Quand la Lionne se bat
Auteur : Kayly Silverstorm
RAR :
Me : La complicité de Hermione et Severus ne cesse de grandir… Tu vas donc être ravi(e) ! Bonne lecture.
Océane : Merci beaucoup, tes commentaires me vont droit au cœur… Ne t'inquiète pas, je n'ai pas l'intention de lâcher cette traduction, surtout que je ratrappe lentement mais inexorablement l'auteur ! lol
Spinel : Non, je ne sais pas ce qu'a décidé l'auteur pour Harry et Draco, ce sera la surprise… Tu le retrouveras dans le chapitre prochain. Pour ce qui est de l'action, si tu as aimé Hot Fudge, tu devrais apprécier ce chapitre… Bon je n'en dis pas plus et je te laisse lire la suite. Bisous et à bientôt.
Chapitre 36 : Haine et peur
« Potter va finir par devenir sympathique », commenta Severus le matin suivant et il lança un sort à Hermione.
Hermione fut tellement surprise par ce compliment inattendu qu'elle faillit ne pas éviter le couteau qui tentait de l'entailler. Elle ne réalisa le subterfuge de l'homme que trop tard.
« Ce n'est pas du jeu », protesta-t-elle en se jetant sur le côté et en le bombardant de coups vifs comme l'éclair. « Me provoquer de la sorte ! »
Le rictus de l'ancien Mangemort, en révélant l'extrémité de ses canines, devait avoir l'air agressif et dangereux pour la plupart des gens, mais Hermione ne lisait dans ses yeux que du plaisir à mener ce combat. Elle savait également qu'il devait lire la même chose dans son regard.
« Tout est permis en temps de guerre », lui expliqua-t-il en la gratifiant d'un large sourire et en bloquant chacun des coups qu'elle lui portait avec un dôme de lumière verte, puis il riposta avec un autre sort.
Ils avaient enfin commencé à combiné les arts martiaux avec la magie offensive, ce que Severus appelait le 'Duel martial'. Elle en avait déjà un peu entendu parler après avoir lu quelques uns des textes les plus obscurs de Défense contre les Forces du Mal de la bibliothèque de Poudlard. Seuls quelques sorciers en étaient capables à ce jour, mais Hermione se réjouissait d'accéder à un tel niveau de duel.
Pour survivre à un tel exercice, il fallait d'excellents réflexes, une large connaissance des sortilèges, malédictions et autres sorts, maîtriser autant la magie avec baguette que sans baguette, et être habile et fort pour la partie physique de combat. Elle devait toutes ces qualités à sa tante, à son travail au cours des dernières années et aux entraînements de Severus. De plus, elle possédait désormais un niveau suffisant pour mettre en difficulté son mentor.
Elle l'avait presque battu la dernière fois. C'est d'ailleurs la seule raison qui a poussé Severus à utiliser la ruse au cours de cette bataille, pensa-t-elle amusée.
« C'est grâce au soutien de Draco », rétorqua-t-elle après avoir touché la tête de son adversaire d'un coup de pied. « Je ne sais pas comment ils s'y prennent, mais ils semblent faire un travail efficace ensemble. Ils ont même commencé à organiser des combats assez impressionnants. »
Severus sourit et hocha la tête. Il en avait entendu parler. Minerva lui avait dit qu'une fois, ils s'étaient entraînés dans la classe de Sortilèges et que le Professeur Flitwick en avait presque fait une crise cardiaque. Selon lui, ils étaient sur le point de s'entretuer. Selon eux, ils s'étaient bien amusés.
« Et au sujet de MacNair », demanda-t-il à présent, en s'emparant de son couteau et en visant la cuisse gauche de la jeune femme. Mais cette fois, cette dernière s'était tenue sur ses gardes et elle réussit presque à lui faire échapper le poignard des mains.
« Oh, non, ça ne marchera pas une deuxième fois », haleta-t-elle, puis elle contre-attaqua en tentant une entaille oblique qui ruina une autre de ses chemises.
« Pas plus que je n'ajournerait la question », l'avertit-il, il visa une dernière fois son estomac puis releva son poignard en un geste rituel.
« Ça suffit pour aujourd'hui », dit-il et elle lui répondit en reproduisant le même geste avec son poignard. « Tu t'es bien débrouillée. »
« Oh, des compliments ! », rit-elle en rangeant son couteau translucide. « Tu pourrais au moins admettre que je t'ai presque eu. »
« Si c'était le cas, je l'admettrais certainement. Mais tu en étais encore loin ! »
Elle ne lui fit pas le plaisir de lui répondre, elle se contenta d'incliner la tête avec un air de défi, et ses cheveux, à peine retenus par sa barrette, glissèrent sur ses épaules. Il dut détourner la tête pour cacher sa réaction.
« Cependant, tu as raison au sujet de MacNair », lui dit-elle tandis qu'il faisait mine d'être absorbé par le nettoyage de son poignard et qu'il lui tournait le dos. « Nous devons faire quelque chose. »
« Et que proposes-tu ? » Sa voix était blanche de toute expression, mais il espérait qu'elle attribuerait ce fait à sa concentration et sa fatigue après un bon combat.
« Le seul choix que nous ayons. Se débarrasser de lui. Il est trop dangereux pour être capturé ou livré au Ministère. Mais je n'ai pas encore décidé de la meilleure méthode. »
« Nous devrions trouver un moyen d'utiliser sa mort pour te faire gravir les échelons au sein des Mangemorts. Peut-être que s'il les trahissait… »
« Si nous leur laissons trouver le corps, je ne peux pas être celle qui le tuera », avertit-elle, en épongeant son cou et son front avec une serviette. « Voldemort serait capable de détecter ma signature magique. »
« Je ne sous-entendais pas que c'était à toi de le faire. » Le sujet l'aidait à détourner ses pensées de son visage, ses cheveux et son corps. Il fut de nouveau capable de lui faire face et de rencontrer ses yeux pour établir leur connexion secrète.
Il est temps pour moi de retourner au combat. Je commence à sentir les effets de l'âge et nous ne voudrions pas que je rouille.
Je n'arrive pas à t'exprimer combien ce serait improbable, répondit-elle calmement. On dîne ce soir ?
Il secoua la tête et la déception qu'il lut sur le visage d'Hermione lui fendit le cœur. Albus et Maugrey. Ça va être une très longue soirée.
