Hé salut à tous ! J'espère que vous n'avez pas abandonné tout espoir de voir un jour un chapitre être publié ? Si c'est le cas, bah... Je suis justement là pour vous contredire !

Bon par contre je m'excuse à plat ventre pour le délai d'attente, mais entre les examens, les papiers administratifs, la lassitude à écrire, les ennuis informatiques et les vacances non prévues, je n'ai pas eu beaucoup de temps pour plancher sur cette fanfiction. Mon ordi a en outre crashé trois à quatre fois, et comme à mon habitude, j'ai eu l'immense idée de ne jamais enregistrer ce que j'avais écris auparavant à chaque fois que cela se produisait. Ceux qui écrivent des histoires comprendront le découragement que j'ai parfois eu devant ce résultat !

Alors quant à moi, eh bien j'ai réussi mes examens (même si je me suis encore une fois brillamment vautré en histoire antique) et je passe maintenant en troisième année de licence histoire. J'ai entendu dire que cette dernière année offrait la possibilité de pouvoir se spécialiser sur une période en particulier, alors si c'est le cas je choisirai très certainement Histoire Moderne au détriment de l'antiquité que j'abandonnerai ^^. Quant aux vacances, j'ai passé trois semaines du côté de la Rochelle, et en comparaison des plages dégueulasses et froides du Nord, j'ai été agréablement surpris par la côte atlantique et son eau vraiment chaude ! J'espère faire un détour par la Méditerranée la prochaine fois ! J'ai également été une journée au Puy du Fou, et c'est vraiment grandiose comme parc, je le recommande vivement.

Encore merci pour vos commentaires, j'ai tout de même été très surpris par le retour limité du dernier chapitre : Je pensais vraiment que faire apparaître Hermione allait faire réagir plus que cela, mais bon je me suis peut-être un peu trop précipité.

Merci également à l'un/l'une des reviewers qui m'a interpellé sur une erreur que j'ai faite dans l'un des derniers chapitres : C'est bien la Bulgarie qui était en finale de la coupe du monde de Quidditch et non l'Albanie. Je ne sais d'ailleurs pas pourquoi j'ai pensé à ce pays en écrivant ce chapitre... Et contrairement à ce que je disais, Durmstrang est bien en Russie et non en Europe centrale/de l'Est, ce qui fait qu'il n'y aura pas véritablement de problème d'ordre religieux à ce niveau là.

Alors maintenant en ce qui concerne ce chapitre, bah je ne vais rien dire pour ne pas vous faire perdre l'envie de le lire, mais sachez simplement que l'on va suivre de très près la trame originale du quatrième tome ^^.

Bonne lecture !

Ps : Je ne le fais pas assez souvent, mais par précaution, je rappelle que rien ne m'appartient dans cette histoire, du moins rien que ne possède déjà J.K Rowling !


À la faible lumière des chandelles suspendues dans les airs, la salle de théâtre ressemblait à s'y méprendre à l'une de ces effrayantes salles d'audience du Magenmagot anglais. Plongée dans la pénombre, cette pièce aux dimensions impressionnantes était entourée d'une dizaine de balcons suspendus aux murs tandis que les boiseries, les moulures et décorations recouvertes de feuilles d'or recouvraient les murs sur lesquels des artistes s'étaient évertués à reproduire des scènes et faits de la mythologie grecque, la grande majorité représentant les différentes muses parmi lesquelles Thalie, Terpsichore et Melpomène prenaient une importante place. Une dizaine de rangées de sièges recouverts de damas écarlate faisaient face à une longue esplanade de bois servant de scène et sur laquelle un décor représentant l'intérieur typique d'une maison de bonne famille avait été établi. La scène contrairement au reste de la salle était brillamment éclairée, mais la raison ne trouvait sa source que dans la présence d'une petite dizaine de jeunes filles qui allaient et venaient dessus d'un air précipité, les unes mettant en place les dernières touches pour parfaire le décor, les autres terminant le maquillage et ajustant les habits du troisième groupe qui pour sa part allait jouer sur cette même scène et devant une dame à la silhouette gigantesque la pièce pour laquelle elles seraient jugées et notées d'ici à la fin de l'année.

Car Madame Maxime puisqu'il s'agissait d'elle, assise à la première rangée après avoir au préalable fait apparaître un siège convenant à ses dimensions, faisait figure aujourd'hui et pour cette leçon de maître d'œuvre à la dernière réalisation théâtrale à laquelle elle donnait de son temps et de son énergie, et tout se devait d'être parfait à ses yeux. Rarement la directrice pouvait se permettre d'exiger la perfection et même de se montrer tout simplement perfectionniste envers ses petites étudiantes. À dire vrai, la nature bienveillante et gentille de la demi-géante l'incitait plutôt à la clémence et au compromis avec celles qui pourraient faire le moindre faux pas. Mais en tant que superviseuse de toutes les activités théâtrales de son école, qui plus est responsable de cette matière, elle estimait être dans ses attributions d'houspiller et d'invectiver les malheureuses n'allant pas assez vite à ses yeux ou ne faisant pas preuve d'assez de bonne volonté pour parvenir à un résultat qui lui semblait correct. Et la manière dont elle secouait fébrilement son éventail devant son visage était une assez bonne indication de l'impatience qui la gagnait tandis qu'elle observait le petit manège de ses élèves sur la scène.

Daphné pour sa part n'avait à proprement parlé rien à craindre des foudres de sa directrice : D'une part, Madame Maxime l'appréciait beaucoup, mais cela était en partie dû au fait qu'elle était elle-même dans de très bonnes relations avec sa belle-mère et que, bien qu'ayant promis à Marie-Louise de parfaire son éducation, la directrice se faisait violence pour ne jamais élever la voix contre elle par peur de ce que pourrait en dire la princesse de Lamballe. Mais de toute façon, qu'aurait bien pu lui reprocher Madame Maxime ? D'autre part, Daphné n'avait, contrairement à ses petites camarades, rien à faire pour le moment sur la scène, et sa directrice lui aurait de toute façon empêché d'apporter la moindre aide aux maquilleuses ou à celles qui faisaient monter, avancer mécaniquement le décor avec leurs petits bras, jugeant qu'il était inconcevable pour elle de perdre son temps à de pareilles activités.

Cantonnée derrière le rideau, Daphné devait admettre s'ennuyer profondément pour le moment, et ce n'était pas Lucie, bien qu'affublée d'un costume masculin et d'une fausse moustache absolument hilarante, qui aurait pu la sortir de la torpeur dans laquelle elle se trouvait. La rentrée scolaire s'était faite depuis bientôt deux mois maintenant, et les répétitions, commencées depuis huit semaines, occupaient une partie importante de leur dimanche après-midi, l'un des rares jours pourtant où aucun cours ne se déroulait. Ayant eu depuis lors l'occasion de s'habituer à son propre rôle dans la pièce, Daphné regrettait malgré tout de ne plus pouvoir profiter de cette journée de temps libre pour se reposer, lire ou simplement tisser tandis qu'elle écoutait d'une oreille distraite les élucubrations de Tracey ou les petites taquineries de celle-ci envers Lucie.

Que lui avait-il donc pris d'accepter d'accompagner Tracey à ces cours de théâtre !? Elle n'en avait même pas besoin pour améliorer sa moyenne générale au sein de ses classes ! Par ailleurs, contrairement à sa meilleure amie, elle n'avait aucun talent pour jouer la comédie, du moins à peine plus que les autres ! Non décidément, même après deux mois, elle ne comprenait toujours pas ce qu'elle faisait, alors même qu'elle avait le rôle le plus féminin de la pièce et était habillée d'une jolie robe d'époque agrémentée de multiples jupons, de jabots de dentelles sur les cols, d'un corsage à baleines compressant sa mince silhouette au point d'altérer sa respiration et d'une coiffure relevée agrémentée d'un petit chapeau et d'une tresse laissant tomber ses cheveux blonds bouclés. Toutes ses camarades auraient rêvé de pouvoir lui prendre sa place, mais Madame Maxime le lui avait attribué, et personne, pas même Daphné, ne pouvait déroger à ses décisions.

- Hâtez-vous, mesdemoiselles ! les réprimanda Madame Maxime alors que perdurait la séance de retouche du maquillage des figurantes.

Fébrilement, les maquilleuses reprirent leur ouvrage tandis que Daphné voyait du coin de l'œil certaines autres élèves déterminer l'emplacement de bibelots qu'elles disposaient sur une fausse cheminée. Au beau milieu de tout ce remue-ménage, Tracey semblait être la seule à ne pas avoir l'air empressé ou fébrile, et la mine sérieuse qu'elle arborait et qui ne lui ressemblait guère montrait à quel point elle s'investissait corps et âme dans cette pièce de théâtre pour laquelle elle ne fut au départ pas spécialement emballée.

- Tracey semble si grave, commenta Lucie en regardant elle aussi leur amie se laisser poudrer le visage sans avoir l'air embarrassé. C'en est presque intimandant…

- Tu le trouves également ? lui demanda Daphné en échangeant avec elle un sourire. Ciel, si sa mère la voyait, je suis persuadée qu'elle demanderait à Madame Maxime de lui donner à longueur de temps des cours de théâtre… Je ne l'ai jamais vu si investi dans un projet.

Et pour être investie, Tracey l'était. Même en dehors de ces séances, sa meilleure amie continuait à répéter son rôle, même pendant les autres cours, et Madame Beaumont la surprit plus d'une fois avec un exemplaire des pièces de Molière caché dans son livre des mœurs et coutumes des différentes noblesses européennes. Dire que leur amie avait passé un mauvais quart d'heure était un euphémisme, mais rien ne parvenait à refréner l'ardeur qui était la sienne pour mémoriser son rôle et toutes les subtilités de celui-ci.

Encore aujourd'hui, et bien que jouant le rôle d'un homme, Tracey ne perdait pas une seconde pour relire une dernière fois ses notes, faisant fi au passage du pinceau lui chatouillant le nez ou des dernières recommandations des metteurs en scène. Dans sa Rhingrave d'un rouge chatoyant et bouffante qu'accompagnaient des collants blancs et des chaussures au talon rouge, dans sa veste au ton noir qu'agrémentaient une multitude de petits nœuds rouges sur les manches et une chemise blanche constituée d'une imposante masse de fioritures et de dentelles, et surtout sous cette épaisse perruque noire bouclée surmontée d'un chapeau ovale décoré d'une élégante plume blanche, Tracey semblait totalement imprégnée de son rôle, et si elle n'avait pas eu cette ridicule moustache peinte au dessus de sa bouche pour rappeler à tous que son personnage était avant tout burlesque, Daphné l'aurait presque trouvé attrayante dans ce costume depuis longtemps démodé.

La pièce dans laquelle toutes jouaient, s'intitulant « L'école des femmes », mettait au premier plan Le sieur de la Source, un petit noble désireux d'épouser au plus vite une femme qui ne lui fasse pas ombre par son intellect et ses talents d'oratrice. Aussi a-t-il jeté son dévolu sur une jeune fille du nom d'Agnès qu'il avait recueilli alors qu'elle n'était encore qu'une enfant et qu'il avait éloigné de toute société érudite pour en faire une imbécile et s'assurer ainsi qu'elle n''attirerait jamais par son intelligence tout homme entreprenant, et ce sans savoir que cette dernière avait justement durant son absence démarré une relation avec un autre homme.

