Coucou tout le monde… Eh oui une semaine tout juste, voici la suite d''harry et l'héritier', bon certes, j'ai du retard pour mes autres fics.

Bref, la dernière fois, il y avait eu un repas au sommet chez les Weasley permettant à Harry d'imposer Andrew dans l'Ordre. Le temps de la rentrée à Poudlard n'est pas encore arrivé mais pour autant, l'action va reprendre son cours et l'atmosphère risque de s'assombrir.

Bonne lecture…

Merci à Kyara et mo pour leurs reviews…

Chapitre 36 : Godric's hollow

Il ne nous restait plus que quelques jours avant de retourner à Poudlard, cela me paraissait totalement irréel et même irréaliste. Depuis le dernier repas chez les Weasley, j'avais mesuré ce qui risquait de se produire là-bas toujours mentir, toujours être sur le qui-vive. De plus en plus, je ne m'imaginais pas dans la peau d'un espion et franchement, je n'osais pas imaginer la vie de Sev durant toutes ces années à cacher ses vrais sentiments et j'en étais encore plus admiratif.

Le lendemain de la soirée chez les Weasley, j'étais d'humeur particulièrement morose, le fait d'avoir quitté une nouvelle fois mes amis sans pouvoir dire les vraies raisons de mon changement m'exaspérait au plus haut point même si je me répétais qu'il n'existait pas d'autres possibilités. Sev avait alors essayé à sa manière de me changer les idées. Bien sûr, il n'avait pas dit une seule parole réconfortante mais il avait fait en sorte que nous passions la journée à faire une potion et pas n'importe laquelle. Sev m'avait enseigné l'art délicat de la potion Tue-Loup qui semblait si cher à mon cœur, comme il l'avait dédaigneusement rappelé. Il avait voulu paraître en colère quand il m'avait obligé à la préparer mais je n'étais pas dupe de son petit stratagème. Non seulement, la préparation d'une potion aussi difficile et nécessitant une concentration de tous les instants me permettait d'oublier ce qui s'était passé la veille mais aussi d'avoir une solution si pour une raison ou une autre, Sev ne pouvait plus s'en occuper, un peu comme pour la potion d'apparence. Quand je lui en avais fait la remarque, il n'avait rien pu répliquer sauf un pathétique 'Tu te trompes complètement, Potter si tu crois que le sort du loup-garou me préoccupe d'une quelconque façon.' et un sourire avait fleuri sur mes lèvres. En vérité, même si je savais déjà que la préparation de cette potion était connue comme étant l'une des plus compliquées, j'avais surtout pris conscience ce jour-là du fait que personne en dehors de Sev ne pouvait faire une telle potion car sans son aide et ses conseils à des moments cruciaux de la réalisation, je ne l'aurais jamais fini, loin s'en faut.

Quelques modifications s'étaient par la suite produites durant cette période relativement paisible. Jusqu'à encore quelques jours, toutes mes affaires étaient restées dans la chambre où Sev m'avait porté lors de ma première nuit ici, alors que je n'y avais plus dormi depuis des semaines mais je les avais finalement rapatriées dans sa chambre, sous le regard goguenard de Sev. Je n'avais pu ramener toutefois la cage d'Hedwige, du 'pigeon', comme l'avait délicatement surnommé Severus. 'Potter, il est absolument hors de question que le pigeon reste ici !'. De même, j'avais précautionneusement caché le journal de Regulus sous le sommier du lit de la chambre d'ami. Pendant tout ce temps, nous avions, en priorité, continué mon entraînement, j'avais fait de réels progrès pour les sorts d'oubliettes, ce n'était bien sûr pas encore parfait mais pendant plusieurs heures, je pouvais faire oublier à Sev jusqu'à son nom. Nous n'avions par contre guère avancé dans la quête des horcruxes. Une partie de moi reconnaissait bien volontiers que je ne faisais pas réellement d'effort pour essayer de découvrir où ils étaient, enfin pas pour l'instant car je n'avais aucune envie de partir tout de suite, du moins, tant que l'on ne serait pas exactement comment les détruire et puis je me sentais si bien ici à présent qu'il m'était difficile de tout mettre en péril tant que je ne m'y sentais pas contraint.

