Saluuuut ^^ Je sais, ça a pris du temps. Bah j'ai recommencé l'école et y'a beaucoup de travaux. Croyez-moi, je suis aussi frustrée que vous de ne pas pouvoir écrire autant qu'avant. Heureusement, plus que cinq semaines, ça devrait passer vite ! J'espère ! ...T.T

Merci de vos reviews du fond du coeur, elles me font tellement plaisir, et je n'arrive pas à croire que j'en ai reçu autant et que ma fic soit si populaire, c'est vraiment, vraiment génial :D Et merci aussi à ceux qui sont allés voir mes autres fics ! :D

Au Guest qui a écrit : J'adore ce chapitre! Est ce que à la fin, tu vas mettre les réactions de la famille des tributs en apprenant leurs morts? : J'ai ma petite idée déjà sur ce que je vais faire, mais j'explore plusieurs possibilité, donc je ne dirais pas non, mais pas oui non plus XD. Et merci de ta review ^^

Blaise22286 : En fait, ils ont encore leurs armes. Ou plutôt, elles sont au fond du lac. Bref, pas très difficile à récupérer :).

Sorcikator : Mon œil que tu vas arrêter de lire XD. Et non, Greir est avec Spens ^^.

GoDistrict359 : Désolée d'avoir tué Dixie =S Au moins Spens est encore en vie pour district 3. Wais, moi aussi elle me fait rire Nayad XD.

Rouliette : Nouvelle revieweuse ! \o/ Je t'ai déjà parlé sur M.A.D., mais peu importe, je suis trop contente que tu lises cette fic aussi ^^ Tes points sont pris en note, et merci merci de te manifester :D

Question 16: Quels tributs voyez-vous dans les huit derniers ?

Enjoy !


L'arène

Regrets et promesses


Spens Sperkilt, 17 ans, District 3

Arawn !

Le nom est à peine un murmure, l'ombre d'une voix normale, mais il n'y a pas moyen de se tromper. Greir vient de parler. Je raffermis ma prise sur sa taille, essayant de nous hisser sur la terre ferme. Le bruit des tremblements est infernal et je n'en crois pas encore complètement mes yeux de la disparition subite d'Arawn et de la Veuve. Greir tend les bras vers l'endroit où il se trouvait quelques secondes plutôt, comme pour tenter de s'y rendre, de les sauver. Ou le sauver, dirais-je plutôt.

– Greir, ça ne sert à rien ! Ils sont morts !

Elle secoue vigoureusement la tête, refuse la conclusion logique. Ma main commence à glisser sur la branche et je sais que notre temps est compté. Ce n'est pas le moment de s'inquiéter des autres, nous ne sommes pas hors de danger.

– GREIR !

Elle tourne ses grands yeux vers moi, le regard suppliant, terrorisé, incompréhensif. Je tente de parler à nouveau, de la résonner. Un nouveau tremblement nous secoue, je ferme les yeux, espérant tenir le coup. Mon bras commence à être douloureux, Greir a beau être légère, elle est un poids en plus. Elle se débat dans mes bras, essayant toujours de traverser le trou qui nous sépare des deux tributs tombés. Je dois la résonner.

Et comme pour me donner raison, deux canons résonnent dans l'arène, signalant la mort de deux tributs. Greir hurle et cesse de se débattre. J'en profite immédiatement, prenant une grande inspiration et la poussant en hauteur, à l'abri. Comme une poupée de chiffon, elle se laisse faire mollement. Une fois qu'elle est bien sur la terre ferme, je m'agrippe à la branche pour me hisser à ses côtés.

J'entends un craquement sinistre à ma gauche et la tire par la main, ramassant les sacs et la barre métallique au passage. Ce n'est pas comme si les morts pourront les utiliser, alors que ça pourrait nous sauver. Traînant Greir derrière moi, je me mets à courir le plus vite possible avec ma jambe encore douloureuse de la blessure à ma cuisse. Le sol s'affaisse à notre droite et je bifurque brusquement. Greir s'enfarge sur une branche.

Soupirant, je me rends compte que je n'ai pas le choix. Sans lui laisser le temps de réagir, je l'attrape par la taille et la jette sur mes épaules sans ménagement. Me remettant à courir, je tente d'ignorer mes muscles récalcitrants due au poids des deux sacs et de mon alliée. Courant comme si ma vie en dépend – et c'est le cas, d'ailleurs – je me déplace par instinct, essayant de deviner quel sera le prochain endroit à s'effondrer.

Au bout d'interminables minutes, les tremblements cessent. Un lourd silence pèse sur la forêt après le vacarme des dernières minutes et je me laisse tomber au sol, le souffle haletant. Greir roule au sol et reste couchée, face contre terre, mains enfoncées dans la boue.

Je la regarde, ne sachant pas quoi dire. Si c'était Dixie qui venait de mourir, j'ignore comment je réagirais. Je serais triste, certainement, mais encore ? Je ressentirais probablement du remord aussi, de ne pas l'avoir retrouvée, ni protégée. De l'avoir forcée à m'abandonner. Je me demande comment elle va. A-t-elle survécu à l'intervention des Juges ? Est-elle dans une situation précaire, en ce moment ?

Secouant la tête, je reporte mon attention sur Greir. Elle est maintenant couchée sur le dos, les yeux grands ouverts et fixés sur la cime des arbres, les bras en croix, les genoux relevés. Je me demande ce qu'elle peut bien penser. Lentement, je m'avance vers elle jusqu'à n'être qu'à quelques centimètres. D'un mouvement hésitant, je prends sa main dans la mienne et y applique une légère pression.

– Je suis désolé. Pour Arawn, murmurai-je avec sincérité.

Elle hoche la tête et se mord la lèvre, le visage boueux masquant son expression. Doucement, je prends ma manche de veste pour la nettoyer un minimum, ne réussissant qu'à étaler le tout encore plus. Dans n'importe quel autre moment, j'aurais probablement ri, mais j'en suis incapable quand je me rends compte qu'elle pleure, sans un seul bruit à son habitude.

Un canon résonne à nouveau dans l'étrange silence auquel je me suis habitué au cours des jours passés dans l'arène. Greir sursaute et lève deux mains tremblantes, les appliquant sur ses oreilles. Je ferme les yeux, le cœur battant. Ce n'est pas Dixie, n'est-ce pas ? Ce n'est pas elle. Je vous en prie, faîtes que ce ne soit pas elle.

