Chers amis, chers collègues… cette fic frôle désormais les 200 reviews. Deux. Cents.
Je crois qu'il ne me reste plus qu'à me mettre toute nue et à me rouler dans une pataugeoire de Nutella pour célébrer ça.


Chapitre 35 : La vérité à propos du coup de foudre, des courgettes et d'un garçon qui aimait grimper aux arbres

Comme il est vain et sot dès lors, pensai-je, de la part d'un homme craintif et qui n'a pas voyagé, de chercher à réaliser ce qu'est l'étonnant cachalot d'après ce squelette amoindri par la mort, étendu dans ce bois paisible. Non ! C'est seulement au cœur des dangers les plus aigus, au sein des tourbillons de ses palmes furieuses, sur l'infini de la mer profonde qu'on peut découvrir la baleine dans sa plénitude et dans sa vivante vérité.


Durant sa vie, Merle avait vécu beaucoup de choses, il en avait vu beaucoup d'autres, il avait eu l'occasion de découvrir les mille et une manières que les humains avaient de s'aimer ou de se haïr.
Mais il n'avait jamais cru au coup de foudre.
Il lui était déjà arrivé de croiser des femmes pour lesquelles il avait eu une attirance physique si massive et immédiate qu'il n'avait pas pu se les sortir du crâne avant d'avoir essayé par tous les moyens de coucher avec. Il lui était aussi arrivé, très rarement, de s'attacher à une femme au point d'être amoureux, mais ça avait toujours pris du temps, beaucoup de temps, et venait toujours avec toutes sortes de conditions, de contradictions et de compromis.
Mais le coup de foudre, cet amour instantané, instinctif, inconditionnel, qui vous tombait dessus de façon quasi mystique, non, ça c'était des conneries, il n'y avait jamais cru.
Du moins, jusqu'à ce jour.

Parce que lorsque la Ford déglinguée de Richard Washington s'arrêta devant la maison de Susan, lorsque cette dernière descendit les marches de son perron – Merle était sûr qu'elle serait devant la porte à leur arrivée, pas à cause de la voiture, qu'elle était incapable d'entendre, mais par inquiétude pour eux – lorsqu'elle se porta à leur rencontre, son expression préoccupée se volatilisa immédiatement.
Elle ne les vit pas descendre de la Ford, lui et Vi. Elle ne remarqua absolument pas les trois chiens qui bondissaient hors de la voiture et folâtraient à sa rencontre, ni les deux énormes caisses remplies de légumes que Vi sortit seule, malgré l'interdiction d'utiliser son bras gauche…
L'unique chose qu'elle vit à ce moment-là, ce fut Richard Washington.
Et, à voir l'expression du vieil homme, l'unique chose que lui-même vit à ce moment-là, ce fut Susan Lincoln.

Merle fit une seconde découverte ce soir-là.
Lui qui n'avait jamais été un grand supporter des légumes, et à qui la soupe inspirait avant tout des souvenirs d'enfance vaguement désagréables, apprit, grâce à sa cuisinière personnelle, que le velouté de courgettes pouvait constituer un repas complet à lui tout seul, et qu'il était également possible d'en reprendre quatre fois sans se lasser.

Un de ces jours, il se ferait un plaisir de raconter à qui voudrait bien l'entendre qu'il avait diné en compagnie de Lincoln et Washington, au beau milieu de la fin du monde, et qu'il les avait vu tomber éperdument amoureux.
Les deux vieux avaient presque complètement oublié ce qui les entourait, et n'avaient d'yeux que l'un pour l'autre.
Les trois chiens tournaient gaiement autour de la table, ravis de voir du monde. Quant à Merle et Vi, ils faisaient équipe une fois de plus. Pour tenir la chandelle aux deux vieux tourtereaux.
Ils n'avaient jamais vu la vieille dame aussi bavarde, elle parlait, parlait, avec de grands gestes, en riant. Richard, lui, ne disait rien. Il avait un grand cahier devant lui et un stylo, et il écrivait. Des pages et des pages. À toute vitesse.
Il avait immédiatement opté pour ce moyen de communication pour dialoguer avec Sue malgré sa surdité, un moyen auquel ni Merle ni Vi n'avaient jamais songé auparavant – lui parce qu'il ne pouvait pas écrire de la main gauche, elle parce qu'elle n'en avait pas la patience.
Susan et Richard se passaient tour à tour le cahier, et ponctuaient leur étrange dialogue d'exclamations et de sourires ravis. Ils se racontaient leur existence en vrac, leur enfance, leur métier, les guerres, le passé, le présent, leur famille, leurs passions. Ils bondissaient d'un sujet à l'autre, presque fiévreusement, pris d'une soif irrépressible de faire connaissance.
Ils avaient chacun la longue vie de l'autre à découvrir.


Après avoir débarrassé et servi les cafés, Vi saisit le prétexte d'aller boire le sien sur la terrasse en fumant la pipe pour s'esquiver.
Merle la rejoignit peu de temps après, la trouvant accoudée à la rambarde, absorbée dans la confection de ronds de fumée.
« Combien ? lança-t-il.
- Cinquante-quatre, répondit Vi du tac-au-tac.
- Tout ça ?
- Le vin de chez Fourrure est fort piégeur, répliqua-t-elle. Et vous-même, mon cher Meryl ?
- Un petit trente-deux.
- Je sais pas où en sont les deux autres sur le soûlomètre, mais j'peux déjà dire sans m'tromper qu'ils ont explosé le séductomètre du premier coup. »
Merle s'alluma une cigarette dans le fourneau de la pipe de sa partenaire.
« Quand j'pense que l'aïeule a passé les deux dernières semaines à tenter de nous foutre ensemble…
- Et au final, c'est nous qui l'avons casée ! acheva Vi, avant de partir d'un éclat de rire, que son ami partagea.
Ils se serrèrent vigoureusement la main, se congratulant mutuellement.
« On est des putains d'bons entremetteurs, se réjouit la jeune fille.
- Sue m'impressionne sur c'coup-là. Quatre-vingt-huit ans, quand même.
- Et contrairement à moi, elle a pas encore dépassé sa date de péremption. Ça force le respect. »
Ils se marrèrent de plus belle.

