.Milyi: Haaa tu es une grande fille c'est bien ! :p Quel doux rêve que le monde soit plus beau avec l'écrit ... mais n'est-ce pas ce qu'il est ? ^^ Mon Dieu, on devrait voter une loi interdisant les surnoms débiles ! mdr. Et tu n'as certes pas de raison d'être jalouse de ce je fais, loin de là même ;) Oui Angrod est là, et le restera, comme je te disais, même si il n'a pas été longtemps dans l'histoire, il a une importance très particulière pour Alex, et ses proches ça va de soi. Skal est un ami, mais il reste un Nain ... qui sait ... ;p Oui on reverra Darren, il va graviter autours du noyau central de mes persos. Et ouais Girl Power ! De toutes façons c'est reconnu depuis longtemps, la Femme n'est pas le sexe faible ! Loin de là même ! *héhé mon côté punaise qui ressort ^^*. Et tu as raison les Dames de cette époque n'avaient pas les conversations que nous pouvons avoir maintenant ! XD Merci pour tes compliments et ton soutien indéfectible ma loute ! (et pas loutre :p).

.JulieFanfic: La Savane ou le Savane ? Parce que le gâteau c'est bon, et que c'est toi qui le bouffe ! lol Skal ne se laisse pas si facilement impressionner rassure-toi ;) Brilthor évolue également au fil de l'histoire, bien obligé. Et je souhaite qu'il devienne peu à peu comme son mentor, l'avenir nous le dira ^^ Quant au capitaine, c'est un homme mûr, qui a survécu à la guerre, et qui réserve quelques surprises ;) Ravie que ses entreprises te plaisent, et que les idées qu'elle essaye de véhiculer ne te rebutent pas, car on sort clairement de tout ce qu'on a pu lire jusqu'alors dans les Fanfic (enfin je crois, je peux me tromper ^^). Merci d'avoir dépassé la douleur de ta tendinite pour me laisser cette belle review ! Tu es un amour !

.Eilonna: Je voulais qu'Alex se rapproche d'Arwen et Eowyn, mais tout en gardant à l'esprit qu'elles ne viennent pas du même monde, ni de la même "époque". Il est parfois difficile de ne pas se laisser emporter par ses idées, et de ce fait, flirter avec l'inconcevable (bien que rien ne soit taillé dans le marbre concernant les fanfics, on fait ce qu'on veut ! ^^). Et pour le machisme, là aussi, je souhaite de temps en temps la mettre face à certaines "réalités" d'Arda. Je pourrais le pousser plus loin, mais je pense que je perdrai plaisir à écrire dans ce cas :p

.Mane-Jei: Thorin III va être le cheveu sur la soupe. Le page ? Non ma belle ! Juste un petit protagoniste qui ne fait que passer ;) Je souhaitais de tout coeur que cette discussion sonne juste en effet. Qu'elles partagent leurs points de vue, leurs envies, tout en restant fidèles à ce qu'elles sont. Je ne perds pas de vue (ou du moins j'essaye) qu'elles sont de la haute, et qu'elles sont malgré tout, attachées à leur confort. Bon courage et bonne chance pour tes études ! :)

Et voilà les filles ! Chapitre en ligne !

Désolée de publier moins rapidement qu'avant, mais beaucoup de taf en ce moment avec les fêtes !

Je n'ai malheureusement pas tout le temps que je souhaitera,i pour mener tous mes projets de front, et à terme rapidement ! XD

Alors j'espère que cette suite sera à la hauteur de vos attentes !

Bonne lecture et merci pour tout !

Vous êtes, mes revieweuses, mon petit moteur ronronnant, qui me permet de continuer !

Merci également aux Favoris et Followers récemment ajoutés. ^^

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Il s'étonna d'entendre frapper à sa porte en cette heure tardive. La lune sur ses derniers croissants, offrait une lueur austère, dont ses yeux d'elfes s'accommodaient très bien. Il quitta le confort de son fauteuil près de la cheminée, et alla ouvrir. Sa surprise n'eut d'égal que le sentiment de plénitude qui vint à l'envahir, quand il vit sa silhouette se découper dans la lueur du couloir. Brilthor, fidèle à son poste, faisait comme si de rien n'était. Ils étaient rares ceux qui savaient réellement ce qui unissait le roi sylvestre, et l'étrange humaine qu'il avait amené avec lui. Elle leva un air penaud vers lui, qui le fit fondre littéralement. Avant même qu'elle le dise, il savait qu'elle craignait de le déranger.

« Puis-je me joindre un peu à vous Roi Thranduil? » demanda-t-elle presque doctement en esquissant un petit sourire.

Il resta immobile quelques secondes, voulant s'amuser un peu. Cette entrevue cassait la monotonie de son séjour, et les sombres pensées qui l'animaient depuis quelques heures. Voyant qu'elle commençait à se poser de réelles questions concernant son immobilisme, il lui offrit un sourire félin, et dans un geste plein de grâce, il l'invita à entrer. Elle n'avait pas encore vu la suite du souverain, et le sifflement admiratif qu'elle émit, le divertit grandement. Elle cala ses poings sur ses hanches, et déclara « Et bien! On peut dire qu'ils savent recevoir les souverains du Gondor ! ». Tout était d'une finesse et d'une richesse incroyable. Du velours des rideaux, aux soies des coussins, en passant par le cristal des carafes et autres verres. La cheminée était une oeuvre d'art à elle seule. Les moulures habilement cisaillées, représentaient des scènes entières de chasse, de nature, et tout un tas de scènes différentes, alimentant les imaginaires les plus fertiles. Elle posa un regard intrigué sur un arbre central, dont les branches atteignaient de part et d'autre, les colonnes de soubassement. Il faisait sombre, seules les flammes, et les timides rayons de lune, apportaient de la lumière aux lieux. Mais même ainsi, un aveugle pourrait aisément déceler les trésors que ces pièces recelaient.

« C'est que vous n'avez jamais visité les suites de ma cité …. » fit Thranduil qui ne cessait de boire littéralement toutes ses exclamations si naturelles et spontanées.

Elle se tourna vers lui, et ne fut pas longue à apercevoir sa silhouette longiligne dans les pénombres. Sa chevelure était opaline, et semblait briller au diapason avec l'astre lunaire. Il s'avança, émergeant un peu dans la lumière feutrée, et elle s'avoua que de le voir dans ses habits d'intérieur, l'émoustillait grandement. Seulement, elle n'était pas là pour ça. Le silence du souverain l'inquiétait. Pas qu'il soit des plus loquace en temps normaux, mais son mutisme devenait flagrant.

« A qui la faute hein ? Rétorqua-t-elle un soupçon de malice dans la voix. Pouvons-nous discuter un peu vous et moi ? »

Très surpris par sa demande des plus inattendue, il vint vers elle, et prit place dans un des immenses fauteuils en chêne, ornés de velours safran. Sa robe d'intérieur en soie vert foncé, glissa sur le tissu dans un souffle ouaté. Installé, il leva les yeux vers elle, et d'un signe lent de la main, il fit, intrigué:

« Bien évidemment. D'habitude vous ne demandez pas la permission pour entamer la conversation.

- Oui en effet! Sauf quand le sujet est pour moi, difficile à aborder. Je vous connais …. il suffit que je tombe au mauvais moment pour que vous me rembarriez sans ambages. Cette réplique donna un franc sourire à Thranduil, fendant la banquise de son air austère, et contribuant à littéralement la troubler.

- Parlez sans crainte, nulle agressivité ou mornes humeurs ne m'étreignent, répondit-il de sa voix grave habituelle ».

« Respire ! Sérieux il me fait perdre la tête sans même s'en rendre compte! » se houspilla-t-elle mentalement en essayant de garder au mieux, son sérieux.

Elle traversa l'espace qui les séparait, et venant s'asseoir à côté de lui dans le fauteuil qui trônait à sa gauche, elle resta quelques secondes à l'observer, puis essaya d'être la plus directe possible, sans le froisser. Ce qui était, pour elle, un exercice de haut vol !

« Je sais que quelque chose vous tourmente. Outre le fait que vous vous en vouliez pour ce qu'il s'est passé. Vos silences sont trop longs pour être honnêtes. Et vos regards, je n'en parle même pas ! Si les autres sont dupes, moi pas ! Je commence à trop vous connaître Seigneur Thranduil !

- Thranduil …. fit-il d'un seul coup presque dans un chuchotement.

- Qu .. quoi ? Demanda Alexandra, ne comprenant pas son intervention.

- Appelez-moi Thranduil s'il vous plaît. Je suis lassé d'entendre mon titre sortant de vos charmantes lèvres, à chaque fois que vous vous adressez à moi …. » déclara-t-il dans un murmure, en ancrant ses iris aux nuances saphir dans les siens.

Alexandra ne sut que répondre. Jamais elle n'aurait pu soupçonner que la reconnaissance de son rang, de plus dit par une humaine, pourrait à se point le lasser un jour. Car il n'y avait dans ce regard clair, aucune malice, juste une sincérité effroyable, et une lassitude qu'elle ne lui avait plus vu depuis des mois et des mois. Ce qui l'alarma au plus haut point.

« C'est de ça dont je voulais parler ! Rétorqua-t-elle bien plus animée que lui. Vous êtes affable ! Et cela m'inquiète. Quelque chose vous ronge …. et je pense savoir ce que c'est ! Il braqua sur elle une attention des plus surprise, et se trouva coi quand elle exposa, votre royaume vous manque! Mais ce n'est pas que simple nostalgie. Les nouvelles qu'a rapporté Aredhel vous minent. Vous vous en faites pour votre peuple. Vous savez qu'il a besoin de vous, et que vous n'êtes pas à ses côtés. Retenu ici par des palabres interminables dues à une chose que j'ai, plus ou moins, imposée ! »

Les contractions de sa mâchoire parlèrent pour lui, alors qu'il pianotait presque nerveusement les accoudoirs de son fauteuil. « Par les Dieux que je n'aime pas le voir ainsi ! C'est au-dessus de mes forces ! » pensa-t-elle vivement alors que tout son coeur lui criait le martyr que cette distance lui infligeait. Elle se leva soudainement, et sans attendre de réponse ou d'invite, elle vint s'asseoir sur les genoux du monarque, qui la regarda faire comme si elle avait perdu l'esprit. Une fois confortablement installée de biais sur ses cuisses, elle murmura en riant un peu « C'est plus confortable ici, et plus douillet aussi ! ». Leurs visages étaient très proches, et elle put réellement voir à quel point ses soupçons étaient fondés. Thranduil s'inquiétait, et prenait énormément sur lui pour ne pas tout laisser et partir. Fidèle à son rang, fidèle à ce que son peuple avait toujours aimé en lui. Elle lui caressa la joue, puis une mèche de cheveux sur sa tempe. Il ferma les yeux sous le baiser de ce délicieux contact, soupirant d'aise tandis qu'il sentait son anxiété se diluer peu à peu sous les attentions de sa plus noble conquête. Elle colla son front contre le sien, et s'adressa à lui à mots bas. Une infime chuchotement, comme si ce qu'elle avait à dire devait rester à jamais secret.

« Partez … rejoignez-les ... ».

Il eut un mouvement de recul, complètement soufflé parce qu'elle venait de lui suggérer. Il fit un signe de gauche à droite avec la tête, et répondit avec tout autant de réserves:

« Et vous laisser ? Non ! Jamais. Je ne vous laisserai pas ici sans moi. Trop de dangers vous guettent ….