Ce matin, j'étais seul, les jambes remontées sous mon cou, dans mon fauteuil près de la cheminée, attendant patiemment le retour de mon amant. Sev m'avait paru aujourd'hui d'humeur particulièrement morose sans raison apparente, il ne m'avait pratiquement pas adressé la parole depuis le début de la journée, il m'avait à peine dit bonjour en déposant simplement un baiser sur ma joue, sans même y prêter attention, et il venait juste d'être convoqué par Voldemort et comme à chaque fois qu'il partait, je me sentais opprimé, j'avais tellement peur qu'il fasse une erreur quelconque ou plus probablement que grâce à l'autre espion, Voldemort ait compris le double jeu de mon Prince. Sev avait beau toujours me répéter qu'il n'y avait aucun risque, je n'étais définitivement pas rassuré. N'ayant pas grand-chose à faire à part espérer son retour, je lisais un livre de magie noire, un livre écrit de la main même de Grindelwald, si j'avais bien compris la dédicace. Je n'avais même pas été surpris lorsque j'avais appris que la charmante famille 'Prince' avait fricoté avec le mentor de Voldemort. Ce livre était rangé ou plus exactement caché par un sort de dissimulation dans le bureau du grand-père de Sev, qui répondait cette fois au doux nom de Strictus Prince, à croire que son cousin était le seul à avoir échapper aux dérivés latins ridicules comme prénom. Sev m'avait en effet ouvert toutes les portes du Manoir depuis notre soirée chez les Weasley sans que je le lui demande, ce qui m'avait beaucoup touché. En jetant un œil aux titres des différents chapitres, et notamment le septième sur les 'limites de l'extrême art noir', j'avais été interpellé et j'avais décidé de me consacrer à sa lecture dans les prochains jours. Peut-être y trouverais-je une autre solution pour détruire les horcruxes sans attendre de mettre en danger une autre personne. Je me tenais dans le salon, plongé dans des lignes plus que prometteuses lorsque je l'entendis revenir et s'asseoir en face de moi, il semblait encore plus fermé qu'après chaque rencontre avec Voldemort et encore plus qu'à son départ. Il ne me regardait pas, fixant la cheminée et ne me disait rien pendant de longues minutes. Impatient d'apprendre ce qui s'était passé lors de cette rencontre, j'engageai la conversation sans grande conviction :

« Que te voulait-il exactement ?

- Savoir comment se déroulait mon plan. Il était déjà au courant pour l'engagement d'Andrew Prince à Poudlard.

- Mais comment est-ce possible ? »

Même si je le savais exactement, j'avais besoin que Sev me le dise de sa voix basse pour m'en convaincre. En effet, mon esprit luttait toujours, de toutes ses forces contre la preuve d'un traître parmi mes proches. Severus décida de prendre ses aises dans le fauteuil et fit apparaître une bouteille de Whisky pur feu et deux verres et à vrai dire, je trouvais l'idée plus que réconfortante. Il me répondit ses yeux rivés sur le liquide ambré et chaud, tandis que je faisais venir d'un 'accio' le second verre.

« Cela ne fait que confirmer pour le traître, Potter.

- Mais tu m'avais dit qu'il n'en parlerait certainement pas devant toi.

- Potter, il a été bien plus malin, il n'en aurait jamais fait mention de façon aussi directe et aussi imprudente, il m'a simplement parlé de rumeur au ministère mais je suis persuadé que c'est l'autre espion qui l'en a informé, peut-être le savait-il le soir même.

- Tu ne soupçonnes quand même pas Flitwick ou MacGonnagal ?

