Bêta : Nanola

NDA : Joyeuses Pâques ! Pour fêter ça, un compagnon pour Draco enrobé de chocolat ! Euh... Ah ben non, désolée ^^'' Allez, les cloches (hum, no comment !) sont généreuses puisqu'elles vous postent deux chapitre aujourd'hui, LVO et Puppy. Bisous à ma fiancée et bonne lecture à tous ^^


Chapitre 36

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Le choix du compagnon


Lors de la première Présentation, qui eut lieu à Helga, ce fut le prince Svarog Serpentard, qui officia.

Ce fut également la dernière fois que l'on vit publiquement le Prince en compagnie d'autres Monoïques, mais il est de source sûre qu'il eut en réalité un grand rôle dans la construction du Temple, l'éducation des jeunes et dans la pérennité des fameuses traditions des Monoïques dont l'essentiel demeure à jamais caché.

Depuis ce jour, il est une vérité en notre beau monde : les Monoïques, ces êtres purs et sacrés, qui furent pendant si longtemps honteusement traités, sont destinés à l'amour et nul n'a le droit de les asservir.

« L'histoire du Monde Libre » - Chapitre 5 – Iason Werner

… … …

Harry écarquilla ses yeux de surprise. Il se recula un peu tout en gardant l'Oméga dans ses bras.

« Quoi ? Tu as dis quoi ? » bredouilla-t-il.

« Partons ! Enfuyons-nous ! Je refuse d'être donné à un mâle que je n'aurais pas choisi ! » s'enflamma Draco. « Je suis un être libre, pas un esclave ! J'ai subi pendant trop longtemps, sans doute toute ma vie, et là je veux décider de mon futur. »

Il se lécha les lèvres et poursuivit, devant un Harry médusé.

« Je sais que ma nature me force à avoir un dominant, et de toute façon, je te veux, Harry. Alors je te le répète : si Gideon me donne à un autre mâle, enfuyons-nous ! Megan et Ralph l'ont bien fait ! Pourquoi pas nous ?! »

« Mais... » se décida à intervenir Harry. « Draco, c'est impossible ! »

« Pourquoi ? » gémit l'Oméga.

Il réalisa pour la première fois le visage non seulement étonné, mais comme déchiré du dominant. Il avait vu la surprise, pas le deuxième sentiment.

« Pourquoi ? » redemanda-t-il, le cœur au bord des lèvres.

« Draco... C'est... » Harry passa une main nerveuse dans ses cheveux, les ébouriffant encore plus. « Je ne peux pas ! Ce serait une trahison envers tous ceux de ma meute et de notre Alpha ! »

« Ceux de ta meute ne comprennent plus Gideon ! Ils veulent que tu sois mon compagnon ! » se défendit Draco.

Harry fronça les sourcils, suspicieux face à cette déclaration. Comment Draco pouvait être au courant de telles choses ?

« Quand bien même, ce serait un affront à notre race, aux autres meutes, nous serions des parias, Draco ! Tu comprends pas, j'ai des engagements ici, je suis Parvis Alpha de cette meute, l'une des plus importantes du Monde Libre ! Quelle image je donnerais de la meute, de mon nom ? Je ne peux pas me désengager comme ça, ce n'est pas aussi simple ! » s'exclama Harry. « Ils comptent sur moi pour être leur l'Alpha un jour. C'est ma meute, Draco, je ne peux pas l'abandonner. Ce n'est comme ton amie Megan. Ils n'avaient rien à perdre. Pas comme moi. Pas comme nous. C'est... C'est compliqué. »

Draco se retira des bras de l'homme, brisé.

« Si, Harry, c'est pourtant simple. C'est un choix, juste une question de choix. »

« Draco, » fit Harry en le prenant par les épaules. « Tu me demandes de choisir entre ma vie ici, avec ma meute, tout ce que j'ai toujours connu et en quoi j'ai cru, et une vie de reclus, de nomade. De faim aussi ! Comment pourrais-je prendre soin de toi et de nos louveteaux ? »

Le ton pour le moins désespéré dans la voix de Harry fit redresser le nez de Draco. Il avisa les yeux verts brillants, le visage ravagé du dominant. Son propre visage se fissura et ses yeux se remplirent de larmes.

« Je te demande de choisir entre une vie d'Alpha puissant mais sans moi, sans nous, et une vie plus solitaire où nous serions unis. »

Il ferma les yeux un instant, sa main se tendit vers la joue râpeuse de Harry.

« Je sais que nous serions capable d'assurer notre survie, Harry, c'est un faux problème. On pourrait aussi retourner à Pomona, j'ai ma famille encore là-bas, ou à Helga. Le Temple nous aiderait, je le sais et tu le sais aussi. Je veux simplement rester avec toi, Harry. »

« Draco, on sera peut-être pourchassé et on sera banni, quoi qu'il en soit. »

« Banni de la vie des Lycanthropes... Je m'en moque, du moment que je suis avec toi. Je ne m'unirai pas à Vargr ou Rubeus, non, je refuse. »

Harry le regardait avec intensité.

« Draco, tu me demandes de renoncer à tout ce que je crois, à tout ce qui m'est cher. »

« Je suis désolé, Harry. »

Le silence s'installa entre eux, lourd, pesant. Puis Harry s'avança, le serra dans ses bras avec force en gémissant, le nez dans les cheveux longs et blonds.

« Oh, Draco... Pourquoi, pourquoi est-ce si difficile ? Pourquoi ? »

L'Oméga sentit ses larmes couler sur ses joues, puis celles de Harry sur son front et ses tempes. Il leva son visage vers Harry, découvrant qu'effectivement, ce dernier pleurait lui aussi.

« Je ne veux pas te perdre, Draco, pas encore, » murmura le dominant, les yeux malheureux.

Leurs bouches se retrouvèrent une nouvelle fois, mais cette fois-ci dans un baiser désespéré qui reflétait tant leur passion que leur angoisse. Leurs dents mordaient les lèvres de l'autre, leurs langues combattaient ensemble puis venaient lécher les marques de morsures.

De désespéré, le baiser devint peu à peu plus doux. Leurs mains cramponnées au corps du compagnon se décrispèrent. Pour finir, Harry embrassa le bout du nez fin, les paupières closes et le front du soumis tremblant.

