The harder they fall de LadyExcalibur2010

Note de l'auteur: Parce que je sais que je ne pourrais jamais, jamais décrire les expériences de quelqu'un qui est allé à la guerre, je n'ai même pas essayé d'exprimer ces sentiments ici. Les réflexions de Bella sont celles de quelqu'un d'extérieur, parce que honnêtement, je ne pense pas que quelqu'un qui n'a pas réellement été à la guerre, puisse parler de ces expériences. Je peux toutefois m'en référer à quelqu'un que j'ai connu et qui est allé à la guerre.Mon grand-père, qui a fait trois guerres (Seconde Guerre mondiale, la Corée et le Vietnam) ne parlait de ses expériences que de manière superficielle. Mon père, qui a fait trois campagnes au Vietnam, faisait de même. Nous avons eu les histoires drôles, les anecdotes amusantes, les blagues et les observations gaies. Les expériences les plus horribles ne sont pas destinées à tout le monde, surtout parce que nous ne pourrions jamais comprendre. Donc, mes références sont volontairement vagues, parce que même si je suis en mesure d'honorer leur sacrifice, je ne peux pas vraiment le comprendre.

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Une observatrice extérieure

Je regardais dans le miroir une dernière fois pour vérifier ma coiffure. Aussi bien que possible. Maquillage? Un tout petit peu plus que d'habitude mais pas trop. Robe? Un petit peu plus courte que d'ordinaire mais Edward appréciera la vue. Ce n'était pas trop court juste un peu d'audace. Ça convenait.

Mes mains tremblaient et j'arrangeais le décolleté de la robe une fois de plus. Ok c'était sûrement un peu plus audacieux qu'à l'ordinaire. Je fouillais dans le tiroir et je trouvais le ruban adhésif double-face, Alice avait insisté pour que je le prenne car 'toute femme devrait toujours en avoir avec elle, au cas où'. Peut-être qu'elle était obsédée ou quelque chose mais j'en aurais sûrement besoin aujourd'hui. Après avoir collé la bande à l'extérieur de mon soutien-gorge je me sentis plus en sécurité. Il n'y avait pas besoin de se faire remarquer.

Plus tard, pensai-je. Je me ferai remarquer plus tard. Pour Edward. Nous nous ferions remarquer dans la vie civile... encore.

C'était probablement la dernière fois que je le voyais dans son bel uniforme bleu. Et la première aussi. Evidemment... je l'avais vu dans son treillis des dizaines et des dizaines de fois. Mais jamais dans son uniforme de cérémonie. Ça ne me gênait pas de reconnaitre que ma féminité devenait un peu pétillante en y pensant. Oui il y avait vraiment quelque chose avec un homme en uniforme. Ma mère et moi avions beaucoup ri à ce sujet, plus spécialement lorsque j'avais vieilli et que je m'étais mariée.

Et soyons honnête vivre sur une base offrait à une femme une quantité d'occasions d'apprécier ce spectacle. Et comme le disait ma mère. "Tu peux d'abord voir le menu que tu choisiras. Tu n'as même pas à commander." Même ma mère regardait. Je gardais son petit secret. "Je suis mariée et amoureuse," me dit-elle une fois. "Et je ne suis pas morte."

Ça me fit rire. C'était tellement typique de ma mère. Elle avait toujours l'esprit libre malgré son âge et ses responsabilités en tant que femme de mon père. Elle avait toujours été une femme d'officier parfaite et maintenant elle tenait son rôle de femme du chef de police avec grâce et chaleur. Je pensais qu'elle était probablement en droit de profiter du paysage.

C'était l'heure. Je jetais un coup d'œil à ma montre de nouveau.

Je descendais l'escalier précautionneusement. Je pouvais marcher avec des talons mais je ne voulais pas provoquer le destin. Je gardais mes yeux sur mes pieds. Je vis l'éclat du vernis à ongle vif étinceler sur mes ongles. C'était pour Edward aussi. Dieu cet homme et mes orteils! C'était adorable et tordu tout comme Edward.

