Bonjour tout le monde, avec ce beau soleil qui soigne mon rhume, voici un nouveau one-shot. Je le dédie plus particulièrement à Lily, fan invétérée de Jordane =) Vous allez donc avoir le premier point de vue de la petite Jordane, qui a de bien drôles d'idées parfois !
Ces O.S filent et la fin se rapproche, vous savez pas le cafard d'enfer que ça me colle quand j'envisage mes brouillons et mes plans pour la fin!
Mais merci à vous toutes d'être encore là : corail, Samystère, lia3011, Joeymalia42, AuroreAthena, Miss Lunatik, Erika Shoval, Titie, Nini Hathaway, fan-par-hasard21, Lily Pattsy (T'inquiète pas, je recherchais pas de belles phrases pour les questions sur Alice, je voulais surtout des réactions spontanées, ça m'aide mieux!), Lily-Rose-Bella, PrincessCC (Je te remercie :)), minette292, Morgane Lapiaf8, twilight-I-love-you, coco-des-iles, SweetyMarie, vinie65, Galswinthe, Lareveuse15, Imaginaire-de-kiki, Grazie, MaCha1983 (D'habitude j'évite d'expliquer ce que j'ai vécu ou pas quand j'écris, mais je tenais à le faire pour l'histoire d'Elise, pour que certaines puissent comprendre qu'on peut avoir des parents géniaux -et dieu sait combien les miens le sont, mais que ça ne les empêche pas de se tromper parfois...), ousna, Cullen's Familly, LolaMiSweetlove, mamoure21, maielle malone (je ne pense pas effectivement que beaucoup de parents demandent à leurs enfants ce qu'ils pensent du fait d'avoir un autre frère ou une autre soeur... mais ça arrive!), Pauline, melacullen, aude77 (mdrr navrée pour ta voisine et ta flûte, mais quand ton petit Bastien sera là, pense à te venger à lui offrant un tambour :D), callie226, emichlo, veronika crepuscule, sarinette60, Maya. Melanie, Lenerol (Je te confirme, je suis aussi une petite-fille très attachée à son grand-père & je sais que la réciproque est vraie), Ilonka, katner, Butterfly971, mel031, Mariefandetwilight, twilight-poison (tu vas me faire rougir mdr), bichou85, aelita48, chriwyatt, Lily-pixie (Non laisse tomber j'me suis occupée de Jasper :D), Annouk, lena -lna933-, tiphaine martin.
Pour ce nouvel O.-S, j'ai aussi fait appel à des trucs qui me sont arrivés, pas forcément de la même façon mais j'ai aussi vécu une certaine partie de l'histoire. C'est d'ailleurs étrange de s'y recoller, parce que je n'avais plus écrit un truc que j'ai vécu depuis Jardin Secret et l'histoire d'Alice donc bon... mais ça fait une psychanalyse et ça fait du bien lol.
Je vous laisse sur cette lecture, je vous embrasse,
bon mercredi à vous
prenez soin de vous
Tiffany.
-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-
POV JORDANE :
Moi, je m'ennuie trop trop ! Papa et Elise ils me cassent la tête avec le piano. Ca pue le piano ! Maman elle est déjà au dodo mais moi j'ai trop rien à faire ! D'habitude Elise elle joue avec moi des fois avec mes poupées, et les siennes aussi parce qu'elles sont jolies et que je les aime bien. Mais maintenant que elle a encore un concours de piano là, elle joue plus jamais le soir ! Papa la fait travailler tout le temps !
Ils font toujours que de la musique ! C'est pénible à force, moi aussi je sais faire de la musique. A l'école, on a fabriqué un bâton de pluie et la maîtresse nous apprend à jouer la flûte. Moi aussi je veux faire de la musique !
J'ai pris ma flûte et puis mon bâton. Elise elle jouait un joli morceau mais je suis sûre que avec la flûte et le bâton de pluie ça sera mieux encore ! J'ai commencé à souffler dans la flûte et à bouger le bâton en marchant autour du piano et dans le salon.
Ah oui c'est mieux la musique comme ça ! Vraiment trop mieux ! Je vais aller faire le concours avec Elise comme ça elle gagnera maintenant !
- Jordane, arrête ça ! Elise doit travailler !
- Mais papa écoute regarde je fais bien la musique avec toi et ma soeur !
J'ai sifflé encore, peut-être que papa il a pas bien entendu. Papa, c'est un musicien alors il aime le bruit de la musique.
- Arrête Jordane ! Tu me déconcentres !
Elle est nulle ma soeur ! Moi j'aime la flûte, alors je joue de la flûte !
- JORDANE ! STOP ! Va jouer dans ta chambre mais ne nous embête pas s'il te plaît !
- Oh mais pffff t'es nul papa ! Je fais de la musique pour toi et t'aimes pas ben t'y connais rien !
Je suis allée voir maman dans sa chambre, parce que maman elle aime la musique que je fais ! Ma maman elle est dans son lit et elle fait de la lecture. J'ai claqué la porte, parce que je suis trop énervée maintenant !
- T'es pas dans ta chambre mon coeur ?
- Non ! J'ai voulu faire de la musique mais papa il m'a fâché !
Maman elle m'a dit de venir m'allonger avec elle. Moi j'aime bien aller au lit avec maman, elle est gentille maman. Pas comme papa qui aime pas ma musique ! Il comprend rien !
- Tu as encore embêté papa et Elise ?
- Mais non maman ! Je veux faire de la musique avec eux mais j'aime pas le piano ! Alors j'ai fait de la flûte et du baton de pluie, c'est mieux !
