Bonjour à tous, et remerciez le destin pour ce chapitre qui sort à l'heure… Je ne m'en pensais pas capable ! Et remerciez également Mai96, pour le super boulot qu'elle abat !
Bonne lecture !
Chapitre 36 : On voyage pour changer, non de lieu, mais d'idées [Hippolyte Taine]
Le lendemain fut une des journées les plus difficiles pour Merlin. Arthur, d'excellente humeur, ne cessa de pépier et d'attendre des réponses à ses questions que son gardien, somnolant sur sa selle et manquant de tomber à chaque virage un peu brusque, n'était pas absolument pas en mesure de lui fournir. Ce qui fit demander à l'enfant, inquiet, si « son Myrdd était malade ? ». Il fallut toute la force de persuasion du jeune magicien pour convaincre le prince qu'il n'y avait pas lieu de faire une pause, ni d'interrompre leur itinéraire, ni même de s'inquiéter pour lui de manière générale. Il avait mal dormi, et cela passerait.
Bien sûr, il n'avait juste pas assez dormi, et cela ne passa pas du tout, mais seul Arthur s'en aperçut, du moins lui sembla-t-il. Ce fut lorsque Galahad sonna l'heure de monter le camp qu'il s'étonna.
- Mais nous ne sommes pas arrivés !
Gal' haussa les épaules.
- Pas avancés assez vite aujourd'hui, grommela le maître d'armes. Nous parcourons la distance suivante demain, et rentrerons un jour plus tard à Camelot. Pas grave.
Merlin prit alors conscience de la sollicitude dont faisait preuve son ami à son égard. Si le lendemain ils parcouraient le reste de la distance prévue pour aujourd'hui, ils auraient peu de chemin à faire. De fait, cela leur laissait toute latitude pour partir tardivement dans la matinée, arriver néanmoins à leur but avant la nuit, et avantage non négligeable, cela laissait la possibilité à Merlin de goûter à un repos bien mérité.
Tous les soldats firent preuve de bienveillance à son égard, et Merlin devait détourner le regard à chaque gentille attention de ces hommes, ne pouvant supporter l'idée qu'on se montre sympathique avec lui alors qu'il était égoïstement allé courir la forêt pour y rencontrer une enchanteresse. La nuit vint, et il s'endormit aussi rapidement qu'Arthur, d'un sommeil sans rêve.
..
Pourtant, sur le matin, ce furent ses hurlements qui réveillèrent tout le campement. Merlin avait rarement cauchemardé aussi fort, mais la perspective de revoir Nimueh alors qu'elle était morte depuis des années dans son temps l'angoissait tant qu'il en rêva. La forme sinueuse de la jeune femme, ses yeux trop bleus et ses lèvres trop rouges, la manière dont elle dépliait les bras et susurrait ses mots comme un serpent lui faisaient peur. Avait-il vraiment la puissance nécessaire pour se tenir devant elle ? Avait-elle vraiment la possibilité de l'aider à rentrer chez lui ?
Il s'agitait dans son sommeil, le front baigné de sueur et sanglotant, se rappelant sa mère à l'agonie alors que Nimueh exultait. Un gémissement plus fort que les autres lui échappa, et ses pires cauchemars prirent forme : de par son intervention, Nimueh se réintéressait à Arthur. Pas l'adulte qu'avait déjà protégé Merlin, mais l'enfant sur lequel il veillait actuellement, l'enfant faible. Pas encore capable d'aller affronter des bêtes glatissantes ou d'aller chercher des fleurs magiques pour sauver Merlin d'une mort certaine.
- Myrrdin, réveille-toi ! finit par lui parvenir une voix fluette.
Arthur le secouait de toutes ses forces, ses grands yeux écarquillés baignés de lumière matinale du printemps, inquiet.
- Arthur... grommela le gardien avec une voix pâteuse.
Avec empressement, l'enfant courut dehors, et revient avant que Merlin ait eu le temps d'enregistrer cette information, une gourde dans les mains, qu'il fourra dans les mains de l'adulte en lui intimant de boire. Choqué, Merlin obéit. Arthur avait grandi, et parvenait désormais à prendre soin de quelqu'un d'autre que lui même.
- Merci, petit prince, murmura-t-il.
