« Puis-je voir un autre malheur,
Sans être à nouveau dans la douleur ?
Puis-je voir un autre chagrin,
Sans ressentir de soulagement ?
Puis-je voir une larme tomber,
Sans partager ma peine ?
Un père peut-il voir son enfant
En pleurs, sans être inondé de chagrin ? » - William Blake, On Another's Sorrow
Chapitre 36 Les péchés du père
Je me sens comme si j'étais dans la cellule d'un condamné : comme si je pouvais apercevoir la corde du bourreau à travers ma fenêtre, et je sais que c'est ma dernière nuit sur terre.
Et tout ce que je peux faire, c'est attendre. Attendre de mourir, parce que je n'ai plus aucun espoir de vivre.
Le mieux que je puisse espérer, c'est un sursis. Un sursis qui ne viendra jamais.
Je me blottis sur moi même, tirant mes genoux jusqu'à mon menton. Je suis assise sur le sol, pressant mon oreille contre le bois solide de la porte, attendant que Lucius ne rentre, comme un chien attendant le retour de son maitre, car oui, c'est ce que je suis devenue, merci à vous mon Dieu.
Que va-t-il dire, lorsqu'il découvrira ce qu'il s'est passé ?
Que va-t-il faire ?
Et Drago… mon Dieu, que puis-je vraiment espérer de Drago ?
Peut être… S'il aime toujours son père, alors peut être…
Mais non, je ne dois rien espérer. L'espoir ne mène qu'à la déception, c'est quelque chose que j'ai appris.
D'ailleurs, si Drago a vraiment quelque chose en commun avec son père, ça veut dire qu'un traitre à son sang est vraiment un traitre à son sang, qu'il fasse partie de sa famille ou non. Et les traitres à leur sang doivent être punis, n'est-ce pas ?
Un bruit de pas se fait entendre dans le couloir.
Mon cœur se crispe sous la terreur et je me redresse sur mes pieds, m'éloignant loin de la porte alors qu'elle s'ouvre en grinçant.
C'est lui. Dieu merci, c'est lui.
Il paraît totalement calme alors qu'il ferme doucement la porte derrière lui. Si calme et concentré qu'il ne peut pas être au courant de ce qu'il s'est passé.
Il lève les sourcils lorsqu'il me voit.
« C'est quoi votre problème ? » il me demande froidement face à mon expression.
J'ouvre la bouche et la referme stupidement. Ma respiration est dure, et nous sommes finis, totalement finis, mais il ne sait visiblement pas, et c'est à moi qu'il revient de lui dire…
Il lève les yeux au ciel face à l'expression de mon visage et soupire. « Si vous comptez me hurler dessus pour ce que j'ai pu avoir fait ce soir- »
« Lucius » j'halète, pouvant à peine parler, « Lucius, Drago, il… il sait ! »
Il blêmit, juste un instant, avant de se reprendre, et il secoue la tête tandis qu'un sourire sans joie étire ses lèvres.
Comment peut-il… Comment peut-il être si indifférent face à ça, pour l'amour de Dieu ?
« Je n'ai pas la patience d'apaiser votre paranoïa ce soir, Sang-de-Bourbe » dit-il d'une voix trainante. « Vous pensiez que ma femme était au courant, mais elle ne l'est pas. Vous pensiez… »
Il s'arrête un instant, son expression ne montrant rien, « Vous pensiez qu'Avery était au courant… »
Il s'arrête à nouveau, et je sais pourquoi. Parce qu'il sait aussi bien que moi que Avery suspecte quelque chose, et les soupçons de Avery sont peut être la pire chose dont nous devons nous soucier…
En fait, non. C'est la deuxième pire chose dont nous devons nous soucier maintenant.
Il secoue à nouveau la tête sous l'irritation. « Vos craintes démesurées commencent très franchement à m'énerver, et je n'ai aucune envie de les entendre à nouveau- »
« Ce n'est pas que de la paranoïa ! » Je me saisis du devant de sa cape, totalement désespérée. « Il a tout découvert, Lucius. Il m'a fait tout avouer. Et je ne sais pas ce qu'il va faire, mais il va faire quelque chose ! Il m'a dit qu'il n'allait pas me laisser m'en sortir pour ce que j'ai fait. »
Son visage perd toute couleur. Il me regarde longuement et durement, presque sans comprendre, parce qu'il ne veut pas y croire, je le sais.
Lentement, très lentement, je lâche ses vêtements en respirant profondément, essayant de me calmer.
« Vous… Vous me dites la vérité ? » il demande, sa voix n'étant plus qu'un murmure.
Je hoche la tête, des larmes de pure crainte me brulant les yeux.