- Quand papa et Elise font du piano, il ne faut pas faire de bruit, ta soeur a un concours encore bientôt, elle doit travailler un peu...
- Mais je voulais l'aider !
Maman elle m'a fait un câlin.
- Je sais chérie...
- T'aimes bien moi quand je joue de la flûte, hein maman ?
- Oui mon coeur ! Bien sûr que j'aime t'écouter !
Alors je vais jouer pour maman ! J'ai soufflé dans ma flûte, ça a fait beaucoup de bruits bizarres et maman elle a fait une grimace un peu mais elle a sourit. Elle aime bien la musique maman !
- T'aimes quand je fais de la musique maman ?
- Ohhh oui ma chérie ! J'adore quand tu joues de la flûte !
Ah ben ça c'est gentil alors je vais lui faire plaisir à ma maman ! Du coup ben j'ai joué un peu la flûte.
- Euh... Jordane ma chérie ! Tu ne veux pas me montrer plutôt comment marche ce joli bâton de pluie ?
- Oh si regarde !
J'ai posé la flûte et j'ai tourné le baton un peu dans tous les sens pour que maman elle comprenne comment ça marche. Puis elle a essayé aussi.
- Il est très joli, ça fait un bruit très agréable...
On a fait tourner un peu longtemps le bâton toutes les deux et j'aimais bien.
- On a bien fait de te faire couper les cheveux Jordane, ça te va bien...
Maintenant, j'ai les cheveux qui m'arrivent au-dessus des épaules. Tatie Rose elle appelle ça un carré et elle a voulu faire pareil avec Leane, mais Leane elle a pas trop voulu, elle a préféré garder des cheveux longs.
- Tu ressembles vraiment à une petite fille maintenant...
- Tu te fais pas couper les cheveux toi maman ?
- Non, ça ne me va pas bien si je coupe comme toi... Je trouve que c'est pas joli sur moi !
Maman elle est trop jolie !
- T'es belle maman...
- Merci ma chérie... Toi aussi, tu es la plus jolie des petites filles !
- Et Elise ?
- Elise aussi, mais elle est plus grande que toi ! Vous êtes toutes les deux les plus belles filles de la terre !
- Je suis plus jolie que Leane ?
- Pour moi oui ! Mais j'aime aussi Leane beaucoup !
- Parce que tu es sa tatie ?
- Oui, voilà...
- Moi Leane je la trouve trop jolie ! Elle est toujours trop bien coiffée !
- Tu es belle aussi mon coeur !
- A l'école les autres des fois ils m'appellent carotte parce que j'ai les cheveux orange !
- Ce sont des coquins ! Et puis tu es rousse comme ton papa... La prochaine fois, tu leur diras à l'école qu'il y a toujours quelqu'un pour aimer les roux, parce que moi j'aime ton papa très fort même s'il est brun roux... Tu tiens de lui !
Mais personne m'aime, moi !
- J'ai pas de chéri ! C'est quand qu'on a un chéri ?
- Tu peux avoir un chéri n'importe quand...
- Elise, son chéri c'est Kevin ! Pourquoi c'est son chéri ?
- Parce qu'elle le trouve beau et qu'elle s'entend bien avec lui... Il n'y a pas un garçon qui te plaît dans ta classe ?
- Si, mais faut pas le dire sinon tout le monde à l'école il va encore rigoler !
- Promis, je ne dirai rien !
- Je trouve que Maxim il est trop beau !
- C'est vrai que Maxim est un beau garçon ! Tu as très bon goût ma puce !
- Mais j'aime bien aussi Leo ! C'est le seul qui rigole pas quand les autres m'appellent carotte !
- Ah ben tu vois... Regarde, tu as deux chéris toi alors !
- Ah oui c'est vrai, un et un ça fait deux !
- Voilà...
Je me suis couchée avec maman et elle m'a fait un câlin mais on a entendu Elise et papa parler fort. Ils se fâchent. Maman elle a levé la tête.
- Papa j'en ai marre...
- Le concours est dans quinze jours ! Après, tu seras tranquille...
- Non, j'en ai marre je veux dormir !
Elise elle est rentrée dans la chambre de maman et elle pleurait.
- J'en ai marre maman il m'énerve papa !
Maman l'a pris dans ses bras. J'aime pas que ma soeur elle pleure ! Ca me rend triste et j'ai envie de pleurer aussi !
- Qu'est-ce qui se passe ?
- Je suis fatiguée j'ai envie de jouer et de dormir mais papa il veut que je continue le piano !
- Elise ! Allez viens chérie... On fait une pause et tu joues une dernière fois le morceau entier, après je te laisse tranquille !
- Non Edward ! Il est 22h30, elle devrait dormir depuis une heure déjà !
- Ca va lui prendre deux minutes ! Elle a bien travaillé ce soir !
- Edward, j'ai dit non ! Bon sang, elle a onze ans !
- Bon ben tant pis ! Si elle n'est pas prête pour le concours, vous viendrez pas dire que je ne vous aurais pas prévenues !
- JE VEUX PLUS LE FAIRE TON CONCOURS C'EST TROP NUL J'AIME PLUS FAIRE DU PIANO AVEC TOI ! T'ES NUL ET T'ES PENIBLE ! TU M'ENERVES HEIN !
Comment elle parle à papa ! C'est pas bien ! Faut pas crier après papa et maman comme ça !
- Olala Elise, faut pas parler comme ça ! C'est pas bien !
- Tais-toi tu m'énerves !
Elise elle continue à pleurer et maman la garde dans ses bras.
- Heh heh, on se calme les filles... Il est très tard, il y a des voisins qui dorment, je ne veux pas que vous vous mettiez à crier, vous le savez ça !