- T'vas bien Myrdd ? demanda l'enfant, le regard toujours paniqué. Tu criais beaucoup, très beaucoup.
- J'ai fait des mauvais rêves, se borna à expliquer Merlin.
Il était trop tôt pour que la troupe se remette en route, en vertu des ordres donnés par Gildas la veille. Aussi Merlin attira-t-il Arthur dans son lit et l'obligea à se rendormir. Lui même se réinstalla dans sa couchette, croisa les bras derrière sa tête et somnola, entre état de sommeil et de veille. Nimueh revenait souvent derrière ses paupières, ainsi que sa mère, et le jeune Arthur. Mais également Vivian et Ygerne, grâce aux souvenirs de la tour qu'il avait des deux femmes. Il avait tellement attendu de ce voyage, tellement ardemment désiré rencontrer Cléora pour contacter Nimueh que désormais il doutait. Il n'était pas préparé à la crainte que la Grande Prêtresse lui inspirait.
..
Les pensées continuèrent de tourbillonner dans son esprit toute la journée, alors qu'ils progressaient lentement et tranquillement.
- La vallée des Rois Déchus, annonça soudain Gal'.
Un silence de recueillement accueillit ses propos. Imposante dans sa végétation luxuriante, la vallée était également effrayante, et Arthur fit instinctivement avancer son cheval au plus près de celui de Merlin, qui caressait l'encolure du sien pour le rassurer.
Gal' et Gil' attaquèrent alors un cours d'histoire long et morne sur l'explication de la formation de cette vallée, pourquoi ce nom et pourquoi elle était maudite. Lorsqu'ils attaquèrent ce dernier point, les visages des deux maîtres d'armes devinrent bien moins accueillants que d'ordinaire, et Merlin se détourna. S'entendre dire que quiconque franchissait les lieux était puni par les magiciens qui hantaient les lieux, sauf si la personne en question amenait une offrande pour les hommes cupides qu'étaient les sorciers le répugnait au plus haut point. Il se tut, néanmoins. Avait-il vraiment le choix ?
- Superstition, déclara alors un homme de la garde, Ascetir.
Les yeux de Gildas et Galahad furent alors instantanément posés sur lui, avec un air de fureur meurtrière. Il ne s'en formalisa pas.
- La Vallée des Rois Déchus est maudite car elle a été le théâtre de nombreuses batailles perdues par les rois. Lorsque leurs ennemis les amenaient ici, les rois perdaient toujours le combat. Aujourd'hui, c'est un repère de brigands qui utilisent les gorges pour tendre des pièges aux rares visiteurs, et établissent des planques en sachant qu'ils ne risquent pas d'être inquiétés de sitôt. C'était peut être un fief de la magie il y a de ça des années, mais ma grand mère y a vécu a proximité, deux générations avant Uther, et elle n'a jamais été maudite pour autant, alors qu'elle y cueillait des fleurs fréquemment.
Aucun des maîtres d'armes ne fit de commentaires, pas plus que les autres hommes de la troupe, et on se remit en route tranquillement. Merlin préférait nettement la seconde version, même s'il y avait également des parts de vérité dans celle de Galahad, notamment sur la formation de la vallée.
Ils continuèrent de progresser le long des lieux. En fait de vallée, il s'agissait plutôt d'un entrelace de chemins dans des gorges, qui pouvaient rapidement constituer un labyrinthe pour quiconque ne les connaissait pas. Merlin savait que le château possédait une carte très précise de toutes les courbes et les chemins de cette vallée, mais ils n'y entrèrent pas, se contentèrent de la longer. Un village se trouvait à proximité, là où Merlin et Arthur passeraient la nuit.
...
Deux bonnes heures après la découverte de l'entrée de la Vallée des Rois Déchus, Arthur vint aux côtés de Merlin. Il était parti embêter d'autres membres de la troupe de son assommant babillage, que les hommes supportaient de mieux en mieux, voire se plaisaient à discuter avec lui, même si cela n'avait ni queue ni tête, et que les réflexions du prince les plongeaient parfois dans un désarroi profond.
- Dis Myrdd... chuchota le prince.
- Oui ?
- Qui c'est qui a raison ?
Et comme d'habitude, habitué à la clarté de son propre esprit sans qu'il y besoin d'apporter des précisions, Arthur se tut.
