Le lendemain matin, aux aurores, ce fut Yahiko le premier levé. Kaoru avait fini par décider qu'elle laisserait Kenshin dormir seul et avait rejoint une chambre isolé, à l'opposé de celle où Megumi avait soigné cette femme. Sano et les autres dormaient encore tous paisiblement alors que le jeune garçon, les yeux ensommeillés, se dirigeait vers le puits. Il attrapa le seau, le jeta dans le gouffre puis le remonta doucement, chargé d'eau. Il fit basculer le récipient au dessus de lui. La fraîcheur du liquide finit de le réveiller complètement. Il poussa un soupir de contentement et fut surpris de voir apparaitre Kenshin sur le parvis du Dojo. Il courut vers lui, trop heureux de voir qu'il semblait être entièrement rétablit.
- Je suis tellement content que tu sois revenu…
- Je sais, yahiko, répondit doucement l'ancien samurai.
- Cette fois, on a vraiment cru… vraiment cru…
- N'en parlons plus, coupa Kenshin, je suis de retour et pour l'instant, profitons de ce moment.
- Oui, tu as raison, acquiesça le jeune garçon, retenant une petite larme.
- Nous devrions préparer aux autres de quoi manger ce matin, je pense que, malgré tout, leur appétit ne tardera pas à revenir.
Ils se dirigèrent ensembles vers les cuisines, en passant devant la chambre où Hayate dormait, Kenshin indiqua à Yahiko de continuer à avancer. Ce dernier hocha la tête puis continua son chemin. Kenshin bascula légèrement la porte en bois et l'observa. Elle était toujours là, allongée, les yeux fermées, elle semblait dormir profondément. Ses sourcils étaient froncés et les traits de son visage, tirés. Les soins et la douleur qu'elle avait du ressentir avaient dû être atroces. Rassuré, il fit demi-tour et rejoignit Yahiko.
Quelques minutes plus tard, tous étaient debout et résolus à enfin apprécier leur petit déjeuné. Kaoru ne lâchait plus Kenshin du regard et conservait un sourire figé sur son visage.
- Ne le regarde pas comme ça, la bouscula Sano, il va croire que tu es réellement devenu cinglée !
Ils rirent tous de bon cœur. Le repas se passa dans le calme relatif et aucun ne posa de questions à Kenshin sur les derniers évènements. L'ancien Samurai savait qu'ils attendraient qu'il leur en parle de lui-même pour une fois. Ils ne voulaient pas le bousculer après tout ce qu'il s'était passé.
Un fois le petit déjeuné terminé, chacun vaqua à ses occupations, Sano parti en ville annoncer à Megumi que Kenshin ne nécessitait aucun soin et que sa patiente dormait encore et ne semblait pas avoir de fièvre. Misao aida Kaoru à mettre de l'ordre dans le Dojo tandis qu'Aoshi restait éternellement assit devant l'autel en sirotant un thé. Kenshin lava les vêtements qu'il avait portés durant le combat et tenta de leur redonner un aspect correct.
Yahiko se dirigeait vers le dojo lorsqu'il tourna la tête en passant devant la chambre de Kenshin, un objet avait retenu son attention. Le No-Dashi était là, posé sur une pile de futon. Vérifiant que personne ne le regardait, il entrouvrit un peu plus la porte. Il entra en silence puis referma derrière lui. Il se dirigea doucement vers l'arme devant lui. Elle lui paraissait immense à côté de lui. Il s'accroupit et posa ses mains sur les futons, il se pencha pour l'observer de plus près.
Le fourreau était magnifique. Il lui semblait être fait de métal mais il était orné de somptueux dessins. En passant ses doigts dessus, il comprit qu'ils avaient été forgés à même le fourreau. Il pouvait sentir les aspérités des formes et des signes. Ils représentaient des personnages vêtus d'armures de samurai comme portait jadis son père mais aussi des paysages et des animaux fabuleux. Il devina un tigre à deux têtes, un lézard aussi grand qu'une montagne ou encore un loup féroce à trois queues. Les scènes de bataille décrites étaient presque vivantes sous ses doigts au fur et à mesure qu'il remontait vers la garde de l'arme.
Il pinça le fin anneau et en longea le bord. Il était fixé au sabre avec une complexité telle qu'il ne parvint pas à comprendre comment le forgeron avait pu le faire. La poignée, entourée de ruban de cuir rouge était usée mais paraissait encore solide. Enfin, le pommeau avait été taillé et représentait une tête de tigre. Les yeux de l'animal brillaient, en se penchant un peu plus, il remarqua qu'ils étaient incrustés d'or.
Il serra sa main sur la poignée puis tressaillit à son contact. Les poils sur son avant bras se hérissèrent. Il n'avait jamais tenu de vraies armes avant, celle qui sont en contact avec le sang et qui servent à tuer. Certes, il avait déjà tenu le Sakabato de Kenshin, mais c'était différent, comme si la gentillesse de Kenshin était emprisonnée à l'intérieur et qu'elle ne représentait aucun danger. Pour celle-ci, c'était différent. Il se demanda combien de personnes l'avaient vu s'abattre avant de mourir, combien de personnes avaient hurlé en suppliant de les épargner et enfin, il se demanda s'il essaierait de la dégainer, seulement pour voir la lame.
Il posa son autre main sur le fourreau, la souleva de quelques centimètre et commença à découvrir le métal brillant qu'il cachait.
Le bruit de l'arme frottant sur le fourreau avait quelque chose d'effrayant, pourtant, ce bruit, il l'avait entendu des milliers de fois déjà. La lame était impeccable, pas une éraflure, pas une seule rayure ou fissure. Il lui sembla que le tranchant aurait pu fendre une pierre en deux. Il la dégaina complètement et la releva, droite vers le ciel, devant lui. Il pouvait se refléter dans le métal froid et clair. Soudain, tout devint noir autours de lui, un bruit assourdissant vint lui tonner les oreilles, il voulu lâcher l'arme pour y plaquer ses mains mais il ne pu s'empêcher de la garder. Il posa son regard sur celles-ci, elles étaient couvertes de sang. Il entendait le tintement aigue d'un sabre contre un autre, le bruit continu devint de plus en plus insupportable. Sans s'en rendre compte, il se mit à hurler aussi fort qu'il pu.
C'est alors qu'il sentit deux mains le tirer en arrière, il lâcha enfin prise et tomba dans les bras de la personne derrière lui, il se blotti en pleurant contre le corps chaud qui l'entourait. Il reconnu l'odeur de Kenshin, il s'agrippa avec force à son Gi.
