondes. Les quelques instants qui lui furent nécessaires pour s'accoutumer à la température hivernale avaient suffi au Professeur pour prendre quelques mètres d'avance.

Décidant qu'il y avait peu de chances qu'il parte sans lui après tout, le garçon choisit d'attendre ses amis qui sortaient à peine du cottage. Tentant de dissimuler son émotion, Hermione se mit en route, vite et sans un regard en arrière. Elle rattrapa sans mal Snape qui s'était arrêté à la limite des arbres, clairement pressé.

Draco, Ron et Harry la suivirent plus lentement, le cœur lourd, et la présence rassurante de Sirius et Remus dans leur dos n'eut aucun effet sur la tristesse du Survivant.

« Allez… » chuchota finalement Ron en donnant à Harry un coup de coude un peu brutal. « C'est l'aventure, vieux. »

Mais les regrets étaient plus que perceptibles dans la voix du roux. Et à sa droite, Draco émit un bruit moqueur.

Oui, supposa Harry, l'aventure n'était pas vraiment la motivation principale de Draco Malfoy…

« Ouais. » répondit néanmoins le Griffondor, tentant de sourire et ne réussissant qu'à grimacer. Quitter ses amis allait s'avérer plus dur que prévu, il le pressentait.

Levant les yeux pour chercher un soutien quelconque, il croisa le regard de Snape, posé sur lui. Compréhensif. Et sans qu'il réalise vraiment pourquoi, Harry se sentit légèrement mieux.

Aucune conversation ne s'engagea tandis qu'ils s'enfonçaient peu à peu dans la forêt. La neige à moitié fondue qui recouvrait le sol entravait leur progression, freinant leurs foulées énergiques et déterminées. Il semblait que tous avaient atteint la même conclusion. Plus brefs seraient les adieux et plus supportables ils seraient.

Aucun n'était assez idiot pour ne pas se rendre compte du danger dans lequel il s'engageait. Il aurait été stupide de penser qu'un artefact aussi précieux qu'Excalibur serait à leur portée aussi simplement qu'une pomme sur un arbre… Et il y avait l'ombre menaçante de Voldemort qui planait au-dessus de leur tête. Sans compter les fantômes de tous les disparus récents qui dansaient dans leurs esprits…

Non, ils savaient tous que l'adieu risquait d'être définitif et ça les terrifiait.

Du moins ça terrifiait les adolescents même s'ils le cachaient plus ou moins bien, les adultes eux étaient aussi détachés qu'ils pouvaient le prétendre. Harry observa les traits tirés d'Hermione, la façon dont ses lèvres étaient pressées en une ligne déterminée et il comprit que, comme lui, elle aurait préféré qu'ils restent tous ensemble. Son regard dévia ensuite vers Draco, qui étrangement, semblait lui aussi jeter des coups d'œil discrets à la jeune fille. Il s'était attaché au Serpentard, en avait fait un ami. Ron… Ron était son tout premier ami et le meilleur qu'il aurait probablement jamais malgré ses coups de colère…

Bientôt, trop vite, ils arrivèrent à la lisière de Freun. Ce n'était pas le même endroit par lequel ils étaient arrivés, ou du moins Harry ne le reconnut pas sous son aspect pleinement hivernal. Il fallait dire qu'il ne s'en souciait pas réellement, trop pris par le silence pesant qui était tombé sur eux.

Les coups d'œil nerveux qu'ils se jetaient tous les uns aux autres durèrent pendant plusieurs secondes, jusqu'à ce qu'Hermione, n'y tenant plus, se jette au cou d'Harry, puis de Ron en les suppliant d'être prudents. Il n'en fallut pas plus pour que Remus et Sirius se lance dans une étreinte virile et émue. Draco et Snape s'écartèrent légèrement des embrassades, échangeant quelques mots simples mais sincères.

« Ca va aller, Mione… » affirma Ron avec force pour tenter de faire disparaître les larmes qui brillaient dans le regard de leur amie.

« Oui. » renchérit Harry. « Tout ira bien. Et on va se retrouver très vite. »

Et en vie… ajouta-t-il dans une prière muette. Mais bien qu'elle fasse l'effort de sourire, Hermione ne sembla pas réconfortée. Elle les dévisagea tour à tour d'un air inquiet.

« Dans quel pétrin allez-vous vous fourrer sans moi ? »

Harry haussa les épaules, faussement nonchalamment. « Probablement les mêmes que d'habitude… Mais on s'en sortira, ne t'inquiète pas. »

« Sans le cerveau de l'équipe ? » plaisanta-t-elle sans que le cœur y soit pourtant.

« Je pense que j'ai un… cerveau de remplacement. » répliqua Harry avec amusement. Ce que Ron approuva d'un hochement de tête.

