Chapitre 36: Serments

Eolos poussa un profond soupir de satisfaction. Les dernières visions qu'il venait d'avoir lui avait démontré une Aelo toujours bien en vie, malgré le voyage à Grenada. Mais cependant, il avait pu voir autre chose qui l'avait ravi: Euros savait se montrer sans pitié...
- Pauvre Najad... Il n'a rien dû comprendre à ce qui lui est arrivé... Se faire misérablement égorger par un gosse de quinze ans... Il n'y a pas à dire, Euros est un bien meilleur numéro que son père... Heureusement que ce n'est pas face à lui que je me suis trouvé lors du... petit incident de sa naissance...
Il était assis dans un somptueux fauteuil, dans sa résidence secondaire à la campagne. Ce n'était pas très éloigné de Bilibin et assez près de la Ligue Jupiter. Il n'aimait pas habiter en ville, de plus, cela aurait pu l'empêcher de recevoir ouvertement ses plus chers hôtes venus d'Antara...
Ils n'étaient plus que sept, à présent. L'un était déjà en mission. Et la malheureuse Aurora avait eu un léger accident... Elle s'était montrée trop stupide. Cependant, cela déplaisait à Eolos. Il dit:
- Nous avons un problème, les amis. Nous ne sommes plus que huit et il faut que la place soit occupée par un mystique de Mercure... Mais c'est peut-être une chance, car je crois savoir qui la remplacera... Et nous avons tout à gagner au change!
La femme blonde à droite de lui demanda:
- Qui, Eolos? Aurora était de loin la meilleure après Cielos! Tu étais vraiment obligé de l'occire? lanca-t-elle d'un ton agressif à l'homme aux cheveux bleus.
- Vous n'auriez pas voulu que cet enfoiré de Léos qu'elle n'a même pas été fichue d'abattre fouille son esprit, non? Je n'avais que quelques secondes pour agir. Elle était trop blessée pour pouvoir s'enfuir.
Il ajouta:
- Et contrairement à ce que vous pensez, j'aimais bien ma soeur... Mais je l'ai sacrifiée pour notre cause.
- La seule chose qu'Euros ne fera jamais, commenta Eolos.
Il ajouta:
- J'ai été curieux et j'ai réussi à me projeter un peu dans le destin de la petite... C'était très interessant... Aelo, en grandissant, héritera d'un pouvoir tout aussi fort que celui de son frère... Son seul problème, c'est qu'elle ressemble malheureusement trop à son père, et que cela continuera avec l'âge. Elle est une menace, une très grande menace que nous devons éliminer... Et au plus vite!
- En quoi pourrait-elle être aussi dangereuse? demanda l'un des mystiques de Mars, un homme aux cheveux pourpres et aux yeux de braise.
- Si Aelo atteint ses vingt ans, non seulement, elle sera puissante, mais en plus, il sera très difficile de l'arrêter... Car la jeune fille a plus d'un ange gardien... Une force très puissante, dont j'ignore la provenance, veut à tout prix empêcher sa mort...
- Un mystique?
- Je n'ai pas pu voir d'où cela provenait, mais sûrement. En tout cas, elle sera très difficile à atteindre et ses ennemis tomberont autour d'elle les uns après les autres...
Il grogna de frustration. Ses visions étaient toujours aussi imprécises, et le pire, c'était qu'il ne savait jamais comment il allait capter Euros et Aelo. Il savait pourquoi. Euros et Aelo avaient été avertis du danger qu'il représentait et il était sûr que les enfants étaient capable de bloquer les mystiques qui voulaient les observer. La femme blonde dit soudain:
- Eolos, cette force dont tu parles est sûrement celle d'un mystique... Il faut le trouver et l'éliminer aussi...
- Tu n'auras qu'à te concentrer sur lui. Moi, j'ai demandé à notre cher ami Sil de faire le nécessaire, c'est pour cela qu'il est aujourd'hui absent de notre assemblée... Son petit serpent devrait réussir à éliminer Aelo...
