Elysion, le royaume des vampires

Disclaimer : L'histoire et certains personnages m'appartiennent, mais l'univers de Twilight reste la propriété de Stéphanie Meyer. Et le monde d'Harry Potter appartient à JK Rolling.

Résumé : Après la défaite de Voldemort, le monde magique se reconstruit lentement. Harry Potter, après une expérience qui tournera mal, se retrouvera alors plongé, dans un tout autre univers. Où se trouve-t-il ? Comment va-t-il pouvoir rentrer chez lui ? Et plus important, pourquoi est-il si fasciné, par ce beau regard améthyste ? Attention YAOI !

Chapitre 36 : Les terres d'Elysion

C'était une nuit d'hiver. Une de ces nuits où le froid semblait geler jusqu'au temps lui-même, qui s'étirait mollement et figeait les rues de la ville en un étrange tableau composé par les taches brillantes des flocons vacillant dans la lumière sale des lanternes. La neige tombait comme un linceul sur la ville presque endormie, agitée de soubresauts de ci de là - un garde qui faisait sa ronde, une charrette de livraison ou un groupe de paysans chahutant tardivement dans un bar - de plus en plus rares alors que l'heure avançait et jetait les hommes dans leur lit. L'épais duvet surlignait de blanc le sommeil des citadins, ne laissant dans les rues que ceux qui n'avaient pas eu le choix, ou bien qui avaient décidé de braver les éléments pour une raison ou pour une autre. Les perdus et les fous.

Ce fut dans ce calme ambiant, enfermé dans un des prestigieux appartements royaux d'une des hautes tours du palais, que se dessinait l'attaque la plus sanglante, la plus silencieuse, et la plus inattendue d'entre toutes. Confortablement emmitouflés dans le grand lit à baldaquin qui trônait au centre de la pièce, deux corps alanguis se serrèrent inconsciemment l'un contre l'autre, ignorant la précarité de leur situation et leur vulnérabilité face à cette lame, traitresse et meurtrière, qui s'élançait vers eux. Harry qui venait de s'éveiller, et dont le corps nu était à peine caché par la longue couverture blanche qui cascadait le long de ses reins au fur et à mesure qu'il s'agitait dans le lit, leva un regard endormi vers les fenêtres au-dessus de lui, ne pouvant distinguer ce qui s'y passait derrière. Morphée, douce amante et tendre promesse de rêves fantastiques aux mondes inconnus, l'accueillait déjà dans son giron lorsque la perfide lame qui tentait de l'atteindre fit tintée une sonnette d'alarme dans son esprit engourdi.

- Mmh… Quoi ? Fit-il.

Comme affolé de le savoir éveillé, la lame se pressa de plonger vers lui dans une première attaque qu'elle espérait mortelle. Abasourdi, le brun n'eut le temps d'émettre comme geste de défense que de vivement lever une main, en signe protecteur pour son amant toujours allongé près de lui, afin de tenter de contrer son assaillant. Il sentit plus qu'il ne vit la lame heurter sa chair, avant que son agresseur nocturne ne se recule brusquement, sachant que sa chance venait peut-être de passer.

- Non ! S'exclama-t-il, parfaitement éveillé, dans le silence de sa chambre.

Se redressant totalement dans le lit, il n'eut pas le temps de contre-attaquer que le vampire qui sommeillait jusqu'alors près de lui venait d'ouvrir un regard noir de rage avant de littéralement s'évaporer du lit pour apparaître derrière leur ennemi. Sans préambule, n'ayant pour habit pour cacher sa nudité qu'un simple pagne en soie noire noué aux hanches la veille, celui-ci répliqua d'un coup griffes mortelles, la rage faisant de ses doigts crispés aux longs ongles durs sa seule arme, qui, même si elle fut habilement évitée par leur agresseur, écorcha en lamelles le petit meuble en bois qui se trouvait derrière. L'affreux bruit d'écorchage résonna longuement dans la chambre tandis que le prince continuait sa danse mortelle en réapparaissant derrière sa proie.

Abasourdi en le voyant faire, Harry eut un doute sur ce qu'il venait vraiment de voir. Edward ne venait-il pas de… transplaner ? Il ne pouvait pas avoir bougé aussi rapidement. D'ailleurs, il ne s'était pas déplacé mais avait disparu d'un point à un autre de la pièce. Il avait bien… transplané… comme un sorcier le ferait.

Ce fut cet instant que choisi sa garde personnelle pour surgir dans la chambre et l'entourer. Ignorant leurs regards qui tentaient de déterminer s'il était blessé ou non, avant qu'une partie n'aille aider à neutraliser le danger, il ne pouvait qu'observer son amant combattre avec acharnement leur visiteur nocturne.

- Nous devons vous évacuer, Sorah. Lui souffla un garde, la tête basse.

Sourd à ses propos, alors que son amant venait de repousser un de ses propres soldats, lui subtilisant son épée et l'encastrant dans un mur, avant de – en un grognement de bête enragé – s'élancer au-devant de sa proie. Tout dans son attitude démontrait qu'il souhaitait laver seul l'affront qui avait été commis lorsque cet étranger avait réussi à impunément pénétrer dans leur cocon intime.

La bouche grande ouverte en voyant l'ennemi user de sa lame pour contrer bien difficilement le premier coup d'épée du vampire princier, Harry, tandis qu'il tentait dans la pénombre ambiante d'enrouler le draps du lit autour de lui comme une toge afin de se relever, observa avec intérêt - voir inquiétude - le vif et silencieux combat qui se déroulait devant lui. Il sentit le lien étrange qui l'unissait à Edward se manifester et le tirailler au fur et à mesure que celui-ci continuait à transplaner au gré de ses attaques. Cette fois-ci, il avait clairement l'impression que son amant le puisait, usant de leur lien pour tirer en un long fil sa magie hors de son corps pour se l'approprier. Loin d'être douloureux ou désagréable, ce lien était devenu habituel, et il pouvait le définir comme étant un échange de force d'un corps à un autre.

Ignorant le garde qui s'était stratégiquement placé devant lui pour le protéger, sa main se dirigea sous son oreiller où il savait avoir pris pour habitude de caché une fine dague - après d'incessantes demande de son amant - et s'en saisit avec force lorsque dans un profond sursaut il vit leur agresseur réussir à s'échapper in extrémiste du tranchant mortelle d'une épée, avant que dans une seconde attaque encore plus vive elle ne lui entaille profondément le côté droit. Ce fut à cet instant, alors qu'il le voyait tenter de prendre son amant et les soldats à revers pour leur planter sa dague dans le dos, qu'il comprit comment celui-ci avait réussi à les approcher.

Sa rapidité, sa fugacité était telle, qu'il devenait presque invisible lorsqu'il se déplaçait. Et si Harry avait jadis trouvé que son amant était rapide, leur agresseur nocturne l'était encore plus, et sa capacité à être aussi silencieux que le vent malgré ses mouvements saccadés ne le rendait que plus mortel. Il ne pouvait qu'admirer la manière dont ce visiteur nocturne avisait maintenant le transplanage du prince dans son dos et se décalait rapidement pour éviter un coup critique.

C'était le parfait assassin.

Il eut un moment où la lune, enfin découverte de tout nuage, le permit de voir Edward prendre enfin le dessus sur l'intrus en réussit l'exploit de bloquer son vif retrait pour le saisir à la gorge, tout en bloquant d'une autre main habile la lame qui allait l'éventrer pour le faire lâcher prise. Tel un ressort, Harry repoussa le garde qui le protégeait encore et s'approcha des combattants, notant à peine les grognements de mâle contrarié de son amant, pour observer celui qui avait tenté de les tuer.

Repoussant le bras qui tentait humblement de le faire reculer, et alors que les ongles d'Edward qui s'enfonçait dans la gorge qui leur était offerte faisant coulé un sang rouge et bouillonnant, il tressaillit des pieds à la tête en croisant le regard gris et insondable de leur agresseur. Là, malgré la noirceur de la pièce, il parvint à reconnaitre les doux traits aristocratiques d'un visage angulaire, encadré d'une masse de longs cheveux noirs, et surplombant un grand corps mince et musclé. Il reconnut sans y croire la personne qui le faisait face, et sentit comme un courant d'air froid le faire trembler de manière incontrôlable.

Siruis…

Impossible. Pourtant, il avait beau fermé et rouvrir les yeux, il revoyait toujours ces traits au combien familiers. Mais son parrain n'avait jamais été un vampire, et il ne pouvait nier la rapidité et la force dont il avait été témoin auparavant, ainsi que le teint pâle et caractéristique qu'il possédait. C'était inconcevable qu'il soit là et qu'il ait attenté à sa vie, n'est-ce pas ? Il n'eut pas le temps de se remettre de cette découverte que le prince armait sa main – dont les doigts tendus et écartés faisant penser aux serres d'une Harpie - dans le but évident de l'enfoncer dans la cage thoracique de sa proie suffocante pour lui arracher le cœur.

- Non ! Cria-t-il sans s'en rendre compte.

Sa voix résonna dans la pièce tendue, et comme s'il ne pouvait ignorait sa demande, Harry vit le corps de son amant se figer tandis que sa prise se faisait moins sanglante, au point où il finit même – après quelques secondes de flottement - par relâcher leur agresseur qui tomba tel une poupée désarticulé au sol. Même les membres de sa garde personnelle se figèrent les uns après les autres, tendus et alerte, dans l'attente de la suite des évènements. Ne leur prêtant pas attention, il se remit à détailler le fantôme de son parrain qui lui rendit un regard tout aussi étonné.