« Je me demande comment tu fais pour enseigner sans tomber de fatigue », commenta-t-elle tout haut, en lui souriant pour lui prouver qu'elle s'en fichait.
« Ah », répondit-il. « C'est un des grands miracles de mon existence. »
OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo
L'après-midi arriva bien vite. Hermione et Harry s'étaient installés dans une des nombreuses cours, sous un vieux saule. Ils avaient discutés de quelques affaires concernant l'Ordre, mais la conversation portait essentiellement sur des sujets plus généraux.
« Etrange, n'est-ce pas ? Que cette année soit la dernière que nous passons à Poudlard ? », lui demanda Harry, en inclinant sa tête vers l'arrière pour regarder le ciel ensoleillé.
Hermione haussa les épaules. « Ce sera un soulagement », répondit-elle calmement. « Je ne me considère plus comme une étudiante depuis quelques temps déjà, et l'école est devenu une plaie qui m'empêche d'accomplir les choses qui doivent être faites. » Elle sourit et détendit légèrement son visage sous les doux rayons du soleil. « Et je serais très surprise si deux d'entre nous ne restaient pas à Poudlard. La sécurité est bien meilleure ici, surtout depuis que les quartiers généraux de l'Ordre y ont été installés… »
« Exact », concéda Harry. « Mais ce ne sera pas la même chose. »
Il soupira. « Ce n'est déjà plus pareil. Avec Ron qui nous en veut, et tout le temps que nous consacrons à l'Ordre… Je ne souviens même pas à quand remonte ma dernière journée de libre. »
« Noël », répondit Hermione après un instant.
« Oui, Noël », acquiesça Harry tandis qu'il se tournait vers elle pour l'étudier attentivement, le regard vif et curieux tentait de déchiffrer le visage de la jeune femme. « As-tu réellement rendu visite à tes parents à Noël ? Je pensais qu'ils étaient cachés quelque part en Amérique ? »
Hermione hocha la tête et laissa un soupir s'échapper de ses lèvres. « J'étais avec Severus », admit-elle silencieusement. « Nous nous sommes entraînés, nous avons discuté, élaboré des plans. Et c'était une bonne chose, car je suis presque morte à Noël. Il m'a sauvée la vie ce jour-là. »
« C'est une chance pour toi de l'avoir à tes côtés », commenta Harry, et il vit les épaules d'Hermione se décontracter. La nuance était minime, à peine visible, mais suffisante pour permettre à Harry de comprendre que Hermione était mal à l'aise lorsqu'ils évoquaient ensemble la relation qu'elle entretenait avec Snape.
« Je ne sais pas quoi faire pour Ron », confessa-t-elle après quelques minutes de silence. « Je deviens terriblement nerveuse quand je suis à côté de lui, mais je ne sais pas comment faire la paix avec lui. »
Le rire franc de Harry la prit au dépourvu. « Pendant toutes ces années passées aux côtés de Ron », dit-il, « je n'ai jamais essayé de faire la paix avec lui. C'est toujours lui qui a fait le premier pas. »
Il gloussa et poursuivit son explication. « Seul un Weasley peut surmonter la colère d'un autre Weasley, si tu veux mon avis. »
Soudain, Hermione gémit et tenta de se cacher derrière Harry.
« En parlant du loup… », murmura-t-elle. Harry se pivota et vit Luna, Neville et Ginny se diriger vers eux. Ron étaient dans le petit groupe et semblait réticent.
« Tu veux qu'il s'en aille ? Je peux m'en occuper si tu veux », suggéra Harry à voix basse, et l'espace d'un instant, Hermione sembla plus que tentée par l'offre. Mais ensuite, elle secoua la tête, la releva et se raidit soudainement.
« C'est puéril », rétorqua-t-elle. « Il se retrouvera à côté de moi tôt ou tard ! »
Son menton se leva en signe de défi, elle salua le groupe d'un sourire chaleureux. « Ginny, Luna », s'adressa-t-elle aux filles. « Ça faisait un bout de temps ! C'est bon de vous revoir. »
« Je ne suis pas la seule à qui tu n'as pas parlé depuis un bout de temps », rétorqua la rouquine, en allant droit au but, comme à son habitude. « Neville, Luna et moi avons décidé que cette querelle avait assez duré. Quelle que soit la raison qui vous a brouillé, vous allez vous réconcilier. Maintenant. »
Harry dut dissimuler le sourire provoqué par l'approche plutôt directe de leur amie. Qu'avait dit Draco au sujet des Gryffondors l'autre jour ? Aussi subtils qu'une attaque d'hippogriffe. Il n'aurait jamais cru qu'un tel jour viendrait, mais au fond de lui, il était bien obligé d'admettre qu'il était d'accord avec le Serpentard.