Daphné jouait justement le rôle de la promise volage que l'on avait baigné toute sa vie dans l'ignorance la plus totale, et si ce rôle l'incommodait, elle faisait malgré tout de mauvaise fortune bon cœur et se pliait aux exigences qui accompagnaient ce personnage dans la pièce. Néanmoins, elle ne pouvait s'empêcher d'imaginer la même situation dans la relation qu'elle tissait avec Harry et la tentation qui toujours pouvait la prendre d'aller voir ailleurs si celui-ci s'absentait un peu trop souvent du domicile conjugal. Serait-elle un jour tentée par une aventure sans lendemain parce qu'elle se sentirait délaissée par Harry ? La chose semblait tellement absurde à ses yeux, d'autant plus qu'elle savait pertinemment qu'il n'y avait rien de plus essentiel pour lui que les liens familiaux, la sincérité et la fidélité dans toute relation et une honnêteté totale dans tous les liens qu'il tissait avec les gens, peu importante leur condition ou leur rang, mais elle s'interrogeait tout de même sur ce qui pourrait advenir à son couple si l'un ou l'autre allait trouver réconfort chez une tierce personne. Pour sa part, elle préférait encore jouer la comédie en endossant le costume de ce personnage que de mettre en pratique l'infidélité à l'encontre de son fiancé, car les retombées à ses yeux étaient suffisamment pénibles et douloureuses pour qu'elle n'y songe pas un instant ; Il n'y avait qu'à penser à sa future belle-mère et à la vie de couple malheureuse qu'elle avait eue avec son infidèle de mari pour s'en rendre compte.

Par ailleurs, Daphné se savait moins bonne actrice que sa meilleure amie, et elle préférait encore jouer l'un des seuls rôles féminins de la pièce et conserver un peu de dignité que de tenir le premier rôle dans une pièce où les rôles masculins étaient prédominants. Tracey se débrouillait de bien meilleure manière qu'elle dans son jeu d'actrice, et même les rôles masculins ne l'effrayaient pas : C'était à croire que toute sa vie sa meilleure amie avait attendu ce moment pour faire parler son talent de comédienne, un talent dont les contours avaient toujours été visibles mais qui ne demandait qu'à être peaufiné, sculpté et moulu pour que tous puissent s'en extasier.

- Que toutes les personnes n'ayant aucun rôle dans l'acte à venir quitte la scène pour laisser le champ libre aux actrices ! ordonna Madame Maxime tandis que la grande majorité des jeunes filles abandonnaient immédiatement la scène.

Avec un sourire nerveux, Lucie abandonna également Daphné qui, bien que n'intervenant pas dans cette partie de la pièce, choisit de rester derrière le rideau pour mieux admirer encore ses amies jouer. Bientôt plus aucun son ne se fit entendre dans le théâtre, et ce n'est que lorsque la directrice tapa fortement à l'aide d'un bâton sur une caisse en bois devant elle que les trois actrices présentes commencèrent à rejouer l'acte. Tracey se trouvait derrière une porte en bois légèrement à l'écart de la scène et qu'elle aurait pu aisément contourner s'il ne fallait imaginer que celle-ci possédait des murs de chaque côté, tandis que Lucie, assise dans un fauteuil près de la fausse cheminée, faisait lentement dérouler le fil d'une bobine que Marie de Frénouville, habillée pour sa part comme une banale servante, utilisait pour coudre ce qui semblait être une écharpe. Le faux sursaut qu'elles eurent toutes les deux lorsque Tracey frappa durement la porte fit sourire d'amusement Daphné, mais tout comme ses camarades, elle se retint de rire et écouta attentivement la suite de la pièce :

- Qui heurte ? s'exclama Lucie en se relevant de son siège, l'air alarmé.

- Ouvrez, ordonna Tracey en prenant un ton pompeux. On aura je pense, grande joie à me voir après dix jours d'absence !

- Qui va là ? insistait Lucie en marchant lentement vers la porte.

- Moi.

- Georgette ! bredouillait à présent son amie en regardant avec effroi l'autre servante.

- Hé bien ? répondit celle-ci en abandonnant son travail de couture alors qu'elle-même se levait de son fauteuil.

- Vas-y-toi ! lui ordonnait Lucie en se reculant pour se mettre près d'elle et la pousser vers la porte.

- Ma foi, je n'irai pas !

- Belle cérémonie pour me laisser dehors, s'impatientait Tracey en haussant légèrement le ton. Holà Ho je vous prie !

- Qu-qui frappe ? demanda une nouvelle fois Marie.

- Votre maître.

Effrayée, Marie retourna auprès de Lucie, de son nom de scène Alain, et tout comme elle tout à l'heure, essayait à présent de la pousser à ouvrir elle-même la porte en tirant sur son bras.

- Ouvre-toi ! s'impatientait Lucie en essayant de se détacher de sa poigne.

- Je souffle le feu ! lui expliqua Marie en accompagnant le geste à la parole en se saisissant d'un soufflet qu'elle pressait devant le décor.

- J'empêche, peur du chat, que mon moineau ne sorte ! affirma pour sa part Lucie.

- Quiconque de vous deux n'ouvrira pas la porte n'aura point à manger de plus de quatre jours ! les menaça alors Tracey en frappant de nouveau la porte.

Un silence se fit aussitôt sur la scène, et durant quelques secondes, Lucie comme Marie se regardèrent dans le blanc des yeux, effrayées par la sentence qui allait s'abattre sur l'une d'entre elles. Aussi, si auparavant aucune ne semblait désireuse d'ouvrir la porte à leur maître, toutes les deux accouraient désormais vers celle-ci en se débattant avec l'autre pour être la première à l'ouvrir.

- Par quelle raison y venir quand j'y cours ! s'écriait Marie en essayant de pousser Lucie.

- Pourquoi plutôt que moi ? Le plaisant strodagème !

La faute grammaticale de Lucie n'échappa à personne, mais étant justement l'un des marqueurs populaires qu'aimait à glisser Molière dans ses pièces, madame Maxime n'interrompit pas l'acte pour la corriger. Au contraire, elle s'amusait désormais comme ses élèves des tentatives désespérées des deux actrices pour être la première à ouvrir la porte à Tracey et gloussait presque aussi fortement qu'elles lorsque Lucie ou Marie exagéraient leurs chutes par des acrobaties ridicules.

- Il faut que j'aie ici l'âme bien patiente ! pestait Tracey en hurlant presque.

- Au moins c'est moi, monsieur ! s'écriait Lucie en essayant d'insérer dans la serrure la clé que Marie essayait pour sa part de lui prendre des mains.

- Je suis votre servante, c'est moi ! répliquait d'ailleurs celle-ci en parvenant à la lui arracher et à la tourner.

Sans attendre, Marie ouvrit la porte, et Tracey s'avançait déjà dans l'embrasure de celle-ci que Lucie fulminait de rage, le regard courroucé en direction de la servante :

- Sans le respect de monsieur que voilà, je te… !

Le coup qu'elle tenta d'administrer à Marie fut facilement évité par celle-ci, mais Tracey elle se prit la gifle en pleine figure, sa perruque basculant dangereusement sur le côté droit de son visage alors qu'elle menaçait de tomber.

- Peste ! maugréa t-elle en fusillant du regard la pauvre Lucie qui devenait soudainement toute honteuse.

- Pardon, bredouilla t-elle en se reculant légèrement, le regard bas.

- Voyez ce lourdaud-là ! continuait à éructer Tracey en s'avançant vers elle, le poing brandi.

- C'est elle aussi, monsieur…, s'excusait Lucie en pointant désormais du doigt Marie.

- Que tous deux on se taise, l'invita Tracey en prenant de longues inspirations au beau milieu de la scène. Songez à me répondre, et laissons la fadaise. Hé bien Alain, comment se porte t-on ici ?

Lucie parut de nouveau empruntée, presque intimidée par le ton exigeant de Tracey, mais Daphné savait pertinemment que ce n'était que façade et que tout comme sa meilleure amie, leur petite camarade française possédait également un don certain pour le jeu de scène. Pourtant, le caractère timide de leur amie rejaillissait en cet instant si puissamment qu'elle crut pendant une seconde que Lucie était véritablement effrayée par sa voix autoritaire.

- Monsieur, marmonna t-elle en tordant nerveusement les pans de sa chemise. Nous nous… Monsieur, nous nous por… Dieu merci, Nous nous…

- Qui vous apprend impertinente bête, à parler devant moi le chapeau sur la tête !? tonnait à présent Tracey en ôtant à plusieurs reprises le chapeau que Lucie s'obstinait à garder constamment sur sa tête.

- Vous faites bien, j'ai tort…

- Arrêtez ! les interrompit Madame Maxime en se levant de son siège. Mademoiselle Desmoulins, votre jeu est admirable, mais il vous faut être plus hâtif dans vos gestes ! Cette scène se doit d'être comique, or vous êtes si fébrile ma pauvre fille que votre chapeau n'attend point que votre camarade s'en saisisse pour glisser de votre tête !

- Pardonnez-moi, Madame la directrice…, s'excusa Lucie en baissant poliment la tête tandis qu'elle regardait désormais ses pieds plutôt que sa supérieure.

- Quant à vous Mademoiselle Davis… Ce rôle vous sied admirablement ! la complimenta t-elle d'un ton élogieux. Il me plait à penser qu'en cette quatrième année d'étude, vous sembliez avoir enfin trouvé matière à approfondir au sein de notre école.

- La chose n'aurait pu en être ainsi si madame ne m'avait point incité à m'inscrire à ces leçons de théâtre… Le mérite vous en revient donc madame la directrice, la remercia Tracey en ôtant son chapeau pour s'incliner respectueusement de la même manière que les hommes, sa fausse perruque bouclée menaçant elle de tomber de nouveau.

Son geste fit glousser de plaisir Madame Maxime, mais la directrice se reprit rapidement et cacha son amusement sous un masque d'impassibilité qui aurait pu rendre jalouse Daphné.

- Nous poursuivrons cette pièce la semaine prochaine, leur dit-elle en faisant signe d'approcher à l'une des servantes de l'école pour se saisir de son mantelet et de ses affaires personnelles. Ne soyez pas en retard mes demoiselles, je vous rappelle que votre note finale prendra aussi bien en compte votre jeu d'actrice que votre assiduité à ce cours, votre comportement durant celui-ci et même votre ponctualité. Filez désormais, nous serons dans l'heure à Poudlard, et cela serait du plus mauvais effet que de voir certaines de nos élèves habillées comme des hommes auprès de nos hôtes.

Se rhabillant, Madame Maxime sortit du théâtre suivie par sa domestique tandis que ses élèves la saluaient d'une énième révérence. Puis, une fois la porte refermée sur elles, toutes retournèrent en coulisse en abandonnant au passage toute notion de bonne manière : Entre protestations, remontrances, déshabillage au milieu de ses camarades et crêpage de chignons entre celles qui se disputaient la première place devant la glace pour se remaquiller, l'endroit devint rapidement un véritable capharnaüm où il était difficile de se faire entendre et surtout de se faire comprendre.