S'approchant encore plus, il allait tendre une main vers sa joue ronde et pâle, lorsque celui-ci choisit ce moment précis de répit pour éviter son contact et, d'un large mouvement circulaire, tenter une dernière fois de le blesser. Harry, alerte, se recula rapidement pour éviter la lame, tandis que son attaquant évitait les représailles en se faufilant entre eux pour se précipiter vers la porte. Il vit les épaules du prince se vouter, comme un félin dont les poils s'hérisseraient, et sentit à son feulement qu'il ne laisserait pas s'enfuir sa proie. Voyant la mort venir pour leur visiteur nocturne, il n'attendit pas que qu'Edward réagisse avant que sa main, m'eut d'une volonté propre, ne lance la dague qu'il avait prise avec lui vers le fuyard. Mieux valait qu'il l'arrête lui-même plutôt qu'un des vampires présent dans la chambre. Cependant, ce qu'il n'avait pas prévu fut l'instinct qui s'empara de lui et le conduit à lancer son arme avec une force et une précision incomparable. Il perçut le cri étouffé de l'assassin en fuite lorsqu'elle allait se ficher dans sa colonne vertébrale, et le vit s'écrouler avec force le long du tapis persan bordant la porte d'entrée de la chambre.

Harry frissonna une dernière fois de terreur face à son geste. Il ne s'en serait jamais crut capable. Il tenta immédiatement de se précipiter vers leur intrus qui gémissait de douleur mais fut efficacement bloqué dans son mouvement par les membres de sa garde personnelle qui, sans un bruit, se resserrèrent définitivement autour de lui dans le but évident de le convaincre de resté sagement en sécurité dans leur cercle protecteur.

- Je cherchais à l'arrêter… Dit sa voix tremblante.

- C'est ce que tu as fait. Trancha le ton grave de son amant après un moment de flottement.

- Non ! Là je l'ai blessé ! Alors que je voulais juste l'arrêter !

Un long silence lui répondit, rythmé par les plaintes de leur agresseur qui tentait toujours en rampant d'atteindre la porte pour s'enfuir. Son regard se détacha difficilement de lui pour lancer un regard déstabilisé à son amant, et il comprit au coup d'œil que celui-ci lui rendit qu'il ne saisissait vraiment pas la cause de son trouble. Mais comment pouvait-il se douter que c'était son parrain qui gisait par sa faute sur le sol de leur chambre ? Pour lui, il venait de neutraliser une menace, fin de l'histoire. Mais en était-ce vraiment une ? Cet homme N'était-il pas celui pour lequel il avait atterrît à Elysion ?

Sirius…

Alors que d'autres soldats pénétraient dans la chambre, et qu'Edward lançait des ordres et qu'ils emmenaient leur nouveau prisonnier, il se sentit submergé par tous les souvenirs de son ancienne vie avec son parrain. Ignorant l'agitation ambiant, ainsi que la présence d'Alice, qui avait senti que trop tard le danger, après tout, son pouvoir n'était pas infaillible, il croisa une dernière fois le regard gris de celui qui était revenu le hanter.

XXXX

Entouré de quelques-uns de ses soldats personnels, Harry toisa de manière hautaine le gardien de la prison royale. Caché au fin fond d'un détale de couloirs à l'extrême Sud du palais, il y régnait continuellement une odeur d'excréments et de mort. De là où il se trouvait, il pouvait entendre les geignements des prisonniers torturés par les soldats en manque de distractions. Se postant devant la large barrière en fer forgé qui menait à l'entrée des cellules, il repéra assez rapidement celui qui en avait la garde lorsque celui-ci se précipita vers lui pour l'accueillir.

- Sorah… Fit la voix tremblante du garde gras et sale qui se courbait devant lui.

- Ouvrez la grille ! Ordonna-t-il sèchement. Et emmenez-moi au prisonnier qui a fait éruption dans mes appartements.

Il sentit à l'hésitation du gardien que celui-ci n'était pas vraiment sûr de vouloir le laisser pénétrer dans un lieu aussi infâme, mais un énième regard venimeux le convainquit de s'exécuter. Il saisit le trousseau de grosses clés qui pendaient à sa taille et ouvrit dans un geste saccadés l'entrée des cellules.

Alors qu'il passait au-devant des divers cachots, pour la plupart inhabités, le brun ne put empêcher le frisson de dégout parcourir son corps à la vue des corps maigres, recroquevillés, et parqués tel des animaux dans leur cage. Détournant le regard, il se figea dans un sursaut lorsque son regard croisa deux yeux bleus électriques, sans pupille et globuleux, qui observaient son entrée caché dans un coin sombre et malodorant. Il ne pouvait rien distinguer d'autre de la créature qui l'observait avec un peu trop d'insistance mais ce simple regard malsain posé sur lui le fit frissonner des pieds à la tête.

- Qui est-ce ? Demanda-t-il alors que l'étrange « bête », mécontente de l'attention que sa question venait d'apporter sur lui, s'évanouit dans l'ombre. Qu'est-ce que c'est ?

- Si vous me permettez, intervint l'un de ses gardes pour le répondre, il s'agit d'un Gényus. Les ultimes gardiens de la prison. Il marqua une pause avant de souffler : Ils font partis des créatures les plus dangereuses résidant au palais.

Résistant à l'envie de se rouler en boule tant cette créature lui paraissait effrayante, Harry hocha la tête d'assentiment, sans en demander plus, et continua fébrilement sa route. Il se retint de souffler de soulagement lorsqu'ils atteignirent enfin la porte de la cellule qui l'intéressait.

Son visiteur nocturne avait était enchainé au mur et leva un visage sale et ensanglanté vers lui. Dans un souffle, il détailla les traits qui lui faisaient face. Harry sentit son cœur se briser lorsqu'il put enfin le revoir et dévora littéralement le prisonnier du regard. Malheureusement, à la lumière des flambeaux des cachots, il était enfin capable de remarquer les infimes différences qui pouvaient subsister entre le prisonnier et son parrain. Car malgré ses longs cheveux noirs et ses beaux yeux gris, le jeune homme aux joues rondes et à l'œil torve tremblant de douleur qui lui faisait face n'était définitivement pas Sirius. Il le sentit dans le regard sauvage qui lui fut rendu et grimaça presque de douleur lorsqu'il vit l'illusion du fantôme du Maraudeur s'estomper. Cet espoir qu'il avait pu ressentir venait de se briser et cela lui fit l'effet d'une porte qui se refermerait sèchement dans son esprit dans un violent « clac ».

- Quel honneur ! Fit le captif. La Sorah elle-même ose se mêler à la puanteur de ces lieux pour me rendre visite.

Voyant un de ses gardes s'avancer vers la cellule pour punir le prisonnier de son insolence, il réagit immédiatement :

- Laissez-nous seul. Ordonna-t-il. C'est un ordre !

Ses protecteurs s'agitèrent, mais un de ses regards noirs suivit d'une moue agacée lui donna satisfaction, et il les vit se dépêcher de battre en retraite plus loin. Cependant, ils refusèrent de déserter totalement les lieux, et Harry les en remercia intérieurement. Même s'il ne le montrait pas, il ne se sentait définitivement pas à l'aise en ces lieux. Se retenant vers le prisonnier, il l'observa un moment en silence. Tout dans sa posture, son regard vague, démontrait de sa fragilité d'esprit. Peu importait le traitement que lui avait fait subir les gardes, ou ces autres étranges gardiens, cela l'avait profondément affecté psychologiquement parlant.

- Qui êtes-vous ? Demanda-t-il. Et comment avez –vous réussi à pénétrer dans mes appartements ?

Au départ, seul un rire lui répondit avant que le prisonnier ne prenne un moment pour lentement le dévisager. Il semblait aussi fasciné de le détailler qu'Harry avait pu l'être lorsqu'il l'avait pris pour Sirius.

- Vous ne posez pas les bonnes questions, Harry Potter. Mais cela semble être une habitude chez vous, n'est-ce pas ? De ne jamais vous poser les bonnes questions.

Loin de s'énerver, Harry détourna un instant le regard pour le poser sur un vieux broc rempli d'eau croupie qui avait été renversé au fond de la cellule. Réprimant une grimace, il prit un léger souffle entre ses dents serrées et refixa son attention sur l'assassin.

- Je ne suis pas d'humeur à jouer aux devinettes. Voyez-vous, après qu'un rustre ait surgit dans ma chambre cette nuit, j'ai eu beaucoup de mal à me rendormir. Et j'ai bien peur que le manque de sommeil m'ait rendu irritable. Après un sourire froid, il rajouta : Alors je pose les questions, et vous, vous feriez mieux d'y répondre !

- Eh bien… Dit le captif d'une voix éraillé après une toux sanguinolente. Je peux comprendre que l'exploit de ce… rustre… cette nuit, vous ait rendu moins arrangeant. Après tout, il n'y a rien de pire que de ne pas se sentir en sécurité sous son propre toit, n'est-ce pas ? Il eut un rire sec avant d'ajouter : Vous devez redouter une autre attaque, non ?

- Pas vraiment. Comme je vous disais, mon sommeil est d'or, et je compte bien veiller à ce qu'il ne soit plus jamais troublé. Alors ne vous inquiétez donc pas de ma sécurité mais pensez plutôt à la v…

- Vraiment ? Coupa en rigolant douloureux le prisonnier. Permettez-moi d'en rire, Sorah, mais… Je vous trouve bien confiant pour quelqu'un que j'ai faillit poignarder hier soir. Ne me dites pas que vous avez foi en ces incapables qui vous gardent ? Devrais-je vous dire à quel point cela à été facile de vous atteindre ? La grande Sorah, l'entité soi-disant la plus intouchable à Elysion... En vérité, si nous étions amis et que je devais vous conseiller, je vous dirais que ne devriez vous fiez à personne...

