Auteur : Dozen and One Stars
Traductrice : Hermi-kô
Chapitre 36 : La Main sur le Berceau (OS)
Elle venait juste de finir la vaisselle quand elle entendit la porte d'entrée s'ouvrir et se refermer. Jetant un coup d'œil à l'horloge, elle ne put s'empêcher de sourire étant donné que son mari avait semble-t-il enfin pu partir du boulot plus tôt pour la première fois cette semaine. Toute contente elle le salua et attendit qu'il lui réponde. Quand elle n'entendit rien, elle secoua ses mains mouillées et lança par-dessus son épaule : "Anata ?"
Une fois de plus seul le silence lui répondit.
Avec un froncement de sourcils sur la figure, elle ferma le robinet et prit le torchon. S'essuyant les mains elle allait sortir de la cuisine pour voir ce qu'il se passait quand elle faillit mourir d'une crise cardiaque en voyant qui se tenait dans l'embrasure de la porte. "Youichi ?"
Le blond se redressa pour se tenir enfin de toute sa hauteur. "Kaasan."
"Pourquoi... Comment ?" Le cœur battant toujours follement dans sa poitrine, elle se retient à l'évier pour ne pas tomber. La vaisselle oubliée, elle tenait si fort le torchon que ses doigts lui faisaient mal. Soudain elle réalisa que quelque chose n'allait pas pour qu'il vienne à la maison à une heure où il s'avait pertinemment que son père n'y serait pas. Leur petite famille avait beau ne pas s'entendre formidablement bien les uns avec les autres, ça ne changeait pas le fait que son petit (sentimentalement parlant) garçon était à la maison pour la première fois depuis longtemps. "Tout va bien ?"
Il s'avança pour prendre place à la table à manger. "Putain d'bien même."
"Oh." Cherchant ses mots parce qu'il lui était clair que les choses étaient bien loin d'être "putain d'bien" mais sachant pertinemment qu'il ne dirait rien jusqu'à ce qu'il le veuille : elle se mit donc à faire la conversation de manière inconfortable avec son fils unique. "Comment est l'école ?"
"Dirigée par une bande de cons."
Relâchant sa poigne sur le torchon, elle prit place en face de lui à la table. Ses doigts encore un peu engourdis trituraient le tissu. "Et le football ? Tu en fais toujours ?"
"Ouais."
Elle essaya de se détendre un peu. "Une bonne équipe cette année ?"
Il fit un haussement d'épaule et fixa la fenêtre. "Un tas d'andouilles sans cervelle mais on y arrive."
Un lourd silence tomba sur la cuisine tandis que le chiffon était maintenant effiloché de toutes parts et qu'il faisait tourner d'un air absent un petit flingue dans sa main qui n'y était pas une minute avant. Se creusant la tête pour penser à quelque chose, n'importe quoi, à dire à son fils unique elle n'arrivait à rien. Elle savait qu'il y avait des choses qu'elle voulait demander, voulait lui dire, auxquelles elle avait réfléchi toutes ces années durant et mit de côté pour plus tard. Mais maintenant qu'il se tenait là, à portée de bras, elle ne pouvait plus se souvenir d'une seule de ces choses.
Donc le silence persista.
Heureusement il parla avant qu'elle n'ait à se rabattre sur la météo. "Elle part."
Battant des paupières comme un hibou, elle le regarda arrêter de jouer avec l'arme à feu et la poser délicatement sur la table. Elle lâcha aussi le chiffon. Elle ouvrit la bouche, la referma, avant d'articuler un petit : "Quoi ?"
"Elle dit qu'elle part." Il se passa une main dans les cheveux. "Sans crier gare. Sans prévenir. Juste comme ça elle part."
Elle ne voyait vraiment pas où il voulait en venir. "Youichi, qui part ?"
"La fichue manager."
Ses sourcils se froncèrent tandis qu'elle essayait de se souvenir de qui il parlait. Il y avait une jeune femme dont elle se souvenait qu'il avait été fait mention dans certains des articles et des interviews qu'elle avait vu de son fils. Ça avait été la même fille au lycée, pendant les vacances d'été et jusqu'à récemment à l'université. Si elle se souvenait bien la jeune femme avait aidé Youichi avec son football. "Est-ce que tu parles de cette fille Anezaki ?"
Son silence crispé confirma plus qu'autre chose qu'elle avait deviné juste.
"Est-ce que tu as du mal à lui trouver un remplaçant ?"
"Non."
"Est-ce qu'elle est transféré ? Est-ce qu'elle va travailler pour une autre équipe ou quelque chose comme ça ?"
