Bonjour tout le monde !

J'espère que vous allez bien. Je suis contente de ne pas avoir à trop vous faire attendre pour ce chapitre, j'espère qu'il vous plaira. Je suis en plein dans la scène 7 et j'essaie de faire mon possible pour la terminer au plus vite afin que les délais ne soient pas trop longs... J'espère que vous me pardonneriez si jamais je devais vous faire patienter quelques jours de plus pour le prochain chapitre...

Néanmoins, les choses avancent, se mettent en place. Vous m'en direz des nouvelles, j'espère ! En tout cas très bonne lecture à tous (et surtout à toutes !).


Scène 6

Stade de Quidditch, Poudlard, 19 Octobre 1977

Andy Mitchel s'éleva dans les airs courageusement, malgré son bras cassé et son corps éreinté. Il s'élança presque aussitôt sur la petite balle d'or qui, persuadée de ne plus avoir à craindre personne, était restée stationnaire. Surprise, elle tenta de s'enfuir, talonnée de près par le joueur. L'attrapeur ne pouvait cependant pas utiliser sciemment son bras et chaque fois que ce dernier bougeait, on tressautait et ralentissait inévitablement avant de s'élancer à nouveau, toujours encouragé par la foule.

Cette fois, Gryffondors et même quelques Serpentards se joignirent aux cris, excités par le match incroyable qui se déroulait sous leurs yeux.

Andy volait à une vitesse irrégulière sans toutefois se laisser distancer par la petite balle en or. Pendant quelques minutes que dura leur duel, toute la foule retint son souffle. Personne n'osait plus y croire et des pics de déception les gagnaient chaque fois que l'attrapeur sursautait de douleur et perdait de la vitesse.

Même Amy était captivée par la course poursuite. Elle se mit à prier Merlin que le Serdaigle réussisse et que son calvaire s'arrête enfin. Elle avait mal pour lui et était impressionnée par l'effort qu'il consentait à faire pour un simple match. Cette frénésie de gagner, cette folle passion pour la victoire, lui donnait envie de faire de même, de se surpasser, d'être seulement capable d'oublier sa douleur pour accomplir son rêve.

— Vas-y, tu peux le faire !, se surprit-elle à crier. Allez ! Allez ! Allez !

Eddy la regarda d'abord étonné puis avec un grand sourire. Il lui tapota le dos avant de plaquer ses deux mains de part et d'autre de sa bouche et d'hurler aussi fort qu'elle.

— Vas-y, tu peux le faire ! Allez ! Allez ! Allez !

Comme elle l'avait fait la première fois qu'Eddy avait hurlé le nom d'Andy, elle répéta ce même cri à l'unisson, le transformant en un chant rythmé par des coups de pied au sol et des claquements de main. Le joueur fut galvanisé par l'énergie de l'hymne improvisé et sa main tendue se referma sur le vif au prix d'un ultime effort. Tout le monde put voir son visage se détendre et s'éclairer d'un sourire avant que, soudain, son balai piqua vers le sol dans une chute vertigineuse.

Une fois de plus, s'éleva au-dessus des hurlements terrorisés des spectateurs la voix forte de Dumbledore et le corps évanoui du Serdaigle s'immobilisa dans les airs comme l'avait fait celui de l'attrapeur de Poufsouffle quelques instants plus tôt. Tous les joueurs descendirent alors au sol et les Serdaigles accoururent vers leur confrère pour le porter en héro. La foule scanda une dernière fois le nom d'Andy Mitchell. Eddy se jeta sur les escaliers, se précipitant hors des tribunes, bousculant les élèves qui lui barraient la route. Amy devina qu'il voulait rejoindre son meilleur ami que Mme Bibine et le professeur McGonagall arrachait des mains des joueurs pour l'amener à l'infirmerie. Autour d'elle, tout le monde s'exclamait. Même les Poufsouffles, bien que déçus par leur défaite, étaient toutefois excités et commentaient le match avec vigueur. Amy retrouva alors Jane qui s'était lassée depuis de son protecteur et l'avait tout simplement laissé en plan derrière elle. Elle plaça un bras protecteur derrière l'épaule de son amie et lui glissa à l'oreille :

— J'étais si certaine que tu allais t'ennuyer sans moi mais à ce que j'ai pu constater, tu te débrouilles très bien !

— Tu ne vas pas recommencer !, soupira Amy qui voyait très bien où tout cela allait les mener.

Jane éclata de rire mais accepta toutefois de la laisser tranquille. Elles suivirent les élèves et quittèrent le stade. Elles cherchèrent du regard leur ami mais Oliver était introuvable. A sa place, elles virent Sirius leur faire de grands signes en essayant de les rejoindre. Mais le courant d'élèves retournant au château était trop fort et il dut s'écarter pour ne pas se laisser emporter plus loin. Amy et Jane jouèrent des coudes pour le rejoindre.

— Qu'est-ce qu'il y a ?, lui demanda Jane avant qu'Amy ne put le faire.

— Les Serdaigles organisent une fête pour leur victoire ce soir !, leur expliqua-t-il avec excitation. On va s'y infiltrer. Ça vous tente ?

— Mais… mais, on est des Gryffondors, répondit Amy.

— Et ?

— On n'est pas invités, termina-t-elle d'une voix timide, sentant qu'il allait rire d'elle.

— Ah ! Mais si, on l'est, assura Sirius en lui prenant l'épaule pour l'inviter à se mettre en route. Comme à chaque fois, tu oublies une chose, une chose fondamentale.

— Quoi donc ?

— Je suis un Maraudeur !

Jane regarda les deux s'éloigner avec un sourcil levé. Ils l'avaient complètement oubliée !

— oOo —

Grande Salle, Poudlard, 20 Octobre 1977

— Ca y est !, s'exclama Amy en arrivant à table. J'arrive à faire de la magie !

Elle s'installa sur la chaise à côté d'Oliver, un grand sourire aux lèvres. Jane et Oliver l'interrogèrent aussitôt sur le sujet car ils se doutaient bien que cela s'était produit en réalité la veille, lorsqu'elle était à la fête de Serdaigle. Les Maraudeurs, Amy, Jane et Oliver s'étaient rendus à la fameuse soirée et le trio avait été plus que surpris de constater que les élèves de Serdaigle savaient festoyer aussi bien, voire même plus encore, que Gryffondor. Il y avait une table remplie de mets délicieux : un assemblage de gâteaux, de bonbons, de friandises en tout genre, de fruits confis et diverses boissons, même alcoolisées. La musique était excellente : un mélange de folklore et de rock, mélangé à du pop rythmique et du métal. Tout le monde dansait, s'enlaçait, riait aux éclats… Les joueurs vedettes furent acclamés de toute part, on les porta aux épaules, on les fit sauter en l'air… Même le pauvre Andy eut son compte, malgré ses protestations. Eddy d'ailleurs avait été l'un des premiers à le soulever.

Ce dernier avait aussi accaparé Amy pendant une partie de la soirée, lui donnant l'occasion de féliciter l'attrapeur qui se révéla être un garçon joyeux et simple, dont la philosophie était tout bonnement de toujours donner le meilleur de lui-même, dans n'importe quelle situation, et pour n'importe quoi. Son bras avait été soigné par l'infirmière et il avait fallu beaucoup d'effort pour la persuader de le laisser retourner à la Tour ce soir – une victoire qui impressionna tous les Gryffondors présents. Eddy lui expliqua que, plus jeune, Pomfresh avait fait ses études à Serdaigle. Aussi, les élèves de sa maison parvenaient presque toujours à acquérir ses faveurs. Mais là, quand même, il avait fallu argumenter durement pour la convaincre.

A un moment, au pic de l'excitation, et en voyant d'autres faire de même, Eddy avait attrapé Amy par la taille et l'avait soulevé. Aussitôt, un autre Serdaigle s'était joint à lui et ensemble, ils la faisaient voler dans les airs. Ce que n'apprécia pas beaucoup la jeune fille qui s'était mise à crier, les suppliant de la faire redescendre. Seulement, les garçons étaient beaucoup trop agités pour l'entendre.

