Ce petit ex libris a été écrit par Yotma et moi lors de sa visite chez moi lors des vacances de février, mêlant nos deux fics 'Destinées entrecroisées' et 'Lysbeth'. Il peut s'intercaler, dans le cas de 'Destinées entrecroisées', entre les chapitres 12 et 17, lors du séjour de la princesse Eladiel à Rivendell (Imladris). Nous avons tenté de mêler nos styles (devinez ce que nous avons écrit chacune), tout en gardant l'esprit de nos fics respectives. Nous avons mis aussi à la fin de ce petit ex libris une réécriture d'une scène du chapitre 14 en intégrant Lysbeth dedans.
Ex libris 4 : mortelle contre Valië
An de grâce 20 du quatrième Age, dans la belle cité d'Imladris
Le crépuscule venait de tomber sur la belle cité d'Imladris quand le bruit caractéristique d'un cheval résonna dans le cœur de la cité. Lysbeth Beriawen venait d'entrer fièrement à Imladris, rejoindre son père Celeborn tandis qu'Elrond et Celebrian étaient partis rejoindre Galadriel en Lothlorien. Trois jours plus tard, au lever de l'astre du jour, une grande troupe pénétra d ans la cité. Quand elle s'arrêta, les premiers cavaliers s'écartèrent et dévoilèrent le plus précieux de leurs trésors, Eladiel Undomiel, princesse aînée du Gondor, fille d'Elessar et d'Arwen. Avec une grâce toute elfique, héritée de sa mère, la princesse descendit de Gil-Estel, sa blanche haquenée. A peine eut-elle posé le pied à terre qu'elle sentit un corps puissant et souple se suspendre à son cou et la serrer contre lui. Eladiel, effarée, resta les bras ballants. Au bout de cinq minutes de blanc, son cerveau se remit en marche et une question tournoya dans sa tête :
« Quelle est la chose qui est pendue à mon cou ? »
La chose en question, qui était normalement plus âgée et plus puissante qu'elle, trépignait et riait de joie. Mais, sentant la raideur de son poteau, la furie s'écarta de la jeune princesse toujours aussi digne et se présenta, enfin plutôt hurla :
« BONJOUR !
Bonjour, mais…qui…qui êtes-vous ? », demanda la princesse, toujours aussi étonnée, et les oreilles quelque peu sifflantes.
« Je m'appelle Lysbeth Beriawen », répondit la 'chose'.
Ne nous serions-nous pas déjà rencontrées », demanda poliment la princesse.
« Bah…oui, tu te rappelles, c'était pour la commémoration pour la chute de Sauron, et tu venais d'avoir douze ans. »
Eladiel se réveillait doucement, mais ne comprenait toujours pas cette soudaine explosion de joie.
« Je suis désolée, mais…je ne vois pas…
Mais si ! Tu sais, la fille de Celeborn et de Galadriel…
Je suis désolée, mais je ne vois toujours pas… », répondit-elle d'un ton légèrement gêné.
« Mais si ! La fille de Manwë et de Varda… »
Eladiel eut un léger mouvement de surprise, qui ne dura pas, et enchaîna immédiatement par une révérence impeccable qui montrait toute l'étendue de l'éducation soignée qui lui avait été donnée à Minas Tirith.
« Merci, merci, tu peux te relever… »
Eladiel fronça légèrement les sourcils, montrant sa désapprobation. Cependant, avec grâce, elle se releva et reprit son expression neutre, cachant parfaitement sa colère. Lysbeth, sentant que ce qu'elle avait dit avait été mal perçu, prit la main d'Eladiel et lui dit doucement :
« Ne prends pas mal ce que je t'ai dit, mais je ne supporte pas que l'on me fasse la révérence.
Mais vous êtes une Valië. Mes parents m'ont appris le comportement que je devais avoir face aux Valar…
Eh bien considère-moi comme une amie … », répondit Lysbeth avec un sourire.
« Comment puis-je faire cela ? Je ne peux changer le fait que vous soyez une Valië…
Tu es une princesse de sang ?
Oui », répondit-elle les yeux ronds.
« Je suis une princesse de sang !
Oui…je crois. »
Eladiel ne comprenait pas du tout où voulait en venir Lysbeth.
« Eh bien, comme tu es une princesse, et que je suis une princesse, et comme nous sommes toutes les deux des princesses, tu n'as pas besoin de me faire une révérence.