Lorsqu'ils revinrent au salon, ils trouvèrent les amoureux exactement dans la même position.
C'était à se demander s'ils avaient seulement remarqué leur absence.
Mais à leur arrivée, Richard repoussa sa chaise.
« Et bien, chère madame, je pense qu'il est temps pour moi de retourner de mon côté du lac, il se fait tard, annonça-t-il en élevant la voix.
- Oh Jésus ! C'est pourtant vrai, il est presque une heure. Le temps est passé si vite, je ne m'en suis même pas rendu compte. »
Le visage épanoui de Susan était soudain devenu mélancolique. Elle poussa un petit soupir tristounet.
« Moi non plus », avoua Richard, avant de soupirer à son tour.
Tous deux avaient l'air de deux enfants déçus à l'idée d'être obligé d'aller se coucher trop tôt à leur goût.
« Oh, mais, il fait noir, ce ne serait pas prudent de conduire maintenant. Et puis, vous avez bu », fit remarquer Susan, une pointe d'espoir dans la voix.
Vi étouffa un petit rire en jetant un regard en coin à Merle, lequel sourit malicieusement. Comme si le vieux risquait de rencontrer un flic sur la route !
Richard eut une expression hésitante, mais c'était l'hésitation de quelqu'un qui attendait juste qu'on le pousse.
« Oh, si j'osais, je vous proposerais volontiers d'occuper la chambre d'amis, continua Susan. Mais j'ai bien peur qu'elle ne soit… »
La vieille dame leva alors la tête, distraite par Vi et Merle, qui s'étaient soudain mis à gesticuler frénétiquement dans le dos de Richard, mimant des grands signes de dénégation et autres pantomimes théâtrales improvisées en panique.
« … libre », acheva Sue avec un sourire radieux.
Les deux amis se répandirent en gestes victorieux à l'adresse de la petite vieille.
« Oh, vraiment ? Mais je ne voudrais pas abuser de votre hospitalité, répliqua Richard, qui, contrairement à ce qu'il venait de dire, en avait au contraire visiblement très envie.
- Mais non, mais non, vous abusez pas ! déclara Merle.
- C'est proposé de bon cœur, renchérit son amie. On ne va quand même pas vous laisser repartir de nuit par ce froid.
- Oui, hein, avec l'hiver qui arrive.
- Et puis les loups affamés qui rôdent et tout, non non, vous serez bien mieux ici, décréta Vi.
- Bon, et bien c'est décidé, n'est-ce pas, dit Susan, ravie. Quelqu'un veut un digestif ? »
Les trois autres levèrent la main en même temps.

Ils trinquèrent tous quatre, entrechoquant leurs petits verres d'eau de vie de pomme, dont Richard avait offert plusieurs bouteille à sa nouvelle voisine.
« À l'avenir ! » déclara joyeusement l'octogénaire.
Après un instant d'étonnement, ses trois invités le répétèrent solennellement, avant de boire cul-sec.
Merle fit des yeux le tour de la table, Richard qui s'était remis à gratter le papier tel un écolier appliqué, Susan qui le couvait d'un regard fasciné, et Vi, ivre, qui se resservait un nouveau verre, les joues empourprées et un sourire d'une oreille à l'autre.
Merle se leva, et s'éclaircit la gorge pour réclamer l'attention.
« Demain, on part », annonça-t-il fortement.
Vi écarquilla les yeux, et il vit passer une foule d'émotions sur son visage, alors qu'elle demeurait silencieuse. Surprise, joie, soulagement, excitation, et, ce qui le toucha le plus, une immense gratitude muette.
Susan, elle, lui adressa un sourire, à la fois chaleureux et, crut-il deviner, empreint d'une pointe de fierté, après quoi elle fit mine de s'étonner, et affecta même d'être un peu peinée. Comment, ils partaient déjà ? Jésus ! C'était si rapide, ils ne voulaient vraiment pas attendre un jour de plus ?
Mais Merle avait déjà vu le sourire, et pleinement deviné ce qu'il signifiait.
Il venait de faire le bon choix.


La nuit était déjà très avancée, et on pouvait apercevoir la lune haute dans le ciel, à travers les branches des arbres.
Merle et Vi avaient finalement pris congé des deux vieux jeunes amoureux. Leur lit habituel ayant été cédé à Richard Washington, ils avaient décidé de s'installer pour la nuit chez la famille Fourrure, dont la luxueuse maison était distante de moins d'un kilomètre. C'était une promenade sympathique à faire au clair de lune, et aussi un bon moyen de faire passer un peu la quantité d'alcool astronomique qu'ils avaient ingérée.
Le reste de la soirée s'était achevé sur les préparatifs du lendemain, que Merle avait planifiés en grande partie avec Richard. Ce dernier chargerait le reste de leurs affaires dans sa voiture et les ramènerait ensuite jusqu'à la Dodge, qui était restée de l'autre côté du lac.
Il se chargerait également d'achever la conservation du chevreuil, et même la récolte des pommes de Susan qui Vi avait entamée.
Il ne faisait pas le moindre doute que la vieille dame n'avait plus trop de souci à se faire désormais pour l'hiver à venir, et que, de son côté, Richard Washington n'aurait plus à souffrir de la solitude.
A vrai dire, Merle et Vi doutaient fortement qu'il passe beaucoup de temps chez lui dans les semaines à venir.

Vi, qui était comme d'habitude, pour une raison évidente de gabarit, plus éméchée que son coéquipier, était d'une humeur excellente.
Elle marchait en lui tenant le bras, donnant ainsi l'impression de deux fiancés du dix-neuvième siècle en balade, mais Merle avait du mal à estimer si c'était un geste affectueux de sa part, ou si elle le faisait parce qu'elle était si bourrée qu'elle n'arrivait plus à marcher droit.
Probablement un peu des deux.
Une fois entrée dans la grande bâtisse obscure, Vi sortit de ses affaires deux lampes et en tendit une à son voisin.
« C'est la fête, ce soir, lança-t-elle gaiement. Chacun son lit, le top du luxe ! »
Merle se surprit à avoir un petit pincement au cœur en comprenant qu'il allait dormir seul. Il s'en voulut immédiatement de sa stupidité. À force de dormir à côté de Vi chez Susan, il en avait pris l'habitude, au point d'oublier qu'ils le faisaient par commodité, parce que c'était le seul bon lit disponible. Ici, forcément, le problème ne se posait plus, la maison était vaste et pleine de chambres vides. C'était bien normal que Vi se réjouisse à l'idée de passer la nuit seule. Pourquoi aurait-elle voulu dormir avec lui ?
« Toi qui arrêtes pas de ronchonner que j'prends trop d'place la nuit, tu vas être ravi, ajouta-t-elle, espiègle.
- Bon débarras, se força-t-il à rétorquer.
- Tu l'as dit. Au fait, j'te préviens, j'prends la chambre avec le lit à baldaquin. »
Il haussa les épaules. Il se foutait complètement de choisir sa chambre, tout ce qu'il lui fallait c'était un matelas.
« Une dernière vraie bonne nuit avant de retourner vivre dans la voiture », proclama-t-elle.
Il ne pouvait qu'approuver.


Merle fixait l'obscurité au dessus de lui, allongé sur le lit qu'il s'était attribué.
Comme souvent au moment de s'endormir, son bras droit était posé sur son ventre, le gauche passé derrière sa tête – une habitude qu'il avait depuis l'enfance.
Il se sentait bien, installé confortablement, baignant dans une ivresse agréable.
Et pourtant, le sommeil ne venait pas.
Il avait une drôle d'impression.
Comme s'il manquait quelque chose.
C'était complètement stupide. Il était dans un vrai lit, propre, avec un bon oreiller juste sous sa tête et un toit solide juste au-dessus. Il n'avait besoin de rien d'autre pour dormir, bon sang !
Et pourtant, il manquait bien quelque chose.
Le bruit d'une respiration plus forte et sifflante que la normale, et un léger parfum, tenace et familier, de tabac à pipe.
L'ébriété lui donnait des idées idiotes. Et s'il se levait et que… ?
Il se retourna et enfouit son visage dans l'oreille en grommelant.
« Dors, abruti… », marmonna-t-il.