Combien sommes-nous dans l'arène maintenant, avec trois morts de plus ? Faisant le compte, je réalise qu'il reste encore douze d'entre nous. La moitié. Cette année est plus lente que d'habitude. J'ignore si c'est parce que les Juges ne participent pas assez à la tuerie, ou si le groupe de carrière n'est pas assez efficace… Ou peut-être est-ce parce que les tributs sont plus débrouillards et résistants. Ce qui n'est pas nécessairement bon. Ce qui ne l'est pas du tout, en fait. Ça veut dire des ennemis plus formidables. Mais c'est vrai que les scores des tributs n'étant pas des carrières étaient plus hauts cette année que la moyenne habituelle.

J'entends un reniflement. Greir est maintenant recroquevillée en boule, me tenant encore douloureusement la main jusqu'à m'en couper la circulation sanguine. Elle regarde dans le vide et les larmes coulent librement sur ses joues, se mêlant à la boue en de longues traînées.

Je reste à côté d'elle silencieusement. Je sais que je ne peux rien lui dire pour améliorer son humeur, et qu'elle n'a probablement pas envie que je répète que je suis désolé. Je le suis pourtant. Beaucoup plus que je ne l'aurais cru. Arawn était quelqu'un de bien et il semblait réellement se préoccuper d'elle. Sa mort est bien dommage.

Les minutes passent. Elles me semblent interminables, mais je ne veux pas brusquer Greir. Finalement, elle s'assied lentement et me regarde, vide d'expression.

– Ça va mieux ?

Elle hausse les épaules. Elle pleure toujours mais elle ne semble même pas s'en rendre compte. Je lui tends une bouteille d'eau et elle prend une grande gorgée avec reconnaissance, fermant les yeux.

– Alors, tu peux parler ? dis-je, essayant de lui changer les idées.

Elle hausse à nouveau les épaules.

– Tu ne veux pas dire un mot ?

Elle secoue la tête.

– Tu vas voir. Je vais réussir à te faire parler éventuellement, dis-je avec un sourire de défi.

Dès que j'ai fini de parler, on entend un autre canon. Un autre mort ? Greir se lève brusquement, l'expression terrorisée. Je me lève aussi, essayant de lui attraper le poignet. Elle recule, secoue la tête. Ses larmes se remettent à tomber de plus belle et elle pose encore ses mains sur ses oreilles. Je recule aussi, lui laissant son espace. Elle se met alors à gémir, un son si déchirant que mon cœur se serre. Fermant les poings, je me retiens de la prendre dans mes bras.

– Greir… Greir, calme-toi, shh, dis-je doucement, restant éloignée. Ça va, je suis là, ok ? Calme-toi.

Elle me lance un regard furieux et se laisse tomber au sol. Levant les mains, elle se met brusquement à s'arracher les cheveux, hurlant et sanglotant sans se soucier du bruit qu'elle fait. Je m'avance d'un pas et elle recule de trois. Avec horreur, je me rends compte qu'elle est en train d'enfoncer ses ongles dans ses joues, sa touffe de cheveux masquant son visage. Avec un hurlement, elle tente brusquement de tirer sur la plaque métallique encore encastrée dans sa peau.

Je m'avance immédiatement et attrape ses poignets, les tirant vers moi. Elle hurle à nouveau et tente de me frapper de ses pieds, me crachant au visage. Je refuse de lâcher prise, l'horreur se dessinant sur mes traits alors que je vois ses ongles ensanglantés. D'un mouvement sans équivoque, je la tire vers moi, l'enfermant dans les bras. Elle se débat de toutes ses forces, pleurant toutes les larmes de son corps.

– Je suis désolé, Greir. Je suis désolé pour Arawn, je suis désolé que tu sois dans les Jeux, je suis désolé de ce que tu dois vivre… murmurai-je à son oreille, les larmes aux yeux.

Je sais que je n'ai pas à m'excuser, que ce n'est pas de ma faute. Mais je veux qu'elle l'entende, je veux qu'elle comprenne que je trouve injuste ce qui lui arrive, ce qui m'arrive. Ce qui est arrivé à Arawn. Toute cette situation est si injuste, si ridicule, si horrible. Aucun de nous ne mérite cela, aucun de nous ne devrait avoir à vivre les Hunger Games.

Je continue à lui parler doucement à l'oreille longtemps. J'ignore combien de temps passe, mais éventuellement elle cesse de se débattre, devient molle dans mes bras. Son souffle se calme, ses pleurs s'arrêtent. Je me rends compte qu'elle s'est endormie.

Sans faire de gestes brusques, je l'écarte lentement de moi. Sa petite main s'accroche fermement à ma veste et je souris un peu. J'oublie souvent que même si elle a quatorze ans, elle est encore un peu comme une fillette. Si faible et innocente. Si attachante.

Je dois la protéger. Elle n'a personne d'autre que moi. Je vais l'aider jusqu'à bout. C'est aussi ce qu'Arawn aurait voulu. Même si j'ai promis à mon père que je reviendrais… Je suis avant tout un rebelle, et je refuse de jouer dans les plans du Capitole.

Je ne la trahirai pas.


Eta Galloway, 17 ans, District 4

J'entends du bruit derrière nous et me retourne d'un bond, le javelot en main. Mes yeux s'écarquillent alors que je vois les trois tributs devant nous, à moins de dix mètres. Ils semblent tout aussi étonnés que moi. Mizar et Hammil se lève aussi, et sans hésitation je lance mon javelot.

Il se plante dans l'épaule gauche de la fille et elle crie de surprise et de douleur, reculant de quelques pas. Les deux garçons nous chargent immédiatement.

– Je prends le noir ! s'exclame Hammil en se précipitant vers eux lui aussi.

– Et moi l'autre alors !

Levant les yeux au ciel, je me dirige vers la fille, voulant récupérer mon arme. Bien sûr, je me retrouve à devoir m'occuper de la plus faible du groupe. Évidemment, puisque je suis une fille et que cela veut dire que je ne peux pas me battre contre les gars. Foutus machos.

J'entends le bruit du métal contre métal et aperçois du coin de l'œil l'attaque d'Hammil bloquée par la faux du type. À côté, la gamin saute d'un endroit à l'autre, évitant agilement les coups de couteaux de Mizar.