- A propos de quoi ? demanda donc obligeamment Merlin.
- D'la Vallée... entre Gal' et Ascetir. Y sont pas d'accord. Mais toi, tu devrais savoir...
Le « toi » fut murmuré sur un ton particulier et Merlin n'hésita plus une seule seconde sur ce que sous entendait Arthur. Il était rare que le petit parle ainsi des dons de Merlin. Comme son gardien lui avait intimé la plus grande prudence à ce sujet, allant jusqu'à l'effrayer en lui racontant le bûcher sur lequel il brûlerait si la vérité éclatait au grand jour, Arthur évitait soigneusement le sujet, la plupart du temps. Et comme Merlin ne faisait jamais montre de ses pouvoirs, ni n'en avait besoin dans sa vie courante, ils n'en parlaient pour ainsi dire jamais. Lorsqu'Arthur, dans un moment de calme, dessinait, lisait ou jouait avec Graal, Merlin se plongeait dans les livres de magie qu'il avait récupéré de la tour Nord et son protégé lui jetait un drôle de regard, mais cela n'allait pas plus loin. Pour que l'enfant évoque cela en plein milieu d'une expédition officielle de membres de la garde, tous plus ou moins anti-magie et à la solde d'Uther, cela impliquait que la question devait vraiment le travailler en profondeur.
- C'est compliqué, Arthur, lui chuchota-t-il en réponse.
La troupe s'était un peu délité au cours de la journée. Vu qu'ils progressaient sur un rythme très calme, et qu'il n'y avait que peu de danger à l'horizon, ils s'étalaient sur au moins une lieue, avec des soldats loin derrière eux, Gal' et Gil' à l'avant qui menaient la troupe. Mais globalement, il n'y avait aucune oreille indiscrète à leur portée, et Merlin songea qu'Arthur avait du réfléchir à cela avant de poser sa question, et il en fut fier.
- J'veux savoir ! grommela le petit, qui jouait au grand.
- Globalement, Ascetir a bien plus raison que Galahad.
Il savait que cela allait perturber Arthur, qui considérait comme sacrée chacune des paroles du maître d'armes.
- Mais peut être qu'il y a aussi un fond de vrai dans les paroles de Gal'...
Arthur attendait patiemment la suite, quelque chose de plus précis que les dérobades de Merlin pour ne pas en dire plus.
- Il y a des années, la Vallée appartenait aux sorciers et aux magiciens, en cela Gal' a raison. Et il est probable qu'ils aient maudits quiconque osait pénétrer sur leur territoire... Surtout les gens aux intentions belliqueuses. Mais Ascetir a raison également, lorsqu'il dit que sa grand-mère n'a jamais eu à souffrir de la moindre malédiction. Cette femme n'a sans doute jamais eu de mauvaises pensées à l'égard des magiciens qui y vivaient, et donc de fait, ceux-ci n'avaient pas de raisons de la maudire. Tu comprends ?
Arthur hocha la tête, tout en réfléchissant intensément, Merlin le voyait au petit pli soucieux qui barrait son front.
- Mais alors on peut y aller ou pas, maint'nant ? finit-il par demander.
- Tu peux y entrer sans risque, je pense. En faisant attention aux bandits et contrebandiers. Au delà de la Vallée des Rois Déchus s'étend le royaume d'Olaf. Pour l'instant, tu es trop jeune pour y aller.
Arthur sembla se satisfaire de cette explication.
...
La nuit vint, les amenant avec un jour de retard dans l'auberge réservé pour Myrddin et son « fils ». Gal' les mena comme la première fois aux abords de la ville, mais n'adressa aucun mot réellement sympathique à Merlin en les quittant. Galahad, à la réflexion, était maussade depuis deux jours, mais cela n'atteignit pas Merlin plus que cela. La Tour des Ombres n'était pas très loin, et il aurait pu aller la visiter cette nuit. Il ne parvenait pas à s'y résoudre. Laisser Arthur dormir bien sagement au milieu de tous les gardes pendant que lui allait courir la lande était peu risqué, mais abandonner le prince dans une auberge crasseuse pleine de gens douteux paraissait beaucoup moins reluisant. Qui savait ce que l'établissement comptait de gens fort peu recommandables, qui n'hésiteraient pas à pénétrer la chambre, espérant y trouver un peu d'or, et s'assurant d'un moyen fatal du silence du gamin qui y dormait paisiblement.