Daphné elle prit le temps de se déshabiller derrière un paravent, assistée sans même leur demander de Lucie et Marie qui s'étaient adjugées les places de demoiselles d'atours auprès d'elle pour une raison qui lui échappait. Daphné avait en effet depuis sa première année agrandit son cercle d'amies, soit par intérêt et dans un souci de plaire aux héritières de puissantes familles, soit par goût pour la jeune fille en elle-même, et toutes les deux remplissaient cette dernière catégorie. Sans jamais leur attribuer un autre poste que celui d'amie et confidente, Daphné constata toutefois qu'au fil du temps, un cercle privé s'était formé autour d'elle, et que ce soit à table ou même dans les couloirs de Beauxbâtons, ses camarades gravitaient autour d'elle comme un essaim d'abeilles autour de leur ruche. Si le poste de meilleure amie était bien évidemment pour Tracey, ses autres amies optèrent elles pour d'autres rôles qui leur permettaient malgré tout de lui tenir compagnie en alliant l'utile à l'agréable : Ainsi, elles l'aidaient à s'habiller, à se coiffer, à tenir des objets encombrants que seule elle n'aurait pu soulever, à lui tenir compagnie lorsque Tracey s'absentait, à l'accompagner dans chacun de ses déplacements tout en restant parfois en retrait… Pour un peu, chacun aurait pu penser que Daphné avait rétabli les traditions de l'ancienne Cour de France, et à vrai dire, la manière d'agir de ses amies s'approchait fortement de celle des courtisans du siècle dernier.

- Tu as admirablement bien joué Daphné, lui lança d'ailleurs Marie alors qu'elle délassait le corset de sa robe.

- Je n'ai été vu dans cette pièce qu'une seule fois aujourd'hui, lui rappela Daphné alors qu'elle levait les yeux au ciel, réprimant l'envie de soupirer devant le comportement de son amie. Mon rôle n'était pas important pour cette séance…

- Oui, mais nous n'avons vu que toi à ce moment là ! rétorqua l'héritière des Courneuve.

Daphné préféra abandonner la partie en passant par-dessus sa tête la robe qu'elle posa délicatement sur une chaise près de là. Ce fut au moment où elle commençait à se saisir des sous-vêtements que lui tendaient Marie et Lucie que Tracey refit son apparition, un sourire triomphant sur le visage :

- Alors ? lui demanda Tracey une fois qu'elle l'eut rejointe. Comment étais-je ?

- Brillante, lui répondit-elle sincèrement. Songe donc à demander à ta mère si la possibilité de faire carrière en ce domaine t'est ouverte, je suis certaine que tu pourrais pleinement t'y épanouir.

- Je ne sais pas, marmonna pensivement son amie en enlevant son costume. Maman n'attend que ma majorité pour me donner le titre et les attributions incombant à la maison des Davis, et je ne pense pas pouvoir exercer une carrière politique et tout en même temps une carrière artistique... Quant à mon père, je ne pense pas qu'une telle carrière puisse lui faire plaisir… Les comédiennes ont après tout bien mauvaise réputation en ce qui concerne leurs mœurs. Je ne tiens pas à ce que l'on dise de moi que je suis une fille de mauvaise vertu et entacher ainsi le nom de la maison des Davis...

- Ce que peut penser ton père de tes choix devrait être le cadet de tes soucis, lui rappela Daphné en l'aidant à se débarrasser de la rhingrave volumineuse qu'elle avait autour de la taille. Il est à Azkaban pour le reste de la vie, et je ne pense pas qu'être une actrice puisse nuire davantage au blason de ta famille que les multiples meurtres auxquels il s'est adonné. Quant à ta carrière, il est tout à fait possible que tu délègues tes fonctions pour quelques années encore à ta mère pour ne les reprendre que lorsque tu te seras lassée des scènes théâtrales et des foules en liesse venues admirer la grande et talentueuse Tracey Davis !

- La grande et talentueuse Tracey Davis… répéta rêveusement son amie en regardant distraitement sa silhouette dans un miroir à quelques pas de là. Cela sonne si bien !

Tout à ses rêves de gloire et de célébrité, Tracey n'en oubliait toutefois pas de terminer d'ôter son costume tandis que Daphné, ayant pour sa part terminé de se préparer plus ou moins correctement, l'aidait à présent avec le soutien de Lucie à accélérer sa préparation. La confusion qui régnait dans les loges n'avait jamais été aussi visible qu'aujourd'hui, mais l'anxiété à l'idée de découvrir une nouvelle école et surtout de nouveaux élèves pas spécialement préparé à les accueillir chaleureusement devait en être la raison. Toutes les filles s'affairaient à terminer au plus vite leur habillement, poussant les unes d'un coup d'épaule, essayant de surplomber les autres par leur hauteur afin de s'admirer dans les miroirs pour d'autres, se chamaillant à l'occasion pour un chapeau disparu ou abîmé, mais Tracey elle n'eut pas besoin d'attendre bien longtemps pour se sentir prête à quitter le théâtre et regagner sa chambre ; Jamais elle n'accordait autant que les autres un soin tout particulier à sa tenue, encore moins à sa coiffure, aussi regardait-elle d'un air amusé ses camarades courir dans tous les sens à la recherche d'un quelconque élément de leur tenue encore disparu. Satisfaite, elle quitta tranquillement le siège sur lequel elle s'était assise pour mettre ses bottes à talons, ignorant l'empressement avec lequel plusieurs filles se jetèrent aussitôt sur celui-ci pour avoir accès au miroir attenant et suivit Daphné et Lucie en direction de la sortie où les attendaient déjà Aglaé et Marie. Ne restait plus maintenant qu'à attendre leur arrivée imminente à Poudlard, et leur voiture volante dans laquelle toute l'école semblait avoir été mise n'était désormais qu'à quelques lieues désormais de leur destination.

Daphné et les autres se trouvaient en effet dans un carrosse, et si ceux apportant les étudiantes à Beauxbâtons permettaient déjà d'avoir plusieurs cabines permettant de les séparer, celui-ci était tout bonnement gigantesque : Des dizaines de salles de cours, des chambres pour les étudiantes, des couloirs, le théâtre, un réfectoire, des appartements privés pour les enseignants, des cabinets ou encore un hall d'accueil ! Bien évidemment, vu de l'extérieur, le carrosse avait quand même une dimension bien supérieure à ce que l'on pouvait s'attendre de ce moyen de locomotion, mais la magie avait cette capacité de toujours repousser ses propres limites, et les élèves de l'école s'étonnaient encore, même après deux jours incessants de vol, de l'immensité des lieux. Quel intérêt y avait-il à construire une si belle école si tout ce dont on avait besoin pouvait être contenu dans un si petit carrosse ? Même Daphné ne savait que répondre à cela.

Quant à la raison pour laquelle elle se trouvait dans cette sympathique voiture, la réponse se trouvait en Écosse, plus précisément à Poudlard où allait se dérouler pour la première fois depuis plus d'un siècle le tournoi des trois sorciers. Pour l'occasion, Beauxbâtons et Durmstrang avaient été conviées pour y participer au détriment d'autres écoles ayant pourtant eu déjà l'occasion de se confronter à la célèbre école de sorcellerie anglaise, mais surtout, c'était la première fois qu'une institution de jeunes filles pouvaient concourir à cette compétition, et Madame Maxime aspirait ardemment à remporter ce trophée. Le tournoi avait eu toutefois de nouvelles règles visant à réduire au maximum les possibilités et menaces pouvant mettre en danger la vie des compétiteurs, et outre le fait que la dangerosité des épreuves avait été abaissée, il y avait désormais une limite d'âge pour celui ou celle qui espérait pouvoir y participer et qui démarrait à dix-sept ans. Daphné ne pouvait de ce fait pas s'y inscrire, mais à vrai dire, jamais elle n'aurait songé un seul instant entrer dans ce tournoi. Cependant, en raison du bal de noël qui aurait lieu en décembre, les étudiantes de quatrième année comme elle jusqu'à la dernière année pouvaient être du voyage et encourager leur camarade désignée. Aussi, ne restaient désormais plus à Beauxbâtons que les étudiantes des années inférieures, et si certaines crièrent à l'injustice et au favoritisme, un simple sermon de madame Maxime les dissuada d'aller plus loin.

- Comment penses-tu que ta sœur s'en sort à Beauxbâtons ? lui demanda justement Tracey.

- Sans Madame Beaumont près d'elle, je suis certaine qu'elle comme Rosie sauront s'acclimater mieux que nous à cette école, lui répondit-elle en s'imaginant ce que pouvait bien faire Astoria.

Sa sœur venait en effet d'intégrer l'école, échappant ainsi au couvent dans lequel elle végétait jusqu'alors et dont l'atmosphère dévote avait eu raison de sa patience. Astoria avait été très excitée à l'idée de venir dans son académie, d'autant plus qu'elle n'avait cessé depuis juillet de faire et refaire l'intégralité de ses uniformes tant elle appréciait les porter. L'acclimatation avait été en tout cas rapide, mais ses premières péripéties avec Madame Beaumont en avaient été tout autant ; À peine deux jours avaient suffi pour qu'elle et Rosie se mettent la sous-directrice à dos en raison d'un retard au réfectoire, et Rosie eut beau expliquer qu'elle n'était plus habituée à devoir se réveiller elle-même car ayant pris l'habitude de l'être par des domestiques, son excuse ne prit pas et toutes les deux eurent leur première sanction. Inutile de préciser en outre que leurs mères furent particulièrement mécontentes de cette entrée en matière, et qu'une beuglante leur parvint dès le lendemain au petit-déjeuner et devant toutes les autres élèves.

Rosie pourtant n'en avait pas terminé avec les bêtises, et malgré les recommandations de ses deux mères, Beauxbâtons devint rapidement le nouveau terrain de jeu de ses petites blagues et autres jeux dans lesquels elle entraînait bien évidemment sa meilleure amie. La plupart du temps elle parvenait à échapper à la vigilance de la direction de l'école en filant dès qu'elle sentait la menace poindre le bout de son nez, et même si toutes les enseignantes de l'école la soupçonnaient fortement d'être la responsable des méfaits occasionnés, rien ne parvenait pourtant à étayer leur théorie et Rosie évitait ainsi de nouvelles sanctions. Mais lorsqu'elle se faisait prendre… Rien ne changeait, même en allant recevoir un sermon de la directrice dans son bureau, et ses petites escapades nocturnes, ses mauvais tours et ses pitreries reprenaient dès le lendemain. Pourtant, il fallait reconnaître un point essentiel dans les tours qu'elle jouait à ses camarades et qu'il fallait dans un sens louer : Elle ne s'attelait jamais qu'à tourmenter la vie des élèves les plus arrogantes, les plus autoritaires ou vindicatives envers les autres, à celles qui rudoyaient ou se moquaient des plus faibles… Et sur ce point là, Cordélia Duprès fut la victime toute désignée de Rosie même si celle-ci était de trois ans son aînée.