La fille me lance un regard mauvais, l'expression crispée de douleur. Je souris et lui fais signe de s'approcher.

– Allez ma belle, n'ait pas peur, dis-je d'un ton moqueur.

Elle me charge immédiatement et je suis assène un coup de pied dans le ventre. Elle tombe au sol avec un couinement de douleur. Posant mon pied sur sa poitrine, j'attrape le manche de mon javelot et tire d'un coup sec, le récupérant. Elle hurle à nouveau.

– SILVER ! dit le noir derrière nous.

– C'est moi ton adversaire ! rugit Hammil.

J'entends un grognement, et le pied toujours sur la fille, je regarde ce qu'il s'est passé. Le noir se tient la main et j'ai l'impression qu'Hammil lui a coupé un doigt ou deux. Quant à Mizar, il vient de lancer l'un de ses couteaux au garçon qui le bloque avec son poing américain.

Je reporte mon attention vers la fille à mes pieds, comprenant que tout va bien pour les deux autres. Levant mon arme, je m'apprête à lui enfoncer dans le cœur pour aller aider les autres. Elle attrape alors mon pied et me fait basculer. Je m'écrase, l'impact me coupant le souffle, et le javelot m'échappe des mains, roulant un peu plus loin.

Me relevant d'un bond, je me retrouve face à la fille et elle me crache au visage. Clignant des yeux, je ne vois pas le coup venir alors qu'elle m'assène un coup de poing à la joue. Je retombe au sol mais profite du mouvement pour lui frapper l'épaule blessée avec mon pied. Elle grince des dents et se tient l'épaule sanglante, reculant de moi le plus vite possible.

– Tu veux vraiment t'essayer contre moi ? dis-je lentement à la fille avec une grimace menaçante.

Elle me lance un regard de défi en échange et nos deux yeux se posent sur mon javelot quelques mètres plus loin. Oh non, elle ne va pas essayer ! Je saute immédiatement en sa direction, mais elle arrive avant moi et le repousse d'un puissant coup de pied. Nous nous faisons face, essayant de deviner la prochaine action l'une de l'autre.

– HAMMIL ! crie Mizar dans mon dos.

Je suis distraite un instant et la fille en profite pour me plaquer au sol, faisait pleuvoir coup de poing après coup de poing sur moi. À l'aveuglette, je cherche une arme quelconque dans le sol boueux, agitant les jambes pour l'enlever de sur moi. Ma main rencontre finalement une grosse roche et je la lève immédiatement, assenant sur la tempe de la fille. Elle tombe sur le sol sans un bruit de plus, évanouie ou morte.

Me dépêtrant de son corps, je regarde ce qu'il se passe avec les autres juste à temps pour voir la tête de Mizar rouler aux pieds d'Hammil, qui la regarde, ne semblant pas comprendre ce qu'elle représente. Moi non plus, je ne comprends pas.

Le corps de Mizar tombe lentement au sol, et dans son dos est planté l'un de ses couteaux. Il y a un bruit de canon. Le grand noir semble surpris de ce que sa faux vient d'accomplir, mais je vois que le garçon s'apprête à attaquer mon allié.

– HAMMIL, ATTENTION ! criai-je, essayant de contrôler la montée d'émotion qui menace de me faire perdre le contrôle.

Il secoue la tête et réagit immédiatement, se mettant à courir dans ma direction. Je ramasse mon javelot et le lance en direction des tributs. Il se plante dans le pied du grand noir. Je me baisse, échappant à un couteau lancé dans ma direction par le garçon. Hammil me rattrape et m'agrippe la main, m'entraînant dans sa course.

– ON PEUT LES COMBATTRE ! lui dis-je, envahie par la rage.

Ils ont tué Mizar ! Ils doivent payer !

– Pas maintenant, on va se faire tuer ! s'exclame Hammil sans me regarder.

J'entends des cris derrière moi et me résigne à le suivre, le sang bouillant et le cœur battant la chamade.

Bientôt nous sommes seuls à courir dans la forêt. Au bout de longues minutes je m'immobilise, à bout de souffle, obligeant Hammil à faire de même en tirant sur sa main d'un coup sec.

– Pourquoi t'es-tu enfui ?! On aurait dû les tuer, on pouvait le faire ! lui reprochai-je.

– Non on ne pouvait pas, ok ? C'était trop dangereux, et avec… sa voix se coupe et son expression se fait indécise.

– Avec quoi ?!

– Avec la mort de Mizar on ne pense pas clairement, on se peut pas se battre intelligemment… il termine la phrase dans un faible murmure, les poings serrés.

Je le prends au collet, le force à me regarder dans les yeux.

– Pourquoi est-il mort ? Pourquoi c'est lui qui s'est fait décapité et pas toi ? Il se battait contre le gamin, pas le noir !

– Il voulait… Il m'a protégé. Le noir allait me porter un coup fatal avec sa faux et Mizar s'est mis dans sa trajectoire... Il s'est sacrifié pour moi…

– C'est…

La gorge nouée, je le regarde. Les larmes se mettent à couler le long de mes joues et je raffermis mon emprise sur son collet.

– C'EST DE TA FAUTE ! MIZAR EST MORT À CAUSE DE TOI !

– Je suis désolée, murmure-t-il. Je suis tellement, tellement désolé…

Je frappe son torse, le faisant reculer de quelques pas. Il se laisse faire, l'air misérable.

– TU CROIS QUE DIRE DÉSOLÉ EST ASSEZ ?!

Un sanglot me prend à la gorge et je le frappe de plus belle.

– Je suis… désolé…

Je me laisse tomber au sol, l'entraînant dans ma chute. Il ferme les yeux et je crois apercevoir une larme couler sur sa joue, une seule petite larme. Je renifle, me recroqueville contre une tombe. Mizar…

Mizar est mort.

Je sais que ça devait arriver. Si je voulais gagner les Jeux, il devait mourir. Mais pas comme ça, pas avant que j'ai pu lui dire adieu. Pas au cinquième jour dans l'arène. Pas par d'autres tributs. C'était sensé finir par un combat entre lui et moi, un combat honorable, juste. Un combat que nous étions tous les deux prêts à accepter.