Il y réfléchissait encore lorsqu'Arthur et lui se glissèrent sous les couvertures ce soir là. Il y pensait encore en se réveillant après trois ou quatre heures d'un sommeil agité. Il finit par prendre une résolution, et un peu avant l'aube, éveilla Arthur. L'obligea à s'habiller, récupéra leurs affaires et plaça Arthur sur son dos. L'enfant s'y accrocha instinctivement, et s'y rendormit, fatigué par les longues journées de cheval. Sans bruit, Merlin glissa à travers l'auberge, le village, la campagne. Il serait de retour au point de rendez-vous avec Galahad à l'heure, se jura-t-il. En attendant, il parcourut la courte distance qui le séparait de la Tour des Ombres. Celle ci était située près du village, dans une clairière, probablement pour les besoins pratiques des Prêtresses, qui avaient besoin des hommes, même si elles s'en défendaient.
Merlin la débusqua sans problème, noire tour plantée au milieu de nulle part. Elle paraissait très fine et donc très petite, mais le magicien savait qu'il n'en était rien. Comme l'île des Bénis paraissait chétive de loin, l'illusion disparaissait quand on accostait dessus. C'était des lieux de vie des Grandes Prêtresses, ils devaient donc être en mesure d'accueillir celles-ci et leurs apprenties.
..
L'Ordre était entouré de mystères et de secrets pour tous les non-initiés, mais Merlin avait toujours eu les oreilles qui traînaient, quand Cléora était de passage dans le village : elle avait suivi la formation de ces femmes, avant de tout envoyer valser en disant que jamais elle ne les servirait. A l'époque, l'audace de Cléora avait beaucoup plus fasciné Merlin que les rares informations qu'elle laissait échapper sur la vie des Prêtresses. Fort heureusement, la mémoire du magicien était excellente et faisait resurgir en lui des bribes de souvenir qu'il aurait juré perdues depuis longtemps. Il se souvenait qu'il y avait quatre lieux bénis, quatre lieux de vie au quatre points cardinaux du pays, ceux dont l'avait renseigné Cléora. Les apprenties prêtresses passaient au cours de leur formation à travers les quatre lieux, puisque chaque cache avait pour but l'enseignement d'un des quatre éléments naturels. Eau pour l'île des Bénis, Terre pour la forêt des Damnés, Vent pour la tour des Ombres (qui s'élevait vers le ciel plus haut qu'aucune des tours de Camelot), et Feu pour la grotte des Disir (qu'on disait fondé sur un cratère). Tout au long de la formation s'apprenait la magie de base, également.
Bien sûr, Merlin savait aussi qu'à la date de la Grande Purge, les quatre lieux sacrés furent saccagés et profanés et leurs occupantes massacrées. Merlin n'avait jamais su comment Nimueh s'en était sortie. Probablement en se mettant à l'abri en prévision d'une réaction aussi extrémiste de la part d'Uther. Elle avait pris avec elle Morgause et l'avait emmenée en lieu sûr, vraisemblablement parce qu'elle savait que la jeune fille avait un lien de parenté avec Morgana et que cela pouvait donc lui servir dans le futur pour ses noirs desseins, et le serpent qu'elle était avait regardé ses sœurs se faire massacrer. Merlin ne la haïssait que davantage à cette pensée.
...
Longtemps, il observa la tour, assis en tailleur dans l'herbe humide. Arthur, qu'il tenait contre lui dans le creux de ses bras, comme s'il était réellement son fils, dormait toujours du sommeil du juste. Merlin fut heureux qu'il ne se réveille pas. Il n'aurait su lui expliquer pourquoi il resta là assis pendant ce qu'il lui sembla être une minute mais qui dura deux heures.
En s'accroupissant et en installant Arthur dans ses bras, il avait fermé les yeux et tendu sa magie vers la tour, à la recherche de quelque chose ou quelqu'un qui lui répondrait. Il ne trouva rien. Une part de lui était soulagée, l'autre anxieuse.
Plus le temps passait, moins il avait envie de revoir Nimueh et découvrir que la tour n'abritait actuellement aucun magicien l'avait rassuré, car il n'était pas prêt pour la confrontation. Paradoxalement, il savait qu'elle devait arriver tôt ou tard et cela l'angoissait.
