Disclaimer : L'essentiel des personnages de cette fic ne m'appartiennent pas, ils sont la propriété de RTD et la BBC (et My boss Chrismaz qui m'a fait l'honneur de me prêter Alec).

Beta : ma précieuse Arianrhod et Aviva pour son brillant concours !

NB : univers alternatif, fin XIXème siècle, en plein Empire Britannique.


Partie Cinq

Chapitre 8 : Où Ianto reprend sa place auprès de ses amis.


Ianto quitta la maison de Durham Street pour retrouver Alec qui l'attendait au port. Celui-ci fut soulagé d'apprendre que son ami était sorti de son marasme. Il s'en réjouit et le jeune homme vit qu'il luttait farouchement contre lui-même pour ne pas exiger de le voir. Il savait cependant qu'il fallait encore un peu de temps à Jack Harkness pour se remettre de cette langueur qui avait failli le détruire.

Alec lui souhaita bonne chance.

- C'est plutôt à toi que je devrais souhaiter bonne chance, dit Ianto en souriant, Dame Donna t'attend avec impatience.

- Oh, je le sais. Il est temps pour moi de m'établir. Donna a toutes les qualités requises pour faire une bonne épouse. Elle est sensée, agréable, joyeuse et intelligente. De plus, elle ne m'est pas indifférente.

- Je suis heureux de te l'entendre l'avouer.

- Ianto, tu vas me manquer, dit Alec en serrant le jeune homme contre lui.

- Toi aussi mon ami, mais nous nous reverrons, dit le Gallois, j'en suis persuadé. Ne restons pas sans nous écrire.

- J'ai pourtant cru comprendre que tu n'étais pas doué pour écrire des lettres.

- Owen m'en a fait également le reproche, grimaça Ianto.

- Pour un homme de lettres, c'est bien dommage !

Ianto ne répondit pas mais il marquait un point. Il n'avait écrit aucune missive durant son voyage, incapable de trouver les mots pour expliquer la situation. Il aurait très bien pu mourir sans que quiconque ne l'apprenne avant de longs mois.

- De toute manière, Owen Harper m'a invité à son mariage. Sois assuré que j'y serai présent ! Et pendant ce temps, prends soin de Jack.

- Je n'y manquerai pas !

- C'est curieux, mais je sens que ceci est sincère !

- Oui, tout à fait sincère, fit le jeune homme en souriant à pleines dents.

- Tous mes vœux de bonheur, mon ami. Ne manque pas de me tenir au courant de son état de santé et assure-le de toute mon affection.

Les adieux s'achevèrent rapidement. Ianto était pressé de retrouver Jack et son monde. Ils échangèrent un dernier regard et une dernière étreinte fraternelle avant de se quitter. Ianto repartit avec ses affaires et retourna à Durham Street où Owen l'attendait de pied ferme tenant par la main sa fiancée, fort émue de son retour. Elle fit fi de sa réserve toute asiatique pour le serrer dans ses bras. Le frais parfum de la jeune femme enveloppa Ianto qui se laissa faire avec grand plaisir. Elle lui avait tant manqué, elle aussi. Steven se tenait en retrait, sombre et bras croisés. Il salua son ancien professeur froidement avant de se rendre dans sa chambre. Owen parut surpris par son attitude mais Ianto le pria de ne rien dire.

- Je ne comprends pas, dit le médecin, pendant tes… vacances, il n'a cessé de te réclamer. Je ne comprends pas pourquoi il te bat froid.

- Il a besoin de temps, dit Ianto en haussant les épaules.

- Raconte-moi ce que tu as vécu, ce que tu as vu, dit Toshiko en l'entraînant vers le salon. Owen m'en a un peu parlé mais je veux tout entendre de ta bouche.

Ianto s'exécuta de bonne grâce dans le salon familier, son esprit tendu vers la chambre où reposait Jack. Il raconta son voyage auprès de River Song, jusqu'à Rome où ils avaient rencontré le Docteur et sa compagne Donna Noble. Il raconta comment l'ami de Jack lui avait demandé des nouvelles du Lord et avait été fort marri de s'apercevoir qu'il n'en savait rien. Il passa sous silence la rencontre batailleuse avec Alec McNeil qui lui avait appris dans quel état était réellement Jack.

Il parla de Paris, de Rome, faisant naître des étoiles dans les yeux de Toshiko. La description du Docteur la ravit, il était en tout point semblable à ce qu'elle s'était imaginée.

- Et son vaisseau nous a ramené en moins de cinq jours de Rome à Londres.

- Son vaisseau ? demanda Toshiko étonnée.

- Oui, le Tardis, une fière goélette, répondit l'ancien secrétaire, c'est la manière dont le Docteur se déplace d'un point du globe à l'autre.

- Jack n'avait jamais révélé que le Docteur avait un vaisseau, s'étonna Owen, mais il a toujours été secret vis-à-vis de sa vie avec cet homme.