« Ce n'est pas si simple, Ginny », l'avertit-il, sans lâcher Ron du regard. Il lui fit ainsi comprendre que le message lui était destiné. « Il s'est passé beaucoup de choses entre Ron et nous, et je ne crois pas que ce soit le bon moment, ni même le bon endroit pour en parler… »
« Oh, mais je pense que c'est beaucoup plus simple que ça », rétorqua Ron brutalement. Son visage était rouge de colère, comme à chaque fois qu'ils se croisaient ces derniers temps. « Tu as décidé de changer d'équipe et d'abandonner tes amis. Je ne pense pas qu'il y ait beaucoup d'autres choses à dire. »
« Allons dans la chambre d'Hermione », proposa Harry. Il tentait ainsi de couper court à la crise qu'allait piquer Ron, devant des personnes qui ne comprendraient rien de la situation. « Ça ne concerne pas les yeux et les oreilles des autres, Ron ! »
« Au contraire », l'interrompit Ginny, et Luna ainsi que Neville acquiescèrent vivement. « Nous sommes véritablement impliqués dans cette histoire, Harry. Vous passez si peu de temps dans la salle commune ces derniers temps. Vous vous cachez systématiquement dans la chambre d'Hermione ou ailleurs. Luna et moi ne pouvons vous voir que pendant les cours, si bien que nous avons peu de chances de vous parler. Vous nous manquez ! Et même si Ron est bien trop gamin pour vous le dire, vous lui manquez à lui aussi. »
« Non, pas du tout », hurla Ron. Sa tête virait de plus en plus rouge. « Et ils ont mieux à faire que de passer du temps avec moi ! »
Neville soupira, son visage jovial et amical se plissa de chagrin. « Je ne vous comprends pas tous les trois », dit-il calmement. « Depuis la première année, vous avez toujours été les meilleurs amis du monde. Rien ne pouvait vous séparer. Vous vous battiez ensemble, vous passiez tout votre temps ensemble, vous partagiez tout. Pourquoi est-ce que tout changerait maintenant ? A moins que… » Son visage devint soudain plus rouge que celui de Ron. « A moins qu'il n'y ait quelque chose entre vous deux, et que Ron soit jaloux… »
« Oh non, il n'y a rien entre Harry et elle », le contredit Ron avec amertume. « Elle s'attaque à des poissons bien plus gros que Le Garçon qui a Survécu, n'est-ce pas Hermione ? Des hommes de pouvoir et d'influence… »
« Ron, s'il te plaît », Hermione avait pris la parole pour la première fois. « Tu sais que ça ne concerne pas que nous ! Nous n'avons pas le droit de nous renfermer sur nous-même quand il y a une guerre à mener ! Ce n'est pas le moment pour… »
« Tu peux bien parler », l'interrompit-il, son visage hideux ne reflétait plus que de la colère et de la haine. « Toi et ton petit refuge chez les Serpentards ! Ne me dit pas que ça ne te plaît, la façon dont ils rampent autour de toi ! Tu me dégoûtes, Hermione ! Jamais je ne te… »
« Suffit ! », tonna soudainement Hermione. Son visage était pâle, mais sa voix était tellement autoritaire et puissante que Ron se tut immédiatement. Les autres la regardaient, les yeux ronds de surprise. Même Harry ne l'avait jamais entendu prendre un tel ton. Neville, qui s'était inconsciemment reculé d'un pas, avait presque trébuché sur Luna qui le retint par le bras sans prononcer le moindre mot.
Harry mis une main hésitante sur l'épaule d'Hermione pour tenter de la calmer, mais elle la repoussa, les lèvres blanches de fureur. Même si Harry et Hermione savaient que Ron n'aurait pas dévoilé les secrets de la jeune femme, il en avait quand même top dit : des questions ne tarderaient pas à être posées.
« Je peux comprendre ta déception et ton désarroi, Ron », poursuivit-elle enfin quand le silence devint trop lourd. « Mais il y a des limites à ne pas dépasser, et tu viens juste de les franchir. Si tu ne veux pas devenir autre chose qu'un gamin égoïste et idiot, alors soit ! Je n'essaierai pas de te faire grandir et de te faire prendre des responsabilités. Mais tu vas cesser immédiatement de te comporter de la sorte ! Tu n'as aucun droit de faire échouer les plans et les actions que nous menons depuis plusieurs mois, juste parce que ne parviens pas à accepter les inconvénients et à te servir de ta tête ! Grandis un peu, par Merlin ! »
Sa voix, froide au début de sa tirade, était devenue glaciale au fur et à mesure qu'elle parlait. Comme si un fouet de glace et de colère avait pu les frapper, les autres s'étaient éloignés d'elle. Ils n'avaient jamais vu Hermione si remontée. Une sorte d'énergie l'enveloppait et on aurait dit que ses paroles étaient des missiles qu'elle envoyait à Ron pour le détruire.
Cela sembla fonctionner. Ron ouvrit la bouche une fois, deux fois, son visage était devenu pâle et ses yeux s'agrandissaient tellement que ça aurait pu en être comique. Mais aucun son ne sortit de sa bouche. Il tourna ensuite les talons et quitta la petite cour, les épaules basses, comme s'il portait un fardeau trop lourd pour lui.
« Ce n'était pas nécessaire, Hermione », dit Ginny sur un ton plein de reproches, après s'être remise du choc.
« Au contraire, Ginny », répliqua Hermione, le visage lisse et la voix mielleuse. « Tu n'as aucune idée de l'importance que ça avait. »
« Quelqu'un ferait mieux de le suivre », avisa Luna sereinement. « Ronald peut être très stupide parfois. »
Ginny lui envoya un regard qui concurrençait largement la voix d'Hermione. « Je vais le suivre », annonça-t-elle. « Mais ne crois pas que ce soit fini. J'ai de nombreuses questions qui réclament des réponses. »
« J'en ai bien peur », soupira Hermione une fois que Ginny se fut lancée à la poursuite de son frère. « Et je dois dire que mon envie de lui effacer la mémoire grâce à un Oubliette, grandit d'heure en heure. »
Une fois encore, Harry plaça une main réconfortante sur son épaule, et cette fois, elle l'accepta tranquillement. Ses yeux semblaient lui demander pardon, et pendant un instant, il augmenta la pression qu'il exerçait avec sa main pour faire comprendre à Hermione que tout allait bien.
Le silence régnait dans la cour pendant que Harry et Hermione attendaient le retour de Ginny. Luna posait un regard joyeux sur tout ce qui l'entourait et Neville semblait vouloir disparaître de la surface de la terre.
Ginny revint bien vite, mais au lieu de l'expression déterminée qu'il s'attendait à la voir arborer, son visage trahissait une panique croissante.
« Ron se dirigeait dans la Forêt Interdite », haleta-t-elle. « Il avait presque atteint la lisière. J'ai essayé de lui parler, mais il m'a ignoré ! C'est dangereux là-bas, et il va bientôt faire sombre ! »
« Nous devrions prévenir un professeur », proposa Hermione, mais ses yeux indiquèrent à Harry qu'elle souhaitait plutôt que ce soit un membre de l'Ordre qui soit prévenu.
« Pas le temps », rétorqua Ginny. « Le temps que nous trouvions un professeur, Ron aura avancé et il nous faudra plus difficile de le retrouver. Nous devons le suivre ! »
Harry gémit de déception.
« Génial », grogna-t-il, « Vraiment génial. Ron s'embarque dans une action stupide, et nous, nous sommes tous seuls. »
« Ça ne t'a jamais posé de problème de faire les choses tout seul jusqu'à présent ! Si nous nous en sommes sorti au Département des Mystères, nous pouvons tout aussi bien suivre Ron dans la Forêt », fit remarquer Neville, ce qui fit bougonner une nouvelle fois Harry.