- Mais c'est Elise qu'a commencé à crier après papa !
- Jordane !
C'est pas juste ! Je me fais toujours fâcher ! Papa s'est approché.
- Bon c'est pas grave Elise... On va s'arrêter pour ce soir, demain tu ne feras pas de piano et on reprendra lundi, d'accord ?
- NON ! Je veux plus faire du piano ! Je veux pas faire ce concours, j'en ai marre !
Maman elle berçait Elise contre elle et embrassait son front. Papa il a soufflé et il est parti dans le salon. Alors ma maman elle a installé Elise dans le lit et nous a fait des bisous.
- Soyez sages mes chéries, restez toutes les deux... Maman doit aller parler à Papa... Essayez de vous endormir...
- Maman, tu veux pas lire une histoire ?
Si j'ai pas mon histoire, je fais mal dodo !
- Je vais d'abord parler avec Papa, il a besoin de discuter avec un adulte... Mais essayez de vous endormir... Elise chérie, arrête de pleurer mon coeur...
- Je veux plus faire de piano maman...
- D'accord... Je vais parler à papa...
Elle a quitté la chambre et je suis restée avec ma soeur.
- Pourquoi tu veux plus faire du piano Elise ?
- Parce que papa il veut trop que j'en fasse tout le temps ! Et moi je veux pas ! Toi t'as de la chance tu peux jouer le soir, mais moi je peux plus ! J'en ai marre !
- En plus le piano moi ça m'agace ! J'aime pas, ça m'empêche de faire dodo et quand je fais un peu de lecture avec maman ben j'y arrive pas !
- Moi je sais bien lire maintenant !
- Moi j'y arrive pas trop encore mais chez mamie j'ai lu ce que y avait marqué sur la bouteille de lait et mamie elle était trop contente !
Ma soeur elle a reniflé.
- T'es triste encore ?
- Oui... En plus j'ai crié après papa je vais me faire fâcher !
- Peut-être que maman va lui dire de pas se fâcher...
- Je vais quand même être punie ! J'aurai pas de bonbons peut-être...
- Bah c'est pas grave je te donnerai des miens mais faudra pas le dire sinon je me ferai punir aussi !
- T'es trop gentille Jordane !
Elise, elle m'a fait un bisou après. J'aime bien des fois quand ma soeur elle me fait des bisous.
- Mais je te les donnerai avant qu'on ait un petit frère ou une petite soeur parce que sinon on en aura moins après s'il faut lui donner !
- Au début ça sera un bébé et toi quand t'étais bébé tu mangeais pas des bonbons !
- J'ai pas mangé des bonbons ?
- Non, tu buvais que du lait dans un biberon, tout le temps ! Des fois je te le donnais quand maman elle voulait bien !
- Beurk ! Pourquoi elle me donnait pas de bonbons ?
- Parce que t'avais pas de dents comme maintenant...
L'autre jour, la petite souris elle est passée parce que j'ai tombé une dent. Mais si je les tombe toutes, je vais plus pouvoir manger de bonbons et je vais boire au biberon encore ?
- Mais si j'ai plus mes dents maintenant ben tu crois que maman elle va me donner le biberon ?
Elise, elle a rigolé.
- Mais naan ! Quand tu tombes tes petites dents, c'est que la grosse dent elle pousse derrière, alors t'auras encore des bonbons !
- Ah ouuuffff ! Je préfère que ça soit le bébé de maman et papa qui boit du biberon parce que maintenant, je suis trop grande pour ça !
- Oui !
Elise elle a commencé à faire dodo.
- Elise ?
- Quoi ?
- Tu crois qu'on va bientôt l'avoir le bébé à la maison ?
- Maman elle l'a pas dit encore... alors je sais pas ! C'est long des fois !
- Moi je veux pas trop un bébé, ça pleure tout le temps et ça fait caca dans la couche alors après ça pue ! En plus, ben ils vont le mettre où le bébé ?
- Dans une chambre !
- Mais y en a plus ! Tu crois qu'ils vont lui donner ma chambre ?
- Non ! Jordane, je suis fatiguée !
- Moi pas trop...
- Jordane, arrête de parler !
J'aime pas quand on parle pas... Le silence, ça fait mal à la tête !
..::..
POV EDWARD :
Je me laissais glisser au sol pour m'asseoir par terre, le dos contre le canapé. Elise veut arrêter... alors qu'elle a tant de talent en elle... Elise veut arrêter le piano... J'ai échoué. J'ai poussé trop loin ma petite fille alors que, de toute évidence, elle est née pour jouer de cet instrument... Elle avait eu cette médaille d'or à Seattle, et elle maîtrisait très bien les morceaux à présenter au prochain concours... Elle veut tout arrêter !
«T'es nul... tu m'énerves... Je veux plus faire de piano avec toi...»
J'ai poussé ma fille à bout. Et la voilà aux portes de la pré-adolescence, du haut de ses onze ans, à me renvoyer mes conneries. En pleine gueule. Prends ça dans ta tronche mais surtout, ne réponds rien... Jamais nos filles n'avaient de mots trop hauts envers nous, c'est une valeur que nous leur avions inculqué : le respect parental. Mais nous leur avions aussi appris à ce qu'elles manifestent calmement, dans un climat apaisant, ce qui ne leur convenait pas que ce soit dans notre vie ou dans notre façon d'agir. C'est la première fois qu'Elise me hurle dessus ainsi... et elle pleurait.
La porte de la chambre s'ouvrait et Bella me rejoignit en soupirant.
- Je ne vais pas te dire que je t'avais mis en garde... souffla-t-elle.