- Il n'a pas qu'un bateau, il en a plusieurs, répondit Ianto, Il possède une compagnie entière de transport qui lui permet d'aller d'un endroit à l'autre. Jack a toujours conservé le secret sur lui pour le protéger. Mais c'est un homme extraordinaire, tout comme il nous le disait.

- Pourquoi ne t'a-t-il pas accompagné ? demanda Owen, il aurait pu voir Jack.

- Il a dit à Alec qu'il voulait visiter la Chine et le Japon.

- Que s'y passe-t-il ? demanda Toshiko qui s'intéressait toujours à son pays de naissance.

- Je l'ignore, dit Ianto, tout ce que je sais c'est que le Docteur a un important réseau d'informateurs. Alec me l'a raconté, ils collationnent les rapports, les notes qui leur sont envoyés.

- Es-tu resté longtemps auprès de lui ?

- Non, à peine une journée, mais il m'a fait une impression extraordinaire, dit Ianto en s'asseyant près d'elle.

La jeune femme lui fit un sourire doux, il lui avait tant manqué. Elle lui reprocha doucement de ne pas avoir donné de ses nouvelles, tout en lui assurant qu'il lui avait manqué terriblement. Ianto garda le silence, sachant qu'il avait mérité ces réprimandes. Ce voyage, malgré tout, lui avait permis d'éclaircir ce qu'il voulait réellement. Il avait choisi de revenir auprès de Jack et ne souhaitait plus le quitter désormais. Il le dit à la jeune femme qui battit des cils, surprise par la révélation.

- Tu as mûri mon ami, lui dit-elle, auparavant, tu n'aurais jamais parlé aussi franchement de ce que tu éprouves.

- Il était peut-être temps, dit Ianto avec un mince sourire, je deviens adulte et je dois apprendre à vivre selon mes désirs. Cependant, je dois avouer que cela n'est pas si aisé.

- Comme je te comprends, dit-elle, regarde-nous. Owen est le seul héritier de sa famille, et il épouse une étrangère. Dans le comté d'Abergavenny, cela fait des gorges chaudes. Les gens seront toujours enclins à parler sans comprendre l'amour qu'il peut y avoir entre deux êtres.

- Allons, dès que les gens te rencontrent, ils oublient tes origines pour ne se souvenir que de ta gentillesse et de ta beauté.

- Ianto ! s'écria Owen, ton voyage à Rome t'a-t-il transformé en Casanova ? Toshiko est ma fiancée, je te le rappelle.

- Ce n'est pas pour autant que ce n'est pas agréable à entendre, n'est-ce pas ? continua le jeune homme en se levant, c'est toujours un tel régal de parler avec toi.

- Ianto, tu as certainement passé trop de temps avec Alec McNeil, siffla Owen d'un ton amusé, mais je suis sûr que Jack appréciera. Cela le ravira.

Ils continuèrent à deviser dans une atmosphère joyeuse, entretenue par un Owen positivement heureux que Jack et Ianto soient de retour à la maison. Le soir tomba, la nuit enveloppa la ville peu à peu de son dais étoilé.

oOoOo

Ianto avait regagné sa chambre après une soirée passée à renouer des liens avec ses amis. Il était resté quelques minutes dans la chambre du Lord avec Owen et Toshiko. Ils avaient longtemps regardé Jack qui dormait d'un sommeil de plomb. Toshiko, les larmes aux yeux, l'avait serré dans ses bras en le raccompagnant à sa chambre. Elle l'avait embrassé en lui chuchotant « merci ». Le sourire de Jack pendant son sommeil l'avait rassurée sur l'état de son tuteur.

Ianto s'assit sur son lit, savourant cet instant. Durant son voyage de retour, il n'avait cessé de penser au moment où il serait là, à quelques mètres à peine de Jack. Il en avait longuement parlé avec Alec, il ne savait pas ce qu'allaient lui apporter les jours suivants, mais il était heureux et fier d'être ici. Il soupira d'aise en s'allongeant dans son lit après avoir endossé son vêtement de nuit. Jack, il y pensait constamment et devait se maîtriser pour ne pas se faufiler hors de sa chambre et rejoindre la sienne. Il se morigéna, il lui fallait du repos. Il allait lui falloir du temps pour se remettre de la maladie nerveuse qui l'avait rongé, du temps pour guérir complètement. Il espéra que sa convalescence se déroulerait sans qu'il perde à nouveau l'esprit. Il en avait parlé brièvement avec Owen et savait qu'un choc, qu'une émotion trop violente pouvait le replonger dans son enfer personnel.