Cette fois il secoua la tête, ce qui l'inquiéta. Il n'était jamais aussi silencieux, aussi peu bavard. Même enfant il n'avait jamais été aussi ... aussi taciturne. Il préférait la manipulation sous-jaçente et la confrontation de front plutôt que de tourner autour du pot. "Alors qu'y a-t-il ?"
"Tu te souviens quand tu me disais que je ressemblais beaucoup au vieux ?"
"Je... j'ai dit ça, oui." Bien sûr il était beaucoup plus petit, et beaucoup moins intimidant à l'époque. Mais elle se souvient avoir pensé qu'il était incroyablement similaire à son père quand il était enfant. Si les vieux films et histoires de sa belle-mère sur son anata étaient à croire, les deux hommes avaient un caractère et une tendance à s'attirer et à se sortir des ennuis.
"Est-ce que je lui ressemble toujours autant ?"
Une drôle de changement de conversation mais d'accord. Elle y réfléchit un bon moment. Certes Youichi semblait un peu brut au premier venu, une qualité que son père avait perdu au fil du temps. Mais tout de même ... "Tu ressembles beaucoup à ton père quand nous nous sommes mariés. Très déterminé, calculateur, avec une seule idée en tête mais toujours plein de bonnes intentions."
"Alors il y a bien dû y avoir un moment où tu as pensé à partir.2 A ça il la regardait droit dans les yeux, les mains jointes, toute son attention sur elle.
Elle fronça les sourcils. "Je suppose mais qu'est-ce que ça a à voir avec cette Anez..."
"Qu'est-ce qu'il t'a dit ?" L'interrompant avant qu'elle ne puisse formuler de questions, il élabora. "Le vieux a dit quelque chose, fait quelque chose qui t'a arrêté. J'ai besoin de savoir quoi, de savoir ce que c'était très exactement."
"Es-tu ..." Elle marqua un temps pour avaler la boule dans sa gorge. "Es-tu amoureux de cette fille ? Est-ce que c'est pour ça que t'es là ?"
Ses bras croisés sur sa poitrine et la façon dont il était devenu parfaitement immobile lui dirent tout ce qu'elle voulait savoir.
"Est-ce qu'elle le sait ?"
Ce n'est que parce qu'elle faisait si attention qu'elle remarqua la façon dont ses épaules se tendaient. Et ce n'est que parce qu'elle était sa mère qu'elle comprit la signification d'un si petit geste apparemment insignifiant. "Oh Youichi." Elle poussa un soupir et le regarda, le regarda vraiment. Quand est-ce que son petit garçon était devenu un homme ? Un homme avec des problèmes, des responsabilités et des inquiétudes. "Une fille a besoin de savoir."
Il ne resta pas longtemps après ça, déclinant son offre de nourriture et ses tentatives de le faire rester jusqu'à ce que son père rentre. Il accepta, cependant, à contre-cœur le câlin qu'elle lui donna et l'écouta lui faire la morale sur les jurons, les armes à feu, et le fait qu'il ne mangeait apparemment pas assez.
Bientôt elle fut de nouveau seule dans sa modeste cuisine avec un évier à moitié rempli d'eau froide et de vaisselle et un espoir que cette fille, cette Anezaki, le rendrait heureux. Qu'elle serait bonne pour lui et que peut-être, juste peut-être, elle ferait en sorte que Youichi visite plus souvent. Reste pour un dîner en famille, parle de l'école ou aide à préparer leur mariage. Elle n'était pas très embêtante pour les détails.
Du moment qu'elle voyait son petit garçon (qui n'était plus si petit par ailleurs).
Note de la traductrice : Je me suis levée ce matin avec une envie de traduire comme pas possible. Alors au lieu de profiter du soleil je suis restée sur mon ordi à trad et je me sens bien. Je bossais sur le prochain chapitre de ma Skibi! en cours quand une mauvaise manip m'a fait tout perdre, donc de rage je suis revenu sur du HiruMamo :) Qui plus est l'auteur a posté les chapitres 83 et 84 de cette fic cette semaine alors j'ai intérêt à progresser. Pour ceux qui ne sauraient pas, anata veux dire en japonais toi et est une marque d'affection pour son partenaire, ici le père d'Hiruma dans les yeux de sa mère. Mère qui se dit Okaasan ou Kaasan si on enlève le o, marque de respect. L'auteur de la fanfic l'ayant écrit comme ça, j'ai préféré gardé le japonais de la même façon et juste vous l'expliquer en note de fin. J'espère que vous aimez mes traductions et n'hésitez pas à commenter ou à laisser un "Thank you" en review sur la fic originale. Merci en tout cas à mes lecteurs et mes commentateurs, et à Liske qui est mon dernier reviewer en ce moment. Bonne lecture !
*Hermi-kô***