« Ne me rappelle pas à quel point c'était stupide de ma part, Neville. Ce n'est vraiment pas le moment. »
« Nous devons faire quelque chose », décida Hermione. « Il est toujours ton ami, Harry. »
Il y a un mois, Harry l'aurait regardé avec irritation pour lui avoir fait une remarque si évidente. C'était encore une autre preuve de son changement. Il compris immédiatement ce qu'elle voulait dire. Quels que soient les problèmes qu'il y avait entre eux, Ron était toujours le troisième membre officiel de leur Trio D'Or. Quelle meilleure façon pour blesser le Garçon qui a Survécu et pour renforcer l'amitié qu'il avait avec Hermione, que de tuer Ron ? Chaque Mangemort le poursuivrait.
« Oui, évidemment », murmura-t-il en s'apercevant qu'une étrange sensation grandissait et lui serrait la gorge d'une main de fer.
« Je propose que nous nous divisions », poursuivit-elle, mais sa voix résonnait plus comme un ordre qu'autre chose. « Vous quatre, allez chercher un professeur pendant que je pars à la suite de Ron. Faites vite ! »
Il y a encore un mois, il aurait été révolté par une telle proposition. Mais à ce jour, il se contenta d'acquiescer, se mit en chemin en faisant signe aux autres de le suivre.
« Tu es folle ? » demanda Ginny. « Nous sommes tous membres de l'Armée de Dumbledore ! Harry est bien meilleur que toi en Défense contre les Forces de Mal ! Tu ne vas pas y aller seule pendant que nous partons chercher un professeur ! Pas question ! »
« Elle a raison », renchérit Neville, et comme il l'avait fait quelques années auparavant pendant la nuit où ils avaient trouvé la Pierre Philosophale, il se mit en travers du chemin d'Hermione. « Je ne te laisserai pas y aller seule ! »
Hermione le regarda comme si elle envisageait un autre Pétrificus Totalus, mais après un instant d'hésitation, Harry se rangea à l'avis des autres.
« Ils ont raison », dit-il. « Nous y arriveront plus vite et plus efficacement ensemble. Ce n'est pas ce qu'il y a de pire. » Il vit sur le visage de la jeune femme qu'elle avait compris : empêcher les autres de venir provoquerait de nombreuses questions. De cette façon, ils avaient une bonne chance de ramener Ron à Poudlard en peu de temps et ça leur permettrait d'en révéler le moins possible. Si tout se passait comme il l'espérait.
« C'est une mauvaise idée, Harry », le contredit Hermione. « Je t'en prie, ne prends pas ce risque ! Je ne pense pas que tu devrais… »
Mais Ginny les interrompit une fois encore. « Je ne sais pas ce que tu vas faire, » hurla-t-elle à bout de nerfs, « mais moi, je vais ramener mon frère, maintenant ! Discutez comme vous voulez de la stratégie à adopter, moi, je le suis ! »
Et une fois de plus, elle se retourna et courut en direction de la Forêt, Luna et Neville lui emboîtèrent le pas après une légère hésitation.
Harry aurait presque juré avoir entendu Hermione marmonner quelques mots grossiers tandis qu'elle les regardait s'éloigner, indécise.
« Je suppose que ce serait trop te demander que de rester ici ? », s'informa-t-elle, sa voix trahissant une grande lassitude.
Harry la regarda simplement, avec honnêteté, sans chercher à lui dissimuler quoi que ce soit. « Si tu me l'ordonnes », répondit-il calmement. « Mais ce sont mes amis aussi, et je suis plutôt bon en duel. Me surprotéger ne nous sera d'aucune aide, tu sais ? »
OoO
Ils rattrapèrent Ginny, Neville et Luna au moment où ils atteignaient la lisière de la Forêt Interdite et qu'ils se préparaient à y entrer, visiblement nerveux.
« Quelle direction a-t-il pris, Ginny ? » demanda Hermione comme si elle n'avait jamais eu l'intention de les laisser derrière elle.
« Je ne sais pas », répondit la rouquine, mécontente. « Par là, je crois. Mais je ne suis pas sûre… »
Sans donner aux autres une chance de le remarquer, Hermione fit signe à Harry de prendre la tête du groupe. Elle lui emboîta le pas.
« Restez aussi silencieux que possible », leur conseilla Harry d'un chuchotement. « Et pas de magie si ce n'est pas nécessaire. »
« Je vais juste utiliser un sortilège de localisation », lui murmura Hermione. Il savait que la magie de la jeune femme n'attirerait pas l'attention des ennemis : s'il y avait des Mangemorts qui les pourchassaient, ils reconnaîtraient tous sa signature magique et en concluraient qu'elle prenait part à la chasse.
Il remarqua qu'Hermione utilisait un sort bien plus complexe que celui qu'il avait appris pour la Troisième Tâche du tournoi, et il prit note de lui demander plus de détails quand cette histoire serait réglée. Il était concentré sur le moindre bruit qu'il pouvait entendre, la moindre odeur et il observait avec attention chacun des buissons touffus et enchevêtrés qui les entouraient.
Quinze minutes plus tard, nerveux et tendus, ils retrouvèrent Ron, assis sur un tronc d'arbre au milieu d'une petite clairière, qui ruminait et boudait.
« Ron, espèce de gamin », le sermonna Ginny, en sortant de derrière Harry et Hermione, et en avançant vers son frère, étonné qu'elle le tape si bruyamment sur l'épaule. « Comment as-tu pu sortir des frontières de Poudlard ? Tu nous as tous mis en danger ! »
« Je ne vous ai jamais demandé de me suivre, non ? », grommela-t-il. Il reçut une autre claque pour la réponse qu'il venait de formuler.
« Nous devrions repartir », dit Harry en interrompant cet étalage d'affection fraternelle. « Il va bientôt faire nuit. Et Ron, » ajouta-t-il d'une voix basse et dangereuse. « Si tu nous refait un tel coup, je ferai plus que te taper l'épaule, crois-moi. »
« Je voulais seulement… »
« Chut », les coupa soudain Hermione, et quelque chose dans la voix de la jeune femme les fit tous se retourner vers elle. Ce qu'ils virent fit sursauter Ginny et Neville de surprise.
Au lieu de la jeune fille qu'ils s'attendaient à voir, ils se trouvèrent face à une combattante. Sa baguette dans une main, en position basse et menaçante, la tête penchée en avant comme si reniflait quelque chose dans l'air. Hermione semblait aussi tendue qu'un arc.
