Merci beaucoup beaucoup pour vos reviews ! J'ai un peu de retard pour ce chapitre, j'ai eu beaucoup de choses à faire et tout et tout...mais voila la suite :)
Bonne lecture!
L'Inspecteur Murdoch était plongé dans son travail comme bien souvent. Il avait enfin pu mettre de côté ses sentiments, oublier qu'il enquêtait sur la disparition de Julia, que cela devait être une affaire comme n'importe quelle autre, qu'il ne devait en rien en faire une affaire personnelle. A contre cœur, il avait demandé à l'Agent Crabtree de prévenir le Docteur Garland que son fils l'attendait au poste de police. Mais le jeune homme n'était pas pressé de le voir arriver pour lui prendre l'enfant. Il ne pouvait pas supporter de savoir que le petit garçon allait vivre chez Darcy, ne serait-ce que pendant le temps de l'enquête. Comment le pouvait-il ? Henry était son enfant, il était le fruit d'un amour sincère et profond qu'il éprouvait pour Julia. Il était leur petit miracle et en pensant que le père officiel viendrait le chercher, sachant qu'il lui arrachait une autre partie de son cœur, William en avait eu la nausée. Julia n'était pas là, son absence et la peur de la perdre lui était déjà insupportable, alors voir s'en aller Henry le détruirait un peu plus, et il le savait. Mais la loi était la loi, et même lui ne pouvait s'en extraire. Il avait fait venir George dans son bureau et il lui avait dit de prévenir le Docteur Garland, et depuis, il attendait, tentant de se concentrer sur son travail. Lorsque deux coups furent donnés à la porte de son bureau, il leva les yeux et une nouvelle nausée s'empara de lui.
-Monsieur, murmura simplement George.
-Le Docteur Garland est ici, répondit William en jetant un regard à Henry dans son couffin, dites-lui de venir je ...
-Monsieur, insista le jeune homme en secouant la tête de gauche à droite doucement, je suis allé chez le Docteur Garland et il...il est mort Monsieur. J'ai envoyé Emily, vous devriez venir.
-Mort? Soupira William.
George acquiesça simplement et William prit une profonde inspiration. Il ignorait vraiment ce qu'il ressentait, ou du moins il refusait de se l'avouer. Du soulagement. Comment pouvait-il être soulagé d'apprendre la mort d'un homme? Julia est libre, pensa-t-il aussitôt, elle est libre William. Tu pourras l'aimer, tu pourras l'épouser. Tu pourras vivre avec eux. Darcy est mort.
-Vous devriez venir Monsieur, insista George.
-Oui je...
William quitta son fauteuil et une fois encore il se tourna vers son fils qui jouait doucement avec son lapin blanc. Puis, il jeta un regard vers le bureau de son supérieur. En un bond, il prit les lanières du couffin et il vit son fils tendre les bras dans sa direction.
-Pas maintenant mon bonhomme, tu vas rester ici avec quelqu'un qui veillera sur toi.
William se dirigea vers le bureau de l'Inspecteur Brackenreid et après avoir été autorisé à entrer, il prit la parole.
-Monsieur, je dois me rendre chez Garland et...
-J'ai entendu Murdoch, je m'occupe de lui.
Aussitôt, il se baissa vers le couffin pour prendre l'enfant dans ses bras et lui sourire doucement.
-Et alors toi, murmura-t-il, tu vas rester avec tonton Tommy ?
-Je le ramènerai à Madame Andrews lorsque je reviendrai au poste, répondit doucement William, il sera mieux chez lui.
-Murdoch, grommela Brackenreid alors que William s'apprêtait à sortir, cette affaire ne me dit rien qui vaille, soyez prudent.
Le jeune homme acquiesça et sortit simplement. Dieu merci il ne lui avait pas demandé ce qu'il ressentait en apprenant la disparition soudaine du Docteur Garland. S'en doutait-il? La pensée de savoir que Julia n'était plus son épouse lui réchauffa le cœur une fois encore, juste une seconde avant de se maudire lui-même d'avoir une telle pensée, juste avant qu'il ne se souvienne qu'elle pouvait elle-aussi être morte à cet instant.
