Hello à tous !

Oyez, oyez, l'inspiration a été clémente cette semaine ^^

Je le dois en partie à Kanon, qui persiste et signe dans ses intentions inavouables.

Les vestiaires sont des lieux propices aux rumeurs, Kanon s'excuse et joue les exhibitionnistes, Camus compare.

Shiryu s'aveugle sur ce qu'il voit, et la cinquième rumeur bis gagne encore des points.

Milo garde confiance en son Camus malgré les perfidies des commères, et Athéna se sent perdre des illusions.

Saga s'horrifie alors que son cher jumeau ne lui raconte que la vérité au mot près.

Seiya veut jouer son rôle de co-directeur.

Shun et Hyoga sont béatement " flottants ".

Kiki ne peut résister à l'attrait d'une tarte aux cerises, en sera-t-il puni ?

Bonne lecture à tous !

Je remercie également ici tous les lecteurs qui me mettent cette histoire en alerte ou en favoris, ou même l'auteur tout entier ^^


Titre: Histoires de coulisses

Couple: Milo x Camus

Disclaimer: Tout à M. Kurumada, Shueisha, Toei.


Histoires de coulisses

Dans les coulisses du théâtre, il y avait une grande loge particulière pour les premiers rôles. Elle comportait sinon du luxe, au moins une décoration relative : tapis datant de deux siècles, tapisseries aux murs itou, flambeaux d'argent et miroir vénitien enguirlandé d'or terni.

Destinée au jeune premier et premier rôle d'héroïne shakespearienne, cette loge aurait du revenir de droit à Camus et Milo, couple pionnier dans la pièce d'Athéna, si seulement Saori n'avait pas flairé un danger, avouons-le, justifié : celui que Milo du Scorpion ne soit jamais sur scène pour les trois coups de départ, trop occupé à trousser sa fausse Juliette à porte fermée.

Boudeur, l'asocial iceberg tomba donc sur une pancarte – " Loge réservée à Athéna, la plus belle de l'Olympe, et au co-directeur du Sanctuaire " -, et il traîna les pieds jusqu'à un long vestiaire commun aux seconds couteaux.

Vestiaire se résumant à une pile de costumes jetés en vrac, une longue psyché mouchetée de rouille et fendue par son milieu, et la nudité de la pierre brute pour tout environnement.

- Je me demande si les serviteurs des autres dieux sont aussi mal lotis que nous, réfléchit à haute voix le penseur infatigable, profitant de sa solitude pour chercher sa robe Renaissance en seul caleçon – de soie, noir, donc pas un cadeau de son disciple.

- Non, feula une voix éraillée de trop de débordements et d'un réveil pénible. Remarque, j'ai eu treize ans à m'arranger à ma guise, puisque le coincé de l'urne roupillait dans le corps de Julian Solo.

La voix fût suivie de deux mains griffues et baladeuses, qui se posèrent amicalement sur les épaules du Français.

- Kanon ! protesta le Verseau, son dos se hérissant, fait rare, de chair de cygne – euh, de poule.

D'un geste impératif, l'ex-Dragon des Mers retourna sa proie, et se fendit d'un grand sourire tortueux, à la fois séducteur, penaud et plein de dents blanches.

- Hum, je voulais m'excuser tout de suite pour hier soir… Je me souviens ne pas avoir été très correct, et devant Milo en plus… Bref, pardonne-moi !

Là, Camus du Verseau, stoïque et peu impressionnable, en cligna plusieurs fois des paupières, subjugué. Kanon des Gémeaux, le pire échantillon traîtreux de la Chevalerie Poséidonienne/Athénienne, s'excuser au saut du lit pour de simples accolades un peu trop appuyées ?

Les Dieux étaient-ils tombés - davantage - sur la tête ?

- Tu avais trop bu, le dédouana sportivement Camus, avec une rapidité un peu étrange pour un homme rigide – mais Kanon lui inspirait parfois de la pitié. Maintenant, pourrais-tu me lâcher ?

Le second jumeau rétracta incontinent ses griffes, et lança un coup de pied au tas de costumes pour y retrouver le sien.

- Tu es un amour, roucoula-t-il, tentant de camoufler le sel marin naturel de sa voix avec du sucre blanc raffiné.