- Eux mais aussi chaque membre de la famille Weasley, ton loup-garou et sa moitié !

- Arrête !

- C'est peut-être aussi Hagrid que Flitwick aurait par hasard rencontré après notre réunion, Maugrey ou Shacklebolt que Minerva aurait croisé au ministère le soir même et à qui elle aurait annoncé la bonne nouvelle.

- Tu ne fais donc confiance en personne.

- Dans ma vie, j'ai totalement fait confiance à seulement trois personnes et deux sont déjà mortes par ma faute et je préfère éviter de perdre la dernière par excès de confiance. »

Severus paraissait réellement mal, je l'avais rarement vu aussi triste, aussi sombre et cette allusion m'avait fait lever un sourcil inquiet. Il n'avait jamais fait une seule allusion au frère de Sirius depuis que nous étions ici et aujourd'hui aussi sibylline que fut sa réflexion, j'avais aisément compris de qui il avait parlé. Préférant ne pas continuer dans cette direction, je me levai lentement du fauteuil, reposant le petit livre à la couverture en cuir noir et me dirigeai vers mon Prince, il ne fit aucune remarque lorsque je m'asseyais à califourchon sur ses cuisses, une jambe de chaque côté de son corps. Je me contentai de poser ma tête sur son torse sans mot dire et de caler ma respiration sur la sienne. Je ne savais plus quoi faire ni dire et Sev vint à mon secours.

« Quel est cet ouvrage, Potter ?

- Un cadeau de ton grand-père. Il était caché dans son bureau.

- Tu sais, Potter, ce n'est pas parce que tu peux aller où tu veux dans le Manoir que tu peux voler des livres. »

Je voyais enfin un faible sourire fleurir sur ses lèvres.

« Tu changeras peut-être d'avis quand on trouvera enfin une vraie bonne formule pour détruire les horcruxes.

- Ah ! Monsieur Potter aurait enfin trouvé une solution providentielle…

- Pas encore mais j'y compte bien, je lisais d'ailleurs un chapitre très intéressant sur les limites des arts extrêmes. Il était ainsi précisé comment détruire des inferi, bon certes j'ai peur de devoir m'y reprendre en plusieurs fois pour être sûr d'avoir tout compris dans la marche à suivre mais c'est un bon début. Sait-on jamais dans le paragraphe suivant, on pourrait peut-être entendre parler des horcruxes et une manière de les détruire en évitant de mettre en danger des personnes.

- Si tu veux te bercer d'illusions, Potter.

- Sev, tu es sûr que tout va bien ?

- Bien sûr, Potter, que crois-tu ?

- Non, rien. Mais ce matin avant de partir, tu ne paraissais pas… pas spécialement de bonne humeur.

- M'as-tu déjà vu de bonne humeur, Potter ?

- Ecoute. Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire. C'est ton bras, c'est quand il t'a appelé peut-être ? »

Je m'étais redressé et mes yeux étaient plongés dans les siens. Quand je lui avais parlé, il n'avait pu s'empêcher de bouger légèrement son bras gauche. Peut-être était-ce vraiment cela après tout ? Au moment où je m'apprêtais à l'embrasser, Sev se leva et d'un mouvement souple me déposa sur son fauteuil.

« Reste ici avec le livre de mon grand-père, tu as peut-être raison, il y a probablement autre chose à faire que détruire l'objet après avoir sauvé une vie.

- Tu vas où ?

- Préparer de la potion sans rêve.