Elle s'installait sur le sofa derrière moi, ses jambes de chaque côté de mon dos.
- Je sais Bella... J'suis mauvais !
Ses mains se posèrent sur mes épaules.
- Tu n'es pas mauvais, Edward... C'est juste que tu as trop insisté et que tu as trop exigé d'elle... Ce n'est qu'une enfant, il faut qu'elle s'amuse...
- A son âge, Claude me faisait bosser encore plus...
- Edward... Tu ne peux pas exiger d'Elise la même chose que toi... Tu ne peux pas te projetter sur elle de la sorte. Toi, tu as toujours voulu être pianiste, mais sais-tu le métier que ta fille envisage au moins ?
Le trou. Le néant. Je n'avais pas de réponse à ça... et ça me faisait encore plus chier parce que... parce que je sais tout de ma fille, mais que ces derniers temps, j'ai été trop omnubilé par l'idée de la voir derrière un piano... à tel point que j'en ai oublié de m'intéresser à ce qu'elle traverse...
- Putain, j'suis un nase !
- Non Edward ! Shhh... Ecoute-moi... tu as trop mis de pression sur ses petites épaules... Tu n'es plus seulement son père maintenant, tu es son professeur... Tu lui enseignes une matière sur laquelle tu as un niveau bien supérieur à la plupart de tes semblables... C'est impressionnant pour elle, même intimidant ! Quand tu es derrière ce piano, tu n'es plus son papa... tu es cet «idole» et elle a peur, parce qu'elle n'a pas la même exigence que toi envers la musique... Tout simplement !
Comment avais-je fait pour ne plus être ce père ? Tout m'avait pourtant semblé si naturel et instinctif...
- Elle semblait si heureuse d'apprendre le piano...
- Elle l'était sûrement... Elle partageait ça avec toi... mais pas avec la même intensité. Tu comprends ?
- Qu'est-ce qui m'est arrivé, Bella ?
Elle soupirait et appuyait son visage dans le creux de ma clavicule, ses bras encerclant ma cage thoracique.
- Tu veux savoir ce que j'en pense ?
J'opinais. Bella est toujours clairvoyante. Et intelligente. Elle «sait» mieux que quiconque, même mieux que moi-même, ce qui peut m'arriver.
- Bien sûr...
- Je crois qu'enseigner la musique te manque... Tu es un super directeur de conservatoire, mais tu as perdu une part de toi en rendant ta casquette de professeur...
- J'ai des responsabilités maintenant !
- Je sais... Mais force est de constater que tu aimais ce métier, davantage que celui de directeur...
Elle dit vrai.
- Claude m'a confié cette tâche et...
- Oui, mais Claude voulait avant tout que tu fasses ce qui te plaît réellement. Il t'a aimé profondément, comme un fils, et il voulait avant tout que tu sois heureux et épanoui. Si telle était son envie, je crois que tu devrais reprendre l'enseignement.
- Je ne veux pas laisser son Conservatoire à l'abandon !
- Tu peux en rester le directeur, mais apprendre à déléguer, ne serait-ce que quelques heures par semaine. Engage un assistant, ou donne plus de travail à tes responsables administratifs...
- Je ne pourrai pas suivre les élèves avec assiduité !
- Alors, instaure des cours particuliers pour ceux qui soit ont un peu de difficultés à assimiler certaines techniques, soit pour ceux qui préparent de grosses échéances, auquel cas tu peux les conseiller, leur faire part de ton expérience... Ce sera gratifiant, tu enseigneras tout en respectant la volonté de Claude...
Son idée n'est pas idiote ! Pas idiote du tout... en engageant une tête supplémentaire, je pourrai me débarrasser de certaines paperasses complexes et aménager des horaires de soutien... et ainsi continuer d'enseigner...
- J'en parlerai aux autres demain...
- Je crois que c'est le meilleur pour toi !
Elle se penchait contre moi et embrassait ma joue.
- Merci Bella...
- J'aurais dû parler de ça avant avec toi...
- Elise me déteste, pas vrai ?
- Elle est fatiguée, et en colère. Elle ne veut plus faire de piano...
- Elle avait trouvé quelque chose qu'elle aimait, et j'ai tout cassé !
- Non... Laisse-là juste faire ce que font toutes les petites filles de onze ans : s'amuser, ne pas être trop sérieuses... Il faut absolument que tu la laisses grandir. Elle va devenir une jeune fille bientôt, et elle découvrira un autre monde... Il ne faut pas l'y précipiter trop tôt. Elle doit prendre le temps de jouer avec ses poupées, ses figurines pour que le jour où elle estimera ne plus vouloir jouer, elle ne se sente pas «oppressée» par ce choix.
Elle a déjà onze ans... Bientôt, elle sera au collège...
- Comment tu fais pour la comprendre comme ça ?
- Je sais comment j'ai réagis... Je sais que quand je suis entrée au collège, tout le monde dans mon entourage me disait : ça y est, tu es une grande, tu es une jeune femme. Te voilà bientôt chez les adultes. Ca m'a obsédée pendant des semaines... Un jour je suis rentrée dans ma chambre après une journée au collège en sixième, et j'ai voulu jouer tout simplement. J'ai repensé à tout ça et je me suis dit que comme je serai bientôt une femme, je ne devais plus jouer. Que jouer aux poupées, c'est pour les petites filles. Il n'y a eu que quelques exceptions où je me cachais sous mes draps pour jouer avec mes poupées... mais je me sentais nulle de faire ça. Et puis j'ai toujours regretté maintenant d'avoir eu honte de jouer. Dans le fond, je ne faisais rien de mal... Je l'ai réalisé quand j'ai eu dix-huit ans. Un jour, je suis allée dans un magasin de jouets et j'avais très envie d'avoir ces belles barbies bien habillées et souriantes... Elles représentaient un monde d'innocence et de sourires. J'avais déjà été violée, et je voulais rejouer. J'ai acheté une poupée, j'étais heureuse. C'était pathétique mais j'en ai eu besoin... Je suis allée dans ma chambre, je me suis mise sous mon lit et j'ai joué mais la magie n'a pris que quelques minutes... Dix tout au plus... Et ce jour-là, je me suis dit que c'était trop tard... Je n'ai jamais pris le temps de devenir grande, j'ai l'impression de l'être depuis toujours...