La peur au ventre, Amy avait réussi à tirer sa baguette et à la pointer sur le plafond qu'elle voyait dangereusement s'approcher à rythme régulier. Elle s'était alors écriée avec toute sa force :

Cadent aguamenti !

Sa baguette avait alors vibré puis une boule de lumière bleue s'était élevée au-dessus d'elle avant d'éclater et de se déverser en une eau glacée. Amy en reçut une première rasade, mais ce n'était rien vis-à-vis de ceux qui s'étaient trouvés en-dessous. Eddy et l'autre Serdaigle hurlèrent en se reculant, les bras au-dessus de leur tête. En une seconde, Amy comprit qu'elle allait se fracasser le dos à terre mais alors que sa chute était certaine, des bras se glissèrent en-dessous d'elle et amortirent le choc. Ses fesses rebondirent sur le sol douloureusement mais ce fut tout.

Quand elle reprit ses esprits, elle regarda autour d'elle et aperçut deux touffes de cheveux bruns et blonds. Puis des gémissements lui parvinrent malgré les multiples râlements qui échappaient des élèves trempés. Enfin, elle se rendit compte qu'elle écrasait deux paires de bras. Maladroitement, en leur faisant sans doute encore plus mal sans le vouloir, elle se pressa de se relever et se tourna vers Sirius et Remus qui se redressèrent en grimaçant.

— Désolée !, s'excusa-t-elle en rougissant violemment. Je vous ai fait mal ?

— Question idiote, lâcha Sirius. Tu pèses bien ton poids ! Aïe !

Remus venait de lui flanquer un coup dans les côtes en secouant la tête avec exaspération.

— Bien sûr que non, affirma-t-il d'une voix forte, comme s'il voulait faire oublier ce que Sirius venait de dire. Ce n'était rien du tout.

Amy bégaya plusieurs fois des excuses, toujours rouge de honte. Eddy s'approcha mais Sirius lui barra la route en le toisant du regard et le Serdaigle battit retraite pour le moment. Après cela, la Gryffondor voulut retourner à son dortoir et les deux Maraudeurs insistèrent pour l'y accompagner.

— Et voilà, termina Amy. Vous savez tout !

— Et après tu dis que tu n'as pas de chance en amour ?

— Pourquoi tu en reviens toujours à ça ?, se braqua Amy en soupirant avec ennui.

— Résumons les faits, tu as balancé de l'eau à la tête d'un Serdaigle qui ne te quitte plus et deux Maraudeurs, dont l'un t'a déclaré sa flamme et l'autre t'a rejetée, t'ont secouru. Ben oui, pourquoi j'en reviens toujours là, hm... ?

Amy leva les mains en l'air et secoua la tête, convaincue qu'elle ne réussirait jamais à lui faire abandonner cette idée.

— oOo —

Pré-Au-Lard, Poudlard, 26 Octobre 1977

Toute la semaine suivante, le sort voulut donner toutes les raisons à Jane de taquiner son amie. Partout où elle allait, et particulièrement quand Jane était présente, Amy rencontrait inévitablement Eddy et ce dernier venait toujours lui adresser la parole, pour blaguer, pour discuter ou pour lui demander des nouvelles sur les notes qu'il lui avait données en vue des BUSES. A chaque fois, Jane adressait un détestable sourire à Amy et se mettait à pouffer si bien que la jeune fille aurait presque souhaité ne jamais avoir rencontré le Serdaigle.

Heureusement, Jane s'était mise à sortir avec le garçon du match – un Poufsouffle dont le nom compliqué échappait toujours à Amy – et traînait de plus en plus avec lui, laissant la Gryffondor souffler un peu.

— Allez, s'il te plaît !, supplia Amy en regardant Oliver avec des yeux de cocker.

Son ami dut détourner les yeux pour ne pas craquer. Amy commençait à maîtriser de plus en plus le processus de métamorphose et était capable de modifier légèrement l'apparence de ses yeux, les rendant aussi irrésistible que ceux d'un chien implorant son maître.

— Non !, répéta-t-il en essayant d'être le plus ferme possible. Je ne vais pas là-bas. Hors de question !

— Mais s'il te plaît, Jane n'est pas là...

— Justement !

Amy tapota la table remplie de friandises à côté d'elle avec frustration. Cela faisait bien cinq minutes qu'elle essayait de soudoyer son ami pour qu'il l'accompagne dans le salon de thé de Madame Pieddodu mais le Gryffondor tenait bon : il n'y mettrait pas les pieds, pour tout l'or du monde.

— Mais je ne veux pas y aller seule, se plaignit-elle. C'est la honte !

— Alors n'y va pas !, soupira Oliver. Ou bien, vas-y avec Lily et Opale. Elles y vont régulièrement, non ?

— Elles ne viennent pas, grommela Amy avec mauvaise humeur. Opale est malade et Lily a préféré étudier...

— Je commence à me dire que j'aurais du faire de même, soupira encore le garçon.

— Tu acceptes de venir ?, lui demanda-t-elle plein d'espoir.

Un « Non » définitif lui fit perdre tout sourire.

— Je vais aller m'acheter des produits pour mon balai, reprit Oliver. Et puis je vais rentrer.

— Tu ne vas pas m'abandonner comme ça ?, gémit Amy.

— Ce n'est pas si terrible, répliqua-t-il. Tu n'as qu'à y aller la prochaine fois.

— Mais c'est aujourd'hui que je veux y aller !, insista-t-elle.

— Alors, vas-y toute seule.

Oliver paya ses bonbons et sortit de la boutique sans l'attendre. Frustrée, Amy se tourna vers l'étalage et fixa sans vraiment les voir des chauves souris en guimauve qui se mordaient tour à tour. Elle serait restée longtemps si quelqu'un ne lui avait pas tapée doucement sur l'épaule, la tirant de ses pensées. Elle sursauta et se tourna vers Eddy qui arborait un étrange sourire. Amy resta plusieurs secondes à contempler les trois lignées de dents qui le composaient avant de se rendre compte qu'il avait mis dans sa bouche un de ces bonbons en forme de dentiers d'animaux ! Elle se détendit et éclata de rire, le traitant au passage d'idiot. Fier de son effet, Eddy mordit définitivement dedans et manqua de s'étouffer en avalant par maladresse un trop gros morceau pour sa gorge. La vendeuse le mitrailla du regard et lui rappela qu'il devait d'abord payer avant de pouvoir consommer.

— Alors, comme ça, tu n'as trouvé personne pour t'accompagner prendre un thé ?

— Non, répondit-elle d'un ton boudeur, Jane est avec son nouveau copain et Oliver déteste aller là-bas.

— Tu m'étonnes..., marmonna Eddy. Devant son air bougon, il rajouta : Excuse-moi, Amy, mais c'est tellement ringard... Et tellement rose aussi !

— Pourtant, des tas de garçons y vont avec leurs copines...

— Justement, ils y vont parce qu'ils ont une copine, la corrigea-t-il. Crois-moi, si ce n'était pas pour les beaux yeux d'une fille, aucun garçon digne de ce nom n'y mettrait jamais les pieds !

— Et malgré tout, tu veux m'y accompagner ?, lui demanda-t-elle soudain suspicieuse.

— C'est un vrai cadeau que je te concède, répliqua-t-il. Si, si, je t'assure. Mais si tu acceptes de m'offrir mes bonbons et la boisson que je choisirai, je veux bien me sacrifier.

Amy ne put s'empêcher d'éclater de rire. Elle considéra rapidement la question et accepta son offre. De toute façon, à présent qu'Oliver était parti, que ce soit chez Mme Pieddodu ou ailleurs, elle était toute seule. La compagnie d'Eddy, en revanche, était une promesse d'un moment amusant. L'accord étant passé, elle paya l'ensemble de leurs achats et ils partirent en direction du fameux salon à thé.

