Chapitre 34

Service rendu (POV Regina)

Emma. Emma et moi. Elle m'avait, enfin je l'avais, enfin nous avions… Nous avions…

Seigneur.

Je m'étais éclipsé dehors, derrière le Granny's, un endroit où personne ne pourrait me trouver. Et je tournais en rond, me tenant la tête entre les mains tout en me posant 1001 questions. La première étant : que dois-je faire maintenant ?

Je rageais en commençant à marcher. Peu m'importait le froid, j'avais besoin de me défouler. Pourtant, cela ne suffisait pas. J'arrivais à mon manoir rapidement, frigorifiée.

J'étais… En colère. J'étais terriblement en colère.

Il fallait que je casse des trucs, je ne savais pas trop quoi. Alors j'entrais dans ma cuisine. Je mis un coup de pied dans une chaise qui s'écroula au sol, entraînant avec elle le grille-pain. Ne pouvant m'empêcher de lui donner, à lui aussi, un coup de pied bien mérité, je claquais mes deux mains sur le plan de travail en soufflant lourdement.

Puis je regardai le grille-pain et souffla encore plus lourdement.

Je le saisis et grimaça en le voyant cabossé au possible. Je décidai de faire raisonner l'unique musique capable de me passer les nerfs en temps normal en fond sonore : Complexity de Boots Electric. Je n'ai jamais su pourquoi j'écoutais ça d'ailleurs.

Agacée, je saisis un couteau et me mis à vouloir réparer cet engin de malheur. Cela m'aiderait peut-être à penser à autre chose qu'à Emma.

« Vous êtes vraiment une femme surprenante. »

Ou pas. Je râlais sans décoller mon couteau du grille-pain. J'aurais reconnu cette voix entre milles. Emma s'était permis de rentrer sans s'annoncer. Je n'avais pas la force d'affronter son regard. Pas encore.

« Qu'est-ce que vous foutez là vous pour commencer ? Grognais-je, tentant tant bien que mal d'ouvrir la bête, sans succès.

_ Je ne vous savais pas capable d'écouter ce genre de trucs ! S'exclamait-elle en s'approchant de moi, enthousiaste. »

Je grognai, puis soufflai pour finalement, enfin, trouver le courage d'affronter son regard. Emma était là, plantée devant moi, les bras croisés, une mine étrangement espiègle et amusée plantée sur le visage.

Je ne supportais pas cette mine ravie alors que mon esprit à moi était si brouillé. Je grognai une énième fois en reprenant mon affaire avec le grille-pain, mon nouvel allié contre mes pensées envahissantes.

Manque de chance, Emma se saisit du couteau dans ma main brutalement puis le posa devant moi. Puis, elle fit de même avec l'objet de mon attention.

« Arrêtez avec ça, vous allez finir par vous faire mal. M'ordonna-t-elle.

_ Vous savez que vous êtes très agaçante ?

_ Ça fait partie de mon charme ! »

Elle n'avait l'air d'avoir aucun problème avec nos derniers échanges plutôt… Plutôt quoi d'ailleurs ?

Ça avait été… torride. Et Emma, wow, elle était vraiment vraiment-

Je me stoppais instantanément dans mes pensées qui déviaient toujours inévitablement vers elle. Je tentai d'arborer de nouveau mon masque de dureté, ma dernière arme pour échapper à toute discussion qui m'incommoderait.

« Vous ne voulez pas éteindre ce truc ? Tiqua Emma en cherchant la provenance de la musique retentissante.

_ Ne touchez pas à ça. Lui ordonnais-je, agacée.

_ Vous savez que ce mec a un super groupe et que-

_ Miss Swan ! Vous êtes venu pour me faire un cours de musique ou quoi ? Je me fiche de ce que ce chanteur a pu faire ! M'agaçais-je en levant les mains et en levant les yeux au plafond.

_ Bon. Alors qu'est-ce qu'il se passe ? »

Je me mis à la regarder durement. Qu'est-ce qu'il se passe ? Qu'est-ce qu'il se passe ?!

Il se passe que les deux mères d'Henry viennent de se tripoter comme des bêtes dans les toilettes de sa fête d'anniversaire. Il se passe qu'elle, la fille de Snow, venait clairement de me faire des préliminaires à moi, la méchante reine, ennemie de toujours de sa mère et par extension, d'elle. Il se passe que je venais d'éprouver du désir de nouveau et que… j'en étais terriblement déstabilisée. Parce que ce désir, c'était envers elle que je le ressentais. Envers une femme, et par-dessus tout : envers Emma Swan. Oui, elle me déstabilisait, oui je la désirais terriblement et cela me rendait folle de rage !

Et pourquoi restait-elle là sans arrêt, à se préoccuper de moi, de ce que je ressens, de ce que je vis ? Pourquoi a-t-elle l'air de vivre les choses si sereinement alors que j'étais en train de me prendre la tête comme si je devais, je ne sais pas, acheter un appart ?

