Ohayo mina' !

Je monte au créneau aujourd'hui contre ceux et celles qui disaient "On saura pas qui est le tueur avant 3 mois", toussa toussa... MOUHAHA. Je vous donne tort ! (même si vous aviez totalement raison de base...) Pour cette fois-ci en tout cas. Je vous présente l'antagoniste principal des chapitres à venir, beaucoup d'entre vous l'avaient trouvé ;) Félicitations !

Mention spéciale à Mana : ça y est ! le chapitre 36 est là, ma belle ! Savoure !

Merci pour toutes vos reviews et vos impressions, et pour rappel : je ne mange personne ! [sauf les méchants enfants :3] (... très fin, bravo) alors n'hésitez pas à venir me faire part de vos remarques ;) elles sont les bienvenues si elles sont construites ! Je ne cache pas qu'un "C'est nul, j'aime pas ton histoire" sera très mal accueilli, mais vous avez le droit de ne pas être d'accord avec mes écrits ;)

Je ne vous retiens pas plus, les guests toujours au RDV en fin de chapitre, alors...

Enjoy it !


J-113 avant impact.

.
POV Ace :

Je laisse tomber le corps derrière la benne à ordures et je m'étire en inspirant profondément – j'ai le dos en compote, un truc de fou. Ce type pèse plus lourd que c'que j'pensais, un vrai âne mort… ! je soupire et j'fouille dans ma poche pour en sortir le petit mot griffonné un peu plus tôt, au container.

Un mot destiné au petit fumier qui me copie et qui fout la merde dans mes affaires, en attirant l'attention sur nous deux. Je lui dis gentiment d'aller se faire foutre et de se trouver un autre territoire, loin de Los Angeles. Cette ville est à moi, et je compte bien le faire dégager d'ici. Hors de question qu'un amateur psychotique dans son genre m'empêche de faire ce que j'veux.
J'épingle le papier à la veste du cadavre, j'y glisse un stylo neuf et je m'éloigne au bout de la ruelle plongée dans le noir, en jetant un coup d'œil à ma montre ; je laisse quinze minutes à ce charognard pour trouver l'indication donnée : je sais qu'il me suit, puisqu'il sait comment j'procède dans les grandes lignes. Mas il est trop guidé par ses envies pour se retenir, cet idiot… quel crétin. Il arrivera jamais à rien, comme ça.

Je sais pas quel genre c'est, en tout cas : est-ce qu'il veut qu'je sois son mentor, ou est-ce qu'il me considère comme un ennemi… ? c'est pas facile à dire, le profil psychologique de ce type est loin d'être établi, et Trafalgar a passé des heures à fouiller dans les archives des flics et les dossiers de Smoker pour trouver quelque chose sur lui… mais rien.
L'enquête avance pas, et j'commence à croire que ces abrutis de poulets sont pas capables de grand-chose.
Foutus fonctionnaires de merde.

Je remonte vers la rivière Los Angeles, là où personne va après minuit, et je saute sur le muret pour m'asseoir au-dessus d'l'eau. La ville se reflète dans la flotte noire, et je m'abîme malgré moi dans la contemplation des lumières dans l'eau. J'regarde mon propre reflet, et mes pensées m'emmènent loin, encore une fois.

J'pense à Luffy, comme d'hab quand j'ai pas l'esprit ou les mains occupés. J'ai eu du mal à le laisser partir chez Zoro, plus que je le pensais ; j'l'ai imaginé prendre du bon temps avec lui, me rappeler pour m'annoncer qu'il me quittait et récupérer ses affaires dans le container. Oui, j'le sais, j'suis un crétin de penser ça, même si j'le mérite, au fond, mais c'est plus fort que moi. Dès que j'le vois pas, il me manque à en crever. J'pourrais en pleurer.
Et c'est pour ça que j'dormirai pas, cette nuit : je vais pas supporter de me coucher seul dans ce lit.
D'avoir que son odeur sur l'oreiller, et rien d'autre.
À la place, j'me suis préparé une petite soirée torture. J'ai achevé ma dernière victime après quatre jours de supplice, et j'irai en trouver une autre après être retourné voir si l'autre psychopathe m'a répondu ou non.
Mon portable vibre dans ma poche, je le sors pour y jeter un coup d'œil désintéressé – œil qui s'illumine, j'le sais, quand j'vois le numéro de Luffy affiché sur l'écran.

Un message simple, sans besoin de beaucoup plus : « Je t'aime ». Je souris comme un idiot et je lui renvoie un « Moi aussi, grouille-toi d'rentrer » très éloquent.

