Une demi-lune brillait d'une lumière blafarde dans le ciel. Quelques nuages éparses l'ornaient, cachant plusieurs étoiles de la voie lactée. La nuit était claire et avancée. Une petite brise rafraîchissait cette nuit d'août alors que la journée avait été écrasée de chaleur. Le feuillage du peu d'arbre du quartier semblait danser doucement. Cela aurait pu être une nuit calme...
Cela faisait une heure qu'il était assis dans ce bar, sirotant doucement un coca - Bobby lui avait bien rappellé qu'il n'avait pas l'âge pour autre chose et qu'il n'avait pas envie de se coltiner un gamin ivre mort- tout en observant avec attention les entrées et sorties. Comme attendu, le bar était assez mal fréquenté et Dean ne comptait plus le nombre de dealers, de drogués, d'alcoolo et de types louches qu'il avait vu. Mais Dean savait parfaitement différencier un type louche d'un type qui n'en était pas vraiment un. L'ambiance était lourde de fumée, de vapeur d'alcool et de l'odeur âcre de la sueur. La chaleur alourdissait encore davantage l'atmosphère. Fréquemment, des éclats de rire gras provenant de quelques hommes rassemblés au bar résonnaient bruyamment dans la salle. En bruit de fond, un air de ACDC se faisait entendre en sourdine alors que les boules de billards claquaient les unes contre les autres. Derrière le comptoir, une armoire à glace au visage fermé faisait le service.
Après deux heures d'observation, plusieurs regards mi-ennuyés, mi-suspicieux du serveur, et trois cocas sifflés, Dean commençaient légèrement à s'impatienter. Il s'était installé à une table qui lui donnait une vue sur toute la salle et son instinct le titilla quand il vit entrer une énième personne.
C'était sûrement un homme, même s'il ne pouvait pas réellement le voir sous la capuche. Il portait un sweet large avec une capuche qui cachait la moitié de son visage, son menton était imberbe et pâle. L'individu se dirigea d'emblée vers une table, avec une gestuelle qui transpirait l'habitude, les mains campées dans les poches de son jeans. Il s'installa rapidemment, lui tournant ainsi le dos et le serveur lui apporta rapidement une bière.
Un habitué donc...Dean continua à l'observer un instant, réfléchissant à toute allure à ce qu'il allait faire par la suite. En avalant sa dernière gorgée de coca, il fit signe au serveur qu'il en voulait un autre. L'homme soupira mais obtempéra et vint rapidement lui déposer la boisson devant lui.
- Vous le connaissez? Lança-t-il en pointant l'inconnu à plusieurs tables de lui.
Le serveur jeta un bref coup d'oeil avant de répondre, flegmatique.
- Ca dépend...
- Vous le connaissez? Répéta Dean en sortant un billet de 10 dollars de sa poche.
- Ca se pourrait...J'ai la mémoire qui flanche ces jours-ci...Lui rétroqua le serveur, tout en empochant l'argent.
- He bien voilà de quoi vous payer une visite chez le médecin...Ironisa Dean en sortant un autre billet. Comment il s'appelle?
- J'sais pas son nom...Il vient tout les soirs, boit la même chose, parle à personne et se tire. Répondit le serveur.
- Il s'en va vers quelle heure?
- Ca dépend...Je dirais entre 21h et minuit...
- Merci. Cingla Dean avec un sourire railleur.
L'autre haussa négligemment les épaules avant de rebrousser chemin. Dean, quant à lui, fit le point sur ce qu'il venait d'apprendre. Les heures pourraient correspondre...Il ne devait pas trouver tout de suite ces victimes et si on rajoutait le temps des trajets...L'inconnu était toujours occupé à siroter sa bière, regardant autour de lui sous sa capuche. L'homme était tendu, Dean pouvait presque voir ses doigts blancs serrés autour de son verre.
Quand l'homme décida enfin de partir, Dean le suivit de quelques minutes. En sortant du bar, il fit attention à ne jamais être trop proche de lui tout en s'assurant de ne pas le perdre de vue. La nuit était claire, ce qui rendait plus difficile la filature. Les rues semblaient désertes à cette heure de la nuit et Dean avait tout le loisir de suivre l'inconnu tranquillement. L'homme paraissait nerveux, marchant d'un pas soutenu, regardant de droite à gauche comme à la recherche de quelque chose ...ou de quelqu'un.