Comment a-t-il pu mourir aussi stupidement, en se sacrifiant pour Hammil ? Ne voulait-il pas gagner ? Comment…

Il est mort. Il est vraiment, vraiment mort. Je ne vais plus jamais le revoir, lui parler, rire avec lui, me moquer de lui. C'est fini. Il m'a abandonnée. La seule personne en qui j'avais réellement confiance dans cette arène est morte.

Essuyant mes larmes rageusement, je me tourne vers Hammil. Ce n'est plus que lui et moi, maintenant. On peut oublier Maelys et Alto, si je les croise je les tue immédiatement. Quiconque que je croise… Ils vont tous mourir. Mizar était le seul qui m'aidait à garder un minimum d'humanité. Mais il n'est plus là.

Je serai la gagnante de ces Jeux. Peu importe le prix.


Fir Rollo, 18 ans, District 11

Je nettoie le sang sur ma faux avec une feuille d'un geste morne. Je n'arrive toujours pas à croire que j'ai décapité quelqu'un. Pas seulement tué. Décapité. Wren agit comme si de rien n'était, mais j'en suis incapable. Par ma faute, quelqu'un est mort.

Je me doutais bien que ça devrait arriver un jour, mais ce n'est rien comparé à réellement le vivre. Moi qui me croyais quelqu'un de bon, quelqu'un de pacifique. J'étais loin d'avoir raison. J'ai tué de sang froid, parce qu'il le fallait, parce que j'étais attaqué. Parce que Silver était en danger. J'ai été capable de le faire.

Je ne suis pas mieux que quiconque, ici. Je suis même pire, car je me donne l'apparence d'être gentil, compatissant. Mais en fait, je peux agir de façon aussi horrible que quiconque.

Les mains tremblantes, je lâche la feuille et laisse tomber mon arme, fermant les yeux. Prenant de grandes inspirations, j'essaie de calmer la panique qui commence à m'envahir. Je me dégoûte. Je me dégoûte comme je ne me suis jamais dégoûté, comme quelqu'un d'autre m'a rarement dégoûté.

Jetant un regard vers mes deux alliés, j'aperçois Wren qui passe un tissu mouillé sur le visage et le cou de Silver. Elle ne s'est pas encore réveillée, mais au moins elle est en vie. Il s'est empressé de panser son épaule trouée. Elle a perdu beaucoup de sang, mais elle devrait se réveiller. De plus, nous avons encore la crème que les sponsors avaient envoyée pour l'œil de Wren qui devrait aider. Il n'en reste plus beaucoup alors je préfère la laisser à Silver, sa blessure est plus grave que mon pied et mon doigt manquant. Et puis, je me déteste tellement en ce moment, je ne veux pas en plus risquer sa vie juste pour mon bien-être.

Je commence même à me demander si je mérite de gagner ces Jeux. Ma famille n'a pas vraiment besoin de moi, ils peuvent très bien se débrouiller. Bien sûr, ils ne seraient plus dans la pauvreté si je revenais, mais ils ont toujours vécu ainsi, ils peuvent continuer. Au moins, nous sommes une famille heureuse.

Et puis, je n'ai jamais tenu à vivre tant que ça. Pas pour moi-même, en tout cas. Pour soutenir mes parents, pour élever mes frères et sœurs. Mais je n'ai jamais vu grand avenir dans ma vie. Travailler dans les champs, avec une femme et des enfants… Bien sûr, ce serait bien. Mais si je revenais en tant que vainqueur, cette vie serait impossible. J'aurais à être mentor tous les ans, ma vie personnelle serait connue de tout Panem…

Non, je ne tiens pas vraiment à gagner, et je n'ai pas de raison particulière pour, si ce n'est de rester en vie. Contrairement à Wren, qui veut tuer son père, qui a un caractère fort. Il survivrait à la vie d'un vainqueur, il peut le faire. Il n'éprouvait pas trop de remord à avoir tué. Il veut réellement gagner, il veut réellement vivre. Il a une vraie motivation, une bonne motivation. Il le mérite bien plus que moi.

C'est lui… C'est lui qui devrait gagner. Pour lui, je serais prêt à me sacrifier. Ce serait une raison noble, un bon but. Une belle façon de mourir. Je veux qu'il vive. Je veux que Wren gagne les Hunger Games.

– Elle se réveille ! s'écrit-il avec excitation.

Je me lève difficilement et claudique vers eux, reprenant ma faux en chemin. Silver est assise, accotée à un arbre, les yeux à moitié fermés et Wren lui tapote les joues avec un sourire soulagé.

– Tu vois combien de doigt ? lui demande-t-il, en levant trois.

Elle sourit faiblement et murmure trois. Il se tourne vers moi.

– C'est ce que la guérisseuse me demandait, quand je recevais un gros coup à la tempe, m'explique-t-il avec fierté.

– Ça t'est souvent arrivé ?

– Quelques fois, dit-il en haussant les épaules.

Mon cœur se serre à cette révélation. Il ne nous a jamais expliqué clairement pourquoi il veut tuer son père, mais plus je passe du temps avec lui et apprends des informations qu'il donne ici et là, plus je comprends qu'il le battait probablement. Régulièrement.

– Est-ce que tu sais ton nom ? demande Wren en se concentrant à nouveau sur Silver qui cligne des yeux avec frénésie.

– Évidemment, imbécile, glisse-t-elle, toujours dans un murmure.

– Dis-le quand même, que je puisse rire de toi si tu te trompes, insiste le garçon.

– Silver. Silver Ivory.

– Et c'est quoi le mien ?

Elle reste silencieuse un moment.

– J'ai oublié… Ça serait pas un truc genre idiot sans cervelle ?

– Si tu peux blaguer, alors ça va, s'exclame Wren avec un soupir soulagé.

– Que s'est-il passé avec les…

– Fir et moi on en a tué un ! Le type du quatre. Et les deux autres se sont enfuis.

– Oh, dommage que la connasse soit pas morte. Prochaine fois, hein ? murmure Silver d'un ton fatigué. Et vous, ça va ?

– Fir a perdu un doigt et s'est fait transpercé le pied, lui dit Wren.

– C'est rien de grave, ajoutai-je alors qu'elle tente immédiatement de se relever. Je m'en suis déjà occupé.

– Ok… Et toi Wren ?

– Aucune blessure ! Je suis invincible !