- Je me demande ce qu'elles font, reprit de nouveau Tracey. Ont-elles entre temps crée un comité de lutte contre les injustices faites aux première année ? Je ne les aurais jamais imaginé prendre la tête de ce vent de contestation contre la direction de l'école parce qu'elles trouvaient injuste de ne pas pouvoir venir également à Poudlard !

Voir et revoir dans son esprit Astoria et Rosie debout sur leur table au réfectoire et appelant leurs camarades à la grève allait rester longtemps gravé dans sa mémoire, et ce souvenir arracha un large sourire à Daphné, d'autant plus qu'elles étaient parvenues à rallier à leur cause une quantité non négligeable de filles trouvant elles aussi qu'elles étaient en droit de participer à ce voyage. Leur petite rébellion tourna toutefois court lorsque madame Maxime elle-même dut se lever pour rétablir l'ordre et punir elle-même les petites fortes têtes, et ce fut d'ailleurs la première fois que Daphné vit une personne étrangère à sa famille, sa belle-famille ou à Sœur Catherine parvenir à calmer le tempérament et l'ardeur de Rosie, et pour cela, elle n'avait que davantage encore de respect pour sa directrice ; Si quelqu'un pouvait parvenir à métamorphoser sa future belle-sœur et adoucir son caractère, pour sûr qu'il fallait miser sur elle.

À peine arrivées près de la sortie, Marie se jeta aussitôt sur Daphné pour réajuster une nouvelle fois son uniforme en prétextant un faux pli ou un chapeau mal ajusté, mais Daphné la laissa faire sans l'interrompre, habituée depuis longtemps maintenant à ses petits soins et préférant à l'inverse parier avec Tracey sur le temps que mettrait les deux petites polissonnes à mettre sans dessus dessous l'école en leur absence.

Retrouver leur chemin jusqu'à leur chambre ne fut pas bien compliqué, celle-ci se trouvant dans un couloir contigu au théâtre, mais il fallait également emprunter pour cela un corridor particulièrement vivant dans lequel des étudiantes d'autres années courraient frénétiquement d'une chambre à l'autre à la recherche d'un quelconque élément de leur tenue introuvable. Madame Maxime avait été particulièrement exigeante sur leur apparence, un gage selon elle de sérieux et d'excellence visant à donner à Beauxbâtons l'image d'une école aux obligations en tout point supérieures à Poudlard, et même si leur directrice ne l'avait pas dit ainsi, chacune des élèves se doutait pertinemment qu'il s'agissait surtout de battre Poudlard sur le terrain de l'esthétique et des bienséances, un terrain sur lequel l'école anglaise n'avait plus brillé depuis bien longtemps.

- En voilà des hystériques ! maugréa Tracey alors qu'elle tentait tant bien que mal de se frayer un chemin dans le capharnaüm qu'était devenu le corridor.

- Elles n'ont toutefois pas tort, argua Aglaé tandis qu'elle replaçait elle-même une mèche de ses cheveux blond-vénitien derrière son oreille. Je préférerais retourner à Beauxbâtons immédiatement plutôt que de montrer vêtu telle une souillon devant les anglais…

- Nous sommes anglaises je te rappelle, répliqua t-elle un peu durement en désignant d'un coup de tête Daphné.

- Je n'insultais pas votre nation, s'excusa t-elle poliment. Je disais simplement que devant nos hôtes étrangers, nous devions montrer à tous que c'est bien et toujours en France que les modes se font et se défont, et que nous sommes par conséquent les gages du luxe et de la beauté de l'esthétisme français au-delà de nos frontières. N'avons-nous pas toujours été les garants des évolutions vestimentaires à travers l'Europe depuis des siècles ? Il serait malvenu de notre part de ne pas faire honneur à notre État pour cela.

La mode… Voilà bien le cadet des soucis de Daphné pour le moment, mais elle se garda bien de donner son opinion sur le sujet pour ne pas éterniser cette conversation plus longtemps. De toute manière, qui à Poudlard se préoccupait des dernières tendances vestimentaires ? L'uniforme des élèves n'avait qu'à peine changé en près d'un siècle, et ce n'était sûrement pas l'arrivée d'une bonne centaine de jeunes filles pâmées dans leurs plus beaux uniformes qui pourrait changer quoi que ce soit.

La fin de leur trajet et la porte menant à leur chambre lui épargna de toute façon toute discussion avec ses camarades, surtout lorsque Tracey et Marie bataillèrent presque pour la lui ouvrir et lui en permettre l'accès.

Leur chambre ressemblait à celle que Daphné possédait à Lamballe bien que quatre lits avaient été ajouté ici et là et que les dimensions avaient augmenté. Le mobilier avait également été quadruplé, du moins ce qui le nécessitait, et plusieurs portes donnaient sur les cabinets de chacune des filles dormant ici pour leur laisser un peu d'intimité. En dehors de cela la pièce était très lumineuse, et les grandes baies vitrées s'élevant sur plusieurs mètres de haut et s'étendant sur une grande partie de la surface disponible des murs laissaient apercevoir au-delà le ciel d'un bleu incertain que de nombreux nuages tachetaient et que le carrosse traversait.

Martine et Françoise, debout près de son lit dont elles faisaient disparaître les quelques plis des draps, étaient également du voyage, officiellement en tant que dame de compagnie de Daphné, mais leur véritable utilité pour l'heure était davantage de s'occuper de l'entretien de la chambre de leur nouvelle maîtresse ainsi que de sa toilette. Les plus fortunées demoiselles de Beauxbâtons pouvaient en effet être accompagnées de leur domesticité dès leur quatrième année scolaire, et Marie-Louise avait sauté sur l'occasion pour mettre à son service ses deux meilleures servantes. Daphné appréciait le geste, d'autant plus qu'elle aimait beaucoup les deux femmes, mais elle supposait également qu'une autre raison à leur présence pouvait également l'expliquer, et elle ne se disait pas étonnée si elle apprenait qu'elles servaient également d'espionnes pour leur principale maîtresse ; Le mariage approchait inéluctablement, et sa belle-mère n'en était pas à une manœuvre près pour épier les moindres gestes de sa future belle-fille et essayer de la corriger à travers les lettres qu'elle lui enverrait très certainement. Daphné n'en était pas offensée, bien au contraire, mais se savoir à longueur de temps observée n'était pas non plus quelque chose dont elle pouvait se réjouir.

Du reste, il n'y avait rien à redire de leur chambre, belle sans l'être trop, banale à vrai dire quand on se rendait compte qu'elle ressemblait à toutes les autres présentes dans le carrosse. Daphné s'était vue proposer une chambre à part et rien que pour elle, lui épargnant ainsi d'avoir à partager son intimité avec d'autres jeunes filles, mais la fiancée d'Harry avait décliné la proposition en arguant qu'elle était depuis trois ans maintenant habitué à la présence de Tracey et Lucie à ses côtés et qu'une ou deux têtes supplémentaires ne la dérangeaient nullement. Aussi vivait-elle désormais et ce pour l'année à venir à Poudlard auprès de quatre de ses amies. Cordélia avait de son côté bien tenté de s'inviter dans leur chambre, mais Daphné ayant été élu responsable de sa chambrée, son nouveau rôle lui permettait d'établir la liste des personnes autorisées à dormir avec elle ou à s'inviter dans ses appartements pour discuter autour d'une tasse de chocolat, et malheureusement pour la rivale de Daphné, celle-ci ne pouvait entrer dans ses bonnes grâces.

- Je me demande quand nous arriverons, souffla Tracey en allant s'affaler sur son lit sur lequel elle poussa un long soupir d'aise. Je me coucherais bien maintenant si je ne savais pas pertinemment que nous approchons de Poudlard.

- Dans une heure, tout au plus, lui répondit sa meilleure amie en prenant place devant sa coiffeuse tandis que Martine et Françoise s'attelaient sans même le moindre ordre à peaufiner la coiffure déjà parfaite de leur petite maîtresse.

- Si tu avais écouté Madame Maxime plutôt qu'à t'admirer dans ton costume, tu l'aurais su, ajouta Lucie d'une petite voix moqueuse.

Tracey la foudroya du regard, mais elle se garda bien de lui répondre. Jamais elle n'haussait la voix contre elle, et si tel était le cas, elle ne pouvait s'empêcher de culpabiliser devant l'attitude soumise de son amie qui ne répondait jamais aux remontrances que l'on pouvait lui lancer, préférant les accepter sans broncher et sans même les contredire par peur des répercussions que cela pourrait avoir. Vivre aux côtés de Daphné et Tracey ne l'avait pas désinhibé de ses peurs, notamment de parler en public et d'oser s'opposer à quelqu'un, mais le théâtre, et Daphné l'espérait pour elle, pourrait peut-être à l'avenir palier à cela, et les dernières séances tendaient à le prouver. Préférant changer ses pensées, Tracey s'amusa alors avec sa poupée qu'elle lançait tranquillement au dessus d'elle en essayant de la rattraper en vol et ce sous les yeux d'Aglaé et Marie qui, ne se doutant pas de l'amour qu'elle éprouvait pour cet objet, voyait en elle un sujet de moquerie n'allant jamais plus loin que les messes basses. Daphné elle-même trouvait cet attachement quelque peu puéril pour quelqu'un approchant bientôt de l'âge adulte, mais se gardait bien de faire des leçons de morale à ce sujet à sa meilleure amie : Tracey pouvait être particulièrement retors dès lors qu'il s'agissait de sa poupée, et Daphné préférait encore se mettre à dos l'ensemble des élèves de Beauxbâtons plutôt que celle qu'elle connaissait depuis son enfance.

Son esprit s'égara quelques instants sur les souvenirs de sa dernière soirée en terre anglaise, et le moins que l'on pouvait dire était qu'elle n'était pas vraiment ravie d'y revenir. La coupe du monde de Quidditch n'avait en effet pas été des plus agréables pour elle bien que l'événement en lui-même fut particulièrement exaltant et enrichissant et lui avait permis d'avoir l'occasion de découvrir de nouvelles cultures par le biais des spectateurs étrangers venus eux-aussi assister à la finale. Accompagnée de toute sa famille mais aussi de celle d'Harry, Daphné avait véritablement apprécié cette journée où pour une fois l'ensemble des personnes qu'elle aimait se trouvaient en sa compagnie et non dispersées aux quatre coins de la France et du Royaume-Uni bien que l'absence de son fiancé fut tout de même pesante pour elle. Même Fleur, qui avait été conviée ainsi que ses parents et sa sœur pour assister à cette compétition, avait été supportable pour elle à tel point qu'elle se demanda ce jour-là si toutes les deux ne pourraient pas avoir une discussion cordiale dès lors qu'elles se trouvaient dans un contexte autre que celui de Beauxbâtons.