- Je… »

Mais avant que je ne puisse ajouter un mot de plus, Sev avait déjà quitté le salon, faisant voler ses robes tout autour de lui. Je préférai ne pas insister pour l'instant même si je n'étais pas dupe, je savais qu'il n'y avait pas que cette rencontre avec Voldemort, Sev avait appris, depuis de nombreuses années, à gérer les Doloris et autres tortures que ce cinglé jetait à tour de bras. J'imaginais alors que nos nouvelles relations étaient plus compliquées à cacher du fait de notre lien presque toujours ouvert et demandaient à Severus une concentration encore plus importante et plus consommatrice de sa magie. Je préférai cette fois me blottir dans le fauteuil de Sev et j'humai profondément son odeur, m'enivrant du parfum de mon amant à travers le velours. Je préférais pour l'instant rester ici à ne rien faire, j'aurais tout le temps de continuer ma lecture plus tard. Je ne sais combien de temps, je restais là, sans bouger mais je finis par m'endormir, attendant que Sev ait fini de préparer la potion sans rêve.

Ce fut le Maître des Potions qui me réveilla bien plus tard dans l'après-midi. Quand j'ouvris les yeux après qu'il m'ait parlé ou plutôt hurlé mon prénom, je vis que son visage était toujours barré et crispé et cette fois, je me disais que cela n'avait que trop duré.

« Tu as enfin fini tes réserves, Mme Pomfresh va être contente lorsque nous retournerons à Poudlard, elle aura tout un stock de potions sans rêve pour la prochaine décennie en cas de besoin.

- Et toi, tu t'es bien reposé pendant ce temps à ce que je vois.

- Je ne disais pas ça méchamment, Sev. Qu'est-ce qui te prend à la fin ?

- Rien, je te l'ai déjà dit, il me semble.

- Bon, j'ai compris, je n'insisterais pas plus, je n'ai aucune envie d'envenimer les choses, je crois que tu ferais tout aussi bien d'aller préparer un chaudron de potion Repoussos, peut-être que cette fois tu reviendras de meilleure humeur. »

Je me relevais, énervé, Sev avait du mal à affronter mon regard inquisiteur. Paradoxalement, il se rapprocha de moi et me serra contre lui doucement, il passa un index juste sous ma lèvre inférieure, me faisant presque gémir.

« Je ne devrais pas, tu… tu n'as rien avoir avec ça. »

Il se voulait réconfortant mais je n'étais pas convaincu, pas du tout. Il paraissait si triste, si las.

« Tu ne veux pas te reposer, un peu, dis ? fis-je mi-séducteur, mi-inquiet. »

Je lui pris alors délicatement les mains pour le mener dans notre chambre et contrairement à son retour où il avait fui dans son laboratoire, il me suivit sans aucune objection, je ne le quittais pas des yeux mais faisais en sorte de ne faire aucun autre geste dans sa direction. J'étais contraint d'avancer avec attention, rejoignant la chambre à reculons. Lorsque nous atteignîmes enfin la chambre, je commençais enfin à l'embrasser doucement puis de plus en plus passionnément et je le forçai à s'allonger en premier, il se laissa bien volontiers faire, tandis que je pris place sur son corps sans quitter sa bouche. Penché sur son corps encore revêtu de sa lourde robe noire, je me détachai de ses lèvres, à bout de souffle je ne pus m'empêcher de l'interroger sur ce qui se passait, il était bien trop bon occlumens pour que je puisse accéder à une partie de son esprit.

« Je croyais que tu voulais que l'on se 'repose' et pas que l'on discute, chaton et je pensais avoir été clair et déjà à plusieurs reprises, je ne te dirais rien car cela ne te concerne aucunement. Je t'ai toujours dit que quoi que tu penses, je suis toujours le sale bâtard graisseux et ne t'attends pas à ce que je te raconte ma vie en détail sous prétexte qu'on prend notre pied ensemble. Maintenant, si tu veux m'aider à me détendre, je suis plus que prêt à te laisser faire. »