Il se passa les mains sur le visage. Il allait devoir éviter de lui faire ressentir des émotions trop fortes, comme celles qu'il éprouvait pour lui. Il allait avoir besoin de toutes ses forces pour ne pas l'embrasser, le toucher, le serrer entre ses bras, le faire chavirer sous ses assauts. Son corps répondit aux images qui lui enflammaient l'esprit. Il savait qu'il allait subir le martyre à ne pas s'approcher de lui pour ne pas l'épuiser. Mais cela en valait la peine, il ne voulait pas revoir cet homme au regard affolé, cette peur animale et cette douleur qui l'habitaient lorsqu'il l'avait retrouvé. Avec de la douceur et de la patience, il l'apprivoiserait et éviterait de le perturber. Il chassa cette angoisse de son esprit et s'endormit en pensant à la saveur de ses baisers, souriant à la vie.

oOoOo

La lune touchait le zénith lorsqu'un léger grattement à la porte éveilla Ianto. Il se souleva légèrement alors que le battant s'ouvrait sans un bruit. Jack, couvert d'une robe de chambre bleue, entra, tenant à la main une lampe à huile. Il marchait tout doucement, chancelant comme un vieil homme. Ianto se leva d'un bond pour le soutenir.

Jack accueillit son aide avec un sourire contrit. Il le buvait du regard. Ses yeux lourds de sommeil brillaient à la lumière. Ses cheveux ébouriffés appelaient à la caresse. Il sentit son cœur battre un peu lorsque le jeune homme posa ses doigts sur son bras. Il ressentait la chaleur de sa peau à travers le tissu. Mais son visage était inquiet, et une lueur d'angoisse apparut dans ses yeux lorsqu'il passa la main sur sa joue. Jack laissa tomber son bras, désappointé. Il avait cru à son sourire qu'il allait être ravi de le voir et voilà qu'il le repoussait encore.

Ianto vit son changement d'expression et eut soudain peur que son accès de folie le reprenne. Il fallait qu'il le rassure. Il l'attrapa par la taille et le serra doucement contre lui. Il l'entendit soupirer de soulagement. Leurs cœurs battaient si fort qu'ils leur semblaient les hypnotiser par ce son régulier et profond. Jack rompit l'enchantement le premier.

- Je voulais savoir si tu avais repris ton ancienne chambre. Je voulais vérifier que je n'avais pas rêvé que tu étais revenu.

- Vous n'avez pas rêvé, dit Ianto avec un sourire, je suis là.

-Puis-je avoir ta compagnie pour cette nuit ? Je ne veux pas rester seul.

- Bien sûr, voulez-vous que je vienne dans votre chambre ? Je peux m'installer près de vous et veiller sur votre sommeil.

- Non... je veux dormir là, dans ton lit. J'ai besoin de sentir que tu es là, que tu es bien réel.

- Venez, dit Ianto en l'aidant à avancer vers les couvertures encore chaudes.

Jack sentit toute sa peur de voir à nouveau fuir son Gallois s'envoler, il le laissait enfin approcher. Quel dommage qu'il eut fallu tant de temps et de souffrance !

- Tu n'as pas peur que je tente de te faire mien ? demanda Jack avec un sourire en coin.

- Je n'ai pas peur, dit Ianto en soutenant son regard, cependant, cela ne serait pas raisonnable dans votre état.

- Je veux simplement te tenir dans mes bras, dit Jack en se laissant guider.

Sa robe de chambre tomba au sol et Ianto l'aida à se coucher avant de s'allonger à ses côtés. Il souffla la lampe, puis rabattit les couvertures sur eux, les enveloppant dans une bulle de chaleur tendre.

Ils reposaient, l'un à coté de l'autre, séparés par un désir puissant qu'ils devaient maîtriser. Jack sourit dans l'obscurité. Il sentit que le jeune homme se déplaçait contre lui presque timidement. Un bras vint lui soutenir le cou, il roula sur son flanc et lova sa tête contre le torse de celui qu'il aimait. Il entendait son cœur battre à grand coup dans sa poitrine, sonnant si fort, un tonnerre dans la nuit silencieuse. Il sentait un grondement continu qui s'apaisa peu à peu alors qu'ils restaient sans bouger, sauf pour respirer.

Puis comme pour entendre à nouveau s'enfler ce son qui le ravissait, il l'embrassa doucement, goûtant la suavité de ses lèvres qu'il attendait depuis si longtemps. Le baiser se prolongea, un moment d'éternité partagée. Il s'abandonna totalement à ce baiser qui le complétait. Le contact du corps de Ianto, de ses mains qui glissaient dans son dos, le rassura. Il s'émut de leur mutuelle retenue, tout à la douceur de cet instant.

Ianto résistait à l'envie de le serrer contre lui de toutes ses forces. Il retenait sa fougue, l'odeur de Jack, cette fois-ci douce et propre, la douceur de sa peau, rasée de frais lui gonflait le cœur et le corps. Et ce baiser qui s'éternisait menaçait de le faire basculer, son corps tendu près du sien. Il résista à l'envie de le bousculer, de le renverser sous lui et lui dévorer le corps de baisers et de l'aimer enfin. Il gémit sourdement contre ses lèvres et Jack se mit à rire.

- Je ne devrais pas te pousser dans tes derniers retranchements, dit-il en le relâchant doucement.

Malgré l'obscurité, Ianto aperçut l'éclat blanc de ses dents. Il sourit en retour et l'étreignit contre lui, sentant sa bouche contre son torse.

- Je ne veux pas vous blesser, dit Ianto, dormez, je suis là et je veille sur vous. Dormez.