Mais malheureusement, l'attaque des mangemorts le soir même avait gâché la fête, et si personne ne fut blessé, Marie-Louise elle avait eu quelques problèmes avec la justice anglaise pour son implication dans la mort de deux mangemorts dont l'annonce de leur décès avait pourtant suscité un immense élan de joie, surtout lorsque l'on apprit qu'il s'agissait notamment de Fenrir Greyback. Il en fallut de peu pour que sa belle-mère soit accusée d'assassinat par certains responsables du ministère de la magie, un comble tout de même alors qu'eux-mêmes avaient été incapables de lever rapidement un contingent suffisant d'aurors pour juguler la menace que représentaient les mangemorts ce soir là. Devant le tollé soulevé par cette affaire et les menaces qui avaient pesées sur la tête de Marie-Louise, le ministère de la magie fit rapidement machine arrière pour faire taire la polémique, mais si toutes les charges furent rapidement abandonnées et celle-ci remerciée pour sa contribution à l'effort dans la lutte contre les mangemorts, Daphné gardait un souvenir amer de sa dernière escapade dans son pays d'origine. Si la sécurité à la coupe du monde s'était révélée être un fiasco, qui pourrait affirmer qu'il n'en serait pas de même durant le tournoi ? Il ne manquait plus qu'il lui arrive quelque chose pour qu'Harry vienne prendre le risque de mettre les pieds ici pour s'enquérir de sa santé… Un risque important compte tenu des différends qui l'animent à l'encontre de Dumbledore et de James Potter, et surtout d'une idiotie sans nom : son union avec Harry Potter ne lui avait jusqu'à présent jamais porté préjudice, mais elle doutait que le seigneur Potter soit suffisamment idiot pour ne pas se rappeler qu'elle fut autrefois liée à son fils et que désormais un parfait inconnu avait pris sa place dans sa vie. Il n'y avait qu'un pas pour qu'il fasse le rapprochement, un pas qu'elle souhaitait de préférence éviter.

Un coup d'œil dans le miroir la conforta dans l'idée que ses amies n'avaient pas les mêmes craintes qu'elle au sujet de ce tournoi. Mieux encore, Tracey paraissait complètement détachée de l'imminence de leur arrivée à Poudlard tandis qu'elle continuait à jouer distraitement avec sa poupée. Lucie elle s'était plongée dans une énième lecture religieuse, la seule manière avec laquelle elle parvenait à se rassurer, pendant que Marie et Aglaé elles faisaient de leur mieux pour s'occuper en mimant avec leurs baguettes des gestes précis faisant pleuvoir autour d'elles une pluie d'étincelles qu'elles s'amusaient à changer de couleur. Oui, ses amies n'avaient pas les mêmes préoccupations qu'elles, mais il en sera probablement tout autrement d'ici quelques temps.

- La présence de l'ensemble des élèves et du corps enseignant est demandée dans l'atrium du carrosse, leur annonça tout à coup une voix masculine résonnant dans toute la pièce et que toutes attribuèrent à l'unique homme en fonction au sein de l'académie, le cocher. L'arrivée à Poudlard est prévue dans cinq minutes.

- Cinq minutes !? s'étrangla Aglaé en prenant un air alarmé. Ils auraient pu prévenir avant !

Ajoutant le geste à la parole, elle entreprit de ranger tout ce qui traînait dans les tiroirs prévus à cet effet, manquant au passage d'éborgner Marie avec sa baguette un instant où elle pivota rapidement sur elle-même. Trop occupée à se rendre compte qu'il n'y avait aucun risque que leur chambre puisse être inspectée dans un aussi court laps de temps et surtout que cette dernière ne pouvait être plus rangée qu'en cet instant, sa frénésie à trouver le moindre objet traînant amusa cependant ses autres amies, Tracey allant jusqu'à volontairement faire léviter toutes les choses se trouvant à sa portée pour aller les éparpiller aux quatre coins de la chambre. Martine et Françoise offrirent également leur service pour aider la petite comtesse, abandonnant dans le même temps leur travail auprès de Daphné, mais un second message de rappel de la part du cocher leur fit comprendre qu'il valait mieux ne pas traîner plus longtemps dans leurs appartements. Avec une certaine paresse, toutes se levèrent alors de leurs sièges, et après un dernier regard l'une envers l'autre pour trouver ce petit quelque chose qui pourrait courroucer leur sous-directrice, elles se dirigèrent vers la sortie, Daphné comme toujours en tête de file.

- Devons-nous attendre votre retour ou pouvons-nous disposer, Mademoiselle ? lui demanda d'un ton soucieux Françoise.

- Oh heu… Je vous donne votre soirée ma chère Françoise, lui répondit en souriant Daphné. Vous avez été si bonne vous et Martine depuis notre départ que je pense pouvoir me passer de vos services pour les heures à venir. J'espère que vous ne serez pas couchées à l'heure où nous reviendrons : Il me tarde de vous décrire Poudlard !

Ses servantes sourirent devant l'air enjoué et si peu familier de leur petite maîtresse, mais Daphné était déjà sortie de la pièce avant qu'elle n'ait eu le temps de s'en rendre compte. Frénétiquement, toutes les cinq se dirigèrent vers la direction indiquée, constatant au passage que les couloirs étaient contrairement à tout à l'heure relativement calme. De toute évidence, beaucoup n'avaient pas attendu que le cocher les informe de leur arrivée imminente pour se faire bien voir de la directrice et se présenter à l'avance dans l'atrium, mais le geste était malgré tout fort louable, et Daphné pouvait entendre derrière elle Aglaé se réprimander pour ne pas y avoir pensé. Toutes les cinq arrivèrent bientôt dans la dite-pièce, une salle ressemblant à s'y méprendre au vrai hall d'entrée de Beauxbâtons hormis ses dimensions moindres et le fait qu'un double escalier permettait d'accéder aux deux étages supérieurs. Presque toutes les élèves étaient déjà là, et dans un ordre quasi parfait, chacune avait choisi de se ranger selon leur année scolaire au sein de Beauxbâtons. Aussi Daphné enjoignit le geste de ses camarades en s'approchant au plus près de Madame Maxime qui s'était pour sa part positionnée juste devant l'entrée alors qu'elle observait silencieusement ses petites élèves s'attrouper autour d'elle. Bientôt tout le monde semblait être là, y compris les enseignants ayant accepté de participer à ce voyage et qui faisaient front devant leurs étudiantes, alors même que le carrosse commençait de toute évidence à ralentir. Personne ne nota à voix haute ce brusque changement, et les rares filles qui osaient encore chuchoter à voix très basse à leurs amies furent rapidement mises au silence d'un regard glacial de la part de Madame Beaumont.

Le carrosse amorça alors une descente en direction de la terre ferme, mais personne n'en était dérangé. La gravité ne semblait pas avoir d'emprise sur elles car si les paysages et nuages défilaient à une vitesse ahurissante par delà les fenêtres, toutes gardaient toutefois les deux pieds sur le plancher de la pièce. Dans un silence pesant, seulement rompu de temps à autre par le hennissement des gigantesques abraxans, toutes les élèves gardaient leurs yeux fixés sur Madame Maxime, le regard dénué de toute émotion, n'osant pas même battre des paupières ou respirer de manière bruyante, et même lorsqu'une légère secousse faisant trembler le carrosse les avertit qu'elles venaient de toucher terre, aucune n'exprima à voix haute ou par un quelconque procédé le moindre sentiment pouvant l'animer. Une seule chose était certaine désormais : Elles venaient d'arriver.

- Rappelez-vous mesdemoiselles : Nous sommes les invitées ici, et en tant que tel j'exige un comportement irréprochable de votre part pour ne pas donner à nos hôtes l'occasion de vilipender notre école ou nos élèves, leur rappela d'un ton ferme Madame Maxime. Tout manquement ou relâchement de la discipline de la part de l'une d'entre vous aura les mêmes répercussions que si nous étions encore à l'académie. En tant qu'invitée, chacune de vous se doit de faire honneur à l'hospitalité de Poudlard, aussi si des recommandations sont faites concernant certains points de cet établissement, elles se doivent de l'être au sein de notre carrosse, et nul par ailleurs, et de surcroit auprès de moi. Je ne tolèrerai aucune incartade de votre part pouvant entacher le noble blason de notre académie, et croyez bien que je saurai prendre les mesures adéquates pour ne pas que cela se reproduise à nouveau.

Un froid fut immédiatement jeté sur l'ensemble des jeunes filles de Beauxbâtons, et si certaines estimaient encore pouvoir relâcher leur comportement entre les murs de Poudlard en croyant que la discipline ne serait plus la même qu'en France, leurs espoirs furent rapidement balayés par Madame Maxime. De toute façon à partir du moment où leur directrice prenait un ton aussi grave pour s'adresser à elles, elles savaient qu'ils ne valaient mieux pas la contredire ou lui désobéir ; Au moins maintenant pouvaient-elles se targuer d'être averties.

Un instant plus tard, la porte d'entrée du carrosse s'ouvrit en laissant passer un halo de lumière qui les aveugla légèrement. Un jeune homme portant une veste et une culotte noire assorties aux collants blancs et aux chaussures cirées qu'il avait au pied se présenta dans l'entrée, et après s'être abaissé pour fouiller l'embrasure de la porte, il déplia un escalier en bois de deux marches avant d'offrir sa main à Madame Maxime qui l'accepta d'un geste gracieux.

- Allons mesdemoiselles, il est temps de venir à la rencontre de vos nouveaux camarades, dit-elle d'un ton qui donnait à sa phrase l'impression d'un ordre. Ne les faisons pas attendre.

Madame Maxime était à peine sortie que Madame Beaumont lui enjoignit le pas, dardant un dernier coup d'œil en direction des élèves trop empressées et qui manquaient de bousculer les autres en cherchant à être la première à sortir. Daphné tentait à l'inverse de prendre son temps, mais la masse grouillante de jeunes filles se ruant vers la sortie eut bientôt raison d'elle et elle fut emportée par cette marée de robes bleuâtres, de plumes blanches et de bottes à talons brillantes.

Le carrosse lui s'était arrêté sur une vaste étendue herbeuse délimitée par un lac au-delà duquel une forêt dense pouvait être vue et par l'immense château qu'était Poudlard. Composée de multiples tours et tourelles pointues, de murs surmontés de créneaux et de vastes bâtiments s'élevant sur plusieurs étages, la bâtisse en elle-même avait un aspect très moyenâgeux, et Daphné s'étonnait de ne pas voir de douves au pied du château. Poudlard aurait pu être attrayant à ses yeux, mais contrairement à Beauxbâtons, les matériaux composant l'école étaient bruts, vieillis et abîmés par le temps et surtout d'un autre âge, et la pierre grise qui avait été utilisée avec insistance pour la construire donnait à l'endroit un aspect lugubre et peu avenant, bien loin en tout cas du cadre accueillant de Beauxbâtons qu'elle regrettait déjà.

Toute une foule les attendait au pied de l'école à proximité des portes d'entrée, et de ce qu'elle pouvait voir d'aussi loin, les élèves avaient été placés sur des estrades selon leur âge et surtout selon leur maison au sein de Poudlard, une précaution utile selon elle tant l'animosité entre Gryffondors et Serpentards était connue au-delà de la Manche. Pour leur part, les élèves de Beauxbâtons eux continuaient à s'agglutiner près du carrosse en attendant que leur directrice ne prenne une décision sur la marche à suivre pour la suite. Mais celle-ci attendait d'abord que ses étudiantes terminent de se ranger selon le rang social et la richesse de leur famille, mettant ainsi en évidence les élèves les plus fortunées en tête de file et celles aux origines modestes tout à la fin. Avec regret, Daphné dut alors se séparer de Tracey et Lucie, toutes les deux ne pouvant pas tenir la distance avec elle et la fortune personnelle d'Harry, mais elle pouvait malgré tout se consoler en voyant Aglaé se placer juste derrière elle et lui tenir compagnie. Fleur était également présente, mais si Daphné pensait qu'une trêve était possible entre elles compte tenu des événements, elle se trompa lourdement en constatant que la vélane s'obstinait à l'ignorer, préférant se concentrer sur ce qui se passait devant elle et surtout sur les quelques regards désireux qu'elle pouvait déjà remarquer à travers les rangées d'élèves et qui la firent frissonner de dégoût ; être une vélane n'avait pas que des avantageuses, et Daphné était bien heureuse de ne pas en être une.