« D'accord. On partira ensemble, » souffla-t-il d'une voix ténue, bien que déterminée.

Harry attrapa Draco par la taille, il le souleva du sol et le porta tout simplement jusque sur son canapé où il s'assit, l'Oméga sur ses genoux. Il embrassa encore les lèvres rougies avant de reprendre, sa voix s'affirmant au fur et à mesure de ses paroles.

« Demain, si Gideon commet l'erreur de ne pas me choisir, il y aura du grabuge. Je sais que parmi les membres de notre meute, certains nous aideront. Peut-être même qu'il y aura à terme scission. Mais on verra cela plus tard. L'important, c'est que les autres meutes devront partir et quitter notre territoire dans la journée. Cela nous laissera le temps de nous préparer. Sans doute... Sans doute que d'autres hommes viendront avec nous, nous accompagneront dans notre fuite... Oui, j'en suis persuadé. Mais, toi, il faudra que tu te montres calme, Draco, d'accord ? »

« Oui, » murmura l'Oméga, ses yeux clairs vissés dans les verts, admiratifs.

« Bien. Tu ne diras rien, ne protesteras pas. La seule chose, c'est qu'il faudra que tu demandes à être dans la tente d'Ayase, seul, jusqu'à l'union. Tu penses que ce sera possible ? »

« Je vais essayer, » réfléchit rapidement Draco. « Au pire, si l'un des Monoïques veut rester avec moi dans la tente, je pourrais le droguer avec une potion de sommeil... À moins qu'il ne nous aide. »

« Okay. On s'enfuira dans la nuit. Par la mer. »

« La mer ? »

« Oui, comme cela ils ne pourront pas savoir où nous allons. »

« Et où irons-nous ? »

« Le plus à l'Ouest possible, jusqu'à ce que la mer rencontre l'océan. Ensuite, avant que cela ne devienne trop dangereux, on accostera et on partira sur le territoire de Poufsouffle. »

« Pomona ? »

« Pas dans l'immédiat. Mais ensuite, oui. Et suivant comment les choses se dérouleront, peut-être qu'un jour on pourra revenir ici. Ou alors construire une nouvelle meute à Poufsouffle. Aussi forte que celle-ci... ou presque, » ajouta Harry avec un triste sourire.

Draco caressa encore la joue légèrement barbue du dominant, conscient du sacrifice qu'il faisait.

« Merci, Harry. »

« Ne me remercie pas. C'est une décision que je prends pour nous deux. Je ne pourrai pas vivre sans toi, Draco, surtout sachant ce que tu étais prêt à faire pour que nous soyons ensemble. »

Draco se rapprocha un peu afin de pouvoir embrasser encore l'homme. Sa langue perça la barrière des lèvres chaudes, franchit sans peine la limite des dents et vint s'enrouler avec douceur à celle de Harry.

La tension, cette fois purement sexuelle, envahit l'air. Les mains de Draco partirent à la découverte du torse de l'homme, curieuses et de plus en plus taquines. Harry lui attrapa les cheveux et rejeta la tête blonde en arrière, dévoilant le cou pâle qu'il s'empressa de couvrir de baisers alors que Draco gémissait.

Les doigts de l'Oméga touchèrent les tétons du dominant, le faisant gronder contre sa gorge. Draco réagit en s'allongeant sur le canapé, entraînant Harry au-dessus de lui. Le désir du mâle était parfaitement perceptible contre sa cuisse. Draco se mordit les lèvres et écarta ses jambes, voulant que le besoin de Harry se presse contre le sien qui palpitait dans son pantalon.

Alors qu'ils se touchaient et se frottaient lentement, Harry enleva son visage du cou qu'il dévorait encore.

« Draco... Draco, on doit attendre... »

Le jeune homme alanguit ouvrit ses yeux clairs.

« Promets-moi... Promets-moi que dès que l'on s'enfuira, tu t'uniras à moi, Harry, tu feras de moi ton compagnon pour qu'aucun autre mâle ne puisse jamais plus me revendiquer. »

« Draco, » fit Harry, son souffle atteignant les lèvres humides en face de lui. « Pour s'unir, il faut... il faut s'accoupler. »

« Je sais, » répondit simplement Draco en appuyant sur la nuque de Harry, lui demandant de couvrir les quelques centimètres qui les séparaient afin de reprendre leur baiser.

Harry obéit à l'ordre silencieux. Leurs bouches se soudèrent une nouvelle fois, alors que les hanches du dominant ondulaient sur celles du soumis. Pourtant, de nouveau, il stoppa le baiser.

« Tu dois rentrer. C'est dangereux, Draco, ce que tu as fait. Il ne faut pas te faire attraper en rentrant. Surtout pas, si on veut que notre plan réussisse. »

« Je sais, » murmura de nouveau Draco. « Mais c'était nécessaire. »

Il soupira et ils se redressèrent à regret. Draco tira sur son pantalon, trop serré et dont la couture le gênait atrocement.

« Je vais y aller. En plus, Ginny doit m'attendre. »

« Ginny ? » s'exclama Harry.

« Oui, je l'ai rencontrée en chemin. Elle va me raccompagner. »

Harry fronça ses sourcils.

« Bien... Bien... Sois prudent, Draco, d'accord ? »

« Oui, » fit l'Oméga en se levant et en tirant une fois de plus son pantalon vers le bas.

Harry se leva également, ils s'embrassèrent légèrement avant que Draco n'ouvre la porte et ne s'enfuit dans la nuit.

Le petit mâle courut vers les bois, souhaitant de ton son être que Ginny soit encore là. Par chance, la jeune femelle le guettait et le héla dès qu'il fut à sa portée.

« Alors ? » demanda-t-elle. « Vous avez pu parler ? »

« Oui, » répondit Draco avec un grand sourire.

Ginny se mit à pouffer, une main devant sa bouche.

« Ouais, et pas que ! Tu sens Harry à plein nez ! Et l'excitation aussi. »

Elle se reprit et passa sa main dans les cheveux de Draco.

« Mais tu vas mieux, ça se voit, tu es plus calme, apaisé. »

« J'ai repris confiance, » affirma Draco.