J'arrivai enfin à la dernière marche et levai la tête. Mon souffle resta coincé dans ma gorge.

Il trépignait nerveusement en tirant sur son col. Oh. Mon. Dieu.

Il était magnifique. Il était... Je ne pouvais même pas trouver les mots. Je m'avançai vers lui et ajustai sa cravate, juste pour me donner une excuse pour le toucher. Il paraissait costaud sous les couches de tissu. Je lui souris. "Bonjour, soldat," taquinai-je et la lumière resplendit dans ses yeux verts.

"Salut," répondit-il. Sa voix rauque était de retour. Oh mon... Oui ma féminité aimait beaucoup ça, définitivement.

Il y avait beaucoup de choses que je voudrais dire mais c'était coincé quelque part au fond de moi. Alors j'embrassai seulement ses lèvres et appuyai ma tête contre sa poitrine rapidement, laissant mes doigts glisser sur les médailles épinglées là. J'essayai de contenir le petit frisson de peur qui me parcourut en pensant à ce que ces médailles signifiaient. Il avait risqué sa vie. Il avait été en danger.

Mais c'était fini. Il était ici. Il était sain et sauf. Il était à moi.

Je souris en le regardant. "Allons-y, mon bel homme séduisant, prends ta retraite, repos et puis au lit." Il me sourit avec à la fois un air coquin et innocent. Ça devait être une spécialité Edward Cullen.

Puis je me tournai vers les garçons tous alignés. En costume. Ils devraient porter ces mêmes costumes pour notre mariage dans deux mois à moins qu'ils ne grandissent trop, ce qui reste une éventualité.

Et mon souffle se coupa à nouveau.

Quand est-ce avaient-ils autant grandi? Emmett était tout Mac. Ça me faisait mal quelquefois de le regarder mais ça me réconfortait aussi. Je n'avais pas connu Mac à son âge et il y avait très peu de photos de Mac aussi jeune mais je savais qu'il avait dû ressembler à ça. Je mordis ma lèvre. Pas de larmes, me rappelai-je. Pas de larmes aujourd'hui. C'est un jour heureux.

Seth était presque aussi grand qu'Emmett. Pas aussi large, plus fin, bâti plus comme de mon côté de la famille. Il serait grand et souple finalement. Il tira sur sa cravate un peu comme Edward l'avait fait avant.

Sam s'agitait paraissant mal à l'aise, il retroussait les manches de sa veste et piétinait sur place dans ses nouvelles chaussures cirées.

Jake me fit un sourire éclatant clairement impressionné par sa nouvelle tenue. "Je suis bien, dis?"

Je ris et acquiesçai. Puis nous partîmes pour la base. Je jetai un coup d'œil à Edward, surprise qu'il soit aussi nerveux. Il continuait à tirer sur son col.

"Qu'y a-t-il?" demandai-je.

Il tourna la tête difficilement comme s'il avait un torticolis. "Je ne sais pas, je n'aime pas être au centre de l'attention," marmonna-t-il.

J'étouffai mon rire. L'imbécile, il était le centre de l'attention partout, on le remarquait pour son beau corps bien proportionné. Et lui n'avait vraiment aucune idée de combien il était beau et ... en plus en uniforme? Eh bien disons juste que moi je l'appréciais à sa juste valeur.

J'avais vécu toute ma vie auprès d'hommes en uniforme. Honnêtement je me sentais plus à l'aise près d'eux que des hommes en civil mais je pouvais admettre que voir Edward en uniforme était une expérience totalement différente.

Je me demandai comment il se sentait à présent. Un énorme et important chapitre de sa vie allait prendre fin. Je connaissais Edward assez bien pour savoir qu'il s'était donné corps et âme à l'armée. Et ça ne devait pas être facile de laisser tout cela derrière lui. C'était une soirée de réflexion et de renouveau.