Bella avait beaucoup souffert, de beaucoup de choses. Et quand je vois qu'après plus de dix ans, j'apprends encore des anecdotes sur elle, sur sa façon de penser, je me dis qu'elle a tant à cacher...
- Et grâce à toi, je suis devenue maman à 22 ans, mais c'est tôt par rapport à une moyenne normale. Je suis très heureuse de l'avoir été, mais ça me renforce dans l'idée que tout a été très rapide dans ma vie. Cette vitesse a de grands avantages, parce que j'aime Elise, qu'elle est avec Jordane mon bien le plus précieux au monde et que sans elles et sans toi, je n'aurai pas pu continuer de vivre... Mais parfois, il m'arrive de rêver de revenir à mes onze ans et de vouloir jouer simplement à la poupée, en occultant tous les avis des élèves du collège qui disaient que «jouer c'est trop la honte». Je me rappelle que j'avais un camarade de classe, Teddy, qui avait amené des petites voitures pour jouer dans le sable qui nous servait pour le saut en longueur en sport... Tout le monde se moquait de lui mais il s'en fichait, il les avait quand même amené... Et je l'envie beaucoup... Mais c'est pour ça que je ne veux pas qu'Elise grille d'étapes trop tôt, j'en ai trop souffert...
- Je comprends mieux... Pardon...
- Ce n'est pas grave... Mais laisse Elise prendre sa propre décision. Si elle veut jouer du piano, elle reviendra vers toi, ou ira chez un autre professeur. Si elle ne veut plus en jouer, alors elle n'en fera plus. C'est une enfant, elle doit pouvoir tester tout ce qu'elle souhaite avant de partir dans une direction définitive...
Je m'appuyais contre la poitrine de mon épouse et fermais les yeux.
Discuter avec elle, comprendre ce qui se passe est tellement facile et apaisant... J'aime sa façon d'être, et de réagir. Elle se sert de ses propres expériences pour épargner nos filles.
- Je ne veux pas qu'elles souffrent, Edward...
- Je ne le veux pas non plus !
- Elles auront le temps pour ça... Chagrin d'amour, mauvaises notes à l'école... Je ne veux pas qu'on anticipe pour elles !
- T'as raison ! Je vais... Je proposerai à Elise de trouver un autre professeur si elle souhaite continuer... je ne la forcerai pas !
Bella caressait mes cheveux et embrassait ma tempe et mon front.
- Sage option. Il se peut aussi qu'elle veuille continuer avec toi, ou seule. Il faudra respecter ça !
- Bien sûr ! Je respecterai son choix ! Je te le promets !
- Merci...
Durant de longues minutes nous restions dans le silence, moi appuyé contre elle qui me berçait doucement. Bella est mon plus grand soutien.
- Je ne savais pas que tu avais tant souffert quand tu étais enfant...
- Je pense que tout est lié, mais à l'époque je n'ai pas fait de vrais efforts pour tenter de comprendre et de me calmer... Quand je faisais ma thérapie avec le psychologue, il m'a expliqué que mon besoin de jouer aux poupées était une façon d'oublier mon viol et de revenir à une période où je croyais que, comme ces barbies, j'allais passer ma vie à sourire niaisement... Arrêter de jouer, c'est devenir adulte, et des fois, souvent même, la transition se fait mal et est douloureuse... mais je suis heureuse de pouvoir rejouer à la poupée avec mes filles...
Je souriais.
- Je vais même te dire un secret... Quand je leur achète un jouet, je prends souvent celui qui me plaît le plus !
Nous éclations de rire et Bella rougissait.
- T'as de la chance qu'Elise et Jordane aiment la plupart des choses que tu aimes !
- C'est vrai ! Mais je suis bénie avec deux petites filles. Je considère que la vie m'offre une session de rattrapage pour tout ce que j'ai manqué...
- Peut-être que tu auras une troisième chance...
- Ou peut-être que ça sera toi qui devra rejouer aux petites voitures !
- Ca me plaît aussi, rassure-toi ! Au fait, elle veut faire quoi Elise plus tard ?
- Et bien en ce moment elle dit souvent qu'elle voudrait travailler avec des petits enfants, les faire manger, dormir... une sorte de baby-sitter...
- Elle est douce et gentille, elle peut le faire...
- J'en suis convaincue. Je lui ai expliqué quelques métiers qui sont en lien avec les enfants, elle a eu l'air intéressée.
- Elle sera douée pour s'occuper d'eux... Et toi... enfin nous... Toujours pas de bébé ?
Elle soupirait.
- Non, pas encore... J'ai eu un petit espoir mais j'ai eu mes règles avec un jour de décalage et la prise de sang a été négative...
J'attrapais ses mains et les serrais contre moi.
- Ca finira par arriver...
- Je sais ! C'est juste que je suis impatiente de te voir avec ce bébé...
- Ca sera que du bonheur, comme toujours !