« Restez derrière moi », chuchota-t-elle. Essayez de garder les arbres dans votre dos. Quelqu'un vient. »
« Mais pourquoi ? » Demanda Ginny. « Tu n'es pas meilleure duelliste que Harry ! Et comment peux-tu savoir que quelqu'un approche ? »
« Vous vouliez être impliqué », siffla Hermione, les yeux et les oreilles focalisés vers ce qu'elle seule percevait. « Maintenant, vous êtes en plein dedans, et vous allez suivre mes ordres comme Harry le fait. Immédiatement ! »
Il y avait quelque chose dans sa voix, comme de l'autorité blasée dont ils ne comprenaient pas l'origine, qui les empêcha de protester. Aussi silencieusement que possible, ils se rassemblèrent derrière elle, même Ron, même s'il fallut que Harry le tire un peu pour qu'il s'exécute.
« Je n'entends rien… », commença Ron d'un air maussade, mais il se tut soudainement quand cinq formes sombres entrèrent en courant dans la clairière.
Mangemorts.
Adultes.
Cinq d'entre eux.
Eh merde.
Ils s'arrêtèrent tous en même temps, et pas de la façon maladroite à laquelle s'attendait Harry. Ils levèrent leurs baguettes vers les étudiants.
« Regardez ça », ricana l'un d'eux. « Le petit Harry Potter qui se cache derrière une fille. Mais elle ne va pas t'aider, petit Harry. En fait, elle est la dernière personne à qui tu devrais faire confiance en ce moment. »
Il comptait probablement sur une réaction stupide et confuse de la part de Harry, espérant ainsi avoir un meilleur angle pour l'attaquer. Mais Harry se contenta de lever la main pour étouffer les murmures qui s'élevaient parmi ses compagnons tout en observant les Mangemorts avec haine. Les yeux de l'homme se rétrécirent derrière son masque. Il ouvrait la bouche pour continuer quand une explosion retentit soudain dans la clairière.
Tout se passa en un battement de cœur, bien trop vite pour le voir nettement, ou pour réagir.
Avant que les Mangemorts n'aient pu bouger, avant que Harry et Ron n'aient réussi à se saisir de leurs baguettes, Hermione brandit un poignard luisant dans sa main droite qui était vide quelques fractions de secondes auparavant, et sans un mot, sans hésitation, elle se précipita vers un Mangemort - qui n'avait rien vu venir – avec la grâce d'un félin qui fond sur sa proie.
Le corps de celui-ci n'avait pas encore touché terre qu'elle s'attaquait déjà à une autre silhouette sombre. Elle lui coupa la gorge d'un mouvement si précis que tous retinrent leur respiration.
Les trois autres Mangemorts avaient enfin repris leurs esprits. Voir une étudiante, qui plus est, leur supposé espion tuer deux des leurs avec tant d'efficacité, les avaient choquer, même eux. Mais maintenant, ils s'étaient remis de leurs émotions et levèrent leurs baguettes pour lancer le sortilège de la mort.
« Ava… », commença l'un d'eux, mais Hermione agita son poignet vers eux, comme si elle leur lançait quelque chose.
Et les Mangemorts explosèrent tels des boules de feu.
Il leur fallu moins d'une minute pour mourir, et elle maintint sa baguette levée vers eux tout le long. Quand les flammes vacillèrent, elle donna un petit coup de pied dans l'un des Mangemorts et hocha la tête de satisfaction en constatant son manque de réaction.
« Restez derrière », ordonna-t-elle à ses camarades sans même leur accorder un regard. « Nous ne savons pas s'il y en a d'autres dans les environs. »
Le silence s'abattit sur la clairière tandis qu'Hermione effectuait rapidement plusieurs sorts de pistage et charmes permettant de leur ôter leurs capes.
Elle plaça ensuite deux bijoux scintillants au milieu de la clairière. Harry reconnut qu'il s'agissait de l'alarme d'urgence et du portoloin que lui avait remis le Directeur quand ils avaient été acceptés au sein de l'Ordre. N'importe quel membre cherchant à les retrouver, apparaîtrait immédiatement grâce à ce bijou. Il n'avait jamais pensé qu'il s'en servirait un jour.
« Tout est dégagé pour l'instant », puis elle continua, et quelque chose dans sa voix indiqua à Harry qu'elle s'adressait à lui. « Explique leur tout, Harry. Je vais m'occuper de ce carnage. »
« Mais Hermione », protesta-t-il vivement. Il avait vu beaucoup de cruauté au cours des dernières années, mais la façon dont son amie avait abattu ces hommes, sans la moindre hésitation, l'avait profondément choqué. « Nous n'avions pas besoin de tous les tuer ! Nous aurions pu les assommer… »
« Et prendre le risque qu'ils s'échappent et fassent voler ma couverture ? » Hermione avait commencé à fouiller les poches des Mangemorts, mais elle cessa un instant pour le regarder. Ses yeux étaient froids et tranquilles, tel un glacier. « Je ne pense pas. Cela veut également dire cinq fidèles en moins pour Voldemort. Ce n'est pas une grosse perte, Harry. »
« Mais… »
« Est-ce que quelqu'un va se décider à nous dire ce qu'il se passe ? » Demanda Ginny qui se trouvait derrière Harry.
Harry se retourna alors vers ses amis, et ce ne fut qu'à ce moment qu'il réalisa dans quel état ils étaient. Ils étaient clairement effrayés, même Ginny luttait contre ce sentiment comme elle le faisait habituellement : avec la colère. Neville, la regardait comme s'il allait s'évanouir à tout moment, et même Luna semblait avoir perdu un peu de son habituelle sérénité en examinant les cinq corps en face d'eux, les yeux ronds.
Ron, quant à lui, regardait Hermione comme tous ses cauchemars venaient de se réaliser.
« C'est un Mangemort, voilà ce qui se passe. » Cracha-t-il avec venin. Hermione n'avait même pas levé les yeux des cadavres qui recouvraient le sol et dont elle s'occupait.