Harry tiqua mais tenta de ne pas se laisser déstabiliser. Il devait garder le contrôle de cet interrogatoire. Il ne pouvait pas sombrer dans la parano suite aux paroles de l'homme qui avait voulu le poignarder. En réfléchissant, en son for intérieur, il devait avouer avoir longuement réfléchi à l'incroyable attaque qu'il avait subi. Et même s'il avait au départ douté de sa sécurité au palais, une autre part de lui avait trouver de quoi réfuter tous ses doutes. Après tout, sa garde personnelle, même s'il ne les connaissait pas vraiment, lui était entièrement dévouée. Il en était certain. Ils avaient certainement été pris de court hier soir. Qui pourrait croire à une telle attaque à l'intérieur même de cet immense palais ? Surtout qu'il passait ses nuits avec Edward, ce qui devait les pousser à baisser leur garde, le sachant en sureté blotti dans les bras du prince. Oui, Harry pouvait trouver seul des réponses à ces questions.

Il pouvait même rajouter pour se rassurer qu'avec les allées et retours dans la cité, la venue des délégations et autres réunions, les portes de la ville étaient beaucoup moins gardées. Son visiteur nocturne avait simplement dut user du chaos ambiant pour se faufiler jusqu'à lui. Cette soudaine pensée l'amena à poser d'autres questions :

- Combien êtes-vous à être entré dans la ville ? Contra-t-il avec fébrilité. Parce que ceux qui vous envoient ne sont pas d'Alayis, n'est-ce pas ? Alors d'où venez-vous ? Voyant les lèvres du prisonnier se plisser de rage, il put presque sentir son cerveau s'échauffer tandis qu'il cherchait lui-même d'autres réponses. L'Haradas… Sursauta-t-il. Vous vous terrez en Haradas ?!… Alors quelque chose de grave se prépare vraiment là-bas. Quelle sera la prochaine attaque ? Répondez !

- Vous ne comprenez pas ! Nous sommes et nous venons de partout ! Il hurlait tel un fanatique : Et nous vous étudions depuis votre arrivée en ce monde, Harry Potter. Nous avons réagi à chacun de vos actes, et observer chacune des vos faiblesses.

-Vous m'observiez ? Articula lentement Harry en ignorant le malaise qui le saisi. De quoi parlez-vous ?

- Oui… Depuis bien longtemps….

-De quoi parlez-vous ?

Un second frisson glacial l'assaillit et sembla se rependre le long des nombreux couloirs des cachots.

- Quoi ? Vous avez des sortes… d'agents doubles planqués ici ?

Il avait dit ces mots avec une large dose d'ironie, mais le regard sérieux qui lui fut rendu, le mit soudainement en alerte.

- Vous dites que vous êtes… partout ? Demanda-t-il, incertain. Genre, même ici, à Alayis, vous disposeriz… d'espions… qui me surveillent ? C'est tellement… C'est ridicule… Qui cela pourrait bien être ?

- Bien ! Oui, c'est cela ! Vous commencez à vous poser les bonnes questions, Harry Potter.

- Pourquoi ne pas y répondre alors ? Vous semblez vraiment décidé à me faire perdre mon temps.

Un rire dément lui répondit. Agacé, et voulant surtout caché son trouble, Harry fit mine de se détourner du prisonnier lorsque celui-ci s'agita violemment dans sa cellule. Il tirait sur ses chaines comme s'il pensait pouvoir s'en défaire dans son état.

- L'heure des vérités n'est pas encore arrivée ! Murmura-t-il comme un secret. Mais ne vous inquiétez pas, ce moment approche…

Le regard du prisonnier se troubla un instant comme s'il allait perdre conscience. En le regardant naviguer entre folie et inconscience, Harry prit un instant pitié de lui avant de se rappeler qu'aussi jeune était ce vampire, celui-ci venait tout de même il y a quelques heures de cela de tenter de le tuer. En vérité, il ne savait même plus pourquoi il ne s'était pas contenter de partir une fois qu'il avait découvert qu'il ne s'agissait pas de son parrain. Il gaspillait ainsi un temps précieux à l'interroger.

Harry allait de nouveau faire demi-tour lorsqu'une idée sournoise lui vint à l'esprit. Son regard acéré revint immédiatement se braquer sur le prisonnier alors qu'une voix lui soufflait d'user de son pouvoir de légimencie pour découvrir ce qu'il voulait savoir. C'était après tout la meilleure solution afin qu'il obtienne toutes les réponses qu'il avait besoin. Ainsi, il pourrait reprendre tranquillement le cours de sa vie auprès d'Edward.

Lançant un dernier regard de pitié au détenu, il ne se laissa pas le temps de changer d'avis avant de se concentrer pour projeter son esprit dans le sien.

Quel ne fut pas sa surprise de se retrouver dans une conscience sombre et chaotique où il se buta dès son arrivée contre divers murs psychiques. Il retint un surtout de surprise face à ces protections. Il était pourtant sûr que le jeune assassin ne possédait aucun pouvoir psychique. S'approchant mentalement des murs protecteurs, il y exerça une certaine pression et se sentit mal à l'aise lorsque sa magie résonna avec ces derniers. Curieux, il les observa et comprit ce qu'il l'avait déranger.

Harry n'eut jamais conscience qu'il ouvrit à cet instant des yeux devenus blancs sur le détenu qui eut un fort sursaut de terreur. Son esprit étant entièrement concentrer sur sa découverte.

S'il pouvait décrire sa magie, il la verrait comme étant une vague roulant et se faufilant d'une incroyante couleur bleue électrique. Son prisonnier quant à lui possédait un don de fugacité qui englobait les membres de son corps d'une large couleur vert forêt. Alors pourquoi les murs mentaux qui protégeaient son esprit étaient-ils d'un curieux et inquiétant violet foncé ?

Fronçant les sourcils, il se fit la réflexion qu'une autre personne, une puissant – très puissant – légimence devait avoir lui-même posé ces protections avant d'envoyer l'assassin en mission. Il allait continuer à inspecter le phénomène lorsque sa magie détecta une faille dans le mur mentale et que, telle une main invisible, elle brisa une de ses briques. Sans perdre de temps, il s'enfonça dans la brèche.

Il perçut d'abord quelques brides d'images, souvenirs ou pensées, totalement décousus et désordonnés qu'elles ne lui laissèrent pas le temps de comprendre avant d'être rejetés, ballotés, au loin par sa magie. La domptant, la forçant à se montrer plus douce alors qu'il entendait en arrière-plan le gémissement du prisonnier, il reprit ses recherches. Il eut l'impression de pénétrer dans l'esprit d'un fou, ou tout du moins, l'esprit d'une personne qui avait déjà été ravagé par un puissant télépathe. Brièvement, il repensa encore à la magie violette inconnue qui s'agitait autour de lui. Ce n'était pas le captif qui avait lui-même détruit sa psyché, ni même Edward – car même s'il pouvait comme sentir le passage de son amant dans cet univers brisé, il était sûr qu'il n'en était pas le responsable - il était persuadé que les résidus agressifs qu'il percevait encore de cette ancienne présence violette était en vérité responsable de tout.

Harry se fit même la réflexion que le légimence avait délibérément asservis l'esprit du vampire pour qu'il ne puisse divulguer aucune information importante s'il se faisait capturé. Voilà d'où venait la lueur folle qui semblait constamment flotter dans son regard.

Soudainement, venant de nulle part, il perçut un souvenir sous forme de l'image de son prisonnier suivant une forme féminine, se cachant des gardes et longeant les murs, dans un dédale de couloirs menant à ses appartements royaux. Il sut d'instinct qu'il revoyait le soir de son agression. Il ne parvint pas à distinguer les traits de la traitresse, comme si un voile l'empêchait d'en voir plus, mais le balancement du bas de sa robe en toile terne lui permit d'apercevoir un étrange tatouage aux bas de sa cheville droite. Se concentrant, il réussit à déchiffrer les contours d'un phénix noir prenant son envol sur le fond de deux longues épées croisés.

Tout aussi rapidement, comme s'il en avait trop vu, le souvenir le fui pour être remplacé par un autre tout aussi troublant.

Il se trouvait maintenant dans une grande salle ronde et sombre entourés de plusieurs personnes encapuchonnés. Là, devant ce qui semblait être un trône en pierre à moitié détruit, se dressait une large et inquiétante silhouette noire. A ses pieds se trouvait son visiteur nocturne, agenouillé et tête basse, qui semblait comme être en train de lui prêter allégeance. Difficilement, comme si une barrière invisible parvenait encore à l'empêcher de bien saisir le souvenir, il parvint à capter quelques mots du serment : « … Ferais tout pour servir la cause… »

- Quelle cause ? Fit-il en ressortant de l'esprit totalement embrouillé du captif.

Essoufflé plus qu'il ne le pensait par l'effort que cet intrusion lui avait demandé, il pensa qu'il n'aurait jamais cru que ces vagabonds de l'Haradas pouvaient bien penser servir une cause quelconque en l'attaquant.

- Un nouvel ordre doit être établi ! S'écria le jeune vampire. La royauté vampirique à faillit ! Une autre se doit de reprendre la place !

La royauté vampirique ? Harry fronça les sourcils alors qu'il assemblait les éléments les uns aux autres.

Le souvenir de la guerre qu'il avait mené contre Voldemort l'effleura et il s'en servit comme toile de fond. Il se souvint que la première attaque de ce dernier avait été de prendre le contrôle du Ministère car après tout, pour tuer un serpent, mieux valait d'abord lui couper la tête. Et si c'était la même chose pour ces ennemis inconnus ? Et si leur but était aussi de prendre le pouvoir en faisant tomber ceux étant au sommet ? Le peuple n'aurait alors d'autres choix que celui de se soumettre. Si c'était le cas, son éveil en tant que Sorah entre les murs du palais d'Alayis devait avoir mis leur plan à mal. Après tout, il représentait aujourd'hui un allié de poids pour les vampires. Voilà pourquoi sa mort semblait maintenant aussi déterminante pour ces ennemis.