- Même si c'est une fille ? Tu ne seras pas déçu ?
- J'ai toujours été un homme à femmes ! souriais-je.
- Imbécile heureux !
Je reçus une petite tape sur le haut du crâne et me levais en riant pour m'asseoir proche de Bella et l'embrasser.
Je ne plaisante pas, même si on me donne l'honneur d'élever une troisième fille, je serai le plus heureux. Bien sûr, je ressentirai peut-être une légère déception, mais elle sera vite oubliée quand je serrerai ce bébé dans mes bras. J'ai eu deux filles, et j'ai été comblé à chaque fois. Je ne vois pas pourquoi avoir une troisième fille serait différent !
Lorsque nous rejoignîmes la chambre, Elise et Jordane s'étaient endormies toutes deux blotties l'une contre l'autre, le bras d'Elise en travers le ventre de sa soeur. Je pris l'appareil photo pour immortaliser cet instant, avant de soulever ma fille aînée dans mes bras pour l'amener dans son lit. Je la couchais avec précaution et remontais sa couette aux décors de fées et de forêt enchantée sur son petit corps. Elle gémissait et instinctivement serrait sa peluche contre elle. Bella a raison... Elise doit prendre le temps de devenir grande... C'est encore mon bébé... dieu merci !
Je m'agenouillais devant le lit et caressais ses cheveux.
- Pardon ma puce... je t'ai fait du mal... je suis désolé...
C'est plus facile de s'excuser pendant qu'elle dort... Ma minie-Bella... elle a tout de sa mère : le physique gracieux, le caractère calme et posé, la douceur, la gentillesse...
- Quoi que tu décides Elise, je serai d'accord avec toi !
Je me redressais un peu et embrassais sa joue mais à ma grande surprise, elle passa son bras autour de ma nuque pour me faire un câlin.
- Papa...
- Je suis là chérie... Dors, je ne voulais pas te réveiller...
- J'ai crié après toi... pardon papa... te fâche pas !
- Je ne suis pas fâché, je passe l'éponge pour cette fois. Je t'aime Elise et à partir de maintenant, on fera ce que tu veux...
Elle se tournait sur le dos et tripotait son nounours.
- Je veux plus faire le concours tu sais...
- J'annulerai ton inscription, c'est pas grave... Est-ce que tu veux continuer à jouer du piano ?
- Je sais pas... pour l'instant j'ai pas trop envie...
- Alors on arrête et si tu as envie, tu me diras... D'accord ?
Elle opinait, serrait sa peluche contre elle et refermait les yeux.
- Et c'est moi qui te demande pardon... J'ai oublié que tu étais encore une petite fille...
Elle eut un petit sourire mais ne répondit rien. Je restais auprès d'elle jusqu'à ce que je sois sûr qu'elle dorme profondément.
J'ai manqué bousculer sa petite vie tranquille... Je devais la laisser dans sa chambre de princesse avec ses jouets, ses rêves...
Je passais par la chambre de Jordane, qui ronflait légèrement. Je souriais en regardant ma petite demoiselle endormie, serrant contre elle son bâton de pluie, sa flûte, son polochon en peluche, sa poupée en chiffon et au-dessus de sa tête il y avait son oreiller rembourré de petites billes maléables. Ca lui en fait du monde autour d'elle... Mais elle en a sûrement besoin ! Je me penchais pour l'embrasser.
- Je t'aime Jordane...
Pour toute réponse, j'eus droit à un ronflement plus fort et je dus me retenir pour ne pas éclater de rire. Bella m'attendait dans le salon en souriant et m'entraîna jusqu'à la chambre où elle prit les commandes pour me faire l'amour et tenter de faire ce bébé que nous voulions.
::..
- Edward ?
- Oui Jenny ?
- Monsieur Rupert vient d'arriver...
- Parfait, envoie-le dans mon bureau s'il te plaît !
- Bien sûr !
J'attendis quelques secondes que le chef de l'orchestre symphonique de Portland arrive à mon bureau. Il toquait et je lui ouvrais.
- Edward ! Quel plaisir !
- Tout le plaisir est pour moi Paul ! Merci d'avoir accepté de venir jusqu'ici.
- Voyons mon cher ami, pourquoi aurais-je refusé de venir m'entretenir avec vous ?
En tant qu'ancien ami de Claude, je l'avais appelé pour obtenir son aval sur l'idée de Bella de me faire reprendre l'enseignement. Cette idée me séduisait et me rendait plus heureux. Depuis qu'Elise a arrêté le piano, je m'ennuie. Elle n'avait toujours pas décidé quoi que ce soit en ce qui concernait son avenir musical mais je suivais les conseils de Bella, et l'encourageais. Je lui avais proposé d'aller voir un professeur extérieur, elle était réservée.
- Votre proposition a attiré mon attention Edward ! dit-il en s'asseyant.
- Enseigner me manque... J'ai été catapulté dirlo et du jour au lendemain, j'ai dû trouver un autre professeur...
- Vous êtes bien jeune pour cette responsabilité, mais Claude ne prévoyait sûrement pas de partir si tôt.
J'acquiesçais.
- En quoi puis-je vous être utile dans cette nouvelle activité ?
- J'aimerais me délester de quelques inconvénients de ce métier administratif, comme toutes les représentations du Conservatoire qui me font faire énormément de déplacements durant l'année, parfois même durant une simple semaine. J'ai donc pensé qu'avec votre expérience, vous pourriez, si vous acceptez bien évidemment, m'aider à représenter le Conservatoire. Je vais devoir m'aménager du temps supplémentaire, mon épouse et moi-même tentons d'avoir un troisième enfant alors...