La plupart du temps Edward évitait de parler de ses expériences de la guerre. C'est une réaction assez banale. Même Mac qui ne se laissait pas prendre par tout ça, avait raconté quelques expériences mais simplement refusé de parler des autres. Et je comprenais cette réaction.

Edward était très différent. Il était plus ouvert émotionnellement, le cœur sur la main. Sauf quand il s'agissait de parler de ses expériences au combat. Celles-là étaient cachées derrière des murs, c'était une partie de sa vie qu'il ne partageait pas.

Je ne le poussais pas à en parler. Il gérait ces choses-là à sa façon. Ses cicatrices me révélaient une part de son histoire. Son silence me racontait le reste. Je comprenais parfaitement qu'il y avait une partie de sa vie que je ne connaitrais jamais. Cette partie là ne pouvait être comprise que par ceux qui l'avait partagée, vécue et qui y avaient survécu.

Alors d'une certaine façon j'étais une observatrice extérieure. Ce soir il allait dire au revoir à tout ça. Ses souvenirs seraient à lui à tout jamais mais ce soir il allait renoncer à une partie de ce qui le définissait. Il aurait un nouveau statut, de nouveaux rôles qui n'effaceraient rien de ce qu'il avait été dans l'armée. Il avait été soldat toute sa vie d'adulte et ça le définissait mieux que n'importe quoi d'autre.

Je mis toutes ces pensées de côté et m'étirait pour l'embrasser. Je pouvais voir les ombres dans ses yeux. Vieilles blessures, vieilles peurs... Oui ce soir serait difficile pour lui et d'une manière que je ne pouvais pas comprendre.

Le trajet jusqu'à la base fut assez tranquille. Les garçons étaient sages eux aussi c'était sans doute leur manière de reconnaitre qu'il se passait quelque chose d'important. Comme moi, ils avaient été élevés dans cette vie. Ils avaient une idée, ils connaissaient ce genre de choses, la perte, l'honneur et le devoir plus que la plupart des enfants de leur âge. Ils en savaient plus que ce j'aurais voulu mais c'était à prévoir.

Ils étaient des gosses de l'armée avec tous les fardeaux, les expériences et les responsabilités que ça impliquait.

Nous arrivâmes et Edward se gara puis il fit une pause et resta assis là en silence. Ensuite il me regarda et les ombres étaient plus denses et plus sombres encore... Je pus voir qu'il les chassait en secouant la tête. A l'intérieur beaucoup de personnes étaient rassemblées et beaucoup d'uniformes, les femmes comme moi, étaient habillées pour impressionner ou peut-être pour distraire l'homme qu'elles aimaient.

Malgré l'ambiance festive tout ça était une affaire très sérieuse.

Son Commandant était là avec des mots qui indiquaient clairement combien Edward était estimé. C'était ce côté de lui que nous voyons rarement, le soldat et non pas l'homme. Il y eut des discours et tout ce qu'Edward avait accompli fut loué. Je pouvais voir Emmett fixer Edward avec un nouveau respect. Ils savaient ce qu'est le sacrifice, ils avaient perdu leur père à la guerre après tout. Mais à présent ils voyaient Edward pas juste comme l'homme qui aimait leur mère mais comme un soldat, un combattant qui était allé à la guerre. Ils étaient en train de réaliser qu'Edward avait vu les mêmes horreurs que leur père, qu'il avait fait les mêmes sacrifices et les mêmes choix. Il était un soldat et pour eux ça signifiait quelque chose. Les termes honneur et respect suffisaient à leur faire comprendre les sacrifices que ces hommes faisaient parce qu'ils avaient vécu auprès d'eux et les avaient vus de près.