Mais le fait que vous soyez une princesse ne change pas le fait que vous soyez une Valië. »
Lysbeth regardait Eladiel avec des yeux ronds, c'était la première fois que sa logique personnelle ne fonctionnait pas. Eladiel restait fermement sur ses positions. Ne voulant pas la froisser, Lysbeth abandonna la lutte et laissa Eladiel lui montrer tout le respect dû à son rang. Mais la discussion n'eut pas le temps de continuer, car Celeborn, Elladan et Elrohir sortirent de la maison pour accueillir les voyageurs.
Celeborn sourit à son arrière-petite-fille et lui dit :
« Sois la bienvenue ici, Eladiel fille d'Elessar, que ton séjour parmi nous t'apporte les réponses dont tu as besoin.. »
Eladiel salua comme il se devait son arrière-grand-père qui jeta un regard à Lysbeth, ayant compris ce qu'elle avait fait. Ce fut au tour d'Elladan et d'Elrohir de s'avancer pour accueillir leur nièce, et Elladan dit :
« J'espère que ton voyage s'est bien déroulé, jeune princesse… »
Elrohir sourit et ajouta :
« Cela faisait bien longtemps, et tu es devenue aussi belle et rayonnante que ta mère… »
Eladiel rosit sous le compliment et se contenta d'incliner la tête. Lysbeth alors reprit la parole :
« On pourrait pas rentrer maintenant ? C'est pas tout ça mais j'ai faim moi… »
Ce trait surprit Eladiel, mais non les Elfes présents, habitués aux excentricités de la jeune Valië. Pendant que des serviteurs emmenaient l'escorte de la princesse, les Elfes emmenèrent Eladiel à l'intérieur et firent servir une collation. Celeborn surveillait du coin de l'œil Lysbeth, tout en demandant des nouvelles de toute la famille royale de Gondor. Tous les Elfes présents regardaient Lysbeth, la bave aux lèvres mais les yeux de certains louchaient aussi dangereusement sur la rayonnante jeunesse de la princesse aînée de Gondor. Les doigts du roi de la Lothlorien se crispèrent sur l'accoudoir de son fauteuil, mais rien sur son visage ne trahit la colère qui montait en lui face à ces regards libidineux posés sur sa fille et son arrière-petite-fille. Voyant le regard de Celeborn changer de couleur et devenir d'un noir orageux, les Elfes choisirent le parti, pour leur santé et leur sauvegarde, de regarder sagement ailleurs. Eladiel, mal à l'aise sous les regards insistants, n'osait plus dire une seule parole et fixait le liquide qui emplissait la tasse qu'elle avait en main en se demandant ce qu'elle venait faire ici. Elle avait besoin de réponses, mais pourrait-elle les trouver dans cette atmosphère si particulière ? Elle n'était pas loin de penser que cet endroit sur lequel elle avait fondé beaucoup d'espoirs n'était peut-être pas celui qui lui fallait. Qui parmi les Elfes pourrait comprendre ce que pouvait ressentir une mortelle née avec des pouvoirs d'Elfes qu'elle peinait à contrôler ?
Lysbeth alors se leva, s'approcha d'Eladiel et lui posa la main sur l'épaule en un geste réconfortant, puis elle dit :
« N'aie crainte, jeune mortelle. Tu as trouvé en ce lieu l'endroit parfait pour répondre à tes questions et calmer tes angoisses. Je sais ce que tu ressens, car j'ai ressenti les mêmes choses, et je pourrai t'aider à contrôler tes pouvoirs, et, tu verras, ce n'est pas une malédiction, Eladiel Undomiel, mais un don… »
La jeune princesse leva alors son regard bleu sur la Valië, déroutée par les paroles qu'elle venait d'entendre. Que Lysbeth ait pu lire dans ses pensées n'avait rien en soi d'extraordinaire, mais les mots qu'elle venait de prononcer la touchaient jusqu'au fond du cœur.
« Vous pensez que j'y arriverai ? », demanda-t-elle d'une toute petite voix.
« Mais bien sûr…si moi j'ai réussi à contrôler mes pouvoirs, je ne vois pas pourquoi toi tu n'y arriverais pas. »
Eladiel ne put rien répondre, tant son émotion était grande. La seule chose qui montrait ce sentiment était une certaine brillance dans son regard. C'était la première fois que quelqu'un pouvait la comprendre.