« C'est toi qui devrais faire attention, tu n'auras pas nos corps musclés pour te protéger. » lança le roux dans un sourire.

Harry étudia son ami avec un regard critique et un sourcil levé qui rappelait par beaucoup de côtés l'expression de Snape, chose qu'ils choisirent tous d'ignorer. Le regard, légèrement moqueur, du garçon dût avoir l'effet escompté car Ron leva les yeux au ciel, vexé.

« J'ai des muscles. » se défendit le cadet des Weasley. « Ils sont juste bien cachés. »

« Sous des poignées d'amour. » se moquèrent gentiment Hermione et Harry d'une seule voix.

Ils éclatèrent tous les trois de rire et brusquement tout fut comme avant. Avant que Cédric ne meure, avant que Voldemort revienne, avant que la vie d'Harry prenne un virage à cent quatre vingt dix degrés.

« Harry ? » appela doucement Sirius, interrompant le court moment de joie. Le garçon se tourna vers son parrain, soudainement plus sobre. Il y avait eu beaucoup d'incompréhension et de rancœur entre l'Animagus et lui récemment. Beaucoup trop pour que la séparation se fasse sans heurt. « Tu feras attention, n'est ce pas ? »

Forçant un sourire sur ses lèvres, Harry acquiesça. Il n'était pas tant inquiet pour lui que pour les autres. Snape avait promis de le protéger et s'il était certain d'une chose c'est qu'il ne serait plus en sécurité nulle part qu'auprès de l'homme.

« Toi aussi. » exigea-t-il et à son tour, Sirius hocha la tête.

Leurs regards se croisèrent et ils se dévisagèrent quelques secondes, mal à l'aise. Il n'était pas sûr de qui fit le premier pas mais bientôt, il se retrouva serré contre la poitrine –définitivement musclée, elle- de son parrain.

Sirius le relâcha à temps pour qu'il intercepte la menace à peine voilée de Ron qui chuchotait à voix basse à Malfoy qu'il avait tout intérêt à ce qu'Hermione rentre saine et sauve. Le fait que Draco marmonne en réponse une insulte qu'Harry ne saisit pas le poussa à échanger un regard exaspéré avec la jeune fille en question.

Se désintéressant de la dispute, il s'empressa de faire ses adieux à Lupin, avant de se tourner vers Draco qui en avait miraculeusement fini avec Ron qui boudait un peu plus loin. Il fut un peu surpris de la main que lui tendit le Serpentard, mais il la serra néanmoins.

« Tâche de ne pas te faire tuer, Potter. » railla le blond, un masque neutre dissimulant ses pensées. « Ca nuirait à ta réputation. »

Harry secoua la tête, refusant de répondre à une pique aussi basse.

« Prends soin d'Hermione. » demanda-t-il seulement, et il fut surpris de sentir une gravité étrange sous ses propos. Comme s'il lui donnait la permission pour autre chose… Autre chose qui ne le concernait pas mais dans laquelle il était néanmoins impliqué. Parce qu'il aimait Hermione.

Draco ne commenta pas mais il vit une lueur passer dans ses yeux gris. Une lueur brillante qui lui fit dire que le Serpentard avait parfaitement compris le sous-entendu qu'il n'avait pas fait.

« Si vous êtes prêt, Mr Potter… »

La voix calme et caressante de Snape s'éleva, parfaitement audible malgré les murmures des au revoir. Sans hésiter, Harry se rapprocha du Professeur et lui sourit faiblement. En réponse, l'homme plaça une main rassurante sur son épaule.

Ca signifiait également qu'il s'apprêtait à transplaner.

« Ramène-le-moi en un seul morceau, Servillus. » gronda Sirius.

« Draco ferait mieux d'être entier lui aussi quand vous reviendrez. » grinça Snape en retour.

Le Serpentard en question soupira, déclarant à qui voulait l'entendre qu'il était parfaitement capable de rester en vie par lui-même, merci beaucoup. Le Professeur l'ignora ostensiblement, laissant à la place sont regard balayer les visages graves qui l'entouraient.

« Spinner's End, dans une semaine, n'oubliez pas. » dit-il, avec sérieux. « Trois jours d'attente et pas un de plus. »

Harry eut à peine le temps de jeter un dernier regard à ses amis avant que le monde ne se mette à tourbillonner, lui donnant la désagréable sensation d'être étiré dans tous les sens. Il n'aurait pas su dire si la boule qui lui plombait l'estomac était le résultat du transplanage ou bien du mauvais pressentiment qui le saisit aux tripes.


Note de l'auteur : Spinner's End est bien sûr l'Impasse du Tisseur ou plus précisément la maison de famille de Severus.