Il avale brutalement, fronçant durement les sourcils. Et pour une des rares fois depuis que je l'ai rencontré, je peux voir la peur dans son regard insondable.
Il se détourne de moi un instant, passant sa main à l'arrière de son crâne, avant qu'il ne me regarde à nouveau.
« Par Merlin, pourquoi ne pouvez-vous simplement pas garder la bouche fermée ? » il demande furieusement.
« J'ai essayé ! » je dis brusquement, les larmes coulant librement sur mes joues. « J'ai essayé, je vous jure. Mais il a utilisé du Veritaserum, je ne pouvais rien faire ! »
Il étouffe un juron avant qu'il ne se tourne et écrase son poing dans le cadre de la porte, laissant échapper un cri de rage.
Puis il est calme à nouveau, appuyé contre la porte, prenant de profondes respirations.
Je peux difficilement l'entendre respirer tellement les battements de mon propre cœur résonnent à mes oreilles.
Il tourne à nouveau son regard vers moi, son visage étant un masque pale d'un contrôle forcé. « Je ne l'ai pas croisé sur mon chemin » il murmure, sortant la petite clé d'argent familière de l'intérieur de sa cape, « et Bellatrix ne semblait pas avoir été mise au courant. » Il verrouille son regard sur le mien. « Je reviens dans peu de temps. »
« Où allez-vous ? » je glapis.
« Trouver mon fils » il répond simplement, et la petite clé scintille alors en rouge puis il disparaît dans les airs.
Je regarde l'espace vide qu'il occupait seulement deux, trois, quatre secondes auparavant, avant que je ne secoue la tête, essayant d'y voir plus clair alors que j'arpente ma chambre, me tordant les mains.
Il va s'occuper de toi. Il va vous sauver.
Mais comment ? Comment pourrait-il nous sauver ?
Tu ne lui fais pas confiance ?
Je…
Je m'arrête, perdue dans mes pensées.
Avant, j'aurai répondu non, certainement pas. Je n'aurais jamais, jamais fait confiance à l'homme qui a tué mes parents, l'homme qui portait un masque pour dissimuler sa véritable identité à chaque minute de chaque jour, l'homme qui m'a détruit sans relâche, maintes et maintes fois…
Mais… Je ne sais pas pourquoi, mais maintenant je ne peux pas m'empêcher de lui faire confiance. Comment je ne le pourrais pas, alors que je le connais si bien, et qu'il est devenu une partie de moi ?
Alors fais lui confiance.
Il apparaît de nouveau soudainement, et un seul regard à son expression sinistre me dit qu'il n'a pas réussi à trouver son fils.
« Il n'est pas dans sa chambre » dit-il d'une voix grave et pressante. « Nous allons devoir le chercher dans la maison. »
J'hésite. « Nous ? »
Il me regarde, ses yeux assombris par quelque chose que je ne peux sonder, autre chose que de la peur ou de la colère. « Si Drago a dit à quelqu'un ce qu'il se passe, alors nos deux vies sont en danger » dit-il. « Et je ne vais pas vous laisser à la merci de quiconque qui voudrait venir jusqu'à vous. Au moins si vous êtes avec moi, je pourrais vous défendre. »
Il ouvre la porte et se recule de l'embrasure, me permettant de passer devant lui. Il s'accroupit alors juste une seconde, et tire un petit couteau de sa botte.
La dernière fois que je l'ai vu tirer un couteau de sa botte…
Il se redresse alors. Son expression est sévère, et pourtant parfaitement maitrisée.
« Allons-y. »
Je prends une grande respiration pour me calmer, et je sors de la chambre dans le couloir sombre.
La porte se referme derrière moi.
Il hoche la tête vers moi, sa bouche réduite en une fine ligne. Il paraît… étrange dans cette obscurité. Des ombres bleu sombre parcourent son visage et il paraît… effrayant. Il l'a toujours paru bien sur, mais dans cette obscurité… Je n'ai pas l'impression de bien le connaître sous cette obscurité.
Il se retourne et commence à marcher dans le couloir, très lentement. « Suivez moi de près » il murmure sans me regarder.
Il ne prend pas la peine de me dire de ne pas essayer de m'enfuir. Il sait aussi bien que moi que si j'essaye de courir, je nous ferais perdre du temps à tous les deux. Je ne pourrais pas sortir d'ici de toute façon, et plus tôt nous trouverons Drago, plus tôt nous aurons de chance de sortir vivants de ce pétrin.
Nous parcourons les fins fonds de la maison à une vitesse d'escargot. Les murs de pierres scintillent sous les ombres bleues des torches accrochées aux murs.