« Tu sais, quand j'étais plus jeune, j'avais d'énormes difficultés à contrôler mes pouvoirs…
Que vous-est-il arrivé ?
J'ai dévasté une partie du Beleriand… »
Eladiel fut tellement surprise qu'elle jugea ses pouvoirs totalement insignifiants vis à vis de ceux de la jeune Valië.
« Mais tu sais, tu ne dois pas dénigrer tes pouvoirs, ils pourraient être importants pour le futur de la Terre du Milieu et pour ton futur."
Eladiel eut l'air d'être mal à l'aise, c'était assez énervant que la Valië lise dans son esprit comme dans un livre ouvert.
« Je suis désolée, je ne voulais pas te gêner, mais c'est bien le seul pouvoir que je contrôle mal…j'arrive à entendre tout ce que les autres pensent. «
Il y eut un silence de mort, et tous les Elfes blêmirent violemment. Eladiel, digne, ne comprit cependant pas tout à fait la raison du silence de mort qui suivit la réaction des Elfes à la dernière phrase de Lysbeth. Celeborn dit alors à sa fille :
« Allons, Lysbeth, laisse donc Eladiel un peu en paix, elle a fait un long voyage… »
Cette phrase fit revenir un semblant d'animation dans la pièce, mais Eladiel eut à cœur de peser soigneusement ses pensées en présence de la Valië, et ne prononça plus un mot. Cependant, elle pouvait sentir les regards des Elfes sur elle, et s'efforçait de rester le plus naturel possible. Son regard alors se perdit dans le verre d'eau posé près d'elle, dans lequel elle entrevit quelques formes fugitives, qui disparurent très rapidement. Lysbeth, surexcitée, parlait avec les jumeaux d'Elrond en faisant de grands gestes amples. Son père tenta de la calmer, mais ce qu'il craignait d'arriver arriva. Lysbeth, d'un geste brusque, heurta une tasse de thé qui déversa son contenu sur la précieuse robe de velours vert clair. Eladiel, sous la surprise, leva les bras en l'air. Celeborn s'exclama :
« Lysbeth ! Je t'avais dit de te calmer…
Je suis désolée papa », souffla Lysbeth réellement désolée…
« Ce n'est rien, princesse. Ce n'est que du thé.
Ah non, tu ne vas pas rester avec une robe tachée…
Je la changerai plus tard, quand mes malles seront déballées.
Ah non ! »
Lysbeth se leva brusquement, attrapa la main de la jeune princesse gondorienne et l'entraîna dans les étages de la demeure d'Elrond. Eladiel ne pouvait que suivre le mouvement, n'étant pas de taille à lutter contre la jeune Valië. Elles arrivèrent dans une grande et magnifique chambre. Eladiel était fascinée par la magnificence du lieu, et eut une exclamation de stupeur quand Lysbeth lui dit :
« Tu sais, cette chambre, c'était celle de ta mère…bon, on va te chercher une robe. »
Lysbeth ouvrit sans aucune appréhension l'armoire et commença à fouiller dans les affaires à la recherche de LA robe. Eladiel ne disait toujours rien, assise sur le lit, regrettant l'absence de sa mère. Au bout de vingt minutes de fouille, Lysbeth sortit une robe mauve composée de plusieurs drapés. Eladiel fut éblouie par la robe que lui tendait la jeune Valië.
« Tiens, mets-la… »
Eladiel retira sa robe tachée et mit avec l'aide de Lysbeth la robe qui avait appartenu à sa mère. Lysbeth, quant à elle, mettait une robe blanche du même style que celle d'Eladiel. Quand elles eurent terminé de se changer, elles descendirent retrouver leurs hôtes. Celeborn était fier que sa fille tente de réparer ses erreurs sans utiliser ses pouvoirs. Il entendit un bruissement de tissu derrière lui, il se retourna et resta paralysé par la vision qui s'offrait à son regard. Sa fille, sa toute petite fille chérie et son arrière-petite-fille se tenaient devant lui, ayant revêtu des robes plus que suggestives. Il laissa errer son regard du haut de leurs têtes au bout de leurs pieds. Les robes, plus que fines, montraient plus qu'elles ne cachaient de leur sculpturale beauté. Une chape de plomb tomba sur l'assemblée en voyant apparaître les deux princesses. Lysbeth les regardait, étonnée de ce silence, tandis qu'Eladiel était de plus en plus nerveuse en voyant les regards libidineux. Eladiel tourna la tête et comprit le pourquoi du comment quand elle vit leurs reflets dans un miroir. Les robes étaient parfaitement bien coupées, et montraient parfaitement leurs jeunes corps.