- Et ils me guetteront tout autant avec vous, ou non, à mes côtés, fit-elle avec un sourire éblouissant de tendresse. Je ne suis pas seule …. Thranduil …. »

A chaque fois qu'elle lui soufflait son nom avec cet accent à présent si maîtrisé, il sentait tout son corps frémir. Son palpitant presque se disloquer dans sa poitrine. Son souffle chaud habillait la peau de sa joue gauche, et ses doigts aventureux, ne cessaient de parcourir ses cheveux dans des caresses légères, presque des effleurements. Elle appuya son corps brûlant contre le sien, et la tension qui le mordit devint une délectable tyrannie. Elle était en train de littéralement le noyer sous un flot de sensations. Il la soupçonnait de jouer de sa féminité, pour la première fois depuis qu'il la connaissait, et par Varda! Elle réussissait fort bien! Ses pensées devinrent cotonneuses et incohérentes. Les unes prêchant le devoir, les autres, le poussant à abdiquer et à la prendre, là; à même le tapis qui habillait le seuil de l'âtre. Il lui attrapa le poignet de cette main qui le mettait au supplice, et essayant de reprendre le contrôle de ses émotions, il avoua, la voix un peu rauque:

« Je le sais bien! Mais je n'ai confiance en personne!

- Même pas en votre fils ? Legolas saura veiller sur moi, n'en doutez pas. Je ne VEUX pas passer avant votre devoir ! Vous devez retourner là-bas, même si cela doit durer quelques jours. Legolas est sage, avisé, très intelligent, j'ai la totale conviction qu'il pourra siéger à votre place au conseil, le temps de votre absence ….. »

Elle avait raison. Elle avait même cruellement raison. Mais là qu'il la retrouvait, là qu'ils étaient enfin ce couple auquel il avait tant aspiré, il ne sentait pas la force de partir. Tant de choses pouvaient advenir. « Et si elle mourait alors que je suis au loin ? Si il arrivait un accident atroce ? Je n'aurai même pas le moyen de lui dire « au revoir » convenablement. Je n'aurai pas eu le temps de mener à terme tout ce que je voulais pour Nous …... »

« Thranduil, nous ne pouvons déroger à nos obligations. Même si, je peux lire dans votre regard, ces sombres démons que je ne veux pas y trouver. Je suis mortelle, tôt ou tard, ce que vous redoutez, arrivera. Nous devons, l'un comme l'autre, l'accepter. Ou nous pourrons jamais vivre sereinement ce qui nous unie. Partez … cette nuit même si il le faut ! Si l'attente du lendemain vous pousse à rester, je préfère encore vous voir disparaître dans la nuit en ces heures ! Pensez à Gloredhel ! Pensez à vos fiefs, vos terres … votre forêt …. » insista-t-elle d'une voix douce et bienveillante.

Jamais dualité ne fut plus cuisante pour lui. Il savait que tout ce qu'elle disait était juste et sage. Pourtant … cette impression de menace qu'il ressentait depuis quelques heures, ne le laissait pas en paix. La torture que ces choix impliquaient, était intenable. Et que pouvait-il bien faire face à ce regard aux lueurs d'ambre chaud ? Là que les flammes jouaient de reflets dans ses iris sombres. Tandis que l'or de son amour pour lui, se dévoilait comme le ciel accouche des étoile bénies par Varda elle-même. Rien. Être étrangement sans volonté, comme si cet instant hypnotisait chaque parcelle de son être. Il prit ses mains dans les siennes, fit glisser ses doigts fuselés contre sa peau dans un frôlement aérien. Il empoigna ses phalanges, et les serrant presque à lui faire mal, il se redressa et vint lui prendre un baiser. Bien loin d'être timide, celui-ci était d'une cruelle passion. La déstabilisant au passage, la bousculant même, à la limite de la chute. Il la sentit basculer dangereusement, il la retint d'un bras puissant, et penché en avant, il détailla son visage comme si il voulait à jamais l'imprimer dans sa mémoire. Les cheveux mi-longs d'Alexandra balançaient dans le vide gracieusement. Ses mains s'étaient arrimées à lui farouchement, car elle avait bien cru tomber. En équilibre, entre le souverain et le sol, la position inconfortable se moula dans un érotisme déroutant. La peau fine de sa gorge ainsi offerte, léchée par la pale lueur des flamme, semblait l'inviter. Par les Valar que la tentation était infernale ! Il finit par la relever, après avoir combattu âprement contre lui-même pour ne pas accompagner sa chute, et se lier à elle avec cet amour indomptable qui le consumait. Une fois debout, l'un et l'autre s'observèrent en silence, puis grimaçant, il se sépara d'elle. Il alla dans sa chambre, et elle comprit. Il ne fut pas long à faire son paquetage, et à se préparer. A croire qu'il avait déjà tout anticipé. A nouveau il se présenta à elle, fier et souverain comme il savait l'être. Avec cet air inflexible et inaccessible que tous lui connaissaient tant. Minéral, glacial, et ô combien désirable. A nouveau près d'elle, il l'embrassa à nouveau avec ardeur, puis, ayant du mal à se défaire de l'emprise de ses lèvres, il murmura en la regardant droit dans les yeux:

« Merci …. Je vous ferai parvenir des nouvelles grâce à mes oiseaux. Un inquiétude passa sur son visage lisse, et elle put la lire sans peine.

- Allez Thranduil …. je serai encore là à votre retour …. chuchota-t-elle.

- Mon amour pour vous, va au-delà de toutes descriptions possibles, Alexandra …. de cela, n'en doutez jamais » finit-il par dire, une boule brûlante lui contractant le larynx, et avant que tout courage ne l'abandonne, il fila comme une ombre dans la nuit.

Il donna des instructions à Brilthor. S'en voulut de ne pas aller voir son fils pour le saluer, puis sans plus attendre, il alla chercher son cerf. Tous deux disparurent, comme glissant sur les lames des courants nocturnes. Alexandra, de sa chambre, vit à peine leurs silhouettes se découper sur la surface lisse de la plaine. Elle resserra ses bras autours d'elle, priant pour qu'ils se retrouvent au plus vite. Brilthor et Legolas, ainsi que ses amis, veilleraient sur elle. Ici, elle ne risquait rien.

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Les documents et autres livres envahissaient sa table telles des montagnes irrégulières jetant leurs ombres chaotiques sur les tapis et autres carrelages. Assidue, Alexandra était assise à la table postée à côté des grandes fenêtres de sa chambre. Après le départ de Thranduil elle s'était mis en tête de mettre ce temps à profit. Et comme elle devait travailler avec le Seigneur Faramir, elle ne se voyait pas arriver la bouche en coeur, avec autant de connaissances qu'une quiche ! Non. Il fallait qu'elle se montre sérieuse et impliquée, autrement, tout ceci ne servirait à rien. Elle se frotta les yeux, les lectures incessantes lui donnaient des migraines, et souvent elle se perdait dans des chronologies ou faits historiques, l'obligeant à ouvrir toujours plus d'ouvrages, tant et si bien que c'était une véritable bataille des tranchées qui maculait sa table en hêtre. Clair et odorant. Se redressant, elle bascula en arrière et vint écraser son dos vermoulu sur le dossier de sa chaise qui craqua légèrement sous son poids. Elle riva les yeux vers le plafond blanc, et soupira longuement. Le jour déclinait déjà à l'horizon, et elle se demanda quelle heure il pouvait bien être. Elle ne voyait pas les jours défiler, totalement obnubilée par ses recherches. Cela faisait trois journées que le roi avait déserté les lieux. Le lendemain le conseil ne se tint pas, le Roi Thorin III faisant un esclandre si grand que tout le château entier sembla trembler sous ses vociférations. Accusant le roi sylvestre de trahison, d'égoïste faisant passer les siens avant leur cause commune. Ceci avait fortement divertis les autres, tant il était clair que l'évocation de ce traité ne plaisait guère au roi sous la montagne. Néanmoins, quand ce nain ventripotent avait menacé de quitter lui aussi les lieux pour rejoindre Erebor, le ton léger s'était écrasé avec la force d'une pierre sur le sol. Heureusement que Legolas était là. Non seulement il était le représentant légal de son père, mais étant reconnu comme l'elfe ami des nains, et en étroite collaboration avec Gimli Seigneur d'Aglarond, tout ceci asseyait le poids indéniable et indispensable qu'il avait en ces moments de trouble. Le roi Eomer, était resté sur la réserve, Alexandra soupçonnait ce fier Rohirrim de réfléchir bien plus qu'il n'en avait l'air. Elle espérait secrètement que son esprit tactique voit la chance que ces signatures pourraient amener à son peuple. Et plus insidieusement, que les rapports privilégiés qu'elle entretenait avec sa soeur, la belle Dame Eowyn, pencherait en sa faveur. Fermant les paupières, elle fit le point. La fatigue était présente, mais sa tâche était trop ardue pour qu'elle puisse se laisser aller à l'oisiveté. Même si les conforts de ces appartements, étaient clairement tentateurs.

« Bon, que sais-tu de ce monde ….. Il est plus jeune que le tien. Pas de risque de découvrir du pétrole sur Arda, sauf si quelques magies à l'oeuvre peuvent transformer la matière … mais d'ici à ce que cette naphte soit vraiment efficace pour alimenter des machines, je pense que des décennies, voir des siècles, se passeront. Ce qui laisse un avantage considérable pour endiguer le mal avant qu'il ne surgisse. Ensuite … problème plus contrariant, les effets de la grande guerre. Les économies sont vacillantes, la démographie en berne, et il est clair que de demander des sacrifices, quels qu'ils soient en ces temps difficiles, n'est pas vu d'un très bon oeil, ce qui est nettement compréhensible …. Ce qui me mène à penser que ces accords prendront effets bien après ma mort. Est-ce réellement le bon moment ? Leur Dieux ne m'auraient-ils pas balancée ici un peu trop tôt ? » Autre soupir, bien plus long celui-ci. Elle ouvrit les yeux, et les braqua sur le crépuscule qui embrasait les cieux à présent. Posant un coude sur la table, écrasant de ce fait les pages d'un vieux bouquin d'histoire, elle planta son menton dans sa paume droite, et continua son chemin de pensées. « Non. Il n'est pas trop tôt. Je ne sais comment je peux l'expliquer, mais si j'étais arrivée après, je sais que trop de choses manqueraient à ce monde pour que mes efforts portent leurs fruits … quels qu'ils soient. Les Elfes auraient totalement disparu, et avec eux, la mémoire immortelle de certaines faits. Ils sont plus importants qu'ils ne le soupçonnent pour le devenir de ce monde. Mais comment moi ? Pauvre mortelle, pourrais-je leur faire comprendre cela ? Avec leur expérience et leurs années de vie, pourquoi écouteraient-ils les élucubrations d'une étrangère ? Donc j'en reviens à mon point de départ …. que dois-je mettre réellement par écrit ? Que dois-je faire voter ou pas ? Que dois-je leur dévoiler ou non ? ….. Tout ceci me dépasse …. je n'ai pas l'étoffe pour gérer toutes ces spéculations que je n'appréhende peut-être suffisamment moi-même, pour les transmettre à d'autres ….. Tant de choses entre en ligne de compte …. tant de choses …. ».