Aussi ne parvint-il pas à détacher son regard de la tour, alors que le soleil se levait peu à peu, l'éclairant d'une douce lumière, encore tendre. Elle était immense, et aussi sombre de son nom le laissait supposer. Elle avait abrité de nombreuses générations de prêtresses et de magiciennes, et Merlin ne parvenait pas à ne serait-ce qu'aller poser la main sur les pierres noires et irrégulières qui la constituaient. Cela lui faisait peur. Il avait toujours été un magicien solitaire. Il n'était pas né dans un camp de druides, il n'avait pas eu des parents magiciens. Il était venu au monde avec des dons merveilleux, et on l'avait bridé encore et encore, toute sa vie durant. Les gens qui avaient vécu là auraient pu constituer une famille pour lui. Lui apprendre tout ce qu'il y avait à savoir. Faire de lui un magicien accompli. Uther avait étouffé dans l'œuf cette possibilité avant même qu'il ne vienne au monde.
Une fois de plus, Merlin se fit la douloureuse comparaison de ses points communs avec Morgana. Cette femme brisée, simplement perdue parmi ses dons, sans mentor pour lui apprendre. Malgré son inexpérience et ses bêtises parfois, il aurait pu lui enseigner. Ils auraient appris ensemble. Mais il l'avait abandonnée aux mains de Morgause.
- Oui, tu es coupable, tu m'as abandonnée, siffla une voix à ses côtés.
Le spectre de Morgana, la pupille effrayée lorsqu'elle avait compris pour le poison dans la gourde, lui faisait face. Merlin ne s'émut pas, ni ne répondit. Il avait conscience que voir des spectres de gens qui n'étaient même pas morts (encore moins dans ce temps-ci) n'était absolument pas normal, mais il avait cessé de s'en formaliser. Il n'y pouvait rien, et il aimait cette folie de son esprit qui faisait naître les apparitions. Morgana y était toujours magnifique, probablement parce qu'elle provenait de ses souvenirs. Parfois Merlin aurait même aimé faire apparaître Arthur et Gwen, et discuter avec eux. Mais les deux souverains royaux ne naissaient jamais de l'esprit dérangé du sorcier, et ils ne lui manquaient que davantage.
Le fantôme, comme toujours, finit par disparaître, ce que Merlin interpréta comme le signal pour lui de lever le camp et d'aller rejoindre Galahad, qui allait les attendre.
Il n'avait toujours pas approché la tour. Peut être y-avait-il là-dedans des informations importantes qui pourraient lui servir. Il s'y refusa néanmoins. Il n'était pas sûr d'être en mesure d'affronter ce qu'il pourrait trouver là-dedans. Des cadavres, des fantômes, des échos d'une vie heureuse balayée par la haine d'un seul homme.
- Debout Arthur, secoua-t-il doucement l'épaule du petit, qui papillonna des yeux.
- Mmmfhgrr, émit Arthur.
Il secoua plus fort, et l'enfant ouvrit pour de bon les yeux, soudainement vif et alerte. Avec Arthur, c'était du tout ou rien.
- Viens, Gal' va nous attendre, lui demanda-t-il en le remettant sur ses pieds.
- On est où là ? interrogea l'enfant.
- Quelque part où j'avais besoin d'aller, pour me recueillir. Si Gal' nous voit arriver de la forêt plutôt que de l'auberge, on lui dira qu'on était réveillés et qu'on est allés se promener en attendant, d'accord ?
Arthur acquiesça sans oser demander de précision. Il mentit avec un naturel déconcertant au maître d'armes, qui râla que cela aurait pu être dangereux. C'était bien le cadet des soucis de Merlin.
...
Ils progressèrent tranquillement toute la journée, sans chercher à rattraper le retard pris la veille. Merlin s'inquiéta vaguement de ce qu'Uther dirait en les renvoyant revenir une journée après la date prévue. Il se demanda même si le roi ne les enverrait pas chercher. Au moins, songea-t-il, Arthur en serait ravi, comme toujours quand son père s'intéressait à lui. Quant au retard, ce serait à Galahad et Gildas de s'en expliquer, pas à lui. Il n'avait rien à se rapprocher.