Si Sev avait durci ses traits au début de son discours, à la fin, sa voix s'était plus suave et ses mains s'étaient même perdues dans mon pantalon et j'abandonnai, il avait gagné, je ne me battrais plus pour savoir la vérité, je me tortillais légèrement pour avoir une meilleure assise puis de nouveau mes lèvres couvrirent les siennes et nous ne fûmes plus qu'halètements et soupirs, lorsque nos deux cœurs et nos deux corps s'unirent pour oublier. De toute manière, même s'il refusait de m'expliquer, je n'étais pas dupe pour autant, je savais que sa mauvaise humeur comme il me l'avait d'ailleurs répété plusieurs fois, n'avait ni de près, ni de loin un quelconque rapport avec moi, cela devait signifier qu'elle était liée à sa vie d'avant, à sa vie de mangemort. Etait-ce le souvenir d'un massacre sanglant, de l'assassinat de son père, de la création de sa marque ? Probablement, je pourrais le savoir en retournant lire le journal de Regulus. Il est vrai que je ne l'avais lu que partiellement et à seulement deux reprises, étant trop occupé à mon entraînement et à rester auprès de Sev. J'attendis que mon Prince, haletant et repu, ne s'endorme pour me faufiler dans l'autre chambre et rechercher le petit livre. Je souris quand je me rendis compte que je l'avais tout simplement caché sous le sommier sans lui jeter le moindre sort, mes instincts de moldu avait la peau dure, à moins qu'une partie de moi ne veuille que Sev découvre le journal, il était vrai que pour l'instant, je n'avais jamais fait la moindre allusion à ma découverte faite à Grimmaurd. Lorsque j'ouvris le cahier, je me revis un peu plus d'un mois plus tôt, encore plus que la lettre testament d'Albus Dumbledore, les mots tendres et doux qu'avait utilisés Regulus pour décrire Sev me l'avaient fait voir d'une façon autre et pas seulement sexuelle mais également comme si j'avais enfin pris conscience que le vieux Directeur n'était pas le seul à le voir comme un être bon et aimant.

Je relisais des passages que j'avais déjà parcouru, le jour de leur première rencontre, quand Regulus avait osé parler pour la première fois et malgré son appréhension à un jeune homme brun, taciturne, qui devait être de l'âge de son frère et qui était assis juste en face de lui, à la table des Serpentards. Le plus jeune fils Black avait été sous le charme du sombre garçon même avant de lui parler, il l'avait vu plus tôt dans la journée se disputer dans le Poudlard Express et remporter un duel face à son grand frère qui n'avait de cesse de le houspiller et de le chahuter pour son caractère trop serpentard. Je soufflais et passais allègrement sur le passage décrivant leur première fois qui m'avait paru bien trop romantique. Ils avaient attendu d'être totalement prêts avant de se décider, ils avaient fait preuve de patience, ce qui était totalement à l'opposé de mon histoire avec Sev. Quelque part, j'enviais Regulus et je ressentis comme un pincement au cœur.

Je finis par enfin voir une date qui me frappa littéralement, le 24 août, comme aujourd'hui. '24 août 78 : C'est un anniversaire parfait, j'ai enfin obtenu le droit de ne pas le passer à Square Grimmaurd, j'ai passé ma journée avec Sev, loin des autres mangemorts et de Voldemort. Il était si doux loin de la guerre, je sais bien que je suis le seul en le voyant qui pourrait penser ça et c'est ce qui fait qu'il m'est encore plus précieux. Il était absolument magnifique dans cette robe bordeaux, celle que je lui avais achetée chez Mme Guipire, en juin dernier. Il avait tout préparé jusqu'au restaurant le plus cher dans le quartier sorcier d'Edimbourg et une fois dans la suite qu'il avait réservée, il m'a offert un bracelet en or fin, deux serpents entrelacés. La nuit qui suivit fut fabuleuse, encore plus que les autres…'