Et voilà, la fatigue faisait son office. Elle lui plombait le moral. Déjà que le départ de Thranduil la minait. Ô bien évidemment elle l'avait nié dès le premier jour. Elle ne voulait pas se sentir la proie de ce genre d'attachements et de manques puérils. Mais forcée de l'admettre, elle en était réellement l'esclave. Ces histoires d'âme soeur changeaient tellement de concepts pour elle, qu'elle savait avec une exactitude incisive, ce qu'elle faisait ressentir aux autres dans ce monde. Tous, eux comme elle, étaient confrontés à des notions qui les dépassaient, et les troublaient. Sentant son corps lui demander grâce, elle se leva et s'étira, faisant craquer ses dorsales et cervicales. Ses jambes étaient presque cotonneuses de ne pas bouger, et ses fesses lui faisaient mal. Elle n'avait jamais pu travailler dans un bureau, et son métabolisme lui rappelait pour quelle raison. Il ne supportait pas d'être inactif. Jeune on la considérait presque comme hyperactive, une véritable pile. Ce souvenir lui tira un maigre sourire, puis elle alla près des immenses croisées ornées de vitraux colorés en périphérie. Elle colla ses doigts sur la vitre, et la buée dessina des auréoles autours. Elle colla son front, et regardant les montagnes et les plaines, elle repensa à Gabrielle. Sa petite soeur n'était jamais loin. Son rire, ses cheveux d'or et ses yeux clairs, envahissant souvent les paysages fantasmagoriques de ses pensées. Puis, l'envie de chanter la prit. Comme souvent quand la nostalgie s'appropriait un morceau de son coeur ou de sa réflexion. Le fredonnement fut doux, presque inaudible au début. Puis, au fil des secondes, envahie par cette sensation si grisante et presque passionnelle qui se dégageait de cet exercice, sa voix et sa langue se délièrent. Quand elle chantait, elle avait l'impression de vibrer, de disparaître, de ne devenir qu'une onde fuyant, chevauchant celles de l'Univers, bien plus vaste et infini. Se perdre, pour se retrouver. La sensation de vide se diluant à chaque note, emplissant son âme d'un amour et d'une tranquillité infinies. Une parcelle de totale liberté, un bout de Vie réellement ressenti et vécu en pleine conscience, non pas comme ces gestes quotidiens qu'au final, on oublie et deviennent les acteurs pantomimes de l'existence. Quand les notes et le souffle s'élevaient dans l'espace, elle avait la sensation de devenir une infinité de particules se dissolvant dans l'immensité, et qui revenaient, pour repartir à nouveau. A l'instar des vagues dans l'océan, faites d'innombrables molécules qui se délayaient pour concevoir une chose plus grande et fascinante. S'étiraient et se contractaient, comme la respiration, comme le souffle, comme un coeur ….. voilà. Quand elle chantait, son coeur, dans toutes ses dimensions, s'exprimait. Un cognement à la porte brisa cet instant, et encore un peu secouée par ce qu'elle ressentait, elle fit d'une voix un peu grave « Entrez ce n'est pas fermé! ».

Le battant glissa sans un bruit, et Legolas apparut, apparemment un peu gêné. Ils se toisèrent quelques secondes, et elle lui demanda en souriant:

« Oui Prince Legolas ? »

Celui-ci entra totalement, et refermant derrière lui, il s'avança vers elle. Elle perçut son trouble, même si il n'en dirait rien. C'est que le chant chez les Elfes, revêtait une importance que les Humains avaient oublié au fil des âges. Une fois à côté de la table qui ne ressemblait plus qu'à un monticule de papiers et couvertures de cuir en tous genres, il lui sourit et déclara :

« Je ne savais pas que vous étiez un rat de bibliothèque !

- Si seulement ! Je n'aurai pas tant mal aux fesses, et l'envie irrépressible d'aller courir un cent mètres !

- Vous devriez vous octroyer une pause …. vous avez l'air fatigué …. fit Legolas en fronçant les sourcils, ne percevant qu'en cet instant son air las.

- J'ai peur de manquer de temps si je le fais …. j'ai un sentiment d'urgence qui ne me quitte pas, comme si, une part de moi-même, s'apercevait pour la première fois, de sa mortalité …. avoua-t-elle avec un piteux sourire. J'ai tellement de choses à faire, que j'ai peur d'en oublier la moitié, ou les plus importantes …. »

Touché par sa fragilité si rarement visible, il dépassa l'espace qui les séparait d'un pas ample, et venant lui prendre le bras alors qu'elle le dévisageait avec de grands yeux surpris. Il leva le menton et l'invita d'une voix tellement chaleureuse, qu'il lui fut impossible de refuser:

« Ho que si, une chose importante vous attend ! Vous sustenter, reprendre des forces, et ce, en compagnie d'elfes si cela ne vous gêne pas ! »

Il la tira vers lui, et elle ne put s'empêcher d'émettre un petit rire franc mi déterminé, mi amusé. S'accrochant à son bras de bonne grâce, elle répondit :

« Cela ne me gêne guère ! Ainsi cher Prince, je vous suis dévouée en cette soirée qui s'annonce !

- Ne me tentez pas … la dévotion est un chemin tortueux où nombre d'âmes se perdent … rétorqua-t-il avec un tendre rictus.

- Ho ! Je ne savais pas les elfes soumis si aisément à la tentation …. ! le nargua-t-elle éhontément.

- Ho que si, pour cela, je crains fort qu'Hommes et Elfes ne se ressemblent même que trop ! Il l'observa d'un faux air critique, et faisant la moue, il continua, je vous aurai préféré en robe, mais pas le temps pour vous changer ! Allons ! ».

L'enthousiasme de son ami fut communicative, et c'est avec plaisir qu'elle le suivit jusque ses appartements. Qui n'étaient qu'à quelques mètres des siens. Heureusement qu'en ces heures-ci tout le monde s'affairait à manger plus ou moins en comité restreint, car elle voyait déjà d'ici le tableau concernant tous les cancans possibles et imaginables. Une étrangère au bras d'un prince, pénétrant dans ses appartements, il y avait de quoi alimenter les persifflages de tous bords. Quelle ne fut pas sa surprise quand elle vit, dans les luxueux appartements princiers, des servantes en pleine discussion avec le Seigneur Aredhel, dont le sourire félin, ne laissait aucun doute sur ses intentions. Pourtant, quand il la vit, il se désintéressa de ces conquêtes potentielles, pour venir la saluer. Comme à son habitude, il était d'une tenue et d'une délicatesse irréprochable. Elle se sentit rougir sous ses attentions, et elle dévia le regard pour le laisser glisser sur les lieux. Les pièces étaient presque identiques à celles dont le Roi Thranduil jouissait. Seules les superficies changeaient, les livrées elles, étaient identiques. Les chandeliers et lustres de cristal donnaient une clarté largement satisfaisante, et la cheminée crépitait agréablement. La table était déjà mise, et une servante remplissait avec adresse leurs verres. Une fois tout terminé, Legolas les congédia gentiment. Et il aurait fallu être aveugle pour ne pas lire leur déception et déconvenue. Alexandra hérita d'un ou deux regard noir de jalousie, mais il lui en fallait bien plus. Pire, elle s'amusa de la situation. L'esprit des gens, surtout de cette époque, ne savait apparemment pas voir au-delà des apparences. « Bon en même temps, dans ton monde ce n'était guère mieux …. » pensa-t-elle avec un léger sourire. Les quatre femmes d'âges différents, disparurent de son champ de vision quand Legolas referma la porte derrière elles, puis se tournant vers eux il déclama apparemment soulagé :

« Enfin tranquille ! Je pense que jamais je ne me ferai à tout ceci !

- Venant d'un Prince c'est on ne peut plus inapproprié, le piqua Aredhel avec un sourire narquois. Vos années sur les routes en compagnie des Hommes, vous ont fait oublié le goût des bonnes choses !

- Dire cela, Seigneur Aredhel, alors que fut un temps éloigné, vous ne cessiez de courir la biche par monts et par vaux, avec comme seuls compagnons, Angrod, mon père et vos chiens, est des plus malvenu me semble-t-il ! Se défendit Legolas avec panache, en revenant vers l'humaine, qui les observait, un peu perdue. Une fois à sa hauteur, il la toisa avec bienveillance, et continua, pour être totalement honnête, je pense que ce sont justement les Hommes qui me les ont fait découvrir, ces formidables richesses …. et elles ne tiennent pas qu'à une coupe bien remplie, un met délicat au palais, ou une couche tiède ! »

Ils se connaissaient tous deux, depuis des mois, mais jamais encore elle n'avait vu Legolas aussi proche de … de sa nature profonde. A part peut-être la fois où il l'avait embrassé. Quand il était ainsi, il ressemblait bien plus à son père. Il lui fit un signe de tête, et lui tira une chaise pour qu'elle prenne place à la table. « Et bien quel Gentleman ! Clair que son paternel aurait de quoi prendre sur lui ! » se dit-elle avec humour tout en venant s'installer. La petite table ronde en chêne, portait leurs vaisselles, mais aussi un magnifique chandelier ciselé en or fin, dont les bougies en cire verte, fondaient lentement. Aredhel l'observait, un sourire malicieux dépeint sur ses lèvres parfaites. La beauté quasi androgyne de cet elfe était saisissante. Pourtant loin de donner du poids à la beauté d'habitude, quelque chose chez lui était clairement fascinant. Il en jouait allègrement, elle le savait, et vu l'éclat mutin qui habillait ses belles prunelles émeraude, nul doute que ces servantes avaient su alimenter cette flamme chez lui. Les deux elfes vinrent également à s'asseoir, et ils commencèrent à manger tranquillement. D'abord un peu raide et mal à l'aise, elle se détendit progressivement. L'excellent vin et les discussions animées des deux amis y contribuant. Elle aima les regarder échanger des souvenirs communs; voir le Seigneur Aredhel leur conter des anecdotes incroyables et comiques sur le roi Thranduil, et boire ses paroles. Nul ne pourrait soupçonner à quel point cet aristocrate au sang glacial, avait pu donner du fil à retordre à la cour et son entourage. Les heures passèrent, aussi douces et agréables que la brise embrassant les plaines. Alexandra bataillait âprement contre la fatigue, et Legolas entama une conversation qu'elle ne pensait pas tenir en cette heure.

« Alors, est-ce que vos études vous donnent satisfaction ? »

Alexandra posa le verre de vin qu'elle dégustait lentement, et soupira très bruyamment. Bien évidemment Aredhel ne put s'empêcher de relever avec un sourire des plus charmeur :

« Je ne savais pas que nous avions convié un soufflet de forge naine à notre table ?

- Mieux vaut cela que le souffle d'un dragon Seigneur Aredhel ! D'après ce que j'ai lu, vous les connaissez, et je doute qu'ils soient en odeur de sainteté dans ce monde ! » Rétorqua-t-elle avec un rictus carnassier. Qui plut bien évidemment à l'elfe devant elle.

Ils avaient partagé quelques jours de chevauché, et quelques rencontres, mais une chose que l'ellon savait sur elle, c'est qu'elle était d'un naturel coriace, déterminé, et fortement inspiré. Et connaissant son ami et souverain, tel qu'il le connaissait, seule une personne très particulière avait pu le toucher ainsi. Il n'était pas au bout de ses surprises, et il allait en faire l'expérience. Elle s'accouda à la table, cala son menton dans ses paumes, et rivant son attention sur le prince, elle continua :

« Mes recherches m'offrent des réponses, et soulèvent bien plus de questions. Je ne sais si j'arriverai à démêler l'utile du futile, le sain du mauvais …. c'est … compliqué. Je ne peux être sûre de ce que je vais faire. Je ne suis pas une déesse, comment je pourrai avoir le recul et la sagesse nécessaires pour faire tous ces choix ? La vision globale sur tant de choses …. Si vous aviez vu mon monde, Prince Legolas, vous sauriez que chaque décision a son importance, même celle qui semble inconséquente et dénuée de sens … »

L'abattement qui la saisit lui fit baisser la tête, et toute la fatigue qu'elle cumulait sembla s'effondrer sur elle, telle une chape de plomb. Elle bâilla, se cachant la bouche du revers de la main gracieusement, et Aredhel, résolument joueur, la taquina.

« J'ai une place vacante entre mes draps, et mes bras accessoirement, si vous ne voulez pas passer la nuit en solitaire ... ».