Ils se sourirent puis décidèrent de regagner la maison de Charlie, le plus silencieusement mais rapidement possible. De fait, le retour se fit plus vite que l'aller, de l'avis de Draco. Ginny marchait devant lui, aussi discrète qu'une souris.

Pourtant, alors qu'ils approchaient de la maison, la jeune louve trébucha lourdement sur le sol, son pied ayant buté contre une branche d'arbre à moitié enterrée.

« Aïe ! »

Elle ne put retenir un cri de douleur, vite étouffé. Affolés, les deux soumis se dévisagèrent alors qu'au loin, une lumière s'avançait vers eux.

« Qui est là ?! » s'exclama une voix forte.

« Draco, va-t'en, vite ! » fit Ginny d'une voix étranglée.

« Mais... »

« Fonce ! »

L'Oméga ne demanda pas son reste, il s'éloigna en vitesse de la femelle en direction de chez lui alors que Ginny partait en faisant volontairement du bruit dans la direction opposée. Draco, une fois un peu plus loin, se mit franchement à courir. Un attroupement de sentinelles s'était formé et avait l'air de poursuivre Ginny qui les éloignait de lui.

Le cœur battant à tout rompre, il arriva enfin devant son mur, où pendait toujours la corde. Il l'agrippa et se hissa à la force des bras, ses pieds en appui sur le mur, jusqu'à sa fenêtre. De là-haut, un rapide coup d'œil lui permis de constater que Ginny avait dû se faire attraper.

Il ne perdit cependant pas plus de temps, se dépêcha d'enlever la corde et bondit dans son lit, il jeta la corde enroulée grossièrement sous son oreiller et se recouvrit de son drap.

En effet, des bruits de pas s'étaient fait entendre et alors que Draco posait sa tête sur l'oreiller, la poignée de sa porte bougea. Le garçon s'obligea à prendre une respiration plus calme, freina les battements de son cœur, espérant que celui à sa porte abandonnerait l'idée d'insister. Effectivement, voyant que la porte était fermée à clé, l'intrus recula et redescendit. Draco en profita pour s'asseoir, retira son pantalon, son t-shirt, tous deux trop imprégnés de l'odeur de Harry. Il les jeta au loin dans un coin, ouvrit sa table de chevet et passa rapidement dans ses cheveux un peu d'huile parfumée qu'il conservait dans une bouteille à cet endroit. L'homme, quel qu'il soit, avait décidé de remonter sans doute avec le double des clés.

Une fois encore, Draco eut à peine le temps de mettre la tête sur son oreiller que cette fois, la clé tournait dans sa serrure et sa porte s'ouvrait.

Il ferma les yeux et entrouvrit sa bouche, faisant semblant d'être endormi.

Les bruits de pas se rapprochaient. Deux hommes, apparemment.

« Alors ? »

C'était la voix d'un des juges, à n'en pas douter. Celui aux cheveux neigeux d'après Draco.

« Comme je vous le disais, il dort, » répondit Antinoüs.

« Quelle est cette odeur ? » murmura le vieillard.

Le Monoïque avança et posa sa main sur les cheveux de Draco. Sa respiration eut un raté quand les doigts entrèrent en contact avec la tempe humide et huileuse.

« C'est... une huile parfumée que nous utilisons, pour sentir bon. »

« Drôle d'idée, vous sentez très bon au naturel ! Bien, nous allons pouvoir rassurer tout le monde. Et enfin rentrer nous coucher. Ce n'est pas le petit Oméga à l'origine de l'alerte, donc, ni quelqu'un qui en voulait après lui. »

« Je vous rejoins, » fit Antinoüs alors que le vieil homme s'éloignait.

Le Monoïque resta là, il s'assit sur le rebord du lit et attendit. Draco avait toutes les peines du monde à ne pas ouvrit les yeux ou se mordre les lèvres, trahissant ainsi son faux sommeil. Au bout d'un instant, Antinoüs parla, à voix très basse.

« C'est vraiment étrange, Draco, que tes cheveux soient recouverts d'huile alors que quand je t'ai laissé tout à l'heure en train de boire ta potion de sommeil, tu n'en avais pas trace. Vraiment... Quoi que tu aies fait, mon frère, j'espère que tout cela n'aura pas de conséquences. Et si cela en a, de toute façon, sache que le Temple ne t'abandonnera pas. Ni toi, ni l'homme que tu as choisi. Nous serons là, pour aider chacun de vos pas. »

Le Monoïque se leva, mais au lieu de partir, il marcha vers la fenêtre et dans l'angle où Draco avait jeté ses habits, il se baissa pour les ramasser et les posa sur une étagère de l'armoire dont il referma soigneusement la porte.

« La prochaine fois, essaye de ne pas laisser traîner tes affaires quand tu fais le mur, et remercie le ciel pour que ce soit ce juge-là qui soit monté. Bonne nuit, Draco. »

« Bonne nuit, Antinoüs, » chuchota Draco en ouvrant finalement ses yeux.

L'homme se pencha au-dessus de lui et lui embrassa le front, révélant un visage souriant.

« Dors, tout se passera bien. »

Draco lui sourit en retour.

« Oui, maintenant je le sais. »

… … …

Le soleil était une nouvelle fois bien présent en cette matinée de juillet. Draco, encadré par Charlie et Ayase, se dirigeait une nouvelle fois vers la clairière. Ce chemin, il l'avait fait tous les matins, tous les jours depuis six jours. Pour être franc, il en avait ras les sandales. Seule l'idée que demain matin, il ne le referait pas soit parce qu'il se serait enfuit avec Harry pendant la nuit, soit parce qu'il serait uni au même Harry le soir même, lui donnait le courage d'avancer.

La foule de Lycanthropes était toujours présente, et tous, pour changer un peu, cherchaient à le voir. Cela aussi l'agaçait prodigieusement, lui donnant le sentiment de n'être qu'une bête de foire.

En cet instant, Draco n'avait qu'une envie, que ces jeux soient enfin terminés et qu'il soit avec Harry. L'Oméga savait que son désir de se retrouver avec Harry n'était pas innocent. Être avec Harry signifiait pour lui qu'il serait uni et donc moins convoité par les Lycanthropes. Et pour lui désormais, c'était aussi comme une forme de liberté.