Mais que faire ? Rien pour se cacher à l'horizon, ni dissimuler leurs rondeurs trop visibles. Habituée à faire bonne figure en toutes circonstances, Eladiel sentit néanmoins son contrôle sur elle-même se fissurer à mesure que les figures des Elfes et leurs corps montraient des signes évidents du désir qu'elles leur inspiraient. Même Celeborn ne disait plus rien, le regard fixe, manifestement sous le choc de voir sa fille et son arrière-petite-fille dans une pareille tenue. Lysbeth, qui ne semblait pas percevoir la gêne ambiante, regarda Celeborn et lui demanda :
« Mais, papa, qu'est-ce qui t'arrive ? »
Le roi de la Lothlorien sembla sortir de sa catatonie et dit d'une voix sèche dans laquelle tremblait de la colère :
« Allez vous changer, tout de suite ! »
Mais Lysbeth insista :
« Mais…on n'est pas jolies, comme ça ? »
Celeborn, qui savait que sa fille avait de l'inexpérience dans le sujet, ne répondit rien et se contenta de dire :
« Va te changer, nous en parlerons plus tard… »
Pendant que les deux princesses sortaient, Celeborn soupira légèrement, et prit la ferme résolution de sermonner Lysbeth, de lui parler de la pudeur inhérente à son âge. Il était vrai aussi que les Elfes connaissaient peu la pudeur, mais Lysbeth, elle, ne la connaissait pas du tout. Même si son corps était celui d'une jeune fille de vingt-six ans, son esprit n'avait pas grandi à la même vitesse.
Les deux princesses finirent par revenir, cette fois habillées décemment d'effets pris dans les malles d'Eladiel. Les robes de la princesse gondoriennes, faites dans les tissus les plus fins, allaient comme un gant à la Valië qui arborait toujours la même expression énigmatique : manifestement elle ne comprenait toujours pas la raison de la colère de son père.
Eladiel avait tenté, avec tout le respect possible, d'expliquer à Lysbeth l'inconvenance d'une telle tenue, mais elle n'était pas sûre que la Valië l'avait comprise. Eladiel ne comprenait cependant pas le décalage entre l'apparence adulte et le mental encore enfantin de Lysbeth. Pourtant, rien dans son regard bleu impassible ne trahit ses pensées, qu'elle évacua rapidement de son esprit, soucieuse de ne pas peiner sa compagne.
Mais Lysbeth, indifférente aux pensées d'Eladiel, alla se jeter dans les bras de Celeborn en hurlant :
« PAPA ! Tu devais pas me parler de quelque chose ? »
Celeborn reçut sa fille, l'assit à côté de lui et lui dit :
« Hem…ma chérie, comment je pourrais te dire ça ? hem… »
Lysbeth continua à le regarder, les yeux ronds, ne comprenant pas ce qu'elle avait fait de mal.
« Ma toute-douce, tu sais comment on fait les enfants ?
Oui, papa, pourquoi tu me poses cette question ?
Hé bien, un homme et une femme qui s'aiment, après s'être mariés, font des enfants.
Oui.
Hé bien, seul le mari peut voir sa femme nue ou peu habillée, car ton corps est un trésor que tu gardes pour ton mari…
Mais, j'étais pas toute nue…
Le problème, ma chérie, c'est que ta robe était tellement transparente que c'était comme si tu étais toute nue.
Donc je ne dois pas mettre des robes comme celles que j'avais ?
Oui, tu as tout compris.
D'accord, alors je n'en remettrai pas. »
« Ouf, elle a compris », pensa Celeborn.