Elle se trouvait plongée dans le noir depuis des minutes, des heures peut être, rien ne lui permettait de savoir le temps qui s'écoulait. Aucune lumière de l'autre côté de la porte sombre, aucun bruit. Julia se trouvait dans un coin de la pièce, les jambes pliées, ses bras les entourant, le dos contre le mur, elle avait froid, tellement froid. Chaque respiration lui écorchait la gorge et lui comprimait la poitrine. Elle avait posé sa tête sur ses genoux. Elle voulait dormir, tout oublier et se réveiller dans un lit moelleux et tiède, sentant le corps de William à côté du sien. Elle aurait voulu que tout cela soit un cauchemar, qu'elle n'ouvre les yeux pour croiser son regard et qu'il ne la sert tout contre lui en la rassurant que tout était une illusion. Mais cela était bien la réalité. Julia se trouvait dans cette pièce noire, froide, humide et elle ignorait pourquoi Gillies l'avait enlevé. Elle pensa à Lucie, à la pauvre femme qu'elle avait vu couverte de sang. Il l'avait tué, sans aucune raison, sa collègue, son amie. Le cœur de Julia se serra dans sa poitrine, et sans qu'elle ne s'en rende compte, elle se mit à pleurer doucement, avant que la fatigue et le renoncement ne s'emparent d'elle, avant qu'elle ne s'endorme bien malgré elle.
-Une balle en pleine tête.
Telles étaient les constatations évidentes du Docteur Grace lorsqu'elle se redressa après avoir examiné le corps. William se pinça les lèvres. Il gisait là, le Docteur Garland, mort. Un filet de sang coulait de sa tempe, il avait encore les yeux ouverts.
-Puis-je l'emmener à la morgue ?
-Depuis quand est-il mort?
-Trois à quatre heures, j'en saurai plus après l'autopsie. Mais je pense qu'il est mort sur le coup.
William ne répondit pas. Qu'aurait-il pu dire ? Tout semblait si confus dans sa tête en cet instant. Pourquoi, comment, qui? Gillies? Quel pouvait être son intérêt de tuer le mari de Julia? Pourquoi lui? Quel était son plan machiavélique? Ce ne fut que lorsqu'un drap recouvrit le corps du Docteur que William reprit pieds dans la réalité.
-J'attends votre rapport complet Docteur, murmura-t-il en levant enfin les yeux vers Emily.
-Je le ferai au plus vite.
William s'apprêta à s'éloigner et à passer les alentours au peigne fin lorsque la jeune femme reprit la parole.
-Inspecteur, et pour...pour Julia est-ce que...
-Rien pour l'instant, répondit le cœur lourd le jeune homme.
-Je sais que vous la retrouverez.
Une fois encore il resta silencieux, tous semblaient croire qu'il avait le pouvoir de tout arranger, de retrouver Julia saine et sauve, qu'il trouverait l'assassin du Docteur Garland, que tout reprendrait son cours le plus naturellement du monde. Mais lui, il doutait, comme jamais il ne l'avait fait par le passé.
Ainsi, après de longues minutes à fouiller la maison, et à questionner le voisinage, les policiers avaient quitté les lieux et rejoins le poste. L'Inspecteur Murdoch se trouvait dans son bureau lorsque les Officiers Crabtree et Higgins étaient entrés.
-Impossible, lança William plus fort qu'il ne l'avait voulu, ce n'est pas elle Higgins.
-Monsieur, plusieurs voisins disent la même chose, le Docteur est venu. Elle n'a parlé à personne. Elle est descendu d'un fiacre et elle est entrée dans la maison.
-Madame Wellers atteste que le Docteur lui a téléphoné il y a quelques jours et que le Docteur Garland lui avait donné sa journée, ajouta George, et elle était formelle, c'était bien la voix du Docteur Ogden au téléphone. Le Docteur Garland l'attendait.
-BON SANG GEORGE, gronda William, vous étiez au cabinet de Julia, vous avez vu l'état des lieux, elle s'est faite agressée bien avant de ne se rendre chez Darcy et elle ne m'a jamais dit qu'elle voulait le voir. Et elle n'en avait aucune raison de le faire.
-Monsieur, murmura doucement George en désignant d'un mouvement de tête leur supérieur qui entrait par la porte derrière lui et qui tenait Henry dans les bras.
-Murdoch, pourquoi vous criez comme ça? Grommela-t-il. Le petit va se réveiller.
Il se tourna vers son supérieur et il regarda un instant le nourrisson. Julia ne l'aurai jamais abandonné, Julia était incapable de tuer, tout ceci était totalement fou.
-Vous avez du nouveau avec la mort de Garland? Demanda Brackenreid.
-Julia a été vu sur la scène de crime peu de temps avant la mort du Docteur, répondit William, ce qui est impossible.
-L'arme du crime?
-Introuvable, répondit George.
-Trouvez-la, ordonna Brackenreid, et vous Murdoch, rentrez vous reposer et mettre ce bonhomme en sécurité chez lui.
-Monsieur...
-C'est un ordre, vous êtes bien trop impliqué dans cette histoire. Trois policiers seront postés chez Ogden pour le veiller sur lui.
Sans que William n'ait le temps de répondre quoique se soit, son supérieur lui mis le bébé dans les bras. A contre cœur, William obéit et il prit le chemin de la maison de Julia. Il parla de tout avec Mrs. Andrews, il tenta de manger quelque chose mais il en fut incapable, puis, il mit Henry au lit. Mais le petit garçon ne cessait de pleurer à chaudes larmes, encore et encore.