– Sauf pour ton œil, ricanai-je avec affection.

– C'était… Un simple moment d'inattention. Ça ne se reproduira plus ! se défend-il.

– C'est mieux, dis-je doucement, m'asseyant à côté d'eux avec un grimace de douleur au mouvement de mon pied.

Wren continue de discuter tranquillement avec Silver. Les regardant ainsi, un sentiment d'attendrissement et d'affection me submerge, le même genre que ce que je ressens pour mes frères et sœurs. Qui aurait cru que je m'attacherais ainsi à deux autres tributs, et si rapidement ? Parfois, ce lien que j'ai l'impression que nous partageons me fait un peu peur. N'est-il pas mieux de rester solitaire, dans l'arène ? Ainsi, quand les autres meurent, on ne ressent rien. Et pourtant… Je suis heureux de les connaître.

– Je me rends compte que je n'ai jamais demandé, mais… est-ce que vous avez des frères et sœurs ? demandai-je, les coupant dans leur conversation.

Ils portent leur regard sur moi avec surprise. Je hausse les épaules.

– Moi j'en ai cinq, dis-je en sortant de ma poche de veste le mouchoir qu'Abigael m'a donné, à la moisson. Deux frères, Finley qui a quatorze ans et Aeolus qui en a quatre, et trois sœurs, Abigael qui a douze, Mysie neuf et Gaia sept. Je me suis beaucoup occupé de Finley et Abigael.

– Grosse famille, dit Silver avec un sourire qui semble envieux. Je suis fille unique. Ce n'est que moi et mon père ! Enfin, après ce que mon père m'a fait… J'imagine que ce n'est plus que moi, continue-t-elle avec un petit rire triste.

– Qu'est-ce qu'il t'a fait ? demandai-je, curieux.

Elle reste silencieuse et Wren lui lance un regard compatissant.

– Il l'a amenée lui-même sur l'estrade, explique-t-il avec une pointe de colère.

– Il a choisi son travail plutôt que sa fille, marmonne Silver amèrement.

Je baisse les yeux, ne pouvant imaginer ce qu'elle a dû ressentir. J'ai toujours été très proche de mes parents et l'idée même qu'ils puissent me trahir de cette façon est horrible. Impossible.

– Et toi, des frères ou sœurs ? demandai-je à Wren afin de changer de sujet.

– Une petite sœur, répond-il à ma grande surprise. Elle se nomme Aysel, elle n'a que quatre ans. C'est principalement moi qui l'ai élevée. Ma mère… disons qu'elle a un peu perdue la tête suite à la mort de mon frère.

– Tu avais un frère ? dit Silver, qui semble tout aussi surprise que moi.

Je me rends compte à quel point j'en sais peu sur Wren. Il ne parle que rarement de lui, et chaque fois qu'il mentionne la vie dans son district, il prend une expression qui est un mélange de tristesse et de colère, de mélancolie et d'inquiétude.

– Mon grand frère. Il est mort quand j'avais neuf ans.

Il touche son collier distraitement, comme il le fait souvent. Le contact semble le détendre.

– Je suis désolé, dis-je sincèrement.

– Merci, mais ça fait un bout maintenant.

Nous restons silencieux, perdus dans nos pensées. Finalement, je me racle la gorge, attirant leur attention.

– Si jamais… Si jamais je meurs, est-ce que… J'aimerais que vous disiez à ma famille que je suis désolé. Et que je les aime. Et j'aimerais que… Que vous ne m'oubliez pas.

– Wow, d'où tu sors là ? s'exclame Wren en levant les bras.

– C'est promis, répond Silver avec un triste sourire.

– Merci, dis-je simplement.

Wren nous regarde tour à tour, puis soupire, l'expression triste.

– Et si moi je meurs, commence Silver timidement, j'aimerais que vous demandiez à mon père… Pourquoi il a fait ça. Et s'il le regrette. Accompagnez d'un bon coup de poing, si possible.

– Ça je peux faire ! dit Wren avec un petit sourire.

– Bien sûr, ajoutai-je. Et toi Wren ?

– Je… euh… Si jamais… je meurs… Faîtes en sorte que… que rien n'arrive à Aysel et ma mère. S'il-vous-plaît.

– C'est une promesse, alors, dis-je en tendant le poing fermé.

– Juré craché, confirme Wren en cognant son poing contre le mien en même temps que Silver.

C'est une promesse.


Arawn Eogan, 17 ans, District 5

La Veuve s'accroche à ma taille de toutes ses forces, lançant de petits gémissements effrayés par intermittence. Je grogne et commence à nous hisser plus haut dès qu'il y a une courte pause sans secousse. En tombant je me suis accroché à une énorme racine qui sortait de la terre. Je suis encore mystifié de mon réflexe. Et presque malheureusement, j'ai aussi retenu la Veuve. Ça aurait tout de même été bien si elle n'était pas morte par ma faute, je serais enfin débarrassé d'elle. Mais maintenant qu'elle est dans mes bras… Je ne peux pas l'abandonner. Foutue conscience morale.

L'un de mes ongles s'arrache alors que j'enfonce mes mains dans la terre pour nous remonter encore plus et un cri de douleur m'échappe. Je comprends pourquoi c'est une torture populaire maintenant.

– Yohan ?

Je ferme les yeux, prenant de grandes inspirations et essayant de me retenir de lui dire de se la fermer, à la fin. C'est à cause d'elle si j'ai été séparé de Greir durant la catastrophe. Greir. J'espère qu'elle va bien. Je n'ai pas encore entendu de canon, c'est bon signe. Et Spens doit la protéger.

– Peux-tu monter avant moi et me hisser ? demandai-je à la Veuve en la regardant droit dans les yeux, essayant de lui faire comprendre l'importance de la situation.

Elle hoche vigoureusement la tête, et s'aidant de racines et crevasses, comment à grimper par-dessus moi. Il y a alors deux canons à quelques secondes d'intervalles et j'agrandis les yeux, paniqué à l'idée que ce soit Greir et Spens. Pas eux. Pas elle. Je vous en prie.

– Plus vite ! sifflai-je à la Veuve, la panique commençant à m'envahir.