- Je n'en suis pas si sûr, rétorqua Eonos. Le venin du serpent éméraude met quand même trois jours pour tuer un mystique.
- Trois jours d'atroce agonie... Qu'aucun antidote ne peut soigner... Tout ce que ses amis pourront faire, c'est prolonger ses souffrances au maximum une semaine et le venin gagnera...
Il ajouta:
- Et s'il peut supprimer les autres, ce sera bien aussi... Euros nous montrera comme cela de quoi il est vraiment capable... Même si je ne crois pas qu'ils arriveront jamais à éradiquer l'épidémie qui sévit à Angara... Ha, ha, ha, ha!
- Reste le problème du mystique de Mercure, dit Cielos.
- Ah, voilà ce que j'allais rajouter... Donc, j'ai eu une vision très interessante au sujet de la Sirène...
- La Sirène? s'écria Cielos. Mais nous l'avons perdue il y'a si longtemps! Serait-elle donc ici par ici?
- Elle est sur Antara... Elle n'attend que nous... Sil partira à sa recherche après en avoir terminé avec nos jeunes ennemis...
Les six autres écoutaient à présent avec attention. Ainsi, la Sirène revenait et pourrait prendre la place d'Aurora... C'était interessant. Très interessant.

- Un village! Droit devant!
Cela faisait bientôt une semaine qu'Euros, Aelo, les jumeaux, Skyler, Hélia et Cassandra avaient quitté Grenada. Durant tout ce temps, ils avaient dormi à la belle étoile et essayé d'étirer au maximum les provisions qu'ils avaient achetés à l'auberge de Grenada. Aussi n'étaient-ils pas mécontents de pouvoir enfin se reposer dans un vrai lit et avoir un vrai repas. Surtout que le manque de repas chauds transformaient Skyler en quelqu'un de réellement insupportable.
- Enfin! On va pouvoir manger quelque chose de bon!
Euros et Van eurent un léger rire. Skyler ne pensait décidément qu'à manger. Comme son père, en fait, qui l'avait élevé dans ce sens. Le jeune homme se souvenait très bien des énormes barbecues qu'ils organisaient quand sa mère vivait encore et où ils invitaient tout le monde. C'était toujours eux qui mangeaient le plus... Sa mère en riait volontiers.
C'était le début de l'après-midi et le soleil tapait fort une fois de plus. Cassandra avait attrapé des coups de soleil malgré les baumes préventifs. Hélia l'avait soignée avec tendresse. Skyler, bien entendu, s'était payé sa tête.
Aelo, elle, n'était pas d'humeur à se réjouir. Ce qui s'était passé avec le vizir l'avait effrayée. Elle n'avait jamais vu une telle lueur de meurtre dans le regard d'Euros. Et surtout, elle n'aurait jamais cru que son frère était capable d'achever comme cela quelqu'un de sang-froid. Elle avait bien lu dans son esprit qu'il n'avait eu que d'excellentes raisons d'agir ainsi(Le vizir avait voulu violenter Hélia, il avait un énorme nombre de victimes sur la conscience, il ne se serait pas gêné pour les tuer s'il en avait eu la possibilité, de plus, il ne voulait pas prendre le risque qu'il s'en sorte et prévienne ses copains les ombres), mais cela lui avait quand même jeté un froid. Son frère était un meurtrier. Elle avait tué, mais en état de légitime défense, alors qu'Euros avait frappé un ennemi désarmé et blessé. De plus, elle était pratiquement sûre que le gouverneur lui aurait fait couper la tête sur-le-champ et qu'Euros n'aurait eu aucun besoin de faire justice lui-même. Mais il l'avait fait. Et cela lui avait jeté un froid.
"Et si je n'étais pas la victime, Aelo? Et si j'étais... le bourreau?"