Ses pensées furent toutefois interrompues par la voix de sa directrice qui avait pris un ton ferme et bien loin de la douceur qui la caractérisait d'ordinaire :

- Suivez moi maintenant, ordonna t-elle en les fixant intensément. Gardez à l'esprit mes recommandations et soyez l'image vivante de l'excellence de notre école pour vos camarades étrangers.

Puis avec une grâce peu commune pour une personne de sa taille, leur directrice se détourna d'elles et rejeta élégamment le bas de sa robe d'un geste du pied pour se diriger vers Dumbledore. Mais ses pas étaient si grands qu'il fallait presque à Daphné comme aux autres courir pour parvenir à garder le même rythme qu'elle. Curieusement, élèves comme enseignants de Poudlard les accueillirent par des applaudissements, mais l'étonnement que la plupart affichaient en voyant leur directrice fit qu'il y eut également de nombreux chuchotements sur leur passage, un détail qui n'échappa aucunement à Madame Beaumont qui s'offusquait désormais du manque de discipline évident chez eux.

Ses élèves elles gardèrent obstinément leurs visages droit devant elles, craignant en effet qu'un simple regard en direction de leurs compagnons anglais pourrait mécontenter leur directrice, et dans un ordre et une coordination parfaite donnant l'impression qu'elles paradaient comme un régiment militaire, elles suivirent tant bien que mal l'ombre géante de Madame Maxime en faisant fi des regards curieux frôlant l'irrévérence par moment.

Ce ne fut finalement que lorsque l'ombre du château prit le pas sur celle de leur directrice et que celle-ci s'arrêta face au directeur de Poudlard que Daphné comme les autres arrêtèrent également leur marche, certaines essayant tant bien que mal de cacher les longues respirations qu'elles reprenaient en raison de leur épuisement.

- Madame Maxime, la salua Dumbledore en se saisissant de sa main géante et étincelante de bijoux, je vous souhaite la bienvenue à Poudlard.

- Mon cher Dumbledore, je suis ravie de voir que vous avez l'air en parfaite santé, répondit-elle d'un ton courtois en esquissant même ce qui semblait être un sourire aimable.

Daphné toutefois n'était pas dupe, et sachant pertinemment que sa directrice était au courant de l'histoire entourant la famille de sa belle-mère et des manigances du vieux sorcier pour tenter de contrôler celle-ci, elle se doutait que tout ceci n'était qu'une façade dissimulant parfaitement ses véritables sentiments. Madame Maxime pouvait n'être qu'une demi-humaine, mais Daphné avait appris depuis longtemps à passer outre sa condition pour voir en elle une brillante sorcière maîtrisant toutes les subtilités des émotions et du langage corporel.

« Pas étonnant qu'elle ait tant pris à cœur de superviser les cours de théâtre » songea t-elle avec amusement.

Une petite conversation s'engagea alors entre les deux responsables d'école au sujet des abraxans de Beauxbâtons et de leur traitement, mais Daphné n'écoutait déjà plus, occupée à l'inverse à contempler ce qui serait pour elle et ce pendant près d'un an son école. Certaines de ses camarades n'avaient franchement pas l'air ravi d'être là si elle en jugeait leur comportement ou par les écharpes qu'elles resserraient autour de leur cou en pestant silencieusement sur les soirées froides en Écosse, et d'autres regardaient même avec répulsion les différents élèves de Poudlard de la même manière que si un fossé rempli de veracrasse se trouvait devant elles. Et le tournoi des trois sorciers se devait d'être normalement un moment de rassemblement et de camaraderie allant au-delà des nationalités ? Compte tenu du contexte politique de leurs deux pays, Daphné doutait fortement qu'il puisse parvenir à un tel résultat.

- Venez mes demoiselles, leur lança au bout d'un certain temps Madame Maxime alors qu'une partie des élèves de Poudlard s'écartait de l'entrée pour les laisser entrer.

Préférant échapper à cet échange silencieux de regards et de grimaces entre élèves de Poudlard et Beauxbâtons, les étudiantes de Madame Maxime lui emboîtèrent immédiatement le pas sans se faire prier. La montée des marches du perron les fit arriver dans un grand hall possédant plusieurs portes dont une gigantesque qui semblait donner accès au réfectoire de l'école, mais également d'un large escalier face à elles qui permettait de monter les multiples étages que les filles pouvaient apercevoir en levant légèrement la tête. Curieusement, un seul élément de décor était visible dans cette large pièce, une statue de griffon disposée sur le côté droit de l'entrée et qui n'avait à première vue pas d'autre fonction que d'harmoniser l'embellissement de la salle. Néanmoins, avec son apparence sinistre de vieux château mal éclairé et le marbre usé sur lequel leurs pas résonnaient à présent, l'effet était complètement raté, et Tracey, qui partageait l'avis de Daphné à ce sujet, suggéra moqueusement de faire au plus vite appel à l'architecte de Beauxbâtons pour redonner son cachet à Poudlard.

La Grande Salle de Poudlard était au contraire assez jolie et comme elle se l'était imaginée, mais les quatre tables avaient apparemment été agrandies pour accueillir plus de monde. Comme les autres, Daphné observait d'un air distrait les lieux, s'attardant sur les quelques fantômes un peu trop curieux les ayant accompagné jusqu'ici pour mieux les dévisager et dont les regards scrutateurs eurent le don de l'agacer prodigieusement. Des milliers de chandelles flottaient négligemment dans les airs alors que le plafond, ou du moins ce qui aurait dû en être un, reflétait pour sa part le temps devenu gris et nuageux de l'extérieur à tel point qu'il était facilement envisageable de s'imaginer manger en plein air.

- Nous devrions prendre place avant que les autres élèves ne reviennent, lui conseilla Marie en faisant le tour de l'une des tables pour se tenir droite derrière l'une des chaises.

- Des chaises de paille…, commenta de son côté d'un ton méprisant Cordélia en examinant les fameuses chaises d'un air dégoûté. Beauxbâtons me manque déjà…

- Nous devrons nous contenter de ce que nous offrent nos hôtes, l'informa Daphné d'un ton sec. Le luxe auquel nous a habitué Beauxbâtons ne doit pas nous faire oublier qu'il n'est que trompeur et que nous ne serons pas toujours aussi bien lotis que là-bas.

Cordélia se garda bien de répliquer car au même moment arrivait la délégation de Durmstrang. Contrairement à Beauxbâtons, cette école du nord de la Russie n'était constituée que de garçons en provenance de tout l'empire Russe mais également des différents États d'Europe dans lesquels certaines familles aspiraient à enseigner à leurs enfants la magie noire. Tous les élèves étaient vêtus d'épaisses capes et bonnets en fourrure, mais en dessous était également visible un uniforme scolaire ressemblant à s'y méprendre à la tenue que pourrait porter une compagnie de soldats. D'ailleurs, Daphné s'étonna de constater qu'il était tout aussi rouge que celui que portait habituellement son fiancé, mais la ressemblance s'arrêtait toutefois là. Durmstrang n'avait jamais eu la vocation de former des sorciers dans l'objectif de les faire intégrer plus tard dans des régiments des tsars et tsarines de Russie, d'autant plus que cette école avait toujours eu la réputation d'abhorrer la société moldue, et cet uniforme rappelait surtout que la discipline et l'ordre étaient de rigueur entre ses murs.

Durmstrang enseignait en effet à ses élèves toutes les ficelles et subtilités de la magie noire, y compris sa mise en pratique sous ses formes les plus sombres, et même si Beauxbâtons enseignait également certaines formes de magie pouvant s'y apparenter comme l'emploi de maléfices et sortilèges jugés sombres par certains, rien n'était poussé aussi loin que chez leurs homologues russes. Madame Maxime déconseillait au contraire de les pratiquer plus assidûment dès lors qu'elles entraient en conflit avec la religion catholique, et même s'il en était de même pour l'Église orthodoxe dont faisaient partie bon nombre d'élèves de Durmstrang, leur foi n'était pas en mesure de réprimer leur envie de pousser tous les jours plus loin leur soif de découverte de toutes les branches de la magie noire. Personne ne savait véritablement ce qui était enseigné là-bas, secret oblige, mais des rumeurs voulaient que la nécromancie par exemple soit une des nombreuses options disponibles pour ceux aspirant à des études plus poussés. De même, et bien que liés au satanisme à Beauxbâtons, les rituels nécessitant des sacrifices humains faisaient également partie des légendes que l'on liait aux enseignements de Durmstrang. Ses élèves n'avaient pourtant pas l'air bien méchant et les profils divergeaient grandement de ce que pouvait voir la fiancée d'Harry tandis qu'elle observait comme ses camarades les nouveaux entrants prendre place au bout de la table la plus éloignée des fenêtres du réfectoire. L'un d'eux attira particulièrement son attention lorsqu'elle le regarda plus longuement, et ce fut en repérant ses sourcils broussailleux n'en formant presque qu'un seul, son nez arrondi et semblait-il cassé et ce visage boudeur qu'il affichait continuellement qu'elle parvint à reconnaître Victor Krum, le célèbre attrapeur de l'équipe d'Albanie qu'elle avait pu apercevoir lorsqu'elle s'était trouvée dans la loge ministérielle durant la dernière coupe du monde de Quidditch.

- Daphné ? l'appela Lucie.

Se tournant vers son amie, Daphné remarqua que toutes s'étaient à présent installées sur les sièges disposés pour elles et qu'elle était la dernière à être encore plantée au beau milieu de l'allée. Le bruit de dizaines de pas dans le hall d'entrée l'informa également que les élèves de Poudlard revenaient également, et n'hésitant pas un seul instant, elle se précipita avec retenue vers la place que lui avaient réservée ses camarades. Comme d'habitude, Tracey et Lucie avaient été désignées pour s'asseoir à côté d'elle, mais Aglaé et Marie fermaient le cercle l'entourant en s'installant face à elle, tout comme elles le faisaient d'ordinaire à Beauxbâtons. Toutes restaient toutefois debout, le dos droit et la bouche close alors qu'elles attendaient la venue de leur directrice pour s'asseoir. Leur comportement n'échappa pas en tout cas aux multiples élèves qui prenaient désormais place autour d'elles, et quelque uns, croyant à tort que toutes étaient françaises et ne comprenaient pas leur langue, se permirent des commentaires moqueurs et bien évidemment à voix haute pour amuser le plus grand nombre possible. Mais Daphné ne s'en formalisa pas, préférant voir là un bon moyen de se payer la tête de ces idiots dès l'instant où elle ouvrirait la bouche pour parler dans sa langue maternelle ; La soirée risquait d'être follement amusante !