Je refermais le livre, en colère contre lui, contre moi-même, je m'étais fait prendre à mon propre piège, je m'étais imaginé un horrible massacre que j'aurais pu facilement pardonner mais c'était tout simplement le jour de l'anniversaire de Regulus et quand j'avais lu ces quelques lignes, la jalousie l'avait emporté. Jamais ma relation ne serait aussi parfaite à ses yeux que ce qu'il avait construit avec Regulus. Jamais Sev n'accepterait un jour de m'emmener, même une fois la guerre finie, dans un restaurant. Il m'avait dit deux fois déjà qu'il m'aimait mais c'était suite à une baise endiablée, qui lui avait peut-être fait perdre tout sens de l'à-propos pendant quelques instants et grâce au journal de Regulus, j'avais pu me rendre compte de l'amour que Sev lui portait était différent, plus vrai et fort, c'était si évident, cela transparaissait dans chaque mot écrit par le frère de Sirius. Je balançais le livre de dépit, il était 'mon seul amour' comme l'avait indiqué la prophétie mais la réciproque n'était probablement pas vraie comme Sev me l'avait dit à Poudlard, son seul amour était mort et il ne s'était jamais remis de sa disparition, presque vingt ans plus tard, il pensait à lui, à son anniversaire. Je me sentais ridicule, après toutes ces années, Severus n'avait jamais cessé de rêver à son Regulus. Je ne sais pas comment je résistais à l'envie d'entrer comme un fou dans la chambre pour lui demander des explications, explications que je savais parfaitement qu'il n'avait pas à fournir. Je décidai de faire comme si de rien n'était et à la place remis le journal là où je l'avais laissé et retournais dans notre chambre. Sev se réajustait, il boutonnait le haut de sa robe noire, son humeur semblait être meilleure, je vis comme un léger pétillement dans son regard.

« Chacun son tour, Potter, d'être de bonne humeur. Tu étais passé où ?

- Oh ! En bas, je lisais le livre de ton grand-père rien de neuf pour l'instant. Sev… »

Je me sentais gêné, je tortillais bêtement les manches de ma chemise. Moi qui croyais cinq heures plus tôt que le Manoir était le meilleur endroit au monde pour nous protéger, nous sauver de la guerre et des morts, je me rendais compte que ce n'était plus le cas maintenant. Même s'il est parfaitement impossible que Regulus ait pu venir un jour ici, je sentais sa présence entre nous, je supposais que c'était le contrecoup à l'attitude de Sev. Comme j'étais incapable de dire ce que je voulais, mon Prince leva un sourcil étonné.

« Oui ?

- Non, rien. C'est que je n'ai pas envie de rester ici, je veux sortir, aller ailleurs. On peut ?

- Non et tu sais pourquoi. Tu veux aller où d'abord, Potter ? »

Je ne savais trop en vérité. Si je retournais passer une soirée chez les Weasley ou même chez Remus et Tonks, il était inconcevable que Sev ou Andrew puisse m'accompagner. Aller voir Albus Dumbledore dans son portrait était également impossible, en dehors du risque que nous encourrions pour rien, je ne me sentais pas capable de supporter le pétillement et les remarques d'Albus qui laisseraient présager que fidèle à son habitude, il avait tout compris. Alors, je lançais mon va-tout, cela faisait déjà quelques temps que je ne lui en avais plus parlé.

« Godric's hollow…

- Il en est hors de question, tu ne dois aller nulle part sauf là où se cachent les horcruxes et tu le sais parfaitement.

- En juin dernier, je me suis fait une promesse d'aller à Godric's hollow, dès que je le pourrais, pour marquer le début de ma vie d'adulte.

- Toi, adulte ?

- Arrête, Sev, je ne plaisante pas !

- Mais moi, non plus et tu n'iras nulle part, maintenant ! »

Je sentais que la situation s'envenimait et que très bientôt nous nous dirions des paroles blessantes, des paroles qui dépasseraient nos pensées, encore plus que d'habitude. Nous ne jouions plus au professeur et à l'élève qui se détestent, je le maudissais vraiment en cet instant, j'étais si énervé par cette journée, l'attente, le fait que le souvenir de Regulus lui cause une telle peine et qu'il soit incapable de m'en parler.

« Potter, qu'est-ce que cela t'apportera ? A part de la peine et des regrets.