— Hé, Amy !

Sirius s'arrêta à leur côté.

— Salut Sirius.

— Tu es toute seule ?, lui demanda-t-il.

— Sympa, railla Eddy dans sa barbe.

Amy lui adressa un sourire d'excuse.

— Jane est avec son amoureux et Oliver a préféré rentrer, expliqua-t-elle rapidement. Eddy et moi allions boire quelque chose...

— Ah ! Très bien ! Je meurs de soif, affirma-t-il. Mais... vous alliez où ? Les Trois Balais se trouve dans la rue principale, et même La Tête de Sanglier est de l'autre côté.

— On va...

— Chez Madame Pieddodu, répondit Eddy à sa place. Toujours sûr de vouloir venir ?

Il l'avait dit sur un ton de défi. Sur le moment, Sirius eut un mouvement de recul. La maison de thé n'était vraiment pas appréciée chez les garçons, Amy devait bien admettre qu'elle débordait de féminité. Malgré tout, elle ne comprenait pas pourquoi les garçons en étaient allergiques, comme si y aller signifiait pour eux de voir leur virilité mise à l'épreuve, ou quelque chose comme ça. Eddy eut un large sourire, persuadé que jamais le Maraudeur n'accepterait de s'y rendre. Cependant, au prix d'un grand effort, mais surtout poussé par l'envie de rabattre le claquet au Serdaigle, Sirius se racla la gorge et affirma que ce serait un vrai plaisir que de l'y accompagner.

— Il n'est donc plus nécessaire que tu viennes, déclara-t-il à Eddy tout en posant une main sur l'épaule d'Amy. Je m'occupe d'elle.

— Sirius !, protesta celle-ci en rougissant.

Mais le Serdaigle ne comptait pas se laisser faire et, posant une main sur l'autre épaule de la jeune fille, sourit au Gryffondor.

— Au contraire, je tiens à venir, assura-t-il.

Pendant plusieurs secondes, les deux garçons se regardèrent en chien de faïence. Amy n'en croyait pas ses yeux qu'est-ce qui leur arrivait à ces deux-là ? Les paroles de Jane lui revinrent en mémoire. Elle secoua la tête, refusant d'y croire.

— Plus on est de fous, railla Sirius sans y croire mais on gardant un sourire contrit, plus on rit.

— Allons-y, conclut Eddy.

Sans lâcher l'épaule qu'ils tenaient fermement, ils pivotèrent maladroitement et commencèrent à avancer dans un rythme peu coordonné. Amy eut la désagréable impression d'être guidée comme une marionnette et se tortilla pour se libérer de leurs emprises.

— Vous me faites un peu mal, se plaignit-elle. Lâchez-moi. Qu'est-ce qui vous prend ?

Ils sursautèrent et la libérèrent d'un même mouvement ; ils avaient oublié qu'ils la tenaient encore par l'épaule. Seul Eddy s'excusa de vive voix, Sirius se contenta seulement de la lâcher et de frotter sa main sur sa cuisse. L'étrange trio arriva alors devant une boutique aux murs roses saumon qui fit grincer des dents les deux garçons. Même Amy dut reconnaître que la couleur était affreuse.

A l'intérieur, ils trouvèrent une ambiance chaude, parfumée et aux lumières tamisées. La majorité des clients étaient composés de couples qui discutaient en se penchant sur des petites tables rondes surmontées de dentelles. Les autres étaient des petits groupes de filles de tout âge, qui tournèrent aussitôt le regard quand elles entendirent le petit carillon annonçant l'arrivée de nouveaux visiteurs. Tout de suite, les yeux se rivèrent sur les deux beaux garçons et elles se mirent à glousser. Certains fusillèrent Amy du regard, laquelle se pressa sur une chaise vide et se recroquevilla, intimidée par l'attention qu'attiraient les deux Gryffondors. Eddy ne semblait pas à l'aise non plus et regarda autour de lui avec appréhension. Seul Sirius paraissait être dans son élément. Il lança des clins d'oeil aux filles d'une autre table et elles se mirent à glousser de plus belle. Amy se cacha un visage exaspéré derrière la carte. Eddy fit mine de vomir.

— Vos commandes ?, demanda une vieille femme d'une voix fluette.

Amy s'apprêtait à lui répondre mais elle rougit soudain et referma la bouche, baissant les yeux sur la carte.

— Vous pouvez nous donner un peu de temps pour choisir ?, demanda poliment Eddy. Je ne connais aucun de ces thés, et quitte à augmenter certaines facultés libidineuses, je préfère autant être sûr de mon choix.

Madame Pieddodu observa étrangement le Serdaigle avant de s'en aller sans dire un mot, sans doute un peu offensée par le ton ironique d'Eddy. Sirius, interpelé par ses propos, se tourna finalement vers eux et attrapa à son tour la carte. Aussitôt, il éclata de rire.

— "Les arômes exotiques de ce thé ne sont pas que pour le goût", lut-il à voix haute, "mais augmentent fortement vos chances de trouver l'âme sœur plus sûrement encore que si le destin lui-même décidait de vous le pointer du doigt." Sans rire ! Si je le bois, elle va m'apparaître, comme ça ?

—"Le poivre blanc vous aidera à pigmenter votre relation amoureuse et, le cas échéant où votre cœur n'a pas encore trouvé de chevalier pour le servir, il vous aidera à augmenter vos charmes naturels et les révéler au grand jour". Je me demande qui pourrait croire que cela marche vraiment...

Amy rougit violemment et se terra derrière sa carte, espérant que les garçons ne la verraient pas. C'était précisément le thé qu'elle voulait prendre. Heureusement qu'elle s'était ravisée et n'avait rien dit ! Sans nul doute, ils se seraient moqués d'elle. Elle regretta d'avoir tant tenu à venir accompagnée. Certes, certaines curieuses auraient pu se demander pourquoi elle était seule, mais au moins personne n'aurait jamais pu savoir ce qu'elle espérait obtenir en buvant son thé. Elle y croyait, elle, à toutes ces choses. Cela devait bien marcher ! Sinon les thés de Madame Pieddodu n'auraient pas autant de succès.

— Je vais le prendre, soyons fou !, se décida Sirius en riant. Mais, j'espère que mon âme sœur ne sera pas Betty Leroy !

Celle-ci n'arrêtait pas de le lorgner du regard, espérant attirer son attention. Elle avait de vilains boutons rougeâtres sur une peau grasse et des lunettes toujours sales. Eddy pouffa et opta pour un thé dont les vertus lui promettaient une aventure brève mais inoubliable.

— Et toi Amy ?, demanda-t-il ensuite. Quel est ton thé de prédilection ?

La jeune fille sentit le stress la gagner et ne parvint plus à lire les descriptions sous les titres, aussi ce fut au hasard qu'elle choisit.

— Le thé de Morphée.

Les deux garçons le cherchèrent sur leur menu et éclatèrent de rire.

— J'ignorais que tu en étais à ce point !, commenta Sirius.

Inquiète, elle fouilla rapidement la carte et trouva le fameux breuvage. "Morphée vous emportera dans de doux et langoureux rêves où le garçon de vos rêves se joindra pour réaliser vos fantasmes les plus fous." Ses yeux s'écarquillèrent et elle se fit encore plus petite, le visage en feu.

— Ce n'est pas... Ce n'est pas..., bafouilla-t-elle, incapable de parler.

— Allons, allons, il n'y a pas de honte, lui dit Eddy avec un sourire taquin. Moi, par exemple, certains soirs, je...

Amy plaqua ses deux mains sur les oreilles et détourna la tête, incapable de soutenir son regard. Elle l'entendit néanmoins rire et il tira sur son bras.

— Je plaisante, Amy. Bon, on la passe, cette commande ?

