Chapitre 35 : Brûlures
Toute la nuit, il avait neigé et la mince couche de neige qui recouvrait le sol s'était changé en un lourd tapis. Les arbres croulaient sous le poids de la neige et les rues, pas encore déblayées, avaient disparues sous le couvre-sol immaculé. Tout ce blanc donnait une impression de propreté et de douceur au paysage.
En descendant au salon, le deuxième matin suivant leur arrivée au 4 Privet Drivet, Harry aperçu, par la grande fenêtre, le résultat de cette tempête et il ne put s'empêcher de sourire, c'était la première véritable bordée de neige qu'ils avaient eu depuis le début de l'hiver. Un calendrier était pendu au mur, près de la cuisine et il s'en approcha, il affichait toujours la page du mois d'avril alors qu'ils étaient désormais en décembre. Il tourna les pages pour le mettre à jour et réalisa qu'ils étaient le 22 décembre, il ne parvenait pas à croire que ce serait Noël dans quelques jours. Il avait, bien entendu, aperçu les décorations des maisons avoisinantes, mais tout ce qui s'était passé dernièrement lui avait fait complètement oublier le temps des fêtes.
Il remonta les escaliers, envahi d'une soudaine montée de bonne humeur, ce qui était une émotion qu'il avait éprouvée assez rarement depuis la mort de son parrain. Il ouvrit la porte de la chambre qu'il avait quitté un peu plus tôt, se disant qu'il allait réveiller le blond pour qu'il vienne voir comme c'était beau dehors. Il se doutait bien de la réaction peu enthousiaste qu'aurait sûrement le serpentard, mais il s'en moquait et avait juste envie de partager cela avec lui.
En entrant dans la chambre, il vit que Draco était assis sur le bord du lit, la tête dans les mains et qu'il respirait lentement, mais profondément, comme quelqu'un qui a la nausée et qui tente de ne pas vomir. Harry s'approcha et s'assit sur le lit à ses côtés, le blond ne bougea pas.
"Je… ça va aller, c'est juste un petit… malaise." Expliqua Draco à mi-voix.
Harry lança un accio à la poubelle qui était dans un coin de sa chambre et elle flotta jusqu'au serpentard. Ce dernier releva la tête un peu, jetant un œil à Harry par la même occasion. Il semblait encore plus blême que d'habitude et ses traits étaient tirés.
"Je n'ai pas besoin, ça va…" Commença le blond, puis, au même moment, il fut pris d'une soudaine nausée et vomit dans la poubelle de plastique avec vigueur, son corps se couvrant automatiquement de sueurs froides.
Harry alla chercher une serviette qu'il mouilla et l'apporta à Draco qui la prit pour s'essuyer la bouche, mais bien inutilement, car il se remit aussitôt à vomir. Pendant près d'une heure, les nausées perdurèrent et Harry resta à ses côtés, mouillant de nouveau la serviette avec de l'eau froide lorsqu'elle devenait tiède, le blond la plaquait contre son front entre deux vomissements, la fraîcheur de celle-ci lui faisant du bien. Comme c'était le matin et que Draco n'avait rien avalé depuis les quelques bouchées qu'il avait consenti à avaler le soir précédent, il ne vomissait que de la bile et bientôt plus rien du tout. Cela n'empêchait pourtant pas son corps d'être secoué de spasmes et, lorsqu'enfin ceux-ci cessèrent, il était épuisé.
Évidemment, une potion anti-nausée aurait pu mettre un frein à sa condition, mais Harry n'en avait pas sur lui et il n'était aucunement équipé pour concocter des potions dans la maison de son oncle. Ils se trouvaient, après tout, dans une maison appartenant à des moldus. Harry avait offert de lui donner des médicaments moldus, mais Draco avait refusé énergiquement, prétextant qu'il préférait encore vomir pendant une semaine plutôt que d'avaler une substance créée par des moldus. Harry avait soupiré avec exaspération, trouvant absolument puérile la réaction du blond.
Lorsque la nausée de Draco cessa enfin, ce dernier s'étendit de nouveau sur le lit et ferma les yeux.
"Je crois que ça va mieux…" Murmura Draco en soupirant.
"Je vais te laisser te reposer dans ce cas." Répondit Harry en jetant un sort de nettoyage à la poubelle, puis en la posant tout de même près du blond, au cas où les nausées le reprendraient. Il rafraîchit la serviette et la donna à Draco qui l'étendit sur son front et et sur ses yeux en chuchotant un "merci".