Alors que Dean allait entrer dans une petite ruelle, il se plaqua contre le mur. L'autre s'était arrêté, et toujours aussi nerveux, semblait ne pas savoir où aller. Il s'excitait sur place comme un lion en cage, tournant et retournant sur ses pas. Un craquement dans son dos mit ses sens en alerte et avant de s'en rendre compte, il y pointait son arme.
- Who! Doucement avec ça, gamin! Gronda doucement Bill en s'écartant de son champs de visée.
Dean abaissa prestement l'arme en foudroyant Bill du regard.
- Qu'est-ce que tu fous-là? Grogna-t-il à voix basse.
- Y avait rien à voir aux deux autres bars...Lui répondit le chasseur.
- Et alors?
- Et je me suis dit que j'allais venir te donner un coup de main...Lui répondit honnêtement Bill.
- A observer? Grinça Dean entre ses dents.
- Je dirais plutôt que tu es entrain de filer quelqu'un...Le corrigea Bill en se penchant vers la ruelle.
Dean fit de même et soupira de soulagement quand il vit l'autre homme déambuler toujours dans la même zone.
- Pourquoi tu le suis? Murmura Bill.
- Je le sens pas...Se contenta-t-il de répondre.
- Tu le sens pas? Répéta Bill, incrédule.
- Non, je le sens pas. Lui confirma Dean avec un regard noir. Et je me fie à ce que mon instinct me dit...
Le regard de Bill se fit moqueur quelques instants alors qu'il avisait ce gamin d'à peine seize piges qui lui parlait d'instinct. Avant de se rappeler que Dean était un bon chasseur qui lui avait sauvé la mise quelques fois déjà. Son âge était malgré tout un constant sujet de disputes et de désaccords au sein de leur petite bande...
L'inconnu se remit en marche et Dean fit de même, sans plus se soucier de lui. Bill grogna pour la forme tout en le suivant. Pour rien au monde il ne l'avouerait, mais il n'avait pas été à l'aise avec l'idée de laisser le gamin seul dans un bar glauque à la recherche de quelque chose qui déchiquetait ses proies. Bobby avait beau le tanner que Dean était un excellent chasseur et qu'il n'avait besoin de personnes, cela n'apaisait en rien ses craintes. Le gamin avait 15 ans et il avait beau être un foutu chasseur, même lui pouvait avoir besoin d'aide.
Il n'avait pas envie de devoir passer un coup de fil anonyme aux flics pour leur signaler la mort du gamin. Il n'avait jamais vu Mary ou John Winchester mais savait, avec ses tripes, qu'ils aimaient profondément Dean. Il n'avait pas envie d'être celui qui le leur avait enlevé.
- Ho Harvelle! T'es avec moi ou merde? Le bouscula Dean au sens propre comme au sens figuré.
- Quoi? Lança-t-il en sortant de ses pensées.
- Il vient de rentrer dans cette maison. Lui répondit le gamin en pointant du menton une maison classique avec une pelouse mal entretenue et portail blanchâtre. Je pense que c'est chez lui...
- Et pourquoi? Lança-t-il en fronçant les sourcils.
- Parce qu'il a utilisé une clé...Lui répondit Dean d'un air agaçé en le regardant bizarrement.
- Alors on a plus rien à faire ici...Répliqua presque sèchement l'adulte.
- Pas sur...Marmonna Dean en se rapprochant de la maison.
- Où tu vas? Souffla Bill en le rejoignant sous les fenêtre de la maison.
Dean lui fit signe de se taire avant de pointer du doigt l'interieur de la maison. Bill fronça les sourcils et redressa la tête afin de jeter un coup d'oeil à l'interieur. L'inconnu était bien un homme, il avait ôté son manteau dévoilant une carrure moyenne, des cheveux bruns et plats et un teint pâle. Son visage était fin et portait les traces de la fatigue...Il semblait nerveux et s'agitait dans sa cuisine, pestant contre la malchance de cette nuit. A un moment donné, l'homme s'immobilisa devant le réfrigérateur et l'ouvrit à la volée. Il en sortit de la viande crue baigant encore dans un peu de sang. Il se lècha les lèvres et engloutit son repas avec satisfaction.
Bill avait assisté à toute la scène et son esprit passait déjà en revue toute les créatues qu'il connaissait pouvant s'appliquer à ce cas. Il n'en voyait pas. Sa prise se resserra sur son arme alors que Dean semblait vouloir attirer son attention.
. . .
- Un quoi?
- Un rugaru...Lui répondit Dean, sérieusement.
- Je ne connaîs pas...Admit Bill avec réluctance et septicisme. C'est un genre de loup-garou? Demanda-t-il.