Elle leva sur lui des yeux ronds comme des billes, réellement soufflée par son audace. Se redressant, elle aiguisa son regard, et nota la légère gêne qui habillait les traits du prince. Ainsi que la petit piqûre de jalousie qui perça en lui. Elle savait qu'il tenait à elle, d'une façon que peu comprendraient. Elle avait été sa lumière lors de son errance dans les ténèbres, et tout en lui lui criait de la protéger à présent. De veiller sur elle, coûte que coûte. Sa dette d'honneur animée par un attachement si naturel, car alimenté par son amour des Hommes. Se calant sur le dossier de sa confortable chaise, elle rentra dans son jeu.

« Je ne sais si vous supporteriez la nuit, ni même si vous en sortiriez indemne Seigneur Aredhel ! Les humaines ne sont pas les elfes, et les femmes de mon monde, n'ont rien à voir avec celles du vôtre. Je pourrai peut-être même vous choquer ! »

Elle entendit Legolas retenir un petit rire face à sa répartie, elle lui adressa un coup d'oeil amusé, et elle prit plaisir à voir ses yeux bleus briller avec telle intensité.

« Ho mais … je suis ouvert à tout ! Et j'aime prendre part à de nouvelles expériences ! Mais n'oubliez pas, gente dame, que je suis au moins aussi âgé que notre roi … je gage que cette nuit pourrait nous laisser des marques à tous deux ….. renchérit-il, ne pouvant maîtriser le franc sourire qui lui dévorait les lèvres.

- Ho! Vous ne faites pas votre âge ! Je crains que cela ne soit possible en ce cas …. je m'en voudrai si je faisais lâcher votre pauvre petit coeur ….. insinua-t-elle féline.

- N'ayez crainte ma dame, il a supporté bien trop d'hiver et d'été impitoyables, pour abdiquer si facilement …. »

Elle nota la légère fermeté qui modula son timbre, ainsi que le bref changement de son regard qui se fit plus sombre. Son apparente candeur s'estompant légèrement, trahissant ce qu'il cachait le plus souvent.

« Alors dites-vous que le mien est déjà pris, et que … hélas, il se sent trop attaché, trop dévoué, pour se perdre dans les bras d'un autre … aussi soyeux et prometteurs soient-ils …. » finit-elle alors par dire, l'amusement dépeignant ses traits fondant peu à peu, tandis que l'image de Thranduil investissait ses pensées.
Quelqu'un frappa à la porte, terminant de ce fait, la joute entre les deux amis. Legolas, touché par les mots de l'humaine, resta quelques secondes immobile. Il fallut un autre cognement pour qu'il se décide à aller ouvrir. Aredhel approcha sa chaise de l'humaine, et avant qu'elle ne puisse se soustraire à quoi que ce soit, il lui attrapa vivement, mais avec néanmoins douceur, la main droite. Plongeant l'émeraude de son regard dans le sien, il murmura:

« Je le sais …. je l'ai su bien avant vous deux. Quand je vous ai croisé … quand j'ai vu ses réactions. Il y a, quelque chose d'étrange chez vous. J'ai l'impression de vous connaître sans vous avoir jamais vu auparavant …. »

Il la fixait avec une telle intensité, qu'elle sut qu'il cherchait des réponses. Puis, elle sentit ses doigts se resserrer sur sa peau, tandis qu'il se faisait aspiré par son pouvoir. Après de longues secondes silencieuses, où seule la voix de Legolas s'élevait doucement sur le seuil de la porte, Aredhel blêmit. Il vint caresser la jour d'Alexandra, qui instinctivement eut un mouvement de recul.

« Ainsi, vous étiez une elfe …. Idhril, fille de Seregon …. ».

Elle sentit son coeur bondir dans sa poitrine. Elle ne savait rien du don de prescience des Eldar, ni que l'ellon à côté d'elle, en était pourvu. Tirant sur son bras pour se défaire de ce contact qui allait au-delà de ce qu'elle voulait donner, elle vit le visage de l'elfe se figer dans un moue des plus étrange. Une réserve mêlée à un effroi sans nom. Puis une colère, virulente et viscérale, vint déformer ses traits. Abolissant pour quelques secondes le visage serein aux traits parfaits qu'il arborait tout le temps. Il se releva d'un bond dans un geste si brusque que sa chaise tomba à la renverse, il s'écria « Comment a-t-il osé ?! ». Alexandra crut qu'elle allait se liquéfier sur place. Son palpitant se mit à tambouriner dans sa poitrine, le sang à pulser dans ses tempes avec une telle vigueur, qu'elle crut qu'elle allait s'évanouir. Il savait. Il connaissait son terrible secret. Le déshonneur de son Roi. Elle jeta un rapide coup d'oeil vers Legolas qui se tourna, surpris, dans leur direction. Avant que l'elfe ne vocifère à tout va son indignation et sa honte, elle lui agrippa le bras en se levant à son tour, et secouant la tête vivement, elle fit à voix basse :

« Non Seigneur Aredhel ! Non vous m'entendez ! La stupéfaction cruelle qui lui figeait les traits, s'agrandit encore plus quand elle continua, nul ne doit savoir! Jamais! Et surtout pas le prince ! Voyez Seigneur Aredhel ! Voyez jusqu'au bout ! »

La grimace de dégoût qu'il arbora un instant, lui mâcha le coeur, mais relevant le menton en restant digne, elle lui fit un signe de la tête pour le sommer de s'exécuter. Elle ne savait pas si il en avait la possibilité. Et il ne l'avait certes pas, mais il fit un effort incommensurable pour dompter ce qui lui échappait. Il plongea le vert de son regard dans le sien, répugnant à aller plus avant, puis une fois qu'il trouva ce qu'elle lui demandait de déceler, il resta sans voix. Ensuite ses yeux se parèrent d'une ombre de tristesse. Une affliction si intense, qu'elle en ressentit toute la cruelle froidure. Avant même qu'il lui dise, elle sut, qu'il venait de voir le jour de sa mort. Par un réflexe des plus tendre, il se rapprocha d'elle, et collant son front au sien, comme le feraient deux amis intimes, il chuchota pour qu'elle seule puisse entendre :

« Pourquoi Alexandra ? Pourquoi pardonner …. ? Ce qu'il a fait est inexcusable, impardonnable. Il est allé à l'encontre de toutes nos lois, de toutes nos croyances ! Contre son essence même ! »

Il y eut un infime moment de silence, avant qu'elle lui réponde simplement :

« Par amour Seigneur Aredhel … simplement par amour …. ne l'avez-vous donc point vu ? L'elfe en face d'elle ferma juste les yeux en inspirant à fond, ayant du mal à concevoir tout ceci. La géhenne qui le minait, était si forte, qu'il avait envie de traverser les lieux et de défier son souverain, juste pour laver son honneur. Il trembla légèrement, et elle sut qu'elle lui demandait l'impossible. Je suis là pour lui, pour moi, pour nous. Vous savez la malédiction que nous avons engendré lui et moi. Nous devons nous laver de tout ceci …. le dépasser ….

- Mais .. la coupa-t-il, trop désarçonné par les décisions de l'humaine.

- Mais rien … tout passe Aredhel, vous autres les elfes, le savez très bien. Je ne peux que lui donner mes sentiments, à défaut de vivre éternellement …. elle vit qu'il allait lui parler de sa vision, et elle l'arrêta. Non Seigneur Aredhel …. je sais que vous l'avez vu, et je ne veux rien connaître de tout ceci ….. »

Comment pouvait-il sagement expliquer ce qui le tourmentait là, en cet instant précis? C'était comme si cette mortelle lui faisaient ressentir les sentiments humains avec la même violence. Le contact psychique établi, bouleversait son esprit d'immortel. L'envie de la rassurer, de la protéger, de l'aimer, le dévorèrent. Comme si il voulait à lui seul, effacer ce qu'il venait de voir. Comme si il voulait lui montrer à quel point l'on pouvait tenir à elle, avant la fin. Elle eut un triste sourire, et sursauta presque quand elle entendit dans son dos, la voix troublée de Legolas qui demanda:

« Alexandra ? Aredhel ? »

Les deux amis se séparèrent, et Alexandra fit un imperceptible mouvement de tête pour appuyer le fait qu'elle voulait que rien ne transpire. Mais comment effacer la sensibilité d'un elfe aussi aisément quand il était touché de plein fouet de la sorte ? Elle savait que malgré leurs airs hautains, ils étaient d'une sensibilité à fleur de peau. Cette dernière s'était juste moulée dans le marbre pour les protéger des morsures de l'existence. Et une éternité, c'était plutôt long. Le prince vit, au traits fermés du Seigneur, que quelque chose d'important venait de se produire. Il connaissait les capacités de son ami, et aux vues de sa mine sombre, ses visions n'avaient pas dues être des plus réconfortantes. Alexandra rompit le contact quasi intime qu'ils partageaient, et se retournant complètement, elle répondit aux questions muettes qui assaillaient le prince:

« Le Seigneur Aredhel a vu le jour de ma mort. En tout honneur il a voulut me le dévoiler, je lui ai dit que je ne voulais rien savoir …. Je ne pensais pas que ma disparition le bouleverserait à ce point ! » finit-elle sur un ton légèrement taquin qui griffa le coeur de l'ellon derrière elle.

Il savait qu'elle noyait le poisson, qu'elle les sortait d'un mauvais pas. Son demi mensonge éviterait des déconvenues et une honte immenses, au prince. Garant de l'honneur de son clan et de sa famille, cette histoire pourrait tourner au drame si ce lourd secret n'était pas gardé.

« Ainsi, le seigneur Aredhel, à son tour, fait partie intégrante de mon entourage proche, sans que je le veuille …. je suis honorée, mais tout autant lassée, de traîner dans mon sillage tant de personnes qui n'ont rien demandé …. » pensa-t-elle avec amertume en se forçant à sourire à Legolas.

« Brilthor a eu des nouvelles de la cité. Père nous a fait parvenir une missive. Et celle-ci est pour vous, Alexandra, fit Legolas en lui tendant quelque chose.

- Moi ? Hoqueta-t-elle en voyant la petite enveloppe claire entre les doigts du prince sylvestre.

- Que se passe-t-il plus au Nord Prince Legolas ? Demanda Aredhel, réellement inquiet.

- Mon père a rassemblé les nôtres sous le couvert de la cité. Les fiefs sont déserts, et celui de Maeglin a subi le même sort que ceux de Drambor, Gloredhel et le vôtre. Les Galadhrims sont venus en renfort. La forêt est à nouveau silencieuse de rires et de chant. L'ombre menace …. finit par dire Legolas dont l'inquiétude filtra dans ces derniers mots. Il alla prendre place dans l'un des luxueux fauteuils de son salon, et s'affalant dedans, mettant de côté toute réserve princière, il soupira. Il reviendra dans quelques jours, mais je soupçonne qu'il ne pourra rester ici. L'on peut qualifier mon père de plusieurs choses, mais un fait est certain, tous savent qu'il se battra pour les nôtres, et ne restera jamais à l'abri pour sa propre sauvegarde, si le devenir de son peuple est en jeu …. C'est un fier combattant, et un roi des plus grand …. » affirma Legolas avec un franc sourire, comme si l'espoir revenait l'habiter.