Je dois être sûr, je dois vérifier que Greir est encore en vie ! Je ne peux pas attendre jusqu'à ce soir, je ne peux pas voir son visage dans le ciel… Pas quand je viens de la retrouver…

La Veuve est enfin tout en haut et elle me tend la main, m'aidant à la rejoindre. Jetant un regard affolé, je cherche les deux autres des yeux avant même d'avoir repris mon souffle. Je crois les apercevoir s'enfuir au loin, reconnaissant la longue tignasse de Greir. Un soupir de soulagement m'échappe. Elle est encore en vie. Elle va bien.

Et elle est partie sans moi.

Je secoue la tête. Ce n'est pas important. Elle croyait probablement que j'étais mort, et elle doit s'occuper de sa propre survie avant la mienne. Ou peut-être est-ce Spens qui a pris la décision. Il a bien fait si c'est le cas. Je ne veux pas qu'elle meurt par ma faute.

Prenant la Veuve par le poignet, je me résous à abandonner l'idée de rejoindre ma partenaire de district. Ma petite sœur, si je peux me permettre. Avec un peu de chance, nous allons peut-être nous croiser à nouveau. Mais pour le moment, un faussé nous sépare, et c'est le cas de le dire. Et puis… La Veuve est dangereuse. Je veux être le protecteur de Greir, pas la raison pour sa mort.

Traînant la fille derrière moi, je me prends à sourire. Je me demande comment la petite s'est faîte une place si importante dans mon cœur en si peu de temps. Elle a quelque chose… Une âme attachante, si je peux me permettre ?

Je secoue à nouveau la tête. Ce n'est vraiment pas le moment de penser à tout cela alors que je cours comme un malade dans une forêt dont le sol s'effondre un peu partout. Ce n'est vraiment, vraiment pas le moment.

Enfin les tremblements cessent et je me laisse tomber au sol, soulagé du terrain enfin stable et du danger de mort passé. La Veuve me tombe dessus, mettant ses bras autour de mon cou pour un câlin réconfortant. Je la laisse d'abord faire, trop essoufflé pour réagir et malheureusement habitué à ce qu'elle me touche à tout moment. Je ne veux même plus imaginer ce que Katri doit penser en regardant cela. Si jamais je survis aux Jeux, j'aurai une vie entière pour qu'elle me pardonne. Et heureusement, je n'ai plus couché avec la Veuve depuis notre première fois, l'ayant convaincu que l'arène n'est pas l'endroit idéal pour ce genre d'activité.

– Yohan ?

La Veuve appuie son front contre le mien, tente de m'embrasser à nouveau, comme elle le fait si souvent. Tant que je commence presque à aimer cela, à ma grande horreur. Mais elle me donne un genre de réconfort, un réconfort que je ne mérite probablement pas après ce que j'ai fait à Katri, mais dont j'ai envie tout de même, dans cette horrible arène.

Elle pose lentement ses lèvres contre les miennes, se presse contre moi, me caresse la nuque. Je la repousse brusquement. Ça ne peut pas continuer ! Je ne peux pas… Je ne peux pas faire souffrir Katri ainsi, je ne peux pas laisser la Veuve dans son illusion. Elle doit se réveiller, se rendre compte de sa situation. Je ne peux pas continuer de me torturer ainsi, d'hésiter entre l'abandonner ou non. Cette situation doit changer.

– Qu'y a-t-il, Yohan ? me demande-t-elle avec surprise.

On dirait que tout ce qui sort de sa bouche est le mot Yohan. Elle le répète sans arrêt, dans chacune de ses phrases. Je me lève d'un bond et l'entraîne dans mon mouvement, la prenant par les épaules et la regardant sérieusement.

– Je ne suis pas Yohan, ok ?

– Mais qu'est-ce que tu racontes encore ? Tu recommences tes blagues ? C'est pas drôle, Yohan !

– JE NE SUIS PAS YOHAN ! criai-je malgré moi.

Elle rentre la tête et me regarde au travers de ses longs cils, les larmes aux yeux.

– Arrête avec cette histoire à la fin… murmure-t-elle faiblement.

Prenant une grande inspiration, j'adoucis mon emprise de ses épaules et baisse le ton de ma voix.

– Écoute-moi bien, ce n'est pas une blague, ok ? Je ne suis pas Yohan, je suis Arawn du district cinq. J'ai dix-sept ans, une petite amie qui s'appelle Katri et une mère qui aime se prostituer. Je t'ai déjà raconté tout ça quand tu étais dans ton état catatonique. Ton partenaire de district Yohan est mort devant mes yeux par une carrière. Il a reçu une lance dans le dos. Je ne connais pas ton nom, et c'est pourquoi je t'appelle toujours la Veuve. Je t'ai sauvé au bain de sang.

Baissant mon visage au niveau du sien, je la force à me regarder.

– Je ne suis pas Yohan. Ok ? C'est l'heure pour toi de te réveiller. C'est l'heure pour toi de reprendre tes esprits. Reviens à la réalité, la Veuve.

– Je… Tu… Mais Yohan…

Elle me regarde, confuse. Pendant de longues minutes, sans pause, sans hésitation, je continue d'essayer de la convaincre, je lui raconte ma vie, je lui explique ce qu'il s'est passé depuis qu'on est dans l'arène, je lui dis fermement que je ne suis pas Yohan. Et soudain, elle tombe au sol, les yeux vides.

Passant une main devant son visage, il n'y a aucune réaction. Je soupire. Et voilà, on est revenus à la case départ. Génial. Au moins, elle n'a pas essayé de me tuer. Il faut voir le bon côté des choses, n'est-ce pas ?

Je la relève lentement. Elle reste debout, immobile et heureusement docile. N'ayant plus de corde, je vais devoir aller avec la bonne vieille méthode de la tirer par le bras. Soupirant à nouveau, je me mets en marche en direction du lac. Du moins, je crois que c'est la direction du lac. Je ne suis pas trop sûr, avec le brouillard et suite à notre course effrénée. Puisque nos sacs sont restés avec Greir et Spens, nous n'avons plus d'eau. Trouver le lac est la priorité. Avec un peu de chance la Veuve va avoir repris ses esprits d'ici là.

Nous marchons depuis une bonne demi-heure quand elle refuse brusquement de bouger. Droite et rigide, elle regarde toujours dans le vide. Mais si je tente de la tirer, elle ne fait que trébucher et tomber au sol, refusant obstinément de marcher. Je la regarde longuement, me demandant quoi faire. Je tente aussi de lui parler, voir si elle réagit un minimum. Rien.