- Pas du tout. Rien avoir avec le cycle lunaire et l'argent ne lui fait rien.
- Alors comment on le tue? Demanda franchement le plus âgé.
- Par le feu...faut faire crâmer cet enfoiré...Rétorqua Dean.
Bill se contenta de le regarder un moment, semblant l"évaluer avant d'hocher la tête et de se diriger vers la maison...
- Whoo...Où tu vas? Le rattrapa Dean en l'attrapant par la manche.
- A ton avis? Rétorqua agressivement Bill en retour.
- Il faut approfondir nos recherches, enquêter sur ce gars...Et prendre le matériel nécessaire. On va pas fonçer dans le tas! S'insurgea-t-il.
Si Dean devait être honnête avec lui-même, il aurait eu exactement la même réaction que Bill à une certaine époque. Dans une autre vie. Mais à un moment donné, il s'était assagi et s'était mis à écouter la voix de la raison. Autrefois, cette voix, c'était Sam. Maintenant, c'était toujours la voix posée, presque moqueuse, de son frère qui lui dictait la chose la plus raisonnable à faire.
- Pourquoi? L'interrogea Bill en haussant un sourcil. Le grand Dean Winchester n'est pas sur de lui?
- On ne connaît rien de ce type et même si je suis sur de moi à 99%, je vais pas aller l'immoler sans connaître ne serait-ce que son nom. Lui rétorqua sèchement le plus jeune.
- T'as qu'à l'appeller Régis...Le railla Bill avec un rictus méprisant avant de reprendre son chemin.
- Hey! Qu'est-ce qu'il te prend, Harvelle? S'agaça Dean, n'ayant que très peu aimé le ton de l'autre chasseur.
- Je chasse depuis près de 15 ans, gamin! Lui répondit sauvagement Bill. c'est pas toi qui va me dire comment chasser, ok? Eructa-t-il.
- Ha non? Siffla Dean. Et qu'est-ce que tu sais de ce type à part ce qu'il est et comment le tuer? Et même si je suis sur de moi, toi, tu l'es?
. . .
- Donc, récapitula Bobby, vous avez bien trouvé notre type mais vous êtes quand même revenu ici?
- C'est bien ça...Opina avec sarcasme Bill. Monsieur Dean en a voulu ainsi...Ajouta-t-il en le pointant du menton.
- Dean? S'enquit Bobby en le regardant, les deux sourcils haussés.
- Tu sais c'est quoi, toi, un rugaru? Demanda-t-il en guise de réponse.
- Vaguement. Admit le chasseur à la casquette. Je pensais que c'était plus une légende...
- Et tu connais le moyen de les éliminer? Demanda-t-il encore.
- Le feu, si je me souviens bien. Répondit Bobby en grattant sa barbe.
- Exactement. Et vous auriez voulu qu'on le flambe avec quoi? Une allumette? On était équiper pour s'occuper d'un chien noir, d'un crocotta ou même de goules...Mais rien qui ne se neutralise que par le feu!
- Il a pas tort, Bill...Lui fit remarquer Bobby. Ca ne servait à rien de vous précipiter sans être préparer. On connaît le modus opperandi de ce truc, on sait qu'il ne fera rien avant ce soir.
Bill se contenta de foudroyer son ami du regard avant de grommeler quelque chose dans sa barbe. Bobby se contenta de hausser les épaules en lui rendant son regard.
- T'occupes pas de lui, Dean. Il déteste avoir tort sur quelque chose. C'est un très mauvais perdant...Lui expliqua Bobby. Donc, reprit-il plus haut, que devons-nous savoir sur ce Ruga-machin?
- Avant tout, commença Dean d'un ton grave, il est important de savoir que cela n'est pas une infection. Il ne peut pas nous contaminer, même s'il nous mord.
- Alors comment en est-il devenu un? Demanda Bobby.
- C'est héréditaire. Expliqua-t-il. Transmis de génération en génération. Pendant que Bill faisait la tête, j'ai vite été aux archives des registres nationaux, à la bibliothèque municipale.
- Et?
- Et notre homme s'appelle Brett Jones, et a été adopté quand il avait 3 ans. Les symptômes ne se déclarent que vers l'âge de 30 ans, où il ressent une faim monumentale qui n'est apaisée que par une seule chose...
- La chaire humaine...Conclut Bobby.
- Exactement. Une fois qu'il y a gouté, il est impossible pour lui d'arrêter. Jusqu'ici, Brett devait sans doute être un pauvre gars sans histoire...