- Je suis peut-être beaucoup de choses, mais sûrement pas un amour ! se récria Camus, cherchant péniblement à remettre les manches de la robe à l'endroit.

Kanon secoua son collant, nonchalant, avant de tomber la vieille tenue d'entraînement et d'émerger sans complexes et surtout sans caleçon.

Le onzième gardien, pudique et sans trop d'esprit de vice, avait cependant de beaux yeux veloutés de bleu sombre pour voir, et ne pût se retenir de scanner en une rapide évaluation les parties viriles et reproductrices du Gémeaux en second. Ses conclusions comparatives devant, une fois de plus, rester strictement privées.

- Ça te plaît ? se gaussa l'autre, satisfait d'avoir impressionné le petit frigide.

Clair que le dard de son Scorpion de petit ami ne soutenait pas la comparaison !

- C'est amusant, croassa l'autre, se démenant soudain beaucoup pour rentrer dans son costume.

- Quoi donc ? s'observa Kanon, étonné.

Il ne voyait rien qui clochait dans sa nudité de statue hellénique !

- Saga et toi êtes des jumeaux en miroir. C'est très rare !

- En miroir ? répéta le jumeau bis, qui ne comprenait pas toujours les sournoiseries trop sournoises.

- Oui, par exemple tu as un grain de beauté sur l'épaule gauche, et Saga sur l'épaule droite, Saga est droitier et toi tu es gaucher, et chez Saga celle de droite…

Le mentor de Hyoga ne termina pas ses exemples, mais le pétillement moqueur de ses iris permettait aisément de terminer.

Kanon baissa le nez et jura quelques malsonnantes appellations Poséidoniennes.

- Voilà un moyen sûr de vous distinguer en tout cas !

Dissimulant ledit moyen sous son collant outremer, Kanon se vengea à sa manière, retrouvant le dos de Camus pour l'aider à fermer la robe de velours dont la fermeture se bloquait visiblement au milieu.

- Kanon, arrête de me coller !

- Si je ne t'aide pas, souffla le malfaisant dans le cou blanc de sa proie, tu seras en retard et Athéna te punira… C'est bloqué dans le tissu.

- Ce n'est pas une raison pour poser tes lèvres gercées dans mon cou !

- Mes lèvres sont rudes et viriles, petit frigide. Je croyais que tu appréciais les sauvages en rut au quotidien ?

" Viril " devenait un adjectif en vogue au Sanctuaire de Saori, et mis à toutes les sauces, incarné en lobby virile attitude avec Aiolia du Lion comme porte-drapeau, pour contrebalancer l'effet néfaste et tache d'huile de la gay attitude.

- Peu importe, Kanon, aide-moi à me décoincer et reste correct…

Kanon beugla et rebeugla de rire sous la mine perplexe du Verseau, qui ne se rendait pas compte de l'étendue tendancieuse de son lapsus.

- Si c'est toi qui me le demande, mon joli pingouin… ricana entre deux hoquets l'ex-Marina, s'encastrant davantage dans les fesses du jeune premier.

- Kanon !

- Patience, patience, je ne veux pas déchirer le costume… La fermeture n'est assurément pas de première qualité !

- Dépêche-toi ! Si quelqu'un arrive, cette affreuse rumeur prendra encore de l'ampleur.

- Pas ma faute si tu tends le bâton pour te faire battre, hein, Camus… A ta place je ne sortirais plus qu'accompagné par un Scorpion de garde, j'éviterais les vestiaires vides, les fêtes alcoolisées et surtout mon jumeau et moi, bien sûr.

Ces conseils remplis de bon sens pénétrèrent le Verseau de remise en question.

- A propos de bâton, Kanon… Tu portes bien ton épée de scène, hein ? chevrota-t-il.

Acharné à " décoincer " comme demandé son jeune pair sibérien, Kanon se reprit à hurler de rire discourtoisement.

- Désolé de te décevoir, mais non ! Je sais, je sais, je suis très bien pourvu…

- Kanon ! rougit Camus, cessant net de se débattre de peur d'aggraver le… l'incident technique du jumeau cadet.

Zwiiiiiiiiiiiiiiip.