Je peux voir danser ces ombres horribles du coin de l'œil. Elles me font dresser les poils sur ma peau chaque fois que je les voie scintiller.
J'aimerais plus que tout me saisir de sa main dans un geste de réconfort. Mais je ne peux pas. J'aimerais vraiment, même si je me déteste pour ma faiblesse, mais ses mains sont déjà prises. Une baguette dans une main, un couteau dans l'autre...
Va-t-il vraiment utiliser l'un des deux contre son propre fils ?
Nous tournons le coin du mur pour arriver dans un autre couloir. Il est vide, Dieu merci, mais nous continuons de progresser lentement, très lentement, regardant tout autour de nous.
Chaque poil de mes bras, de mon cou, de mon dos, est tendu par la peur.
Drago ? » murmure Lucius, sa voix à peine audible.
La seule réponse que nous recevons est un long silence étrange.
Nous continuons alors à nous déplacer, couloirs après couloirs…
Mais il n'y a toujours rien, seulement un silence de mort et des ombres dansantes dans l'air gelé.
« Drago ? » le murmure de Lucius se glisse à travers le silence.
Pas de réponse.
« Et s'il n'était pas ici ? » je siffle, me tordant les mains. « Et s'il était déjà- »
« Silence ! » il me murmure furieusement.
Je serre les lèvres et me force à me calmer. J'étais une Gryffondor à Poudlard, ça veut donc dire que je devrais au moins essayer d'honorer à la réputation de ma maison.
« Je ne suis pas en colère contre toi, Drago » murmure Lucius dans les ténèbres. « Viens ici, et nous pourrons parler. »
Le couteau dans sa main devient bleu sous l'éclat de la lumière.
Mais il n'y a toujours pas de réponse.
Nous grimpons un escalier, puis un autre, et nous arpentons de nombreux autres couloirs, et tous les appels de Lucius ne rencontrent qu'un silence assourdissant.
Oh mon Dieu, je ne peux pas… Mes nerfs sont tendus au point qu'ils sont près à céder, et je peux les entendre craquer sous la terreur et je suis gelée et tremblante, le silence m'engloutissant…
Quelque chose se déplace. Je le vois du coin de l'œil.
Je m'arrête là où je suis et je me tourne, fixant l'endroit où je crois avoir vu… Je jure avoir vu…
Mais il n'y a rien. Seulement les ombres moqueuses.
« Drago ? » je murmure.
« Par Merlin, taisez-vous ! » chuchote Lucius, et je peux entendre la colère et la peur dans sa voix. « S'il ne me répond pas, il ne va certainement pas vous répondre. »
Après un long regard douloureux vers le… le rien que je crois avoir vu, je finis par me tourner et je suis à nouveau Lucius.
Et nous arrivons à une porte, une énorme porte en bois, qui me semble étrangement familière, mais je ne sais pas pourquoi…
Mais alors que Lucius pointe sa baguette sur elle et qu'elle s'ouvre lentement, je sais alors pourquoi elle me semblait si familière.
La porte s'ouvre sur un balcon, un balcon que je reconnais instantanément.
Je sens Lucius se crisper près de moi. Je sais qu'il se souvient lui aussi.
« Drago ? » il murmure. Sa voix résonne en écho autour de la grotte qui nous entoure. « Tu es ici ? »
Un long silence s'installe, dans lequel seul l'écho nous répond moqueur. Lucius se tourne alors pour quitter le balcon, mais alors –
« Je suis là, Père. »
Lucius retient son souffle.
Des doigts froids m'enserrent violemment le cœur.
Drago se tient debout, dans l'embrasure de la porte. L'ombre d'un garçon, le visage caché dans les ténèbres.
« Je vois que tu as invité la Sang-de-Bourbe à se joindre à nous » dit-il d'un ton dur et moqueur. Il s'avance dans le couloir et ses traits sont durement éclairés par la lumière bleue. En colère. Furieux. « Que c'est charmant. Mais bon, tu as toujours su traiter tes invités avec hospitalité, Père- »
« Ne joue pas à ce jeu, Drago » dit Lucius d'une voix dure. « Tu sais aussi bien que moi pourquoi je suis ici. Alors pourquoi ne dis-tu pas simplement ce que tu as à dire ? »
Les narines de Drago frémissent de colère. Mon estomac se serre. Je ne veux pas entendre ce qu'il a à dire. Je ne veux pas encore une fois observer une autre personne blessée par ce que Lucius et moi faisons.
Au début, il n'y avait que moi de blessée. Puis ce fut Lucius. Et finalement Ron, et maintenant Drago…
La main de Drago se serre autour de sa baguette.