— C'est ce que j'allais vous demander, intervint la gérante. Et si je puis me permettre, faites moins de bruit, on n'entend plus que vous ici !

— On croirait entre la vieille Bibine, marmonna Sirius quand elle s'éloigna. Et puis, on ne parle pas si fort !

— Oui mais comme tout le monde murmure, tout de suite, ça résonne, remarqua Eddy en baissant d'un ton.

— C'est d'un barbant...

Le silence tomba lourdement à leur table. Amy chercha quoi dire mais n'arriva pas à amorcer la moindre conversation. Les deux garçons étaient si différents qu'elle ne voyait pas comment réunir les deux autour d'un même sujet. Et plus ils se turent et plus elle se sentit mal à l'aise. Vraiment, elle aurait mieux de ne pas venir... Mais pourquoi Sirius avait-il tant tenu à se joindre à eux ? Avec Eddy, il n'était pas très difficile de trouver quelque chose à dire. D'ailleurs, c'était lui qui, le plus souvent, engageait et menait la conversation.

Finalement, Madame Pieddodu revint avec leurs boissons. Amy regarda la sienne avec appréhension. Le thé de Morphée avait une odeur sucrée, ce qui la rassura, elle préférait les boissons prononcées en sucre. Avec prudence, elle humecta ses lèvres et inspira une petite goulée de thé brûlant. Elle fut alors submergée par une sensation forte de douceur qui lui fit fermer les yeux d'extase. Un instant, elle crut plonger dans des draps de la plus belle qualité de soie, si doux et légers qu'elle croyait être plongée dans les nuages. Puis une sensation de chaleur l'enveloppa comme si deux bras solides se glissaient lentement autour d'elle et se refermaient sur sa poitrine et sur son ventre. Un souffle caressa sa nuque et ses cheveux, lui arrachant un petit cri de plaisir.

Cela sembla durer des heures et pourtant quand Amy se sentit revenir à la réalité, elle regretta que ce fût si court. Elle ouvrit les yeux et se rendit compte que les deux garçons la regardaient avec des airs étranges. Par réflexe, elle rougit et se braqua, demandant d'une voix rauque et sur la défensive :

— Quoi ?

— Rien, rien, bafouilla Eddy avec embarras.

Même Sirius était mal à l'aise et ses joues avaient rougi, ce qui n'était pas pour lui ressembler.

— Disons que tu ferais mieux de ne pas terminer ton thé, articula-t-il difficilement, ces simples mots le faisant rougir encore plus.

Amy fronça les sourcils et se demanda ce qui avait pu se passer. Elle commença à paniquer ; et si elle avait dit ou fait des choses bizarres sans même s'en rendre compte ? Elle se rappelait de l'instant magique qu'elle venait de passer, si jouissif qu'elle en avait éprouvé des frissons de plaisir, et si ça avait été plus que des frissons ? Et si elle s'était mise à geindre ?

Elle repoussa brutalement la tasse loin d'elle et quitta la table avant de s'enfuir hors de la maison de thé, la tête rentrée dans les épaules, rouge de honte. Elle n'aurait jamais du venir ! Comment allait-elle pouvoir faire face à Eddy ? Sirius ? Merlin, si jamais elle avait vraiment joui devant eux...

— Amy, attends !

Sirius fut le premier à la rattraper. Il agrippa son épaule et l'obligea à s'arrêter. Elle détourna la tête, certaine qu'elle verrait sur son visage de la moquerie.

— Ne t'en va pas comme ça, ce n'était pas si...

Il s'arrêta, chercha ses mots pendant quelques secondes et poussa un râle de frustration, incapable de finir sa phrase. Sirius n'était pas vraiment doué pour ce qui était d'avoir du tact, aussi butait-il toujours quand il s'agissait d'en faire preuve.

— Enfin, ce n'est pas...

— Ce que Sirius veut dire, c'est que personne ne s'en est rendu compte, intervint Eddy. Et pour ma part, j'ai déjà oublié ce qui s'est passé.

— Oui, oui, moi aussi, assura le Maraudeur en hochant vigoureusement la tête. Tu ne veux pas revenir ?

Amy hésita un instant avant d'hocher négativement la tête.

— Je préfère rentrer, dit-elle.

— Bon, si c'est ce que tu veux, lâcha Eddy en soupirant. Je rentre avec toi.

— Mais non !...

— De toute façon, il faut que je retrouve Andy sur le terrain, insista-t-il. Que ce soit avec ou sans toi, je retourne à Poudlard, alors autant s'y rendre ensemble.

— Je viens aussi, affirma Sirius d'une voix forte. Je ne sais même pas où sont passés les autres...

Et ceci dit, il s'imposa entre Eddy et Amy. Cette dernière le remarqua et fronça les sourcils, n'osant pas lui poser de questions devant le Serdaigle. Mais l'attitude du Maraudeur durant l'après-midi l'intriguait. Le Maraudeur agissait comme un vrai gamin jaloux, pourtant elle était presque sûre qu'il ne l'était pas.

Une fois arrivés à Poudlard, Eddy les quitta et se rendit au stade de Quidditch. Presque aussitôt, Sirius partit à son tour à la recherche des autres Maraudeurs. Amy retourna donc seule à la salle commune où elle retrouva Oliver.

— oOo —

Grande Salle, Poudlard, 31 Octobre 1977

Tous les élèves bavardaient avec excitation autour des quatre tables. Le dîner avait été fabuleux et le décor dans l'immense salle mettait une ambiance joyeuse parmi les professeurs et les élèves. Certains se mirent à raconter des histoires effrayantes, profitant de la lumière tamisée et de la présente de têtes de citrouilles, de chauve-souris et autres créatures nocturnes pour pigmenter leur effet. D'autres chantaient joyeusement des chansons pour l'occasion et certains se contentaient de quelques blagues. Le repas était terminé mais tout le monde tenait à rester pour faire durer la fête. Et puis, les tables étaient recouvertes de friandises en tout genre et de jus de citrouilles délicieux incitant tous les élèves à rester pour grignoter.

Sans compter que le directeur avait promis en début du repas que des jeux seraient organisés pour tous ceux qui décideraient de rester. En attendant, chacun s'amusait et se goinfrait de tout ce qu'il trouvait.

— Dire que tu voulais retourner à la salle commune !, s'exclama Jane en avalant sa quatrième chocogrenouille.

— Demain, on a cours, répliqua-t-il en décortiquant soigneusement l'emballage d'une dragée étoilée.

Jane poussa un soupir et secoua la tête.

— Pourquoi tu tiens toujours à faire le rabat-joie quand on s'amuse enfin ?

— Il a raison, fit Amy, hésitante. On ferait peut-être mieux de...

— Oh non !, protesta Jane avec colère. Ca suffit maintenant, on n'est plus des enfants. Ce n'est pas grave si, pour une fois, on fait la fête ! Demain, on a cours, d'accord. Mais on n'a aucun contrôle et nos devoirs sont prêts. Pourquoi se priverait-on d'un peu de plaisir ? Et puis, si les professeurs jugeaient que nous devrions aller dormir, pourquoi proposeraient-ils de rester, hein ?

Oliver haussa les épaules.

— Peut-être parce qu'il n'y a pas que des Cinquième Années dans cette école, suggéra-t-il sur un ton cassant.

Le visage de Jane rougit, ses lèvres se pincèrent et ses yeux lancèrent des éclairs. Mais, contrairement à quoi Amy s'attendait, elle se tut et se contenta de bouder dans son coin. Ce n'était pas dans les habitudes de la jeune fille de ne pas répliquer. D'habitude, elle chercherait à lui rabattre le claquet même en sortant des absurdités. Mais cette fois, elle se mura dans le silence. Amy n'osa pas lui parler, de peur que la colère de Jane ne retombe sur elle (ce qui était parfois arrivé). Oliver aussi n'avait plus rien dit et se mit à mâcher lentement son bonbon doré tout en balançant son emballage dans une corbeille. Le papier s'embrasa et une petite fumée de couleur s'éleva. Bientôt, il ne resta plus rien.