Je range le téléphone et je saute de mon perchoir pour faire le chemin inverse et retrouver ce coin sordide où j'ai abandonné le cadavre de mon cobaye scarifié et vidé de son sang ; je fais le tour de la benne et j'y trouve mon papier et le stylo, tous les deux tachés de sang.

… et juste en dessous, des photos.
Plein.

Je les ramasse et j'les observe à la lumière du réverbère, un peu plus loin.
La bile me monte dans la gorge, et mes ongles crissent sur le papier glacé.

La première, c'est le trombinoscope d'Harvard-Westlake. Luffy est dans son uniforme et sourit à l'objectif – il doit avoir à peine quinze ans, là-dessus, il est hyper jeune ; son sourire est large, mais il reflète candeur et timidité.
J'ai un frisson immonde qui me parcourt l'échine.
Sur la deuxième, il a le nez levé vers l'étagère des shampoings du supermarché du coin, occupé à choisir le parfum qu'il préfère.
La troisième le montre dans la rue, en train de courir pour avoir son bus, pieds nus, chapeau de paille au vent.

Et le défilé continu : Luffy sortant du restaurant où il fait la plonge.

Luffy avec Zoro, en train de manger une glace.

Luffy et Nami en discothèque, dansant l'un contre l'autre – leur tenue me dit quelque chose… c'est la même que celle sur la photo qu'il m'a montrée d'elle et lui, y'a quelques semaines.

Luffy enlaçant sa mère, au portail de leur villa.

Luffy avec moi, alors qu'on chahute dans la rue en se battant pour manger le pain qu'on vient de tirer.

Luffy dans mes bras, en train de me rendre un baiser passionné au détour d'une rue de Los Angeles.

Je lève la feuille à ma hauteur et mes doigts manquent la déchirer, alors que cet enfoiré me nargue de plus belle.
Y'a pas grand-chose d'écrit… juste ce qu'il faut.

« Puisque tu es trop con pour pouvoir me trouver tout seul, Portgas D. Ace,
j'te laisse un gros indice : Marshall D. Teach, c'est le nom que j'ai reçu à la naissance.
Moi, au moins, je ne nie pas qui je suis. »

La rage m'aveugle.
Une rage comme j'en ai rarement connue dans ma vie.

. . . . .

.
POV Luffy :

J'ouvre le dernier volet et je laisse un minimum de lumière rentrer dans cette maison silencieuse.

Toutes les horloges sont figées, pas un seul tic-tac ne vient briser le calme apparent des pièces jusqu'ici plongées dans le noir.
Je balaye le salon du regard, la salle à manger, et je jette un coup d'œil à la cuisine de l'autre côté de l'entrée. Quelques assiettes sont encore sorties, des verres et des couverts, une casserole dans l'évier et une carafe au contenu depuis longtemps évaporé, avec des traces de sirop sur le pourtour.
Il y a une liste de courses, sur le frigidaire, un bulletin de notes et des ordonnances d'un médecin, pour l'hospitalisation de Sabo. Je les frôle du bout des doigts, et je m'éloigne vers l'escalier pour voler d'autres souvenirs.

Parce que oui, c'est comme ça que je me sens, en ce moment – comme un voleur. Ma main laisse un sillon dans la poussière accumulée sur le bois verni, et j'arrive à l'étage qui se divise en plusieurs pièces. Une buanderie, deux salles de bain : une pour les parents, une autre pour Ace et Sabo, à en juger les produits et les fringues entassées dans le panier à linge.
Je ne m'attarde pas et je vais au hasard des pièces qui se présentent à moi ; bonne pioche, c'est la chambre d'Ace, là où je voulais le plus au monde me rendre depuis quelques semaines.
Je vais ouvrir la fenêtre et les volets, et l'air chargé de pluie s'engouffre dans la pièce. La chambre n'est pas très grande, mais il y a tout ce qu'il faut. Un lit au fond, à gauche, sous une lampe courbée pleine de fils de poussières. Un bureau encombré de classeurs, de livres de cours et de cahiers. Une commode et une armoire, sûrement pleines de fringues, un meuble où disques, BD et bouquins s'entassent, et un pouf près d'un écran et d'une console de jeux. Ace n'a pas eu l'air d'être pourri-gâté, mais il n'a manqué de rien. Je vais m'asseoir sur son lit et je caresse distraitement son oreiller.