- Tout le monde n'est pas comme toi, Sev, certains ont besoin de se recueillir sur la tombe de leurs proches… pour être apaisé, pour se souvenir.

- Tu n'as aucun souvenir avec eux ! »

Le bruit d'une claque forte et non retenue retentit dans la chambre. Je ravalai mes sanglots, je savais qu'il était comme moi à fleur de peau et lui sans doute encore plus que moi mais je devais partir avant que toute notre relation ne se consume pour des broutilles.

« Comment tu peux oser ?

- Potter…

- J'y vais…

- Reste-là, tu ne vas pas bêtement risquer ta vie et sortir pour…

- Ne dis rien de plus, tu pourrais le regretter !

- Tu ne veux pas entendre la vérité aussi triste soit-elle. Ta visite à Godric's hollow ne t'apportera rien, tes parents y sont enterrés et tu pourras aller sur leur tombe quand la guerre sera finie. Pour l'instant c'est moi qui suis chargé de veiller sur toi et je ne te laisserai pas prendre un tel risque.

- Accompagne-moi, et puis je ne risquerais rien si tu restes à mes côtés.

- Pot-

- Je ne te le demanderai pas une autre fois. Juste une heure… »

S'il ne faisait pas un geste, j'avais décidé de lui jeter un sort de 'Jambeencoton' après tout, la dernière fois, à Poudlard, j'avais réussi à me sauver ainsi. Il l'avait lu dans mon esprit, il souriait assez férocement, presque méchamment.

« Pas deux fois, avec le même stratagème minable, chaton.

- Sev, je veux sortir d'ici et j'ai besoin de quelqu'un pour aller à Godric's hollow, accepte. »

Contrairement à ce que je crus cette énième tentative fut la bonne, il me dévisagea puis finit par souffler.

« Je crois avoir besoin de changer d'air, moi aussi. Une heure et on rentre aussitôt. »

Mon estomac s'était vrillé lorsque je l'avais entendu, une image de lui avec quelqu'un ressemblant à Sirius adolescent s'était formée dans mon esprit et je la chassais bien vite. Nous partîmes aussitôt, en cette fin d'après-midi. Pendant la traversée de la cour, nous ne parlions plus comme si notre dispute se répétait à l'infini. Lorsque Sev prononça le nom de son arrière grand-mère, je me demandais vraiment ce que j'allais trouver là-bas, des tombes en marbre blanc comme celle d'Albus, des ruines et l'angoisse prit le pas. Mon Prince dut s'en rendre compte, il ne fit pas de geste pour m'apaiser et me calmer mais sa voix se fit plus grave et me permit de me détendre malgré tout :

« Godric's hollow était située en haut d'une petite colline, elle ne ressemble plus à grand-chose aujourd'hui, tu vas t'en rendre compte par toi-même. La maison a été totalement dévastée la nuit d'halloween. Les tombes sont à quelques mètres de l'emplacement de la maison…

- Tu y as déjà été. Quand ?

- Une fois avec Albus, après l'enterrement. Il a sans doute voulu me montrer ce dont j'avais été responsable. »

Je m'arrêtai et le regardai droit dans les yeux. Je me demandais si finalement, il ne venait pas donner la raison principale de son refus d'aller à Godric's hollow avant. Une part de lui se sentait encore coupable. Il me prit doucement la main et fit comme s'il n'avait pas remarqué ma perplexité. Nous avions atterri en bas d'une colline, de là où nous étions, je ne pouvais rien voir mais je savais qu'au sommet, il n'y aurait qu'un champ de ruine. Du doigt, Sev me montra un chemin caillouteux, une vingtaine de mètre plus loin.