Quelques jours plus tardEladiel marchait dans le jardin, un livre sur la divination à la main. Par certaines discussions avec ses oncles, elle commençait à entrevoir certaines choses, mais elle ne pouvait nier le fait que ses pouvoirs étaient en train de disparaître. Le vent faisait voler en arrière le tissu épais de sa mante de velours, accentuant la mélancolie de la jeune princesse. Comment expliquer cette brutale chute de ses pouvoirs ? Elle ne le pouvait, et n'osait en parler à quiconque, persuadée qu'elle pouvait trouver la solution par elle-même. Mais la confusion et la panique gagnaient chaque jour davantage son esprit. Eladiel regardait vers la cascade quand une voix derrière elle la fit sursauter :
« Jeune princesse, ce n'est pas votre pouvoir qui vous abandonne, mais vous qui l'abandonnez… »
Eladiel se retourna et vit Lysbeth qui se tenait derrière elle. Elle n'aimait toujours pas quand la Valië lisait dans ses pensées, et surtout quand elle arrivait sans un bruit. La phrase de Lysbeth, loin de la calmer, la culpabilisa. Cependant, la princesse n'en montra rien, soucieuse de déranger le moins possible les gens avec ses tourments intérieurs. Elle savait aussi qu'il lui serait difficile de cacher ce qu'elle ressentait à la jeune Valië. Eladiel s'assit sur un banc près de là et ouvrit son livre, indifférente à la présence de la jeune Valië, mais elle ne put s'empêcher de penser à son frère, Eldarion, et à ses sœurs, Eowyn, Elsea et Elya. Tous lui manquaient, mais sa raison inébranlable lui disait que cet éloignement était nécessaire pour son équilibre. Lysbeth s'approcha d'elle, s'assit sur le banc et demanda :
« Qui sont les personnes à qui tu penses ? »
Légèrement excédée de ne pouvoir avoir un peu d'intimité, Eladiel, soucieuse de ne surtout pas froisser Lysbeth, répondit :
« Il s'agit de mon frère cadet, Eldarion, et de mes sœurs cadettes, Eowyn, Elsea et Elya…
Ce sont de beaux noms…tu dois beaucoup les aimer. »
Eladiel sourit et ajouta :
« Oui, en effet… »
Lysbeth sourit elle aussi, ravie de l'avoir tirée de ses tristes pensées. Toute contente, elle lui demanda de lui parler de sa vie à Minas Tirith. Un peu détendue, Eladiel lui décrivit les cérémonies, ainsi que ses responsabilités en tant que princesse aînée. Lysbeth regardait la jeune princesse avec des yeux ronds : elle avait tellement de choses à faire, c'était incroyable. Eladiel acheva son discours par ces mots :
« Mais à côté de mon frère Eldarion, qui est prince héritier, j'ai peu de choses à faire… »
Lysbeth observait d'un air perplexe son interlocutrice, cette jeune fille qui assumait tant de charges qui ne semblaient pas la déranger. Elle lui demanda :
« Et…ça ne te dérange pas de faire tout ça ? »
Surprise par la question, Eladiel réfléchit et répondit :
« Non, ça ne me dérange pas car c'est mon devoir… »
Son regard se durcit et elle dit rêveusement :
« En naissant dans la pourpre, j'ai eu plus de chance que le commun des mortels, ce qui me donne en échange certains devoirs… »
Lysbeth dit alors :
« Mais…mais alors…c'est ce que je dois faire ? »
Eladiel répondit, un peu prise au dépourvu :
« Et bien…oui. En tout cas c'est comme cela que je vois les choses. »
Lysbeth demanda :
« Tu pourrais m'aider à y arriver ? »
La princesse gondorienne, consciente de l'ampleur de la tâche à accomplir, ne répondit pas tout de suite. Mais elle sentit que la jeune Valië comptait vraiment sur elle, et elle finit par répondre :
« J'accepte votre demande, je vous aiderai… »
Alors un magnifique arc-en-ciel apparut devant les deux princesses, signe sans aucun doute du contentement de Manwë, seigneur des cieux et accessoirement père de Lysbeth. Eladiel alors dit :
« Ce que je vous dirais en premier, c'est de toujours faire une seule chose à la fois… »
Lysbeth ouvrit des yeux ronds et dit :
« On est obligé ? »
Eladiel, le plus sérieusement du monde, répondit :
« C'est essentiel pour bien faire les choses une par une, bien se concentrer sur chacune d'elle… »
Elle avait l'impression de parler à l'une de ses jeunes sœurs, mais n'oubliait pas qu'il s'agissait d'une Valië et que donc la plus grande circonspection était de mise. Eladiel, par le fait qu'elle avait trois jeunes sœurs, savait toujours comment expliquer les choses simplement, de façon à ce qu'elles soient comprises par tous. Lysbeth l'écoutait, totalement absorbée par les paroles de la jeune princesse. Pour la première fois, elle comprenait ce que voulait dire être une princesse. Une pluie de fleurs tourbillonna alors autour des deux jeunes filles. Une grande appréhension emplit alors le cœur d'Eladiel, consciente que cette manifestation ne pouvait être que divine. Lysbeth agita joyeusement la main et s'exclama :
« Oh ! C'est papa qui nous dit bonjour ! »
« Papa ? », s'interrogea Eladiel, qui ne comprenait plus rien, puis elle finit par se rappeler que Lysbeth était fille de Manwë, c'était donc de lui dont elle parlait.