Aredhel et Alexandra échangèrent un regard entendu, et l'ellon put lire dans ses yeux la phrase sous-entendu et silencieuse qu'elle lui lançait. « Vous voyez ! Rien ne doit entacher ceci ! Ce serait un mal encore plus grand qui rongerait votre royaume …. », voilà ce qu'il pouvait déchiffrer dans ces orbes noisettes où l'amour brillait avec une telle conviction, qu'il en fut l'espace d'un instant, envieux. Tous deux rejoignirent Legolas, et prirent place. Alexandra s'octroya le canapé, Aredhel un autre fauteuil. Contre toute attente Legolas se releva, et vint à côté de l'humaine. C'était un geste teinté d'innocence, comme le ferait un enfant cherchant la chaleur d'un adulte ou d'un être proche. Et bien qu'elle soit plus jeune que lui dans les ans, elle savait que malgré ses amusements à la nommer « wen », elle était indéniablement plus âgée que lui. Elle ne lui ferait pas l'affront de le prendre dans ses bras pour le réconforter, mais comme elle ne bougea pas pour s'écarter de lui alors qu'il se posait tout à côté d'elle, il sut qu'elle était là pour lui, qu'elle l'épaulerait si besoin était. C'était un subtil langage corporel, muet et pourtant si parlant. Il l'observa un moment, tandis qu'elle s'obstinait à regarder la table basse devant elle, et un bref instant, l'idée étrange et saugrenue qu'il aurait pu l'avoir comme mère, lui traversa l'esprit. Et l'impression encore plus folle qu'il en aurait été fier, s'écrasa dans son coeur comme une empreinte indélébile. Bien que son attachement pour elle, et ce malgré lui, se teintait d'une ambiguïté qui ne le quitterait sûrement jamais. Il savait qu'elle faisait des efforts incommensurable pour rester avec lui, tandis que la fatigue creusait chacun de ses traits. Aussi, décida-t-il de ne pas transformer ce moment de partages en un calvaire pour son amie mortelle. Il savait qu'elle avait besoin de toutes ses facultés pour mener à bien son entreprise. Il l'interpela doucement, et déclara avec un tendre sourire quand elle se tourna vers lui:

« Vous pouvez nous laisser Alexandra, si la fatigue se fait trop pesante, je le comprendrai vous savez …

- Je n'ai pas envie de vous laisser Prince Legolas, je sais que ces mouvements au Nord vous tourmentent. Vous êtes comme votre père, impliqué et d'une dévotion sans borne pour les vôtres. Même épuisée, je resterai ici, quitte à m'endormir sur ce canapé ! Lança-t-elle avec bonne humeur ».

Les deux elfes n'étaient pas dupes pour autant. La missive qu'elle tenait dans la main, devait la démanger. Ils la connaissaient assez pour savoir que son coeur passionné n'avait qu'une envie, déchirer le sceau et avaler les mots que le parchemin clair, portait. Legolas ne put s'empêcher démettre un petit rictus à la fois légèrement moqueur et charmant.

« Votre obstination vaut bien celle des Nains ! Et … pour être honnête … cela me convient parfaitement ... » avoua-t-il dans une voix douce et basse.

Aredhel les observait, en silence. Ses yeux verts les sondant de son pouvoir hérité des Eldar. Un pincement au coeur le chatouilla avec amertume, quand il vit à quel point le prince était attaché à elle. Nul doute, que beaucoup allaient pleurer sa perte. Il en faisait bonne partie s'avoua-t-il tandis qu'elle fixait à nouveau son attention vers lui. Ce qu'il savait le dérangeait. Le mettait mal à l'aise, et dans une situation délicate. Il aimait son Roi, l'avait toujours aimé et suivi. Mais la bassesse, quasi primaire, presque totalement animale, dont il avait fait preuve, le blessait si profondément, qu'il se sentait coupable. Non pas que sa rancoeur à l'encontre de son souverain amoindrisse sa loyauté, mais, de voir cette femme si forte, si aimante, après tout ceci, soulevait chez lui de totales incompréhensions. Qui finissaient par se nimber d'une auréole flamboyante d'admiration et d'amour. Cette même affection universelle que les siens avaient connu à une époque, et peu à peu oublié. Devait-il lui avouer qu'il l'avait connu à cette lointaine époque, quand Eru avait offert à son âme les traits d'un corps elfique ? Et qu'il avait été également le témoin de leur déchéance, de cet amour destructeur qui avait ruiné son ami et prince en ces temps anciens ? Elle le détaillait, et il la soupçonna de lire en lui. Pas de la même façon que lui pouvait user, mais il savait qu'elle était loin d'être stupide, et sa sensibilité passionnelle, n'était que le témoin de son empathie naturelle envers les autres. C'est cela qui lui conférait de ce fait, le pouvoir de sentir les gens, les déchiffrer, voir, les dépouiller de toutes les carapaces dont ils pouvaient s'affubler. A vrai dire, dans d'autres circonstances, lui et elle, auraient pus être de très proches amis. Voir même peut-être, frère et soeur. En même temps, Idhril était une parente éloignée, l'un dans l'autre, tout finissait par se recouper. Elle lui offrit un timide sourire, intime et chaleureux, qui le toucha. Il savait qu'elle cherchait à le réconforter, tout en lui ordonnant de la suivre dans son choix, aussi téméraire et fou soit-il. Adorable petite humaine, qui sous ses piquants, arrivait malgré tout à toucher les elfes millénaires. Sa précarité ne lui donnait que plus de valeur. Elle bâilla à nouveau avec délicatesse, et finit par s'allonger de moitié sur le sofa. Sa tête se cala sur les gros coussins ornant les accoudoirs, et elle murmura :

« Je sais que vous pouvez ne pas dormir, aussi je peux m'octroyer du repos sans soucis. Vous m'avertirez si quelque chose se passe ….

- Dormez si vous le souhaitez Alexandra …. » fit Legolas attendri par son comportement.

Puis, avant qu'elle ne s'en aperçoive, elle sombra dans un profond sommeil, bercée par les voix chaudes des deux elfes qui discutèrent tranquillement.

.

Elle s'éveilla dans un lit. Une somptueuse couche, qui ne pouvait appartenir qu'à un seigneur. Elle fronça les sourcils. L'aube se levait, et elle avait du mal à se souvenir de la veille. Elle ne s'était pas endormie ici, alors que diable faisait-elle sur ce matelas ? On ne l'avait pas changé. Juste enlevé ses chausses, et posée entre les draps avec soin. Quand elle vit la tunique d'or et d'argent que le prince avait déjà porté, impeccablement mise sur un cintre pendant à un des battants d'une immense armoire en merisier, elle soupira de soulagement. En même temps, les livrées ocres et vertes, finies aux dorures, auraient due la mettre sur la voie. Elle se moqua de son manque d'observation passager. Se levant lentement, elle enfila ses bottes, et s'étira. Elle ne savait pas où était Legolas, et il était hors de question qu'une servante la trouve ici ! Ça jasait assez comme cela dans les couloirs, elle n'allait pas causer de tels déboires à son ami. Alors qu'elle prenait le chemin de la grande porte des appartements, elle entendit sa voix s'élever dans le salon qu'elle pensait désert. Pestant d'avoir été ainsi surprise, elle le chercha du regard. Il était assis dans un des fauteuil, un pouce pensif caressant sa lèvre inférieure, et malgré la pénombre, elle put déceler son air grave. Elle s'approcha, essayant de se faire à la maigre clarté du jour naissant, et une fois devant lui, elle demanda, inquiète :

« Prince Legolas ? Que vous arrive-t-il ? »

« Si cet ellon de malheur a trop parlé je jure de lui couper la langue ! » s'entendit-elle hurler en pensant qu'Aredhel avait vendu la mèche. Elle soupira de soulagement avec discrétion, quand il lui répondit:

« Des attaques ont surgi en Ithilien …. encore …. Tout ce que nous avions mis en place, le Seigneur Faramir et moi, n'est plus que souvenir. Je sais pourtant, avec mes années d'existence, que rien ne se fige, que tout passe, mais je comprends à présent bien mieux mon père. Ses choix, ses humeurs massacrantes tandis que les nôtres subissaient des pertes ou se retrouvaient dans le dénuement le plus total. Je commence à comprendre toute la délicate amertume du pouvoir, et des fruits infects qui pourrissent les vergers encore verts, quand ceux-ci ne deviennent que trop nombreux. Les champs, les bâtisses, il ne reste rien …. et tant de mortels et d'immortels y ont laissé la vie, que je n'ose y songer avec toute la douleur qu'il convient de ressentir en ces moments-là ….. ».

Alexandra se mordit la lèvre inférieure. Il leva ses yeux clairs vers elle, mais elle ne distingua que le sombre de ses pupilles grandes ouvertes.

« Comment faites-vous Alexandra ? Vous que la mortalité fauche sans cesse, dans votre entourage ou dans votre vie ? Comment font les Hommes pour toujours se relever de tout, comme si ces outrages, ces souffrances, n'étaient que des étapes nécessaires à l'existence, rentrant dans un schéma des plus naturels ? » demanda-t-il, le coeur au bord des lèvres, avec une innocence presque brutale.

Un instant en suspens, où son souffle se coupa, et sa poitrine se comprima.

« Jamais je ne l'ai vu ainsi …. si grave .. si sombre …. Si Thranduil en somme …. » songea-t-elle alors qu'elle chercha une chose judicieuse à lui répondre. Elle haussa les épaules, et dans un murmure elle exposa en toute humilité :

« Car elles sont naturelles, Prince Legolas … ce qui est surnaturel, ou sortant de tout schéma, c'est votre immortalité ….. Elle s'approcha un peu plus de lui, et passant une main caressante sur le fil de sa mâchoire, puis sur sa tempe, elle continua tendrement, les Hommes sont obligés de faire avec. Comme je vous l'ai déjà dit, notre Temps est compté, et c'est ce qui fait toute la différence. Nous savons que la ruine doit être effacée au profit de la vie. Que ce qui est détruit peut être reconstruit … toute notre vie n'est que rêves et espérances … en un avenir meilleur … en une entreprise florissante, qui perdurera bien après notre disparition. Comme le nom de certains héros demeurent, alors qu'ils nous ont quitté depuis si longtemps. Je comprends votre peine, et la partage, Prince …. mais rassurez-vous, elle ne durera pas. Je suis certaine que vous reconstruirez, et ferez encore mieux ! Vous êtes le digne héritier de votre père, rien ne vous sera voué à l'échec, Legolas ! Rien …. ».

Il lui prit la main qui flânait sur sa peau lisse, et l'embrassant du bout des lèvres, il déclara, réellement sincère :

« Je sais pourquoi Père tient tant à vous …. vous êtes force et tendresse … mélancolie et espoir … Rien ne semble vous atteindre, vous ébranler au point de vous faire abdiquer ….

- Ho si Prince Legolas, nombre de choses me vainquent …. Je suis morte une fois, et j'ai failli, par de nombreuses reprises ici, m'éteindre également. Mon coeur souffre très souvent, et je rage de ne pas avoir de capacité spéciale qui pourrait réellement vous aider. J'aimerai être immortelle, ou magicienne, ou je ne sais quoi d'autre; qui soit réellement utile en ce monde! Mais … je ne suis que moi … et je mourrai tôt ou tard …. alors croyez-moi, Legolas, je ne les compte plus les choses qui m'abattent … j'espère juste avoir assez de force à chaque fois que je chute, pour me relever … et … la présence d'amis tel que vous, est une aide inestimable et précieuse ... ».

Elle ne pleurait pas, pourtant, sa voix venait de tressaillir légèrement, comme la corde d'un violon qu'un archer frôle. Les doigts de Legolas se resserrèrent un instant sur les siens, avant de les relâcher. Il n'avait pas besoin de rajouter quoi que ce soi, l'un comme l'autre avait tout dit. Et bien que les ombres gênent sa visibilité, elle put lire dans son regard clair, tout ce qu'il taisait. Ils demeureraient liés jusqu'à la fin, ils le savaient.

.


.

Le parchemin semblait la narguer en silence. Ses doigts ne cessaient de caresser la surface veloutée, sans oser casser la cire rouge témoignant de sa provenance royale.