Il parvint finalement à trouver le sommeil, mais ce dernier était si léger que lorsqu'il entendit prononcer doucement son nom juste à côté de lui, il s'éveilla d'un seul coup, sursautant presque.
Vi se trouvait devant son lit, sa lampe à la main.
« On peut savoir c'que tu fous chez moi ? »
Elle lui adressa un de ses sourires ironiques.
« Voir Sue et Richard aussi amoureux, ça a été une révélation pour moi, alors j'peux plus taire mes sentiments envers toi plus longtemps, déclara-t-elle. Merle, je brûle d'amour pour toi.
- T'es sérieuse ?
- Bien sûr que non, patate. Je saigne du nez. »
Cette seconde explication semblait encore plus aberrante que la première.
C'est alors qu'il remarqua le chiffon taché qu'elle tenait dans la main.
« C'est quoi cette connerie ?
- C'est pas une connerie, répondit-elle d'un ton sarcastique, c'est du sang qui coule de mon nez. On appelle ça saigner du nez.
- Et alors, qu'est-ce que j'en ai à foutre que tu saignes du pif ?
- Ça fait plus d'une heure. »
Il ne réagit pas.
« C'est la première fois que ça m'arrive, insista-t-elle. Aussi longtemps, j'veux dire.
- Et qu'est-ce qu'il faut faire ?
- J'en ai aucune idée.
- Et moi, qu'est-ce que tu veux qu'je fasse ?
- Rien du tout.
- Alors pourquoi tu viens m'réveiller en pleine nuit, bordel de merde ? »
La voir tourner ainsi autour du pot commençait à l'agacer sérieusement.
« Pour rien, rétorqua-t-elle. Oublie. C'était une mauvaise idée d'toute façon. »
Elle se retourna vers la porte.
« Stop », intervint Merle soudainement.
La petite partie de son cerveau dédiée à l'empathie venait de se réveiller, avec un peu de retard.
C'était à la fois simple à comprendre, parce que, tout bien considéré, c'était une réaction naturelle. Mais compliqué à deviner, parce que ça ne rentrait pas dans la palette d'émotions que Vi donnait à voir d'elle-même d'habitude.
« C'est bon, pose ton cul », lui dit-il en désignant le lit à côté de lui.
Après tout, en quoi était-ce si surprenant qu'elle ressente le besoin d'être rassurée ?
Même sans saigner du nez, elle avait plus que son content de raisons d'être anxieuse.
Non, la véritable surprise, c'était pourquoi maintenant ? Et pourquoi auprès de lui ?
Alors qu'elle s'asseyait sur le lit, adossée au mur, en tailleur, Merle se demanda à nouveau quel souvenir elle avait gardé exactement de cette nuit de tempête où il l'avait tenue dans ses bras.
Ce serait pas mal, quand même, un jour, qu'il mette son orgueil de côté et lui pose simplement la question.
« J't'avais bien dit d'pas boire autant d'gnôle du vieux, plaisanta-t-il pour meubler le silence. C'est pas pour les santés fragiles, c'truc-là. Maintenant, ton cerveau va te couler par le nez jusqu'à la mort.
- Ça ne me fait pas rire », protesta Vi.
Elle n'était pas amusée du tout. Il se rendit compte que cette histoire de sang la préoccupait vraiment.
« Allez, fais pas cette gueule-là, j'plaisantais. Ça va s'arrêter tout seul.
- Ça fait beaucoup d'sang, quand même, non ? murmura-t-elle.
- Et alors ? Depuis quand t'as peur du sang, toi ? Tu m'as opéré avec une scie, du sang, y en avait partout.
- Ouais, j'sais, mais… quand c'est mon sang à moi, ça fait pas pareil. »
Il pouvait difficilement lui donner tort là-dessus.
« Allez, te tracasse pas, c'est juste un p'tit saignement d'nez. Personne est jamais mort de ça.
- Facile à dire pour toi, ça fait une heure que ça dure, y en a deux teeshirts remplis dans ma chambre.
- C'est rien ça, j'en ai perdu beaucoup plus que ça moi, quand j'ai perdu ma main.
- Mais toi t'es super costaud, t'es quasi indestructible. Moi j'suis toute maigre et merdique. J'me sens déjà pas très bien, là.
- Pas très bien comment ?
- Ça tourne un peu. »
Merle soupira.
« T'es en train d'te stresser toute seule, c'est pour ça, si tu t'détends pas un peu tu vas t'rendre malade.
- C'est des conneries.
- Pourquoi t'es venue m'voir si c'est pas pour suivre les sages conseils de ton ainé ? plaisanta-t-il à nouveau.
- J'suis venue te voir pour être rassurée par ta présence sympathique et bienveillante », rétorqua-t-elle.
Il soupira à nouveau. Comment appelait-on le fait d'être devenu si ironique qu'on finissait par dire la stricte vérité en la faisant passer pour un sarcasme ? Est-ce qu'il y avait seulement un mot pour ça ?
Il posa les doigts de chaque côté de la nuque de sa voisine et appuya. Vi poussa un petit couinement de douleur en guise de protestation.
« Voilà, c'est bien c'que j'disais, regarde-moi ça, les pauvres petites cervicales toutes nouées. T'es plus raide qu'un putain d'bout d'bois.
- Ça n'a aucun rapport avec mon nez, rétorqua-t-elle.
- Peut-être, mais sang ou pas sang, personne peut dormir en étant aussi tendu. Pour ton pif, j'peux pas t'aider, mais pour ça, j'suis un spécialiste. Comme ça, tu seras pas venue m'voir pour rien. »
Il appuya ses propos en appuyant davantage sur les muscles de son cou.
Il vit clairement qu'elle s'apprêtait à renchérir. Qu'elle cherchait un truc bien cynique et mordant à lui balancer. Et puis finalement, rien. Son regard changea, elle poussa une sorte de soupir.
« Comme tu veux », murmura-t-elle.
Elle capitulait.

Il entreprit alors de lui dénouer patiemment tout le cou, les épaules, et le haut du dos, comme on défait une pelote emmêlée. Ce qu'elle subit sans la moindre protestation. Il était prêt à parier qu'une fois qu'elle ne serait plus tendue comme une corde de violon, elle allait arrêter de saigner du nez toute seule.
Quant à savoir pourquoi elle était si nerveuse, pas besoin d'être un fin psychologue pour le deviner.
Ici, au lac, ils avaient connu une paix à laquelle ils n'osaient même plus croire. Mais demain, ils allaient retrouver le monde réel, celui où leur vie serait en danger sans cesse, ils vivraient à nouveau dans la peur, le stress, l'incertitude perpétuelle, au milieu des cadavres, dans ce paysage macabre du monde détruit, qui leur rappellerait à chaque instant à quel point leur propre vie l'était.
Ils venaient de passer un long moment au paradis et s'apprêtaient à retourner en enfer.
Même quelqu'un d'aussi résolu et obstiné que Vi devait fatalement, à un moment où un autre, se demander si réaliser un rêve valait réellement la peine d'affronter tout ça.
Connaissant Vi, il savait déjà la réponse. Cette fille aurait continué à ramper vers le Massachussetts une fois les deux jambes arrachées.
Mais être résolu n'empêchait pas pour autant de vivre de brefs moments de mélancolie. Ce n'est pas parce qu'on chérit la destination qu'on est forcé d'apprécier chaque mètre de la route qui y mène.