- Il s'agirait donc d'un simple coup d'état ? Réfléchit-il à voix haute avant de se moquer : Désolé d'être sur le passage ! Carlisle avait raison. Il existe bien une poignée de renégats en Haradas qui s'amusent à créer des conflits entre humains et vampires ! Il eut un rire dérisoire : Vous n'êtes que des lâches profitant du malheur des autres pour assoir votre ambition malsaine ! Et qu'est-ce que vous revendiquer, dites-moi ? Qu'est-ce qui justifient vos crimes ?

Qu'il ironise sur les revendications de ces ennemis inconnus ne sembla pas plaire au prisonnier, et s'il avait du mal à croire au bien-fondé de ces actions, le regard fanatique que lui lança celui-ci le fit comprendre que d'autres étaient moins septique.

Après tout, le regardant de haut en bas, il se glaça lorsqu'une autre vérité lui éclata en plein visage. Car il lui semblait bien que ce vampire ne fasse définitivement pas parti des chasseurs qu'avaient jadis exilés le roi. Il était beaucoup trop jeune et il pouvait sentir qu'il sortait tout juste de sa phase de transition. Secouant la tête de dépit, Harry n'osa croire qu'il avait face à lui la preuve que des vampires d'Alayis et les alentours s'exilaient et s'alliaient librement à l'Haradas. Alors combien d'autres vampires, au cours des dernières décennies, s'étaient éloignés silencieusement du roi et avaient fini par se laissé tenter par ces fous ? Combien d'âmes perdus avaient trahi dans le secret la couronne et aidait les rebelles à amplifier les conflits avec le Sud et à commettre toujours plus de dégâts dans l'attente du combat final ? Il eut un rire de dérision en pensant à la découverte des villages cachés de vampires qu'il avait faite récemment. Ou allait l'allégeance de ceux-là ? Certainement pas à la couronne !

Non, cela devait être une blague. Mais bien que cela paraisse fou, une petite voix en lui soufflait qu'il approchait réellement d'une macabre vérité. Cela pourrait aussi expliquer beaucoup de choses. Après tout, il avait enfin une réponse quant à la raison pour laquelle leurs attaques étaient tellement ciblés et efficaces. Les informateurs de l'Haradas allaient et venaient librement entre les deux royaumes. Et il était alors plus facile de faire tomber une ville dont on connaissait déjà les moindres recoins et faiblesses. Qui était avec eux, et qui était contre eux ? Il sentit que le doute venait juste de commencer à le ronger.

- Vous n'obtiendrez rien de cette manière. Clama-t-il. Toutes ces attaques finiront par vous dévoiler, si ce n'est pas déjà le cas, et vous vous ferez exterminer. Rien de plus ! Il s'approcha de la cellule pour souffler : Donnez-moi des noms. Aidez-moi à arrêter tout ça avant que les choses ne s'empirent.

Le jeune vampire sembla écumer de rage lorsqu'il se débattit contre ses chaines comme s'il cherchait à l'atteindre. Imperturbable, Harry l'observa s'agiter et se blesser lui-même un instant avant qu'il ne se calme brusquement pour arborer un sourire malsain.

- Mais… Vous me croyez maintenant, n'est-ce pas ? Vous sentez que nous sommes là ! Que nous sommes partout ! Il en sourit de joie : Ils vous ont déjà attaqué vous savez ? Non… Non… Non, vous ne vous en souvenez pas ? C'est bien trop loin... Trop fugace dans votre mémoire...

Harry choisit de ne rien répondre. Interdit. Attendant la suite.

- Et si je vous parle d'un champ de cyprès ?

Immédiatement, le souvenir de l'attaque des sirènes l'envahit, ainsi que sa dispute avec Edward qui avait immédiatement suivi. Son amant avait jadis émit des doutes face à cet « accident » mais sa rancœur d'antan l'avait poussé à ne pas les écouter.

- Que savez-vous de cet incident ? Grinça-t-il. Vous n'y étiez pas.

Un autre rire dément lui répondit. Une fois encore, le brun se sentit désarçonné.

- Vous avez toutes les cartes en main, Harry Potter. Souffla le prisonnier, étrangement las maintenant qu'il avait atteint son but et semer le doute. Vous connaissez déjà les réponses aux questions que vous vous posez. Mais… Peut-être êtes-vous trop occupé par le prince d'Efryn pour vous en préoccuper ?

Il se retint d'avoir une réaction violente sous l'insinuation mais sentit sa magie bouillonner de rage en lui. Il savait que le vampire, en s'introduisant ainsi dans son intimité hier soir, avait dut comprendre la situation en le trouver lover dans les bras d'Edward. Mais il ne s'attendait pas à une attaque si vicieuse.

- Comment avez-vous pu rester ici, prenant toujours plus de pouvoir, en ne vous posant jamais les bonnes questions ? Murmura le prisonnier qui semblait épuisé par son attaque mentale. Tellement aveugle…

- Et qu'aurais-je dut voir ?

Il laissa le vampire s'humecter les lèvres avant de répondre.

- N'avez-vous jamais étaient étonnés par la grandeur du royaume attribué aux vampires ?

Pour un fou, il savait vraiment bien comment l'amener sur les sujets les plus sensibles.

La conversation prenait une tournure à tout point délirante. Mais s'il était un instant un peu honnête avec lui-même, Harry devait reconnaitre qu'il était vrai que la grandeur du territoire vampirique l'avait toujours un peu étonné. Cependant, il n'avait jamais pensé – ou voulu - s'y intéressé. Et voilà qu'un prisonnier fou, beaucoup trop semblable à son parrain, surgissait dans sa vie pour le pousser à tout remettre en question.

Il fallait qu'il réfléchisse. Et qu'il se calme aussi.

- Donc, tu considères que ton groupe d'extrémistes ont quelque chose à apporter à Elysion en détruisant des villes et en tuant des innocents ? Contre-attaqua-t-il en s'éloignant volontairement du sujet trop brûlant abordé précédemment. Laisse-moi te dire qu'en vérité vous n'êtes que des lâches ! Des dégonflés qui se cachent derrière le Sud pour les incriminer, des rats qui complotent dans l'ombre sans jamais avoir de visage,… Oui, vous n'êtes que des cafards qui mériteraient qu'on leur écrase, qu'on leur efface la gueule, pour tout ce sang inutilement versé… Et tu veux que je te dise ? Oui, je me sens totalement en sécurité ici. Oui, j'ai toujours foi en moi et en ceux qui m'entourent ! Je ne te laisserais pas jouer dans mon esprit parce que, vois-tu, j'ai toujours eu du mal à craindre les faibles ! Il en tremblait presque de haine en crachant sa verve : Alors lorsque les tiens se battront enfin en hommes, à découverts, à armes égales, peut-être alors auriez-vous droit à mon attention. Bien que je doute de vous craindre un jour…

Toisant son interlocuteur, Harry estima en avoir appris assez et se détournait résolument pour s'en aller loin de ces cachots de la mort.

- Quel cran ! Nous aurions pu être dans le même camp, Sorah, continua le captif, si seulement vous aussi vous étiez à la hauteur de nos espérances…

- Eh bien, je ne peux pas dire que je sois dépité de vous avoir déçu. Répliqua-t-il en continuant vers la sortie. Surtout, profitez bien de votre séjour entre nos murs.

Il était las de parler à un fou. Surtout que ce fou avait éveillé en lui, malgré sa façade confiante, de nouvelles questions qui exigeaient des réponses.

Ignorant le gardien de la prison qui lui ouvrit rapidement le chemin, il jaillit loin des cachots et se précipita vers les étages supérieurs du palais. Sa garde personnelle l'entourant, il se dépêcha de rejoindre une autre aile du château et pénétra sans attendre – laissant à peine le temps aux soldats de lui ouvrir les portes – dans le bureau royal de Carlisle. Celui-ci, qui semblait occupé à signer quelques traités, s'il fut surpris de son entrée cavalière, ne montra rien de ses émotions lorsqu'il l'accueillit. Se levant pour contourner son large bureau en bois d'ébène, il fit signe aux servants et autres soldats de les laisser seul avant de le saluer.

Ses yeux bleus ne semblaient pas vouloir lâcher du regard Harry alors que celui-ci le saluait à son tour d'un geste nerveux. C'est comme si le vampire royal pouvait percevoir son trouble et il l'épiait dans l'attente qu'il explose enfin.

- Je sors tout juste des cachots. Dit Harry, sans attendre plus longtemps.

- Je sais.

- Vous le savez ?

- Bien sûr, affirma le roi et retournant derrière son bureau. Rien de ce qui se passe à l'intérieur de ce palais ne m'échappe.

Refoulant sa mauvaise humeur qui lui disait qu'il y avait matière à contester cette dernière phrase au vu de l'attaque d'hier soir, Harry préféra ne pas se laisser guider par ses émotions négatives. Il voulait discuter. Rien de plus… Merlin que l'envie d'hurler pouvait être prenante parfois.

- Tout comme je sais exactement quel poison ce prisonnier à bien put déverser, continua Carlisle. Il avait déjà subi un interrogatoire avant que tu n'ailles le voir.

Il se rappela de l'état misérable du captif et affirma ces propos d'un signe de tête en réprimant une grimace réprobatrice. Car quoi qu'il en soit, d'autres questions méritaient des réponses.

- Bien qu'il semble dément, il a émis des idées fortes intéressantes. Commença-t-il à dire. La plus intrigante étant qu'il confirme la présence d'ennemis en Haradas.