A l'époque, elle avait rejeté complètement cette hypothèse. Elle connaissait Euros comme quelqu'un de colérique, oui, mais pas comme quelqu'un capable de commettre un meurtre! Or là, elle venait de se rendre compte qu'elle s'était trompée; il en était parfaitement capable. Bon après, pour sa part, elle n'aurait pas cru non plus qu'elle-même était réellement capable de tuer quand on la menaçait, mais comme elle avait été formée en guerrière, elle savait très bien quoi en penser. Hamo lui avait toujours dit de maîtriser ses émotions. Pareil pour son père, il lui avait enseignée qu'il ne fallait jamais se laisser dominer par la colère ou la haine. Et lorsqu'on tuait un humain, ne jamais oublier que l'on ôtait une vie, quelque soit la cause pour laquelle on se battait.
Euros et elle n'en avaient plus reparlé, mais elle savait qu'il avait senti son malaise et que quelque part, il était lui-même effrayé par ce qu'il avait fait, même si il n'en éprouvait aucun remord. Cependant, il lui avait dit une phrase qui lui avait glacé le sang plus que son acte en lui-même:
"Imagine deux minutes qu'il se soit échappé de sa cellule en attendant son jugement. Imagine aussi qu'il se soit rétabli peu après que je l'ai blessé. Qu'il ait pu de nouveau se battre. Il nous aurait achevé, ou pire, il nous aurait envoyé les ombres aux trousses. Ce type était un grand danger pour nous, Aelo. Je l'ai éliminé. Et si c'était à refaire, je le referais."
"Si c'était à refaire, tu le referais... ", pensa Aelo. "Mais jusqu'où es-tu donc capable d'aller, Euros? Je t'ai juré de t'arrêter si tu faisais quelque chose de mal... Mais si tu te justifies à chaque fois que tu fais le mal, comment pourrais-je t'arrêter? Je ne peux pas t'arrêter si toi, tu ne le veux pas... A moins de recourir à la force... Mais jamais je ne pourrais faire de mal à mon propre frère..."
Elle s'arrêta, se rappellant la suite de leur discussion:
"Par tous les moyens..."
"Tu m'as faite jurer de t'arrêter par tous les moyens... "
Elle se sentait piégée. Elle ignorait pourquoi, mais il lui semblait que la promesse qu'elle lui avait faite avait scellé une part de leur destin...

Elle n'eut pas le loisir d'y réfléchir davantage, ils venaient d'atterir devant le village qui s'appellait Zafara. Il était bien petit, comparé à la cité de Grenada, mais il était chaleureux et agréable; les maisons étaient de toutes les couleurs, les facades allant du pourpre au bleu vif, en passant par le jaune canari. Le village se tenait sur une corniche près d'une baie. De plus, les habitants se montrèrent très chaleureux et très accueillants. En les voyant arriver, il y'en avait eu tout de suite une bonne dizaine pour les saluer:
- Bonjour!
- Asseyez-vous un instant!
- De quel continent venez-vous?
- Voulez-vous boire?
Les jeunes gens refusèrent poliment les invitations mais acceptérent volontiers qu'un guide leur fasse faire le tour du village. Il leur montra la baie avec le petit port, leur dit que les fonds étaient magnifiques s'ils avaient envie de piquer une tête. Ils virent également près de la sortie un magnifique jardin de rosiers semis-sauvages, là où les amoureux se donnaient volontiers rendez-vous. Enfin, il les amena à l'auberge, une grande maison carrée et blanche et leur conseilla la spécialité locale. Skyler apprécia beaucoup la poêle de paëlla remplie pour quarante personnes(du moins, c'était l'impression qu'eurent les autres lorsqu'on leur amena cela sur la table, ils n'avaient pas la même taille d'estomac!).
- Pour une fois qu'on est bien reçus, dit Vladi en se tapant le ventre.
- Si ca se trouve, il y'en a déjà un qui est allé nous livrer au premier tyran du coin, répliqua Aelo, toujours méfiante.
- Franchement, ca m'étonnerait, les gens ont l'air plutôt cool, ici, dit Van. Vous avez vu comment ils nous accueillis? Il n'y avait pas une miette de peur dans leurs yeux! A Grenada, ils se faisaient tous dans leur froc!
- Ce ne serait quand même pas bête de demander des nouvelles, dit Cassandra.