Avec Harry, Draco pensait sincèrement que l'union pourrait être agréable. Il aimait l'embrasser, aimait qu'il l'embrasse. Il se serait bien contenté de ça pour le moment, avec des caresses plus ou moins poussées, mais il savait aussi que cela ne suffirait pas, du moins, pour que la cérémonie d'union et cette dernière soit complète.

Le jeune Oméga serra les dents. Tant pis. Que ce soit de façon officielle demain soir ou de façon frauduleuse cette nuit, il s'unirait à Harry totalement, il aurait une relation sexuelle avec lui et ensuite... ensuite, il verrait bien. L'idée ne lui faisait plus aussi peur qu'avant. Pour être tout à fait honnête, Draco savait que derrière les derniers remparts de crainte, se tenait désormais un profond désir pour Harry. Y compris un désir sexuel.

« Tu es bien calme, Draco, » commenta Charlie au bout d'un instant, alors qu'ils arrivaient dans la clairière.

Le garçon leva les yeux du sol, constatant par la même occasion qu'une nouvelle estrade, plus petite que la première, avait été de nouveau installée.

« Il faut croire que la potion d'Antinoüs agit aussi sur mes nerfs... et que j'ai pris mon parti de ce qui va suivre, » répondit Draco d'une voix atone.

Il s'obligeait au calme, pour plusieurs raisons. Il ne voulait pas que quiconque se doute qu'au fond de lui, il était plus serein à cause d'un plan d'évasion. Si jamais Gideon se doutait de quelque chose, c'était la fin de ses rêves. Mais plus le temps passait, plus, malgré la discussion et le projet qu'ils avaient eus Harry et lui, le doute et le stress l'envahissaient.

Et si Gideon ou la meute à qui il serait donné le confinait dans une pièce, sous bonne garde ? S'il n'arrivait pas à s'échapper durant la nuit ? Pire, si Harry changeait d'avis au dernier moment ? S'il lui avait dit oui uniquement pour le calmer, l'empêcher de s'enfuir seul et qu'au final, il le dénoncerait ?

Draco ne voulait pas y croire, mais l'inquiétude le gagnait tout de même.

Sans compter que le stress, bien réel de savoir qui avait gagné la compétition, était là et prenait de plus en plus de place dans son cœur.

Ce fut donc le visage pâle, les mains moites et la respiration hachée qu'il fut hissé sur l'estrade par Charlie. Une fois debout sur les planches en bois, la peur prit totalement et irrémédiablement place. Vu d'en haut, la foule lui semblait encore plus imposante, angoissante, avec ces centaines de paires d'yeux qui le regardaient avidement. Un bref regard en arrière lui apprit que les Monoïques et les juges, à l'exception de Gideon, s'étaient placés en rang d'oignon, dans le fond. Charlie et Ayase les rejoignirent, le laissant atrocement seul et démuni.

Il resta là, isolé, le visage baissé sur ses pieds sanglés de cuir. Le bruit des Lycanthropes s'assourdit, devenant simple murmure tandis que Gideon s'avançait parmi eux, suivi des trois derniers prétendants.

Ils sautèrent sur l'estrade, faisant sursauter Draco. Le garçon déglutit avec difficulté, sans oser lever les yeux. Nerveusement, il attrapa l'une de ses tresses avec ses doigts qu'il enroula sur son index avant de la porter à sa bouche. Cependant, la vague de désir qui éclata de la part des dominants lui fit aussitôt regretter son geste et lâcher sa tresse.

« Mes amis, » s'exclama Gideon, le sortant de ses pensées. « Nous sommes réunis pour célébrer la fin des jeux et donc, le vainqueur ! »

Des cris et des hourras envahirent la clairière. Draco, lui, sentit son cœur prêt à exploser sous ses côtes. Le silence revint peu à peu et Gideon continua.

« Vous le savez, nos trois valeureux dominants ont fièrement combattus. Tous se sont montrés forts et dignes de l'Oméga mis en jeu. Cependant, il ne peut y avoir qu'un seul vainqueur. J'ai parfaitement conscience que dans quelques minutes, je vais briser certains espoirs et certains rêves. Rêves d'amour, de partage, d'alliance aussi. »

Draco ferma les yeux à l'entente de ces phrases. Pourquoi l'Alpha parlait d'amour brisé ? Il n'y avait qu'envers Harry qu'il pensait éprouver de tels sentiments. En ce qui concernait les alliances, il savait que Gideon parlait de celles, fructueuses, qu'il aurait voulu passer avec la meute des Plaines.

Bien qu'il sache que ce ne serait certainement pas Rubeus Hagrid, bien qu'il veuille croire que Harry tiendrait sa promesse et qu'ils pourraient s'enfuir tous les deux durant la nuit, les lèvres de l'Oméga se mirent à trembler, ses yeux se remplirent de larmes. Les paroles de Gabriel tournaient en boucle dans sa tête, ainsi que ce qu'il avait lu de la vie des Monoïques autrefois et dans le livre de Svarog. Cela lui donnait le sentiment de n'être véritablement qu'un esclave qui allait être vendu.

« Le choix qu'il m'a été demandé de faire a été très difficile. Comme le veut notre tradition, j'ai écouté les conseils et avis des pères du jeune homme mis en jeu. Je l'ai écouté, lui-aussi. Quatre de nos anciens, issus de différentes meutes m'ont également assisté. Au vu de la nature particulière de l'Oméga, le Temple des Monoïques nous avait envoyé des messagers et ceux-ci ont également participé. »

L'Alpha prit une grande inspiration.

« Sur ce dernier point, je vous rappelle, jeunes dominants, qui si vous êtes désigné vainqueur, vous devrez prêter allégeance au Temple. Vous avez été informé du contrat et vous y êtes engagés. Personne ici ne tolérera de votre part le moindre impaire sur ce point. »

Gideon s'avança vers Draco et posa ses mains sur les épaules nues.

« Draco, relève-ton visage, mon enfant. »

Le garçon obéit, l'angoisse lui vrillant les entrailles.

