Jana

Nous étions dans la forêt, les rochers n'étaient pas un problème, ils offraient de quoi se cacher en attendant leur arrivée.
Nous étions qu'une trentaine et d'après Stephan, tout le clan des Volturi faisait le déplacement.
On attendit encore quelques minutes, leur odeur commençait à nous frôler. Nous enrobant d'anxiété.
Ils étaient plus nombreux. Je pouvais sentir une cinquantaine de parfum différent. Je me souvenais de celui d'Aro. Cette aura maléfique.

Wladimir nous ordonna d'avancer dans un espace creux, pas de rocher, pas d'arbres, nous pouvons affronter visuellement nos ennemis.
Les trois dirigeants au centre, dans leur cape noire, flanquaient de part et d'autre par leurs sbires.

- Jane, rumina Stephan à ma droite.

« Quelqu'un peut il s'occupait d'elle ? »

Il fit non de la tête. Je ne sentais pas la défaite, alors que les autres la vivait. Il m'était impossible d'imaginer mourir sans avoir obtenu ce que je désirais le plus.

Nous nous arrêtâmes, chacun se toisaient. Aro leva les mains à plusieurs centaines de mètres de là.

- vous avez enfreint les règles, mis en danger nos couvertures, annonça-t-il.

« Vos règles » raillais je.

Je vis son visage se déformer sous la surprise.

- heureux de te revoir Jana, il sourit dévoilant une rangée de dent parfaitement alignée d'une blancheur étincelante.

« tu n'es pas obligée de prendre part à cette bataille, tu n'as rien fais. »

J'écarquillais les yeux de stupeur, me proposait une place dans son armée, quel lâche.

« je vais te tuer »

Il rit.

- le crois-tu ? Pourquoi cette hargne ?

« tu ne mérites aucunes explications ».

- soit, peut-être voudrais-tu un échange ?

Je grognais, ma vue s'intensifia sous la rage. Que pouvait-il échanger contre son salut, il m'avait déjà ôté ce qui m'était le plus précieux.
Une cascade brune surgit devant lui, apeurée, tremblante. Les yeux noisette sombraient sous une avalanche de larmes.

« bella », hurlais je.

Aro fut satisfait. Elle était sa monnaie d'échange.

- à ta place je ne ferai pas ça continua t il sereinement.

Personne n'osait bouger, déjà Jane se préparait, elle jubilait sous sa capuche.
La voir dans cet état me rendait malade. Si fragile, si humaine. Beaucoup trop, il suffisait qu'il la serre un peu pour lui briser ses os.
A présent je sentais sa merveilleuse odeur. J'aurais voulu lui parler, lui dire que j'allais la délivrer quoi qu'il m'en coute, mais elle ne m'entendrait pas.

« on y va, il faut la sauver en priorité » ils avaient tous sursauté.

Wladimir lança l'attaque, ils se jetaient tous sur Jane.

Bella

La main ferme d'Aro se resserra encore plus, j'entendis mon omoplate craqué. J'hurlais de douleur.

- tu ne m'est plus d'aucune utilité, trancha-t-il.

Sa main froide remontait vers ma nuque.
Je l'entendis, aussi clairement que si elle avait été près de mon oreille. Elle souffrait, s'égosillait sous la douleur du maléfique don de Jane.
Pourtant elle ne s'arrêtait pas, elle gagnait du terrain.
Pas de film défilant devant mes yeux, me rappelant ce que j'avais vécu, les bons comme les mauvais souvenirs. Seul l'image d'Edward était gravée devant mes rétines, sa beauté à couper le souffle, ses baisers glacés et pourtant ils avaient le don de m'enflammer. Je pleurais.

- Argggg souffla Aro

Ma nuque ne se brisait pas, au lieu de ça je sentis des doigts acérés m'éventrer, le froid gela la douleur, je tombais en arrière, alors que Jana lui sautait à la gorge.
La bataille autour de moi devenait floue, je les voyais s'affronter, je voyais Jane profiter amplement de son don.
Ma vision se fit opaque, je sentais la douleur, l'odeur de mon sang, je n'arrivais pas à crier. Mes mains ne pouvaient bouger, déjà mon souffle se fit court.

Edward

Je tournais en rond autour du domaine, jusqu'à une tombe où j'avais senti l'odeur de Jacob, le quileute.
C'était intolérable, mon corps se tendait, inconsciemment je pressentais le danger qui rodait autour de Bella.
Je la savais dans une situation périlleuse.
Je m'écroulais à genou, je devais mourir, je lui avais promit protection.
Je m'étais enfoui lâchement, égoïstement

- pardonne-moi mon ange.