- Voilà, j'ai réussi ! souffla Kanon. Mauvaise qualité, Saori a encore radiné un maximum ! Ce sont les plus riches les plus grippe-sous !

- Merci, daigna dire de mauvaise grâce Camus/Juliette.

- C'est tout ? Tu es aussi avare que la gamine divine !

Avec autant de rapidité rouée qu'un apprenti du Bélier, Kanon imposa un bisou torride sur les lèvres fraîches. Et reçut en remerciement un non moins rapide poing français dans la figure.

- Ouille !

- Cela ne se fait pas d'embrasser les gens de force.

- Hey, t'es dur, tu m'as fait mal, et puis, ce que je t'ai promis hier si tu quittais Milo pour moi est toujours d'actualité ! Tu me sous-estimes ! Reviens, je suis en état de non-retour, il me faut un soulagement, merde !

Un coup de pied encore français régla le problème.

- T'es malade !

Le jumeau félon se plia en deux, voire en trois de douleur sous l'impassibilité cruelle de Camus.

- Tu es soulagé. Merci pour tout, Kanon des Gémeaux.

Il tourna majestueusement des talons et sortit dans un bruissement de robe, sous les menaces du Grec.

- Petit frigide ! Monstre froid ! Sans cœur ! Un jour tu récolteras ce que tu sèmes, petit allumeur !


- Camus du Verseau ?

- Oui, Déesse Athéna ?

- N'oublie pas mes instructions, il me semble que le vestiaire était bien animé.

- Je n'ai rien fait, Déesse Athéna !

- Effectivement, tu avais plutôt l'air de te laisser faire, Camus du Verseau.

- Mais, Déesse Athéna…

- Quelqu'un que je ne nommerai pas a dû enfiler son collant vert et lilas orné d'un dragon dans le couloir parce qu'il n'osait pas entrer. Il vous a vus, Kanon et toi, en train de… hum, enfin, mon informateur m'a avoué en avoir regretté sa cécité récurrente.

- Votre informateur n'a pas plus compris qu'un aveugle, Déesse Athéna, Kanon m'aidait juste à me déc… enfin, à réparer la fermeture de mon costume, elle était bloquée. Votre informateur a l'esprit très mal tourné !

- Par Papa, sûrement pas, c'est le plus sain et prude de mes Chevaliers. Je suis déçue, très déçue, Camus du Verseau. Je pensais que toi, au moins, tu étais sage et fidèle en couple ! Si encore tu avais succombé aux propositions honnêtes et matrimoniales de mon sage et intelligent Petit Pope, je t'aurais compris et approuvé, mais être adultère avec quelqu'un de pire que ton conjoint…

- Déesse Athéna !

La jeune héritière, encore remplie d'innocence et de rêves tissés de bleu, écrasa une larme de déception devant la rudesse de la réalité adulte.

- Je devrais te punir, Camus du Verseau. C'était bien, au fait ?

- Déesse ! siffla le Français, dépassé. Je n'ai pas couché avec Kanon. J'aime Milo et ne le tromperais pas. De plus, vous avez beau jeu de jouer les effarouchées hypocrites, vous qui m'avez conseillé d'accepter une nuit avec Kanon pour sauvegarder la paix de votre Sanctuaire.

Cette énorme pierre précieuse dans le jardin d'Athéna musela la jeune commère en jupons de dentelles, et elle clôtura ses remontrances en reniflant innocemment.

Mais le mal était fait.


- C'était horrible, Shunreï, j'ai d'abord cru que ce vicieux Kanon abusait de Camus, mais il ne protestait pas, et de la façon dont était couinée " Kanon ", cela était lumineux à mes yeux ! Il y prenait un plaisir consentant !

- J'ai du mal à te croire, Shiryu. Camus du Verseau serait contaminé par le laisser-aller ambiant ?

- S'ils ont réussi à abattre Mü du Bélier et Shaka de la Vierge… Shunreï, nous essayerons de repartir très vite dans nos harmonieux et calmes Cinq Pics.

- Je me range à ton avis, cher Shiryu.


Grande tape sur l'épaule de la Juliette française par un sabot japonais de canasson en collant rouge.