Je me sens mal… quelque chose m'étreint. Je ne sais pas pourquoi… mais j'ai l'impression que des trucs horribles sont arrivés, ici. Là, dans ce lit. Là où Ace devait penser à toutes les manières possibles de tuer quelqu'un. Là où les yeux de mon tueur s'ouvraient et se fermaient chaque jour.

Je glisse ma main sous le traversin et mes doigts rencontrent quelque chose de doux, sur lequel je tire avec précaution. Le tissu glisse et je me retrouve avec un vieux clown en peluche dans les mains. Usé, rapiécé, tout mou à cause de la mousse depuis longtemps tassée dans le corps de coton. Il a un énorme sourire sur le visage… qui ressemble un peu au mien, à bien y regarder. Je le presse contre mon visage en fermant les yeux. Parfum bizarre, odeur unique, qui n'appartient qu'à Ace. Mon doudou devait sentir la même chose, je suppose.

À en juger son état, Ace n'en a pas fait de la charpie. C'est un objet qui a reçu de l'affection, j'en suis sûr… encore une preuve que quelque chose peut être sauvé en Ace...? Je le repose sur l'oreiller et, pris d'une intuition, je descends de mon perchoir pour regarder sous le lit. Je tends le bras et je grimace en chassant les faucheuses affolées par mon intervention, en tâtonnant un peu partout – ah, trouvé. J'agrippe un carton et je le tire vers moi.

Une boîte à chaussures.

Je m'assois en tailleur sur le parquet et je l'ouvre, intrigué ; Ace, même sadique et malade, restait un adolescent, non… ? très prévisible, par certains aspects. Il y a des tas de trucs, à l'intérieur ; des petites voitures, une ceinture de judo, une balle de baseball, et…

J'ai un énorme sursaut, suivi d'un geste de recul quand mes doigts touchent des cheveux.

Un spasme me serre le ventre mais je me force à plonger ma main dans la boîte, à nouveau, pour en sortir ce que je pense être un trophée de chasse « made-in-Ace ». Une longue, très longue mèche de cheveux. Un blond éclatant, soyeux, lisse et plein de reflets blancs. Ils ne sont pas à Rouge, j'en mets ma main à couper.
Je déglutis, pose la mèche sur le côté et retourne à mon exploration, un peu plus méfiant. J'exhume des photographies, prises à la volée à en juger le cadre flou et de travers. Des filles et des garçons, de l'âge d'Ace. Entourés au marqueur rouge, certains marqués de croix sur le visage. Avec un numéro de téléphone au dos des clichés, une adresse et quelques mots sur les préférences de cette personne.

Ma gorge est nouée, et je tremble de plus belle.
Ça y est… on y est.
Les premières victimes, réelles ou potentielles, de Portgas D. Ace.

J'étale les images sur le sol, devant moi – quelque chose me glisse entre les doigts et je récupère la petite carte de visite accrochée à une des images.
Nico Robin.
Elle marche dans la rue, un petit garçon dans les bras, lunettes de soleil sur le nez.
Je jure que je me démène pour ne pas penser à ce qui est arrivé à son fils.
Ace a entouré trois fois sa psy au marqueur et le cliché est tellement corné et froissé que le décor autour d'elle est lézardé ; je sens la rage avec laquelle il a agrippé cette image, et une petite lumière s'allume en moi.

Je me lève et je sors dans le couloir, avant d'ouvrir toutes les portes, une à une ; bingo. Une des pièces attire mon regard plus que les autres : le bureau de Rouge et Roger. Je presse le pas vers les étagères et, à la lumière de mon portable, je scrute la bibliothèque avec soin. Des livres, des classeurs, des comptes, des œuvres… ah. Là. Un dossier au nom de Sabo, un autre au nom d'Ace.
Si le fils est ce qu'il est, les parents doivent avoir leur part d'ombre, même Rouge.
Je le tire vers moi et je l'ouvre. Un sachet plastifié tombe et je le rattrape in extremis. Il y a des microcassettes à l'intérieur, toutes estampillées d'une date précise. Fébrile, je fais volte-face et j'ouvre tous les tiroirs qui se présentent à moi, jusqu'à trouver le dictaphone qui me permettra d'écouter les confessions qu'Ace n'a pas pu récupérer.

Je pousse le vice, je le sais ; la ligne jaune que je redoutais tellement est juste devant moi, mais je suis trop pris par ma connerie pour me rendre compte que j'en commets une cent fois plus grosse.
Ma main trouve l'objet tant convoité et mes pas me ramènent dans la chambre de mon amant adolescent, et mon corps trouve sa place sur les couvertures. Je mets la première cassette dans l'appareil, la rembobine et appuie sur play, le cœur battant à tout rompre. Le dictaphone s'enclenche, la cassette se met en route en crachotant, mais la bande se lit plutôt bien malgré le temps passé. La voix de Nico Robin s'élève – elle est seule, c'est son bilan de fin de journée sur les patients dont elle s'est occupée.