En écoutant j'en appris plus sur cet homme que j'aime. Je savais déjà qu'il était courageux et désintéressé mais c'était plus que ça. Il était la personnification même du soldat qu'il avait été pendant si longtemps, il avait tout donné de lui-même à une cause qui était bien plus grande que lui, servi une nation qui n'était pas toujours consciente ni reconnaissante des sacrifices qu'il avait consentis.

Et comme j'étais soulagée de ne pas avoir à craindre un autre déploiement j'étais très fière de lui. J'étais si fière de ce qu'il avait accompli que j'avais l'impression que mon cœur grossissait à l'intérieur de moi, qu'il devenait presque trop gros pour que ma poitrine puisse le contenir.

Ensuite il parla, en disant plus par ses silences que par les mots qu'il prononçait. Tellement de pertes, de douleur et de peur mais de ces choses il parlait très peu. Au lieu de ça il parla des hommes qui n'étaient pas rentrés chez eux, de ces hommes qui étaient morts si loin. D'une certaine façon il rendait hommage à Mac avec ses mots - Mac et tous les autres, hommes ou femmes qui n'étaient pas revenus. Il leur rendit hommage à eux, au prix qu'ils avaient payé.

Je voulais pleurer mais je ne le fis pas. Je mis mon masque comme toutes les autres épouses le faisaient. Nous avions un rôle à tenir. C'était notre rôle d'être fortes et silencieuses alors que nous voulions être faibles et que nous voulions pleurer sur notre solitude et nos craintes. C'était notre boulot de maintenir la cohésion de la famille, de garder à l'esprit notre but principal, donner de la force à ceux qui faisaient face aux terribles réalités de la guerre.

J'étais bonne à ce jeu-là presque aussi bonne qu'Edward l'était au sien. Je n'essaierai pas de détruire les murs qu'il avaient construits. Ses murs l'avaient rendu plus fort et d'une façon que je ne pourrais jamais mesurer. J'entendis son chagrin lorsqu'il énuméra les noms des hommes avec qui il avait servi et qui avaient disparu. J'entendis sa fierté quand il parla de ce qu'ils avaient accompli, lui restant dans l'ombre.

Et j'entendis son soulagement car il n'allait pas me laisser. Aussi difficile que cela soit de tourner la page et de clore ce chapitre de sa vie, il regardait vers l'avenir, pas vers le passé.

Nous étions tranquilles sur le chemin du retour chacun perdu dans ses pensées en repensant aux impressions laissées par cette cérémonie.

Les garçons partirent se coucher et Edward et moi allâmes dans notre chambre. Nous verrouillâmes la porte faisant disparaitre tout le reste.

Il me toucha, sa main chaude et affamée, sa bouche humide et chaude contre moi. Il ne parla pas, peut-être ne le pouvait-il pas. Mais son corps appelait le mien. Il avait besoin de guérison, de consolation et de célébration.

Il était à la fois désespéré et calmé par mon contact. Il voulait me satisfaire avant même de me supplier de m'occuper de lui. Les baisers commencèrent doucement, les grognements devinrent des gémissements par l'intermédiaire desquels je lui dis combien je l'aimais et avais besoin de lui, combien j'étais fière de lui et combien j'étais heureuse d'être là avec lui.

Quand finalement nous ne fîmes plus qu'un, quand son corps devint une partie du mien je sentis quelque chose se déplacer à l'intérieur de moi. Quelque chose dans mon corps, dans mon âme.

Je le tins serré et entendis son cœur ralentir.

Je le tins jusqu'à ce qu'il se détende et que ses muscles se relâchent dans le sommeil.

Je le tins tandis qu'il rêvait et que ces rêves le faisaient pleurer et qu'il me serrait tellement fort que les os m'en faisaient mal, presque autant que mon cœur.

Je montais la garde cette nuit là. Il dormait tandis que je veillais sur lui. J'étais une observatrice extérieure - forte moi aussi, aussi forte qu'il l'avait été.


Encore une fois un chapitre très émouvant et un bel hommage qui peut se passer de commentaires...