- Pauvre Camus, harcelé dans les vestiaires… Ce Kanon est un vrai méchant ! Tu devrais porter plainte à la justice divine, et au Grand Pope ! Des actes si vilains ne peuvent pas exister au royaume d'Athéna ! Veux-tu que je fasse justice avec ma flèche du Sagittaire empruntée, Camus ? Je suis co-directeur après tout…

- Non merci Seiya, il ne s'est rien passé de définitif.

- Tu me rassures ! J'ai eu peur, Saori semblait croire que tu étais passé à la casserole…

- Pour la dixième fois, non, Seiya, il ne s'est rien passé avec Kanon.

- Tu me rassures ! J'expliquerai à Saori que Shiryu s'est encore emmêlé les yeux.

- Cela je veux bien, merci Seiya.

- De rien, Camus, je veux être un bon co-directeur pour toi ! Et puis, tu as été très fair-play lors de la bataille des douze maisons, tu as laissé Hyoga gagner pour sauver Saori, c'était super chic !

- Je n'avais pas exactement raisonné ainsi.


- Tu montes au théâtre, Milo ? ronronna une voix parfumée.

- Ben ouais.

- Je t'accompagne. Au fait, je ne voudrais point t'affoler, vu nos bonnes relations antérieures…

- Quelques coups d'adolescents en plein boum hormonal, t'appelles ça une relation ?

- Façon de parler. Bref, assieds-toi, peut-être…

- Bordel, Aphro, crache le pétale de rose, je suis en retard…

- Comme tu veux, mon mignon. Il y a deux versions du crime, en fait.

- Du crime ? répéta Milo, saisi.

- Je ne sais pas comment te dire…

- Tu sais très bien, parle, poisson pané !

- La première version, celle de Shiryu du Dragon, est que ton cher Camus se serait laissé grimper par Kanon dans le vestiaire du théâtre, et avec moult cris de plaisir.

Milo rit, mais un peu jaune, empli de craintes secrètes sur le charme du jumeau.

- N'importe quoi ! Shiryu est un aveugle de naissance et de profession ! Il a gardé l'habitude de tout voir de travers !

- La deuxième, venant de Seiya, serait que ton toujours cher Camus se serait retrouvé coincé seul avec Kanon, encore dans le vestiaire, et que Kanon l'aurait pris à revers pour le violenter. Quand à Athéna, elle accuse Camus de l'avoir bien cherché.

- HEIN ? gueula un arachnide frappé au cœur par ces mauvaises nouvelles, même distillées par une langue suave et parfumée de rose.

- Ce n'est que la rumeur…

- Ouais, se calma péniblement le huitième gardien, un aveugle, un canasson débile et une déesse au QI de crevette, sûr que ce sont des sources fiables !

- Tu n'auras qu'à demander la version de ton petit copain…

- J'y vais de ce pas !

Un rire de gorge rossignola dans le dos du Grec.


- CAMUS !

- Milo ? Tu es en retard, ton costume…

- Viens avec moi, siffla un arachnide plein de fureur rentrée.

Traîné puis poussé dans la fameuse loge réservée à la Déesse de la Sagesse et à son bourricot, le Verseau soupira. Il se doutait, en bon logicien, ce qui allait lui tomber sur sa tresse de Juliette.

Milo se fendit d'un son étrange, amer, entre le ricanement et le cri inquiet, et se plaça à deux millimètres et demi du visage de son bien-aimé, lui distillant un souffle empoisonné de soupçons et de café au lait.

- J'ai entendu deux rumeurs en grimpant ici, chouchou…

- Ah ? coassa le Français.

- Une, que tu aurais été violé par Kanon dans les vestiaires…

Camus jura silencieusement : il savait que la position adoptée par l'ex-Dragon des Mers pour le débarrasser de sa fermeture éclair coincée serait sujette à une médisance de gens n'y comprenant rien et voyant le mal partout.

En parlant de Dragon… Maudites soient les prunelles ressuscitées de Shiryu.

- C'est totalement faux, assena donc froidement l'accusé.

Contre toute attente, il vit le visage mobile se son amant se décomposer d'une douleur exagérée et artistique.

- Non, oh non ! se lamenta hystériquement le malheureux Scorpion.

- Heu, Milo… Serait-ce à dire que tu attendais de me voir violenté par Kanon ?