Harry s'apprêtait à quitter la chambre, mais le blond s'adressa à lui. "Pourquoi les cadenas sur la porte de ta chambre?" Demanda-t'il la serviette toujours posée sur ses yeux.
Harry sentit le sang quitter son visage en entendant la question du blond, il ne se serait jamais attendu à une telle question. À vrai dire, il avait même oublié les cadenas et les verrous, il était tellement habitué de les voir à cet endroit qu'il ne les remarquait même plus. Il ne pensait pas que Draco aurait accordé une quelconque attention à ceux-ci. D'ailleurs, depuis son arrivée, il n'avait posé que très peu de question sur les objets moldus présents dans la maison, contrairement à ce qu'aurait cru Harry. Seul le téléviseur avait retenu son attention et son intérêt. Ou bien le jeune homme n'était pas d'un naturel curieux, ou bien il ne désirait pas passer pour un ignare aux yeux du survivant. Connaissant Draco, Harry aurait parié sur la deuxième option.
"Mon oncle et ma tante étaient… mal à l'aise avec le fait que je sois un sorcier." Répondit le Survivant en restant debout au milieu de la chambre, se sentant soudainement inconfortable.
"C'est aussi parce qu'ils étaient "inconfortables" qu'ils t'enfermaient sous l'escalier?" Demanda le blond d'un ton incrédule.
Encore une fois, il ne pensait pas que Draco remarquerait ça ou plutôt, qu'il en tirerait une quelconque inférence. "Je… je ne sais pas, j'étais un enfant, c'était avant Poudlard. Ce ne sont pas de bonnes personnes, mais ça n'a plus aucune importance, je ne les reverrai probablement jamais de toute façon." Dit Harry qui n'aurait pas pensé aborder ce sujet avec Draco.
Ce dernier renifla dédaigneusement, ce qui ne fut pas sans rappeler à Harry le Draco qu'il avait connu pendant ses années d'études à Poudlard, celui qui avait toujours été son ennemi.
"Maudits moldus! Je n'arrive pas à croire qu'ils te traitaient de la sorte, il faut être monstrueux pour enfermer un enfant dans un placard. Ils mériteraient d'être envoyés à Azkaban! Tu es un sorcier, tu leur es mille fois supérieur, ce ne sont que de vulgaires moldus, qui croient-ils être?" S'exclama Draco en retirant la serviette de sur ses yeux pour regarder Harry en fronçant les sourcils.
Le gryffondor grimaça en entendant les propos que tenait le blond. Il savait que celui-ci avait voulu bien faire en prenant sa défense, mais il n'adhérait pas aux convictions du sang-pur qui pensait que tous les sorciers étaient supérieurs aux moldus. Lorsque Draco prononçait de telles paroles, il se rendait compte à quel point ils parvenaient de deux mondes différents et il se demandait parfois si ceux-ci étaient réellement réconciliables. L'éducation de sang-pur que le serpentard avait reçu était en opposition directe avec les valeurs en lesquelles Harry croyait profondément. Le pire, c'était que Draco ne se rendait même pas compte, la plupart du temps, que la teneur de ses propos le rapprochait davantage de la position de Voldemort que de celle que, lui, Harry, défendait.
Il savait que le blond n'était pas méchant et que, par exemple, il s'entendait bien avec Hermione et la respectait, mais il pouvait tout aussi bien, au détour d'une phrase, employer l'expression sang-de-bourbe de manière générale sans se rendre compte que cela était inacceptable. Harry en avait parlé avec lui à quelques reprises, mais cela s'était toujours soldé par une querelle entre eux. Draco prétendait qu'il exagérait et qu'il ne pouvait pas changer l'éducation qu'il avait reçu d'un coup de baguette magique et qu'il s'était beaucoup amélioré et que, s'il n'était pas content, il avait juste à aller se faire voir.
Pour éviter une autre querelle, Harry ne souleva pas l'inadéquation des paroles du blond et se contenta de lever les yeux au ciel, ce que perçut immédiatement Draco.
"Je sais, je sais, les moldus sont nos amis… et blablabla." Dit Draco en secouant la tête doucement en faisant signe au brun de s'asseoir près de lui.