Un pli soucieux barra les traits gracieux du vampire qui se contenta d'hocher la tête en forme d'assentiment.

- Comment le savez-vous ? Demanda le roi.

- Je l'ai lu dans son esprit.

- Vous avez passé le mur mental qui s'y trouvait ? Edward, bien qu'il s'y ait acharné, n'a pas réussi à le traverser. Nous avons été obligés d'user d'autres… méthodes… pour le faire parler.

Reniflant de mécontentement, Harry eut le temps de percevoir l'éclat d'admiration dans le regard du vampire avant que celui-ci ne retrouve son flegme habituel.

- Il s'agit d'un coup d'état, Carlisle ! Fit-il. Il ne cherche pas juste à vous discrédité auprès du Sud, ils veulent vous remplacer. Ils ont des espions partout ! Des traites à la couronne, si je puis dire ! Et ils sont foutrement bien organisés ! Ignorant le raclement de gorge du roi face à son langage, il expliqua : J'ai entraperçut cet homme, perché sur son trône en pierre, et l'aura qu'il émettait – et qui bloquait l'esprit du prisonnier – prouve bien qu'il est prêt à reprendre le royaume en main.

- Je sais. Ou du moins, je soupçonnais tout cela depuis un moment. Les attaques étaient trop… parfaites. Et les complots faits contre le Sud, contre nous… Je sais tout cela.

Étrangement, le roi sembla prendre quelques années de plus face à la situation. Comme si son immortalité s'était ternie et qu'enfin ses nombreux siècles d'existence pesait sur ses épaules. Il semblait vulnérable et sincère. Au point qu'Harry l'observa sans rien ajouter.

- Je ne comprends toujours pas ce qui pourrait pousser mon peuple à me trahir. Pourquoi rejoindre les exilés d'Haradas ? Que leur ont-ils promis ? Fit le vampire d'un ton cassé. Depuis la mort de mon père, j'ai assuré dans la limite de mes moyens la sécurité et la paix de mon royaume. Je leur aie tout donné !

- Peut-être vous tienne-t-il responsable pour autre chose…

Ces quelques mots à peine souffler sembla électrocuter Carlisle qui fixa sur lui un regard perçant. Toute faiblesse l'ayant déserté.

- Posez plus franchement votre question, mon enfant.

Détournant le regard, Harry tomba sur une des toiles qui décorait le bureau. Il s'agissait en vérité d'une représentation du pays entier d'Elysion. Sur la magnifique carte peinte à l'huile, en suivant le cours des fleuves et des montagnes, il pouvait largement voir à quel point le royaume des vampires était large et imposant.

- Toutes ces terres… Hésita-t-il. Votre royaume s'étend sur près de la moitié d'Elysion, Carlisle. Je ne vous accuse de rien, mais… Je me dois de vous demander. Toutes ces terres… Elles ne vous ont pas toujours appartenus, n'est-ce pas ?

Le vampire fui un instant son regard sans répondre.

- J'avoue que mon père, en plus d'être un tyran était aussi un grand conquérant, et qu'il a conquis beaucoup de territoires grâce, ou à cause, du déchainement de ses chasseurs. Répondit le roi d'un ton qu'il voulait détacher. En reprenant le trône, je me suis assuré que ces terres retrouveraient leur beauté et leur grandeur d'antan.

- Mais vous ne les avez pas rendus !

Harry sut, lorsque le regard du vampire le cloua sur place, qu'il n'y avait pas de retour possible. Il venait d'avancer son accusation. D'entamer la dispute.

- Ces terres n'étaient plus habitées. Se défendit le roi, tendu, aurais-je dû les laisser à l'abandon.

- Cela aurait peut-être été mieux ! Contra-t-il. Vous ne comprenez pas ? Vous exploitez des terres que vos anciens chasseurs conquéraient en détruisant et chassant leurs résidents. Vous auriez dût depuis longtemps les remettre à leur propriétaires légitimes. Ou au moins avoir la décence de ne pas les annexer aux vôtres. Se tournant de nouveau vers la carte, il étudia : Combien de de rivières, de terres, ou de montagnes avez-vous volés aux Sudariens ? Les condamnant eux aussi à l'exil et à la famine.

Voilà pourquoi le Sud s'obstinait à attaquer leurs frontières. Outre l'Haradas qui mettait sans arrêt le feu aux poudres, ces personnes recherchaient certainement à reconquérir les terres qui leurs avaient étés injustement enlevés. D'ailleurs, voilà aussi pourquoi de nombreux peuples avaient renoncés à venir à sa rencontre. Car en sachant qu'il ne prenait aucune décision en tant que Sorah pour leur rendre leur bien, il avait contribué à leur déception. Quelle image leur avait-il renvoyé ? Et il s'étonnait encore de s'être fait attaqués par les satyres.

- Vous avez nourrit cette guerre, Carlisle. Et vous avez poussé votre peuple, les moins crédules, ceux qui savent la vérité sur votre histoire, à douter de vous et à chercher des réponses à la fin de cette stupide guerre ailleurs. Les exilés d'Haradas ont en fait des espions ! Au sein même du palais royal !

Il s'arrêta dans ses accusations en voyant les mains pâles du vampire trembler. Mais il était allé trop loin pour reculer.

- Vous devez libérer ces territoires ! Fit-il dans un sursaut de conscience. Il ne vous appartienne pas !

- Bien sûr qu'ils sont à nous ! Et cela depuis des générations ! Cela fait des décennies que nous en prenant soin, que nous y avons bâtis des magnifiques villes tel qu'Ahrima, et où nos enfants y ont grandis !

- Des décennies de batailles et de destructions incessantes, vous voulez dire ?! Ou en est Ahrima aujourd'hui ? Il reprit un souffle pour tenter de se calmer. Vous vous attendiez à ce que les Sudariens vous soient reconnaissants de leur avoir volé leurs maisons ? A ce qu'ils ne réagissent pas ? Alors que vous gambadez bien sagement dans leurs anciens prés, leurs anciennes forêts, et leurs anciennes maisons. Et tout cela, bien évidemment, en leur fermant la porte au nez.

Il sentit dans son ton mordant qu'il commençait à perdre ses mots, à perdre patience. Il était tellement énervé qu'il en venait à en être surpris. Rageur de savoir qu'il ne s'était jamais interrogé sur tous ces maux. Qu'il lui avait fallu un attentat contre sa personne pour être sensible au désespoir des Sudariens.

- Essayez au moins de vivre avec eux si vous ne voulez pas partir. Insista-t-il. Réagissez !

- La cohabitation était impossible… Pas avec la haine qui subsiste entre nous !

- Alors ordonnez à votre peuple d'abandonner les villes qui ont été construites sur les terres Sudariennes. Rendez-leur leur bien et contentez-vous de ce qui est votre !

Une fois encore Carlisle prit son temps pour lui répondre et eut un tic nerveux. Il ne semblait pas vouloir abonder dans son sens. Mais d'un autre côté, était-ce raisonnable de demander à des milliers de familles d'abandonner du jour au lendemain leur maison pour vivre sur d'autres terres ? Ces gens pouvaient-ils vraiment tout recommencer de cette manière ? Harry se savait irrationnel dans un sens mais ne pouvait empêcher les mots de remontrances de sortir de sa bouche.

- Je pensais que vous vouliez faire avancer les choses à Elysion pour y amener la paix ? Souffla-t-il. Alors pourquoi hésiter ?

Carlisle détourna une nouvelle fois son regard et ce fut une réponse informulée qui atteignit le brun en plein cœur. En gardant le silence, le roi le poussait à penser au pire.

- Quoi ? Vous voulez que la dynastie des vampires demeure à jamais toute puissante, c'est ça ? Et cela même si cette puissance n'est pas entièrement la leur ? Piqua-t-il. En ayant annexé plus de la moitié d'Elysion, les vampires sont sans conteste la race dominante de ce monde. Vous vous enorgueillissezde votre grandeur face à vos ennemis. Vous voulez continuer à insuffler la peur à défaut de respect aux autres, c'est ça ?

Il venait de saisir l'ampleur du problème. Et jamais encore le roi ne l'avait autant déçu.

- Une guerre ne se gagne pas avec des bons sentiments, Harry. Ragea finalement le vampire en frappant ses poings contre le bureau. Je ne peux pas me permettre d'affaiblir mon peuple maintenant. N'as-tu pas dit que la rébellion est à mes portes ? Et qu'un coup d'état se prépare ? !

- Cela ne concerne en rien le fait de rendre à des innocents leurs terres !

- Cela à tout à voir, au contraire. Rétorqua Carlisle. Que crois-tu que feront mes ennemis une fois que ces « innocents » auront récupérés leurs terres ? Tu penses qu'ils s'arrêteront là ? Qu'ils ne prendront pas ce recul comme une preuve de faiblesse ? Le regard que lui renvoya le vampire dénotait une touche de paranoïa. Ils vont se regrouper et élire domicile sur les terres que j'aurais laissé derrière. Venant toujours plus près de moi et de mes gens ! Ils vont pouvoir y forger des armes, reprendre plus de forces, et nous attaquer !

- Donc il vaudrait mieux pour tout le monde ne pas faire la part des choses. Il vaudrait mieux pour tous d'affamer, de négliger, et de condamner ceux qui n'ont rien à voir dans ces jeux de pouvoirs à errer sur des terres inconnues où jamais ils ne seront chez eux. Ragea-t-il en retour. Vous avez raison ! C'est mieux comme ça ! Laissons leur espoir périr, leur douleur grandir, et leur enfant en mourir. Laissons la haine gâter leur cœur !