Je grognai sans lui répondre et voulu partir. Seulement, c'était sans compter sur cette chère tête blonde qui me suivait en silence.

Je me retournai brutalement.

« Quoi ?! L'interpellais-je.

_ Vous n'avez pas répondu à ma question.

_ Vous êtes vraiment-

_ Je vous avais prévenu : une vraie sangsue ! »

Emma sourit fièrement de sa réplique tandis que je roulai des yeux. Je finis par pénétrer dans le salon afin d'éteindre la musique. Je me retournai une énième fois vers une Emma cette fois soucieuse.

Le silence.

C'était pesant.

« Je ne vois pas pourquoi on devrait en faire une affaire d'Etat. Conclut-elle. »

Je plissais les yeux, tentant d'interpréter ses paroles. Bien sûr qu'il fallait en faire une affaire d'Etat ! Nous avions été… déraisonnables ! Pourquoi n'avais-je pas eu la force de la repousser, comme je le faisais habituellement ?!

« Quoi ? Ce n'est pas la fin du monde. Et il faut avouer que c'était vraiment vraiment-

_ Stop Miss Swan. Lui intimais-je en levant ma main.

_ J'allais dire chaud. Ou sexy. Mais merci quand même. »

Sans que je ne parvienne à le contrôler, je rougis de nouveau et… et je me mise à la désirer encore plus.

Je ne savais pas ce que j'avais bu, mais ce devrait être fort !

« Ecoutez Regina, nous sommes des adultes. Conclut Emma en s'avançant d'un pas vers moi.

_ Où voulez-vous en venir ? Lui demandais-je en plissant les yeux.

_ Et bien… Nous ne sommes pas des adolescentes. Nous pouvons très bien… »

Emma s'approcha de nouveau de moi, étrangement séductrice et conquérante. Je tentais de rester de marbre.

« … nous faire plaisir de temps à autre, je ne vois pas où est le mal. Me dit-elle en haussant les épaules tout en regardant mes lèvres.

_ Mais nous ne pouvons pas voyons, ce n'est pas-

_ Allons Regina. »

Emma refit un dernier pas vers moi, rendant nos corps et nos visages étrangement proches. Mon cœur battait la chamade. Et j'avais chaud.

« Je sais que vous avez aimé ça autant que moi. Me souffla-t-elle.

_ Ce n'est pas la-

_ Qu'il y a-t-il de mal à se… rendre service mutuellement ? Me demanda-t-elle en descendant son regard vers mon décolleté regard que je tentais d'ignorer.

_ Et bien tout. Que penserait-

_ Personne n'est obligé de le savoir.

_ D'accord, mais nous sommes deux-

_ Je n'y vois que des avantages. Continuait-elle de répondre en me coupant et en se mordant les lèvres d'envie.

_ Emma, tu es la fille de-

_ Stop. Dis-le-moi. Dis-moi maintenant que tu n'en a pas envie autant que moi et je pars.

_ Emma. Lui dis-je presque en suppliant. »

A l'entente de son prénom, la jolie tête blonde releva son regard rempli d'envie. Puis, elle entoura un de ses bras autour de ma taille, me ramenant à elle dans un élan de possessivité. Elle observait ma bouche avec avidité, puis mon cou, il passant sa main de libre.

« Ce n'est qu'un cordial échange de service Regina. Un simple, torride et délectable échange de service. »

Emma finit par apposer ses lèvres brulantes contre mon cou. Je ne pus m'empêcher de soupirer d'aise en lui offrant ma peau frissonnante.

« Rassure-toi, je ne te ferais signer aucun contrat. Me chuchota-t-elle en me mordillant le cou jusqu'à remonter jusqu'à mon oreille. »

Je fermais les yeux. Ma respiration s'était considérablement accélérée. J'avais les mains gelées, la chaleur de mon corps préférant se loger dans un tout autre endroit.

« Tu as juste à me dire oui. Ou non. Me dit-elle au coin de l'oreille. »

La proposition était alléchante. Elle était terriblement tentante, bien plus que de succomber aux ténèbres, bien plus que de lancer une malédiction, bien plus que de mentir ou détruire.

J'étais sur le point d'accepter le marché le plus fou de toute ma vie.

Oui c'était fou. C'était dingue, déraisonnable, irréaliste, inconscient, insensé. Cela ne pouvait nous mener qu'à un gros tas de problèmes.

Pourtant… Oui pourtant, je n'avais pas la force de refuser. En réalité, c'était irrecevable de ma part de dire non à une offre telle que la sienne… Et je ne pourrais jamais vivre encore d'avantage avant de gouter de nouveau à la peau et aux mains expertes d'Emma Swan.

Non. Je ne pouvais pas dire non. Je le devais pourtant, mon cerveau me le hurlait !

Mais j'étais faible, trop sensible à ses caresses, à ses baisers passionnées, à son regard brulant, à nos échanges torrides.

« Oui. Soufflais-je. »