Harry obtempéra et s'assit sur le lit, au moins le blond faisait un semblant d'effort, même s'il n'y mettait pas toute la bonne foi que le gryffondor aurait souhaitée. Un silence s'installa brièvement entre eux, mais ce dernier n'avait rien d'inconfortable, au contraire.
"Draco, il… il faut qu'on parle." Dit Harry, lui-même surpris par les mots qui venaient de franchir ses lèvres, malgré lui, lui sembla-t'il.
"Je sais." Répondit Malfoy d'un ton neutre, bien qu'il fût tenté de remettre sa serviette sur ses yeux pour échapper au regard perçant de Harry.
Draco raconta alors à Harry la manière dont il s'était retrouvé au manoir Malfoy, bien involontairement de sa part. Il lui raconta comment il s'était rendu dans le bureau de son père et comment il avait parlé au tableau de sa grand-mère, puis il continua en lui racontant l'arrivée d'Étienne Frédyk. Lorsqu'il en vint à ce bout du récit, Harry sentit son cœur se serrer, mais tenta de le dissimuler au blond.
"Et vous, comment m'avez-vous retrouvé?" Demanda Draco en concluant son récit.
Le cœur de Harry chavira en entendant la question de Draco, réalisant que ce dernier ignorait toujours comment son père était décédé de manière horrible. Il n'avait pas encore annoncé la nouvelle au serpentard et, depuis leur arrivée, il savait qu'il devait le faire, mais, en vérité, il n'en avait pas trouvé le courage. Draco avait beau être fâché contre son père et ne plus vouloir le voir, c'était tout de même bien différent que de le vouloir mort. Harry n'avait vraiment pas eu le cœur de lui annoncer qu'il avait perdu son deuxième parent dans des circonstances aussi atroces. Il se mordit les lèvres avec nervosité et Draco dû déceler son trouble, car il fronça les sourcils et répéta sa question, cette fois-ci avec plus de vigueur.
"Hermione et moi avons suivi Rogue chez lui, car nous étions à ta recherche, puis, en arrivant, c'est là qu'on a vu que Frédyk s'était échappé. Draco, il a… pour venir à toi, il a utilisé ton père… Il l'a tué, pour son sang." Dit Harry en regardant le blond droit dans les yeux, guettant une réaction qui ne venait pas, au contraire, Draco semblait maîtriser parfaitement ses émotions et rien ne transparaissait de son visage qui affichait un air glacial qui déplu à Harry.
"Ensuite?" Répondit seulement Draco.
"Rogue a été appelé par Voldemort et Ron est arrivé. On a trouvé un message de Frédyk nous disant où tu étais et on a transplané, tu connais la suite." Continua le survivant sans quitter l'autre des yeux, certain qu'il utilisait l'occlumencie pour dissimuler ses réelles émotions, car il était impossible qu'il ne ressente rien de la sorte.
Malfoy hocha lentement de la tête, gardant sa contenance, son regard gris était dur et semblait voir au travers d'Harry, même s'il était dirigé vers lui. Harry ne l'avait jamais vu aussi maître de ses émotions ou plutôt, aussi vide de celles-ci. C'était assez perturbant.
"Je suis désolé, Draco." Ajouta Harry, ne sachant trop quoi dire ou faire pour alléger l'atmosphère.
Un long silence s'étira entre eux, puis Draco parla. "Tout cela est de ma faute, si j'avais détruit ce maudit pendentif avant, rien de tout cela ne serait arrivé."
"Tu ne pouvais pas savoir." Dit Harry en détournant le regard un instant, ne pouvant faire comme s'il ne lui avait pas dit cela quelques jours auparavant et ne voulant pas l'accabler davantage.
Draco leva un sourcil, sarcastique. "Toi-même, tu m'en voulais de ne pas vouloir le détruire, ne dit pas le contraire. Nous savons tous les deux que c'est moi et uniquement moi qui ait fait ce choix et nous savons tous les deux pourquoi, parce que je suis un connard, comme tu l'avais si bien dit, alors."
Harry soupira, il ne pouvait pas nier que c'était bien ce qui s'était passé, mais, en même temps, Draco n'aurait jamais pu deviner tout ce que cela entraînement comme conséquences. Dans une telle situation, Harry aurait donné beaucoup pour avoir tort et il ne se réjouissait d'aucune façon d'avoir eu raison.