« Il est temps pour toi d'être présenté à ton compagnon. »

Draco hocha la tête, par pur réflexe. Il entendit Charlie se placer derrière lui et un bandeau lui recouvrit bientôt les yeux, le plongeant dans les ténèbres.

« Les trois mâles en liste étaient Harry Potter, Rubeus Hagrid et Vargr de la Garde. »

Les exclamations remplirent le monde de nuit de Draco. Il trembla alors que les mâles, de ce qu'il entendait et sentait, se plaçaient en face de lui. Puis l'Alpha le fit marcher, afin de le positionner juste devant le gagnant. Son futur époux.

Les mains de Draco se mirent à trembler alors que les cris dans la foule se firent de plus en plus assourdissants. De joie ? De protestations ? Draco ne savait plus tant le sang battait à ses oreilles. Il ne voulait pas se fier à ses sens perturbés mais attendait que son bandeau lui soit enlevé.

Pourtant, ce ne fut pas encore le cas tandis que Gideon l'obligeait à avancer. Des mains masculines se posèrent sur ses épaules. Et Draco fondit en larmes.

Les mains glissèrent sur son cou, caressèrent la nuque, la naissance de la mâchoire pour venir se glisser derrières les oreilles, sous les mèches blondes. L'une d'elles kidnappa une fine tresse, pour la faire rouler entre les doigts, pendant que l'autre partait à l'arrière du crâne du garçon afin de dénouer le lien qui obstruait la vue de l'Oméga.

Le tissu tomba souplement sur les épaules de Draco, puis finit sa course au sol où il s'écrasa mollement. Le garçon, ouvrit ses yeux lentement, tout en retenant son souffle. Il était sûr de savoir à qui appartenaient ces mains, en avait été sûr à l'instant même où elles s'étaient posées sur ses épaules, mais il avait pourtant peur de se tromper.

Deux yeux d'un vert de prairie le dévisageaient.

Ils étaient beaux.

Ils avaient la couleur de l'espoir, des arbres qui poussaient librement au flanc des collines de Pomona et des papillons qui voletaient au printemps au-dessus du jardin de sa mère.

Draco se jeta au cou de Harry, en ne retenant ni ses larmes, ni ses petits cris. Joie, soulagement, stress et peur. Les bras de Harry se refermèrent sur sa taille, le mâle enfouit son nez dans les mèches blondes. Les exclamations autour d'eux les noyaient, les étourdissaient, mais étrangement, Draco les entendait à peine. Tout n'était centré que sur Harry. Harry qui le retenait, qui l'embrassait, qui le cajolait et qui, au final, le porta dans ses bras, les jambes de Draco décidant subitement de ne plus réussir à le soutenir.

Le jeune Oméga reprit peu à peu une respiration moins saccadée, son esprit s'éclaircit. Il prit lentement conscience qu'il était toujours dans les bras de Harry, fermement accroché à lui, le nez dans le fouillis de cheveux ébène. Les clameurs prirent un nouveau sens à ses oreilles, lui faisant pleinement réaliser que c'était bien des exclamations de joie.

Il ouvrit les yeux et tourna son visage vers la foule de Lycanthropes, un peu plus bas. Les Lycans applaudissaient, sifflaient, criaient, grands comme petits, mâles et femelles. Draco aperçut rapidement sa bande d'amis aux côté de Remus, Tonks, Teddy et Asami. Derrière eux, la famille Weasley, avec Molly qui retenait avec difficulté quelques larmes.

Draco sentit son cœur s'alléger de plusieurs kilos. Est-ce que ces personnes, ce bloc soudé, les auraient aidés, Harry et lui, si le nom du gagnant avait été différent ? Son regard clair se posa sur Ron et Lancey, lui apportant une réponse. Oui, au moins pour certains d'entre eux.

« Es-tu heureux, Draco ? »

Le souffle de la voix de Harry traversa les hurlements des anonymes. Draco leva les yeux vers lui. Son mâle, son dominant, celui qui serait son compagnon d'ici le lendemain.

« Oui... Je suis heureux. Vraiment heureux. »

Un grand sourire dévoila des dents blanches sur le visage de Harry. Draco se redressa un peu plus et, se fichant de savoir si cela se faisait ou non, déposa ses lèvres sur celles du dominant.

Les exclamations enchantées de la foule reprirent de plus belles, avant de se calmer. Gideon faisait de nouveau face à la foule, les bras levés.

« Mes amis, mes amis... Je comprends votre joie. Félicitations, oui, félicitations à Harry et à notre jeune Draco. Ces jeux, exceptionnels et rares, ne doivent pas nous faire oublier l'amitié qui nous lie, entre meutes ! Aujourd'hui, deux membres de ma meute ont été promis. Demain, d'autres parmi vous le seront, ici ou ailleurs. »

Draco se décida à tenter d'écouter les paroles de l'Alpha mais son regard gris inquiet passa alors sur les prétendants malheureux, dont il avait totalement oublié l'existence. Hagrid semblait toujours déconfit, Vargr avait le visage fermé. Le jeune homme chercha dans la foule les autres meutes.

Ceux qui avaient vu leurs membres se faire déjà éliminer ne semblaient pas hostiles, loin de là, et partageait la liesse générale. Draco réalisa cependant que ce n'était peut-être pas en raison du nom du vainqueur, mais simplement parce que ce jour était synonyme de fête et sans doute, de banquet, de rire, de partage entre meutes.

Les deux groupes composés des représentants des meutes de Rubeus et Vargr, eux, étaient bien plus moroses. De nouveau, l'angoisse étreignit son ventre.

« Que se passe-t-il, Draco ? » murmura Harry.

« Les perdants et leurs amis... Ils ne vont rien faire, pas vrai ? »

Harry sourit.

« Non. Ils sont déçus, c'est sûr, mais ils ne feront rien. Ne t'inquiète pas. Je n'ai pas usurpé ma victoire, ils le savent tous. »

La fierté transpirait par tous les pores de la peau du jeune dominant. Draco sourit en retour. Harry n'était pas un modèle de modestie, c'était un fait, mais il avait raison s'agissant des jeux. Il avait durement combattu, comme en témoignait encore la blessure sur son arcade sourcilière et les cernes sous ses yeux.