- C'est une excellente nouvelle ! Ce bébé va bientôt arriver ?
Je souriais.
- Nous y travaillons activement !
Il éclatait de rire.
- Vous m'en voyez enchanté ! Et donc, vous souhaiteriez vous dégager du temps ?
- C'est exact, j'ai pensé à vous pour m'aider... devenir un co-directeur ou un directeur adjoint... Vous étiez un ami de Claude, et je sais qu'il vous faisait confiance... Je sais aussi que l'orchestre symphonique de Portland compte, c'est pourquoi je ne vous demande pas une participation à temps plein.
- S'il avait été question d'un temps plein, j'aurai refusé.
- Bien sûr, je comprends !
- Mais avec un temps aussi bref, je ne peux qu'accepter. Vous m'êtes sympathique Edward, et vos intentions sont louables. Je continue de croire que les élèves qui recevront votre enseignement sont des chanceux.
- Merci...
- Vous devez continuer d'aider les musiciens en herbe et leur faire part de votre expérience. J'accepte de vous seconder. Je prendrai le relai en terme de représentation pour le Conservatoire, en votre nom bien évidemment, et j'assurerai une permanence à votre place deux jours par semaine... Avez-vous fixé des semaines ?
- J'aurais aimé commencer d'ici la prochaine rentrée. Le mercredi et le jeudi me semblent de bons jours pour faire un travail de soutien. Vous n'êtes ainsi pas mobilisé pour le week-end et ça me libère des horaires souples en vue des diverses manifestations musicales auxquelles participent les élèves. En ce qui concerne votre statut, vous serez directeur adjoint. Ce sera le sujet du prochain conseil d'administration mais j'ai obtenu la signature «de principe» des membres, donc vous pourrez exercer en toute tranquillité !
Durant plus de deux heures, nous mettions ensemble à plat toutes les diverses modalités de son introduction au Conservatoire. J'organisais une réunion extraordinaire dans la salle de théâtre à l'intérieur du bâtiment pour informer tous mes élèves du changement d'organigramme, et je réunissais ensuite la section piano pour leur expliquer plus en détails. Certains élèves s'inscrivirent d'office au soutien que j'organisais, pour bénéficier de conseils. Ce nouveau rôle me convenait bien, et je me sentais heureux de revenir dans cette salle en tant qu'enseignant et plus seulement directeur. Le fait que Paul m'aide me rassurait également. Il a du vécu, de l'expérience. J'apprendrai à son contact.
Restait plus que la case bébé !
..::..
POV BELLA :
Les mois passaient. Edward revivait depuis qu'il était redevenu professeur, même à temps partiel. Certes, il sacrifiait ses mercredis après-midi mais je le sentais heureux et épanouis. C'est la seule chose qui compte ! Quand il rentrait le soir à la maison, il était plus joyeux et souriant. Il passait plus de temps avec les filles, à jouer avec elles pour leur plus grand plaisir. Jordane le menait par le bout du nez, et je tentais de surveiller du coin de l'oeil afin que l'appartement ne soit pas sur la tête à la fin de la soirée. Ils font une fine équipe tous les deux !
Elise avait tenté de jouer avec un autre professeur, un ancien collègue de travail d'Edward qui donnait désormais des cours chez lui. Ca avait duré quatre mois, avant qu'elle ne décide d'arrêter. Même si elle ne le disait pas, je savais très bien que quelque chose s'était brisé en elle avec toute cette histoire. Bien sûr, elle n'en tenait pas rigueur à Edward et Edward ne lui en voulait pas, mais la passion s'était cassée. C'est comme ça. Elle prenait maintenant quelques cours de danse. Jordane était inscrite à la gym et l'espace donnait également des cours de danse classique. Elise me suivait tous les mercredis quand j'emmenais sa soeur, et j'avais bien vu qu'elle regardait les petites danseuses. Mais elle ne disait rien, elle ne réclamait pas. Un jour, la prof l'avait appelé car elle avait remarqué qu'Elise ne faisait que les observer. Elle lui avait prêté une paire de chaussons, et un caleçon avec un tee-shirt. Elise s'était amusée et s'était faite des copines immédiatement. La prof était douce et gentille. Le soir en la couchant, elle m'avait confiée s'être bien amusée à danser. Je lui avais alors proposé de l'inscrire, et elle avait accepté.
Elise n'ose jamais demander... il faut parfois prendre les devants. Personne ne m'avait jamais poussé à faire des activités qui me plaisaient. Je ne voulais pas que ma fille fasse pareil que moi et n'en profite jamais. M'élever seule avec mon frère avait dû être compliqué pour Charlie, et je savais qu'il avait tout fait pour qu'on soit heureux. Mais il était chef, et un chef n'a pas souvent le temps d'emmener ses enfants faire du sport... Elise n'avait pas voulu m'embêter parce que «la danse c'est le mercredi et aussi le vendredi et je sais que le vendredi tu travailles maman alors tu veux pas retourner deux fois à la danse pour moi!». Je me faisais une joie de l'emmener à ses deux cours et de rester la regarder. Jordane aimait regarder sa soeur danser après son cours de gym. Parfois, elle préférait rester à la maison le vendredi avec son papa, mais des fois elle venait aussi voir sa soeur.
Je vivais au travers elles le plus souvent. Elles avaient ce que je n'avais pas eu : une mère, et pour moi, c'était primordial qu'Elise et Jordane soient épanouies et se sentent en sécurité. Elles devaient pouvoir toujours compter sur moi.