« C'est étrange, je devrai me réjouir de cette missive …. de cette preuve non négligeable de son attachement à mon égard. Mais, alors que mon coeur se gonfle de joie à cette idée, une autre, plus pernicieuse prend racine …. car je ne veux pas souffrir de son désarrois. Je sais que ce qui se trame dans son royaume le ronge, et le blesse …. et je ne suis pas à ses côtés pour l'épauler. En un sens je m'en veux, et je crains que cette lettre donne plus de poids à ma culpabilité ... ». Pensant aux attaques qui rongeaient leurs terres, elle se mit à réfléchir sur des points bien plus précis. « En parlant de ça, je ne suis guère plus avancée concernant mon futur travail avec le Seigneur Faramir … je crois que je vais devoir laisser les choses se dérouler d'elle-même. Cet homme aura peut-être des questions ciblées qui me permettront de m'aiguiller, et me donner matière à une réflexion posée et sensée. Là, actuellement, je pars trop dans tous les sens pour pondre quelque chose de sensé et bénéfique ». Elle soupira bruyamment. Assise à l'ombre de l'arbre blanc, elle leva les yeux vers les branches qui se couvraient peu à peu de bourgeons timides et colorés. Un scintillement blanc attira son attention, se levant posément en tenant toujours fermement la lettre encore scellée, elle se rapprocha du majestueux descendant de Galathilion. Son écorce immaculée irradiait une aura laiteuse fascinante. Encore une fois, elle se sentit appelée. Le papillonnement de lumière qu'elle avait entraperçu dans un rayon de soleil, descendit vers elle, avec la lenteur d'une plume bercée par le vent. Là elle ouvrit la bouche sous la surprise, quand elle décela dans cette boule luminescente, les contours caractéristiques des petits êtres qu'elle avait croisé au pied du grand chêne. Celui-ci était dénué de couleur, sauf sa chevelure qui se paraît d'ondoiements, iridescente comme un arc-en-ciel. A quelques centimètres de son visage, le petit être eut un rire cristallin qui ressembla à celui d'un enfant. L'arbre en effet, n'était pas des plus vieux. Pourtant, il avait déjà la sagesse de ses aïeux.

« Bonjour Alexandra ! » carillonna la voix fluette.

L'humaine, le visage totalement décomposé sous la surprise, répondit presque en balbutiant:

« Bon .. bonjour …. que fais-tu là petit être? » demanda-t-elle stupidement, tant elle connaissait déjà la réponse. Le rire un tantinet moqueur qu'il lui renvoya la rembrunit, comprenant son hilarité. Elle ne pouvait lui en vouloir, vu qu'elle se trouvait des plus bête sur l'instant. Elle eut une esquisse de sourire débonnaire et continua à voix basse, vu que déjà bon nombre la trouvait folle et étrange, parler seule n'allait pas arranger les choses.

« Pourquoi te montrer à présent ? Pourquoi pas plus tôt ?

- Il y avait trop de monde. Notre existence, bien que faisant partie intégrante des peuples de ce monde, et d'Arda elle-même, doit pour le moment rester cachée. Nous comptons sur toi pour nous offrir l'accès aux Hommes, aux Elfes, et peut-être même aux Nains, si ces derniers daignent regarder plus loin que la roche qu'il creuse ….

- Mais … pourquoi ? Et puis, qu'ai-je donc de si spécial pour vous voir ainsi et vous parler ? » osa-t-elle demander.

Il était vrai que cette question la taraudait depuis un long moment. Après tout, jamais ils ne lui avaient confié ce secret, ni le pourquoi de leur intervention lors de sa mort. Car elle en était persuadée, bien qu'Eru doive être derrière tout ceci, il s'était servi de ses créatures pour arriver à ses fins. Autre petit rire pétillant.

« A cause de ta nature elfique, cachée quelque part dans ton âme. A cause des combats que tu as mené, de l'Amour universel que tu portes à tout ce qui t'entoure. Cet attachement particulier que tu as avec la nature au point de t'en sentir imprégnée. A cause de cette empathie qui t'a si souvent faite pleurer … tu as tellement souffert. Nous le savions, le ressentions …. nous sommes tous liés ….

- Les connexions énergétiques …. dit pensivement Alexandra en réalisant une chose.

- Oui … nous sommes tous connectés. Toi, moi, les arbres d'Arda, de ton monde … nous ne faisons qu'un ….. Ainsi, quand ta vie a quitté la dimension qui t'abritait, nous n'avons fait qu'ouvrir le passage qui nous reliait déjà à toi … à ta planète. Nous ne connaissons pas les notions de Temps, de Lieux, de Vie et même de Mort, comme vous les connaissez …. Même si, la disparition matérielle, elle, existe réellement. Dès que le grand chêne t'a aimé et accueilli, nous en avons été informé, ici, sur Arda. Et nous attendions le signe qu'Eru devait nous envoyer …. nous t'attendions …

- M'attendre ? Moi ? Alexandra partit dans un doux petit rire. Comme je disais à Gandalf, votre dieu tout puissant doit-être bien fatigué pour donner tant d'espoirs et d'importance à ma petite personne …

- Pourtant, jusqu'à présent, tu ne l'as pas déçu …. Quand ta tâche sera sur la fin, que tu auras accompli en totalité le « pourquoi » de ta présence en ces lieux, nous serons là ….. quand la Graine du Coeur de la Forêt jaillira de nouveau … nous serons là …. ».

Les paroles résonnaient dans son esprits. Vibrations douces mais incroyablement puissantes. Puis sans qu'elle puisse dire quoi que ce soit, le petit être s'évapora, aussi rapidement qu'il lui était apparu. Elle tendit la main souhaitant le retenir, mais le vide accueillit ses phalanges. Fermant le poing, impuissante, elle baissa le bras et le regard, toisant les racines qui venaient se perdre dans le bassin, comme la chevelure d'une femme étendue sur une berge. Immobile, elle se perdit dans la contemplation des reflets aquatiques qui dansaient paresseusement sur le tronc nervuré. Elle ne sut pas combien de temps elle resta ainsi, totalement perdue face aux paroles de cet être surnaturel.

« Surnaturel …. oui, mais pas totalement inconnu. Si il y a des similitudes entre ce monde et le mien. Si les légendes et les êtres fantastiques qui ont peuplé la Terre et Arda sont de connivence, liés, ou je sais pas quoi …. je dois pouvoir trouver des réponses …. c'est obligé ». Soudain ses yeux s'écarquillèrent quand elle se souvint d'anciennes légendes, comment n'y avait-elle pas pensé avant ? Elle allait repartir quand elle vit Gandalf qui venait vers elle. Le Mage marchait lestement, comme si son bâton était réellement inutile sous ses vives foulées. Une fois à sa hauteur, il lui offrit un sourire éblouissant, et ses yeux gris pétris d'intelligence, étincelèrent. Il visa la lettre toujours fermée entre les doigts de l'humaine, et avec amabilité il déclara:

« Il n'est pas bon de faire patienter un roi, même par écrit …. ».

A son air surpris, il comprit qu'elle ne saisissait pas son sous-entendu. Voyant que l'attention du magicien se braquait à nouveau sur sa main, elle porta cette dernière à son pourpoint, et glissa la missive dans une poche intérieure. Prenant bien soin de tout refermer convenablement pour ne pas l'égarer, elle répondit avec un sourire amusé :

« Certains mots demandent plus de considération que d'autres, et de temps, pour donner à leur sens, toute leur valeur ..

- Certes … fit Gandalf ravi de sa répartie. Vous m'avez l'air bien songeuse. A vrai dire, depuis le soir des festivités, vous ne souriez guère, et votre visage semble rongé par le doute.

- Cela vous étonne Gandalf ? Je suis totalement perdue, et j'ai l'impression de marcher sur des oeufs constamment. Et je ne parle pas que de ce que dois faire ici ! Je fais également référence à ma situation ! Je sais que mon indépendance au milieu de tous ces hommes dérange. Que le fait que je gravite avec autant de désinvolture autours de toutes ces têtes couronnées ne plaît guère ! L'on doit me prendre pour une intrigante, voir pire ! Or je suis bien loin de tout ceci, et je sais que tous ces commérages, tôt ou tard blesseront la reine Arwen ou Dame Eowyn, que j'ai en grande estime ….

- Laissez-donc les autres faire preuve d'intelligence et de discernement Alexandra. Vous ne pourrez hélas tout contrôler … .vous connaissez la nature humaine.

- Que trop … que trop Gandalf. Je me demande souvent, si ma présence ici, changera de toute façon quelque chose …. sa voix se brisa légèrement sous l'accablement qui vint l'assaillir.

- Si des gens tels que vous ont vu le jour, et ont défendu leur planète à votre époque, croyez qu'ici aussi, de tels esprits seront. Eru ne fait jamais les choses au hasard …

- Mais il lui arrive de faire des erreurs ! Lança-t-elle alors vivement. Je sais que nous n'étions qu'une expérience, qu'il ne veut pas réitérer ici ! Je l'ai bien compris …. d'où ma présence …. »

Les yeux de Gandalf s'assombrirent. Il savait qu'elle avait raison. Que les peuples de son monde avaient soufferts en partie à cause de cela. Que le libre arbitre offert aux Hommes avait tout détruit. Pas qu'Eru veuille le brider ici, mais il voulait éviter, en effet, de commettre exactement les mêmes erreurs sur certains points. Le départ des êtres magiques par exemple …. et cette petite humaine, était en passe de réussir cet exploit, si le roi Thranduil tenait parole. Elle eut un léger rictus dédaigneux, puis faisant quelques pas lents, elle alla vers l'immense balustre qui ceignait les jardins. Gandalf sur les talons. Regardant au loin les montagnes de l'Est et du Nord, elle fit ironique :

« De plus ! J'ai beau exécrer la technologie, j'avoue que malgré les cartes et les renseignements que Faramir, et Legolas m'ont donné, j'aimerai avoir une vue satellite ! Des photos aériennes qui me permettraient de voir à grande échelle ce qui se trame au sol. Les arbres mourant, j'en suis certaine, sont d'une importance capitale, même si je ne sais pas encore dans quelle mesure …. si Galadriel n'arrive pas à les soigner, c'est qu'ils doivent être rongés par quelque chose d'inconnu à ce monde. J'en reste persuadée …. Hélas, pas d'avion, pas d'appareil photo, pas de satellite pour me prêter main forte. Parfois, il faut savoir prendre de la hauteur pour voir les choses sous un autre angle, et prendre conscience des faits dans leur globalité …. ».

Dépitée, elle cala ses coudes sur la surface de marbre, et fourra son menton dans ses paumes. Pianotant sur le fil de sa mâchoire, pensive, elle sursauta presque quand Gandalf vint à son côté, et déclara presque en riant :

« Ho mais nous avons bien mieux ! »

Elle tourna la tête vers lui, levant les yeux pour accrocher les siens, et avec une moue perplexe elle déclara acerbe :

« Quoi vous avez découvert un OVNI dans la zone 51 et vous avez appris à le piloter ?

Gandalf ne put s'empêcher de rire à cette phrase, comprenant le fond sans en saisir réellement le sens. Il lui posa une main chaleureuse sur l'épaule, elle elle nota la vigueur de sa poigne.

« Allez vous vêtir chaudement Alexandra ! Et revenez d'ici une heure ou deux ! Je suis certain que cela devrait vous plaire ! ».

Sans qu'elle puisse rétorquer quoi que ce soit, le mage la laissa en plant, et partit d'un pas vif vers le château. Décontenancée par ce comportement des plus étrange, elle finit par hausser les épaules, lassée de réfléchir à tout et à rien. « Tu verras bien! Va te reposer un peu et te changer. Si ce vieux fou a une solution, il faut la saisir! Sans demander ton reste ! Bien que je me demande ce qu'il me réserve … je ne sais si cela finira de me plaire comme il le croit si bien …. » pensa-t-elle en se redressant. Elle traîna le pas jusque dans sa chambre, et fit ce qu'elle avait dit.