- Seras-tu encore là demain matin ?

- Je vous le promets dit-il en l'embrassant sur le front. Dormez, Jack.

Ianto l'entendit sourire littéralement, puis sa respiration s'apaisa alors qu'ils sombraient tous les deux dans le sommeil.

oOoOo

Le matin ne s'était pas encore levé mais l'Est s'éclaircissait déjà, annonçant une belle journée. Jack ouvrit brutalement les yeux. Il sortait d'un cauchemar qui l'avait laissé trempé de sueur et glacé à l'intérieur. Ce qu'il avait vécu dans ce monde onirique, hantait encore son esprit. Curieusement, il avait revécu cette discussion quelques jours après le duel avec Hart. Elle avait laissé une forte impression en lui, cette scène où il avait compris qu'il fallait du temps au jeune homme pour encaisser ce qu'il avait vécu. Il l'avait alors serré dans ses bras en lui assurant qu'il ne voulait que son bonheur. Il venait de se voir repoussé, giflé par le mépris. Le jeune homme, dans son rêve, l'abandonnait après avoir mis son cœur à nu. Il tremblait à présent alors qu'un sentiment d'horreur et de solitude envahissait son âme. Il refoula des sanglots secs, ses nerfs tendus à craquer, se tordant les mains dans ce lit inconnu.

Il sortit enfin des brumes de son sommeil en reconnaissant les cheveux de Ianto, la ligne de son dos qu'il lui tournait. La mémoire lui revint, il s'était endormi dans ses bras et s'était éloigné dans son sommeil. Il se rapprocha de ce corps tiède et rassurant. A son contact, Ianto murmura dans ses rêves et se tourna vers lui pour le serrer contre lui. Jack s'abandonna à ce sentiment de bien-être qui l'enveloppa. Il se colla à son corps chaud et soupira d'aise. Il s'apprêtait à replonger dans le sommeil quand une main lui caressa les cheveux et acheva de le rassurer. Ianto était près de lui et cela suffisait à son bonheur. Il s'endormit, un sourire aux lèvres, définitivement réconforté.

Le matin les trouva tous les deux enlacés si étroitement que leur chaleur leur suffisait. Ianto s'éveilla le premier et savoura ce qu'il voyait. Le visage de Jack apaisé, près du sien, ses cils ombraient ses paupières, la ligne droite et pure de ses sourcils, les petites ridules qui accentuaient sa beauté, ce sourire léger qui étirait ses lèvres. Il aimait ce qu'il découvrait sous cette lumière douce et grise d'un matin londonien. Avec un soupir de bonheur, il le serra contre lui et fut surpris de sentir son corps s'éveiller contre le sien. Il sentait gonfler contre sa cuisse un désir qui ne lui faisait plus peur. Il avait choisi d'être là pour lui, pour son bonheur. Ses mains s'égarèrent malgré lui sous les couvertures et s'emparèrent ce qui s'y tendait. Jack s'éveilla à son tour, saisi par un plaisir inédit. Il vit les yeux bleus de Ianto assombris de désir, alors qu'il le sentait accélérer la cadence. Il se mordit les lèvres sur un cri qui montait, ces doigts habiles lui démontraient la dextérité du Gallois qui l'entraînait vers un bonheur matinal. Il se laissa aller entre ses mains si douces, la langueur du plaisir l'emporta comme une vague, frissonnant, le corps en fête.

Ianto s'essuya sur son pyjama sans le quitter des yeux.

- Besoin d'aide, Ianto Jones ? proposa Jack en plongeant dans ses yeux liquides, aux pupilles dilatées par le désir.

Il eut la surprise de l'entendre décliner l'offre avec un joli sourire qui lui fit battre le cœur violemment. Il était décidément soumis aux sourires de ce gamin, prêt à céder à toutes ses volontés.

- Non, Jack, tu dois te reposer, murmura Ianto en l'embrassant doucement, bonjour.

- Bonjour, dit le Lord, qui se sentait à vrai dire, tout à fait reposé.

Il posa ses mains autour du visage de Ianto et accentua son baiser. Lorsqu'il laissa le jeune homme respirer, il vit que ses joues et ses oreilles avaient pris une jolie teinte brique.

- Ce n'est pas raisonnable, Jack, reprit Ianto.

- Autant que ce que tu viens de m'offrir.

- Tu as besoin de soins, cela en fait partie, dit-il en souriant.

- Quelle chance d'avoir un garde-malade si attentionné ! rit Jack en cueillant un nouveau baiser.

Il le tint embrassé et fourragea dans les couvertures à la recherche de son membre palpitant. Il le sentait tendre son corps contre le sien, instinctivement se pliant à son envie.

- Non ! cingla Ianto en repoussant ses mains fureteuses et caressantes.

Jack s'arrêta immédiatement. Le Gallois avait les yeux sombres et sévères mais un sourire détendit soudain son visage.

- Je t'en prie. Pas alors que tu es encore trop faible. Je ne le veux pas.