« Ce n'est pas vrai, Ron. Et tiens compte du fait que si nous sommes vivants, c'est uniquement parce qu'elle vient de nous sauver, un peu de respect ne te tuerait pas ! C'est une espionne. » Expliqua-t-il aux autres. Il se détourna de Ron qui le fusillait du regard. « Ça fait six mois. Elle et moi sommes tous deux membres de l'Ordre, et Hermione a déjà contacté Dumbledore. Ne vous inquiétez pas, de l'aide ne va pas tarder à arriver. »
« Mais pourquoi les a-t-elle tué ? » Demanda Neville encore sous le choc, sa lèvre inférieure tremblant légèrement. « Et… comment ? »
« Je ne sais pas », Harry haussa les épaules en signe d'impuissance, ses yeux se posèrent à nouveau sur Hermione, anormalement calme, qui faisait sa ronde dans la clairière.
« Elle a de nombreux talents cachés », proposa-t-il, et seule Luna acquiesça comme si ça expliquait quoi que ce soit. Ron épiait toujours Hermione avec des yeux flamboyants et son visage était défiguré par une horrible grimace haineuse.
A peine deux minutes s'écoulèrent avant que Mac Gonagall, Snape et Remus Lupin n'apparaissent sur les lieux. Ce fut d'ailleurs le halètement choqué de Remus qui alerta Harry de la présence des Professeurs. Hermione rangea calmement la baguette qu'elle avait dégainée à leur arrivée et se tourna vers Snape et Mac Gonagall.
« Personne ne s'est échappé », rapporta-t-elle placidement.
« Bon travail, Hermione », commenta Mac Gonagall en évaluant ce qu'elle avait devant les yeux. « Quelqu'un est blessé ? »
« Non », sa voix était monotone, comme celle d'une machine, remarqua Harry avec horreur. Cela lui rappela soudain un étrange film que Dudley avait toujours adoré et qui parlait d'un robot venu du futur pour éliminer une femme et son enfant à naître. Il frissonna et enfonça ses mains un peu plus dans ses poches comme si ça l'aiderait à chasser ses idées noires.
Il sentit soudain une main sur son épaule. C'était Remus qui essayait de l'éloigner lui et les autres des cadavres, mais Harry repoussa la main, tandis que Snape s'avançait, verrouillant ses yeux noirs et flamboyants dans ceux d'Hermione.
Que font-ils ? Se demanda-t-il lorsque le silence entre son amie et le chef des renseignements perdura. Je comprends qu'il ait eu peur, mais ce n'est pas une raison pour la dévisager de la sorte !
Puis Snape rompit brusquement le contact visuel et hocha la tête vigoureusement.
« Bons réflexes », dit-il, comme s'il répondait à un rapport, et une fois encore, Harry se demanda ce qu'il se passait. « Allons jeter un œil à leurs visages, alors. »
Hermione acquiesça et s'écarta lestement de manière à le laisser accéder à ses proies.
Snape leur enleva leurs masques et leurs capuches et observa les corps. Harry allongea le cou pour avoir une meilleure vue, mais les visages n'étaient pas visibles de là où il se trouvait.
« Quelqu'un qui appartient au premier cercle ? », questionna Snape, inexpressif.
« Atricus », répondit Hermione, d'une voix tout aussi froide que celle de Snape. « Il est devenu membre il y a moins de trois mois. Introduit par MacNair. »
Le silence, encore. Harry remarqua que Severus n'avait fait aucun mouvement pour rechercher d'autres Mangemorts. Ses sourcils de Harry s'étaient levés de surprise car il n'avait jamais vu son méticuleux Maître des Potions avoir confiance en la parole de quelqu'un d'autre. Qu'il suppose aussi simplement qu'Hermione avait fait son travail à fond, en disait plus à Harry que la main de l'homme restée sur l'épaule d'Hermione moins d'une seconde.
Mac Gonagall rejoignit Snape après un moment, ses yeux étaient fixés sur les visages des attaquants décédés.
Il y avait quelque chose d'étrange dans la façon dont ils s'attardaient près des corps, l'expression de leurs visages ne disait rien qui vaille à Harry. Mais ce ne fut que lorsque Remus marcha vers eux et qu'il poussa un cri d'effroi que Harry trouva le courage de s'approcher des morts. Parmi les inconnus, couverts de leur propre sang et la peau calcinée, se trouvait un visage familier.
Théodore Nott, son corps était intact, excepté la ligne rouge qui traversait sa gorge comme un ruban rouge. Hermione avait tué un de ses camarades.
« Mais c'est… », souffla Harry, et il se tut immédiatement suite à un regard d'avertissement ainsi qu'un hochement de tête de Snape. Les autres n'avaient pas à savoir par qui avaient été informés les Mangemorts. Sinon, ils ne se sentiraient plus jamais en sécurité à Poudlard.
Tout comme Harry. Il fixait le visage inerte du garçon avec qui il avait partagé les cours chaque matin, ses yeux le piquaient et son estomac le faisait souffrir. Comment avait-il pu les trahir ? Il n'était pas plus âgé qu'eux, et il avait voulu les tuer.
Comme Hermione l'avait tué, sans l'ombre d'une hésitation.
« A-t-il la Marque ? », demanda-t-il, la gorge serrée, ce qui lui donnait l'impression de suffoquer.
Hermione secoua la tête. « Ils ont cesser de marquer les Serpentards qui étaient encore à l'école », répondit-elle avec cette horrible voix calme et froide. « C'était devenu trop risqué après que Severus ait été découvert. Ils s'attendaient à ce qu'il vérifie leur bras régulièrement, même s'il le faisait déjà avant. »
« Je suis désolé que tu aies eu à faire ça, Hermione », dit Remus en se rapprochant d'elle et en plaçant une main sur son épaule. « Ce doit être affreux. »
A l'instant où la main de Remus toucha le corps d'Hermione, celle-ci se raidit et s'éloigna rapidement.
« C'était un Mangemort », rétorqua-t-elle, toujours inexpressive, comme si ça expliquait tout et que la mort n'avait plus d'importance. « C'est mon boulot. »
Remus ouvrit la bouche pour dire quelque chose, ses yeux s'étaient arrondis de surprise et de choc. Son expression était très semblable à celle de Harry juste après qu'il n'ait été témoin du meurtre de sang froid d'Hermione. Avant même que leur Professeur de Défense contre les Forces du Mal n'ait pu rassembler ses esprits et répondre, Hermione s'était déjà éloignée, laissant les deux Gryffondors dans un silence pesant.