"J'essayais tellement de croire, de me convaincre que ce n'était pas lui ce soir-là, qu'on l'avait forcé, je ne pouvais pas croire que j'avais été assez naïf pour tomber dans le panneau, il fallait que ce soit autre chose. Je l'aimais… Je l'aimais, comme un con, alors que lui, il n'aimait que lui-même. J'étais dans le déni, je ne pouvais pas croire que je n'avais rien vu et, à la fin, il était seulement une coquille vide, il voulait juste mon pouvoir et c'était trop tard quand je l'ai compris. Je regrette, mais mes regrets ne sont rien à la face de ce que j'ai causé, je donnerais n'importe quoi pour retourner en arrière, je ne peux pas croire que mon père avait raison depuis le départ." Continua Draco d'une voix calme, mais empreinte de souffrance.
"On ne peut pas revenir en arrière, ton père a fait ses propres choix qui l'ont conduit où il était, ça ne donne rien de te morfondre sur le passé. On commet tous des erreurs, il faut juste… apprendre et continuer." Répondit Harry en repensant à la mort de Sirius qui le hantait toujours, mais qui lui donnait aussi l'énergie de se battre.
Contrairement à ce que Harry aurait pensé et contre toute attente, Draco acquiesça doucement aux paroles du survivant. "Je sais que tu as raison, mais en ce moment, je ne suis incapable de ressentir ça."
"Je comprends." Répondit simplement Harry, posant une main maladroite sur la jambe de Draco pendant un instant, se voulant réconfortant.
"J'ai… j'ai besoin d'être un peu seul, maintenant." Finit Draco en refermant les yeux.
"Ok, je serai en bas si, si tu as besoin de quelque chose, je vais penser à un moyen de contacter Ron et Hermione." Répondit Harry en se levant du lit, puis il quitta la chambre en refermant la porte derrière lui.
"Severus, la potion doit être prête au plus vite. Il faut agir pendant que les rangs du Seigneur des ténèbres sont aussi clairsemés, avec la mort de Lucius et celle de Bellatrix Lestrange, il a perdu ses meilleurs alliés." Insista Dumbledore sans pour autant perdre l'habituel calme qui le caractérisait.
Severus serra les dents à la mention du nom de son meilleur ami décédé, il sentait que le vieux sorcier se réjouissait de sa mort, en quelque sorte, alors qu'il savait très bien que ce dernier avait cessé d'obéir au Maître suite à ce qui était arrivé à sa famille. Le ton de Dumbledore laissait bien comprendre que jamais il n'avait considéré Lucius Malfoy comme autre chose qu'un ennemi à abattre.
"Concocter une telle potion nécessite du temps, je ne saurais être brusqué dans mon travail." Répliqua Rogue de son ton acerbe, cachant ses véritables émotions avec ses talents d'occlumens.
Dumbledore n'était aucunement impressionné par l'air rébarbatif de l'ancien espion, puisque sa couverture avait bel et bien été anéantie, cette fois
Les deux sorciers se trouvaient dans une chambre miteuse d'un pub moldu de Londres et ils pouvaient entendre les sons provenant du bar et les rires des clients, ceux-ci ne pouvaient cependant pas les entendre vu les divers sorts de silence et de protection que l'ancien directeur de Poudlard avait lancé sur la pièce. Ce n'était pas la première fois que Dumbledore convoquait Rogue à une réunion dans un tel endroit, il faisait tout pour passer inaperçu et donc, le monde magique était un endroit où il devait éviter de se rendre, car il y était trop facilement reconnaissable.
Cela n'était pas sans lui rappeler la première guerre, alors qu'aucun membre de l'Ordre du Phénix n'était informé qu'il était un espion et qu'il ne rencontrait Dumbledore que dans des lieux semblables. En fait, à cet époque, il ne savait même pas où se trouvait le QG de l'Ordre. Dumbledore disait que c'était pour protéger sa couverture, mais Severus n'étais pas aussi crédule et savait que c'était plutôt pour protéger l'Ordre, étant donné qu'alors, il ne lui faisait aucunement confiance.
"J'ai été informé du fait que ton filleul possédait les mêmes… aptitudes que sa mère. C'est très intéressant…" Commença Dumbledore de son ton soudainement redevenu jovial.
Rogue savait que ce ton signifiait que le vieil homme souhaitait l'amadouer ou le faire parler et il comprit immédiatement où l'autre voulait en venir. Déjà dans une humeur noire, il sentit alors la rage monter en lui.