« J'espère qu'il est toujours là » pensa mon père. Je ne me redressais pas. Il lui était arrivé quelque chose, mon cœur se déchirait, c'était pour moi la plus intolérable des certitudes.

- Edward, m'appela Carlisle.

« Roumanie, les carpates ».

Dans sa tête résonnait les ordres d'Alice. Elle avait vu Bella au milieu d'une bataille.

- nous avons très peu de temps.

Il n'eut pas besoin de m'en dire plus, nous courions déjà. Peu importe si nous devions traverser la manche à la nage. Je me déplaçais si vite que ses pensées se firent de simples et faibles échos.

Jana

Je n'avais tué qu'Aro, mettant ses entrailles à la vu de tous, ce flot de sang, j'aurais voulu le boire.
Il y avait plus urgent. Bella était plus pâle que jamais. Je la portais dans mes bras, nous exilant le plus rapidement possible. Ils étaient tous occupés et me laissèrent fuir. J'entendis son cœur s'essouffler, ralentir.
Je nous arrêtais dans une grotte, ma main s'enfonça dans ses doux cheveux.

- j'aurais voulu que tout soit différent. Tu vas souffrir, mais je serai là.

Mes dents tranchèrent sa fine peau, son sang était un élixir sans nom, doux, fin, parfait.

Je ne savais comment m'arrêter, il m'en fallait plus. Son cœur ralentit, il marquait un battement sur deux. Je m'arrachais à cette gorge chaude, m'expédiant dans la roche à 4 mètres d'elle.

Immobile, les yeux clos, elle ne réagissait pas au venin.
« Ne meurt pas, je t'en pris ne meurt pas ».
Son sang n'avait plus d'importance, si je l'avais tué, je ne méritais plus de vivre.
Bella eut un soubresaut, faible, désordonné, puis son corps entier se mit à trembler, à se contorsionner.
Telle une mère j'attendais son premier cri, celui là même qui m'indiquerait que mon poison faisait effet, que je l'avais tué mais qu'une nouvelle vie se verrait offrir à elle.

J'essayais d'entendre la fin du combat, cela faisait 2 heures que je les avais laissés. Qui avait gagné ne m'importait pas. Je désirais seulement savoir si j'allais être traquée. Je me repris, si nous allions être traquées. Je venais de la condamner, pour son bien pensais-je.
Elle hurlait, le nom de son amant perdu.
Sa voix se perdait dans des Edward sans fin.
Mes mains plaquaient sur ses poignées l'obligèrent à se tenir immobile.

- les flammes vont cesser, penses à de l'eau.

- Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa aaaaaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhh hhhh Edwaarrrrrddddddd

Ses bras étaient brulants, déjà son ventre reprenait son apparence lisse, pâle.

- une cascade fraîche, près d'une rivière. Tu te baignes dans cette eau, nageant calmement.

Elle hurlait de nouveau. Je n'avais pas été assez loin pour que l'on ne nous retrouve pas.

- l'eau froide s'écoule depuis le sommet de ton crâne, les gouttes tombent sur ton visage, rafraîchissant ton cou, ta poitrine, ton ventre, tes jambes.

Les yeux toujours clos, je vis sa bouche s'ouvrir mais aucun son ne sortit.
Je ne me souvenais presque plus de ma transformation, de l'état de conscience que j'avais eu.
Ce qu'il restait, était la douleur implacable.

La nuit arriva bien vite. Je tenais sa main, espérant l'apaiser de cette façon. Impossible, elle convulsait, hurlait, je ne savais plus quoi faire, j'avais peur de la déplacer.
Je passais des heures à genou, caressant ses cheveux, les changements étaient tous perceptible, son grain de peau s'affinait, sa taille se fit plus svelte, ses muscles prenaient de l'ampleur et de la consistance.
Elle devenait une machine à tuer, parfaite, de tous points de vue.
Les premières lueurs de l'aube percèrent, je ressentis la présence d'au moins deux vampires qui se déplaçaient dans notre direction.
Je sautais sur mes pieds, bondissais hors de la caverne, prête à affronter le diable en personne s'il le fallait.
Au lieu de ça, je vis un homme blond, au visage d'ange, un autre plus inquiet.