Il se tenait maintenant à quelques centimètres du bureau du vampire, et ils se fixaient tous deux en chiens de faïence, la respiration lourde et les nerfs à vifs.

- Nous sommes en danger, Harry. Raisonna Carlisle une dernière fois. Tu viens de le dire, nous allons devoir faire face à un coup d'état venant de l'Haradas ! Que dis-je ?! Venant de l'intérieur même de mon propre palais ! Dans cette guerre, toute hésitation de ma part pourrait me coûter très cher.

- Ne me parlez pas de guerre comme si je n'en avais jamais connu !

Voyant que son interlocuteur allait lui couper la parole, il leva une main autoritaire devant lui en signe de silence, et reprit sur un ton péremptoire :

- Je sais que toute guerre demande forces et sacrifices. Admit-il. Mais laissez-moi vous apprendre autre chose : la fin ne justifie pas les moyens. Et lorsque la peur que le grand peuple des vampires, et le fantôme de leurs redoutables chasseurs, s'éteindra, vous ne pourrez pas compter sur ma loyauté pour vous venir en aide parce que je vous aurais prévenu.

Les yeux bleus de Carlisle virèrent au noirs et s'étrécir.

- La Sorah se doit de tous nous protéger !

- Désolé. Pardon, vous avez dit quoi ? Il se trouve que j'ai perdu mon très cher manuel de la parfaite petite Sorah lorsque vous avez décidé de ne pas accéder à ma requête. Faudra faire avec !

Sans attendre, il quitta le bureau royal, comme s'il avait le Diable aux trousses. Il déambula un long moment dans les couloirs, se battant contre ses propres pensés pour tenter d'y mettre de l'ordre. Cette journée était désastreuse et son cœur en était douloureux. Il venait de découvrir une nouvelle part de la sanglante histoire d'Elysion, et avait provoqué le roi du pays dans lequel il résidait. Le père de son amant…

Mais c'était une autre pensée qui lui fondait encore plus le cœur : Pourrait-il rester à Alayis en sachant que Carlisle lui-même engrainait d'une certaine manière cette guerre ? N'avait-il pas promit de ramener la paix ? Il se devrait tôt au tard d'aller au-devant des conflits, des ennemis, des Sudariens, s'il voulait obtenir l'entière vérité sur les conflits de ce monde. Il avait écouté l'avis des vampires sur les raisons de la guerre, mais n'avez donné aucune chance aux autres peuples. Pourtant, il savait que la vérité devait, entre une version ou une autre, se trouver au milieu de tout cela. Mais tourner le dos aux vampires, à Edward, en partant était-elle la solution ? Il se retint d'hurler de dépit.

Quand il repensait au fait que Carlisle avait osé lui tenir tête alors que son ancêtre parvenait d'un regard à obtenir ce qu'elle voulait. Après tout, n'étaient-ils pas censés écouter leur Sorah ? Bon, il voulait bien admettre qu'il n'était pas encore à l'aise dans ce rôle, mais il pensait pourtant prendre les bonnes décisions. Que devait-il faire ? S'il se mettait maintenant à douter de lui, tout serait fichu.

Secouant la tête, il se moqua des regards intrigués qui se posèrent sur lui et décida de sortir prendre l'air. Longeant les jardins, il prit la direction de la cour secondaire Est du palais. Là, alors que la brise fraîche de l'hiver faisait redescendre la pression dans son cœur, il assista en silence, caché dans un coin, à la distribution des sacs de grains au peuple. L'hiver se montrait terriblement dur avec eux cette année, et ces réserves pour les villageois devenaient presque primordial s'il voulait évitait la famine.

Las, il allait se détourner lorsque son regard fut à un moment attiré par deux rapides petites formes encapuchonnées qui tentaient de chiper des sacs de grains derrière le garde qui les distribuaient. Malheureusement pour eux, ils ne furent pas assez vifs ou chanceux pour tromper la vigilance du soldat qui finit par les surprendre.

Harry fut estomaqué de voir celui-ci dégainé son longue épée devant les enfants qui reculèrent de terreur.

- Vous savez ce qu'on fait aux voleurs à Alayis ? Gronda le garde.

Un silence effaré lui répondit. Tandis que les spectateurs de la scène se mirent à se plaindre à coups de grognements et de protestations.

- On les coupe membre après membre pour leur enlever le vice ! Leur apprit un autre garde.

Celui-ci se pressa d'encercler les petits tandis que son camarade se saisissait déjà d'une petite main potelée pour la placer sur une étable en bois. Voyant la lame de l'épée se lever au-dessus de la tête des enfants, Harry se décida enfin de sortir de son coin pour faire connaitre sa présence.

Immédiatement, la scène sembla se figer à son approche. Il pouvait percevoir les chuchotis de ceux qu'il dépassait avant qu'il ne courbe le torse en signe de respect. Après un moment de flottement, le garde baissa rapidement son arme afin de s'incliner humblement devant lui.

- Pourquoi ne voulez-vous donc pas donner de nourriture aux enfants qui ont faim ?

Un soldat, celui qui semblait être le plus haut gradé, s'approcha timidement de lui et attendit un signe d'accord pour prendre la parole.

- Ceux-là ne sont pas les nôtres, Sorah. Dit sa voix bourrue.

- Et alors ? Leur statut d'orphelin ne les rend pas pour autant moins important que les autres enfants mourant de faim.

Un silence gêné lui répondit.

- Ce n'est pas ça. Reprit le soldat en se ratatinant sur lui-même. Aucune famille de vampires n'abandonnerait sa progéniture.

Il avait cru comprendre l'importance de la famille pour les vampires mais ne voyait pas en quoi cette réponse pourrait l'aider à comprendre la situation.

- Ceux-là ne sont pas les nôtres, répéta le soldat en pointant du doigt les gamins.

En les regardant de plus près, Harry saisit enfin les infimes différences qui pouvaient subsister. Ces petits êtres humanoïdes possédaient une couleur de peau bleue foncé des plus étonnantes. Des petites oreilles pointues et mobiles entouraient leurs visages ronds et poupon, et leurs jeunes corps svelte et élancé étaient cachés par les vieilles loques sales qu'ils revêtaient. A les regarder attentivement, il dut admettre qu'ils inspiraient une sorte de fascination teintée de malaise, voir même un sentiment de peur diffuse qui ne les rendaient que plus intriguant.

- Ces petits mendient ont dut se faufiler à Alayis, expliqua le garde, pendant que nos portes étaient grandes ouvertes pour accueillir les délégations Sudariennes.

La haine des vampires n'avait donc pas de limite. Il pouvait voir à leur air déterminé qu'ils refuseraient de nourrir des enfants qui n'appartenaient pas à leur race. Reniflant de mépris, il s'apprêtait à aller lui-même se saisir d'un sac de grains quand un membre de sa garde personnelle s'interposa devant lui en courbant aussitôt l'échine.

- Veillez pardonner mon impertinence, Sorah, fit-il. Mais est-ce raisonnable de prendre publiquement aux vampires un bien qui leur est si nécessaire en ces temps durs pour le tendre à des étrangers ?

Harry, qui ne parvint pas à détailler l'importun si ce n'est une cascade de cheveux or, faillit lui crier à quel point il se moquait de l'opinion de ces gens. Il ne pouvait s'empêcher de se dire que ces enfants mourraient de faim car leurs terres natales leur avaient été enlevées.

- Ce n'est qu'un sac de farines ! Railla-t-il. Pas un coffre rempli d'or sorti de la salle aux trésors royale !

Personne ne lui répondit mais le malaise empira.

- Ce ne sont que des enfants…

- C'est ce que voient vos yeux, répondit son soldat. Pour mes pairs, ce n'est que la progéniture d'un des nombreux peuples du Sud, ceux-là même avec lesquels nous sommes en conflits. Ceux-là même qui ont jadis brulé nos villes, détruit nos récoltes, et tué nos femmes…

- Quelle arrogance… Et vous alors les vampires ? Quels sont vos tords vis-à-vis d'eux ?!

Son garde ne lui répliqua rien mais s'ôta de son chemin pour reprendre les rangs.

Se retournant vers la foule, il vit à la manière peu amène avec laquelle les villageois regardaient les enfants étrangers qui mendiaient leur pitance que leur haine n'aurait pas de fin. Carlisle avec raison sur ce point : la cohabitation était impossible car aucuns vampires ne feraient d'efforts. Devait-il donc laisser les enfants mourir de faim pour plaire au peuple d'Alayis ? Ou risquer leur déception, leur colère, en osant leur retirer leur pain pour le donner aux autres ? Après tout, il était la Sorah et ses décisions ne pouvaient être contestées car son rôle était de protéger tout le monde. Enfin, c'était ce qu'il pensait mais à présent rien n'était moins sûr…

- La honte ne vous étouffe pas ? Siffla-t-il, venimeux. Vous auriez le culot de laisser crever ces enfants pour vous complaire dans cette haine qui vous caractérise tant ? Et vous dites vouloir voir la paix arriver un jour à Elysion ? La bonne blague !

Personne ne savait répondre ouvertement à ses accusations mais il voyait dans leurs yeux un feu bruler comme les flammes de l'enfer. Ce fut à cet instant précis qu'il aperçut du coin de l'œil, perché en haut des balcons du palais, la famille royale au complet accompagné de leurs nobles et de leurs dames de compagnie, qui observaient avec une attention particulière le scandale qu'il venait de provoquer.

N'osant croiser le regard améthyste de son amant, il aperçut tout de même le visage placide que lui renvoya Carlisle et qui sembla le faire entièrement éructer de rage. A cet instant, tout parti de travers.

- Vous savez quoi ?! Je vais vous donner exactement ce que vous voulez ! Se tournant vers les balcons, il tendit une main vers son assistance : Je vais donner à votre noblesse exactement ce qu'ils attendent !