Comme s'il avait senti que l'ambiance était en train de changer de couleur, le directeur se leva et tapa trois fois dans ses mains, rétablissant un silence absolu dans l'ensemble de la Grande Salle. Toutes les têtes se tournèrent vers lui, avec, pour la majorité, un certain soulagement. Les histoires et les chants ayant été toutes racontées et chantées, les élèves commençaient à s'impatienter et d'autres se mettaient à bailler.

Dumbledore donna un beau discours, complimentant comme de bien entendu la saveur de ses friandises préférées du moment, puis aborda le sujet qui intéressait tout le monde.

— Ce soir, je vous propose de vous prêter à une activité peu ordinaire, un petit jeu que vos professeurs et moi-même avons passé la journée à confectionner à votre insu, expliqua-t-il, un petit sourire content sur le visage. Nous l'avons intitulé : Il était une fin.

Quelques murmures s'élevèrent. Le directeur poursuivit :

— Il ne s'agit pas d'un simple jeu de pistes. Votre but sera en effet de chercher ce qu'il peut être bon de trouver mais il ne faudra pas compter que sur la chance. Votre réussite dépendra de bon nombre de facteurs, certains évidents, d'autres moins. Il vous faudra ouvrir l'œil et faire preuve de patience et de coopération. Vous allez devoir composer des équipes de deux personnes, à votre guise. Vos professeurs vous donneront un premier indice qui vous mènera à votre point de départ... s'il en question. Chaque groupe aura une destination et un but différents, aussi ne pensez qu'il vous suffit de suivre d'autres joueurs pour gagner. Certains chemins seront courts et d'autres extrêmement longs, tout dépendra de votre capacité à faire le bon choix. Maintenant, je vous invite à choisir votre partenaire et à vous signer auprès d'un professeur. Il se chargera de vous donner les derniers détails... Je n'ai plus qu'à vous donner un dernier petit conseil : faites attention aux fantômes... Bonne chance !

Une frénésie inquiétante s'empara des élèves qui s'empressèrent de s'interroger, cherchant à se trouver un partenaire au plus vite de peur de manquer de choix. Jane fut vite accaparée par son copain du moment et Oliver...

— Oliver, l'interpela Lily, à côté de lui. Je t'ai écouté plus tôt et si ça ne te dérange pas, j'aimerais que nous formions un binôme. Avec toi, je suis certaine qu'on en aura terminé suffisamment vite. Je ne tiens pas à me coucher trop tard avec ce qui nous attend demain !

Elle suivait également le cours d'Arithmancie et tenait à être en forme pour le suivre. Apparemment, leur professeur était plutôt sévère et suffisamment fourbe pour les interroger. Oliver hésita - la proposition l'avait surpris et puis il pensait accompagner Amy, mais celle-ci ne resta pas seule très longtemps. Sirius, qui n'était pas non plus très loin, voulut absolument se joindre à elle. Il insista tellement qu'elle n'eut pas la force de lui résister beaucoup.

Sirius prit les choses en main et partit récupérer leur premier indice. Quand il revint, il tenait dans sa main un petit bout de parchemin.

Le commencement est parfois une fin, lut Amy. Mais qu'est-ce que ça veut dire ?

Sirius tenta de lui répondre mais quelqu'un le bouscula, trop pressé sans doute de trouver son point de départ. Ils durent se réfugier contre les murs pour éviter la masse d'élèves qui se ruaient vers la sortie. Leurs yeux rivés sur l'énigme, ils attendirent que la plus grosse partie des élèves soient partis pour commencer à émettre des suggestions.

— Une fin qui représenterait un commencement..., réfléchit Amy à haute voix. Une fin... un commencement... Mais oui !, s'exclama-t-elle. La mort !

— La mort ?, répéta Sirius. En quoi la mort est-il un commencement ?

— C'est... euh... ce que ma tante m'a dit quand ma mère est..." La voix d'Amy s'affaiblit et elle baissa les yeux de tristesse. "Elle m'a dit plusieurs fois, maintenant je m'en rappelle, que la mort était aussi le début d'une autre vie, de quelque chose de plus grand... Je ne sais pas l'expliquer, mais c'est ce qu'elle me disait.

— D'accord, articula le Maraudeur, peu convaincu. Dans ce cas-là, il faut chercher quelque chose qui ait un rapport avec la mort.

— Un cimetière ?

Sirius secoua la tête.

— Flitwick a précisé qu'il ne fallait pas chercher hors de l'école, à l'exception du parc et du stade de Quidditch, expliqua-t-il. Non, s'il faut trouver quelque chose en rapport avec la mort, c'est dans les environs.

— Les fantômes ?, proposa-t-elle. Mais Dumbledore a dit qu'il fallait s'en méfier...

— Oui mais c'est la seule piste qu'on a, allons-y !

Amy le suivit hors de la Grande Salle et ils s'engagèrent dans les couloirs.

— Où est-ce qu'on va ?, demanda-t-elle. Tu sais où on peut les trouver ?

— Non, mais on finira bien par tomber sur eux !, déclara Sirius avec enthousiasme. Au pire, on croisera peut-être un tableau représentant la mort, qui sait ?

Elle le regarda, se demandant s'il pensait ce qu'il disait ou s'il la taquinait mais Sirius avait l'air sérieux. Ils croisèrent plusieurs duos qui se précipitaient dans une direction ou dans une autre, à la recherche du prochain indice. Un couple se disputait, s'inculpant chacun d'avoir mal interprété leur premier indice. Plus loin, ils rencontrèrent deux premières années qui étaient recouvertes d'un liquide collant et vert fluorescent. Visiblement, ils avaient fait une mauvaise rencontre... A un moment, un hurlement inhumain rugit et Amy hurla de peur, se réfugiant par instinct derrière une énorme citrouille qui volait à travers le couloir, éclairant grâce à la lumière qui émanait d'elle par enchantement. Sirius aussi eut peur et ne tarda pas à brandir sa baguette. Longtemps, ils guettèrent la moindre approche d'un quelconque monstre mais le silence s'abattit de nouveau et rien ne vint.

— Qu'est-ce... que c'était ?, bredouilla Amy, apeurée.

Sirius haussa les épaules.

— Ca ne semble pas s'approcher, en tout cas, conclut-il en abaissant sa baguette sans toutefois la ranger. On ferait mieux de continuer.

Amy hésita à quitter le rassurant abri qu'elle s'était trouvée et finit par le suivre, se rapprochant de lui, toujours inquiète d'entendre à nouveau l'hurlement surgir.

— Ils n'auraient pas lâché une immonde bête dans le château quand même ?, osa-t-elle demander.

— Ca m'étonnerait, répondit-il pour la rassurer. Ou alors ils ont juste amplifié le cri d'un scroutt à pétard pour nous faire croire à une bête féroce. C'est Halloween, ne l'oublie pas !

— Un scroutt à pétard, quand même, pouffa Amy en secouant la tête. Alors ils l'ont amplifié par mille... Ca crie, ces machins-là ?

— Je ne sais pas, fit-il en haussant les épaules une fois de plus. Et je ne crois pas avoir très envie de le savoir... Bon allez, en route !

Au bout d'un moment, le cri retentit à nouveau mais cette fois derrière eux. Amy se rapprocha encore de Sirius, tremblante. Et dire que toute la semaine, elle aurait préféré l'éviter. Sirius avait été infernal depuis Pré-Au-Lard. Chaque fois qu'elle se trouvait en compagnie d'Eddy, indubitablement, il finissait par apparaître et s'imposer entre eux. Eddy pensait que Sirius les suivait ou leur avait jeté un sort pour être alerté chaque fois qu'ils s'approchaient. Jane s'amusait à dire que Sirius s'imposait par jalousie. Mais Amy ne pouvait se résoudre à le croire. Sirius jaloux parce qu'elle se liait d'amitié avec un autre garçon ? Cela lui semblait improbable ! Après tout, se disait-elle, cela ne faisait que deux ans qu'il l'avait rejetée. Son opinion sur elle ne devait pas avoir tant évolué. Et même, c'était Sirius Black...