Lorsqu'il estima sa partenaire suffisamment détendue pour retirer la main de son cou, elle n'avait toujours pas terminé de saigner. Ceci dit, cela ne semblait plus autant l'inquiéter. Elle semblait finalement s'être rangée à son idée, à savoir qu'une adulte d'1m80 avait fort peu de risques de décéder d'un saignement de nez.
Par contre, le massage avait eu un effet soporifique à la fois pour le praticien et la patiente, et leur tête-à-tête était en train de virer à la compétition de bâillements.
« Bon, décréta Merle en se réinstallant dans le lit, moi j'roupille, hein. Fais c'que tu veux, reste si ça t'chante.
- J'attends juste que ça s'arrête. »
Il haussa les épaules.
Il était évident pour tous deux qu'elle allait passer la nuit là. D'ailleurs, elle était déjà en train de s'installer sous les couvertures.
« T'éteins pas la lampe ? demanda-t-elle.
- Bof, on peut la laisser. J'sais qu't'aimes pas trop ça, l'obscurité. »
Elle était venue pour se rassurer, après tout. Autant lui sortir le grand jeu.
« Quand t'es là ça compte pas, ta présence hautement charismatique me fait office de lumière, répliqua-t-elle.
- Wouaw, c'est ma fête aujourd'hui, dis donc. C'est quoi tous ces compliments d'un coup ?
- T'as repris quatre fois de ma soupe aux courgettes, répondit Vi, ce soir j'suis complètement sous ton charme.
- Tu m'en diras tant », rétorqua Merle en éteignant la lampe.

« Tu sais, reprit-elle après un moment de silence, une fois l'obscurité revenue, j'me rends compte que j't'ai jamais remercié, pour avoir décidé de rester avec moi et m'avoir accompagné. »
Passé le premier instant de surprise, Merle se contenta de hausser les épaules, avec un marmonnement qui pouvait faire office de « pas de quoi ».
« J'te l'ai jamais dit, poursuivit-elle, mais j'suis vraiment contente que tu sois là. En fait, ça m'fait du bien. Je meurs moins vite depuis que tu es avec moi.
- Ah ?
- Ben ouais, tu vois, quand j'étais toute seule, tout était plus difficile, bouffer, dormir, voyager. Et puis surtout j'avais le moral dans les chaussettes. Personne à qui parler, personne pour me motiver, m'encourager, personne à qui dire bonjour le matin ou avec qui manger, c'était vraiment déprimant. En fait… j'crois bien qu'je serais déjà morte si on s'était pas rencontré. »
Elle avait dit cette dernière phrase à mi-voix, comme si elle avait du mal à l'avouer. Il comprit qu'elle n'aurait jamais été capable de lâcher un truc pareil s'ils n'avaient pas été dans le noir complet, dans une situation où il ne pouvait absolument pas croiser son regard.
Merle comprenait bien à quel point cette sincérité lui coûtait.
Lorsqu'il s'était trouvé nez à nez avec elle à son réveil, si souriante, enthousiaste et exaltée, elle avait l'air de tout sauf d'une déprimée au bout du rouleau. Elle avait tenté de toutes ses forces de donner d'elle l'image d'une fille optimiste, résistante, une dure à cuire qui n'avait besoin de personne, et elle était si bonne actrice qu'elle y était très bien parvenue.
« Maintenant j'me sens beaucoup mieux, affirma-t-elle, j'dors super bien et je remange comme il faut.
- Tu mangeais pas ?
- Pas tous les jours, avoua-t-elle. Et j'cuisinais jamais, j'grignotais juste c'que j'trouvais. C'est pas motivant de faire à manger juste pour soi. Des fois j'avais la flemme de manger, des fois aussi j'avais pas envie… ou j'oubliais. »
Merle accueillit cette nouvelle avec étonnement. Comment pouvait-on oublier de manger ?
« C'est con, t'aimes bien cuisiner pourtant.
- Tu sais, chez nous, la cuisine, c'était surtout l'truc de mon frère. C'était lui qui faisait à manger l'plus souvent, moi avec le boulot j'avais pas trop l'temps, et lui il adorait vraiment cuisiner. En fait, le peu que j'sais faire, c'est lui qui m'a appris. »
Merle prit conscience d'une chose. Vi était très indépendante pour certaines trucs, comme se battre, s'auto-médicaliser, garder la tête froide et le moral au milieu de l'horreur, mais, paradoxalement, il lui était psychologiquement difficile de faire certaines choses basiques. Se nourrir correctement, prendre soin d'elle… c'étaient des choses simples pourtant, mais elle n'avait jamais appris à les faire seule.
Sa nature profonde était de vivre en couple, en duo avec quelqu'un de très proche d'elle, aussi il lui était difficile de fonctionner par elle-même.
Lorsqu'elle disait qu'elle avait perdu la moitié de son être, ce n'était pas qu'une métaphore. Elle avait du mal à exister en tant qu'individu, à trouver de nouveaux repères.
« Enfin voilà, reprit Vi, tout ça pour dire… c'est cool que tu sois là. Donc, merci pour ça, en plus de tout le reste. »
Il aurait pu répondre que c'était un peu réciproque.
Qu'être dans le Tennessee avec quatre bols de soupe dans l'estomac, c'était nettement mieux qu'être mort dans la rue en Géorgie.
Que ça serait moins agréable pour lui de vivre avec les lacets défaits et personne pour lui ouvrir les boites de conserve.
Qu'avoir quelqu'un comme elle, quelqu'un qu'il pouvait finalement considérer comme une amie et une alliée, c'était déjà rare et précieux dans le monde d'avant, mais que désormais ça avait cent fois plus de valeur encore.
Mais Merle étant Merle, il ne répondit rien du tout, se contentant de réfléchir, et gardant ses pensées pour lui.

Au début, il s'était dit que la présence de Vi à ses côtés s'expliquait par le fait que n'importe quoi était préférable à rester seul. Mais, à force, il se rendait compte que s'il avait pu avoir le choix de son partenaire, tout en impliquant qu'il ne puisse pas avoir son frère… alors il l'aurait peut-être bien choisie elle.
Si on lui avait dit que le coéquipier idéal pour survivre à une apocalypse serait une grande gamine trop frêle, trainant un cortège de problèmes de santé et d'allergies, mauvaise tireuse, incapable de chasser et de s'orienter et conduisant affreusement mal, il en aurait peut-être bien pleuré de rire.
N'empêche qu'elle était bien là aujourd'hui, comme une évidence, et qu'il ne l'aurait pas échangée contre qui que ce soit.
Même s'il était évident qu'il allait droit dans le mur en sa compagnie, il appuyait sur l'accélérateur .
Si encore il s'était agi d'une gonzesse qu'il baisait et qui s'était avéré être un putain de bon coup, il aurait pu le comprendre, d'une certaine manière.
Mais visiblement, en ce qui concernait Vi, il valait mieux renoncer à comprendre pas mal de choses.
À commencer par pourquoi il ressentait le besoin d'être dans le même plumard qu'une fille qu'il ne touchait pas.
Il se rendit compte alors qu'il était perdu dans ses pensées depuis plusieurs minutes. Il constata en écoutant la respiration de sa voisine qu'elle s'était endormie.
Merle estima que c'était, somme toute, une bonne idée à imiter.
Pour une fois que c'était elle qui montrait le bon exemple, ça aurait été con de ne pas le suivre.