Finalement, je recule avec hésitation, puis me retourne. Murmurant un pardon qu'elle n'a probablement pas entendu, je m'éloigne lentement. C'est pour le mieux. Elle va causer ma mort. J'ai fait tout ce que j'ai pu, je ne vais pas me mettre à la transporter sur mon dos si elle refuse. Ce n'est pas de ma faute. Elle n'est pas ma responsabilité.

Elle n'est pas…

Je m'arrête à nouveau. Je n'y arrive pas. Je ne peux pas l'abandonner. Je peux pas... Je ne peux pas avoir sa mort sur ma conscience. Je ne suis pas ce genre de personne, je ne l'ai jamais été. Je me retourne à nouveau, la regarde. Essaie de soulever un pied.

Et me rends compte que je ne peux pas.

Baissant les yeux, je n'arrive pas à y croire. Je suis pris dans la boue. Je suis… Je suis dans un marécage. Et je m'enfonce.

Immédiatement, je cherche une branche, un appui quelconque pour me sortir de là. Il n'y a rien. Mes mouvements frénétiques ne m'enfoncent que plus vite et la peur m'envahit brusquement. Je ne vais quand même pas mourir d'une telle façon, si ? Me tournant vers la Veuve, je lui fais de frénétiques signes de la main.

– Hey ! Aide-moi ! Approche, allez ! Hey, LA VEUVE !

Elle relève soudain la tête, me regarde. Je souris presque, soulagé de voir qu'elle semble enfin consciente. Puis je rencontre ses yeux fous.

– Tu… Tu n'es pas Yohan… Qu'as-tu fait… QU'AS-TU FAIT DE YOHAN ?! OÙ EST-IL ?!

Mes épaules s'affaissent, je la regarde avec désespoir. C'est fini. Je suis fini. Je suis maintenant enfoncé jusqu'à la taille. Je tente vainement de m'accrocher à la terre molle, mais ça ne sert à rien. Je vais vraiment mourir ainsi.

Je sens la colère monter en moi alors que je regarde la Veuve qui recule de plus en plus en m'invectivant d'insultes et de menaces. Je me suis occupée d'elle, j'ai couché avec elle, je l'ai sauvé nombres de fois… Et c'est ainsi qu'elle me remercie ? Elle me laisse crever comme ça ?!

Les insultes me montent à la gorge, si nombreuses que j'ignore lesquelles choisir. Et ce n'est pas bien important, puisque la boue me recouvre maintenant la bouche, le nez, les yeux.

Une vie de merde et une mort de merde. Évidemment.


Alto Naysmith, 16 ans, District 12

Les visages dans le ciel défilent. Maelys en premier, me causant un pincement au cœur. Puis la fillette qu'elle a tué, Dixie si je me souviens bien. Mizar, à ma grande surprise. Et finalement le garçon du district cinq, Arawn, qui était si protecteur de sa partenaire. Je laisse retomber ma tête contre le tronc d'arbre, fermant les yeux.

Je n'arrive pas à sortir de ma tête l'expression d'extrême terreur sur le visage de Maelys. Elle savait ce qui approchait, elle l'a compris dès qu'elle a perdu son bras. Même si par un quelconque miracle elle avait survécu à cette blessure… Elle n'était plus d'aucune utilité, et surtout, ses chances de gagner étaient rendues inexistantes. Je devais la tuer. Au moins, la regardant droit dans les yeux, je n'ai vu aucune trahison dans les siens. J'ai fait ce qu'il fallait.

Elle tremblait, mais elle ne pleurait pas. Elle a été brave, comme je savais qu'elle pouvait l'être. Alors même qu'elle se vidait de son sang elle a réussi à envoyer son fouet sur la petite pour l'empêcher de s'enfuir, pour l'empêcher de s'en sortir vivante après avoir signé son arrêt de mort. Elle qui doutait de pouvoir tuer, en fin de compte elle en était parfaitement capable. Elle a regardé la mort droit dans les yeux.

Et maintenant je suis seul.

Je prends une grande inspiration calmante. Wyvern ne m'avait pas donné ce sentiment de vide, de regret. Je savais qu'elle ne survivrait pas à l'arène et je savais que tôt ou tard elle se rendrait compte qu'elle ne représentait rien pour moi – rien d'important du moins. Je préférais encore en finir tôt, autant pour elle que pour moi. Mais Maelys… Je pensais encore faire un bout avec elle, et même si elle se faisait manipuler sans protester, elle n'était pas idiote. Elle se rendait compte de ce que je faisais, mais elle savait qu'elle ne pourrait pas tenir seule. Elle était… touchante. Autant que quelqu'un peut l'être pour moi.

Je ne pensais pas me retrouver seul si tôt dans les Jeux. Heureusement que j'ai reçu un peu d'entraînement de Maelys, mais ce n'est rien comparé à ce que la plupart des tributs restants peuvent faire. L'idéal serait de me trouver un nouvel allié, mais à ce stade-ci dans l'arène, ce sera loin d'être facile. Les alliances sont déjà formées, les gens de plus en plus paranoïaques, et plusieurs ont déjà tué et n'hésiteront plus à le faire à nouveau.

Je ne peux pas rejoindre Eta et Hammil, ils me tueraient probablement. Mizar était le seul qui me faisait à peu près confiance, ou du moins qui tentait de m'écouter. Sans lui, les deux autres ne sont que des bombes à retardement. Ils vont tout détruire sur leur passage, et ça ne me surprendrait d'ailleurs pas s'ils s'entretuaient sur un coup de tête. Je préfère me tenir loin et espérer ne pas tomber sur eux.

Je repasse les survivants dans ma tête. Wade, qui s'est enfui avec une épée si je me souviens bien. Il a peut-être reçu une autre arme depuis, mais peu importe, il est armé et dangereux. Avec son caractère, il tuerait probablement quiconque il croise.

Spens, le garçon du trois. J'aurais pensé qu'il était avec sa partenaire Dixie, ils semblaient bien s'entendre et ils s'étaient échappés du bain de sang ensemble. Mais il était gravement blessé – d'ailleurs, il a dû recevoir de l'aide d'un sponsor ou il serait mort à l'heure qu'il est – et donc la fillette l'a peut-être abandonné. J'ignore s'il est un danger ou non, mais pour qu'il soit encore en vie, soit il travaille avec quelqu'un d'autre, soit il vaut plus que son score de cinq. Ou encore, il est très chanceux. Mais ici, dans l'arène, je ne crois pas à la chance. Ce garçon cache quelque chose.