"Laissez Draco en dehors de vos plans! Cette magie est mauvaise, dangereuse. Vous êtes très bien placé pour savoir les ravages et le mal qu'elle peut causer." Le coupa Rogue dont la voix était chargée de colère.
Le regard de Dumbledore se posa un moment sur le feu qui s'apprêtait à s'éteindre dans la cheminée et les flammes se ranimèrent brusquement, comme si on y avait jeté un combustible.
"Cette magie est ancienne et puissante, si elle est contrôlée, elle peut s'avérer redoutable. Il s'agit de l'utilisé avec sagesse." Répondit l'ancien directeur de Poudlard.
Severus Rogue fronça les sourcils encore plus et renifla dédaigneusement.
"Cette magie prend sa source dans l'énergie vitale de son utilisateur ou de ses victimes, elle réclame un sacrifice de sang de plus en plus important à chaque utilisation, elle ne peut pas être utilisée avec sagesse!" Répliqua Rogue.
"Allons, allons Severus, je t'ai connu plus posé… Cette magie peut être bien utilisée, imagine toutes les possibilités si on la combine avec la potion provenant de la plante. Tu sais, comme moi, que nous devons tout mettre en œuvre pour gagner cette guerre et que chacun doit être prêt à tout pour y parvenir." Répondit Dumbledore avec un sourire fatigué.
Severus savait mieux que quiconque à quel point cette guerre qu'ils menaient contre Lord Voldemort nécessitait des sacrifices. Il se souvenait de la douleur indescriptible qu'il avait ressentie lorsqu'il avait pénétré dans la chambre où se trouvait le corps de Lily, ce fameux soir d'Halloween. Dans les jours qui avaient suivis, il était resté enfermé à l'Impasse du tisseur et rien, ni personne n'aurait pu le faire sortir. Il ne se souvenait que très vaguement de ce qu'il avait fait pendant ces quelques jours, il était non seulement saoul, mais aussi ivre de douleur. Il ne désirait plus continuer à vivre, l'amour de sa vie avait été tué par son Maître et il savait que jamais il ne se le pardonnerait.
C'était Dumbledore qui, finalement, lui avait rendu visite. Severus aurait pu refuser de lui ouvrir, mais il ne savait toujours pas pourquoi, il lui avait ouvert. Il se souvenait encore du regard énigmatique que lui avait lancé le vieil homme en lui offrant ses condoléances, puis, il lui avait dit que son rôle dans la guerre n'était pas terminé. Severus ne voyait plus de raison de continuer à se battre, Lily était morte et c'était uniquement par amour pour elle qu'il avait accepté de trahir le Seigneur des ténèbres. Dumbledore lui avait alors adressé le même sourire fatigué qu'il lui adressait maintenant lorsqu'il lui avait rappelé que Lily Potter avait un fils.
Maintenant, cependant, il réalisait que Dumbledore n'était pas aussi désintéressé qu'il semblait l'être à l'époque et qu'il n'y avait pas de bornes à ce qu'il était prêt à faire pour vaincre Voldemort et gagner la guerre. Peu importe le prix à payer, le nombre de morts ou le sacrifice de vies innocentes. Le maître des potions se demandait si finalement la motivation de Dumbledore était de rétablir la paix ou de détruire un sorcier qui s'avérait être plus puissant que lui. Dumbledore ne considérait les autres que comme des outils pour parvenir à remporter la guerre et, en cela, il ne différait pas tellement de la façon de faire du Seigneur des ténèbres.
"Jamais je ne vous laisserai utilisé Draco de la sorte, cette magie est mauvaise, elle change son utilisateur, elle le ronge de l'intérieur." S'opposa Severus en levant le ton.
"Draco Malfoy est un membre de l'Ordre du Phénix à part entière et il est donc sous mon commandement." Répondit Dumbledore en plantant son regard bleu acier dans celui de l'ancien directeur de Serpentard.
"Mener un enfant à l'abattoir ne vous suffit donc pas, vous souhaitez en sacrifier un deuxième? Je ne vous laisserai pas faire, soyez-en assuré!" Rugit Severus en se levant de la chaise sur laquelle il était assis et en frappant violemment la table de ses poings.
Sans attendre, Severus Rogue quitta la chambre sans se retourner.
"C'est ce que vous verrons Severus." Murmura Dumbledore dont toute trace de sourire avait disparu de son visage.