Nous avions fêté ses douze ans il y a un mois et elle grandissait terriblement vite. Elle avait fait son entrée au collège... déjà... J'avais l'impression qu'une période de ma vie disparaissait. Plus ça allait, plus elle s'éloignerait... C'est juste la vie, mais parfois la vie est dérangeante... C'est ça, voir ses enfants évoluer et se dire que tout passe trop vite... heureusement qu'elle ne part pas demain ! Edward vivait au jour le jour, avec moins de nostalgie mais pour moi, tout était différent. J'ai porté cet enfant neuf mois, et la voilà aux portes de la grande vie. Et puis elle avait eu ses premières règles aussi... Je m'étais bien gardée du traditionnel discours "te voilà femme maintenant"... Je lui avais expliqué sans comparaisons douteuses ce qui se passait dans son corps et nous avions regardé ensemble son livre de biologie pour qu'elle puisse comprendre rationnellement ces changements, et ce que cela induisait pour la sexualité.
Je crois qu'elle a eu son premier baiser mais elle n'a rien dit... avec Kevin... Evidemment, qui d'autre que son éternel Kevin ? Le fait qu'ils ne soient pas dans la même classe cette année fut un déchirement pour Elise. Elle était toujours aussi pétillante quand elle parle de lui, des étoiles pleins les yeux et des rêves pleins la tête. Je lui ai offert son premier journal intime. Elle écrit dedans, souvent. Kevin, lui, a toujours le sourire jusqu'aux oreilles quand il la voit... Et Edward fait toujours la gueule quand il le voit !
Jordane fait sa petite vie, pleine d'énergie et de joie. Elle fait ramper David à ses pieds, qui exécute tous ses désirs.
Un jour, Jasper lui a fait remarquer :
- Dis donc gamin, montre-lui qui c'est les hommes un peu ! C'est nous les boss !
David était allé trouvé Jordane.
- C'est NOUS qu'on doit dire ce qu'on doit faire !
- Ouais, et dis-lui qu'elle doit faire la vaisselle aussi !
- Et tu dois faire la vaisselle aussi !
Jordane s'était levée en rouspétant.
- Même pas vrai, maintenant la vaisselle on la fait dans la machine !
Et toc ! Nous avions éclaté de rire.
Elle, David, Leane et Nolan formaient un bon groupe. Ils étaient tous plus ou moins d'âge, et ne se quittaient que rarement à l'école. Calvin, lui, pratiquement de l'âge d'Elise, avait aussi fait son entrée au collège... où il n'était pas rare que Jasper et Alice aillent le chercher après ses heures de colle dûes à un certain chahut ! Calvin n'arrête pas ! Jamais ! Il court partout, tout le temps ! C'est d'ailleurs par lui qu'on avait plus ou moins su qu'Elise et Kevin s'étaient embrassés.
- Mrs Cullen ?
- Oui ?
- Vous venez s'il vous plaît dans mon bureau ? J'ai vos résultats !
Je suivis l'infirmière jusqu'à un box, et elle me tendait un papier avec un sourire bienveillant.
- Mes félicitations Madame ! Vous êtes enceinte ! La prise de sang a confirmé le résultat du test !
Mon coeur explosait. Pratiquement deux ans d'attente. ENFIN !
- Merci beaucoup !
- Nous allons fixer une date pour la première échographie... Vous avez été suivie par Maria Moreno pour vos précédentes grossesses.
- Oui, j'aimerais continuer avec elle !
- Très bien ! Le jeudi 20 juin à 9h30 ?
Pour l'anniversaire d'Edward... Rien de mieux !
- Parfait ! Merci !
Je quittais l'hôpital. Edward avait une importante réunion avec le conseil d'administration et je n'avais pas voulu lui parler de mon retard de règles, pour ne pas lui faire de déception. Je n'étais pas malade, aucune nausée, à part quelques vertiges. Si j'ai la garantie que toutes mes prochaines grossesses pouvaient se passer comme ça, je ferai six enfants de plus ! Mais trois, c'est déjà bien !
J'espérais offrir à mon mari un fils. Il en rêvait tellement... Mon coeur battait à l'idée de sa joie et de ses yeux pétillants quand il saurait. Je me garais devant le Conservatoire, incapable d'attendre. Je me dirigeais jusqu'à la traditionnelle salle de conférence réservée à ce genre de comité et frappais contre la porte.
- Euh oui... Entrez !
J'ouvrais et aperçus mon mari plongé dans un dossier, un stylo entre ses mains et sa barbe sexy de deux jours, sa chemise blanche entrouverte et sa langue qui naviguait sur sa lèvre. Il exposait des bilans de fréquentation mais merde... IL EST SEXY. Hormones, hormones... Ce soir ça va être sa fête !
- Bella ? Mais qu'est-ce que tu fais là ?
Je vais avoir un bébé avec lui... JE VAIS AVOIR UN BEBE AVEC LUI ! Mon sourire s'élargissait.
- Excusez-moi de vous interrompre mais j'ai une grande nouvelle Edward et ça ne pouvait pas attendre...
Il fronçait les sourcils en se levant vers moi et il dut comprendre car son sourire s'étalait et il se jetait sur moi.
- Ca y est ?
J'éclatais de rire, laissant la joie m'envahir et me parcourir pleinement.
- Oui ! On va avoir un bébé !
Il me soulevait et me fit tourner dans ses bras en riant.
- C'est vrai ?
- J'ai fait la prise de sang... Je suis enceinte !
Il me serra tout contre lui et j'en oubliais le monde autour de nous en me laissant griser par ses baisers. Des applaudissements nous firent tourner la tête et nous reçumes une foule de félicitations de la part des membres du Conseil d'administration.
Il était plus qu'attendu ce petit bébé...