« Tu m'as menti » il murmure, ses joues rougissant.
Il s'arrête, essayant de se calmer, et la lèvre de Lucius se recroqueville sous la colère.
« Et tu m'as désobéi, Drago » il marmonne. « Je t'avais dit de ne pas déranger de nouveau la Sang-de-Bourbe- »
« Ou bien je perdrais ma position en tant que ton fils ! » l'interrompt Drago, sa voix augmentant sous la fureur. « Oui, je m'en souviens. Je n'ai pas pût oublier ces mots. Sais-tu ce que c'est, de savoir que son propre père accorde plus de valeur à une Sang-de-Bourbe qu'à son propre fils ? »
N'importe quel autre père serait blessé par ces mots. N'importe quel autre père abaisserait sa baguette immédiatement, et étreindrait son fils, tout en lui disant qu'il l'aime plus que tout au monde…
Mais tout ce que Drago reçoit de son père, est un regard froid et sans cœur, alors il continue à parler, d'une voix légèrement tremblante.
« Tu m'as dit ce matin même qu'il faudra que je prenne mon courage à deux mains, alors je l'ai fait » dit-il, avec une certaine fierté dans sa voix. J'ai décidé de savoir une fois pour toutes si mes soupçons étaient fondés ou non. Et il s'avère que j'avais raison, n'est-ce pas ? » dit-il presque triomphant. « Et tu es un menteur et un hypocrite, parce que pendant tout ce temps, tu as baisé une Sang-de-Bourbe dans le dos de ma mère- »
« Expeliar- »
« Protego ! » La baguette de Drago glisse légèrement de ses doigts, mais il resserre son emprise sur elle et parvient à repousser le sort de son père. Père et fils tiennent leur baguette en l'air, se jaugeant l'un l'autre.
Mon cœur bat si fort qu'il va exploser.
Nous nous regardons les uns les autres, et il y a de la rage dure et froide dans leurs yeux gris identiques.
« Je ne t'entends pas le nier, Père » chuchote Drago.
Les lèvres de Lucius s'amincissent. « Quel serait l'intérêt ? Tu connais déjà la vérité, et je ne vais pas insulter ton intelligence en prétendant le contraire. »
Cela me surprend. Pourquoi il n'essaye pas de couvrir la vérité ? C'est un grand stratège, il doit être capable d'arriver à quelque chose…
Il ne peut pas simplement penser que Drago va garder le secret pour nous, si ?
Il a fait ça pour Ron.
Mais c'est différent. Ron m'aime… m'aimait, et je l'aime. Drago… Drago n'a jamais reçu rien d'autre que de la froide condescendance de la part de son père.
« As-tu dit à quelqu'un ce que tu as découvert ? » demande Lucius d'une voix froide et calme.
De la glace ruisselle vers le bas de mon ventre tandis que j'attends sa réponse.
« Non » dit Drago maussade. « Pas encore, en tout cas. »
Lucius soupire d'un soulagement presque inaudible.
Soudain, je peux respirer à nouveau. Au moins, personne d'autre n'est au courant. Peut être qu'il y a encore un espoir pour nous.
« Dis-moi, Père » demande furieusement Drago. Sa baguette est tremblante dans sa main. « Je voudrais savoir une chose : tout ce que tu m'as appris sur la pureté du sang, est-ce que ça a toujours été un mensonge ? »
Le visage de Lucius est dur. « Bien sur que non. »
« Alors pourquoi est-ce que ça ne veut rien dire pour toi ? » La voix de Drago est irritée et rauque d'une colère refoulée. « Tout ce que tu m'as dit sur les traitres à leur sang et les Sang-de-Bourbe, et le devoir des Sang Pur : qu'est-ce que tout ça signifie, si tu finis par baiser la première salope de Sang-de-Bourbe qui croise ton chemin ? »
Drago le pousse trop loin, je le sais. Un muscle se contracte dans la joue de Lucius, et il soulève plus haut sa baguette, mais Drago lève la sienne également.
« Surveille tes paroles » grommelle Lucius.
Drago serre les lèvres, ses yeux étincelant d'un air mutin.
Lucius prend une profonde respiration. « Ce n'était pas des mensonges, Drago » il murmure. « Tout ça est encore vrai. Ce que tu as découvert n'y change rien. »
« Alors elle est différente du reste des Sang-de-Bourbe, c'est ce que tu es en train de dire ? » demande Drago d'une voix dure et moqueuse.
Mais Lucius ne mord pas à l'hameçon. « Je n'ai jamais dis ça » il chuchote presque. « Elle ne m'a pas fait changer d'avis. »
Mais je sais que ce n'est pas vrai, pas vraiment, mais ça me fait encore mal comme de l'acide dans mon âme, et ça me fait penser à comment il fait, après tout ce qui s'est passé, pour se dire encore ce genre de chose, mais… comment peut-il encore dire ça ?