Sa voix résonna contre les murs des maisons alentours et des nuages commencèrent à se former dans le ciel pour répondre à l'afflux de sa magie.

- Vous voulez les voir morts, c'est ça ? Accusa-t-il. Vous les condamner à la famine, et vous allez lentement les regarder dépérir ? Eh bien, je n'ai pas cette patience !

Un vent glacial souffla autour de lui et éteignit deux ou trois chandeliers au passage.

- Soldats, appela-t-il d'une voix rendue grave par l'émotion. Décapitez-les !

Un violent éclair éclata dans le ciel. Le silence se fit total.

- Ma Sorah… Pleurnicha un garde, la peur bien lisible sur son visage.

- Décapitez-les !

Un autre moment de silence tendu s'ensuivit.

Puis, dans un calme religieux, son ordre fut enfin respecté, et il vit deux vampires agripper plus fortement les deux petits étrangers. Les enfants crièrent d'effroi et essayèrent en vain d'échapper à la poigne des soldats qui saisir avec dureté leur petits corps pour les mettre à genoux.

- Sorah, intervient de nouveau son garde personnelle en sortant une nouvelle fois des rangs. Vous ne devriez pas…

- Il suffit ! Ne me dérange pas alors que je donne au peuple exactement ce qu'il désire ! Ne m'empêche pas de remplir mon rôle ! Mon rôle de Sorah… Je vais devenir aussi sanglant qu'ils ne le sont !

La température chuta et les bourrasques de vent devinrent plus violentes.

- Parce que c'est ce que vous voulez, non ? Demanda-t-il à la foule, hors de contrôle. Vous ne voulez pas de rédemption, de nouveau départ, ou d'un pays sans peur, ni bataille, ni morts. Vous ne cherchez même pas à réparer ce qui a été brisé ! Non ! Vous voulez du sang à chaque repas, et votre haine précieuse pour vous tenir au chaud !

Il lança un regard noir d'accusation à Carlisle, imperturbable, qui assistait toujours à l'esclandre et qui lui rendit son regard.

- Regardez-vous ! Vous ne voulez pas de paix ! Personne ne veut de paix ici ! Cria-t-il en se retournant vers la foule. Alors puisque tout ce qui vous convient, c'est d'inspirer la peur et la haine aux autres, nous allons faire en sorte d'en faire votre hymne à la joie ! Parce que quitte à nourrir la guerre, faisons le bien jusqu'à la fin !

La première goutte de pluie tomba du ciel et lorsqu'elle atteignit la joue d'Harry, rapidement accompagné par ses consœurs, il sentit l'incendie qui bouillait en lui s'amoindrir pour laisser place à une grande tristesse, une grande lassitude.

- Si personne n'est capable de voir à travers ces orphelins qu'ils sont plus que des étrangers, plus que des enfants d'ennemis, plus que… Ce qu'ils sont… Expira-t-il dans un souffle. Si personne ne voit qu'ils sont un futur que nous pouvons construire, et que c'est notre rôle, à nous adultes conscients d'aujourd'hui de leur apprendre à tendre la main… De leur apprendre que… Que… Que les peuples d'Elysion sont un tout.

Il en perdait ses mots.

Les sanglots des petits couvraient presque entièrement de leurs accents perçants l'orage qu'il venait de déclencher. Certaines villageoises cachaient leurs propres enfants dans leur dos d'un air horrifiées.

- Pardon pour notre vie, Sorah… Fit l'un des deux, un petit garçon. Pardon…

Harry le vit tirer de toutes ses maigres forces contre la poigne du soldat qui l'amenait à la mort.

- Pardon, Sorah… Reprit-il. Nous allons partir ! Pardon pour la vie de ma sœur, Sorah…

Il en ferma les yeux de douleur.

- Pitié…

Alors qu'on leur passait un sac sur la tête afin de les décapiter proprement, ils entendirent encore tous les supplications du petit garçon qui mendiait maintenant pour la vie de sa sœur. Le brun ferma les yeux en même temps que les femmes poussaient des cris horrifiés et que la lame du bourreau sifflait dans l'air pour accomplir son devoir. En même temps qu'un éclair, les petits hurlèrent une dernière fois.

Et soudain, le silence retomba.

Harry respirait fortement, par à-coups, et dut réunir tout son courage pour enfin oser ouvrir les yeux. Clignant des paupières, il faillit sursauter en voyant Nolan - le petit garçon qu'il avait sauvé à Ahrima – posté sereinement face à lui. Les bourreaux avaient abaissés leur lame bien loin du cou des malheureux orphelins, et semblaient, comme tous ceux présents autour d'eux, s'être figés face à la tragédie qu'ils allaient commettre. Deux autres hommes, vêtus simplement, s'étaient avancés et se tenait à présent auprès d'eux, une main posée sur celle qui tenait l'épée.

Revenant à Nolan, il vit le petit lui sourire comme pour lui dire qu'il lui sauvait une fois de plus la mise, et alla vers les petits étrangers, qui reniflaient de peur et d'angoisse, pour leur tendre son sac de grains. A ce geste, dans un ensemble parfait, les habitants d'Ahrima fondirent la foule, dans un bel ensemble chorégraphié, pour s'incliner devant lui.

- Nous, peuple d'Ahrima, dit à voix haute leur chef, offrirons notre pain à tous ceux qui meurt de faim.

Plusieurs Ahrimaénne quittèrent les rangs pour poser à leur tour leur sac de grains aux pieds des petits étrangers qui se pressèrent de se libérer de la poigne de leur bourreau avant d'enlever le sac qui le recouvraient la tête.

- Pour les petits Sudariens. Reprit les villageois. Pour la Sorah…

Comme un signal de départ, certaines habitantes d'Alayis, leurs enfants cachées dans leurs jupons, se joignirent au mouvement pour partager à leur tour leur sac de grains.

Pourquoi fallait-il toujours arriver à de telles extrémités pour se faire comprendre des vampires ? Et lui, aurait-il vraiment laissé ces enfants mourir ? Les vampires étaient-ils en train de le rendre… impitoyable ? Ce fut les questions que se posa Harry tendit qu'il lançait un dernier regard à la famille royale, avant que celle-ci ne disparaisse dans un tournoiement de robe et de cape. Remerciant d'un hochement de tête le peuple d'Ahrima, encore troubler par ce qu'il venait de faire, il s'avança d'une démarche incertaine vers l'entrée du palais. A l'abri des regards, au détour d'un couloir, il ne put empêcher son corps de s'effondrer contre un mur. Le souffle court, les yeux exorbités, il tentait encore de reprendre le contrôle de ses émotions lorsqu'un de ses garde, le même avec ses longs cheveux or, ne lui tende humblement un mouchoir en soie et un verre d'eau en cristal.

- Qui êtes-vous ? Demanda-t-il en buvant d'un trait.

- Veillez m'excuser, Sorah, fit le garde, je manque aux convenances en ne m'étant pas présenté. Je suis Sieur Loan de Benrlerac. Capitaine de votre garde personnelle.

Il pouvait enfin sentir qu'il reprenait le contrôle sur lui et sur son corps.

- Loan ? Fit-il. Quel nom étrange pour un vampire…

Le capitaine rit de sa remarque avant de s'en excuser.

- Si vous me permettez,… Harry Potter est aussi un nom étrange pour une Sorah.

Ces banalités lui permirent de reprendre un peu plus contenance, et il se permit à son tour un léger rire.

Vraiment ? Bah, je suppose que l'on va devoir faire avec ce qu'on a, n'est-ce pas ?

Ses pas de nouveau sûrs lui permirent d'atteindre les appartements d'Edward où il se réfugia avec soulagement. Tremblant, emmitouflé dans un fauteuil, il observa le feu de la cheminée lécher les quelques bûches qui s'y trouvaient de manière hypnotique. Tellement plongé dans ses pensées, il sursauta violemment en percevant la présence de son amant posté à ses côtés. Il ne l'avait même pas entendu entrer.

- Tu t'es disputé avec mon père ? Demanda celui-ci.

- Si tu es là pour prendre parti, fit sa voix lasse, tu peux déjà t'en aller ! Je suis las de me battre !

Il sentit plus qu'il ne vit le vampire se baisser vers lui avant que ses doigts froids ne saisissent violemment son menton pour le forcer à rencontrer son perçant regard améthyste.

- De un, tu es dans ma chambre, Harry. Répliqua-t-il. De deux, je ne souhaite pas non plus m'énerver, mais avoue que tu fais tout pour que le contraire arrive.

Se défaisant de sa prise, il préféra garder le silence et reprit la contemplation des flammes.

- Je n'ai absolument pas l'intention de prendre part dans un conflit qui concerne un roi et sa Sorah.

- Alors qu'est-ce que tu veux ?

Il lui avait répondu plus agressivement que ce qu'il voulait. Mais il était dans un tel état de nerfs… Il lui semblait qu'il ne parviendrait jamais à reprendre totalement le contrôle de ses émotions chaotiques. Des milliers de pensées, de doutes, le parcouraient, mais le pire était la peur qui l'envahissait. La peur de lui-même, des vampires, des Sudariens, et de ce que le monde d'Elysion faisait de lui.

- Tu vas passer le reste de ta journée à être d'aussi bonne compagnie ? Railla le prince. Il faut que l'on parle, Harry. Sérieusement.

- Il ne t'ait pas venu à l'idée que je ne voulais pas discuter ?

- Oh, dans ce cas il ne fallait pas te réfugier dans ma chambre, chéri ! Siffla son amant. Maintenant que nous avons établi que nous sommes manifestement tous les deux de mauvaise humeur, pourrais-tu m'expliquer les raisons du scandale que tu viens de provoquer ?