Quelques jours plus tard(note :l'original de cette scène se trouve dans le chapitre 13 )
Eladiel était agenouillée près de la vasque d'eau, les deux bras appuyés au sol, ses longs cheveux en désordre retombant autour d'elle. C'est ainsi que la retrouva Lysbeth. Depuis trois jours, l'eau refusait de lui montrer quoi que ce soit, elle avait persévéré, sans dormir ni manger, et elle était dans un état proche de la prostration, ne comprenant pas pourquoi son don ne se manifestait plus.
Cela faisait trois jours que la jeune princesse restait jour et nuit devant sa vasque, et elle commençait vraiment à s'inquiéter pour sa santé. Elle prit une grande respiration, s'approcha de la jeune princesse et lui posa la main sur l'épaule. Eladiel sursauta, se retourna difficilement et fut surprise de voir la jeune Valië près d'elle. Eladiel lui demanda :
« Mais, que faites-vous ici, princesse ?
Je pourrais vous renvoyer la question, princesse Eladiel Undomiel. De par votre lignée vous avez des devoirs, n'est-ce pas ce que vous m'avez enseigné ? Vous ne pouvez pas vous laisser aller ainsi. Que dirait votre mère si elle vous voyait ainsi ? Elle n'a pas souffert à votre naissance pour que vous vous détruisiez ainsi ! »
Eladiel regarda, stupéfaite, la jeune Valië, une larme solitaire coulant le long de sa joue creusée par le manque de nourriture.
« Non mais regardez-vous ! Devant moi je ne vois pas une princesse, mais une simple paysanne incapable de dominer la moindre de ses émotions… »
Une autre larme suivit la première, et tomba lourdement sur le sol. Lysbeth caressa doucement la chevelure en désordre de la jeune princesse, qui redevint parfaitement bien coiffée de manière gondorienne. Eladiel, sous les paroles dures et sèches de la jeune Valië, se mit à trembler, et Lysbeth contacta mentalement Elrohir pour qu'il vienne emporter la jeune princesse jusqu' à sa chambre.
Elrohir la prit alors dans ses bras, l'emporta jusqu'à sa chambre et l'allongea dans son lit, sans dire un mot. Eladiel n'avait plus la force de protester, et finit par s'endormir…
Tendrement, l'Elfe caressa le front moite de sa jeune nièce, puis la laissa reposer…tirant doucement la porte, il gagna l'ancien bureau de son père où se trouvait son grand-père, Celeborn. Le Sindar se retourna et dit à son petit-fils :
« Elle dort ? »
Elrohir acquiesça et dit :
« L'épreuve est difficile pour elle… son corps est épuisé, et Lysbeth n'a pas été tendre, mais elle l'a bien secouée. »
Celeborn se leva, s'approcha de la fenêtre et dit :
« Elle doit passer par là pour avoir la mesure de ses propres pouvoirs… »
Les deux Elfes savaient très bien de quoi il s'agissait, vu que c'étaient eux qui veillaient sur la jeune fille. Eladiel devait comprendre par elle-même, ils ne pouvaient pas l'aider…
Dans son sommeil fiévreux, Eladiel s'agitait, perdue dans le tourment de ses pensées obscures et des formes fantomatiques qu'alimentait la fièvre. Mais une main fraîche se posa sur son front, l'apaisant, et une voix dit en sindarin :
« Calme-toi, jeune fille, viens à moi… »
Eladiel sentit un peu de force lui revenir, et demanda dans la même langue :
« Qui êtes-vous ?