« Ca ne change rien ! » crie Drago. « Je veux dire… elle… elle a mon âge ! » il éclate soudainement. « MON âge, bordel de merde ! Comment peux-tu même… »
Le visage de Lucius est blanc et dur, mais les joues de Drago sont rosées et ses lèvres bougent furieusement.
« Es-tu toujours allé vers des filles assez jeunes pour être ta fille ? » il demande, sa colère excitant sans aucun doute sa bravoure. « As-tu envie de baiser Pansy lorsque je l'invite à la maison pour diner ? »
Lucius respire un petit rire moqueur. « Quoi, cette chose ? » dit-il d'une voix trainante, ses yeux brillant de malice. « Oh elle est intouchable, je peux te rassurer. »
Les yeux de Drago s'éclairent de colère. « Ce n'est pas la question ! J'étais à l'école avec Granger. Elle a… elle n'a que dix-huit ans, pour l'amour de Dieu ! Pourquoi n'es-tu pas au moins attiré par une Sang-de-Bourbe de ton âge ? »
Je me pose pendant une seconde cette question. Ca doit faire bizarre pour Drago, de savoir que son père couche avec quelqu'un qu'il connaît depuis qu'il a onze ans.
Le visage de Lucius est dur, immobile, mais je peux voir la fureur dans ses yeux. « Est-ce que ça aurait rendu la situation meilleure ? » il demande calmement.
Je ne pense pas que Drago sache répondre à cette question. Sa bouche bouge furieusement pendant quelques secondes d'indécision.
A quoi est en train de jouer Lucius ? Pourquoi n'essaye-t-il pas de nous sortir de cette situation ?
Fais lui confiance. Il va vous sortir de là.
« Est-ce qu'elle est la première ? » chuchote Drago, comme s'il n'avait pas vraiment envie de connaître la réponse à cette question. « La première Sang-de-Bourbe, je veux dire. »
Les traits de Lucius se crispent, comme si cette question l'avait insulté. « Oui » il répond durement. « Bien sur. »
Oh, quel honneur, je pense amèrement.
Cela ne semble pas suffisant pour Drago. « Est-ce que ma mère le sait ? » il demande.
Lucius secoue la tête sous l'irritation. « Bien sur que non. Penses-tu vraiment que je serais heureux de l'insulter en lui permettant de découvrir que son mari et une- »
Il s'arrête, ses paroles disparaissant dans les airs, parce que c'est apparemment encore trop répugnant pour lui de mettre des mots sur ce qu'il fait, merci beaucoup Lucius.
Mais Drago se contente de lancer un regard noir à son père. « Ne l'as-tu pas déjà insultée ? » il siffle. « Le fait qu'elle ne le sache pas, ne veut pas dire qu'il ne se passe rien, si ? »
L'emprise de Lucius sur sa baguette se resserre et la propre baguette de Drago se soulève de quelques millimètres. Aucun d'entre eux n'a de couleur sur le visage.
« Je… je ne comprends pas ! » chuchote Drago. « Est-ce que tu réalises vraiment ce qui t'arrivera si tu es découvert ? »
Lucius regarde froidement son fils. « Ton arrogance est écrasante » il murmure. « Tu sembles oublier que je suis un Mangemort depuis bien plus longtemps que toi. »
Il fait une pause, ses yeux se rétrécissant, et je réalise alors que même après ce qu'il s'est passé, son arrogance ne permettra pas à sa fierté d'être insultée.
« Ne me fais pas la morale sur un monde que je connais bien mieux que toi, Drago. » Sa voix est venimeuse. « Bien sur que je sais ce qu'il m'arrivera si nous sommes découverts. »
Drago montre les dents dans un rictus incrédule.
« Pourquoi te mets-tu autant en danger pour elle ? » il siffle d'incompréhension. « Comment peut-elle valoir tous ces problèmes ? Elle n'a rien pour elle ! Elle est laide, elle est irritante, elle est arrogante- »
« Et courageuse, intelligente, et forte. »
Un long silence se déploie entre nous trois.
Je regarde Lucius incrédule, bouche bée.
Il fronce légèrement les sourcils, comme s'il n'arrivait pas vraiment à croire ce qu'il venait de dire.
Drago grimace comme s'il venait d'avaler une poignée de sel.
« Oh » dit-il d'une voix étrangement serrée. « Oh, je vois. Donc c'est ce qui la rend intéressante, n'est-ce pas ? »
Les jointures de Lucius blanchissent alors qu'il resserre son emprise sur sa baguette.