« Vous devriez partir tout de suite », les informa Snape. « Des renforts peuvent arriver à tout moment, et nous ne voulons certainement pas les rencontrer. »
Ils transplanèrent à la frontière de Poudlard, Remus et Mac Gonagall avaient emmenés Ginny et Luna avec eux, puis ils marchèrent vers le château, le corps sans vie de leur camarade ainsi que ceux des Mangemorts flottant derrière les Professeurs. Harry remarqua qu'Hermione et Snape restaient en retrait, et sans en avoir réellement conscience, il ralentit l'allure jusqu'à perdre des yeux le groupe qu'il suivait. Ce ne fut qu'à ce moment qu'il se retourna vers son amie et le mentor de celle-ci.
Il n'en avait pas dit un mot à Remus ou à ses amis, mais la cruelle efficacité dont elle avait fait preuve, avait profondément choqué Harry. Même en sachant tout ce qu'elle avait vécu au cours des derniers mois, il ne l'aurait jamais cru capable d'un tel acte. Elle était tellement différente de la personne qui s'inquiétait pour lui autrefois. Elle n'avait même pas l'air de regretter ce qu'elle avait été obligée de faire.
Mais lorsqu'il atteignit un bosquet d'arbustes, à moitié caché derrière un vieux chêne, tout ce qu'il put faire, c'est retenir un hoquet de stupeur. Il trouva Hermione, qui était à l'instant froide et insensible, sanglotant dans les robes du Maître des Potions.
« Je suis désolée, je suis tellement désolée, Severus », chuchotait-elle en s'accrochant à lui de toutes ses forces. « Je ne savais pas que c'était lui ! Je te le jure, sinon je n'aurais pas… »
« Tu n'avais aucun moyen de savoir. Cesse de te faire du mal, Hermione », rétorqua calmement Snape, mais sa voix était rauque et maintenant que Harry le distinguait clairement, il s'aperçut que le visage de l'ancien Mangemort avait pris un teint gris et maladif.
Nott faisait partie de sa Maison, réalisa soudain Harry, il était sous la responsabilité de Snape, et le fait qu'il ait choisi le camp des Mangemorts devait être un échec personnel pour le Directeur des Serpentards.
« Mais as-tu vu comment ils me regardaient ? » La voix d'Hermione lui parvint à nouveau, et la profonde peine qui en émanait le fit frissonner. « Comme si j'étais un monstre. Même Remus n'a pas voulu me regarder dans les yeux. »
Harry savait parfaitement de quoi elle voulait parler, tout comme Snape, à en juger par la façon dont ses bras se resserrèrent autour d'elle l'espace d'un instant. Harry n'aurait rien pu dire pour la consoler, car ils avaient effectivement tous pensé qu'elle était un monstre dans les premières secondes. Harry avait lu dans leurs yeux et ressentit la même chose, pendant une fraction de seconde.
Snape garda le silence pendant quelque temps, mais quand il reprit la parole, le ton de sa voix choqua Harry bien plus que l'étroite étreinte qu'ils venaient de partager. S'il n'avait pas complètement perdu la raison, il aurait dit que son ronchon Maître des Potions était en train de… flirter.
« Et bien, tu es certainement le monstre le plus beau et le plus intelligent que j'ai jamais vu, Hermione. Je ne t'en voudrais pas si tu décidais d te cacher sous mon lit », ronronna-t-il, et la jeune femme rit de soulagement en se nichant plus confortablement dans ses bras.
Un autre silence s'en suivit, et Harry s'apprêtait à se retirer aussi silencieusement que possible quand Snape se remit à parler.
« Devons-nous le soumettre à un Oubliette ? », demanda-t-il. Sa voix était claire et détachée, comme s'ils parlaient de la météo. Perturbé par le changement de sujet, Harry vit Hermione secoua la tête contre le tissu noir des robes de Snape.
« Ce n'est que Harry », répondit-elle. « Il a le droit de savoir. »
Et ensuite, vers l'arbre derrière lequel Harry se remettait encore de ce qu'il venait de voir : « Tu peux sortir, Harry. Le spectacle est terminé. »
« Je… je suis vraiment désolé », bégaya Harry tandis qu'il quittait sa cachette. « J'étais juste inquiet. »
Maladroitement, il approcha du couple qui s'étreignait toujours fermement. « Tu semblais si étrange, Hermione », il poursuivit. « Je ne voulais pas vous espionner ! »
Il aurait pu se gifler pour avoir prononcé les mots qui venaient de sortir de sa bouche, mais étonnamment, les lèvres de Snape s'étirèrent légèrement. « Vous n'auriez pas pu de toute façon. Nous vous avons entendu à l'instant même où vous avez pénétré notre périmètre. Vous respiriez si fort que j'aurais pu vous lancer un sort dans le noir. »
Harry l'ignora complètement. « Tu vas bien, Hermione ? », demanda-t-il, refusant de tenir compte de la provocation.
Hermione acquiesça lentement et s'éloigna de Snape avec hésitation.
« Les émotions ne sont pas quelque chose dont je peux m'embarrasser dans un situation dangereuse, Harry. » Expliqua-t-elle doucement. « Maintenant que tout le monde est sauf, nous pouvons pleurer Théodore. »
Elle partagea un autre regard avec Snape, et cette fois, ce fut la main d'Hermione qui se posa sur l'épaule de son Professeur pour le réconforter. Le Maître des Potions sourit en retour, mais ses yeux n'étaient que des puits sans fond, et son visage était aussi pâle que du marbre tandis qu'il regagnait silencieusement le château.
« C'est dur pour lui », dit Hermione quand l'homme eut quitté la clairière. « Chaque Serpentard qui se tourne vers les ténèbres est un défaite pour lui. Il se sent responsable à chaque fois. Je suis contente de ne pas avoir une telle responsabilité sur les épaules. »
« Est-ce pour cela qu'il favorise les Serpentards et qu'il se moque des Gryffondors pendant ses cours ? » Demanda Harry lentement, en pensant que, peut-être, il allait enfin commencer à comprendre le mystère Severus Snape.