Lorsqu'il se réveilla, il sentit quelque chose entre ses bras, et son visage était en contact avec une surface chaude et confortable.
C'était une sensation agréable, et, sans qu'il puisse tout d'abord expliquer pourquoi, il éprouvait un bien-être d'autant plus étonnant qu'il n'avait pas ressenti ça depuis longtemps.
Il ouvrit les yeux et se rendit compte avec stupeur qu'il avait les deux bras littéralement enroulés autour de Vi, qui lui tournait le dos, et qu'il était en train de la serrer contre lui, le visage pressé contre son épaule.
Il manqua de pousser un juron à voix haute.
À force de dormir à côté d'elle, ça finirait par arriver tôt ou tard, il aurait dû le savoir.
Il avait cette particularité depuis toujours : il s'accrochait aux choses dans son sommeil. Fréquemment, il se réveillait avec l'oreiller serré entre ses bras, ou le traversin, ou la moitié de la couette, quand ce n'étaient pas des objets plus étranges, ou, comme dans le cas présent, des gens.
Certaines personnes, comme Daryl et Vi, parlaient en dormant. D'autres étaient somnambules, ou ronflaient, ou grinçaient des dents, ou bien faisaient Dieu sait quoi d'autre. Et lui, il s'accrochait aux choses. Il n'avait jamais compris ce qui le poussait à faire ça, surtout sachant qu'à la base, dormir serré contre les gens, ce n'était absolument pas sa tasse de thé, bien au contraire.
Absolument toutes ses petites amies le lui avaient fait remarquer. Elles avaient toutes trouvé ça mignon au début, mais le truc, c'est que bien souvent, quand il s'agrippait à quelque chose, c'était difficile de le lui faire lâcher. Étrangement, se faire réveiller au beau milieu de la nuit par un type costaud, irradiant de chaleur, qui leur broyait les côtes, elles trouvaient ça beaucoup moins mignon au bout de la troisième fois.
Et plus il était fatigué, ivre ou stressé, plus il s'accrochait aux choses.
Il avait même en réserve quelques anecdotes de beuveries tristement fameuses où il avait serré des mecs.
Et donc, là, il tenait Vi étroitement blottie contre lui. Heureusement, elle paraissait dormir profondément. Avec un peu de chance, il pourrait se dégager sans la réveiller et elle ne le prendrait pas en flagrant délit de câlin.

Il avait son bras droit replié autour d'elle et ramené contre son ventre, sous l'attelle qu'elle portait toujours en dormant. Le bras libre de Vi était passé par dessus le sien, et il avait le bras gauche carrément glissé sous elle, bloqué sous son poids.
Il ne savait pas comment il s'était débrouillé pour finir dans cette position mais ce qu'il savait, par contre, c'était qu'il allait lui falloir être plus furtif qu'un ninja pour la lâcher sans qu'elle s'en rende compte.
Il décolla sa figure de son omoplate et retira son bras droit très doucement, centimètre par centimètre, presque sans oser respirer, se glissant entre son flanc et son bras à elle.
Elle remua un peu, poussant un long soupir. Il s'arrêta net, n'osant plus faire le moindre geste.
Il attendit un petit moment sans que rien d'autre ne se produise. Vi continuait à respirer paisiblement et ses yeux étaient clos.
Il acheva de libérer son bras droit avec succès.
Il commença à bouger le gauche avec précaution.

« Bonjour, Merle. »

Il se figea sur place en entendant sa voix.
« Tu peux m'lâcher si tu veux, hein. »
Le ton était un peu ensommeillé, mais clairement intelligible.
« Lâche-moi, si tu veux », répéta-t-elle tranquillement.
Merle laissa passer quelques secondes, sans trop savoir quoi faire.
« Ça fait deux minutes que t'essaies de le faire discrètement. J'dis juste ça pour te simplifier la vie. »
Il resta un instant bloqué face au dilemme. Partir ou rester ?
Son esprit de contradiction eut finalement le dessus.
Puisqu'elle lui disait de partir, forcément, il décida de rester, pour lui donner tort. Tout bien considéré, lui laisser croire qu'il l'avait prise dans ses bras délibérément le faisait passer pour une tafiole sentimentale, mais moins que d'avouer l'avoir fait accidentellement.
Il se recolla contre son dos, repassa son bras par dessus elle et lui fit reprendre la place qu'il occupait précédemment.
Elle poussa un petit soupir d'aise et il la sentit se blottir à nouveau contre lui, avec délectation.
« Meilleur réveil depuis des mois », déclara-t-elle doucement, son sourire clairement perceptible dans le ton de sa voix.
Merle se rendit alors compte d'une chose.
C'était aussi le cas pour lui.
Ouais, il allait bel et bien droit dans le mur avec elle.
Un mur foutrement irrésistible.


Susan était en train de préparer le café et un solide petit déjeuner.
À travers la fenêtre de sa cuisine, elle voyait passer régulièrement Faye qui jouait avec les chiens de Richard. Elle galopait d'un bout à l'autre du jardin, un bâton en main, poursuivie par les deux épagneuls bondissants, et par le petit cocker à la traine, tout frétillant.
Les cris enthousiastes de la jeune femme se mêlaient aux aboiements des chiens, tandis que Sue sortait du four les miches de pain qu'elle avait commencé à préparer de bon matin – une pour le petit déjeuner, les autres pour ses amis durant leur voyage.

Elle apporta ensuite le tout sur la table que Richard avait sortie sur la terrasse.
Ce dernier et Merle y étaient actuellement assis tranquillement, et discutaient d'armes, de chasse et de chiens, trois choses que les deux hommes avaient en commun.
Durant sa vie d'adulte, Merle avait eu des chiens presque tout le temps, et même un chat une fois – arrivé de nulle part et ayant élu domicile chez lui sans lui demander son avis. Lorsqu'on chassait, avoir des chiens était presque une condition sine qua non, mais il appréciait également leur simple compagnie. Certains avaient été de piètres chasseurs, mais de très bons copains.
Ceci dit, cela faisait quelques années que le dernier d'entre eux était mort, et il n'en avait pas repris après, sa vie était devenue trop chaotique pour ça.
Mais voir cavaler les trois chiens de Richard lui donnait vaguement envie d'en avoir à nouveau. Surtout en sachant ce que le vieux avait découvert, que les animaux sentaient venir les morts-vivants de loin et les fuyaient instinctivement.
Ouais, avoir un chien pourrait être utile.
Il rangea l'idée dans un coin de son esprit, pour éventuellement la retrouver plus tard.
Il sourit irrésistiblement en voyant Vi se rouler carrément par terre avec le cocker.
Foutue gamine.
« Heureusement qu'elle est censée faire gaffe à son épaule, ronchonna-t-il pour la forme.
- Tiens, au fait, j'vous ai pas d'mandé c'qu'elle avait ? intervint Richard.
- Une deuxième luxation par dessus la première.
- C'est vous qui l'avez remise ?
- Les deux fois, ouais. Justement, là j'me demande si elle devrait garder son attelle ou pas. Ça fait un peu plus de deux semaines qu'elle la porte.
- C'est pas beaucoup.
- Non, admit-il. Mais elle aura besoin d'avoir les deux bras libres là où on va. On vit plus dans l'genre de monde où on peut s'payer le luxe d'être handicapé.
- Et vous en savez que'qu'chose, commenta le vieux avec un regard appuyé en direction de son moignon.
- Et j'en sais quelque chose, confirma Merle.
- Vot'main, c'est arrivé comment ?
- Sur un toit, répondit-il évasivement.
- Accident du travail ?
- Mouais, on peut dire ça comme ça. »
Richard laissa passer un silence.
« J'pense qu'elle peut enlever l'attelle maintenant, reprit-il. Plus tôt elle commencera à refaire marcher son épaule, mieux ce sera. A condition qu'elle y aille doucement.
- C'est beaucoup lui demander, ça », rétorqua Merle, avant de reporter soudain son attention en direction de sa coéquipière.
Durant leur conversation, il l'avait entendu se mettre à tousser, et la crise était en train d'évoluer crescendo.
Elle termina à genoux, pliée en deux, ses doigts crispés agrippant l'herbe par réflexe, le vert de la pelouse s'éclaboussant soudain de gouttelettes rouges. Les trois chiens s'étaient arrêtés de courir et faisaient cercle autour d'elle, la considérant avec étonnement.