« Portgas D. Ace, quatorze ans. Dernière entrevue au 7 juin, ce jour. Très agité, sûrement en crise. Avons parlé de ses résultats scolaires, apparaît très compétitif par moment, et mauvaise intégration dans la classe. Pas de période maniaque marquée, grande productivité. Tendance à l'hypomanie. »

Je mets pause et je réfléchis, mon cerveau tourne à cent à l'heure. Ça rejoint parfaitement ce qu'Ace m'avait dit : il n'est pas psychotique. Je sors mon portable et Internet et sa magie m'apprennent que les hypomaniaques sont hyperactifs – ce qu'Ace est, sans aucun doute – et souffrent en plus de bipolarité.
Je pense à cette nuit du 5 mai où il est rentré couvert du sang de Lucci. Le côté Face avait pris le dessus, et Ace se rendait à peine compte de ce qu'il me faisait. J'ai eu de la chance de ne pas mourir, encore une fois. Il était totalement à l'ouest, en pleine crise bipolaire. Tous ces symptômes concordent… Nico Robin est proche du but, à cet instant.

« Ne sait pas encore définir son degré d'attirance, se cherche sans vraiment s'en préoccuper. Vit avec des sensations et des ressentis, mais capable d'être calculateur. Rencontre avec Kaya confirme l'idée de manipulation » soupire-t-elle en tournant des feuilles. « Ace vu avec Sabo… j'en déduis une ambivalence profonde pour les individus masculins. Aime Roger et son frère autant qu'il les déteste, mais amour profond pour Rouge. »

Une ambivalence pour les hommes… ? Est-ce que ça rejoint l'idée du challenge qu'Ace cherchait… ? il aime moins les hommes, mais ils lui amènent un défi qu'il cherche à relever, je suppose.
Et moi… qu'est-ce que je lui apporte… ? parce que je suis sûr de deux choses : Ace m'aime, mais de manière tellement tordue qu'il ne peut pas y avoir que ça. Une partie de lui m'en veut pour la vie facile que j'ai eue, ça, c'est assimilé, mais ça ne peut pas être limité à cette raison. Alors, qu'est-ce qu'il veut… ? qu'est-ce qu'il cherche, chez moi...?

« Déjà sexuellement actif, hors moyenne de l'état et du pays. Trouble évident, obsession avec libido trop active. Je soupçonne l'hypersexualité. Recherche dans la cellule familiale mais je n'ai pas trouvé de carence affective. Est en phase maniaque de la bipolarité, recherche constant du plaisir sexuel » annonce sa voix pendant qu'elle griffonne dans son dossier.

Ace et sa manière malsaine d'exprimer son amour pour moi… CQFD. Il faut qu'il s'envoie en l'air tout le temps, point. C'est une partie intégrante de sa maladie, et tous les aspects de ses troubles mentaux se chevauchent et se recoupent. Il est sérieusement barge, profondément atteint, mais est-ce que je peux seulement lui en vouloir… ? même Nico Robin le dit : Ace a de très graves problèmes d'ordre mental, il est en crise à 50% du temps, et je suis presque admiratif du contrôle qu'il exerce sur lui-même. Il arrive à ordonner sa folie, dont il est pleinement conscient, pour faire de lui un tueur prolifique et très doué.

« Rencontre avec Thatch au 25 mai, sortie du lycée. Très instructif sur le comportement borderline d'Ace. Avoue avoir une relation chaotique, très physique, avec des sentiments amoureux très flous. Ace se laisse dominer sur le plan sexuel, en apparence. Très demandeur selon Thatch, toujours suspicion d'hypersexualité. Kaya ne songe pas à passer le cap avec Ace, alors qu'il lui a proposé tout en simulant un retrait. Manipulation, encore, avec adaptabilité relative. »

Il jouait le jeu, avec Kaya et Thatch. C'est clair. Je songe à la longue mèche de cheveux dans la boîte à chaussure, et ma gorge se serre.
J'ai besoin d'en savoir plus.

. . . . .

Je descends du bus et je contemple la rue qui s'ouvre devant moi.