Ils s'évaluèrent du regard, Jack vit l'inquiétude dans les yeux de son compagnon et l'amour qu'il lui portait. Il laissa ses mains abandonner leurs recherches pour l'embrasser à nouveau. Le jeune homme avait raison, il fallait qu'il se repose, malgré cette bonne nuit de sommeil, il se sentait encore épuisé. Il le regarda se lever, se laver et s'habiller lestement. Jack appréciait sa silhouette, son attitude pudique contrastant avec le désir évident qui tendait son corps. Il le caressa du regard alors que Ianto se préparait à sortir.

- Très bien, je me repose, dit Jack en s'étirant sur les oreillers, mais je ne quitte pas ton lit.

- Si vous le désirez Monsieur, dit Ianto avec un sourire, mais vous allez vous ennuyer. Vous devriez rejoindre votre chambre.

- J'y ai passé bien trop de temps, je ne la supporte plus, alors que la tienne, elle est bien plus intéressante.

Ianto fit courir son regard sur la décoration simple de sa chambre, la fenêtre où entrait le soleil éclairant la bibliothèque et ses affaires sur le petit bureau. Il n'y avait pas grand-chose ici pour susciter un tel intérêt. Jack rit en le voyant faire. Il lui fit signe d'approcher. Il était hors de question qu'il le laissât quitter la chambre sans l'embrasser. Ianto se soumit de bonne grâce à sa demande. Appuyé sur le lit, il savoura le baiser intense que le Lord lui donnait. Il sentait son corps palpiter sous l'émotion. Les mains de Jack glissèrent sous sa chemise, et il se sentit sur le point de rejeter totalement ses bonnes résolutions.

Quelqu'un frappa à la porte et Ianto se hâta de l'entrebâiller pour découvrir le visiteur matinal. Il vit Owen, accablé, qui piétinait.

- Jack a disparu ! Je ne sais pas où il se trouve !

- Il est ici et semble décidé à ne pas vouloir quitter ma chambre.

Ianto ouvrit un peu grand sa porte pour laisser le médecin découvrir le Lord alangui dans son lit. Owen prit un air mi-fâché, mi-ravi.

- Ce n'est vraiment pas raisonnable, les gourmanda-t-il en riant.

- C'est ce que je me tue à lui dire, persifla Jack en montrant le jeune homme du doigt.

Ianto le regarda en fronçant des sourcils, l'air vaguement coupable et un peu fâché du sous-entendu injustifié.

- Il me semblerait l'inverse, dit Owen, ne se trompant pas sur le mensonge de Jack. Ianto, je compte sur toi pour lui éviter tout épuisement. Il faut que sa convalescence se déroule calmement.

- Comment rester calme lorsqu'il se colle à moi au milieu de la nuit ? s'offusqua Jack avec un grand sourire.

Ianto rougit au grand plaisir du Lord, avant de rire avec gêne. Il ne le reprit pas, trop heureux de le voir si en verve.

- Owen, je prends mes quartiers ici. Il y a trop de mauvais souvenirs liés à mon ancienne chambre.

- Et où va bien pouvoir dormir ce pauvre Ianto ? dit Owen en s'approchant de lui, pour s'enquérir de sa santé.

- Nous verrons cela en temps utile, fit Jack, plein d'assurance. Mais je peux lui faire une petite place à mes côtés.

- Trop aimable à toi, Jack. Bien, comment te sens-tu ce matin ?

- Bien, très bien, bien qu'un peu vidé.

Il jeta un coup d'œil à Ianto qui roula des yeux, accablé par cette désinvolture qui n'appartenait qu'à lui. Mais Owen ne releva pas. Il regarda le blanc des yeux de Jack et l'ausculta résolument sans écouter les bavardages de Jack, décidément loquace.

Ianto sortit de la chambre, les oreilles rougies par les sous-entendus grivois de Jack. Mais cette fois-ci, ce n'était plus d'embarras mais de frustration. Owen était arrivé au bon moment, celui où il allait inévitablement céder aux appels de sa chair. Il soupira et descendit à la salle à manger où Toshiko l'attendait en compagnie de Steven. Il les salua et commença à manger en discutant légèrement avec Toshiko. Steven joua avec la nourriture tout en jetant des regards noirs à Ianto. Celui-ci finit par lui demander ce qu'il avait mais le jeune garçon se mura dans son silence avant de demander poliment à quitter la table. Toshiko, surprise par ce comportement auquel l'enfant, généralement doux, ne l'avait guère habituée, l'y autorisa.

- Je suis désolée Ianto, dit-elle, je ne comprends pas.

- Cela lui passera, dit le jeune homme qui se promit d'éclaircir la situation avec l'enfant au plus tôt.

- Que comptes-tu faire maintenant ? demanda Toshiko en lui servant un café fumant.

- Eh bien, je n'y ai pas encore réfléchi. Il est hors de question pour moi de rester sans activité.

- Jack sera heureux de t'employer à nouveau comme secrétaire ou professeur. A moins que tu ne souhaites conserver ton indépendance vis à vis de lui.