Patiemment, elle attendit que l'heure tourne, puis, elle sortit dans les couloirs. Brilthor et Legolas étaient avec les chefs d'Etats. Elle donna un rapide coup d'oeil vers les appartements de Thranduil, et porta une main à son pourpoint, pressant l'endroit douillet où la lettre était préservée. Elle la lirait dans la soirée, au calme. Prenant les chemins qui menaient à l'extérieur, elle s'étonna d'entendre des cris au loin. Il y avait des exclamations effrayées, mais les autres semblaient scander quelque chose. Ce n'est que quand elle fut dans la salle du trône qu'elle réussit à déchiffrer ce que les gens disaient. « Les Aigles ! Les Aigles sont là ! ». Fronçant les sourcils, elle ne put s'empêcher de penser avec une certaine moquerie « Non mais ils vont pas me dire qu'ils ont jamais vu ces piafs de leur vie non ?! Surtout dans ce monde, les rapaces doivent pas manquer ! ». Pressant le pas tout de même; poussée par la curiosité, elle se figea sur le seuil des grandes portes. Totalement médusée par le spectacle qui se déroulait sous ses yeux. Ha oui ! Pour être des aigles, ça en était ! Mais jamais elle n'aurait pu croire voir ces oiseaux un jour. Pas des oiseaux. Des colosses de plumes et de muscles, dont l'envergure atteignait les cinquante mètres. Leur ombre avalait le soleil, étendant un voile gris sur les jardins, et même les gardes les plus valeureux, reculaient devant leur stature phénoménale. Incroyable ! Magnifique ! Voilà juste ce que son esprit hébété par la peur qui la tenaillait, arriva à exprimer tandis qu'elle avançait lentement. Ils étaient au nombre de trois, et Gandalf semblait les attendre à l'extrémité de la flèche blanche. L'un d'eux était posé sur la large surface plane de la terrasse, alors que les deux autres exécutaient des cercles parfaits en tournoyant paresseusement au-dessus du château. Le sage vieillard l'observait de loin, un sourire tendre autant que amusé dépeint sur son visage ridé. Alexandra était fascinée …. fascinée, et pétrifiée de peur et d'appréhension. Ces bêtes étaient impressionnantes, et ne pas oublier, carnivores. En tout cas, elle n'avait jamais vu d'aigle s'envoyer un plat de salade ! Une fois à côté de Gandalf et de l'oiseau phénoménal qui la dévisageait de ses yeux jaunes magnifiques, le mage déclara apparemment satisfait de sa trouvaille.

« Et voilà ! Je vous avais bien dit que nous trouverions une solution à votre épineux problème ! Ce sont les aigles bénis d'Eru. Voici Gwaihir, le père et le souverain des Grands Aigles d'Arda! »

Il tendit le bras vers la tête de l'aigle qui les dominait tous deux sans mal. Le fabuleux être inclina son profil aquilin dans un geste plein de prestance, et Alexandra crut que son coeur allait défaillir quand elle l'entendit s'adresser à elle.

« Bonjour jeune humaine. Le Mage Blanc nous a dit que vous aviez besoin de notre aide pour une tâche de haute importance …. ».

A la fois pantoise et totalement euphorique, elle hocha simplement la tête, sans oser répondre. L'expression du rapace, si tant est qu'un oiseau puisse en avoir une, était calme et bienveillante. Ses iris était d'une couleur incroyable, ils ressemblaient à deux orbes d'or fondu, scintillant presque sous la lueur du soleil. Les plumes élancées se teintaient d'un brun chaud, presque noir, où quelques rares reflets roux apparaissaient sous les rais solaires, leur donnant un aspect flamboyant. Les pattes jaunes étaient recouvertes d'écailles immenses et rugueuses, semblables à la peau d'un reptile. « Ou d'un dinosaure » pensa Alexandra avec humour, tandis que ces yeux glissaient sur les serres noires, brillantes comme des poignards d'onyx. Elle pâlit devant leur longueur. Elles pouvaient aisément transpercer le cuir d'un éléphant, et tout aussi aisément le soulever du sol sans effort. Déglutissant avec peine, elle reporta son attention vers le faciès de toute beauté qui se découpait dans le ciel, avec la même majesté qu'une statue romaine. Puis, contre toute attente, un sentiment puissant lui vrilla les entrailles. Une joie subite et incontrôlable, comme celle que ressent un enfant devant le plus beau des cadeau, ou le spectacle le plus grandiose qui lui soit permis de voir. Des larmes brûlantes perlèrent derrière ses cils noirs, et elle fit réellement bouleversée :

« Je suis honorée de vous rencontrer, Souverain des Cieux. Décrire ce qui m'étreint actuellement, serait impossible. Là d'où je viens, les aigles ont tous disparus. Nous ne les trouvions plus que dans des cages ou des projections holographiques. Mais vous …. en plus d'être un animal fabuleux dépassant tous mes rêves les plus fous, vous êtes bien réel …. et libre …. ».

Malgré la peur qui lui tordait l'estomac, elle ne put s'empêcher de se rapprocher, et hésitante, elle tendit la main pour toucher le duvet ventral. L'oiseau la laissa faire, conscient que le choc de cette rencontre devait totalement la déstabiliser. Lorsque ses doigts touchèrent la surface lisse des plumes, elle fut surprise de ne pas les trouver si douce que cela. Les proportions étaient tellement colossales que cela enlevait ce contact douillet et chaleureux que l'on trouvait en caressant un moineau, ou tout autre oiseau de taille bien plus modeste. Les plumes semblaient robustes, comme faites en fibre de carbone. Elle laissa glisser sa main dessus, se délectant de la chaleur bouillonnante que le corps de l'animal dégageait. Puis, elle plongea plus en profondeur, et eut un air totalement émerveillé quand elle réussi à atteindre la sous-couche duveteuse. Elle trouva le contact moelleux et tendre qu'elle pensait aborder dès la première caresse. De longues secondes s'écoulèrent, Gandalf et Gwaihir la laissant apprécier l'instant, puis d'elle-même, elle secoua la tête, et se reculant à nouveau elle s'excusa :

« Pardonnez-moi, tout cela n'est pas bien correct. Je ne voudrai pas vous offenser …. »

A sa grande surprise l'aigle eut un son de gorge grave et doux, qui ressembla à un rire. Son long bec effilé, tranchant comme un rasoir, s'entrouvrit et elle l'entendit à nouveau:

« Il n'y a aucune offense, ni aucun mal, humaine. Mais nous devrions prendre notre vol tant que le soleil est haut, autrement vous ne pourrez voir avec exactitude ce que vous recherchez ... ».

Ce n'est qu'à cet instant précis qu'elle comprit, ou plutôt réalisa, qu'il faudrait qu'elle prenne les airs avec eux. Là toute joie ou sentiment plaisant s'évapora. Tremblante, elle se sentit se vider comme un poisson, toute trace de vaillance la désertant complètement. Elle plaqua un poing crispé sur sa poitrine, et balbutia:

« Pa .. pardon ..? Moi …. là-haut ? »

Elle exécuta un mouvement cocasse en pointant un index vers le ciel et en secouant sa main vers le haut. Gandalf émit un rire franc et quelque peu goguenard, et venant à son côté, il lui posa une main chaleureuse sur l'épaule, puis montrant les deux aigles qui planaient toujours au-dessus d'eux, il exprima dans une totale satisfaction :

« Bien évidemment ! Comment voudriez-vous voir d'en haut si vous restez au sol !

- N .. non non .. impossible … fit Alexandra en se reculant de quelques pas. Je .. j'ai le vertige ... » avoua-t-elle pitoyablement, tandis qu'elle se souvenait de son incapacité à exécuter les manoeuvres de saut en parachute qu'on avait voulu lui inculquer. Jamais elle n'avait trouvé le courage de le faire, et ce n'est pas aujourd'hui que ça allait changer, oiseau fabuleux ou pas!

« Vous verrez comme il est agréable de chevaucher les cieux ! Vous ne sentirez même pas les turbulences. Leur vol est des plus doux et agréable ! S'exclama Gandalf avec toujours ce sourire presque enfantin accroché au visage.

- Ils peuvent voler aussi bien qu'ils le veulent, je ne peux pas! C'est au-dessus de mes forces ! » se défendit Alexandra tout d'un coup plus mordante.

Elle ne supportait tout bonnement pas que ses faiblesses soient ainsi mises en avant, surtout son manque de courage face à une situation. L'aigle se pencha en avant, et décalant son aile, il aida le mage à grimper sur son dos. Rien que de voir Gandalf à une telle hauteur, lui donna le vertige. Gwaihir se déplaça lentement, il ne lui fallut que quelques mouvements pour se retrouver sur le faîte du parapet, et déployant ses colossales ailes, il sauta dans le vide. Il disparut de son champ de vision quelques secondes, puis il remonta comme une flèche pour se mettre en vol stationnaire non loin. Elle entendit la voix de Gandalf héler :

« Mettez-vous sur le rebord et sautez ! Ils vous rattraperont !

- Non mais vous êtes malade ! » rebiffa Alexandra tétanisée par la perspective qui s'offrait à elle, et qui prenait l'apparence d'une chute vertigineusement mortelle si ils la loupaient.

Frémissante comme une feuille morte, le visage livide, elle s'avança jusqu'au bord. Posant ses mains sur le muret, elle planta ses ongles dans la surface lisse et glaciale, risquant un coup d'oeil vers le bas. Le vent vint lui lécher le visage, glaçant par la même les gouttes de sueur qui lui mordaient l'échine, les tempes; bref, le corps en entier. Elle ne fit pas attention à l'éclat malicieux dans le regard du mage, trop obnubilée par la falaise démesurée qui accueillait son regard. Tout d'un coup, elle sentit quelque chose l'agripper fermement à la taille. S'enroulant autours d'elle à la manière d'un serpent, et en une fraction de seconde, elle se sentit soulevée du sol et plongée dans le vide. Quelque chose l'emportait et la précipitait littéralement dans la gueule de sa plus grande peur. Un cri d'animal sortit de sa gorge. Elle planta ses doigts instinctivement à ce qui la tenait, trouvant le contact du cuir sous ses doigts. Puis dans un choc phénoménal et inconfortable, un des aigle vint amortir sa chute et la sauver. Tétanisée, elle fit un effort surhumain pour se pencher en avant et s'arrimer à quelque chose. L'avantage des grandes plumes, c'est qu'une fois attrapées, elles ne glissaient pas sous la main. Trouvant la tige pleine qui était littéralement la colonne de ces dernières, elle enroula ses doigts moites dessus, et les serra à s'en faire blanchir les articulations. Encore un peu sonnée par son expérience, elle entendit la voix douce d'Aredhel s'élever dans son dos, dans un ton légèrement moqueur, et lui dire d'une voix forte pour couvrir le bruit des courants aériens.

« Vous ne risquez rien ! Profitez de la vue ! Jamais plus dans votre vie vous ne pourrez avoir tel honneur!

- Vous ! Hurla-t-elle à la fois soulagée et incroyablement furieuse. Comment avez-vous osé ?! Imbécile ! J'ai cru mourir !

- Mais non ! Calmez-vous, cela ne sert à rien de vous défendre ainsi, vous ne pouvez, actuellement, rien faire si ce n'est profiter du voyage ! » continua-t-il sur le même air narquois.

« Profiter du voyage ! Je t'en foutrais moi ! Tu mériterais que je te foute un coup dans les côtes et que je t'éjecte de là ! » ragea-t-elle intérieurement. Puis une voix puissante et toute aussi chaleureuse que celle de Gwaihir s'éleva.

« Bonjour, je m'appelle Landroval ! Je suis le frère de Gwaihir. Désolé de vous avoir à ce point effrayée petite humaine, mais le temps nous est compté, nous ne pouvons freiner la course du soleil! ».