- Mais la rumeur deux, celle de Shiryu disait que tu étais consentant et très satisfait de… de te faire… par Kanon… dans le vestiaire et… Camuuuuuus!

Le sensible arachnide fondit en gémissements désespérés et lamentations ostentatoires, serrant sa Juliette de façon à l'étouffer avant même le début du drame.

- Milo ! Calme-toi ! suffoqua le héros de la rumeur numéro cinq – et cinq bis.

- Tu as pas fait ça, tu m'as pas trompé, hein ? C'est moi l'homme de ta vie !

- Bien sûr, cajola le magicien de l'eau et de la glace. Shiryu n'a rien compris. Pour une fois Kanon… rendait service, parce que la fermeture éclair de la robe de Juliette était totalement coincée dans le tissu, et il a juste tiré pour me dégager. Je t'assure, mon Milo, qu'il ne s'est rien passé de plus !

C'était cependant passer avec fourberie sous silence quelques détails secondaires et superflus, comme l'enthousiasme physique de Kanon collé contre lui, son baiser encore une fois volé à un Verseau facilement surprenable à ce niveau, et le double coup français qui avait défait la joue et les outils de reproduction du Grec.

C'était clément de sa part vis-à-vis du second Gémeaux, mais Camus éprouvait en le voyant une compassion injustifiée, de celle qu'on éprouve devant un animal misérable qui n'a jamais eu de chance mais toujours reçu du dédain et des coups. Non, lui serait, noble, et répondrait au mal Kanonnien par l'indifférence magnanime.

Milo du Scorpion, très amoureux et immensément soulagé, se contenta de ce récit expurgé, succinct et froid de l'homme qu'il comptait épouser un jour.

- Mon chouchou, je t'aime !

La tonalité aigre d'impatience de Saori Kido, réincarnation d'Athéna pour l'assassinant prémédité de l'art dramatique anglais, lui fit cesser sa déclaration pour chercher désespérément son costume de scène.


La scène, elle, était usurpée par des sauvages.

Shiryu du Dragon, deuxième bronze/divin, était pour la première fois de sa jeune vie le centre adulé d'un cercle de médisance, et répétait pour la quatrième fois ce qu'il avait entrevu, ou cru entrevoir, dans le vestiaire des hommes : un accouplement à la sauvette, donc illégal, ma foi esthétique et avec un Verseau beaucoup plus bruyant qu'à son ordinaire.

Aphrodite, Angelo et Shura l'écoutaient religieusement, et le Capricorne, qui avait souvenir de la dernière cabriole assourdissante de ses pairs, commençait à échafauder la théorie tordue que cela n'avait pas été le Scorpion qui accompagnait son Français dans les draps de l'hyménée.

- C'est vrai que Camus n'avait jamais autant crié lors de ses ébats, signala en une roucoulade de détective le Poissons, regrettant encore son bouton de rose tranché.

- C'était donc peut-être Kanon, passé tirer un coup délinquant en vitesse, aggrava le Chevalier du Cancer, hilare.

Shiryu protestait avec toute son expérience de plaisancier de Sainte-Maxime : le cauchemar d'être voisin de cabine du couple sur le yacht " La Belle Athéna " restait encore vivace dans son esprit rancunier.

- Ils m'empêchaient de dormir, je vous assure ! De vrais animaux…

Attaqué par des supérieurs, en nombre, en rang et en sournoiserie, il dût cependant admettre que le hurleur du tandem était l'exubérant Milo.

Plus loin, Saga des Gémeaux, Petit Pope en exercice, s'énervait à voix basse contre le héros de la cinquième rumeur bis.

- Tu as agressé Camus dans les vestiaires, c'est bien ton genre ! martelait-il sans aucun sens du ridicule, vu le nombre de fois depuis le début de l'été que Saga, bleu ou gris, avait tenté d'extorquer de force la délicate vertu de son jeune collègue.

- Je n'ai agressé personne, Saga.

- Tu mens ! gémit le séducteur gémellaire malchanceux, qui voyait dériver encore plus loin de lui le pingouin flottant sur un petit morceau de banquise.

Kanon se garda bien d'éclaircir le malentendu, ou alors à sa façon qui était d'embrouiller encore plus les choses.