Ils avancèrent en direction du nord est, puis du nord. Il faisait donc de plus en plus en froid, et Merlin obligea Arthur à rajouter une couche à ses vêtements, ce que le prince fit avec force grognements, arguant que les chevaliers ne faisaient pas cela, eux, et que lui, comme il ambitionnait de devenir chevalier, n'avait aucune raison de le faire aussi.
Merlin ne prêta qu'une oreille distraite à ses jérémiades et boutonna son manteau plus serré. Galahad pouffa sous cape, et Gildas leur adressa un regard éteint, comme d'habitude.
A une pause, Galahad demanda à Merlin de venir le rejoindre, penché sur les cartes.
- Que se passe-t-il, Gal' ?
Le maître d'armes vérifia d'un coup d'œil qu'Arthur s'amusait près du ruisseau (et respectait tant bien que mal l'interdiction de son gardien de ne pas mettre les pieds dans l'eau) sous l'œil attentif d'un homme de la garde.
- Nous allons devoir faire un détour. Enfin, une modification du trajet initial… grommela Gal'. La neige n'a pas encore assez fondu au nord. Je pensais que le redoux serait plus puissant, mais le froid est resté très ancré ici. On prend trop de risques… La neige nous expose à des ralentissements, des risques d'attaques plus importantes, des moyens de défense plus faibles… La sécurité du prince doit être notre seule priorité.
Il n'y avait absolument aucune raison que Merlin intervienne dans cette discussion stratégique, mais il avait passé tant de temps à planifier le voyage et à veiller au bonheur du prince que Galahad oubliait parfois qu'il était un roturier.
- Certes, que proposes-tu à la place ? Retourner à Camelot ? Nous devions aller à l'est, avant…
- Non, interrompre le voyage maintenant serait stupide. Nous ne pouvons pas nous enfoncer trop au nord, tout simplement…
- Et Tintagel ? Nous devions y passer, Morgana était emballée par l'idée de voir Arthur chez elle, et pas chez lui pour une fois. D'ailleurs, Arthur aussi avait apprécié l'idée…
Gal' fit la moue. Si Arthur avait ignoré la visite potentielle de Tintagel, faire disparaitre cette étape de l'itinéraire aurait été plus facile.
- Et si on tire droit jusqu'à Tintagel à partir d'ici, on ne s'enfoncera pas trop à nord avant Tintagel ? Ensuite redescendre sur l'est serait simple, après tout, Tintagel est très à l'est… proposa Gildas de son habituel ton désintéressé.
Merlin sentit un caillou tomber dans l'estomac. S'ils faisaient ça ne passeraient pas près du village de Vivian, qui était très au nord. Ils ne passeraient pas près de la grotte des Disir. Si Nimueh se trouvait là-bas, il n'aurait aucun moyen de l'approcher.
- C'est une idée… réfléchit à voix haute Galahad. Ça ne nous rallongerait même pas tant que ça la route… Qu'en pensez-vous ?
Il s'adressait à Merlin et aux deux hommes expérimentés et connaisseurs de toutes les routes de Camelot qui formaient leur petit conciliabule. Ceux-ci s'empressèrent d'accepter.
- Je suis d'accord aussi… murmura finalement Merlin lorsque tous les yeux se braquèrent sur lui.
Personne ne l'interrogea sur son trouble. De toute manière, il n'aurait rien eu à répondre. Avec un sourire, il annonça le programme de la suite du trajet à Arthur, qui se montra emballé. Et dans le même temps, Merlin fit son deuil de son projet d'aller à la grotte sacrée. Il n'avait pas été capable de s'approcher de la tour des Ombres, et il y avait fort à parier qu'il n'aurait pas pu davantage pénétrer dans la grotte. Et s'il n'arrivait jamais à contacter la Grande Prêtresse, tant pis. Il resterait dans ce temps pour toujours, à s'occuper d'Arthur.
...
J'aime beaucoup la tour des Ombres… J'aurais adoré la visiter, mais Merlin a fait son farouche et a pas voulu entrer ! Il m'énerve à rien faire de ce que je veux, je vais être un jour obligée d'écrire sur Cléora pour expliquer en détail l'Ordre des Prêtresses et les différents lieux…
Prochain chapitre le Sa 18 Octobre !
Reviews ? :)