Revenant à un soupçon de raisonnement clair et posé, elle se focalisa sur l'oiseau, qui elle ne devait pas l'oublier, lui faisait un réelle et immense faveur en l'escortant de la sorte. Dépassant sa peur, elle pencha la tête en avant, essayant de se rapprocher le plus possible de l'oreille de leur étrange coursier, et cria presque, pour que sa voix passe au-dessus des bruits des courants :

« Bonjour ami ailé, et merci de m'avoir ainsi sauvé la vie! »

Elle entendit le même son de gorge ressemblant à un rire s'élever. Essayant par un effort surhumain de dépasser la frayeur viscérale qui lui bouffait tout l'organisme, elle se redressa lentement. Butant agréablement contre le torse d'Aredhel qui la maintenait toujours contre lui pour ne pas qu'elle chute, elle tenta de reprendre un peu de raison et d'esprit d'analyse. Pas évident quand vous avez le sol qui défile à des centaines de mètres au-dessous de vous à une vitesse vertigineuse, et que le vent hurle à vos oreilles tout en les congelant. Elle se détendit quelque peu, notant au passage à quel point elle était pétrifiée. Tous ses muscles la lancèrent tandis qu'elle se permettait un peu de les décontracter. Ils étaient tétanisés par la force qu'elle avait injecté dedans, tant l'épouvante avait guidé tous ses gestes. Elle grimaça en jurant un peu, et osa enfin regarder autre chose que le sommet du crâne de Landroval, qui lui mangeait à moitié la vue tant elle avait le nez collé au plumage lisse et frais. A sentir le bras ferme et rassurant de l'elfe autours d'elle de la sorte, la réconforta. Elle lui en voulait, mais seule, elle ne savait pas si elle aurait eu la force de continuer. Une question lui traversa l'esprit, et se tournant de quart, elle demanda; en s'attachant tant bien que mal les cheveux avec le lien de cuir qui ne quittait jamais son poignet :

« Que faites-vous ici ? Pourquoi m'accompagner ?!

- Le Prince Legolas m'a demandé d'être votre garde du corps le temps de l'absence du souverain … et puis … Gandafl est loin d'être stupide, il est venu me faire chercher quand il a mis cela en oeuvre. Il était persuadé que vous n'arriveriez jamais à franchir le cap et que vous auriez besoin …

- D'un petit coup de « pousse » ?! lança-t-elle cinglante.

- Oui ! Fit Aredhel en riant. Oui c'est tout à fait cela ! »

Il la sentit soupirer contre lui, sa cage thoracique se gonflant de façon caractéristique. Il en sourit, et reprenant son sérieux, il lui glissa :

« A présent, concentrez-vous, nous ne pourrons réaliser cela qu'une seule fois ! Votre analyse de la situation est capitale Alexandra ! »

Elle hocha la tête lentement, et pour la première fois, se permit de réellement regarder autours d'elle. Dire que le spectacle qui se déroulait sous ses yeux, était indescriptible, serait en dessous de la réalité. De vastes étendues s'étendaient à l'infini. Un océan azur aux vagues de nuages clairs, où seule l'union de la terre et du ciel, était un véritable point de repère. Des plaines verdoyantes, aux scintillements cristallins des lacs; des arrêtes rocheuses s'élevant comme des épines dorsales enneigées, aux forêts immenses dont les frondaisons se paraient peu à peu des épaisses feuilles d'un vert d'émeraude brute. Tout était d'une beauté à couper le souffle. Le vent glacé entremêlait quelques mèches de ses cheveux, fouettait son visage, faisait pleurer ses yeux, sous la bise cruellement agréable qui cinglait son corps transi. Elle avait mal, elle avait froid, mais la magnificence de ce monde se déroulant sous leur vol; comme les offrandes que l'on dépose aux pieds de grands seigneurs; transcendait tout ceci. Rien ne pouvait égaler cette expérience grandiose. Cette perfection brutale d'une nature préservée et sauvage. Une nouvelle fois, elle ressentit un émoi qui la troubla. Sa grande sensibilité perçant la gangue glacée d'appréhensions, qui lui ceignait le coeur. Elle se surprit à sourire, et à penser « Oui, il faut préserver tout ceci …. c'est primordial ». Ils filèrent à travers quelques cirrus, les aigles jouant d'adresse entre eux. Elle vit le troisième aigle dont elle ne connaissait pas le nom, s'amuser à déchirer quelques dentelles nuageuses et les retenir entre ses serres puissantes. Sûre que l'elfe ne la lâcherait pas, elle décrocha ses mains du plumage salutaire, et tendit les bras peu à peu. Comme déployant ses propres ailes. L'adrénaline de la peur, se transformant en une ivresse euphorique, qui lui donna l'envie de hurler. Ce qu'elle fit, au grand étonnement de tous. Ses phalanges découpant les airs elle se mit à rire, tant la sensation de liberté voulait trouver un exutoire physique. Aredhel et Gandalf furent quelque peu attendris par sa réaction si inattendue. Puis, ils virèrent doucement, et entamèrent une descente toute en douceur. Alexandra ne fut pas longue à reconnaître les Mellyrn de la Lothlórien, et plus à l'Est, les monts dissimulés de la cité de Thranduil. Son coeur se serra. Il semblait si proche et si loin en cet instant. Un élan irrépressible lui demanda d'aller là-bas, de se poser, et de le rejoindre. Ne serait-ce que quelques minutes. Elle pensa à la lettre toujours cachetée dans son pourpoint, et voyant Gwaihir se rapprocher d'eux, elle entendit Gandalf qui avait du lire en elle:

« Nous n'avons pas le temps Alexandra ! A présent au travail! ».

Elle hocha la tête, quelque peu dépitée, et fit ce pour quoi elle était ici, chevauchant les ailes du vent.

Les espaces vierges, ponctués de quelques maisonnées et villages, devinrent plus distincts. Elle put même apercevoir l'ombre des aigles caresser les flancs des monts et des vallons. Quelques vergers étaient en fleur, et donnaient des tâches de couleurs éparses ci et là. Et puis, elle trouva ce qu'elle cherchait, et son coeur se serra. Les lignes distinctes qui quadrillaient les parcelles de forêts, et même de cultures, étaient loin d'être naturelles. Quelque chose était à l'oeuvre, quelque chose d'invisible et d'incompréhensible. Dans sa tête, déjà tout un tas de spéculations fourmillaient. Puis rivant son visage vers l'Ouest, elle se pencha vers Ladroval et demanda:

« Pouvons-nous survoler l'Isengard ?

- L'Isengard ? Répéta l'aigle surpris. Il n'y a rien là-bas !

- Si! Et ensuite je voudrais que vous survoliez l'ancien Vertbois-le-Grand et que vous me meniez en Ithilien, s'il vous plaît ... ».

L'oiseau riva sa tête massive vers son frère et ce dernier répondit juste :

« Fais ce qu'elle te demande, elle doit avoir ses raisons. Tu sais que nous devons lui prêter concours, même si cela nous semble étrange.

- Et bien soit … soupira Landroval qui exécuta un virage un peu rude ».

Alexandra tressaillit et s'agrippa aux plumes tant qu'elle put. Elle sentit la poigne de l'elfe se raffermir également, et elle l'entendit soupirer légèrement derrière son oreille. Apparemment l'approche de l'aigle ne lui plaisait pas particulièrement à lui aussi.

La lance noire qui faisait la tour d'Orthanc se dessina dans les replis des montagnes, et ils purent voir des fumerolles, discrètes mais présentes, qui s'élevaient du sol à certains endroits. Même les aigles aiguisèrent leur vue, essayant peut-être de voir à travers la roche. Alexandra vit que les fameuses traînées mortifères partaient d'ici. Elle tapota avec tendresse le sommet de la tête de leur monture, et fit « Merci, j'ai vu ce que je voulais voir, la suite à présent! ». Les aigles s'exécutèrent, et après des heures de vol, qui balayèrent la totalité des royaumes du Rohan, de Vertbois, du Rhovanion et de l'Ithilien, ils revinrent vers le Gondor. Les aigles, sous les regards émerveillés des gens présents, les déposèrent sur la grande terrasse, et après maints remerciements et au revoir, ils reprirent leur vol. Leur immenses silhouettes se découpant en ombres chinoises sur la toile de fond du crépuscule. Essoufflée, épuisée, frigorifiée, et tant d'autres qualificatifs qu'ils seraient trop long à énoncer, Alexandra les regarda disparaître au loin. L'impression de sortir d'un rêve lui collant à la peau, tandis que sa circulation sanguine reprenait peu à peu un flux normal dans ses jambes et ses pieds. Lui causant d'affreux fourmillements. Elle s'emmitoufla un peu plus dans sa cape, et ne dit pas un mot, tandis que Gandafl et Aredhel la regardaient fixement, comme attendant quelque chose de sa part.

« Alexandra ? » finit par dire l'ellon qui se rapprocha d'elle.

Ce n'est qu'en cet instant qu'elle réalisa son manque de savoir vivre après ce qu'ils venaient de partager. Bien que totalement déboussolée par son expérience, elle n'arrivait pas pour autant à arrêter le train de pensées dément qui avait pris possession de son esprit. Une chose cependant, finit par lui faire lâcher prise, le froid. Cette escapade l'avait transie. Gandalf lui demanda sans détour:

« Ce vol vous a-t-il donné des éléments de réponse ?

- Je crains que oui … mais je dois poser mes idées au clair. Je crois qu'il n'y a aucune magie là-dessous. Où si elle y est, elle est réellement minime. Il faut que nous puissions retourner en Isengard. Je reste persuadée que le coeur de ces machinations, se trouve dans les montagnes. Et ce, depuis le début ….

- Nous avons tout détruit là-bas, Alexandra, lui exposa calmement Aredhel.

- Houuu je sais ! S'énerva-t-elle un tant soit peu, lassée qu'on lui répète les mêmes choses. Pourtant il y a là-bas quelque chose qui se trame ! Bon dieu ! Servez-vous de vos pouvoirs pour ça ! Vous verrez que j'ai raison !

- Hélas, je ne peux que rarement influer sur ces derniers, ils me restent incontrôlables la plupart du temps … s'excusa presque l'elfe, un peu touché par sa réflexion des plus cuisante, tant il savait à quoi elle faisait allusion.

- Je .. je dois réfléchir Messieurs, et chose encore plus urgente, me réchauffer ! S'exclama-t-elle en se frictionnant les bras. Je parlerai de tout ceci au prochain conseil, qui lui-même se tiendra quand j'aurai mis par écrit ces putains d'ébauches de traité ! » Pesta-t-elle réalisant le boulot de dingue qui l'attendait.

Aredhel et Gandafl sourirent face à son langage fleuri, mais qui exprimait clairement son désarrois latent. Le mage lui offrit un de ses sourires réconfortants, et fit compréhensif :

« Soit. Nous essaierons d'être patients, mais ne tardez pas trop. Des vies sont en jeu, Alexandra ..

- Vous croyez que je ne le sais pas ! S'exclama-t-elle alors au bord d'un courroux irrépressible. Elle le savait même mieux que quiconque. Sentant la moutarde lui monter au nez, elle les salua, et dit sans chaleur, veuillez m'excuser, je dois prendre un bon bain. A plus tard peut-être … »

Quand elle était aussi fatiguée, elle devenait clairement irritable. Mais pire, son impuissance manifeste face à la situation, la rongeait aussi sûrement que le sel sur une plaie. Puis sans faire plus cas des deux hommes, elle fila dans les jardins, sous les yeux ahuris des gardes qui avaient suivi la scène de loin. Soupirant des plus bruyamment, elle fit celle qui ne voyait personne et alla se perdre dans les couloirs qui menaient à ses appartements. Elle ralentit son pas rageur quand elle vit la silhouette filiforme de Legolas, qui l'attendait patiemment devant sa porte. Une fois à sa hauteur, elle demanda, des plus surprise :

« Legolas ? Que faites-vous ici ? »

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