À cette époque, Thatch travaillait dans ce restaurant qui appartenait à son père ; commis de cuisine, en attendant d'avoir son diplôme et de reprendre l'affaire pour être un restaurateur accompli. Tout est inscrit à l'arrière de la photographie qu'Ace possède.
Je remonte la ruelle et j'entre dans l'enseigne, calme à cette heure-ci – tout le monde s'affaire à nettoyer et à se préparer pour le rush du midi. Une ado m'accueille avec un grand sourire, à l'entrée, malgré l'heure hyper matinale.

- Izou, à votre service ! annonce une voix plutôt masculine.

Ah.
Loupé, lui et moi on partage le même génome. J'ai bien fait de pas ouvrir la bouche en premier, ça m'a évité d'être vexant et stupide, au passage.

- Bonjour, je… voudrais savoir si Thatch travaille toujours ici, et si j'peux le voir, j'en ai pour cinq minutes.

- Euh, ouais, il est en cuisine, j'vais voir s'il est dispo. C'est de la part de… ?

- On a connaissance commune dont j'voudrais lui parler, murmuré-je.

L'Izou en question n'insiste pas et s'éloigne vers le fond du restaurant, en appelant Thatch à tue-tête ; il disparait derrière les doubles portes battantes et j'attends en rongeant mon frein, en me demandant ce qui va se passer quand j'aurai le premier petit-ami d'Ace en face de moi.
Les portes se rouvrent et l'intéressé me dévisage avec une surprise qu'il ne cherche pas à cacher – vraiment, il ne sait pas ce que je lui veux, et moi je m'en mords les doigts d'être obligé de lui rappeler une période de sa vie qu'il veut peut-être jeter aux oubliettes.

- Salut, Thatch, c'est ça… ? hésité-je en tendant la main.

- C'est moi, ouais, confirme-t-il en s'essuyant sur son tablier avant de me rendre ma poignée de main. On s'connait pas, non ?

- Non, j'viens pour parler de quelqu'un, j'en ai pas pour longtemps.

- … OK, viens.

Il sort dans la ruelle pavée et fouille dans sa poche pour en sortir un paquet de cigarettes ; il m'en propose une et j'accepte, et c'est moi qui fournis le feu. Ses yeux s'écarquillent quand il voit le Zippo et il me jette un regard indéchiffrable, qui mélange trop d'émotions pour que je puisse y lire quoi que ce soit.

- … ce briquet, il…

- … est à Portgas D. Ace, ouais, murmuré-je. J'm'appelle Luffy, et j'suis actuellement ce qui se rapproche le plus du statut de petit-copain.

- Mes condoléances, rétorque-t-il en allumant nos cigarettes.

Hé bien, si je m'attendais à ça… l'entrée en matière est plutôt brutale, mais c'a l'avantage d'annoncer tout de suite la couleur de l'échange qu'on va avoir. Thatch souffle un panache de fumée et me contemple sans un mot, dans une expression que je ne parviens pas à déchiffrer. Il pense à beaucoup de choses, mais reste à savoir quoi.
Le silence s'étire entre nous, avant qu'il ne le brise par un long soupir.

- J'peux pas te dire grand-chose sur Ace, tu sais.

- Au contraire. T'es resté longtemps avec lui… ?

- Quelques mois, pas plus. Il était bizarre, comme mec… j'ai toujours senti qu'un truc allait pas, chez lui.

- Comment il était… ?

- Bizarre, répète-t-il. Y'avait un truc étrange, avec Ace… j'avais pas l'impression de sortir avec un môme de quatorze piges. J'en avais à peine seize, et c'était comme si… le gosse, c'était moi. Pas lui. Tu vois… ?

Oh oui, je vois.
J'hoche la tête et Thatch fait tomber sa cendre, nerveusement ; il est mal à l'aise, et les souvenirs de sa relation avec Ace ont l'air de le perturber au plus haut point. Je me demande quel genre de petit-ami Ace pouvait bien être à cette époque.

- Ouais, c'est son genre. À part ça… t'as rien remarqué d'autre… ?

- Si. Il jouait double jeu. Il pouvait être… super doux. Vraiment, une crème, j'pouvais en faire c'que j'voulais, surtout au lit. Et parfois… j'voyais… autre chose.

Il frissonne et je me rends compte que même dix ans plus tard, Ace a laissé ses marques dans la mémoire et le cœur de ce type, malgré le temps passé. Et dans quel état je serai, si Ace m'abandonne lui aussi… ? ça ne sera pas brillant, je le sais. Y penser me donne la gerbe.
Je conçois pas une vie sans lui, j'y arrive pas, et pourtant tout me prouve que ça ne mènera à rien : il a toutes les chances de se lasser de moi. D'aller voir ailleurs, de quitter ma vie de la même manière qu'il y est entré – violemment. Thatch semble plongé dans ses pensées, lui aussi, et je me demande si lui comme moi on pense à cet homme qui aura laissé son empreinte dans notre existence, en bien ou en mal.