- Camus m'a demandé de l'aide pour le décoincer, je lui ai juste rendu service.

Rapporter la stricte vérité et les paroles au mot près n'était pas toujours gage de loyauté ultime.

- " De l'aide pour le décoincer ! ", s'asphyxia l'aîné des jumeaux, pantois. Et tu… tu… tu…

- Turlututu, ricana l'ex-Marina, bras croisés derrière sa caboche perfide. J'ai accédé à sa demande, un peu difficilement parce qu'il gigotait trop, et que l'espace était étroit… Mais à force de tirer puis de pousser… Cela a été rondement mené, et la délivrance ultime a eu lieu rapidement !

La face double de Saga vira au gris de cendre, assorti à la chevelure de son félon locataire de cerveau – un locataire insolvable, qui ne payait aucun loyer et faisait porter ses dettes sur le compte de Saga bleu.

- Je… tu… il…

- Il ? Oh, il était ravi de mon expérience en décoinçage. Un peu avare de mots de remerciement, mais c'est un glaçon, et puis il faut qu'il s'ouvre encore un peu à moi avant de passer aux déclarations tendres.

Saga des Gémeaux, trentenaire au cœur malmené, s'effondra sur un tabouret recouvert de velours prune.

- Alors, alors, pourquoi tu te courbes avec une grimace douloureuse sur…

Le cadet des jumeaux se rembrunît, puis afficha un rictus terrifiant de béatitude.

- J'étais si en manque et cela a été tellement bon qu'elles en sont toutes retournées !

Encore plus loin, Hyoga du Cygne, arrivé en retard, avait failli enfiler son costume à l'envers, distribuait des sourires de dément shooté aux tranquillisants, tenait son texte remanié par Saori à l'envers, et tournait en rond sans relâche d'une démarche un peu en canard, ignorant consciencieusement ses partenaires Freya/Juliette et la collante Erii.

Très déçue, l'Asgardienne au cœur mou et tendre se percevait en pays étranger, elle qui avant se sentait si à sa place dans les tourmentés territoires sibériens ! La Japonaise, elle, ne savait pas comment progresser à la vue d'un garçon qui ne rougissait plus adorablement dès qu'elle lui adressait la parole.

Shun d'Andromède, lui, était arrivé carrément en retard, d'une démarche également suspecte, avec scotché à ses lèvres gonflées le rictus satisfait d'Hadès voyant une éclipse totale recouvrir la Terre.

Ikki du Phénix, flanqué de Shaina de l'Ophiucius, lui tomba aussitôt dessus avec l'amour fraternel irradiant de ses plumes d'oiseau de feu.

- SHUN ! Je t'ai cherché partout ce matin ! Tu n'étais pas dans ton lit… Tu…

- Je suis allé me baigner de très bonne heure, et dans le calme, Ikki, mentit sans vergogne le plus pur de tous les Chevaliers d'Athéna – jusqu'a ce matin.

- Ah ? dût bien se soumettre le paranoïaque ailé devant une explication si simple et banale.

- Tu dormais si bien, je ne t'ai pas réveillé, gloussa le petit frère avec une délicatesse filiale bien imitée.

- Oh, hum, heu… Bon.

- Bonjour à toi, Shaina, dit ensuite Andromède. Tu survis ?

- J'aime les challenges difficiles, escarpés, sauvages, badina de façon sibylline l'Italienne avec un regard en coin sur le Japonais.

Elle allait donc être servie, grinça en pensée celui qui connaissait le mieux Ikki.


Loin de tout ce brouhaha théâtral, un petit Atlante, réveillé tard et gavé au lait volé, sautilla prudemment vers le temple voisin. Ce brave Aldébaran, cuisinier habile, qui possédait un garde-manger séduisant, se devait d'être la source principale ou s'abreuvait un garçon injustement jeté à la rue par son tuteur !

Kiki se faufila prestement vers ledit garde-manger, vérifiant que le propriétaire du temple n'était pas là mais accomplissait fidèlement son devoir sacré en participant à l'activité costumée d'Athéna, leur grande déesse pour l'horreur et pour le rire.

Une lettre sur la table attira son attention, et le disciple indigne de Mü s'approcha, avec sa curiosité native, pour lire les caractères grecs du Brésilien.