Son regard se porta par la suite sur Fleur, et c'est avec consternation qu'elle remarqua que celle-ci n'avait pas daigné ôter son mantelet ni son écharpe et se frottait les mains comme si l'école subissait une terrible tempête de glace qui risquait de la geler sur place.

- Je crois que notre chère amie Fleur n'a pas encore compris que nous nous trouvions aux confins de l'Écosse et non pas en Sibérie, marmonna t-elle en direction de ses amies.

Tracey comme les autres la regardèrent étrangement, mais en posant leurs regards sur Fleur, chacune ricana d'amusement en s'attirant au passage quelques regards intrigués. Mais l'arrivée soudaine des enseignants calma rapidement leurs rires, bien qu'en constatant que pas un seul élève de Poudlard ne se levait pour saluer leur directeur, elles résistèrent difficilement à l'envie de rire à nouveau dès lors qu'elles remarquèrent les regards scandalisés de Fleur et Cordélia.

Leur geste leur attira en tout cas la sympathie des enseignants de Poudlard, probablement peu habitués à autant de respect à leur égard, mais également d'autres gloussements plus ou moins discrets des élèves qui eux ne comprenaient pas leur comportement. Mais les filles de Beauxbâtons n'avaient d'yeux que pour leur directrice, et ce ne fut que lorsque celle-ci fut assise sur son siège après que Dumbledore l'eut invité qu'elles firent de même.

- Oui, Bien… Mesdames, Mesdemoiselles, messieurs, chers fantômes et surtout chers invités, bonsoir! les salua Dumbledore en restant désormais le seul qui ne soit pas encore assis. J'ai le très grand plaisir de vous souhaiter la bienvenue à Poudlard. J'espère et je suis même certain que votre séjour ici sera à la fois confortable et agréable…

Un gloussement soudain attira de nombreux regards en direction de Fleur, et celle-ci essayait à présent de reprendre contenance malgré le rosissement de ses joues sous l'effet des dizaines de têtes tournées vers elle.

- Quelle idiote…, marmonna Tracey en réprimant l'envie rouler des yeux.

- Le tournoi sera officiellement ouvert à la fin de ce banquet, poursuivit Dumbledore après un instant de flottement. Mais pour l'instant, je vous invite à manger, à boire et à considérer cette maison comme la vôtre !

Toutes les tables se remplirent immédiatement de multiples plats tandis que les conversations s'animaient tout aussi soudainement. Daphné remarqua que pour faire honneur à ses invités, Dumbledore avait recommandé aux cuisines de préparer de multiples plats dont les origines différaient selon les écoles présentes, et avec un plaisir à peine feint, elle trouva au beau milieu des sauces et des volailles garnissant leur table une petite coupelle contenant un bien beau morceau de foie gras, un met qu'elle avait découvert quelques années plus tôt et dont elle raffolait. Habituée à la cuisine française, elle nota toutefois qu'il n'en était pas de même pour les élèves de Poudlard, et certains regardaient avec une mine intriguée le contenu de certains récipients en se demandant bien ce que cela pouvait bien être. Leur curiosité était en tout cas amusante, bien moins cependant lorsque quelques regards s'orientèrent vers elle et le toast sur lequel elle commençait à présent à tartiner le foie gras et qui de toute évidence dégoûtait au plus au point ses petits camarades anglais.

- Un seul verre, une seule fourchette et un seul couteau pour tout le repas ! s'offusquait pour sa part Aglaé en regardant avec effroi ses couverts.

- Bienvenue à Poudlard, se moqua Tracey en ne paraissant pas aussi émue par cette nouveauté tandis qu'elle remplissait son assiette d'ailerons de poulet. La bienséance n'est pas de mise ici !

- Les barbares…, répondit-elle en se saisissant précautionneusement de sa fourchette. Et personne pour nous servir en plus de cela ! Qu'allons-nous faire pour survivre à cet endroit !?

- Te servir de tes mains tout d'abord, lui conseilla Lucie en se servant elle-même dans les plats. Je me demande ce que peut bien penser Madame Beaumont de cette nouveauté… Résistera t-elle à ce faux pas ou retournera t-elle au plus vite à Beauxbâtons ?

Toutes les cinq tournèrent la tête vers la table des enseignants, et ce fut avec un plaisir non dissimulé qu'elles constatèrent l'air effaré de leur directrice-adjointe, tout bonnement mortifiée devant les couverts en étain face à elle. Daphné comme ses amies gloussèrent de bon cœur devant ce spectacle, mais leurs rires furent brefs et surtout silencieux : Madame Beaumont était peut-être occupée à découvrir les manières de Poudlard, mais elle gardait encore une très bonne ouïe !

- Avez-vous vu celui-là ? leur demanda alors Marie en désignant du regard quelqu'un derrière elles. Ses manières sont celles d'un gueux !

Les filles n'eurent pas besoin de chercher longtemps l'élève désigné. Les tâches de sauce sur son visage suffisaient à le remarquer aussi facilement que si un écriteau se trouvait accroché au dessus de sa tête. Daphné ne savait pas de qui il s'agissait, peut-être un Weasley compte tenu de ses cheveux roux et de son uniforme rapiécé, mais le garçon à côté de lui était à l'inverse facilement reconnaissable, même après plusieurs années sans l'avoir vu. Matthew Potter n'avait décidément pas changé de son point de vue, du moins si l'on exceptait les kilos en trop évident qui arrondissait sa silhouette et le regard hautain qu'il affichait continuellement. Contrairement à son camarade qui s'empiffrait littéralement dans tous les plats à sa portée et qui éclaboussait au passage de sauce les uniformes de ses voisins, Matthew lui mangeait bien sagement, le regard constamment baissé sur les ailerons de poulet qu'il décortiquait tranquillement sans prêter attention à ce qui se passait autour de lui. À dire vrai, il aurait de toute façon été difficile pour lui d'engager la conversation avec quelqu'un tant l'écart entre lui et ses plus proches voisins était suffisant pour pouvoir y loger quelqu'un, mais il était impossible de savoir si cela résultait d'une volonté propre à Matthew de n'avoir personne d'autre que Weasley autour et face à lui ou si ses camarades de maison s'étaient volontairement écartés de lui pour ne pas avoir à lui adresser la parole.

Daphné n'avait absolument aucune idée de la manière avec laquelle se déroulait la scolarité de Matthew à Poudlard, pas même la moindre information sur ses résultats scolaires ou de ses interactions avec les autres élèves, mais elle imaginait aisément Matthew s'être mis à dos l'ensemble de l'école par son comportement odieux et méprisable. Ne l'était-il déjà pas à l'époque où elle avait pu le côtoyer à quelques reprises ? Des rumeurs en provenance du Royaume-Uni voulaient que James Potter lui-même n'ait pas semblé touché par le départ de sa femme et qu'il s'affichait bien volontiers avec de nouvelles conquêtes dont il se séparait aussitôt qu'elles avaient fini dans son lit, alors de là à penser que Matthew puisse se désintéresser totalement du sort de sa mère et continuer sans avoir été le moins du monde bouleversé la petite vie qu'il menait auparavant sans changer ses habitudes ni son comportement, il n'y avait qu'une ligne séparant la supposition de la certitude.

Plongée dans sa réflexion, Daphné fut tardivement consciente que Matthew avait finalement relevé les yeux de son assiette pour plonger ses iris brunes dans les siennes, conscient peut-être que quelqu'un le regardait depuis quelques temps déjà. Belle-sœur et Beau-frère se regardèrent de longues secondes, se jaugeant du regard sans que ce dernier ne sache qui était la jeune fille s'obstinant à le défier du regard, mais au bout du compte, Daphné fut surprise de le voir lever son verre et de l'incliner légèrement vers lui comme pour lui porter un toast avant de le boire d'une traite, son regard ne la quittant jamais. Pire, un sourire n'annonçant rien de bon s'étira sur son visage, mais Daphné attendit encore quelques secondes avant de se détourner de lui, troublée par ce brusque changement de comportement. L'avait-il reconnu ? Après toutes ces années, et bien qu'elle ait fortement changé en apparence, le risque pouvait être tout à fait possible, mais elle préférait encore en avoir le cœur net avant d'en arriver à une telle conclusion.

Au bout d'un certain temps, les plats contenant les desserts furent vidés de leur contenu, et comme si jamais elle n'avait été utilisée, la vaisselle de l'école redevint aussi propre et brillante qu'avant même le début du repas. Il régnait alors une atmosphère d'attente particulièrement lourde et qui laissait entrevoir que la réalité du tournoi allait très prochainement s'abattre sur toutes les personnes présentes, élèves comme professeurs. Chacun attendait à présent que Dumbledore prenne la parole, mais celui-ci semblait se satisfaire de l'ambiance pesante de la grande salle, mais aussi de l'excitation et de l'impatience qui pouvaient être senties chez de nombreux élèves. Daphné elle-même ne pouvait s'empêcher de ressentir ces émotions en elle-même si contrairement à Fleur qui envisageait comme ses amies de participer au tournoi, elle ne se sentait pas particulièrement investie dans le déroulement du tournoi des trois sorciers. Si elle en avait eu la possibilité, elle serait bien restée à Beauxbâtons continuer à étudier la magie ou encore à broder des mouchoirs. Finalement, le directeur de Poudlard parut se rappeler qu'il était le responsable de l'école hôte du tournoi car il se releva enfin de son siège, les bras écartés comme pour se donner l'image d'un vénérable sage sur le point d'annoncer à tous une grande nouvelle :

- Le tournoi des trois sorciers va désormais commencer, annonça t-il en souriant largement aux visages tournés vers lui. Je voudrais toutefois donner quelques petites explications d'usage avant que l'on apporte le reliquaire. Avant toute chose, permettez-moi de vous présenter Mr Barthemius Croupton, directeur du Département de la coopération magique internationale…

Quelques applaudissements polis se firent entendre, mais ceux-ci venaient surtout des étudiants étrangers. Les élèves de Poudlard eux étaient pour leur part trop occupés à écouter leur directeur pour saluer dignement et un court instant Croupton Sr qui pour sa part ne semblait nullement contrarié par cela et paraissait surtout absent, les yeux plongés sur son assiette vide.

- … Et Ludo Verpey, directeur du Département des jeux et sports magiques !

Cette fois, les applaudissements furent beaucoup plus nourris, bien que maintenant les élèves de Beauxbâtons comme Durmstrang ne comprenaient pas ce soudain engouement. Dumbledore expliqua par la suite que les deux hommes avaient travaillé en binôme ces derniers mois afin de mettre en place dans les meilleurs délais le tournoi, omettant dans le même temps que pour organiser un événement international comme celui-ci, il fallait tenir compte du fait qu'il y avait plusieurs parties assises autour d'une table et que la participation des ministères russes et français avaient été aussi essentielles, mais ceux qui le remarquèrent mirent cela sur le compte de l'oubli, exception faite de Madame Maxime qui fronça légèrement ses sourcils. Vint finalement le moment où le reliquaire fut appelé, et si certaines personnes crurent qu'il s'agissait d'un individu chargé de désigner les trois champions, l'étonnement fut presque général lorsqu'arriva un homme à l'air miteux aux longs cheveux sales et à la barbe mal taillé qui tenait un lourd coffre en bois qu'il déposa lourdement face à Dumbledore.