- … autre chose ?

- Tu l'as remarqué, toi aussi, j'suis sûr, sourit-il en jouant avec un caillou, du bout de sa chaussure. Ace est pas tout seul là-haut, si tu m'suis… il est dérangé. Sérieusement. C'est pas lui que j'voyais parfois, c'était quelqu'un d'autre. J'ai jamais su l'expliquer, et j'veux vraiment pas savoir ce qui se passe dans sa tête.

- Il avait des amis… ?

- Pas trop. Il passait son temps avec son frère, Sabo. Et il voyait souvent une nana de son grade… Kaya, j'crois, j'suis plus très sûr.

Kaya, encore. Je vais devoir en apprendre plus sur elle si je veux avancer, surtout que mon entrevue avec Thatch ne va pas donner grand-chose, à première vue, si ce n'est confirmer ce que je pensais déjà.

- J'ai cru comprendre, j'aurais… besoin d'la voir, elle aussi. Tu sais où elle est… ?

- Elle habite à l'autre bout de la ville, sur Lorain Street, au 1207 W j'crois. Enfin, j'l'ai jamais vue, mais c'est là qu'elle était chez ses parents, elle est sûrement partie…

- J'chercherai, t'en fais pas. Tu connais son nom… ?

- Désolé, répond-il d'un haussement d'épaules. J'ai jamais cherché à en savoir plus. Ecoute, faut que j'y retourne, mais fais-moi plaisir : quitte Ace pendant que tu l'peux. Il est bon pour personne.

- Je gère, t'en fais pas, le rassuré-je d'un sourire. J'voulais seulement être sûr d'un truc ou deux. Merci pour la clope, c'était sympa.

- Pas d'quoi, murmure-t-il en me serrant la main. Fais gaffe à toi.

- Idem. Merci encore.

Il hoche la tête, jette son mégot dans la ruelle et se détourne pour retourner dans le restaurant, avant de disparaître derrière les portes battantes.
Je termine ma cigarette avec l'idée de me rendre directement chez les parents de cette Kaya ; autant ne pas tourner autour du pot. Plus vite j'aurai terminé, plus vite je pourrai rentrer. Et je croise les doigts pour que mon mensonge fonctionne encore, à Los Angeles.

. . . . .

.
POV Ace :

Je monte les marches quatre à quatre de l'immeuble du fin fond de l'est de Los Angeles, le cœur et la tête à l'envers. J'ai même pas réfléchi plus longtemps et je suis parti direct chez Marco, là où je sais qu'il crèche. Il faut que j'sache pour ce fils de pute de Marshall D. Teach avant de péter un câble complet et de laisser la rage prendre le dessus.

J'arrive sur le palier et je vais frapper à la porte au bout du couloir, d'où émane de la musique malgré les neuf heures que ma montre affiche.
Des pas résonnent et le battant s'entrouvre, dans une nuée de fumée – de l'herbe à plein nez, mais j'm'en tape, j'suis pas d'humeur ce matin. Un œil mal réveillé me fixe, sous une touffe de cheveux blonds épars.

- Toujours dispo ?

- Entre, marmonne-t-il en ôtant les verrous de sûreté. Y'a des croissants s'tu veux.

- J'ai pas très faim, Marco, soufflé-je en m'engouffrant dans l'appartement.

- C'comme t'veux.

Il referme et slalome à travers ses piles de bouquins vers son bureau, où des écrans s'étalent au milieu d'un foutoir sans nom. Rien à voir avec l'ordre que j'fais régner au container malgré les tendances bordéliques de Luffy. Il s'installe dans son fauteuil et ouvre des interfaces auxquelles je comprends que dalle – je reconnais le logiciel de recherche d'identité des flics, celui du FBI, et encore d'autres qui me sont totalement inconnus. Marco frappe de ses longs doigts sur son clavier et lance une recherche, toujours à moitié endormi. Complètement out, le mec.

Et moi, je tape du pied en me bouffant les ongles.

Ce gros porc dégueulasse nous espionne. Il fouine dans ma vie, il sait qui je suis, il sait où trouver Luffy.
Il est en sécurité avec Zoro, pour l'instant, mais quand il reviendra, je vais devoir le mettre au courant, j'ai pas d'autre choix. L'ordinateur rame quelques secondes, et des pages éclosent partout sur l'écran – Marco se redresse et ouvre des liens au hasard en les parcourant du regard après avoir chaussé ses lunettes.