Lorsqu'on demanda aux habitants s'ils avaient eu des problèmes avec les ombres, ceux-ci répondirent en effet par la négative.
- C'est l'avantage d'être un petit village, leur dit l'aubergiste. Honnêtement, que voulez-vous que les ombres viennent faire ici? Nous n'avons rien à leur offrir, à part le super coin de pêche et quelques épices! Et bien sûr, le panorama! Mais les ombres se fichent de la bonne eau fraîche ou de nos jardins enchanteurs. La guerre, voilà ce qui les amuse!
Les sept jeunes gens se l'étaient tenus pour dit. Et comme ils avaient accepté de rester pour la nuit, l'aubergiste leur dit:
- Et ce soir, il y'a de bonnes chances pour que les habitants fassent la fête en votre honneur! Nous aimons bien avoir des visiteurs, mais bien entendu, il n'y a plus beaucoup de touristes à Antara, vu tout ce qui s'y passe... Vous êtes les seuls clients que j'ai depuis deux mois, à part quelques crétins de soldats venus des villes d'à côté en permission et qui boivent comme des trous et les quelques rares courageux marchands qui ont le courage de venir jusqu'ici... Et les baladins, mais encore, on n'en a pas vu cette année...
Les adolescents avaient terminé leur repas. Cassandra dit alors:
- Bon, puisque nous ne partons pas avant demain, les amis, qui a envie de profiter de l'après-midi pour piquer une tête?
- Bonne idée! approuva Vladi. Qui est-ce que ca tente?
Son jumeau et Skyler acceptérent, ce qui étonna d'ailleurs, car Skyler n'était pas facile à dérider. Mais il avait envie de se dépenser un peu et nager l'y aiderait. Poussée par Vladi, Aelo accepta. Hélia, qui n'avait pas vraiment envie de se montrer à moitié nue, déclina l'invitation, et Euros lui proposa de rester avec elle. Aelo ne put s'empêcher de le vanner:
"Profite-en bien, frérot!"
"Fous-moi la paix!"
Il avait déjà rougi. En fait, il était vrai qu'il avait envie de se rapprocher d'Hélia, et Aelo le savait parfaitement. Jusqu'ici, il avait été trop timide pour tenter quoi que ce soit, mais après ce qui s'était passé à Grenada, le fait d'avoir failli la perdre lui avait fait réaliser l'ampleur de ses sentiments... Mais il n'avait pas beaucoup d'expérience en la matière, malheureusement... Cependant, le jardin de roses lui avait donné des idées.

- On va se promener? lui demanda-t-il tandis que les autres étaient partis à la baignade.
- D'accord...
Elle ajouta:
- Je n'aurais peut-être pas dû laisser Cassandra aller se baigner seule avec les autres... Skyler pourrait en profiter pour lui chercher des crosses.
- Aelo séparera les duellistes, s'il le faut, dit Euros avec un sourire. Ne t'inquiéte pas!
Hélia hocha la tête et ils se mirent à marcher tout naturellement dans les petites ruelles.
- C'est vraiment un endroit magnifique...
Sans même savoir comment, ils se retrouvèrent au jardin de roses. Quelques arbres y projetaient de l'ombre, et étaient eux-même couverts de rosiers grimpants dont les fleurs étaient pourpres et dont le parfum entêtant emplissait l'air. Ils croisèrent un ou deux jeunes couples par-ci par là, mais dans l'ensemble, les allées étaient calmes, sans grand monde. Alors qu'Hélia continuait à observer les plantes avec un petit sourire, Euros s'éloigna légérement. Une idée lui était venue à l'esprit. Avec un léger sourire, il tendit la main vers les fleurs écloses, dont certaines commencaient à perdre leurs pétales et un tout petit courant d'air commenca à souffler. Un courant d'air qui déshabilla les fleurs de leurs plus jolies parures, et les fit tourbillonner comme des papillons de couleur rouge. Il eut léger sourire. Il guida le courant d'air et les pétales qu'il transportait jusqu'au dessus des plantes grimpantes où se tenait Hélia. Là, d'autres pétales se rajoutèrent, par centaines, tombant des plantes grimpantes.