Il grimaça en sentant dans le ton d'Edward tout son mécontentement.

- Je n'ai pas à me justifier devant moi. La Sorah n'a pas à se justifier ou à rendre des comptes ! Vous êtes tous censés m'obéir ! Pas m'influencer ! Ni me rendre aussi barbare que vous ne l'êtes !

Un long, trop long, silence passa. Lui, pour sa part, regretta la bêtise de ses mots à l'instant même où il les prononçait. Etait-il en train de faire une crise d'identité ? Le pouvoir lui montait-il à la tête ? Vu le regard sombre du vampire, cet état des faits ne lui plaisait absolument pas. Cependant, son orgueil l'empêcha à la dernière seconde de s'excuser.

- Tu sais ce qui nourrit le cœur de mes gens et les pousseront à te suivre ? Ce qui fera taire les doutes et amènera à la foi ? Demanda la voix grave du vampire. Ce n'est ni une question de force, de pouvoir, et encore moins de titre, Harry. Ce n'est pas des menaces, des décisions insensées, ou des scandales devant le petit peuple qui fera qu'on te reconnaitra en tant que Sorah. Sa voix grondante continua implacablement : C'est la certitude de savoir qu'ils peuvent s'en remettre à un grand chef qui sache quand et comment les guider.

Il sentait poindre la leçon de moral qu'il allait recevoir pour sa réaction excessive. Lui qui s'en voulait déjà amèrement.

- Ce que tu viens de faire, susurra le vampire, est bien la pire bêtise que tu aies jamais faite. Je ne te cacherais pas, Harry, la déception et la honte qui m'ont envahi.

- La honte… Attend un peu, tu ne sais pas ce…

Il fut coupé dans son plaidoyer lorsqu'Edward lui saisit de nouveau le menton d'une poigne ferme. Son regard noir de colère le cloua sur place et il ravala toute réplique. Refusant de baisser les yeux sous l'air intimidant de son amant, il refoula courageusement sa hargne et se contenta de le fixer tout aussi intensément. Après un instant tendu, le vampire n'eut pour réaction que de resserrer son emprise sur son menton avant de le balancer avec violence sur le côté, entrainant sa tête et le poussant ainsi à baisser les yeux, et le forçant à se rattraper aux accoudoirs du fauteuil pour ne pas chuter sous la brusquerie du geste.

Il pouvait entendre son cœur battre à ses oreilles alors qu'il se surprit à hésiter à recroiser le regard incendiaire de son amant. il avait été puni tel un enfant.

- Je ne connais pas les raisons de tes actions d'aujourd'hui, admit le prince, et je sais que tu ne t'emportes pas sans raison. Cependant, permets-moi de condamner les méthodes dont tu uses pour faire entendre ta voix. Ce n'est pas en te devenant plus cruel, ou plus puissant qu'eux, qu'ils te seront plus obéissants et loyaux.

- Pour ce que vaux leur loyauté…Cracha-t-il en relevant enfin la tête.

Une fois de plus, il frissonna en voyant son amant fermer les yeux pour laisser passer cette pique d'humeur. Lorsque leurs regards se croisèrent de nouveau, le regard du vampire était de nouveau améthyste et il perçut que son agacement avait laissé place à une certaine détermination :

- Tu es décidément trop jeune, Harry, pour la charge qui t'incombe. Trop jeune, trop inexpérimenté et trop têtu ! Lui apprit Edward. Crois-moi que ceux qui te défie encore le sentent et le savent ! Mais tu n'es pas obligé de mener seul tous tes combats. Rien ne t'empêchera jamais de te reposer sur moi.

Ces mots, loin de le réconforter, le poussa à repenser aux paroles de son agresseur de la veille sur sa relation avec Edward. Non, il n'était pas question qu'il reste plus longtemps à se cacher derrière lui, et à être obnubilé par lui. Il fallait qu'il agisse, et qu'il pense enfin à ce qui devait être fait.

- Tout ça est ridicule. Ragea-t-il en se détournant du vampire. Tout… Tout ce qui se passe dans ce monde n'est que complot, faux-semblants, et trahison ! Cette histoire de paix et de fin de la guerre en devient ridicule tellement c'est impossible… Je perds mon temps !

- Et tu n'as pas de temps avec quoi au juste ? Dois-je me sentir viser ?

Le prince s'approcha pour lui toucher la joue en signe d'apaisement, bien loin de sa brusquerie d'avant, mais il le repoussa violemment en se redressant.

- Je n'ai pas besoin de caresse, Edward. J'ai besoin d'agir, de faire quelque chose… N'importe quoi ! Il était comme essoufflé, comme s'il s'étouffait : Il y a tellement de choses que tu ignores. Tellement de choses qui font que tu ne me comprendras pas. Des choses que ton père se doit de te dire lui-même !

Un silence se fit et il perçut même le bois qui craquait dans l'âtre de la cheminée.

- C'est la seconde fois que tu me repousses, grinça le vampire, alors que je fais tout pour t'assister, Harry.

Il n'osa ni lui répondre, ni le regarder.

- Dis-moi, Harry, de quoi penses-tu que je sois fait ? De marbre ?

- J'aimerais le savoir… Plus j'en apprends sur les vampires et plus je me demande ce qui se trouve dans votre cœur. Ce qui peut bien être vrai en vous. Vous vous placez soi-disant en victimes alors que vous êtes les bourreaux, et vous vous considérer comme supérieurs alors que vous ne valez pas…

- Ne finis pas cette phrase, j'ai compris l'idée générale. Aujourd'hui, tu es d'humeur à tout détester, n'est-ce pas ? Séparons-nous pour aujourd'hui avant de trop en dire.

Ce n'était pas ce qu'il avait dit. Et en voyant la lueur blessé – vite remplacer par de l'agacement puis une froide indifférence - dans le regard d'Edward, il regretta un instant ses mots et sa bêtise. Mais il était déjà trop tard pour les remords et les excuses car déjà le prince s'éloignait de lui.

- Je ne peux définitivement pas continuer plus longtemps à discuter avec un enfant. Mais, juste un dernier mot, Sorah ? Fit-il d'un ton aigre. Tu devrais peut-être penser à changer de pays si rien ne te plait ici !

- C'est justement ce que je me disais !

Le grand corps de son amant se figea telle une statue et une autre lueur blessée et froide envahit son regard avant qu'il ne lui tourne définitivement le dos. D'une démarche raide, il le vit atteindre la porte, un grognement au fond de la gorge.

- Est-ce tout ce que tu vas me dire ? S'agaça-t-il, quelque peu effrayé de le voir s'en aller ainsi. Allons-nous nous quitter comme ça ?

- Pour l'instant, oui, Sorah. Je n'ai plus rien à vous dire. Alors permettez-moi de prendre congé.

Il y avait tant de mépris dans son ton qu'Harry en frissonna de douleur avant qu'une colère irraisonnable ne prenne le dessus. Il avait tendance à réagir ainsi : il blessait ceux qui le blessait en retour, et cela, qu'il ait tort ou raison. Une fois encore, son orgueil le poussa à la mauvaise action.

- Ne claque pas la porte en sortant surtout !

La porte claqua.

XXXX

Il ne parvenait pas à dormir.

Honteux, il avait fini par regagner ses propres appartements pour s'y enfermer tout le reste de la journée. Feintant d'y être occupé, il n'avait même pas fait acte de présence au diner, et personne n'était venu le déranger.

Maintenant, alors que tout le palais s'abandonnait à la nuit et au sommeil, il se trouvait à se balader dans les jardins royaux en quête d'exutoire à son mal être. Sa garde personnelle, ombre silencieuse, le suivait dans ses déambulations, et il s'en voulut un moment de ne même pas pouvoir leur offrir un moment de paix.

- Je peux certainement aider, fit une voix dans son dos.

D'un bond il se retourna et fut plus que surpris de tomber nez à nez avec Aldaron, le roi des elfes. Celui-ci avait revêtu une longue tunique blanche qui semblait affiner un peu plus ses courbes, ses longs cheveux ramenés sur le côté.

- Comment ? Demanda-t-il.

Sans répondre, l'elfe se rapprocha de lui jusqu'à poser ses deux mains de chaque côté de son visage. Il eut un sursaut offensé alors que son regard tombait dans celui de l'elfe et qu'il relevait les bras en un geste défensif. Ce fut alors qu'il sentit leur esprit entrer en contact, avant que celui d'Aldaron ne repousse lentement ses inquiétudes et ses blessures au loin. Soupirant de soulagement, il pensa qu'il n'avait jamais atteint une telle osmose psychique avec un autre qu'Edward. Soupirant d'aise, il sentit que la présence dans son esprit qui repoussait ses démons lui paraissait que douce, et presque familière.

Ouvrant les yeux, Harry retint son souffle en voyant leurs deux visages si proche l'un de l'autre. Les yeux bleus cobalts du roi semblaient comme lui révéler des secrets dont il ne parvenait pas encore à comprendre le sens. Une étrange émotion, une impression, un vague souvenir venant du passé le traversa et une question se posa à lui avant même qu'il en ait pleinement conscience.

- S'est-il passé quelque chose entre vous et l'ancienne Sorah ? Chuchota-t-il.

Le roi elfe se rapprocha et pencha son grand – si grand - corps vers lui, un sourire au combien mystérieux aux lèvres.

Retenant son souffle, Harry sut sur l'instant qu'il allait être embrassé et se surprit à ne rien faire pour le repousser. Et alors que leurs lèvres s'apprêtaient à se frôler, aucun d'eux ne remarqua la petite ombre qui les épiait discrètement.

Celle-ci, silencieuse, s'approcha d'autant plus près pour assister au spectacle

A suivre.