A mon grand soulagement, nous ne rencontrons plus d'autre Détraqueurs et nous arrivons à la cellule de ce Walden McNair sans encombres. Peu à peu, les images implantées dans mon esprit par la créature se sont effacées et lorsque nous arrivons enfin devant une porte munie de barreaux, j'ai l'impression d'avoir repris confiance en moi. Le moment de faiblesse dont j'ai fait preuves il y a quelques minutes me reste cependant en travers de la gorge. Avec le recul, je me dis qu'Harry doit être sacrément blessé par mes paroles. Evidemment, j'ai toujours eu cette légère crainte d'avoir été mis de côté parce que je ne suis pas son fils, par comme James ou Albus, ni même comme Lily mais jamais au point d'y penser réellement.
Est-ce là le pouvoir des Détraqueurs ? Est-ce qu'ils sont capables de transformer des angoisses en véritable désespoir ? Si c'est bien le cas alors je plains sincèrement les prisonniers qui doivent endurer ça tous les jours de leur vie. Bien entendu, ce n'est pas non plus comme s'ils n'avaient pas provoqué leur sort mais je ne pense pas que quiconque sur cette Terre mériterait un tel châtiment.
Sauf peut-être Voldemort lui-même mais étant donné que son sort a été réglé il y a vingt-cinq ans et qu'il y a très peu de chances qu'il puisse un jour revenir, je ne crois pas que ce soit l'exemple adéquat.
L'ours disparaît totalement lorsqu'il arrive devant la cellule et la lumière que projetait son corps nous plonge dans une obscurité oppressante.
« Lumos. »
Harry et moi prononçons le sort en même temps. La lumière conjuguée de nos deux baguettes suffit à éclairer une certaine zone autour de nous mais je dois bien avouer que j'aurais aimé que les lampes qui jonchent les murs nous éclairent également. Je me demande bien d'ailleurs à quoi elles servent.
« Walden McNair, s'écrie Harry en tapant sur le montant de la porte. Veuillez vous avancer. »
Je plisse les paupières pour percer au mieux l'obscurité de la cellule. Une odeur atroce de sueur et de déjections m'irrite la gorge et si je n'avais pas été habitué à ce genre de choses à Sainte Mangouste je crois que j'aurais eu la nausée. Quelque chose racle le sol, et un gémissement s'élève.
Je suis de plus en plus mal à l'aise. Ici, les prisonniers sont livrés à eux-mêmes, seuls face à leur faute, seuls face à leur expiation. Les Chartes des Droits des Sorciers autorise-t-elle réellement ce genre de choses ? Je n'en suis pas sûr mais la prison semble hors du temps et hors des lois elles-mêmes. Il faudrait qu'un jour, j'en touche à mot à Hermione. Je suis persuadé que la situation des prisonniers l'insupporterait et qu'elle ferait tout son possible pour, au moins, atténuer la barbarie de leur condition.
Il ne faut pas se méprendre, je suis parfaitement d'accord avec le fait que les criminels doivent être punis pour leurs crimes et que leur châtiment doit être sévère. Mais il y a tout de même une limite à tout et là, ils sont réduits à l'état de bête. Ils n'ont plus rien d'humain.
L'odeur de crasse de McNair le précède et lorsqu'il jaillit tout à coup de l'ombre pour se jeter sur ses barreaux et les agripper de ses mains faméliques, je sursaute et fais un bond en arrière.
Cette chose est un squelette sur pieds ! Ses yeux sont presque blancs à force d'être plongé dans l'obscurité. Ses cheveux et sa barbe, d'un gris sale, sont si longs qu'ils s'emmêlent jusqu'à n'être plus qu'une masse informe. Ses vêtements pendent sur ses épaules et sur ses hanches tant il est maigre. Ses genoux, dont les articulations ressortent de manière grotesque, tremblent sous son poids. Cet homme est sous-nourris. Il a besoin de soins médicaux et à en juger par la façon dont il ouvre grand la bouche jusqu'à en baver, je devine qu'il n'a plus toute sa tête non plus.
Depuis combien de temps est-il là ? Je n'en ai pas la moindre idée mais en tout cas, je suis sûr qu'on ne peut pas le ramener à une vie normale sans risquer de le tuer.
Il tousse, crache entre ses pieds et, finalement, une voix rauque s'élève.
« Potter…
_ Ravi de me voir McNair ? »
Le prisonnier éclate de rire mais il termine dans une quinte de toux qui me donne mal dans la poitrine pour lui.
« Que me vaut l'honneur de ta visite ? »
Il semble chercher ses mots mais plus il parle, plus il prend de l'assurance. Bien évidemment, il ne doit pas avoir beaucoup d'interlocuteur et perdu face à soi-même, je crois que ça fait longtemps qu'il a cessé de se parler tout haut.
« Quelles sont les nouvelles de l'extérieur ? demande-t-il avec un brin d'hostilité.
_ Des choses préoccupantes, souffle mon oncle. Nous avions tous cru que les Mangemorts avaient disparus. »
A nouveau, McNair éclate de rire. La puanteur de son halène monte jusqu'à moi, me faisant froncer le nez. Cette visite a au moins un point positif sur moi : à partir de maintenant, je vais rester dans les limites des lois. Il est hors de question que l'on m'amène ici !
« Les Mangemorts n'ont jamais disparus, Potter. Nous le restons jusqu'à la fin de nos jours et tant que l'un d'entre eux sera toujours en liberté, il fera circuler nos idées.
_ Qu'est-ce que vous cherchez à faire ? Voldemort est mort depuis longtemps ! »
La conversation semble beaucoup amuser McNair. Comment un homme enfermé dans un tel endroit depuis si longtemps parvient-il encore à trouver la force de rire ? A sa place, je ramperait aux pieds d'Harry et je lui dirais tout ce qu'il voudrait savoir en le suppliant de me faire sortir de là.
Mais peut-être est-ce là justement ce qui me différencie de cet homme ? Peut-être ne suis-je pas assez mauvais pour supporter un tel supplice ?
« Dis-moi ce que tu sais de Gregory Goyle, et épargne-moi son enfance, je n'en ai rien à faire ! »
McNair nous dévisage tour à tour, un large sourire s'étirant sur ses dents jaunes et déchaussées.
« Goyle n'est qu'un pion. Il ne vaut pas plus qu'une punaise. »
Il lèche ses lèvres craquelées, plante son regard dans celui d'Harry. Quelque chose de malsain danse dans ses yeux.
« Donne-moi une cellule avec fenêtre, Potter et je te dirais de quoi il s'agit.
_ Promis. Une cellule avec fenêtre, ce sera facile. »
McNair lâche ses barreaux et recule dans l'ombre.
« Tout reprend là où tout a commencé. C'est amusant, n'est-ce pas ? »
Harry pointe sa baguette devant lui pour tenter de l'éclairer au maximum mais le détenu est déjà retourné dans l'obscurité.
« Une cellule avec fenêtre Potter et tu auras ce que tu veux savoir. »
Harry jure tout bas puis il m'agrippe par l'épaule.
« Je ne crois pas qu'on en obtiendra davantage. »
Et comme pour le confirmer, un gémissement s'élève depuis le couloir qu'il nous faut emprunter pour revenir sur nos pas. Alors qu'un frisson d'horreur descend le long de ma colonne vertébrale, j'entends McNair se mettre à hurler. Un Détraqueur est sur notre piste. La pression d'Harry s'accentue sur mon épaule.
« Ne restons pas là. »