Ianto la regarda avec stupeur, Alec avait également soulevé cette question durant leur voyage. Comment conserver une certaine égalité entre eux, s'il l'employait à nouveau ?

- Cela mérite réflexion, dit-il prudemment. Steven a besoin d'un précepteur et Jack d'un secrétaire, mais ma situation personnelle a quelque peu évoluée. Du reste, je ne sais pas si Jack souhaite m'engager à nouveau.

- Excuse-moi Ianto, tu as bien le temps de réfléchir à cette question. Reste auprès de nous comme invité, il sera toujours temps pour toi de retrouver une activité.

- Mais je vais m'occuper de Steven, Owen m'a assuré qu'il avait besoin d'aide.

- Et tu adores enseigner ! Cela t'occupera un peu.

- Que fais-tu de tes longues journées ? demanda le jeune homme en changeant de sujet en douceur.

- Eh bien, je prépare mon mariage, Gwen s'occupe de tout à Abergavenny mais il faut que je rachète mon trousseau et ma robe de mariée.

- Tout a disparu dans l'incendie du manoir.

- Oui, malheureusement, enfin, nous avons pu sauver certaines choses. L'aile moderne a entièrement brûlé ainsi que les cuisines mais l'aile plus ancienne a résisté aux flammes. Elle a protégé la bibliothèque.

- Comment ? demanda Ianto avec un large sourire.

- Je me doutais bien qu'un amoureux des livres comme toi serait sensible à cette nouvelle. Nous déplorons peu de pertes parmi ses ouvrages.

- Je m'en réjouis, fit joyeusement Ianto qui se remémorait avec plaisir les journées passées dans ce lieu poussiéreux, encombré mais surprenant. C'est une bonne nouvelle.

- Rhys, lorsqu'il est retourné à Blackwood, il y a deux mois, a organisé le déplacement dans les différentes propriétés de Jack. Il avait peur que les travaux de reconstruction et la pluie n'abîment les ouvrages.

- Il a eu raison. Vous avez lancé la reconstruction du manoir ?

- Uniquement, rendre habitables les pièces qui n'ont pas brûlé. Mais seule la bibliothèque a été épargnée. Trop de papiers sans doute. Enfin, une partie a été sauvée.

- J'en suis ravi ! Et donc Gwen organise ton mariage à Abergavenny ?

- Oui, dans son état, elle ne pouvait faire le trajet jusqu'à Londres. Mais j'imagine qu'elle doit se démener pour que tout soit parfait.

- Dans son état ?

- Oui, personne n'a dû encore te l'annoncer, mais Dame Gwen est enceinte pour le plus grand plaisir de son époux. Cela a été la seule bonne nouvelle de ces derniers mois.

- Quelle bonne nouvelle, elle doit être heureuse !

- Oui, pour son mari, mais elle râle beaucoup dans ses lettres, elle dit que cela la ralentit dans ses tâches. Mais elle a beaucoup de chance.

- En effet, c'est une grossesse tardive mais l'enfant sera accueilli dans une famille aimante. Rhys a toujours rêvé d'être père. Tout comme Owen.

Toshiko lui jeta un étrange regard, comme soupesant son propos. Elle sourit et changea de sujet. Owen vint les rejoindre et les rassurer au sujet de Jack.

- Jamais je n'ai vu quelqu'un se remettre aussi rapidement. Il ne parle que de partir, sortir, revenir à cheval pour le pays de Galles. Il va vite être intenable.

- Je vois, dit Ianto, il va falloir que je lui trouve des occupations.

- Il a quelques idées sur la question, si tu veux mon avis.

- Je le sais, dit Ianto en cachant son embarras derrière sa tasse de café. Mais tant qu'il ne tiendra pas seul sur ses jambes, je suis déterminé à le laisser se reposer.

- A vrai dire, dit Owen, je ne sais pas s'il pourra tenir aussi longtemps.

- Alors, je le verrai que le temps nécessaire, dit Ianto qui restait sur ses positions.

- Que Dieu nous garde, Jack sera infernal ! Davantage que ces mois passés à le voir péricliter.

Les trois amis se sourirent avant de finir leur repas.

Maintenant que Jack était revenu à la raison, du moins pour le moment, Owen souleva la question de repartir au pays de Galles. La saison allait bientôt commencer à Londres et ni les uns ni les autres ne se sentaient prêts à écumer les salons.

Jack, autrefois, appréciait cette activité mais dans son état de faiblesse, le médecin recommandait qu'il ne fasse aucun effort. Toshiko n'avait jamais vraiment aimé sortir dans les salons londoniens où ses traits japonais étaient scrutés par des gens qui oubliaient leur bonne éducation pour béer devant son visage et lui poser les questions les plus incongrues. Comme toutes les jeunes filles de bonne famille, elle avait fait son entrée dans le monde au bal des prétendantes, organisée par la Reine, mais très rapidement, elle avait cessé d'accompagner son tuteur pour rester à l'hôtel particulier, malgré le succès qu'elle avait eu. Sa nature timide et réservée ne supportait pas d'être considérée comme une bête curieuse. Et déjà à cette époque, elle avait le cœur pris. Elle regarda Owen avec affection, elle l'aimait depuis son plus jeune âge, depuis le jour où il était apparu dans sa vie, rejoignant Jack aux Indes.