Drago regarde la main de son père avec méfiance, avant qu'il ne le regarde durement dans les yeux et ne commence à parler.
« Il ne se passera pas longtemps avant que tu ne sois découvert, Père, tu sais cela ? » il murmure.
Le visage de Lucius reste admirablement ferme. Je ne sais pas comment il fait. Mon estomac se rétracte si vite que je sens que je vais être malade dans la minute.
« Tu me sous-estime, je le crains » il marmonne d'une voix dure comme l'acier. « Je sais ce que je fais, et comment nous protéger- »
« Vraiment ? » ricane Drago en se moquant de son père, quelque chose qu'il n'aurait jamais osé faire il n'y a pas si longtemps. « Et bien, je pense que tu vas t'apercevoir que vous n'êtes pas aussi protégés que tu ne sembles le croire. »
La terreur s'insinue en moi comme un coup de poing. Ma respiration coupée par la peur, je regarde Lucius. Son visage est aussi blanc que de la craie.
« Qu'entends-tu par là ? » il lui demande, ses lèvres bougeant à peine.
Les lèvres de Drago se redressent dans un sourire fragile. « Allons. » Il tente une voix trainante digne de son père. Mais il échoue, bien sur. « Ne me dis pas que tu n'as pas deviné pourquoi Avery a été envoyé ici ? »
Durant un instant, je ne peux plus entendre la respiration de Lucius.
Mon cerveau s'arrête sous la peur. Une seule et unique pensée me vient à l'esprit : Avery sait, Avery sait…
« En es-tu certain ? » demande Lucius.
« Certain » répond triomphalement Drago. « Tante Bella m'a avoué il y a quelques jours que Avery lui avait confié que le Seigneur des Ténèbres l'a envoyé ici pour garder un œil sur toi et sur ta relation avec… avec elle. » Il crache ce dernier mot avec dégout. « Et si tu continues avec elle, alors ce ne sera plus qu'une question de temps avant que vous ne soyez découverts. Est-ce que tu vas mettre ta vie en jeu pour une Sang-de-Bourbe ? »
Merde. Oh merde, je le savais ! Je savais que Avery savait, et j'ai essayé de le dire à Lucius, j'ai essayé… Oh mon Dieu, pourquoi ne m'a-t-il pas écouté ?
Qu'est-ce que nous allons faire ?
Sans réfléchir, je me tourne vers Lucius, lui saisissant le bras. Son visage livide, dur sous la peur et la résignation, ne se détourne pas de son fils.
« Il ne peut pas savoir Lucius, si ? » je baragouine frénétiquement. « Je veux dire, il le soupçonne, ça on le savait déjà, mais il ne peut pas savoir- »
« TA GUEULE, GRANGER ! » crie Drago. Je me tourne automatiquement vers lui. Il a des taches de salive sur le menton. « Garde ta sale bouche fermée pour une fois ! Et comment oses-tu toucher mon père juste devant moi ? Endolo- »
« Protego ! » Lucius fait rebondir le sort, rapide comme l'éclair.
Et sans même penser à ce que je fais, j'agrippe instinctivement la main de Lucius en guise de reconnaissance.
Drago voit cela bien sur. Ses yeux se rétrécissent durant un instant dans deux fentes étroites, avant qu'il ne semble s'affaisser tout à coup.
« Tu es en plein apprentissage, Drago » dit Lucius de sa voix froide et trainante. « Et tu sembles déjà t'améliorer. Tu as failli me prendre par surprise. »
Drago fixe son père les yeux rétrécis. « Oui, je sais bien ce que ça fait. » il marmonne.
Je vois Drago inspirer profondément sans quitter le visage de son père.
J'enlève ma main de celle de Lucius.
« Sais-tu ce que ça fait de voir ses valeurs brisées par la seule personne qui te les a initialement appris ? » il murmure. « As-tu la moindre idée de ce que je ressens ? Tu m'as trahi, Père. »
Lucius prend une profonde inspiration par le nez.
« Ce n'est aucunement de ma faute si tu ressens cela » il marmonne. « Tu mets bien trop de confiance dans les autres, Drago. Je t'ai déjà dit maintes et maintes fois de ne pas le faire. Tu devrais avoir compris depuis longtemps que tu ne peux compter que sur toi même dans ce monde, parce que tout le monde finira par te trahir, même si c'est à contre cœur parfois. »
Je me sens gelée, mais ce n'est rien comparé à ce que doit ressentir Drago. Il regarde désespérément le visage de son père.