-Sa mère lui manque, avait simplement murmuré sur le pas de la porte.
Alors William avait traversé le couloir. Il était entré dans la chambre de la jeune femme, il avait pris une des chemise qu'elle portait sous son corset. Il retourna dans la chambre de son fils et il mit le tissu dans son berceau. Il n'en fallut pas davantage à Henry pour attirer le vêtements vers lui et y fourrer son visage, pour qu'il ne se calme enfin et qu'il ne s'endorme rapidement. Contre le caractère entêté de Mrs. Andrews et la fatigue; il ne pouvait plus lutter, William consentit à s'allonger un peu. Il prit sa place sur les couvertures, à l'endroit où il dormait toujours lorsqu'il passait la nuit chez Julia. Il prit l'oreiller de la jeune femme contre lui avant que ses yeux ne se posent sur la chemise de nuit qui s'était trouvée pliée en-dessous. Comme Henry l'avait fait un peu plus tôt, il enfouit son visage dans le tissu et il huma le parfum qui s'en dégageait, son parfum. Et comme son fils l'avait fait, il s'endormit lui aussi alors que le soleil se levait sur Toronto.
Il était venu lui apporter à manger, mais elle n'avait pas touché son repas. Julia avait posé des questions; pourquoi, quand la relâcherait-elle, quand est-ce qu'il se décidait à la tuer? Mais le jeune homme ne répondait jamais. Vous verrez Docteur Ogden, vous verrez.
Elle avait lutté pendant longtemps pour ne pas manger ce qu'il lui apportait. Il aurait tenté de la droguer, de l'empoisonner peut être. Elle pouvait tenir plusieurs jours sans nourriture, le corps en était physiologiquement capable, elle devait simplement en convaincre son esprit.
Julia se trouvait dans ce coin sombre à nouveau. Elle s'était humidifiée les lèvres au filament d'eau qui glissait sur le mur une fois encore. Et elle se trouvait là, le dos contre le mur, frigorifiée, la tête en arrière, les yeux fermés.
Julia, fit cette voix grave qu'elle connaissait si bien, Julia ne t'endors pas.
-Je suis épuisée.
Je le sais, mais si tu t'endors tu risque de ne pas te réveiller cette fois. Il faut que tu luttes, pour moi, pour Henry.
-William, s'il te plait dépêche-toi, je ne tiendrai plus longtemps.
Je suis là pour que tu n'abandonnes pas.
-Tu es dans ma tête, soupira la jeune femme, dans ma tête.
La voix se tût aussitôt, pourtant le souffle de Julia se coupa. Sur sa peau, juste en-dessous de son oreille, elle sentit une faible respiration. Une caresse alla de son oreille à la base de son cou, une douce chaleur. Un parfum. Elle put sentir ses lèvres douces effleurer sa peau, un baiser, doux et tendre. La moiteur de sa langue, le touché de ses cils.
-William, murmura-t-elle.
Ouvre les yeux, fit la voix grave de William dans le creux de son oreille.
-Non, tu n'es pas réel.
Ouvre les yeux, répéta la voix de William, je veux croiser ton regard. Ne te montre pas si entêtée, dit-il en riant doucement, ouvre les yeux.
Doucement, Julia s'exécuta et elle tourna la tête sur le côté. Il était là, assis à côté d'elle, son visage à quelques millimètres du sien, lui souriant tendrement.
-Je suis en train de rêver, n'est-ce pas? Murmura la jeune femme.
-Quelle importance? Du moment que nous sommes ensembles.
-Si seulement ceci était réel.
-Peut être que c'est le cas, je suis avec toi Julia et tu le sais, qu'importe la distance entre nos corps, aussi longtemps que nous sommes sous les mêmes étoiles, aussi longtemps que nous sommes en vie, mon âme et la tienne sont liées, elles le seront toujours.
Une larme glissa sur la joue de la jeune femme et elle acquiesça simplement.
-Alors...bredouilla-t-elle dans un sanglot, reste avec moi William.
-Toujours.
-Toujours, murmura William en se réveillant assit dans le fauteuil dans son bureau après avoir passé des heures à travailler sans avancer sur l'enquête et s'être endormi d'épuisement.
Il avait fait ce rêve qui semblait si réel. Il s'était trouvé avec elle, dans une pièce sombre et humide. Il avait vu la larme glisser sur sa joue. Son cœur saigna un peu plus. Au fond de lui, il savait que Julia était encore en vie, mais il savait aussi qu'elle devait se sentir si seule. Si seulement il était auprès d'elle, si seulement il pouvait la serrer dans ses bras...
à suivre ...
