Chapitre 36.

Neal se laissa conduire au l'intérieur de l'appartement sans opposer de résistance. Avant d'entrer, il regarda autour de lui. Ils étaient toujours en ville. Il ne savait pas exactement ce qu'il espérait voir ou apercevoir mais son père lui prit violemment le bras pour le faire entrer dans le bâtiment.
-On n'a pas le temps de flâner, Neal...

Ils pénétrèrent dans un appartement meublé avec goût. Le regard de Neal fut immédiatement attiré par les nombreuses œuvres d'arts accrochées aux murs, les sculptures posées ça et là... Même les meubles étaient signés de grands designers.
-Un bel endroit...
-C'est ici qu'on a retrouvé Alistair.
-Je vois, c'est donc ici que je suis censé trouver la mort à mon tour. Une idée précise de la manière dont je suis supposé faire ça?

James s'avança vers lui et le frappa violemment à l'abdomen. Les coups s'enchaînèrent et si Tobias n'était pas intervenu, James aurait continué jusqu'à ce que Neal perde connaissance. Le jeune homme resta recroquevillé sur le sol. La douleur parcourait tout son corps, les bandages autour de ses poignets étaient, à nouveau, imbibés de sang. Mais il n'arrivait pas à s'en soucier. La seule peur qui envahissait son esprit était de savoir si Peter et Daniel avaient réussi à s'échapper.

Tobias l'aida à se relever et l'installa sur le canapé. James marchait de long en large. Tobias le rejoignit
-James, il faut te calmer. On a encore besoin de lui.
-Je sais... Mais revenir ici... Le voir là...
-Je vais lui parler, lui expliquer ce qu'on attend de lui. Va faire un tour...

James hocha la tête et sortit de l'appartement laissant Neal et Tobias seuls.
-Tu ne devrais pas le provoquer.
-Pourquoi? Il a prévu de m'éliminer de toute façon...
-Neal, je pourrais peut-être le faire changer d'avis.
-Pour quelle raison ferais-tu ça? Tu as profité de moi, tu as abusé de ma confiance...

Tobias posa une main sur la jambe de Neal. Ce geste, apparemment amical le mit très mal à l'aise. Après ce qu'il avait vécu aux mains d'Ivan, il avait les plus grandes difficultés à supporter la proximité physique de cet homme. Le professeur sembla sentir son malaise mais il ne s'écarta pas. Au contraire, la tension ressentie par Neal semblait le réjouir et il accentua la pression de sa main.

-Je vais te montrer ce qu'on attend de toi. Je t'ai déjà vu à l'œuvre et j'ai eu l'occasion de contempler certaines de tes productions. Je suis certain que celle-ci ne te posera aucun problème.
Neal planta son regard dans celui de son ancien professeur afin qu'il y lise sa détermination.
-Tu ne me connais pas si bien que ça, on dirait. Tu as profité de ma jeunesse et de la grande affection que j'avais pour toi mais tu m'as aussi rendu un grand service... Tu m'as appris à me méfier et à apprendre de mes erreurs.
-Je suis ravi d'avoir pu te rendre ce service...

Neal serra les dents, il était résolu à ne pas laisser cet homme prendre le dessus.
-Je ne ferai pas cette copie. Vous avez commis une grosse erreur en acceptant cette entrevue.
Il décida d'y aller au bluff. Après tout, il n'avait plus grand chose à perdre.
-À l'heure qu'il est, Peter et Daniel se sont sûrement échappés. Je n'ai plus aucune raison de vous obéir.
-À part sauver ta vie...
Neal rit mais Tobias saisit vivement son poignet blessé. La pression exercée sur sa blessure le fit grimacer.

-Je suis certain qu'on pourra trouver des arguments pour te convaincre.
-Je ne crois pas...Tobby...
À nouveau les coups s'abattirent sur son corps meurtri mais la douleur n'était rien. Il savait qu'il ne lui faudrait pas fournir un gros effort pour leur faire commettre une erreur. Il sentait qu'il arriverait facilement à provoquer l'un de ses geôlier.