— Là !, s'écria ce dernier en pointant du doigt le bout du couloir.

Ils pressèrent le pas pour rejoindre le fantôme avant que ce dernier ne disparaisse à travers les murs mais ils s'arrêtèrent brusquement, quand ils virent que le fantôme n'avait pas de tête. Amy poussa un cri d'horreur. Le fantôme avait beau être translucide et gris, elle pouvait voir le moindre détail de son cou, là où aurait dû être sa tête. Sirius grimaça.

— Mr le fantôme ?, demanda-t-il.

Mais le corps en lévitation ne bougea pas. Bien sûr, sans tête, comment aurait-il pu répondre ou même les entendre ?

— Bon, on ne tirera rien de celui-là, conclut Sirius. Allons chercher ailleurs.

Amy accepta sans hésiter et ils s'en allèrent. En chemin, ils croisèrent plusieurs élèves qui tenaient d'autres indices dans leurs mains. Un duo s'arrêta auprès d'eux et leur demanda s'ils avaient vu quelque chose qui aurait égaré sa tête, ce à quoi ils purent répondre.

— J'aimerais bien qu'on nous aide, nous aussi, soupira Amy quand ils reprirent leur route. Où est-ce qu'on peut bien croiser un fantôme ?

— Près de la cantine, se rappela Sirius. Ils adorent humer l'odeur de nourriture... Enfin, je crois qu'ils font juste semblant. Ils ne peuvent rien sentir, puisqu'ils sont morts !

Ils s'engagèrent dans les escaliers en direction du rez-de-chaussée. Ils arrivaient dans le couloir qui menait vers les cuisines quand ils entendirent un grand fracas et des cris surgir devant eux. Ils pressèrent le pas et découvrir quatre élèves recouverts également du même liquide visqueux que les deux jeunes filles qu'ils avaient vu quelques minutes plus tôt.

— Qu'est-ce qui vous est arrivé ?, leur demanda Amy.

— Peeves, grommela un garçon de sixième année. Voilà ce qui nous est arrivés !

Peeves était un esprit farceur qui adorait taquiner les élèves en leur balançant tout ce qui lui tombait sous la main.

— Pour une fois qu'il est autorisé à faire des bêtises, il s'en donne à coeur joie, grinça la fille qui l'accompagnait. On a essayé de le fuir mais, bien sûr, c'est un fantôme et il traverse les murs... Faites attention, il traîne sûrement encore dans les parages.

— Ouais, les cuisines sont un des lieux phares du jeu, rajouta Eddy qui arrivait derrière eux. Pas étonnant que Peeves guette dans les parages.

— Eddy, Andy, vous aussi vous êtes à la recherche de votre indice ?, demanda Amy.

— Oui, du troisième !, répondit Andy en agitant un bout de parchemin déchiré. On a eu aucun mal pour les deux premiers mais quand on a voulu récupérer le troisième, un fantôme est apparu et nous a demandé de le lui donner. Il disait que c'était lui qui se chargeait de l'énigme...

— Et Andy, bien sûr, l'a cru et lui a donné le parchemin, continua Eddy de mauvaise humeur. Le fantôme l'a alors déchiré en deux et en a gardé un bout avec lui, nous laissant avec seulement la moitié !

— Je t'ai déjà dit que j'étais désolé, se défendit Andy. Je n'avais pas écouté Dumbledore sur la fin de son discours...

— Et de votre côté, ça avance ?, demanda Eddy en ignorant la remarque de son ami.

— Pas vraiment... On en est encore à l'indice de départ, avoua Amy, un peu honteuse.

— Montre-le nous, on pourra peut-être t'aider, proposa Andy.

Amy lui tendit la petite feuille et les deux Serdaigles se penchèrent dessus.

— C'est trop bizarre, conclut Andy. Un commencement qui serait une fin ?

— On a pensé à la mort, lui indiqua Amy.

— Ah ! Oui, ça peut être ça !

— Je connais un tableau qui représente la mort, se rappela Eddy. Il est dans le couloir qui mène à la Tour de Serdaigle.

— Génial !, s'exclama Amy. Eddy, tu es super !

— C'est ce que je n'arrête pas de lui dire, ricana Andy. Il a résolu les deux premières énigmes en un rien de temps.

— Oui, bon, ce n'est pas grand-chose, je passe dans ce couloir tous les jours, dit-il avec modestie.

— Ca n'empêche pas que, moi, je n'aurais pas su dire où il était.

— Ca, c'est parce que tu ne regardes jamais autour de toi, se moqua Eddy.

— Oh, ça va...

— Tu entends, Sirius, on va peut-être résoudre notre première énigme !, se réjouit Amy.

— Ouais, enfin, rien ne dit que ce soit vraiment de ce tableau dont il est question, répliqua ce dernier. Ca peut être un fantôme.

— Je ne crois pas, affirma Eddy. Un fantôme est l'existence après la mort. Donc, ce n'est ni la fin ni un début, puisqu'il sera perpétuellement le même...

— C'est toi qui le dis...

— Alors dis-moi, quel fantôme choisirais-tu ?, soupira le Serdaigle. Ce n'est un jeu seulement de hasard. L'énigme peut aborder plusieurs solutions mais seule une est la bonne. Quel fantôme est à même de correspondre à ton indice ?

Sirius le fusilla du regard et secoua la tête sans toutefois répondre. Puis, il se tourna vers Amy et dit d'un ton brusque :

— C'est toi qui décides.

Cette dernière sentit une pointe de nervosité la gagner. Elle ne tenait pas à fâcher aucun des deux mais elle n'avait pas le choix, aussi ce fut d'une voix timide qu'elle répondit :

— Je pense qu'il faut aller voir ce tableau...

Les lèvres de Sirius se retroussèrent.

— ...En chemin, si on croise un fantôme, on pourra aussi l'interroger.

Sirius haussa les épaules sans toutefois réussir à tromper personne ; tous savaient qu'il n'avouerait jamais de front s'être trompé. Eddy notamment avait remarqué un léger tremblement aux commissures des lèvres du Gryffondor, ce qui l'avait fait sourire. Finalement, le groupe se sépara et Amy s'en sentit un peu soulagée. Malgré tout, un certain malaise demeurait ; l'antipathie de Sirius envers Eddy semblait provenir de nulle part. Elle avait interrogé le Serdaigle durant la semaine et celui-ci lui avait assuré n'avait jamais eu de différents avec le Maraudeur. Alors pourquoi ce dernier affichait une telle animosité ?

— Qu'est-ce qu'il y a entre Eddy et toi ?, se décida-t-elle à l'interroger.

Sirius sembla buter sur la question, visiblement embêté. Il tenta d'éluder en répondre par un simple et expéditif "Rien" mais Amy ne s'arrêta pas là et le pressa à lui répondre. Il se mordit la lèvre et soupira.

— Ce garçon te tourne autour.

Amy s'arrêta, estomaquée par l'abrupte réponse. Elle ne pouvait avoir bien entendu ; et si elle avait bien entendu, il devait y avoir une mal interprétation !

— Que veux-tu dire ?, demanda-t-elle d'une voix plus troublée qu'elle ne l'aurait pensé.

— Et bien que ce garçon s'intéresse à toi, qu'il flirte, qu'il te drague. Appelle ça comme tu le sens !