Pourquoi Lucius n'arrive simplement pas à voir que son fils l'aime ? Ou bien s'il le sait déjà, alors pourquoi ne lui montre-t-il pas son affection ?
Drago avale durement. Tandis que ses yeux commencent à briller de larmes, une rougeur d'humiliation apparaît sur ses joues.
« Pourquoi ce que je fais n'est jamais assez pour toi ? » Sa voix tremble d'une angoisse réprimée. Je me rends compte qu'il souhaite dire cela depuis des années.
Lucius le regarde froidement. Il ne lui offre aucun réconfort. « Que veux-tu dire ? »
Drago prend une profonde inspiration par le nez, pour essayer de se calmer.
J'aimerais pouvoir me dissoudre dans le sol. Je ne devrais pas être ici en cet instant, je sais que je ne devrais pas.
« Tout ce que j'ai toujours essayé de faire n'a jamais été à la hauteur de tes attentes pour te rendre fier ! » Sa voix tremble malgré ses efforts pour la garder stable. « Et ça n'a jamais été assez, jamais. Et maintenant, je me rends compte que tout ça était une perte de temps ! »
Lucius lève les yeux au ciel. « Tu peux réprimander les erreurs que j'ai fait avec la Sang-de-Bourbe si tu veux, Drago » dit-il d'une voix trainante. « Mais arrête de minauder sur le reste, je ne vais pas le supporter. »
Drago le regarde comme si son père l'avait frappé.
Je ne peux m'empêcher de me sentir désolée pour lui. Si Lucius voulait juste… oh je ne sais pas, consoler Drago ou quelque chose comme ça, ou même juste lui dire qu'il l'aime, alors ça compenserait sans aucun doute toutes les déceptions que Drago ressent en ce moment.
Mais au lieu de cela, tout ce qu'il obtient est un regard froid, un sourcil légèrement relevé, et des yeux plissés.
Il serre ses lèvres un instant, semblant lutter contre lui même, avant qu'il n'éclate finalement -
« As-tu la moindre idée de ce que ça fait de grandir sous ton ombre ? Tout ce qu'on m'a appris, c'est qu'un jour je suivrais tes traces. Toi même me l'a dit maintes et maintes fois que lorsque le Seigneur des Ténèbres sera revenu au pouvoir, je devrais le servir comme toi tu l'avais fait. Tu me le dis depuis que je suis en âge de parler ! »
Et sans même réfléchir à ce que je fais, je fais un pas en avant, les mots s'échappant de ma gorge avant même que j'y réfléchisse.
« Drago, ce chemin n'est pas obligatoire ! » je murmure, terrorisée par le danger que quelqu'un d'autre n'entende la conversation. « Ton père est peut être irrécupérable, mais toi tu ne l'est pas. Tu peux devenir une meilleure personne que lui ! »
Drago se tourne vers moi avec un regard de haine absolue. Non plus seulement de la fureur, mais du dégout pur…
Mais sa baguette ne suit pas son regard. Elle reste là où elle est, pointée vers son père.
Je sens Lucius se rapprocher de moi dans mon dos, sa baguette toujours levée, et les yeux de Drago étincellent lorsqu'il le voit.
« Une meilleure personne ? » il me crache ces paroles. « Quoi, comme toi, tu veux dire ? Tu es tellement hypocrite, Granger. Qui es-tu pour me faire la leçon sur ce qui est bien ou mal, après ce que tu as fait à ma mère ? »
Je referme ma bouche comme un piège sous l'humiliation, parce qu'il a raison. Je ne peux prétendre d'aucune autorité morale sur lui, plus maintenant. Et pas seulement à cause de ce que j'ai fait à sa mère. Il y a aussi ce vieux et sombre secret entre Lucius et moi : je suis devenue une meurtrière pour sauver sa vie.
Un regard dur de défiance apparaît dans les yeux de Drago alors qu'il se détourne de moi pour faire face à Lucius. Je ne l'avais jamais remarqué avant, mais ses yeux sont presque aussi expressifs que ceux de son père.
« Pourquoi devrais-je garder ce secret pour toi ? » il murmure.
Lucius soulève légèrement la tête. Je peux sentir que son père essaye de garder son sang-froid.
« Tu suggères par là qu'il pourrait en être autrement ? » il lui demande calmement.
La peur sur le visage de Drago se transforme lentement en rage froide.
« Tu m'as déjà dit plusieurs fois que la loyauté pour la cause des Sang Pur devait passer au delà des liens familiaux. » Il est essoufflé, mais qui ne le serait pas sous la colère et la peur ? « Tu as toujours été très dur avec la tante Andromeda et sa famille. Mais… Mais pourquoi cette même règle ne s'appliquerait pas pour toi ? »
Oh mon Dieu. Il va vraiment le faire. Il va nous condamner moi et son père, pour se venger des nombreuses années de négligence de la part de Lucius.