Le mince médecin avait fait battre son cœur plus fort et lui avait fait prendre conscience de sa féminité. Elle n'avait eu de cesse que de l'attacher à elle.

Mais cela n'avait pas été facile. Owen était plus âgé qu'elle de presque dix ans et elle n'était qu'une toute jeune fille lorsqu'il l'avait rencontrée, et de surcroît, la pupille de son ami. Mais malgré sa jeunesse et sa timidité, Toshiko cachait une volonté de fer sous sa douceur et sa réserve. Elle l'aimait et lui avait fait comprendre. Cela avait malheureusement pris un peu de temps, car Owen n'était pas aussi éclairé lorsqu'il s'agissait de romance. Mais peu à peu, il en vint à partager ses sentiments et à vouloir l'épouser, ce dont elle se réjouissait à présent. Les obstacles entre eux étaient aplanis, Jack se remettait, Ianto était de retour et leur mariage aurait bien lieu au mois d'octobre. Tout lui paraissait possible désormais.

Ianto sourit en la voyant aussi radieuse, il leur souhaita une agréable journée et s'en fut à la recherche de Steven.

oOoOo

L'enfant ne fut pas très difficile à retrouver, il n'était ni à la bibliothèque, ni dans sa chambre. Ianto le découvrit dans l'ancienne nurserie qui avait été transformée pour qu'il puisse y étudier.

Il entra doucement dans la pièce qui contenait un bureau et une grande table couverte de livres et d'atlas. Les étagères débordaient d'anciens jouets, trop abîmés pour être bien utiles au jeune garçon. Celui-ci regardait par la fenêtre, perdu dans sa contemplation, triturant d'une main nerveuse un morceau de tissu qu'il fit vite disparaître en voyant son ancien professeur entrer. Ianto réprima un sourire, il lisait sur le visage ombrageux de son élève qu'il ne fallait pas se moquer. Il ne souleva pas de question sur ce chiffon, devinant que pour Steven, c'était un moyen de se rassurer. Il ne pouvait pas le critiquer alors que lui-même usait de ses livres de la même manière.

Il invita l'enfant maussade à s'asseoir à la table à laquelle il prit place, lui aussi.

- J'ai cru remarquer que tu étais boudeur, commença-t-il doucement, Serait-ce mon retour qui te chagrine autant ?

- Non, murmura Steven en évitant son regard pénétrant.

- Alors peux-tu m'expliquer quelle en est la raison ?

- Je... non, je ne le peux pas.

- Pourquoi ?

- Parce que vous allez me trouver ridicule.

- Promis, je ne me moquerai pas de toi. Je voudrai simplement que tu m'expliques pourquoi fais-tu une tête de six pieds de long lorsque je suis dans la même pièce que toi.

- C'est à cause de moi que vous êtes parti ! s'exclama Steven.

- Non, ce n'est pas à cause de toi, répondit calmement Ianto, qui voyait enfin surgir ce qu'il avait redouté.

Le jeune garçon se croyait la raison de son départ et puisqu'il ne lui avait donné aucune explication, il comprenait mieux son appréhension et sa colère. Car Steven était en colère.

- C'est à cause de moi, si vous êtes parti, c'est parce que je me suis fait enlever !

Ianto soupira. Il lui devait des explications après tout. L'enfant semblait s'être mis en tête que son professeur le détestait et avait quitté son poste pour cette raison. Le Gallois prit le temps de lui en expliquer la cause.

- Steven, ce n'est pas de ta faute si je suis parti.

- Mais si, s'acharna l'enfant, sinon pourquoi ?

- Ce sont des affaires d'adultes en réalité. Je suis parti car j'ai cru que ma présence n'était plus nécessaire.

- Mais si, j'ai besoin de vous. Je croyais que c'était ma faute, parce que je me suis fait enlever.

- Tout d'abord, tu as été enlevé, insista Ianto, tu n'y as pris aucune part. Et j'avais mes propres raisons pour partir. Mais je regrette, j'avais oublié que toi aussi, tu allais souffrir de mon départ.

- Vous aviez disparu ! Et Père était si malade, Oncle Owen n'avait pas le temps de s'occuper de moi. J'étais seul.

- Je comprends Steven et je te prie de m'excuser. Cela ne se reproduira plus.

- Vous êtes sûr ? renifla le gamin en le regardant dans les yeux. C'est à cause de Père si vous êtes parti ?

Ianto eut un coup au cœur. Ces yeux si semblables à ceux de Jack Harkness semblèrent le crucifier.

- En partie parce que ton père le voulait, en partie parce que je le désirais. Cela n'a absolument rien à voir avec toi, Steven.

- Bien, dit le petit en le regardant droit dans les yeux, et vous ne partirez plus, n'est-ce pas ? Je ne veux plus que vous partiez.