« Non » Hermione secoua la tête, puis elle sourit faiblement en regardant dans la direction où Snape avait disparu. « C'est parce qu'il hait les Gryffondors et qu'il pense que les Serpentards sont des êtres supérieurs. Il manque donc peut-être d'un peu de partialité. »
Au lieu de l'agacement auquel s'était attendu Harry en abordant ce sujet, la voix d'Hermione ne comportait que de l'amusement et une étrange pointe de tendresse. Ses yeux brillaient en voyant quelque chose que seule elle percevait. Harry fut perturbé par le fait que le visage d'Hermione s'illumine autant à la mention du Directeur des Serpentards, l'infâme graisseux, le bâtard en personne.
« Qu'est-ce que tu lui trouves, Hermione ? Pourquoi est-il si important ? Je vous ai observé ces deux dernières semaines, et il y a plus qu'une association entre vous. Beaucoup plus. Pourquoi ? »
« Parce qu'il me connaît, Harry », répondit-elle. Son visage était inquiet et sa voix le suppliait de la comprendre. « Ce n'est pas contre toi, ou contre Ron, ou contre les autres Professeurs, mais Severus me connaît bien plus que tu ne peux l'imaginer. »
Elle prit une profonde inspiration, vit la douleur qui se reflétait sur le visage de Harry, et s'empressa de lui expliquer. « Je… Quand tu as vu ce que j'ai fait aujourd'hui, tu as été choqué. Rebuté. Je ne dis pas ça contre toi, Harry, j'aurais pensé la même chose il y a un an : Comment peut-elle condamner un homme à mort comme ça ? Comment peut-elle être si inhumaine et cruelle ? Que lui est-il arrivé ? Si tu n'avais pas été trop choqué pour bouger ou réfléchir, tu aurais exigé des explications de ma part. ou alors, tu te serais enfui en hurlant de terreur, comme Ron et Remus. »
Une autre profonde inspiration, mais celle-ci ressemblait plus à un sanglot. « J'ai vu vos visages, Harry. Je sais ce que tu as pensé. Tu… tu n'as pas compris que j'étais responsable de toi et des autres, qu'en tant qu'espion principal de l'Ordre, je suis responsable de toutes les vies que les Mangemorts détruisent. Je dois parfois faire des choses terribles pour que les événements tournent à notre avantage. »
Elle éclata d'un rire amer. « Et comment pourrais-tu comprendre ? Même toi, qui as été confronté à Voldemort plus d'une fois, tu n'as jamais vu son véritable pouvoir, tu n'as jamais été témoin de sa véritable cruauté. Tu ne sais pas ce que c'est de dire et faire des choses qui te font te sentir si sale… si honteuse. Je sais que tu me respectes, et que tu feras de ton mieux pour me comprendre, mais je sais que n'y parviendras jamais totalement. Même ce petit aperçu de ce que je suis devenue te rebute, comment pourrais-tu comprendre ce que je fais avec Lucius Malfoy, jours après jours ? »
Elle fit une pause, ses grands yeux sombres se levèrent vers ceux de Harry. Incapable de soutenir le regard de son amie, Harry tourna la tête vers un des immenses arbres dégarnis qui les entouraient. Il savait qu'elle avait raison. Même maintenant, il se souvenait du vide qui s'était emparé de son cœur, de ce sentiment de dégoût qui s'opposait à sa raison, de cette pensée : elle est devenue un monstre.
Il ne pouvait pas supporter son regard et il l'admettait, alors il se détourna.
« Mais Severus comprends », poursuivit finalement Hermione. Sa voix était faible et à deux doigts de se briser. « Il est passé par là, il a fait toutes ces choses, et pourtant, c'est une personne que je suis capable de respecter et d'admirer. Il a touché le fond et il en est revenu. Il est ma force, Harry, il est capable de me remémorer encore et encore pourquoi je fais tout ça, c'est important. Il est mon seul espoir, ma seule lumière dans les ténèbres. Ma seule bouée de sauvetage. »
Quelque chose dans ses mots le fit se retourner, et quand il se décida à croiser son regard, il sut ce qui l'avait alerté. Il y avait une lueur dans les yeux d'Hermione qu'il n'avait encore jamais vu, une détermination farouche et un désir brûlant qui l'effrayaient et lui fendaient le corps en même temps.
« Tu l'aimes », murmura-t-il, cette prise de conscience lui sauta au visage comme si on lui avait balancé un sceau d'eau en pleine figure.
Comme s'il l'avait giflée, Hermione trébucha en arrière, perdant presque l'équilibre et manquant de s'écrouler sur le sol dur.
« Je ne sais pas ce que tu veux dire », bégaya-t-elle, et l'espace d'un battement de cils, son masque sans défaut se brisa et dévoila un visage si effrayé et paniqué qu'il voulut retirer les mots qu'il venait de dire. Mais ils s'étaient mentis mutuellement trop longtemps.
« Tu aimes Snape, Hermione. Plus que tu n'as jamais aimé personne. Je peux le lire sur ton visage. »
« Non, Harry ! », cria-t-elle. Sa voix se brisa. « Je ne vois pas du tout de quoi tu veux parler, c'est ridicule ! Snape est mon mentor, rien de plus… »
Pendant un instant, elle était redevenue une enfant, la jeune fille qui se cache dans la salle de bain parce qu'elle se sent seule au monde, la jeune fille qui hurle à l'aide quand un troll des montagnes l'attaque.
Il ne lui fallu que peu de temps pour parcourir la distance qui les séparait et se jeter dans ses bras. « Tout va bien, Hermione », chuchota-t-il tout en la serrant un peu plus fort contre lui. « Tu n'as pas à te justifier. Tu n'as pas besoin de dire quoi que ce soit. Je peux l'accepter… je peux très bien l'accepter. Chuuut, ne pleure pas. »
Et si quelqu'un avait observé la scène, caché dans les buissons, il aurait vu le formidable espion de l'Ordre se cramponner pour la deuxième fois de la journée à un homme, pleurant à chaudes larmes. Il aurait pu voir des yeux verts, déterminés et emplis de tristesse, observer les arbres pour assurer la sécurité de la jeune femme. Aucun mal ne lui arriverait dans ses bras.
-
Voilà, Hermione la combattante et Hermione la jeune femme de dix-huit ans, douce et fragile…
Qu'en avez-vous pensé ?
Dans le prochain chapitre, Hermione va devoir s'expliquer auprès de Voldemort… pour ceux et celles qui attendaient avec impatience l'apparition de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom…
Gros bisous à toutes et à tous et à dans deux semaines !