- J'ai pas la masse de trucs sur lui, mec. Tu veux savoir quoi exactement ?

- Casier judiciaire et psychiatrique.

- Attentat à la pudeur avec violence. Atteintes sexuelles sur mineur. Soupçonné dans trois affaires de viol, mais toujours relaxé, faute de preuves.

… oh. J'vois l'genre. On peut me reprocher c'qu'on veut, j'ai jamais touché à un môme.
... pas de cette manière en tout cas. J'aurais pas supporté d'infliger à un gosse c'que j'ai subi avec Doflamingo. Alors, tuer ceux qui sont sur mon chemin alors que je cambriole des maisons… OK. Mais j'ai même pas l'envie d'en tripoter un – rien que d'y penser, j'ai l'estomac comme une essoreuse.
Ceux qui finissent dans mon pieu sont plus ou moins consentants, selon mon humeur du moment, mais majeurs d'un point de vue fédéral.
… bon, j'suis hypocrite : Luffy est loin d'avoir 21 balais, mais il est en état de choisir et j'l'ai forcé à rien. Et puis, c'était pas comme s'il était ignorant, hein.

C'est tellement facile de s'en prendre à des mômes. Tellement immonde, aussi.

- Y'a autre chose ?

- Euh… pas tellement. Y'a une histoire de famille un peu space… toute sa famille s'est noyée dans leur piscine, quand il était gosse.

- … toute sa famille… ?

- Ouais, toute. Sauf lui. Bizarre, hein.

- Trop, même. Tu sais s'il a un nid, c't'oiseau-là… ?

Marco pianote sur son ordinateur et je baisse les yeux vers les photographies qu'il m'a laissées ; Luffy comme moi on ne s'est rendu compte de rien, aucun de nous deux n'a vu que cet enfoiré nous avait traqués pour nous voler ces moments d'intimité, et ça me fait enrager de penser que cette pourriture nous a vus ensemble.
Des coups résonnent à la porte, et des clés tournent dans les serrures. Je jette un coup d'œil par-dessus mon épaule, mais Marco me rassure d'une tape sur la hanche.

- T'inquiète, c'est mon p'tit frère.

- Celui qui voue un culte aux femmes ?

- Ouais, c't'énergumène-là. Il est cool, t'en fais p-

- Ace ?! lance une voix dans mon dos.

Je me retourne et j'suis surpris de voir Sanji dans l'encadrement de la porte, clope au coin des lèvres, hébété.
Ben dis, si c'est pas un hasard, ça…
Il referme la porte et Marco ferme toutes ses applications sans me quitter des yeux, prêt à c'que je lui donne deux ou trois explications, mais j'suis trop sur le cul pour y prêter attention. Sanji jette sa veste sur le fauteuil et vient me serrer la main, sa tenue de cuistot sur le bras.

- Qu'est-ce que tu fous là, vieux… ?

- Pas grand-chose, j'rends visite à un vieux pote à moi. Et toi… ?

- Ben, j'rends visite à mon vieux frangin, rétorque-t-il avec un sourire en coin. Yo.

Marco lui tape dans la main et ils échangent des mots qui m'échappent ; j'y fais pas vraiment gaffe, je suis trop obnubilé par la coïncidence énorme qui me relie à Luffy. Sanji est un de ses meilleurs potes, et Marco est une connaissance de longue date. Depuis Appleton. Et maintenant qu'j'y pense, le blondinet au sourcil vrillé m'a appris qu'il venait de cette ville, lui aussi, lors de la soirée d'anniversaire de Luffy. Cette ville qui a vu ma naissance, celle de Sabo et celle de mes parents. Le monde est p'tit, non… ?

- Tu sors d'où ? lance Marco en le toisant par-dessus ses lunettes. Tu sens l'saké et il est à peine neuf heures…

- J'ai passé la nuit chez Zoro, on a des trucs à réviser et j'aurai jamais l'temps ce soir, j'ai un service à assurer. On a taffé jusqu'à pas d'heure et j'passe prendre une douche, j'me pieute et tu vas pas m'entendre jusqu'à ce soir, s'esclaffe Sanji.

- Toi et Zoro, vous… ? suggère Marco en haussant les sourcils.

Sanji lui adresse son plus beau majeur et le foudroie du regard.

- Je t'emmerde. Je couche pas avec le marimo, et il couche pas avec moi, point à la ligne. C'est pas parce qu'on s'fout sur la gueule qu'on est pas potes, alors boucle-la.