Gregory Goyle tremblait de tout son corps, il n'avait jamais ressenti une telle peur de toute sa vie. Il jeta un œil nerveux sur les autres mangemorts l'entourant et sur son père qui se tenait bien droit à ses côtés, mais dont le regard indifférent et froid se posait sur le maître. Gregory, quant à lui, n'osait pas regarder le Seigneur des ténèbres, de peur que, peut-être, dans sa fureur, il ne le remarque et ne s'attaque à lui. Ils étaient rassemblés depuis plus de deux heures, tous les mangemorts qui étaient présents au Manoir Malfoy à ce moment-là. Ils avaient été appelés par le maître et s'étaient immédiatement rendu dans la salle à manger, mais ce dernier les avait fait patienter et n'était apparu devant eux que quelques instants plus tôt.
Tous avaient senti l'aura de puissance qui émanait de lui et le crépitement furieux de sa magie lorsqu'il avait fait son entrée. Ses yeux rouges luisaient d'une façon terrifiante et il posa sur ses serviteurs un regard rempli de haine et de dégoût qui les firent tous frémir avec appréhension, certains que c'est sur eux que leur maître se défoulerait.
Lorsqu'il parla, cependant, sa voix était dangereusement calme et posée, ce qui ne laissait rien présager de bon. "Il semblerait que je sois entouré de traîtres…Lucius, Draco, Narcissa, Severus… Qui sera le prochain?" Demanda-t'il en s'approchant de Carrow. "Toi, Carrow?"
Le dénommé Carrow s'agenouilla brutalement sur le sol en se prosternant. "Jamais Maître, je vous ai toujours été fidèle, depuis la première guerre, jamais je ne vous trahirai!" Plaida-t'il avec ferveur.
"Lucius et Severus me disait la même chose, comment puis-je être certain que tu ne me mens pas?" Demanda Voldemort en le dévisageant avec un air faussement innocent.
Le mangemort embrassa le bas de la robe du mage noir. "Demandez-moi ce que vous voulez mon seigneur et je le ferai, mettez-moi à l'épreuve."
Voldemort recula d'un pas pour que l'homme lâche sa robe. "Sois sans crainte, tu seras mis à l'épreuve, vous le serez tous d'ailleurs." Dit-il en se tournant vers le reste des mangemorts qui l'observaient dans un silence pesant.
"Que se passe-t'il, encore?" Soupira Voldemort, excédé.
"Maître! Maître! Le botaniste, il s'est tué, on vient de le retrouver pendu au fond de la serre…" Annonça la jeune mangemort, à bout de souffle.
"Quoi?" Hurla le Seigneur des ténèbres et les fenêtres de la salle à manger volèrent en éclat sous le coup de la trop grande force magique qui sortit du corps du mage noir, renversant les mangemorts présents et les objets posés sur les meubles, faisant un vacarme incroyable.
Le froid et la neige, qui avait recommencée à tomber, s'engouffrèrent alors dans la pièce par les grandes fenêtres. La jeune femme qui venait d'annoncer la nouvelle au maître et qui avait elle aussi été renversé par l'onde de chose magique, se releva péniblement, tremblant de tout son corps.
"Et les graines?" Demanda Voldemort vibrant de rage.
La mangemort terrorisée se mit à bégayer horriblement, incapable de contrôler sa voix. "L-l-le f-f-f-f-feu… t-t-t-tout a br-brû-ler…"
"Qu'as-tu dit?" Répéta Voldemort en se rapprochant d'elle, pointant sa baguette d'une manière menaçante vers la recrue qui, visiblement, aurait donné n'importe quoi pour disparaître à ce moment-là.
Elle n'osait pas regarder le Seigneur des ténèbres et son regard était rivé par terre. Ses longs cheveux bruns tombaient devant ses yeux remplis de larmes et dissimulait son visage. Attendant toujours une réponse, Voldemort la saisit par les cheveux et la força à le regarder, rapprochant son visage du sien et plantant méchamment sa baguette dans le cou de la mangemort qui se mit alors à sangloter fortement.
"Je t'ai posé une question." Répéta-t'il lentement, enfonçant davantage sa baguette dans la peau pâle de la jeune fille qui se mit à sangloter encore plus fort.
"Il-Il a t-t-t-t-t-tout brûlé, M-m-m-m-maître…" Bégaya-t'elle de nouveau.