Il resta un long moment allongé sur le canapé, incapable de bouger. Tobias l'avait laissé seul pour aller chercher le matériel nécessaire. Neal le vit revenir portant une toile et une petite mallette.
-Tu devrais te mettre au travail de suite.
-Je t'ai dit que je ne le ferais pas. Vous pouvez me frapper autant que vous voudrez, je ne changerais pas d'avis.
James revint alors que les deux hommes étaient en plein argument.

-James, je t'avais dit que ce n'était pas une bonne idée de se priver d'un bon moyen de pression. Il refuse de coopérer. On aurait dû amener le petit frère avec nous.
James s'approcha de Neal qui ne pût retenir un frisson en le voyant pointer son arme sur son genou gauche.
-À ta place, je ferais ce qu'on te demande.
-Non...

Le bruit de la détonation surprit Neal et la douleur le plia en deux. Tobias se précipita.
-Tu as perdu la tête, James.
N'ayant aucune notion médicale, le professeur ne savait pas quoi faire. Il dénoua sa cravate pour improviser un garrot. Neal serrait les dents pour s'empêcher de crier. James repoussa son complice et saisit son fils à la gorge.
-Je te conseille d'obéir si tu veux conserver ton autre genou intact.

Neal ne répondit pas. Il devait se concentrer pour rester conscient mais il sentait que son combat était perdu. Sa vue se brouillait petit à petit et la voix de son père lui parvenait de très loin. L'obscurité finit par avoir raison de lui mais c'est avec le sourire qu'il sombra dans l'inconscience. Gagnant un peu de temps, il pouvait encore espérer une intervention de ses amis pour le libérer.

Phil se gara en bas d'un petit immeuble. La lumière était allumée au premier étage.
-Comment on procède?
-On sait qu'ils ne sont que deux. James et un certain Tobias, un prof. Je ne pense pas qu'on ait besoin de renforts...
Peter ouvrit la portière mais Phil posa une main sur son avant bras.

-Peter, il nous les faut vivants. On aura besoin de leur témoignage pour démanteler le groupe.
Peter se rassit, toisant son collègue.
-Je n'avais pas l'intention de rentrer l'arme au poing et de tirer sur tout ce qui bouge.
-Peter, je sais les liens qui vous unissent à Neal...
-Je suis toujours un Agent du FBI... Pas un justicier. Je me ferai même un plaisir de témoigner pour envoyer James derrière les barreaux.

Peter n'attendit pas la réponse de l'agent Garner et traversa la rue. Une fois arrivés en bas de l'immeuble, ils sonnèrent à toutes les sonnettes évitant celle au nom du groupe propriétaire du loft. La technique n'était pas délicate mais elle eut le mérite de fonctionner. Le déclic de la porte vitrée raisonna dans la nuit. Les deux hommes montèrent les escaliers. Le bruit d'une détonation fit bondit le cœur de Peter.

Devant la porte de l'appartement, Phil le retint par l'épaule.
-Doucement, Peter...
-On n'a pas le temps de disserter... Tu as entendu le coup de feu...
Peter donna un coup d'épaule dans la porte qui céda. Il se retrouva dans une grande pièce... Un canapé au centre...James était penché au-dessus de celui-ci.
-James, posez cette arme immédiatement...
L'homme se retourna et permit à Peter de voir Neal inconscient allongé sur le sofa.
-Agent Burke... Quelle surprise...

La rage pouvait se lire sur le visage de James. Phil tenait Tobias en joue et lançait des regards inquiets vers Peter. James n'avait toujours pas lâché son arme et Peter n'attendait qu'une seule chose... Que l'homme fasse un mouvement lui permettant de lui tirer dessus en toute légitimité.
-Jetez cette arme...

La main droite de James esquissa un léger mouvement et le coup partit atteignant l'homme à l'épaule. Peter s'approcha, éloigna du pied l'arme tombée au sol. Le père de Neal allongé au sol pressait une main sur sa avança vers Neal et se rendit compte que son ami était blessé. Il essaya de se maîtriser pour ne pas ajouter une balle dans le corps de James... Entre les deux yeux de préférence...
-Neal...
Phil accourut après avoir menotté Tobias à une chaise, son téléphone en main afin d'appeler une ambulance alors que Peter plaçait Neal dans une position plus confortable.