Merle se leva de sa chaise et alla l'aider à se remettre sur pieds et à venir s'assoir sur la terrasse. Ses quintes de toux, ça lui coupait toujours les pattes.
À peine Vi installée sur un siège, Susan apparut et posa un grand verre d'eau devant elle.
Richard fixait la malade d'un air vaguement soucieux. Merle se dit que la vieille avait dû le mettre au parfum.
La jeune fille s'empressa de les rassurer, un peu agacée par leur sollicitude.
« J'vais bien bordel, arrêtez d'tirer cette tronche », ronchonna-t-elle, la manche de sa chemise pressée contre son nez, lequel s'était remis à saigner légèrement.
Susan retourna à l'intérieur, probablement pour aller chercher des mouchoirs, et Richard l'accompagna.
« Et toi, tu m'dis rien ? » demanda Vi à son ami.
Merle haussa les épaules.
« 'Suis pas ton père. »
C'était vrai qu'il aurait pu lui faire la morale, lui reprocher d'avoir autant couru et de s'être dépensée stupidement.
Mais il avait compris depuis le temps que les conseils de modération et de prudence entraient par une oreille de sa coéquipière et sortaient par l'autre.
Vi était comme elle était, et ce n'était pas lui qui la changerait. Trop de boulot.
« Ton épaule, ça va comment ? se contenta-t-il de demander.
- Bah, plutôt bien, répondit-elle, un peu surprise par la question. Ça fait plus mal du tout. Des fois j'sens qu'c'est un peu engourdi, quand j'reste longtemps dans la même position, mais sinon, ça va.
- Ok, décida Merle. Tu peux enlever l'attelle.
- C'est vrai ? s'exclama-t-elle. Tu veux dire, l'enlever pour de bon ?
- T'excite pas trop. Tu peux l'enlever en journée quand t'as besoin de ton bras, mais j'veux qu'tu la remettes pour dormir et quand t'es au repos. Et t'as toujours pas le droit de porter des trucs lourds, l'articulation est encore fragile, pigé ?
- Oui oui oui, pigé.
- Et faut t'rééduquer l'épaule aussi, t'as intérêt à le faire correctement, j'ai pas envie d'te remboiter une troisième fois.
- Oui, chef ! »


Après le petit déjeuner, ils firent tous deux une balade le long de la berge. Ils avaient décidé de faire un tour tranquillement, histoire de passer un dernier bon moment au calme avant de partir plus tard dans la journée. Susan avait insisté pour qu'ils restent encore quelques heures, arguant qu'elle avait des préparatifs à faire pour leur départ.
Merle n'était pas contre passer une dernière journée paisible, et de toute évidence, Vi non plus. Au final, ils avaient peu dormi les deux nuits précédentes, Merle se tâtait sincèrement en vue d'une sieste avant de reprendre la route.
En attendant de se décider, il prenait plaisir à simplement faire un tour au bord du lac, qu'il mit à profit pour expliquer en détail à sa partenaire les mouvements qu'elle devait éviter avec son épaule, la façon dont elle devait bouger son bras, les petits exercices qu'elle devait s'astreindre à faire régulièrement pour réhabituer ses muscles à l'effort. Il fit appel pour ça à ses propres souvenirs, à ce qu'on lui avait dit lorsqu'il avait lui-même eu l'épaule démise.
« T'es un vrai pro, dis donc, constata Vi, admirative.
- Plutôt, ouais. Les luxations, j'connais bien. Ma première, j'avais treize ans. »
C'était la seule pour laquelle il avait bénéficié d'un véritable suivi médical. Pour les suivantes, il avait du se démerder seul avec ce qu'il avait appris.
Lui et son petit frère avaient très tôt été contraints d'aiguiser leur sens de l'improvisation et de devenir autodidactes sur beaucoup de choses, et la santé en faisait partie.
« Tu t'es fait ça comment ? » demanda Vi.
Merle prit le temps de réfléchir une seconde à la question.
Il se revit ce jour-là, assis sur la table dans le cabinet de l'unique médecin de la petite ville où il habitait, racontant en reniflant qu'il était tombé d'un arbre. Une explication parfaitement plausible étant donné que tous les morveux de la région, lui compris, avaient comme passe-temps favori de grimper partout.
Il se souvenait parfaitement à quel point il s'était senti blessé dans son orgueil de gosse lorsqu'il avait dû expliquer la raison de sa luxation, lui qui avait comme fierté d'être parmi les plus doués en escalade sylvestre.
Lui, tomber d'un arbre ? Jamais de la vie.
Mais maintenant c'était différent, il n'était plus là-bas, et il n'avait plus treize ans, alors il pouvait répondre ce qu'il voulait, il pouvait même dire la vérité s'il en avait envie.
« Le vieux m'a balancé dans les escaliers », dit-il tout simplement.
Vi écarquilla les yeux, visiblement choquée.
« Hein ?! Mais pourquoi ?
- Bof, j'me souviens plus, répondit Merle sans mentir. Sans doute que j'l'avais regardé de travers, ou bien répondu d'une façon qui lui a pas plu. Comme d'habitude, quoi. »
Il avait dit ça avec un étrange sourire, presque avec fierté.
Le père de Daryl l'avait toujours détesté et il l'avait maltraité à peu près de toutes les manières possibles, mais ça avait été réciproque, Merle l'avait haï profondément dès le premier jour et n'avait jamais courbé l'échine face à lui, plus le vieux le punissait brutalement, plus il s'entêtait à le défier en refusant toute autorité, alors même qu'il savait parfaitement quel serait le prix à payer.
Par provocation, par orgueil, obéissant à une étrange et complexe fierté d'enfant qui n'appartenait qu'à lui, Merle s'était fait volontairement paratonnerre dans une maison où la foudre avait tendance à tomber souvent. Après tout, quitte à en prendre plein la gueule, autant l'avoir mérité. Et puis au moins, quand ça tombait sur lui, ça ne tombait pas ailleurs.
« Ben merde alors, c'est dégueulasse », dit Vi. Elle paraissait sincèrement désolée pour lui.
Il haussa les épaules.
« C'est du passé tout ça, affirma-t-il.
- C'est p't'être du passé, mais c'est quand même dégueulasse.
- C'est comme ça, on n'y peut rien.
- C'est injuste », protesta Vi avec véhémence.
Merle la dévisagea, amusé. Elle était jeune, si jeune, avec la candeur et l'idéalisme qui allaient avec. C'était dans des moments comme ça qu'il se rendait compte de l'écart d'âge qui les séparait et à quel point sa propre vie l'avait rendu amer, fataliste et désabusé dès l'enfance. Il n'arrivait même pas à se rappeler d'une époque où il aurait été aussi naïf qu'elle, naïf au point d'évoquer la justice comme elle venait de le faire.
Merle avait appris que la justice n'existait pas, avant même d'être capable d'écrire le mot.
« Le monde est injuste, petite demoiselle… et toi, tu es trop naïve, déclara-t-il d'un ton moqueur. Trop naïve, trop confiante, et bien trop gentille. »
Vi fronça les sourcils, vexée.
« Mais tu sais quoi, Brindille ? reprit Merle. Ça me va très bien. Reste comme ça. »
Il lui ébouriffa les cheveux affectueusement.
Le monde manquait cruellement de gens comme elle. Et encore plus lorsqu'elle ne serait plus là.
Il ne savait pas si Vi irait dans un monde meilleur après sa mort, mais ce qui était sûr, c'était que si ce n'était pas le cas, elle allait rapidement se débrouiller pour l'améliorer.