Quelque chose dans l'attitude de Sirius finit par irriter Amy. Toute la semaine, il avait été encombrant, s'imposant toujours dans ses conversations avec Eddy, le poussant à interrompre leurs discussions et à s'en aller, l'éloignant d'elle sans aucune justification. Amy n'était pas assez sotte ou aveugle pour ignorer ses intentions. Le Maraudeur ne voulait pas les laisser se rapprocher ; le seul mystère était de comprendre pourquoi. Elle ne sut comment lui répondre ; devait-elle lui asséner que cela ne le regardait pas ? lui demander pourquoi il s'y intéressait ? Elle se mordilla la lèvre et agita la jambe.

— Eddy ne me drague pas, finit-elle par répondre calmement. Qu'importe, qu'est-ce que ça peut te faire ?

— Tu t'en doutes déjà, répondit-il.

Amy fronça les sourcils et secoua la tête, signant son incompréhension. Sirius sembla embêté et se gratta la tête.

— Je peux t'expliquer mais promets une... non, deux choses.

— C'est-à-dire ?, fit-elle, soudain méfiante.

Il hésita encore quelques instants avant de répondre, le visage rouge. Il ne semblait plus si fier à présent.

— La première, que tu ne te fâcheras pas, énonça-t-il.

Amy acquiesça pour l'inciter à continuer ; elle s'attendait à ce qu'il le lui demande. Mais c'était visiblement la seconde promesse qui lui causait tant de tracas et qui intriguait le plus la jeune fille.

— La seconde... que tu n'en touches pas mot à Remus, avoua Sirius en grimaçant.

Il n'osa pas la regarder et se mit à jouer des jambes. Amy ne le quitta pas du regard, choquée par sa révélation. Ce qui la surprenait autant n'était pas seulement dû à ses paroles mais par la surprise qu'elle ressentait. Au fond, à bien y réfléchir, c'était typique du garçon qui agissait par impulsivité et veillait à protéger les intérêts de ses amis. Mais quand même, c'était poussé le bouchon un peu loin. Mieux valait encore que Remus ne fut pas au courant, en effet, sans doute le Maraudeur n'apprécierait pas d'apprendre son initiative.

Elle voulut réagir mais elle ne sut comment. Elle était encore trop abasourdie pour savoir si elle devait éclater de colère ou de rire. Aussi, préféra-t-elle refermer sa bouche et ne rien dire. Elle dépassa Sirius et reprit son chemin. Ce dernier commença à paniquer.

— Je devais le faire, tu ne comprends pas ?, lui lança-t-il en la rattrapant. Remus t'aime encore, je le sais, et ça lui ferait mal que tu t'intéresses à quelqu'un d'autre. Et puis, tu...

Là, Amy s'arrêta et se tourna vers lui, le défiant de terminer sa phrase. Sirius se tut et se mordit la langue, comprenant qu'il ferait mieux de ne pas poursuivre. Pendant un long moment, ils demeurèrent en silence. Le Maraudeur était mal à l'aise et inquiet, guettant la moindre réaction sur le visage d'Amy qui resta toutefois de marbre. Pourtant, elle ne cherchait pas à être ni froide ni impassible. Ses pensées étaient si floues qu'elle ne parvenait pas à démêler quoi que ce soit, ne serait-ce qu'une attitude à adopter.

— Remus souffre déjà énormément, reprit Sirius. Je ne veux pas qu'il souffre plus…

— Je ne suis pas sûre de comprendre, affirma Amy, les sourcils froncés, la voix grondante. Ce serait de ma faute s'il souffre ?

Sirius butta sur sa réponse, ce qui n'arrangea pas la situation.

— Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire !, se reprit-il avant de soupirer. Je parlais d'autre chose… Mais j'ai l'impression que rien de ce que je pourrais dire ne pourrait t'en convaincre…

Amy eut un léger mouvement de recul et ses joues s'empourprèrent. Un moment, elle baissa la tête.

— Je sais qu'il a un problème, finit-elle par dire d'une voix faible. Et aussi que j'ai été dure avec lui... Mais je ne voulais pas lui faire de mal, je t'assure !

— Je le sais, répondit Sirius lentement. Excuse-moi, c'est moi qui dois m'excuser. J'ai tout foiré, comme d'habitude. Mais quand j'ai vu que ce Serdaigle te tournait autour et comment ça affectait Remus, je n'ai pas pu m'en empêcher.

Amy regarda Sirius avec surprise. Le Maraudeur paraissait sincèrement désolé. Tout de suite, elle se sentit plus calme et réussit même à lui sourire.

— Remus a de la chance d'avoir un si bon ami, dit-elle, autant pour apaiser l'atmosphère que pour changer de sujet.

Malgré lui, Sirius sourit face au compliment. Sans avoir à se concerter, ils reprirent leur route. Ils n'étaient alors plus très loin de la Tour Serdaigle et chacun se mit à observer les tableaux qu'ils croisaient. Pendant quelques instants, ils se concentrèrent sur leur tâche et Amy réussit à oublier un peu leur conversation en se plongeant volontiers dans l'observation des œuvres. Ce n'était pas aussi facile que ça en avait l'air car les personnages ne cessaient de bouger. Certains mêmes réagirent et lui parlèrent, surtout pour rouspéter de la voir ainsi les dévisager. Elle osa les interroger sur le tableau de la mort - rougissant un peu car, n'ayant pas l'habitude de parler à des images, elle se sentait un peu idiote - mais personne ne sut lui répondre. Sirius émit la possibilité qu'Eddy se fut trompé mais Amy ne le pensait pas : même s'ils avaient nié connaître l'existence du dit tableau, les personnages interrogés avaient eu l'air terrorisé à son évocation.

Amy arriva alors devant un tableau qui captiva toute son attention. Au premier coup d'œil, on n'y voyait qu'un noir rapidement peint, dont les dernières couches de pinceau se signaient par une texture d'épaisseur inégale, comme si le peinte avait été pris de frénésie en composant son œuvre. Elle se surprit à éprouver une peur grandissante au fur et à mesure qu'elle observait le noir intense. L'obscurité semblait l'absorber dans son néant, vers un infini inexistant où il n'y avait rien. Rien à voir, rien à y trouver, absolument plus rien à espérer.

Soudain, elle comprit et elle en frissonna.

— Sirius, appela-t-elle d'une voix qui lui sembla provenir d'ailleurs.

Elle ne se tourna pas pour le voir s'approcher, ses yeux restèrent rivés sur l'intense noir, comme si une force obscure la tirait vers l'avant. Le noir envahit tout son champ de vision et elle crut un instant qu'elle allait sombrer définitivement dans la pénombre mais deux mains la tirèrent en arrière avec force. Alors elle se rendit compte qu'elle avait perdu les esprits et que, pendant un instant – court ou long, elle ne saurait le dire –, sa conscience s'était éteinte. Ramenée brusquement à elle, elle eut un hoquet de surprise et trébucha. Seule la poigne ferme de Sirius l'empêcha de tomber et elle s'agrippa avec force à son bras.

— Ça va ?, lui demanda le Maraudeur avec inquiétude. Tu trembles !

— Que s'est-il passé ?, l'interrogea-t-elle en quittant pour la première fois du regard le tableau sombre.

Malgré tout, elle sentit une force obscure l'inciter à tourner la tête et à se replonger dans le vide mais elle s'efforça du mieux qu'elle put à garder le contact visuel avec Sirius, aussi ne lâcha-t-elle pas son bras.

— Je ne sais pas, déclara Sirius qui referma sa main sur son bras et la tint fermement pour lui assurer son soutient. Tu m'as appelée et je t'ai vue qui t'approchait doucement du tableau. On aurait cru que tu étais aspirée... Ton visage était presque à l'intérieur et si je ne t'avais pas tirée... Je ne sais pas ce qu'il serait arrivé, conclut-il en haussant les épaules. Mais pendant un moment, tu ne réagissais pas, c'était bizarre ! Je t'ai appelée plusieurs fois mais rien, tu ne bougeais pas ! Et puis, je t'ai un peu trop secouée et tu as perdu l'équilibre...