« Je suis tellement fier d'être ton compagnon, » fit Draco.

Harry gonfla un peu plus le poitrail, aux anges.

« Et donc, » reprit un peu plus fortement Gideon en se retournant vers eux, les faisant taire et réaliser qu'ils n'avaient pas écouté un traître mot du discours que l'Alpha avait prononcé, « je vous propose à tous de partager un dernier repas avant de nous dire non pas adieu mais au revoir. Vous êtes, pour quelques heures encore, nos invités. »

Des bravos et des hourras s'élevèrent avant que la masse d'hommes, de femmes et d'enfants ne se mette à bouger, les groupes à se fondre, se mélanger. Draco avisa les cheveux flamboyants de Ginny qui se dirigeait d'un pas décidé vers les tenus rouge et or des soldats de Godric.

« Oh, je connais un dominant qui va devoir avoir les nerfs solides ! » fit Draco alors que Harry se décidait enfin à le poser au sol.

Le dominant le regarda étrangement mais ne put dire un mot car les juges, les Monoïques et surtout les anciens prétendants se présentaient devant eux.

« Eh bien, félicitations, Harry, » dit Rubeus de sa voix rocailleuse, et, selon Draco, atrocement pataude.

Le loup géant tendit sa main vers Harry qui la serra avec force.

« Merci, Rubeus, tu as été un valeureux adversaire ! »

« Tu as été meilleur et puis, Draco te voulait toi, alors je suppose que c'est une bonne chose, » bredouilla le grand homme, faisant tressauter sa barbe broussailleuse.

Ledit Draco baissa les yeux, peu désireux de regarder ces hommes qui avaient voulu l'arracher à sa meute pour s'unir avec lui, contre son gré.

« Félicitations, Harry, » lança à son tour Vargr.

L'Oméga sentit sur lui le regard noir de l'homme, mais ne redressa pas la tête.

« Il est vrai que tu as magnifiquement combattu. Je trouve dommage que ton Alpha ait choisi un membre de sa propre meute plutôt qu'un autre, mais c'est ainsi. Draco aurait été choyé à la garde et je l'aurais rendu heureux, j'en suis persuadé. »

« Oh, » répondit Harry en passant sa main dans ses mèches folles. « Certes. Toutefois, je pense y parvenir aussi. Sans compter que ta meute a quand même pu échanger avec les autres lors de cette compétition. »

Le ton légèrement moqueur de Harry n'échappa pas à Draco qui redressa un peu le nez, avisant effectivement le sourire en coin qu'il aimait tant sur les lèvres de son dominant. Il leva un peu plus ses yeux, découvrant le visage cette fois pincé de Vargr.

« Regarde, » continua Harry. « Le petit soumis qui était avec vous ne décolle plus Lug. Quant à Egill, il m'a l'air en forte bonne compagnie. »

Draco leva cette fois complètement la tête et regarda en direction des représentants des Rouge et Or. Vargr en fit autant, constatant lui aussi qu'effectivement, Egill était en grande conversation avec Ginny.

« D'ailleurs, à ce sujet, il va falloir que j'ai une petite discussion avec ma sœur. »

La voix de Charlie les fit cette fois se tourner de l'autre côté. La main du Bêta se posa sur l'épaule de Draco.

« Nous te remercions de tes félicitations, Vargr, » poursuivit l'homme roux.

Le soldat se contenta d'un bref hochement de tête, puis il sauta en bas de l'estrade afin de rejoindre ses camarades. Les juges, les Monoïques entourèrent le nouveau couple, faisant relâcher un peu de pression à Draco. Ses frères l'embrassèrent, le félicitèrent joyeusement. Puis le juge aux cheveux si blancs prit lui aussi la parole alors qu'il serrait Draco, surpris par le geste, contre lui.

« Eh bien, eh bien, tu vois mon enfant, tout s'est bien passé. Il n'y avait pas besoin de tant de larmes et de chagrin. Tu es avec ton mâle préféré, n'est-ce pas ? » dit-il gentiment.

« Oui, monsieur, » répondit poliment Draco.

« N'est-il pas véritablement adorable ? » s'extasia le juge. « Vois, Monoïque, il n'était pas utile de montrer tant de colère et d'insulter notre race, nous sommes nous aussi capables de prendre soins de nos enfants les plus fragiles. »

Gabriel, le Monoïque concerné par la diatribe, eut un reniflement de dédain.

« Que tu dis, vieil homme, mais si nous n'avions pas été là et si Draco n'avait pas fait éclat de son désespoir, je reste convaincu que l'issu de cette compétition n'aurait pas été aussi favorable à mon frère. »

« Ça, mon ami, tu ne le sauras jamais, » le taquina une nouvelle fois le juge avec un sourire mystérieux avant de se détourner.

« Bien, il est temps de démonter cette estrade et de préparer les dernières festivités. Charlie, puis-je compter sur toi ? » déclara Gideon. « Ensuite, nous irons effectivement parler à ta sœur. Je trouve que certains membres de ma meute sont assez indisciplinés, ces temps-ci. »

« Ginny n'a rien fait de mal ! » s'écria Draco.

Devant les regards sombres et interrogateurs qui lui fit face, il se mordit les lèvres et baissa rapidement la tête.

« Oh, et comment le sais-tu ? » gronda l'Alpha.

« Je... je n'en sais rien, je suppose juste. Ginny est une gentille fille, c'est tout, » bafouilla le garçon.

« Une gentille fille qui n'a pas hésité à braver le couvre-feu et donc mes ordres, pour, d'après elle, rejoindre un soldat sur la plage. Bien qu'étonnamment, elle n'en soit pas vraiment sur le chemin quand elle a été découverte, » fit l'Alpha sourdement.

Draco préféra garder prudemment les lèvres closes et la tête basse. Bien lui en prit puisqu'après un court instant de flottement, l'Alpha décida de passer outre.

« Bon. Harry, toi et ton fiancé pouvez aller vous détendre. Ayase, toi et tes frères pouvez sans doute les accompagner ? Je suppose qu'un petit coin tranquille à l'ombre d'un arbre pour te reposer te ferait le plus grand bien, tu as l'air épuisé. Draco doit être encore visible jusqu'au départ des représentants des meutes. Ensuite, il devra être placé en quarantaine d'ici à la cérémonie d'union. »

« Je m'en occupe, » affirma Ayase. « Draco, mes frères et moi irons dans ma tente monoïque avec ton accord, Alpha. »

« Accordé, » répondit simplement Gideon.