À force de marcher tout en discutant, ils avaient fini par arriver à l'endroit où ils avaient fait un feu de camp sur la berge, le jour de leur arrivée au lac.
Ils constatèrent que la barque qu'ils avaient utilisée ce jour-là était toujours où ils l'avaient laissée, à moitié tirée hors de l'eau.
« Qu'est-ce que tu dirais d'une dernière balade en eau douce, histoire de t'entrainer avant la mer ? » proposa Merle.
Vi lui rendit une expression à la fois étonnée et ravie.
Il avait eu cette idée pour deux raisons. Elle devait rééduquer son épaule en douceur, et l'aviron était un exercice parfait pour ça.
Et c'était aussi un prétexte plus que bienvenu pour faire une dernière promenade sur le lac.
« Vas-y mollo, tu fais pas une course, déclara-t-il une fois l'embarcation à flots. Faut qu't'y ailles progressivement avec ton épaule, tu dois pas trop forcer.
- A vos ordres, Capitaine. »
La barque quitta la berge paresseusement, voguant sur l'eau calme.
Merle se fit la réflexion que c'était une drôle de coïncidence, d'une certaine manière ils finissaient là où ils avaient commencé. La scène avait un parfum de déjà vu, pourtant ils n'étaient plus les mêmes qu'à leur arrivée, ni lui ni Vi.
Une étrange et violente tempête les avait traversé tous deux, et leur avait apporté au passage quelque chose de nouveau, ce lien qu'il sentait désormais entre eux et avait du mal à définir.
Sa seule certitude, c'était qu'il se sentait bien avec elle, et que, pour l'instant, il voulait que ça dure.
Qu'ils puissent avoir d'autres moments comme ce réveil, ce matin-là, ou comme cette promenade sur l'eau.
Des moments qui n'étaient pas la fin du monde.

Alors qu'elle ramait doucement, Vi dévisagea son compagnon. Il avait les yeux fermés, et elle l'avait rarement vu avec une expression si apaisée. La balade en barque paraissait lui faire du bien, et elle en était très heureuse.
« La promenade te plait ? demanda-t-elle.
- Beaucoup. »
Elle fut surprise de recevoir une réponse aussi sincère de sa part.
Elle sourit, prise d'un attendrissement presque douloureux.
Vu la lourdeur des âmes qui y avaient embarqué, c'était un véritable miracle que ce bateau parvienne à flotter sans couler à pic.
Dans quelques heures à peine, ils allaient retourner dans le monde de mort au delà du lac. Où chaque cadavre qu'elle croiserait lui rappellerait son frère. Où, à chaque fois qu'elle porterait un coup à la tête d'un rôdeur, elle se reverrait une pioche à la main. Où elle devrait faire face à ses peurs, faire semblant, tricher, jouer son rôle sans faillir, résister, se montrer courageuse même lorsqu'elle ne sentait pas le moindre courage en elle.
Ce serait dur, surtout maintenant qu'elle avait un poids supplémentaire sur les épaules.
Dans cette affaire de fin du monde, tout devait être cruellement, superbement simple. Aller droit devant jusqu'à la mer, et mourir, rien de plus. Seule, forcément seule, car sans son frère, il ne pouvait en être autrement. Elle n'avait pas pu mourir dans l'ancien monde avec lui, et ne pouvait pas vivre dans le nouveau avec quiconque.
Mais ce qui semblait si simple a priori s'était soudain compliqué malgré elle.
Et la source de cette complication se trouvait en ce moment-même dans la barque à ses côtés.
Choisir d'aller au devant de sa propre mort en poursuivant un rêve était une chose, y entrainer une autre personne en était une autre.
« Et maintenant, me disais-je, en avant pour un plongeon glacé et de sang-froid dans la mort et la destruction », murmura Vi, citant son livre de mémoire.
Un bon programme. Seulement, il n'incluait pas la présence d'un ami.
Elle tentait de relativiser en se répétant que Merle était un adulte qui faisait ses propres choix, mais elle était consciente que c'était surtout la partie opportuniste de son cerveau qui lui soufflait ça. Dans quelle mesure ce soi-disant choix était-il dicté par l'affection qu'il lui portait et sa crainte de se retrouver seul ?
Si elle avait été honnête envers elle-même et fidèle à ses convictions, elle aurait fait en sorte de partir seule. Quoi que puisse en dire Merle, le futur naufrage qui se profilait comme conclusion inévitable à leur voyage n'était pas le sien, et il n'aurait pas dû y prendre part.
Mais elle n'avait désormais plus la force de se séparer de lui.
Trop de temps passé en sa compagnie, trop d'affection, trop rapidement… qui aurait pu prédire qu'elle allait autant s'attacher à ce sale con, avoir autant besoin de lui ? Certainement pas elle. Probablement pas lui non plus, d'ailleurs.
N'empêche que maintenant, il était là, et qu'elle n'arrivait plus à envisager de survivre à nouveau seule. Elle devait se rendre à l'évidence : elle n'était plus assez courageuse pour ça. Rien que l'idée lui retournait l'estomac de trouille.
Et ainsi, elle préférait composer avec sa lâcheté et sa culpabilité plutôt qu'avec ses peurs.
Son angoisse de repartir dans le monde réel était tempérée par une seule chose : le fait d'y aller avec lui.
Oh oui, si le poids émotionnel contenu dans cette foutue barque avait valu autant que le poids physique, elle aurait sombré au fond du lac comme une putain d'enclume.