- T'as dû voir Luffy, alors, souris-je en récupérant la clé USB que me tend Marco avec toutes les données concernant Marshall D. Teach. Ça va, il ronfle pas trop fort… ?

- Luffy… ? j'savais pas qu'il était là, raille Sanji en déboutonnant sa chemise.

- … hein ?

- Luffy, reprend-il. Il était pas chez Zoro, on était tous seuls. Il a jamais été question que le lapin Duracell soit avec nous.

Je pince les lèvres et je prends mon portable pour composer le numéro de Luffy et lui envoyer un sms le plus naturel possible – c'est peut-être une coïncidence de plus, j'en sais rien, j'essaye de pas m'affoler ou pire, de m'énerver.
J'attends la réponse pendant que Sanji s'éclipse dans la salle de bain ; Marco me fixe mais ne dit rien : tant mieux. J'suis pas d'humeur à expliquer quoi que ce soit.
Mon téléphone vibre et le message de Luffy me donne la nausée.

« M'suis rendormi, dsl. Suis tjrs chez Zo, jpense à toi. Quoi d'9?»

... quand Luffy rentre, c'est un homme mort.

. . . . .

.
POV Luffy :

Je range mon portable après avoir répondu à Ace, en coupant la sonnerie, avant de remonter l'allée qui mène à la maison de Kaya, sur Lorain Street. Je ne sais même pas si c'est vraiment ici, puisque je ne connais pas son nom, mais qui ne tente rien n'a rien, hein… ?

Je monte sur la terrasse lambrissée et je m'arrête devant la porte, avant de frapper au carreau de verre dépoli et d'attendre, tendu comme un arc. Je suis nerveux comme jamais : qu'est-ce que Kaya va me dire… ? je suis sûr qu'elle va me parler d'une facette d'Ace que je connais à peine. Celle qui a su s'adapter, celle qui l'a bernée, l'a embobinée comme il faut. Une facette qui lui a dit ce qu'elle voulait entendre, qui l'a bercée d'illusions et de promesses… pour obtenir tout ce qu'il voulait.
Le battant s'ouvre sur un couple de quinquagénaires, à l'expression lasse ; la femme est encore en peignoir, malgré l'heure avancée, et l'homme sort visiblement de la douche, au vu de ses cheveux mouillés – ils sont blancs, épais et frisés, et plutôt marrant à première vue.

- Je… excusez-moi de vous déranger mais… est-ce que Kaya habite ici ? hésité-je.

- … Kaya ? murmure la femme en écarquillant les yeux.

- Oui, une jeune femme qui aurait 23 ou 24 ans. Je sais qu'elle vivait ici quand elle avait 14 ans mais...

- Kaya... Kaya est... bredouille-t-elle, stupéfaite.

- Kaya était notre fille. Elle est morte depuis dix ans, maintenant, chuchote le mari en étreignant l'épaule de sa femme.

… putain de merde. C'est ce que je pensais.
Kaya a connu ses dernières heures dans les bras d'Ace, et il n'a pas pu résister à l'envie de la tuer.

… on dirait que la conversation va être plus longue que prévue.
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Sabrina : Yo ! Haha, non, pas de scène mignonne pour cette fois... mais promis, il y en aura avant la fin de la fiction ! Les... frictions Boa/Smoker ont été très appréciées, c'était marrant de les mettre en scène et de les imaginer se pouiller la face. Chat et chien ! et puis, le fait qu'elle prenne la défense de Luffy, ça montre bien qu'elle a digéré sa liaison avec Ace, et ça, c'est positif pour Lu' ;) pour les analyses, c'est UN PEU de sa faute... mais pas tellement non plus, il l'a pas trop voulu en tout cas. Navrééééeee si tu es déçue du comportement de Luffy, mais c'est un peu le but... que vous compreniez qu'à sa manière, il est autant atteint qu'Ace.
Il y aura très certainement une dispute, le minimum syndical, pour le reste... ça reste à voir ! tu pars assez loin dans ton idée ^^ mais ce n'est pas prévu au programme non plus...
La raison de la cicatrice, c'est expliqué au fur et à mesure de la fiction, alors même s'il reste des choses à dire à ce propos, j'en ai disséminé des indices partout ! T'en fais pas, sinon, globalement la fiction se termine et tu n'auras plus de délires en tête ! merci à toi, à bientôt pour la suite et la réponse à tes questions, peut-être :)

Bien, je vous laisse encore avec un suspens et une grosse prise de risque pour Luffy... ! à vendredi !