Tous descendirent donc de l'estrade. Harry entraîna les Monoïques un peu à l'écart, à un endroit où la clairière rencontrait de nouveau la forêt. Il s'adossa à un arbre et prit Draco entre ses jambes. Les Monoïques étalèrent des couvertures et des peaux sur le sol, qu'Ayase avait emportées, et s'installèrent en rond.

Pourtant, Draco n'eut pas vraiment l'occasion de pouvoir discuter avec eux ou même de simplement être un peu en paix. En effet, tous les Lycanthropes présents avaient semble-t-il décidé de venir les voir, Harry et lui, afin de les féliciter, et, pour ceux des meutes étrangères, venir leur adresser leurs adieux.

La meute et ses invités partageaient néanmoins un grand repas. Bientôt, là où se tenait l'estrade un immense feu prit de nouveau place malgré la chaleur écrasante de cette journée qui avançait.

Draco se sentit de plus en plus fatigué, épuisé. Le va-et-vient incessant de la foule, les bruits étourdissants ne l'aidaient pas à se reposer. Il n'avait que peu dormi cette nuit et les précédentes, et avec toute la tension enfin éloignée, son corps le lâchait purement et simplement. L'Oméga se pelotonna contre le torse de son compagnon, un petit sourire aux lèvres. Certes, il avait toujours la crainte de ce qui allait suivre, il avait toujours la crainte de faire l'acte intime avec un Loup-garou, mais le fait d'avoir un compagnon, ou plutôt d'avoir Harry comme compagnon, était plus qu'agréable.

Il aurait été sans doute plaisant que son compagnon se cantonne dans un premier temps au rôle d'ami, de protecteur, de confident et de petit-ami doux qui se contente de baisers et de câlins. La nuit de l'union devrait voir la consommation physique du lien, mais ensuite, rien n'était obligatoire. D'autant qu'il était un Monoïque et que son intégrité physique devait être respectée. Quant au fait d'assurer une descendance, tout le monde lui avait rabattu les oreilles qu'il était trop jeune, Harry ne voudrait sans doute pas précipiter les choses. Alors est-ce que Harry voudrait qu'ils aient d'autres relations intimes de suite après leur union ? Draco se reprit, non, la bonne question était : est-ce que lui voudrait avoir des relations sexuelles avec son époux une fois unis ? Et là, honnêtement, il n'avait pas encore de réponse.

Tout à ses réflexions, l'Oméga ne réalisa même pas que peu à peu, il s'enfonçait dans le sommeil. Il ne fit qu'une courte sieste et fut réveillé par les bruits alentours, de plus en plus puissants.

« Draco, tu es réveillé ? Tu veux manger un peu ? »

« Humm ? Non, pas faim, » marmonna le plus jeune en se calant un peu plus entre les bras de Harry.

« Tu es sûr ? Mange au moins un peu de pain et de poisson, » insista Harry en lui montrant de la main l'un des plats qui avaient été installés au centre de leur cercle.

Draco fit l'effort de se rasseoir plus correctement afin de voir ce qui se passait autour de lui. Les différents Lycanthropes mangeaient par petits groupes, toutes meutes et représentants confondus. Les invités étaient désormais avec des sacs posés autour d'eux, ils étaient pour la plupart déjà nus, signes évidents de leur prochain départ.

« J'ai dormi longtemps ? »

« Non, une toute petite heure. Ayase dort encore, lui, » fit Harry en désignant cette fois l'Oméga plus âgé qui dormait confortablement allongé, la tête sur les cuisses de Charlie qui lui caressait les cheveux.

« Vous avez été très sollicités tous les deux. Plus que ce que je l'aurais pensé, » commenta Sylvanus.

Les trois Monoïques étaient toujours là et, manifestement, n'avaient aucunement l'intention de partir de sitôt.

« C'est leur nature Oméga. Vous ne pouvez pas comprendre, » rétorqua Charlie.

Le Bêta parlait doucement afin de ne pas réveiller son époux.

« Non, cela semble évident. Je n'avais encore jamais vu Aya' ici, au sein de sa meute. Je n'avais pas réalisé... à quel point sa transformation en Lycanthrope l'avait changé, » dit Antinoüs, avec une certaine amertume dans la voix.

Charlie souleva un sourcil en le dévisageant.

« Il a choisi cette vie. »

« Je sais. »

Le Monoïque baissa les yeux et se contenta de mâchonner un fruit.

« Maîtres, vous restez jusqu'à quand ? » demanda Draco tout en refusant de la main le plat de poissons que Harry lui mettait de nouveau sous le nez.

« Je retourne à Traverse demain matin, » répondit Sylvanus. « Gabriel ira au Temple juste avant le début de ta cérémonie d'union, de même qu'Antinoüs, sauf que lui retrouvera son mari. »

« Vous ne restez pas pour la cérémonie ? »

« C'est interdit pour les non-Lycantrophes d'y assister, Draco, » expliqua Charlie qui regardait toujours Antinoüs de façon profonde. « Nous aussi avons certaines traditions et des secrets bien gardés. L'union entre Lycanthropes en fait partie. Gabriel et Antinoüs resteront avec Ayase et toi pour t'aider à te préparer et pour te veiller. Dès que nos camarades des autres meutes seront partis, vous irez dans la tente d'Ayase, c'est ce qu'il m'avait dit. »

Le Bêta s'arrêta deux petites secondes avant de reprendre. « Tu es donc marié, Antinoüs. »

« Comme tout Monoïque se doit de l'être, » répondit le sus-nommé.

« Tu n'as pas l'air véritablement enchanté. Tu n'aimes pas ton mari ? » continua Charlie.

Draco plissa le front. Charlie avait l'air suspicieux, ou du moins, contrarié.