- Oui, Steven, je reste auprès de vous désormais, c'est ici que se trouve ma place.

- Auprès de Père ? demanda le garçon innocemment.

- Auprès de votre famille.

- Vous en faites partie, Maître Ianto, dit le garçon en lui tendant une main ferme en signe de pardon.

Le visage du petit, sérieux et affectueux, fit sourire Ianto qui lui serra la main. Il acceptait le pardon que le jeune garçon lui offrait. Il s'était senti coupable d'avoir abandonné l'enfant. Il l'avait oublié et avait égoïstement choisi de partir en le laissant seul alors même qu'il aurait eu besoin de stabilité après son enlèvement.

- Père sera heureux que vous restiez. Vous lui avez manqué. C'est à cause de vous qu'il a été si malade. Ne partez plus, il a besoin de vous, lui aussi. Promettez, Maître Jones.

Ianto fut surpris que l'enfant eût compris les conséquences de son départ sur son père. Steven avait décidément beaucoup de finesse malgré son jeune âge. Il lui ébouriffa les cheveux avec un bon sourire.

- Je te le promets, souffla-t-il avant de reprendre plus fortement, d'après ce que m'a dit M. Harper, il faut que tu travailles ta lecture. Exerce-toi, je t'écoute.

- Je pourrais faire la lecture à Père ?

- Si tu n'ânonnes plus, il sera ravi de t'entendre.

Le jeune garçon, heureux finalement du retour de son professeur, courut prendre un livre et s'installer pour le lire à voix haute. Il paraissait soulagé qu'il lui eût promis de rester. Maintenant qu'il était auprès de Jack, Ianto savait qu'il avait fait le bon choix en revenant ici. Cependant, il avait le sentiment que tout n'allait pas être aussi facile. Ses pensées s'éloignèrent de Steven qui lisait lentement. Elles ne quittaient guère le Lord, comme si son univers tournait autour de lui. Mais il était heureux d'être auprès de lui.

La journée se déroula tranquillement dans une atmosphère joyeuse et calme, tout comme les autres journées de ce long automne coloré, où Jack Harkness récupéra lentement toutes ses facultés. Comme l'avait prédit Owen, il se montra difficile et parfois ombrageux, et Ianto dut déployer des trésors de douceur pour le maintenir au lit. Il se montrait particulièrement acariâtre en fin d'après-midi lorsque le soleil disparaissait et que la maison s'assombrissait. Il sentait revenir à ce moment-là des angoisses qui le poussaient à se montrer désagréable envers ses proches. Ianto prit vite l'habitude de l'accompagner pendant ses crises d'anxiété soit pour lui parler de Steven et de ses progrès, soit pour l'informer des nouvelles du jour, lui lire le journal ou bien le défier aux échecs. Il transformait peu à peu ces instants difficiles en moments agréables et tendrement chéris par les deux hommes.

Évidemment, Jack cherchait à circonvenir le jeune homme et le pousser à venir lui tenir compagnie de plus près. Mais Ianto se refusait pour une évidente raison, il ne voulait abuser de sa faiblesse. Le soir venu, après un souper qu'il partageait de plus en plus souvent la compagnie de sa famille, Ianto l'aidait à se coucher dans son propre lit.

Cela n'était pas conventionnel, mais il lui avait été impossible de refuser. Ils s'endormaient alors collés l'un à l'autre, baignant dans une telle frustration que Ianto restait bien souvent éveillé, ne volant que quelques heures de sommeil dans le canapé qu'Owen lui avait fait apporter. Il n'en pouvait plus, autant Jack se remettait que Ianto s'épuisait à ne pas dormir et à supporter Jack. On aurait cru que l'un récupérait ses forces tandis que l'autre s'étiolait.

Peu à peu, Jack se remettait et il finit par pouvoir quitter la chambre avec l'accord d'Owen qui n'avait jamais vu une si fulgurante convalescence, à croire que la frustration pouvait agir de bien des manières sur le corps humain, ou tout du moins, celui de Jack. Il fut heureux de pouvoir marcher en plein air dans le parc de Durham, où montaient des odeurs d'automne, humus, feuilles mortes et parfum de fruits mûrs. Ces odeurs si différentes, si essentielles, se gravèrent en lui alors qu'il avançait lentement, reposant sur le bras de son fidèle secrétaire. Chaque jour de ce long automne, ils se promenaient dans ce parc qui inspirait toujours calme et volupté à Ianto Jones, parfois en compagnie d'Owen et de Toshiko, souvent avec Steven qui courait autour d'eux. Au fil du temps, le Lord s'appuyait de moins en moins sur son secrétaire, et sa haute silhouette se redressait à mesure qu'il s'étoffait à nouveau pour le plus grand plaisir de Ianto. Il lui paraissait de plus en plus visible que Jack était suffisamment rétabli pour penser à voyager. Owen et Toshiko se réjouissaient à cette pensée, la date de leur mariage approchait et Jack allait pouvoir participer à la cérémonie.


A suivre ...