Hélia sentit une légére brise dans son dos. Un pétale effleura son épaule nu, elle tourna la tête et le regarda d'un air un peu étonné... Mais celui-ci s'envolait déjà. Et à cet instant, elle se retourna... Et vit soudain une longue colonne composé d'éléments pourpres et roses l'entourer... Des pétales, par centaines... Comme c'était beau! Euros observait le spectacle de loin... Entourée de toutes ces particules colorées, Hélia était encore plus belle... Il fit un léger geste de la main et les pétales tombérent autour et sur les cheveux de la jeune fille en une jolie danse colorée. Hélia regarda Euros et eut un sourire ému, tandis qu'il s'approchait. Les pétales jonchaient à présent le sol autour d'elle, formant un petit monticule autour de ses pieds.
- C'est magnifique, murmura-t-elle, la gorge serrée, tandis qu'il s'approchait.
Une certaine rougeur était apparue sur ses joues. Elle semblait troublée. Il lui sourit et les mots lui vinrent naturellement:
- La place d'une rose est au millieu de ses soeurs...
Il rougit violemment en réalisant ce qu'il venait de dire. Jamais il ne se serait cru aussi audacieux! Hélia paraissait également surprise, mais heureuse. Elle dit doucement:
- Ainsi, je te fais penser à une rose?
Euros répondit alors:
- Une rose, une très belle rose... Avec sa beauté, sa fragilité et ses quelques épines pour se défendre contre les cruels cueilleurs...
La jeune fille le regarda d'un air malicieux:
- Tu ne crains pas de te faire piquer?
Euros ne résista pas à la réplique qui lui brûlait les lèvres:
- Qui te dit que tu ne m'as pas déjà piqué?
Ils s'étaient assez rapprochés et ses yeux d'améthyste plongèrent dans ceux, vert éméraude, d'Hélia. Euros sentait son coeur battre la chamade, mais pour rien au monde, il n'aurait voulu rompre ce contact visuel. Hélia tremblait. Doucement, Euros leva une main et ôta doucement l'un des pétales qui s'était logé dans les cheveux de la jeune fille. Elle frémit à ce contact... Que lui arrivait-il? Ce n'était pas la première fois qu'il la touchait, mais c'était la première fois qu'elle était aussi troublée... Son coeur cogna, et elle retint la main du jeune homme. Il n'hésita plus et la posa doucement sur sa joue, lui caressant le visage, descendit sur son cou en un geste lent et timide. Sa main tremblait un peu. Il savait ce qu'il avait envie de faire, mais il craignait qu'elle le repoussât. Il opta alors pour un compromis et glissa donc sa main dans la nuque de la jeune fille en appuyant légérement, pour l'inciter à se rapprocher de lui... Et ce fut ce qu'elle fit. Euros prit alors son courage à deux mains, priant pour ne pas être repoussé... et approcha doucement son visage de celui de la jeune fille. Hélia sentit son souffle se couper... et fit de même.
Euros crut que ses jambes allaient le lâcher quand il sentit les lèvres d'Hélia contre les siennes. Fou de bonheur, il l'entoura de ses bras et l'attira contre lui. C'était la première fois qu'il embrassait une fille, aussi; il était un peu effrayé, mais il n'écouta que son coeur et laissa tout doucement la pointe de sa langue se poser sur les lèvres d'Hélia. Elle les entrouvrit aussitôt et toute crainte envolée, ils s'embrassèrent à pleine bouche. Ce fut maladroit, mais l'un et l'autre n'écoutaient plus que leur coeur. Lorsqu'ils se séparèrent, ils étaient tous les deux hors d'haleine. Hélia appuya sa tête contre l'épaule de son ami, les yeux brillants. Enfin, elle lui murmura:
- Tu resteras toujours avec moi? Tu me protégeras?
Euros la regarda, tout l'amour du monde dans ses beaux yeux violets:
- Toujours, Hélia... Toujours...