" Kanon, ta tarte aux cerises ornée de crème fouettée est dans le frigo, sers-toi.

Aldébaran. "

Le glouton mini-Bélier faillit se liquéfier de bonheur : trop la chance, il adorait les cerises, et adorait aussi la crème fouettée !

Se frottant son petit ventre rond de la main gauche, souriant plus haut que le lobe de ses oreilles, le gamin posa sa main droite - sale - sur la poignée du frigo.

- De toute façon, Kanon va devenir trop gros avec la trentaine ! se disculpa lui-même le petit garnement. Je lui rends service !

Kiki ouvrit le frigo en anticipant déjà la texture onctueuse de la crème fraîche sur sa petite langue de vipère.

CROUIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIC

- Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah ! glapit à mort le jeune rouquin délinquant.

Ensemble, Aldébaran du Taureau et Camus du Verseau avaient bien travaillé : le cosmos du magicien de l'eau et de la glace avait été conditionné dans le frigo du deuxième gardien, de sorte que quelqu'un qui ouvre la porte soit assailli par une bouffée d'un genre de Diamond Dust en condensé : le résultat, était que Kiki était emprisonné de glace jusqu'au cou, son bras encore tendu sur la poignée.

Camus avait tellement bien calculé l'endroit de son attaque – entre le bac à légumes et le bas et l'étage contenant les yaourts allégés - que comme prévu le petit Atlante avait la figure libre. Et libre de contempler, inaccessible bien que proche de son museau, la fameuse tarte aux cerises qui n'était pas qu'un leurre mais existait bel et bien.

- Au secooooours, pleurnicha le gamin paniqué.

Il le fût encore davantage en constatant l'inanité totale de ses pouvoirs télékinésiques : la glace du Verseau annulait visiblement le processus.

Terrifié à l'idée qu'il pourrait téléporter seulement sa tête, la décapitant de son corps restant coincé dans la glace, Kiki stoppa ses tentatives et se remit à chouiner.

- Maître Müüüü, à l'aiiiiiiiiiiiide !

Las, tout ce que la Chevalerie d'Athéna comptait de membres éminents était en train de répéter pour la première fois la pièce de théâtre complète, dix temples plus haut.


Kanon, alias Mercutio, parent de Shion, alias le Prince Escalus, censé être ami de Milo alias Roméo, se comportait depuis le début des répétitions comme un double traître, de la réalité et de la fiction.

Il profitait en effet des conseils de scène abreuvés par Saori à Milo pour se comporter très outrageusement avec Camus alias Juliette, lui soufflant à six centimètres de sa tresse des propositions alternativement douteuses ou mièvres.

Oui, Kanon des Gémeaux pouvait être mièvre, d'ailleurs il pouvait tout du moment que cela le menait à son objectif.

De l'autre côté, Saga des Gémeaux, alias Frère Laurence, ne se comportait ni en Petit Pope ni en religieux, car il soufflait de l'autre côté d'autres promesses d'amour et de rédemption.

Exaspéré par ce harcèlement gémellaire qui ne faisait que s'aggraver, Juliette sortit de ses lèvres pures et virginales – enfin, presque -, un autre genre de promesse, menaçant fort grossièrement de " les leurs couper à vif " et que " chacun retrouverait les siennes comme il pourrait, vu leur gémellité en miroir " et que " de toute façon, les empêcher de se reproduire serait un bienfait pour l'humanité ".

Choqué, l'aîné des jumeaux se tût et partit fort mécontent, et Kanon, plus sournois – fait connu et déjà signalé -, fît marche arrière, se répandit en excuses, inonda le Français de compliments miellés sur sa perfection d'acteur, fît si bien que Camus, flatté et enroulé de toute cette tirade sucrée, lui dit que la contrition ne lui allait pas et qu'il passait l'éponge.

Il s'estimait quitte par son coup bas précédent.

- Tu es chic, Camus, le plus sympa de tous nos pairs !

Estomaqué de se voir décerner le titre de Mister Sympa qu'il ne méritait assurément pas, en tout cas moins que celui de Mister Freeze, le Verseau leva les yeux au plafond rempli de toiles d'araignées.

Il n'était sorti ni de l'auberge, ni du théâtre.