"Pourquoi pleures-tu?" Demanda alors Voldemort, comme s'il n'avait pas entendu les paroles qu'avaient prononcées la jeune mangemort ou comme si cette nouvelle lui importait absolument pas, ce qui, évidemment, ne pouvait pas être le cas.
À ces mots, les pleurs de la mangemort redoublèrent et elle se mit à demander pitié en bégayant de plus belle, les larmes recouvraient ses joues, son nez coulait horriblement et elle gémissait tout en étant parcouru de sanglots irrépréssibles.
"Allons, allons, il est inutile de pleurer ma chère. N'est-ce pas Grégory?" Demanda Voldemort en se tournant alors vers Grégory Goyle qui trébucha presque en entendant son nom, puis qui jeta un regard à son père qui lui murmura d'avancer vers le maître, ce qu'il fit d'un pas incertain.
"Oui, mon seigneur." Répondit Goyle d'une voix plus forte qu'il ne l'avait prévu.
"Il est inutile de pleurer ou de me craindre ma chère, je ne punis jamais ceux qui font bien leur travail. N'es-tu pas d'accord Grégory?" Dit Voldemort de son même ton doucereux.
"Oui, mon seigneur." Répéta Grégory Goyle, cette fois moins fort.
"À moins que tu n'es quelque chose à te reprocher. Dans ce cas… Il est certain qu'il faudra te punir… Quelle punition serait appropriée selon toi Grégory?" Demanda le mage noir en se détournant de la jeune mangemort qui s'effondra par terre en continuant de pleurer et de supplier.
"Peut-être… le sortilège…euh... Doloris, Maître?" Tenta Goyle de son ton stupide, jetant un bref regard vers son père et vers Crabbe qu'il aperçut de l'autre côté de la salle.
"Ah… tu me déçois un peu Grégory. Je te pensais plus… inventif. Ton père, lui, a toujours su faire preuve de créativité, mais je vois que de ce côté-là aussi tu es, comment dirais-je, limité." Soupira Voldemort.
"Euh… sinon… euh… un sortilège de… de brûlure?" Essaya Grégory, apeuré, craignant que la maître ne se retourne contre lui d'un moment à l'autre s'il ne trouvait pas une réponse à lui donner.
Le visage de Voldemort s'illumina alors. "Un sortilège de brûlure, comme c'est à propos! Je te félicite Grégory et comme récompense, je te laisse le soin de te charger d'elle."
La jeune mangemort se mit alors à crier et à supplier, mais Voldemort lui lança un sort de ligotage pour qu'elle reste en place. Il se tourna alors vers Carrow et lui ordonna à lui, ainsi qu'au père de Goyle de le suivre, mais avant de quitter la salle, il s'adressa une nouvelle fois à l'ensemble des mangemorts.
"Aujourd'hui, je vous invite à observer la main de la justice faire son œuvre. Soyez obéissants et fidèles et elle se fera caressante, trahissez-moi et elle vous écrasera. Grégory, ne me déçoit pas." Dit le Seigneur des ténèbres avant de quitter la salle.
La gorge nouée par la peur, Grégory Goyle, après quelques instants de doutes, lança un sort de brûlure à la jeune mangemort qu'il connaissait pour lui avoir parlé quelques fois auparavant. Les supplications incessantes de cette dernière se transformèrent en hurlement alors que des flammes lichaient sa peau et enflammait ses vêtements. Ses bras se couvrirent de cloques et sa peau tourna au rouge vif. Une odeur de chair brûlée remplit la salle malgré les fenêtres brisées qui laissaient entrer l'air froid de l'extérieur. On pouvait presque entendre le crissement des dents de la jeune femme, tant sa mâchoire était serrée par la douleur. Ses cheveux prirent feu et bientôt son visage, elle se débattait, comme si elle tentait d'échapper à la douleur, Grégory Goyle détourna le regard, incapable de soutenir cette image plus longtemps. Après ce qui sembla être une éternité au serpentard, les cris déchirés de la mangemort cessèrent et on n'entendit plus qu'un râle d'agoni provenant d'elle, puis rapidement, plus rien.
Note de l'auteur :
Chers lecteurs,
Déjà le 35e chapitre (ÇA c'est un beau nombre!), merci de votre soutien et j'espère que la suite vous plaira.
Personne ne m'a écrit pour me dire qu'il était outré que Harry commette un vol au magasin dans le dernier chapitre. Je trouve que vous avez des valeurs très élastiques! ;)
À la prochaine,
Harley Q.