Je suis Beriawen, fille des Valar. Ne me voyez pas comme votre amie, mais comme l'une des Valië les plus puissantes. Je sais que vous avez peur, et cela est la preuve de votre humanité. Vos pouvoirs sont toujours là, en vous, attendant le calme pour apparaître. Votre âme doit être comme l'eau, calme et limpide.
Mais c'est tellement difficile !
Je sais. Je sais aussi que vous devez avoir foi en vous, en l'amour envers votre famille, car cela est votre force.
Mais je risque de les blesser.
Non, car vos pouvoirs ne sont en aucun cas agressifs, sachez que pour le moment ils sont encore faibles, mais ils vont se développer avec les années. Mais sachez une chose très importante : quand votre âme sœur vous aurez trouvée, alors la puissance maximum de vos pouvoirs vous sera donnée.
Je ne veux pas…personne ne voudrait m'aimer avec cette malédiction.
Ce n'est pas une malédiction, et, de plus, vous ne serez jamais seule, car votre âme sœur vous permettra de les contrôler, et lui seul ne sera jamais affecté par votre pouvoir.
Est-ce que ce serait… ? Non, cela ne se peut !
Acceptez enfin de voir dans le miroir de votre cœur, et vous apprendrez beaucoup… »
Lysbeth tendit la main et amena la jeune fille devant une vasque d'eau qu'elle fit apparaître d'un claquement de doigts en lui disant :
« Vois ce qui sera… »
Eladiel secoua la tête :
« Je ne peux plus, mon pouvoir n'est plus… »
Lysbeth eut un doux sourire et répondit :
« Ton pouvoir est, seul ton doute l'empêche de se manifester… »
Eladiel obtempéra à ce qu'elle disait, et se pencha sur l'eau. Un moment, elle resta là, penchée sur la vasque, à essayer de déchiffrer les reflets changeants de l'eau, puis elle se releva, recula et dit :
« Je ne vois rien… »
La Valië dit alors :
« Tu refuses de voir, Eladiel, parce que tu es persuadée que ton don a disparu à jamais. »
Elle rajouta:
« Regarde… »
Avec un léger sourire, elle encouragea la jeune fille, et, cette fois, Eladiel entr'aperçut des formes qu'elle reconnut comme celles de ses parents. Ils tenaient un enfant dans leurs bras, et elle reconnut l'enfant : elle-même. Son père la serrait contre lui et elle riait…
Un léger sourire troubla alors le beau visage grave d'Eladiel, et l'eau sembla s'entrouvrir…alors la jeune fille comprit que la tristesse qu'elle ressentait d'avoir quitté sa famille obscurcissait son cœur et que c'était elle qui limitait son don. Mais il fallait pour cela qu'elle s'en rende compte et qu'elle l'accepte…
Elle se pencha alors sur la vasque, et sentit un calme qu'elle n'avait pas ressenti depuis des jours gagner son cœur et son esprit, comme avant. Les reflets lumineux de l'eau accrochèrent ses yeux bleus, et elle resta un moment là, scrutant la surface lisse…
Elle releva enfin la tête, et dit :
« Merci, Lysbeth Beriawen, fille des Valar …merci de m'avoir aidée à sortir de moi-même… »
Pourtant, Eladiel vacilla, et s'effondra au moment où arrive Celeborn, qui avait tout suivi. Il regarda alors sa fille, qui lui dit :
« Prends soin d'elle, papa, tout va bien aller pour elle maintenant… »
Celeborn prit alors Eladiel dans ses bras, resta immobile un moment, regardant la femme qui était sa fille, puis dit :
« Mon petit ange… »
Un léger sourire éclaira le beau visage de la Valië…Celeborn, le cœur doux-amer, allongea alors son arrière-petite-fille sur son lit, sortit de la pièce, accompagné de sa fille et lui demanda :
« Va-t-elle avoir d'autres crises, ma fille ?
Oui, papa, et, à chaque fois, tu seras là, en pensée et présent.
Je représente beaucoup pour elle ?
Plus que tu ne le crois, papa, plus que tu ne le crois.
Lysbeth, je n'aime pas lorsque tu me parles ainsi.
Pourquoi papa ?
Parce que tu ressembles à une Valië et plus à ma petite fille chérie.
Mais, papa, je serai toujours ta petite fille chérie. »
Heureux, il serra sa fille contre lui, et tous les deux allèrent se promener dans les jardins, attendant le réveil de la jeune princesse…
FIN