- nous recherchons une jeune fille qui se prénomme Bella, fit la voix mélodieuse du blond.

« Bella, se peut il que ça soit celui dont elle m'a parlé... il correspond à sa description... »

- je suis Edward, conclut le brun-roux.

Mes lèvres se pincèrent, ce que je savais de leur relation, c'est qu'il souhaitait pus que tout qu'elle conserve son humanité.

- que s'est-il passé? hurla t il.

« Je n'ai pas eu le choix » disais-je troublée.

Elle m'avait dit qu'il lisait dans les pensées, je n'avais qu'à revoir le combat.
Je ne lui épargnais aucun détail, la fourberie d'Aro, l'instant où il avait enfoncé ses doigts dans les entrailles de Bella, le don machiavélique de Jane.
Il bondit par-dessus moi, je le laissais faire.
Il s'avança jusqu'à elle, tremblant, s'écroula à son chevet.

- pardonne-moi mon ange.

Bella se mit à crier encore plus fort.
Il lui caressa le bras, allant jusqu'à la petite cicatrice sur son ventre. Je n'avais pas eu le temps de lui trouver des vêtements, son t-shirt était toujours lacéré.

- je ne t'abandonnerai jamais plus.

Je m'éloignais, avec le vampire blond.

« Savez vous comment ça a fini ? »

- quel don fascinant vous avez, affirma t il, nous sommes passés à côté, les volturi menaient le combat, si j'ai bien reconnu la voix de Jane, je dirais qu'il est sans doute arrivé quelque chose à Alec.

Les roumains avaient perdu, nous allions bel et bien être traquées. Je me maudissais d'avoir amené Bella dans cette situation. Elle ne le méritait absolument pas.

- pourquoi ont il prit Bella ?

« il voulait l'échanger contre ma place dans leur armée ».

- que s'est il passé pendant presqu'un an ?

Nous entendîmes Edward appeler l'homme blond. Carlisle. On le rejoignit dans la caverne.
Il ne quittait pas sa main, lui susurrant des mots rassurants.

- je veux tout savoir, affirma-t-il d'une voix forte.

« il serait plus simple que tu le voix par toi-même ».

Mon premier souvenir était cette nuit dans le square en Floride. J'avais senti la présence d'un loup-garou, près d'une humaine. Je m'étais approchée pour voir si elle n'était pas en danger. Mais il m'avait senti, dés lors il la laissa.
Plus tard je repassais dans ce kiosque, l'humaine me cherchait. Elle portait sa souffrance sur ses épaules, marchait voûtée. Elle désirait que je la transforme, ce que je refusais avec véhémence. Je la suivais jusque chez elle, elle me raconta combien elle souffrait du départ de son amant, le nombre incalculable de fois où elle aurait préféré mourir plutôt que de vivre sans lui. Ensuite cette rousse est arrivée, elle voulait la tuer. Par chance le loup-garou est intervenu j'avais pu m'occuper d'elle.

Le visage se tordit en une expression d'effroi avant d'être soulagé.
Cette nuit là j'étais avec Jacob, le loup, il m'expliqua comment elle était avant d'arriver à Jacksonville. Cette impression qu'une pierre était plus expressive et vivante que Bella. Comment elle se maintenait la poitrine pour éviter de suffoquer sous la souffrance.
J'occultais volontairement mon retour à Eccles Hall, il n'y avait rien d'intéressant, je passais des jours sur la tombe de Bruno.
Puis elle était venue, seule. Je la voyais reprendre pied, sourire, s'intéresser à ce qui l'entourait. Son don s'était développé, m'empêchant de lui parler mentalement.

Les roumains sont arrivés, cassant notre quotidien, ce lien qui s'était tissé entre nous. Je l'avais forcé à retourner en Amérique.
Je fermais mon esprit aussi bien que je le pus. La suite il la connaissait et je n'aimais pas le voir endurer ce sentiment atroce.
Cette culpabilité.

Dans la soirée il la porta jusqu'à une ferme abandonnée, il prit soin de la laver, avec douceur, l'habilla d'un linge blanc.
Elle ne criait plus, sa peau était toujours aussi brulante.
Carlisle l'examina brièvement, craignant que ses mains ne lui fassent encore plus de mal.

- la transformation est presque achevée, ses jambes deviennent de plus en plus froide, son cœur a cessé de battre il y a une heure.

Edward l'embrassa sur le front.

- bientôt nous serons réunis, je prendrais soin de toi si tu veux toujours de moi.