Je tremble. Je tremble vraiment. Et je ne peux demander à Lucius de me tenir dans ses bras pour que tout aille mieux, parce que ça ne ferait qu'empirer les choses.
L'expression de Lucius est inébranlable. Après tout, il est maitre dans l'art de cacher ses émotions.
« Si tu veux dire au Seigneur des Ténèbres ce que tu as découvert, alors je ne t'en empêcherais pas. »
Pour l'amour de Dieu, ne va-t-il même pas essayer de l'arrêter ?
Mais… non. Je sais ce qu'il est en train de faire. Il est en train de faire du bluff. C'est un grand stratège. Son fils ne pourra jamais rivaliser avec lui.
C'est pourquoi sa voix refuse de trembler, alors même que celle de Drago vacille.
Drago hésite, sa baguette tremble furieusement dans sa main, et Lucius tire avantage de son indécision.
« Mais tu dois réaliser Drago, que si tu décides de lui dire, alors tu n'auras plus de père » il murmure. « Ma vie, ainsi que celle de la Sang-de-Bourbe, sera finie dans la seconde où le Seigneur des Ténèbres prononcera le sortilège de la mort. »
Le visage déjà très pale de Drago se transforme en marbre blanc, mais il semble tenir bon.
« Je sais ça ! » il siffle. « Je ne suis pas stupide, Père ! »
« Ais-je suggéré que tu l'étais ? »
Il y a un filet d'urgence dans la voix de Lucius. Si petit et si fin qu'il passerait inaperçu pour quelqu'un qui ne le connait pas bien.
Mais… Mais il m'a dit il y a déjà longtemps, qu'il n'avait pas peur de mourir. Qu'il y avait des choses bien pires que la mort, et que avoir peur de la mort serait un mauvais point pour un Mangemort…
Alors pourquoi semble-t-il si préoccupé par le fait de mourir maintenant ?
Parce qu'il n'y a plus seulement que sa vie à lui qui est en jeu…
Mais… Mais ça voudrait dire…
Penses-y. Si tu venais à mourir, qu'est-ce qui lui resterait ? Tu as pris tout le reste.
La baguette de Drago semble faiblir un instant.
« Je devrais lui dire » il marmonne d'une voix désespérée. « Je sais que tu ferais la même chose si nos rôles étaient inversés. »
Mon souffle se gèle dans mes poumons par la terreur. Oh non, je ne veux pas mourir… Je ne veux pas qu'il meure…
Lucius ne donne aucune réaction. Son visage est un masque vide.
La baguette de Drago s'abaisse encore et encore, lentement, jusqu'à ce qu'elle repose finalement à côté de son corps.
« Mais… Mais je ne peux pas condamner mon propre père… Si ? »
Les larmes coulent lentement sur ses joues. Je me sens comme si je regardais quelque chose d'indécent. Drago Malefoy ne pleure pas. Ou s'il le fait, il ne souhaite certainement pas qu'une Sang-de-Bourbe qui a détruit la totalité de ses illusions puisse le voir.
Le visage de Lucius ne vacille même pas. La seule chose qu'on peut voir est du mépris.
Drago avale difficilement, et sa voix tremble lorsqu'il parle à nouveau.
« Je… Je ne peux pas. » Il fait un pas minuscule vers son père, les yeux brillants. « Je ne peux pas te faire ça. Je ferais n'importe quoi pour toi, Père, tu le sais ! »
C'est comme regarder un petit chiot qui fixe désespérément son maitre après qu'il l'ai abandonné.
Je peux sentir des larmes de sympathie apparaître au fond de ma propre gorge.
Mais Lucius n'a aucune sympathie, aucune pitié. Son visage est dur comme la pierre.
« Parfois je me demande si je t'ai vraiment enseigné quelque chose, Drago. Tu n'as apparemment toujours pas compris qu'il ne faut jamais baisser ta baguette face à ton adversaire » il marmonne, et, rapide comme l'éclair, il effectue un petit mouvement de baguette vers son fils, son propre fils. « Stupefix ! »
Quoi… Quoi ?
Le choc ne disparaît pas du visage de Drago tandis qu'il tombe à la renverse, s'effondrant au sol, inconscient.
Je regarde médusée Lucius marcher vers son fils, alors qu'il pointe sa baguette sur lui, son visage trahissant son soulagement suprême.
« Oubliettes ! »
Les yeux de Drago s'agitent un instant avant qu'ils ne se ferment une nouvelle fois, sa mémoire effacée à jamais.