« Viens, Potter. »

Nous avancions lentement, je respirais profondément pour éloigner un sentiment de tristesse et de culpabilité qui m'envahissait peu à peu. J'avais peur de me laisser déborder. Sev marchait simplement à mes côtés, il ne me touchait pas mais sa présence était un véritable point d'appui, intérieurement, je le remerciai de venir ici, pour moi. Peu à peu, une ombre se dessinait au lointain, il ne me fallut guère de temps pour deviner que c'était les restes de la demeure où mes parents avaient passé la dernière année de leur vie. Sev avait raison, la maison avait été dévastée, tout simplement, le toit avait littéralement explosé, des tuiles rouges étaient éparpillées, un peu partout. Nous étions arrivés là où devait être avant la porte d'entrée et où il ne restait plus qu'un trou béant. Sev se rapprochait peu à peu de moi, je le sentais tout contre mon dos, le souffle chaud de sa respiration tombé sur ma nuque :

« Tu veux entrer ?

- Je ne sais pas, je…

- Même toi, tu ne risques pas de faire plus de dégâts aujourd'hui. »

Il m'avait pris alors la main et retournant légèrement mon visage dans sa direction, je l'embrassai, juste un doux contact pour lui faire comprendre tout ce que je ressentais. Je fis un pas et entrai dans la petite maison. Je sentis mon cœur se soulever, tout était détruit, cassé, déchiqueté. Nous faisions très attention et évitions de marcher sur des morceaux de verre, suivant un long corridor, la première porte donnait sur ce qui avait dû être la cuisine, à terre, au milieu des assiettes brisées, des verres éclatés, avait résisté miraculeusement un biberon, je me baissais et le ramassais lentement, le faisant lentement tourner dans ma paume. Cette fois, ce fut une main douce et câline qui passa entre mes cheveux. Nous quittions la pièce sans même prononcer le moindre mot. Nous continuions doucement, nous passâmes devant la salle à manger puis la salle de bain. Il ne restait plus que deux autres pièces mitoyennes, la première s'avérait être celle de mes parents, le sol était jonché de robes de sorcier déchirées, sur une petite table de nuit dont un des pieds avaient été arraché, un cadre avec une photo nous représentant n'avait pas explosé. Mon père et ma mère tenaient entre eux un bébé avec des grands yeux verts mais ne portant aucune cicatrice. Des larmes commençaient à rouler sur mes joues tandis que je réduisais l'objet d'un sort et le glissais dans ma poche.

« Tu veux vraiment continuer, Harry ?

- Oui, je veux voir ma chambre, il me semble que c'est là où l'on m'a retrouvé… C'est ce qu'Hagrid a dit.

- Si tu le souhaites, alors. »

Nous rejoignîmes la dernière pièce, ma chambre, là où ma mère s'était sacrifiée et m'avait sauvé. Je fus surpris de voir que le berceau avait été totalement épargné, le seul meuble intact. Alors que je faisais quelques pas dans la direction du petit lit, j'entendis Sev soupirer profondément, il me murmura :

« Harry, tu es… Je ne crois pas qu'il faudrait.

- S'il te plaît, j'en ai besoin. »

Alors que je m'approchais seul du berceau, un très léger sourire naquit sur mes lèvres. Sev me regarda interloqué. Je me penchais et ramassai une petite peluche, peut-être était-ce ma préférée lorsque j'étais bébé. Je la ramenai à Sev qui à son tour sourit :

« Comme quoi tu étais prédisposé !

- Il n'est pas mignon ce petit chaton. C'était probablement mon doudou.

- Cela ne me surprendrait qu'à moitié, Harry. »

Nous avions fini la visite et je rangeais la peluche dans ma poche après lui avoir lancé le même sort de réduction qu'au cadre-photo. Une fois ressortis, je me tournais vers Sev :

« Où sont-ils ? »

Il ne me répondit rien, me prit la main et m'emmena un peu plus loin sur le côté près d'un grand chêne. A l'ombre, je vis deux tombes en marbre blanc comme pour Albus. Nous nous approchions, je m'arrêtai brusquement lorsque je devinais une silhouette contre le tronc de l'arbre…

A suivre…