— C'est tout ce dont je me souviens, dit Amy, perturbée. J'ai été intriguée par le noir... puis je me suis sentie attirée, à un tel point que je ne savais même plus où j'étais... Je me rappelle juste avoir ressenti une immense peur qui m'a glacée... C'est là que j'ai compris. Ce tableau, c'est ce qu'on cherche. (Elle hocha plusieurs fois la tête, plus par nervosité que par réelle nécessité.) C'est... C'est... (Elle ferma les yeux et se mordit la lèvre, essayant de se reprendre.) La mort.

Elle souffla son nom si bas que Sirius dut se pencher pour l'entendre. Il grimaça en la sentant planter ses ongles dans sa chair mais ne dit rien quand il la sentit trembler plus fort encore. Amy était pis encore que terrorisée. Il la tira loin du tableau dont il sentait son emprise sur elle. Il observa la toile noire avec perplexité il ne voyait pas ce qui dans cette couleur uniforme avait bien pu lui faire penser qu'il s'agissait de la mort ni comment cela avait-il pu avoir autant d'effet sur elle.

— C'était horrible, répéta encore Amy. J'ai cru que j'étais perdue à jamais ! Je n'avais plus conscience de rien... Et si...

— Shhht, fit Sirius en lui plaçant un doigt sur la bouche pour l'interrompre en douceur. C'est terminé maintenant, tu ne crains plus rien.

Ce n'était pas grand-chose mais la voix chaleureuse et basse de Sirius apaisa Amy et elle se calma un peu. Une fois qu'elle se fut assez reprise pour se maintenir debout seule, il glissa sa main le long de son bras et attrapa sa main pour se rapprocher du tableau tout en la maintenant à distance. Il la sentit se tendre quand il observa de plus près le tableau de la mort et il pressa plus fort sa main pour la rassurer.

Il regarda la toile à l'épaisseur inégale. Des traits de pinceaux grossiers rendaient l'ensemble maladroit mais Sirius n'arrivait pas à y voir une représentation de la Mort. Il se l'était toujours imaginée semblable à un détracteur : un squelette recouverte d'une vaste cape noire déchirée qui ne laissait voir aucun visage, juste une silhouette sombre et effrayante. Mais ce noir uniforme ne lui inspirait aucune peur, aucune sensation quelconque, juste une certaine perplexité.

— Je ne vois rien, dit-il en se retournant vers son amie. Qu'est-ce qui te fait dire que c'est le bon tableau ?

— Ça l'est, affirma-t-elle d'un ton définitif. Je l'ai senti...

— Mais il n'y a rien, rétorqua-t-il.

— C'est précisément ça ! La mort, c'est l'absence de toute vie, de toute existence, de tout élément tangible ou intangible. C'est le néant, le chaos, un gouffre incommensurable. Ça laisse un vide qui nous aspire, nous prend à la gorge et en tire toute notre âme. Même quand on reste en vie, la mort qui frappe touche chacun de nous et creuse en nous une absence que plus rien ne pourra combler.

Amy détourna la tête quand elle sentit des larmes lui monter aux yeux. Le pouce de Sirius se mit à caresser sa paume, signant sa présence, et elle s'efforça de ravaler son chagrin et de se reprendre. Elle était gênée de se montrer si vulnérable deux fois de suite et se refusait d'abuser de la gentillesse du Maraudeur. Sirius garda le silence mais ses yeux l'interrogèrent avec discrétion. Elle se força à sourire.

— C'est le tableau, reprit-elle après s'être éclairci la gorge. Je pourrais le parier.

— D'accord, fit-il diplomatiquement. Mais je ne vois aucun indice. Les autres avaient récupéré des parchemins, non ?

— C'est vrai, se rappela Amy, soulagée de changer de sujet. On se serait trompés ?

— Nous, non, mais ton ami, oui, répondit Sirius. Ben quoi ?, se défendit-il quand elle lui adressa un regard exaspéré. C'était son idée, non ?

— Et elle était bonne, répliqua-t-elle. Bon, qu'est-ce qu'on fait à présent ? Il y a peut-être d'autres tableaux évoquant la mort mais je suis certaine que si cela avait été la réponse alors ce serait ici qu'on aurait trouvé notre indice.

— Alors, c'est sûrement un fantôme, conclut-il.

Mais Amy n'était pas convaincue. Elle se rappela les paroles du directeur. Les fantômes étaient trompeurs... peut-être même les trompaient-ils déjà en leur laissant supposer qu'ils étaient la réponse. Elle se mit à répéter le seul indice à leur disposition et à retourner la phrase dans tous les sens. Petit à petit, elle sentit grandir en elle une sorte d'excitation tandis qu'elle commençait à percevoir le début d'une réponse. Sirius vit le changement sur son visage et l'observa avec curiosité. Quand il essaya de l'interroger, elle le coupa en levant un doigt mais il était trop tard. Déconcentrée, ses pensées s'étaient évaporées et la solution également. Un sentiment de frustration remplaça alors l'excitation et elle se sentit soudain en colère.

— Je l'avais !, s'énerva-t-elle. Je suis sûre que j'étais sur le point de comprendre... Tout est dans l'indice. Le commencement est parfois une fin. Autrement dit, mais oui !, s'exclama-t-elle en bondissant de joie. Sirius, j'ai trouvé la réponse !

— C'est quoi ?, lui demanda-t-il mais Amy le coupa à nouveau.

— Viens !

Sans attendre, elle lâcha sa main et commença à courir, très vite suivie par un Sirius perplexe qui tenta en vain de lui demander ce qu'elle avait découvert. La jeune fille ne l'écouta pas, trop excitée par la certitude d'avoir résolu l'affaire. C'était tellement simple !, pensa-t-elle en gloussant. Elle n'arrivait pas à croire ne pas l'avoir compris plus tôt. À présent qu'elle avait trouvé la réponse, cela lui paraissait d'une évidence ridicule.

Avec une rapidité qui surprit Sirius, elle dévala les escaliers, en sauta les dernières marches avec agilité et s'engouffra dans les longs couloirs qui menaient vers l'entrée du château. Il remarqua alors qu'elle n'était plus tout à fait la fille qui courrait en peinant dans la neige blanche l'année dernière. Et s'il devait remonter plus loin encore, elle n'était plus du tout celle qu'il avait rejetée sur le toit d'Astronomie. Il n'était pas insensible, comme beaucoup le croyaient, ni cruel il n'avait pas non plus oublié, comme il laissait le croire, avoir blessée Amy. À bien des égards, il pensait justement avoir fait la seule chose qu'il était raisonnable de faire.

Ils arrivèrent alors au rez-de-chaussée. Un moment, il crut que la jeune fille allait ralentir, puisqu'ils étaient arrivées à la porte qui signifiait à la fois le début de leur année scolaire quand ils la traversaient le 1er Septembre et la fin quand ils quittaient le château pour retourner chez eux. Mais non, Amy poursuivit son chemin jusqu'à la Grande Salle. Elle poussa la grande porte et entra à l'intérieur. Sirius lui emboîta le pas, comprenant soudain ce qu'elle avait voulu dire.

— Nous y sommes, déclara Amy en s'arrêtant, essoufflée. Nous devrions trouver quelque chose dans les environs...

— La fin est notre point de départ, conclut Sirius. Bien trouvé !

Amy sourit de plaisir, ravie à l'idée d'avoir résolu l'énigme, même si d'autres, comme Oliver, l'aurait déchiffré bien plus rapidement. Ils n'eurent pas à chercher trop longtemps un petit parchemin était disponible sur la table de Gryffondor, précisément où Amy avait été assise à table, comme si la personne qui s'était chargée de l'organisation avait su dès le départ qu'elle résoudrait l'affaire. Elle attrapa la feuille et le déplia.

Ainsi le début aura été la fin.