Ensuite, il y a la petite du cinq, Greir, qui a eu une quatre à l'évaluation. Je ne peux pas croire qu'elle a survécu jusqu'à maintenant toute seule, à moins qu'elle ait reçu beaucoup d'aide de sponsor, mais encore… Elle doit avoir un allié.

Laurel, la fille à la hache que Maelys a blessée, est encore en vie et ça ne m'étonne pas vraiment. Elle me semble résistante et farouche. Elle a la détermination de gagner dans les yeux. Je crois qu'elle est plutôt du genre à être solo, mais qui sait.

Puis Nayad, qui semblait traumatisée par la mort de son partenaire de district. Pour être franc, je ne comprends pas comment elle peut encore être en vie. Je sais qu'elle s'est faîte aidé par Arawn, mais je ne peux pas croire qu'il l'a protégée jusqu'à maintenant. Pourtant, c'est la seule explication. Mais il est maintenant mort. Je ne donne pas chère de sa peau une fois seule.

Et bien sûr les trois alliés, Wren, Fir et Silver, qui sont toujours en vie. Ils restent le plus grand danger. Si je pouvais m'infiltrer dans leur alliance, ce serait l'idéal, mais ils doivent s'être rapprochés encore plus maintenant, et ils ne sont pas comme Maelys et Wyvern. Les manipuler serait très difficile. Enfin, je les garde en tête.

J'allonge tranquillement ma couverture sur une pierre tombale étalée au sol et me couche, fermant les yeux. Quoi qu'il arrive, je peux gérer la situation.


Jour 6

Je suis dans la chambre tamisée de Jost. Je la reconnais immédiatement, au nombre de fois où j'y suis allé. Il ferme toujours les rideaux, afin de s'assurer que personne ne peut nous apercevoir. Je me tiens devant son lit, et à ma grande horreur je me rends compte que je tremble de tout mon corps. Baissant les yeux, je constate que je suis plus petit, plus maigre, plus… jeune.

La porte s'ouvre en grinçant et Jost entre avec un sourire carnassier. Il me paraît immense, effrayant. Et il est déjà en sous-vêtements. Je reconnais cette scène. Je l'ai déjà vécu. Ma première fois avec Jost, à douze ans.

Je veux fermer les yeux, lui donner un coup de poing, m'enfuir. Je n'ai pas envie de revivre cette horreur. Tout sauf cela. L'humiliation, la douleur intense, son rire gras et son souffle laborieux, le contact de sa peau moite contre la mienne, son regard emplit d'un plaisir immense…

Mais je n'y échappe pas. Tout recommence une nouvelle fois. Ce n'est pas la première fois que je fais ce rêve, et probablement pas la dernière. Je suis impuissant, revivant cette expérience traumatisante. Enfin, je sais que c'est bientôt fini. Grinçant des dents et retenant mes larmes, je pousse un cri de douleur alors qu'il me mord la nuque.

Et c'est terminé. Tremblant de tout mon corps, je m'enfuis sans demander mon reste, récupérant de la nourriture dans la cuisine. Passant la porte, la voisine de Jost me voit alors qu'elle étend son linge sur une corde. Pendant un instant, nous nous regardons, complètement immobiles. Puis une expression de dégoût apparait sur son visage, de jugement. De supériorité.

Je la dépasse d'un pas saccadé, les larmes me brûlent les yeux, j'ai l'impression que tous les passants me regardent, savent ce que je viens de faire, savent que je vais continuer de le faire pour de longues années encore. Rendu chez moi, je m'enferme dans ma chambre, me laisse tomber sur mon lit. Au loin, j'entends l'un des jumeaux pleurer. C'est pour eux. J'ai fait cela pour eux. Et je vais continuer de le faire.

Je ne laisserai plus jamais personne me regarder ainsi, comme si j'étais un déchet, une saleté, un moins que rien. À partir de maintenant, je forcerai le respect, je deviendrai inatteignable, fort. Plus personne ne me contrôlera. Même pas Jost. C'est moi qui vais le contrôler, c'est moi qui vais manipuler tout le monde. Je serai toujours vainqueur, à partir de maintenant.

Séchant mes larmes, j'ouvre les yeux.

Je suis à nouveau dans la forêt. Et devant moi se tient la fille du huit, Nayad. Elle est sale, les cheveux en bataille, les vêtements déchirés. Mais elle est là, à quelques mètres de moi. Sans faire de geste brusque, je sors lentement mon couteau, le cachant à sa vue. Elle semble perdue, me regarde la tête penchée.

– Yohan ? demande-t-elle avec hésitation. Es-tu vraiment Yohan ?

Je reste interloqué un moment. Elle me prend pour son partenaire de district qui est mort devant ses yeux ? Elle a complètement perdu la tête on dirait. Comment a-t-elle fait pour survivre jusqu'à maintenant ?

Mais c'est l'occasion que je cherchais. Je peux l'utiliser. Si elle est aussi dérangée qu'elle en a l'air, alors elle est facilement manipulable. Et c'est ma spécialité, après tout.

– Nayad ! Je t'ai cherché partout !


Je suis vraiment désolée pour Mizar et Arawn :'( Moi aussi je les aimais ! On m'a dit qu'il n'y avait pas assez de morts, alors j'ai dû tuer. C'est ça qui arrive quand vous me mettez de la pression ! :P Non, mais sérieux, pour Mizar, même s'il était un carrière, il n'avait pas la motivation de gagner, et il s'attachait trop à ses alliés, alors ça devait arriver. Et Arawn... Bah pour Arawn c'était prévu depuis un moment.

Tributs encore en vie

District 1 : Wade

District 2 : Hammil

District 3 : Spens

District 4 : Eta

District 5 : Greir

District 7 : Laurel

District 8 : Nayad

District 9 : Silver et Wren

District 11 : Fir

District 12 : Alto

Alliances

1) Eta et Hammil

2) Wade et Laurel

3) Greir et Spens

4) Wren, Silver et Fir

4) Alto et Nayad