- C'eut été tellement drôle qu'il rate une marche, commenta avec une pointe d'amusement Tracey en le regardant descendre les quelques marches séparant la partie du réfectoire réservée aux élèves de celle où se trouvait la table des enseignants et qui était légèrement surélevée.

Sa remarque fit glousser certaines filles, mais la tension était aussi palpable dans l'air dès l'instant où Dumbledore secoua légèrement sa baguette magique pour ouvrir le coffre dans lequel se trouvait une coupe en bois grossièrement taillée de laquelle jaillissaient des flammes bleutées.

- Les instructions concernant les tâches que les champions devront accomplir cette année ont été soigneusement établies par Mr Verpey et Mr Croupton, reprit Dumbledore en omettant une nouvelle fois l'apport des délégations française et russe dans l'organisation du tournoi. Trois tâches auront donc lieu à divers moments de l'année et mettront à l'épreuve les qualités des champions, leurs capacités magiques…

Son regard s'attarda bizarrement sur l'emplacement où se trouvaient les filles de Beauxbâtons, et si celles-ci se trouvaient trop loin pour pouvoir le remarquer, Madame Maxime elle n'ignora rien du petit sourire qui s'était glissé sur le visage de Dumbledore.

- Leur audace, leur pouvoir de déduction et bien sûr leur aptitude à réagir face au danger. Comme vous le savez, trois champions s'affronteront au cours de ce tournoi, un pour chacune des écoles participantes. Bien évidemment, la dangerosité des épreuves sera différente selon que la personne désignée soit un garçon ou une fille… Vous ne serez ainsi pas pénalisées mes demoiselles !

Si Dumbledore avait pensé se montrer avenant envers la gent féminine, il en fut pour ses frais. Aucun geste ou regard sympathique à son égard ne fut visible du côté de Beauxbâtons, et même certaines filles de Poudlard parurent effarées par cette dernière directive.

- Pense t-il que nous sommes incapables de nous sortir aussi bien que les hommes de situations dangereuses ? marmonna avec colère Fleur.

Pour une fois, Daphné fut totalement d'accord avec elle, et si elle en jugeait par les regards et hochements de tête qui avaient fait leur apparition autour d'elle, toutes ses camarades pensaient la même chose qu'elle. Mais elles n'eurent pas le temps de maugréer plus longtemps sur cela car Dumbledore reprit à nouveau la parole, ignorant totalement le froid qu'il avait jeté sur l'assistance :

- Les champions seront notés en fonction de leurs performances dans l'accomplissement des tâches, et celui qui aura obtenu le plus de points sera déclaré vainqueur. Les trois champions seront choisis par un juge impartial qui s'avère être cette coupe de feu face à moi. Quiconque voudra soumettre sa candidature pour être choisi comme champion devra écrire lisiblement son nom et celui de son école sur un morceau de parchemin et le laisser tomber dans la coupe. Vous n'aurez que 24 heures pour le faire, ce qui signifie que les champions seront désignés à la même heure dès demain soir. Les trois personnes jugées les plus dignes de représenter leur école seront ainsi choisis par la coupe, et sachez que lorsque vous décidez d'être le représentant de votre école et que votre nom sort de cette coupe, vous êtes dans l'obligation de participer jusqu'au bout à ce tournoi et rien ne peut vous en faire sortir. Le contrat magique qui vous liera à cette coupe et plus généralement à ce tournoi ne s'arrêtera qu'au soir de la dernière épreuve, soit à la fin de l'année scolaire en cours. Le reliquaire sera installé dans le hall de l'école, et pour qu'aucun élève n'ayant pas l'âge requis pour participer à cette compétition n'ait dans l'idée d'outrepasser cette règle, je me chargerai moi-même de tracer une limite d'âge autour de celle-ci qui empêchera toute personne d'un âge inférieur à dix-sept ans de s'approcher de la coupe. Je vous invite à bien réfléchir avant de proposer votre nom, et surtout ne le faites pas si vous n'êtes pas persuadé d'avoir les capacités nécessaires pour y participer. Voilà. À présent, je crois que le moment est venu d'aller dormir. Bonne nuit à tous !

Dans un grondement tonitruant de chaises traînées et de conversations animées, la Grande Salle reprit de nouveau vie, et sans attendre les élèves de Poudlard sortirent rapidement de la pièce en direction de leurs salles communes. Ne restaient derrière eux que les filles de Beauxbâtons, sagement assises et qui attendaient pour leur part que Madame Beaumont vienne les rejoindre pour sortir elles aussi et retrouver le confort du carrosse, mais aussi les garçons de Durmstrang qui semblaient avoir eux aussi à respecter cette recommandation d'usage de leur directeur d'école. Toutefois, jamais il ne fut question d'attendre dans le silence leur sous-directrice, et Tracey sauta sur l'occasion pour rompre le silence qui s'était installée parmi ses camarades :

- Je ne peux pas attendre d'être demain ! dit-elle d'un ton enthousiaste. J'aimerais être une souris et pouvoir à ma guise me faufiler dans l'école pour savoir qui mettra son nom dans la coupe de feu !

- Il n'y aura aucune surprise du côté de Beauxbâtons, toutes les candidates se présenteront en même temps dès demain matin, lui rappela Daphné sans véritablement avoir l'air de s'intéresser plus qu'il ne fallait à leur conversation. Si tu avais pris la peine d'écouter le discours de Madame Maxime à la rentrée scolaire, tu saurais déjà cela…

- Fleur a déjà prévenu qu'elle participerait à cette compétition, argua Lucie en jetant un coup d'œil en direction de la vélane. Mais je n'ai pas eu vent d'une quelconque autre candidature parmi les élèves de septième année !

- Parce que contrairement à Fleur, certaines savent garder un secret et éviter ainsi les quolibets dont elle a été la cible depuis l'annonce de sa participation, répondit Daphné en se remémorant avec un plaisir non dissimulé les ricanements de certaines élèves chaque fois qu'était abordée la candidature de la vélane.

Fleur ne jouissait en effet pas d'une grande popularité à Beauxbâtons, mais la raison en était son comportement hautain et arrogant. Sa candidature fut à cette occasion du pain bénit pour toutes celles ayant un grief contre elle, une chance inespérée de pouvoir juste une fois se payer la tête de celle que beaucoup jalousaient. Riche, puissante, mais surtout belle à damner un saint, Fleur était avec Daphné l'une des élèves les plus en vue de l'école par l'administration de l'école, et à l'occasion du tournoi des trois sorciers, Madame Maxime n'avait jamais caché sa préférence pour sa candidature, voyant par là le moyen de mêler les attraits de la jeune fille avec les attributs de beauté, d'excellence et d'exigence dont vantait les mérites l'école. De toute manière, même si sa participation était critiquée, Daphné s'accordait pour dire qu'elle serait la première à soutenir Fleur au cours du tournoi si celle-ci était désignée, même en sachant pertinemment que la raison pour laquelle toutes les deux ne pouvaient s'entendre s'avérait être le garçon pour lequel elles partageaient des sentiments similaires. Ce tournoi n'avait-il pas pour but de rapprocher les gens au-delà de leurs origines ou de leur différence ? Si rapprochement il y avait, autant que cela commence au sein même des écoles.

- Mesdemoiselles, les appela Madame Beaumont en se dirigeant vers elles, l'air passablement irrité. Nous partons immédiatement. Vos cours commenceront dès demain et je ne veux pas que vous croyez à tort qu'un changement d'école, même temporaire, rimerait avec un relâchement dans vos disciplines. Suivez-moi !

Sans demander leur reste, ses élèves la suivirent aussitôt dans un rythme toutefois bien plus soutenu et lent qu'avec Madame Maxime. Les présentations ayant été faites, chacune put également suivre la marche sans avoir à être triée selon son rang social ou sa richesse, et Daphné s'offrit le luxe d'être dans les dernières à quitter la Grande Salle, accompagnée comme toujours de ses quatre amies. Toutefois, elle eut la surprise de remarquer que le hall d'entrée n'était pas totalement vide, et que deux garçons en particulier, adossés tranquillement contre un mur, semblaient attendre quelque chose ou quelqu'un en suivant des yeux la file des filles de Beauxbâtons. Daphné réprima l'envie de déglutir qui la gagna lorsqu'elle constata qu'il s'agissait de Matthew et de son ami roux, d'autant plus qu'elle devait obligatoirement passer près de lui pour ressortir. Son intuition lui soufflait que Matthew était peut-être là pour elle, mais cette impression se confirma lorsqu'il posa finalement ses yeux sur elle, un sourire peu avenant apparaissant dans le même temps. Daphné fit mine de l'ignorer, mais en passant près de lui, elle ne put omettre les paroles qu'il souffla comme un avertissement :

- Ravi de te revoir… Greengrass.


Donc voilà, chapitre bouclé ! Et le tournoi des trois sorciers va commencer ! Honnêtement il ne me satisfait pas pleinement, mais bon il est tout à fait correct. Par contre comme je l'ai dit au tout début, mon PC a fréquemment planté au moment où j'écrivais cette histoire, et par dépit et surtout par lassitude j'ai abrégé certains passages où j'avais pourtant passé de longues minutes à écrire. Le passage où Daphné retourne dans sa chambre avant d'arriver à Poudlard en est un : J'avais fait un long pavé sur le fonctionnement de Poudlard, les maisons, les points, les cours etc... expliqué par Daphné à Tracey à l'encontre de leurs amies, mais perdre par la suite ces 1500 mots m'a découragé à le réécrire, ce qui fait que ce passage est l'un de ceux que j'aime le moins.

Le passage au début est tiré de la pièce de théâtre "l'école des femmes" de Molière, un livre que j'ai lu récemment et que j'imaginais parfaitement intégré à cette histoire. également, si vous voulez avoir un aperçu de la tenue que portait Tracey, il vous suffit d'aller sur la page wikipedia de la "rhingrave" !

Dumbledore, Ah Dumbledore... Égal à lui-même hein. Misogyne à souhait ^^. Reste à savoir combien de temps Madame Maxime parviendra à résister avant de se plaindre de la manière avec laquelle le vieux fou s'occupe de ses protégées !

Quant à Matthew, bah... deux choses clairement visibles : Un Il est un paria à l'école. Deux Il a repéré en un clin d'oeil son ex/future belle soeur ! Quelle va être leur relation durant ces longs mois à Poudlard ? Matthew tentera t-il quelque chose ? Dumbledore et James feront-ils eux même le rapprochement entre la présence de Daphné, sa scolarité à Beauxbâtons et la possibilité qu'elle soit encore en contact avec Lily et de ce fait Harry ? Mystère...

Je ne vous promets rien pour le prochain chapitre quant à sa publication, mais j'espère ne pas être aussi long que pour celui là ^^. Par contre, il se pourrait que je vous réserve une petite surprise avant (du moins, pour ceux qui lisent mes autres histoires).

à bientôt !