Au moment du départ, Susan les couvrit de cadeaux. Principalement des choses à manger, telle une grand-mère cherchant à gâter ses petits-enfants, notamment le pain qu'elle avait préparé, ainsi que de la brioche faite maison et un grand nombre de pots de gelée de pomme, des pâtes de fruit à la pomme, et des rondelles de pommes séchées et sucrées.
Merle ronchonna ouvertement, arguant du fait qu'il avait passé l'âge de bouffer de la confiture au goûter.
« Mon ami, ne soyez donc pas si soupe au lait », répliqua la vieille dame, ce qui eut pour effet de déclencher un fou rire chez Vi. Il pouvait désormais être sûr qu'elle allait replacer l'expression le plus souvent possible.
À Vi, Susan offrit une belle petite collection de remèdes de grand-mère, sous forme de plantes cueillies dans son jardin, à boire en tisanes, ou à inhaler en cas de nouvelle sinusite, ou pour toutes sortes d'autres désagréments. Le tout s'accompagna d'un grand nombre de recommandations en rapport avec la santé, et de quelques objets médicaux qu'elle avait conservé de sa carrière d'infirmière, notamment un stéthoscope et un tensiomètre électronique, qui pourraient s'avérer utiles tôt ou tard – tard, espéra-t-elle à haute voix.

Les deux femmes s'étreignirent longuement. Susan pleurait. Les yeux de Vi étaient débordants d'émotion et, pour bien la connaître désormais, Merle devina que retenir ses larmes en cet instant précis lui demandait un effort immense.
C'était l'adieu de deux amies qui savaient qu'elles n'allaient plus jamais se revoir.
Vi se pencha et Susan lui dit quelque chose à l'oreille, que les autres ne purent pas entendre. La blonde hocha la tête, en souriant, et lui répondit de la même façon.
Susan pleura de plus belle, mais elle riait à travers ses larmes.

Au moment de saluer Merle, elle retourna un instant dans la maison et en revint avec un cadeau inattendu : une boite contenant un jeu d'échecs, plus petit et pratique à transporter que celui qu'elle utilisait habituellement.
« Pour ne pas perdre les bonnes habitudes, n'est-ce pas, lui dit-elle.
- J'aurais bien aimé réussir à vous battre au moins une fois, avoua-t-il.
- Ce sera le cas quand vous reviendrez, assura Susan. Vous aurez le temps de vous entrainer avec Faye d'ici-là. Elle, elle va vous battre un de ces jours, croyez-moi. Vous êtes nettement meilleur qu'elle… mais elle apprend plus vite que vous. »
Merle se rendit compte que tout ce temps, il avait eu l'impression que la proximité du lac et de la nature avait sur lui un effet apaisant, réconfortant. Mais il se demandait maintenant s'il ne s'agissait pas plutôt de la présence de Susan.
Lorsqu'elle tendit la main en guise de salut, Merle considéra un instant la paume ouverte, et, à sa propre surprise, prit le bras de la vieille dame à la place, et l'attira contre lui, l'étreignant brièvement.
« Jésus, Marie, vous allez me faire pleurer à nouveau ! s'exclama-t-elle. Je ne m'attendais pas à cela venant de vous.
- J'fais pas ça souvent, admit-il.
- Je sais.
- J'vais finir par croire que cette foutue gamine et son putain d'cœur d'artichaut déteint sur moi. Si c'est pas pathétique », plaisanta-t-il à moitié.
Susan le gratifia d'un sourire attendri.
« Soyez moins dur avec vous-même, vous le serez moins avec les autres.
- J'essaierai », promit-il.
C'était un conseil sage, mais il doutait d'en être capable.


Alors qu'ils s'éloignaient définitivement du lac, après avoir récupéré leur voiture et salué à son tour Richard, l'atmosphère à l'intérieur de la Dodge était étrange, presque pesante.
« Va vraiment falloir qu'on se trouve des CD », déclara Vi, qui conduisait.
Merle sourit, heureux de la voir meubler le silence.
« Une future engueulade en perspective, prédit-il.
- Et pourquoi, j'te prie ?
- Parce que t'as des goûts d'chiotte en musique. Pas qu'en musique d'ailleurs.
- Comment tu peux dire ça ? s'offusqua-t-elle. Tu les connais même pas, mes goûts !
- Nan, mais j'te connais toi.
- Pffff… Alors on a qu'à faire un compromis : celui qui conduit choisit la musique.
- Comme si j'avais besoin d'une raison supplémentaire pour détester quand c'est toi qui conduis », rétorqua Merle.
Il sortit de son paquet deux clopes qu'il alluma, avant d'en donner une à son amie.
« Qu'est-ce qu'elle t'a dit, la vieille, quand vous vous êtes saluées ? demanda-t-il.
- Top secret, répondit Vi malicieusement.
- Y a pas d'secrets entre partenaires.
- Et pourtant si.
- Merde, ça veut dire que vous avez parlé d'moi.
- Absolument pas.
- Non, sérieusement, qu'est-ce qu'elle a dit à propos de moi ? »
Vi leva les yeux au ciel.
« Tu sais, Merle, t'es pas le centre du monde, figure-toi.
- Oh, c'est bon, va t'faire foutre, alors, si c'est comme ça. »
Elle savoura quelques secondes le fait de l'avoir vexé, jubilant intérieurement de le voir bouder comme un gosse de maternelle, avant de reprendre finalement la parole :
« Elle a dit qu'elle n'aurait jamais imaginé que frapper quelqu'un à la tête avec une boite de conserve la rendrait si heureuse. »

Ils repassèrent devant le panneau indiquant la direction du Lac de l'Ours, celui-là même qu'ils avaient croisé par hasard dix-huit jours auparavant, lorsque l'envie de voir le lac et d'y faire un tour en bateau les avait fait dévier de leur route.
« Au final, on l'aura jamais vu, c'foutu ours », fit remarquer Merle.
Vi eut un drôle de sourire et stoppa la voiture.
Elle farfouilla dans son sac, avant de sortir de la Dodge et de se diriger vers le panneau en bois.
Lorsqu'il s'aperçut qu'elle s'était munie d'un gros marqueur indélébile et devina ce qu'elle avait l'intention de faire, Merle sourit à son tour.
Ils reprirent leur route deux minutes plus tard.
Le panneau indiquait désormais :
Lac du Renard


Merci encore de votre lecture et de rester fidèles à cette longue et lente fic.
Au programme du prochain chapitre : un autobus sanglant, le souvenir d'une petite fille aux yeux bleus et des désaccords thermiques.

Remarque pour achever ce chapitre : j'ai reçu dernièrement des reviews de la part de guests… Je ne peux pas ne pas répondre à ces trois lectrices charmantes et parfumées, ce serait trop frustrant. Mais j'avais pourtant décidé de ne plus répondre à mes reviews dans les chapitres. Rhea, Stotchie et Amako the Tiger, je vous ai quand même répondu : sur le forum des francophones fans de Walking Dead, dans le sujet consacré à ma fic (je vous mets le lien direct sur mon profil d'auteur). Si je reçois à nouveau des reviews guest, c'est dorénavant là que je les mettrai.