« Si, j'aime mon époux. »

Le Monoïque redressa son visage et fixa Charlie dans les yeux. Tous deux avaient les cheveux d'un roux foncé et de grands yeux bleus qui faisaient penser à la mer profonde. Draco ne put s'empêcher de penser une nouvelle fois que d'une certaine façon, ils se ressemblaient, quand bien même Charlie était plus robuste, trapu, et que son visage semblait taillé à la serpe comparé à celui fin et délicat de l'autre homme.

« Je me suis marié à l'âge de dix-neuf ans avec le prétendant qui faisait le plus battre mon cœur. Je suis toujours son époux, bien que j'ai rempli mon rôle auprès de lui puisque nous avons deux enfants, signe, si tu en doutes, que je l'aime sincèrement. Mon attachement envers ton propre compagnon n'est en rien une menace. »

« Vos mœurs sont étranges, même si j'en ignore la quasi-totalité. Ayase me parlait souvent de toi depuis qu'il savait que tu venais pour la compétition. J'ai posé des questions et si toi, Monoïque, tu peux mentir à ton compagnon, le mien le peut bien moins. J'ai des atouts que les Hommes ne possèdent pas. Vous avez été amants. »

Draco se mordit la lèvre, incertain de ce qui allait suivre. Il jeta un petit regard à Harry qui semblait plus que surpris de la déclaration de Charlie. Le dominant baissa les yeux vers son futur époux qui détourna rapidement les siens, finissant de l'étonner.

« Ce que nous faisions au Temple ne te regarde en rien. »

« Et ce que vous y faîtes actuellement ? »

« Actuellement nous ne sommes pas au Temple. »

« Ne joue pas au plus malin, tu as parfaitement compris ma question ! » gronda Charlie.

« Les Monoïques ont des relations entre eux ? » s'écria Harry en passant un bras possessif autour de la taille de Draco.

Gabriel se mit à rire, tout en les dévisageant tour à tour.

« Les Lycanthropes dominants ont peut-être des capacités que n'ont pas les autres humains, mais vous êtes malgré tout bien tous les mêmes ! » ricana Gabriel. « Vous nous courtisez, vous nous désirez, mais sans rien savoir de ce que nous sommes et surtout, en exigeant de nous la plus totale exclusivité ! C'est pour cette raison que les Monoïques doivent prendre leur temps avant de choisir leur futur époux, afin de voir ceux qui, eux aussi, leur seront fidèles et aimants. Vous nous jugez incapables de nous défendre, de nous gérer, de nous occuper de nous-même mais c'est ce que nous faisons depuis notre libération ! Nous n'avons pas besoin de vous. »

« Gabriel... » soupira Sylvanus.

« Tu dis que l'on ne vous connaît pas, mais vous vivez dans un perpétuel secret ! » ronchonna Charlie. « Je suis tombé amoureux d'Ayase mais je ne sais presque rien de sa jeunesse et je ne sais rien du tout de ce qu'il fait au Temple ! »

« Ayase est aussi tombé amoureux et t'a choisi, Charlie, c'est le plus important, » fit Sylvanus.

« Je ne sais... » la voix de Charlie explosa, faisant grommeler Ayase dans son sommeil. Charlie lui caressa aussitôt les cheveux tendrement et baissa sa voix. « Je ne sais pas, » reprit-il. « Je ne savais pas que vous, enfin, que vous aviez des relations entre vous. Ça me perturbe, oui. Et Ayase est un Oméga, il a besoin de moi, il est incapable de se défendre seul. »

« C'est faux ! » protesta Draco, à la surprise générale. « Nous sommes Omégas, donc plus fragiles que mes frères qui ne le sont pas, mais nous ne sommes pas si fragiles que ce que vous pensez, vous les dominants. »

« Draco, vous ne pouvez pas lutter contre la force de l'aura d'un dominant, pas totalement. »

« Cela ne va pas dire que nous ne pouvons pas nous défendre par d'autres moyens, ou que nous sommes... incompétents ! » s'écria Draco. « Je ne vaux pas moins qu'un dominant ! »

« Bien parlé, mon frère ! » fit Gabriel.

« Ce n'est pas ce que j'ai dit, Draco. Mais c'est la vérité, un Oméga ne peut survivre sans une meute protectrice. »

« C'est bien pour cela que tes doutes ou tes paroles sont absurdes, Charlie, » intervint Antinoüs. « Nous autres Monoïques sommes des êtres libres. Certes, nous devons nous plier aux lois fédérales en ce qui concernent le mariage et l'héritier. Vous autres, hommes, vous confondez l'amour, le sexe, le désir et le plaisir. Du moins, vous préférez ignorer les différences quand elles nous concernent. Pourtant, vous le savez, tous les prétendants le savent : aucun Monoïque n'arrive sur l'estrade vierge. C'est une garantie pour nous qu'aucun homme ne pourra jouer de cette perte pour enchaîner un de nos frères. Quoi qu'il en soit, nous restons libres d'aimer et de désirer, tout comme nous avons le droit de prendre du plaisir. Une fois notre engagement effectué, nous sommes également libres de revenir avec nos frères au Temple ou même de vivre seul. Or, très peu d'entre nous le font. Pourquoi ? Parce que nous aimons nos maris. Ce que nous faisons au Temple n'a rien à voir avec vous. Rien. Quant à Ayase... Quelle plus belle preuve d'amour aurait-il pu t'offrir ? Il s'est enchaîné à toi, à ta meute. Il n'y a plus de retour en arrière possible pour lui. Il a sacrifié sa liberté de choix pour toi, afin de devenir ton Oméga. Ce qu'il a fait, je ne l'aurais pas pu. Peu d'entre nous l'auraient fait. Que veux-tu de plus, Charlie ? »

Antinoüs s'arrêta afin de regarder pensivement son ami toujours endormi. Il soupira et se retourna vers l'autre couple de Werwulfs.

« Et toi, Harry ? Tu as gagné ce garçon, qui lui n'a jamais eu d'autres choix qu'être Lycanthrope. C'est bien pour toi, félicitations. Mais sauras-tu en être digne ? Draco le pense, nous, nous l'espérons. Être Oméga n'est pas chose aisée... C'est étrange de voir deux de nos frères se comporter comme ils le font. Tu disais être perturbé, Charlie. Tu n'es pas le seul. »

… … …

À suivre

… … …