L'ambulance emmena Neal, toujours inconscient. Peter monta avec lui laissant Phil s'occuper de la suite de l'enquête. Il savait que son collègue tenait à mener cette enquête...son enquête...à son terme. Pour le moment, Peter ne pouvait penser qu'à Neal. Une fois à l'hôpital, il fut emmené directement en salle d'opération. Peter prit place dans la salle d'attente où il laissa passer de longues minutes avant de réaliser que toute cette histoire était sur le point de se terminer.

Il finit par se décider à appeler Élisabeth. Sa femme devait être morte d'inquiétude. Mozzie lui avait raconté sa rencontre avec elle et June et Peter lui en avait été très reconnaissant. Ce cauchemar lui avait permis de voir le petit homme sous un nouveau jour et il devait admettre qu'il avait été heureux de l'avoir à ses côtés.

-Chérie, c'est moi.
-Mon Dieu, Peter. Où es-tu?
-À l'hôpital... Je vais bien mais Neal a été blessé. Il est en salle d'opération.
-Je te rejoins immédiatement.
Peter savait qu'il aurait dû lui dire de rester à la maison mais il avait besoin de l'avoir près de lui, de sentir sa force, son amour...
-Merci, chérie...

Élisabeth raccrocha sans répondre et Peter laissa son esprit divaguer quelques instants. Il devrait contacter Daniel, Mozzie mais il se sentait envahi d'une telle fatigue qu'il eut du mal à garder les yeux ouverts. Ce n'est que lorsque sa femme lui secoua l'épaule qu'il réalisa qu'il s'était assoupi.
Élisabeth l'embrassa tendrement et s'assit à côté de lui.

-Chéri, tu as une mine affreuse.
-Les derniers jours n'ont pas vraiment été reposants.
-Tu sais que j'aurais parfaitement le droit d'être très en colère contre toi. Qu'est-ce qui t'a pris de prendre de tels risques?
-Neal était en danger... En grand danger.

La jeune femme décida de ne rien ajouter pour le moment.
-Tu as des nouvelles de Neal?
-Non, ils m'ont demandé d'attendre là. Son père lui a tiré une balle dans la jambe...
-Il est en de bonnes mains et maintenant il va pouvoir être blanchi et toi aussi par la même occasion...
-Oui, on va enfin voir la fin de ce cauchemar. J'espère que Neal pourra s'en remettre.

Élisabeth grimaça en entendant l'inquiétude dans la voix de son mari. Les événements des dernières semaines avaient semé des doutes dans l'esprit de la jeune femme sur les réels sentiments de son mari envers son consultant. Mais ce n'était pas le moment ni l'endroit d'avoir ce genre de discussion.

La jeune femme se leva brusquement pour se diriger vers les toilettes laissant son mari perplexe. Lorsqu'elle revint celui-ci lui lança un regard plein de questions. Elle n'était pas certaine que ce soit le moment pour cette conversation-là non plus mais elle ne voyait pas comment éviter le sujet.

-Tout va bien, chérie?
Élisabeth s'assit et posa une main sur le genou de son mari.
-Je vais bien, chéri, mais il y a quelque chose que je dois te dire.
-Tu m'inquiètes.
Le sourire radieux de sa femme le rassura un peu mais il attendait la suite avec impatience.
-Ça fait quelques jours que je suis un peu patraque. J'ai mis ça sur le compte du surmenage mais je suis quand même allée consulter mon médecin.
-Tu es malade...?
-Non, mon amour... Je suis enceinte...
Peter ouvrit la bouche, puis la referma, incapable de dire un mot. Des larmes se mirent à couler le long de ses joues. Il n'avait pas vraiment envisagé la possibilité de devenir père mais après tout ce qu'ils avaient traversé cette nouvelle le transportait de bonheur.
Il prit sa femme dans ses bras et tous deux purent enfin savourer leurs retrouvailles.