DERNIERS JOURS 2

- Donc on a trois projets, annonça Harry, mi-figue mi-raisin. Trois projets, répéta-t-il, incrédule. C'est complètement dingue. C'est juste moi, ou… ?

- Pas vraiment, reconnut Hermione. La vérité c'est qu'on a accompli des choses incroyables ces derniers mois, mais rien qui se voit. C'est d'ailleurs pourquoi j'insistais tellement sur cette histoire de courrier, désolée.

Quand les excuses furent échangées et acceptées, elle continua.

- Je pense que maintenant tu as simplement du mal à accepter que ce qu'on fasse puisse être réel et qu'on puisse s'attaquer à un de tes plus gros problèmes et avoir des solutions.

- Trois projets, souligna Ginny, malicieuse, qui rit devant la grimace que le jeune homme aux yeux verts lui renvoya.

- Et peut-être que quand vous aurez fini de minauder on pourra en parler de ces trois projets. Il y a encore du boulot à faire, vous savez ? fit Ron sur un ton exaspéré qui lui était complètement étranger.

Ils se regardèrent avec surprise puis s'assirent sagement.

- La séance est… ouverte ? hasarda Harry qui n'avait jamais vu Ron dans cet état.

- Il était temps, grogna celui-ci. Luna lui touchant brièvement l'épaule l'apaisa.

- Désolé, soupira-t-il. C'est comme vous l'avez dit : c'est une chose d'y rêver mais une autre de l'accomplir, et maintenant qu'on a des enjeux… !

Le regard des yeux verts se fit presque tendre et Harry se pencha vers son ami.

- Mais on a déjà accompli beaucoup, comme l'a dit Hermione : je n'ai plus mal à la tête, nous avons les meilleures notes de notre années et Luna vit avec nous. Est-ce que ça ne valait pas la peine ? On a déjà gagné, Ron. On a fait tout ça grâce à toi, en te suivant, et on ne regrette rien.

Le brun se fit plus sérieux.

- Et tu nous a bien dit, tout du long, que nous ne pouvions arranger que nos petits problèmes, que personne ne nous aiderait et seulement jusqu'à ce que Dumbledore revienne ! C'est la fin de l'année, il va revenir. Est-ce qu'on va renoncer à tout ce qu'on a gagné ?

Un « non » résonnant lui répondit.

- On ne peut pas revenir en arrière, murmura Neville, les yeux pleins de peine. On ne peut pas redevenir les personnes qu'on était. Même si on voulait. Et je ne veux pas.

- Ni moi, fit Luna sur un ton fier que bien peu lui connaissaient.

- Ni moi, fit Ginny avec défi.

- Ni moi, suivit Hermione, les yeux plein de larmes, pensant aux erreurs qu'elle avait faites.

- Ni moi, ajouta Harry avec gravité.

Ron les regarda, choqué, puis sourit.

- Ni moi, reconnut-il, disant adieu sans regrets à Ron l'idiot, à Ron le benêt, au Ron qui blessait ses amis et espérait qu'ils resteraient pourtant. Bon, si vous avez fini de pleurnicher maintenant…

Un bon coup sur la tête venant de son meilleur ami l'interrompit et la séance put enfin commencer.

- En gros, démarra sans ambages le rouquin, l'idée est de rendre Harry plus confortable à Privet Drive. Le minimum lui est refusé, mais avec la magie, on peut arranger ça.

- Heu, dit sombrement le brun, je ne peux pas faire de magie là-bas, tu te souviens ? restriction de la sorcellerie, etc.

Hermione hochait la tête en rythme et se retenait clairement d'intervenir.

- Tu ne peux pas utiliser ta baguette, c'est vrai, répondit Ron. C'est la loi et honnêtement, sachant que les parents des moldus nés ne pourront pas réparer leurs erreurs ni les apparaitre à St Mungo, je suis plutôt d'accord.

- Ron… ! protesta leur amie, qui trouvait la restriction profondément injuste.

- Pense aux Crivey, intervint Ginny. Tu imagines ce que pourrais faire Colin s'il pouvait utiliser sa baguette pendant l'été ?

L'image arracha une grimace à Hermione comme à ses amis. L'enthousiasme des jeunes Crivey était bien connu et la perspective de les voir lâchés dans la nature un été entier terrifiante.

- Tu m'as eue, reconnut-elle. Bon, Harry ne peut pas utiliser sa baguette. Quelle différence ?

- La différence, reprit Ron, c'est que sa famille sait, pour la magie. Il n'a pas besoin de la cacher. Il peut légalement posséder des objets magiques et les utiliser dans la maison sans enfreindre la loi.

- Attends, les Dursley ne me laisseront jamais faire, protesta Harry. Chaque année ma malle est enfermée dans le placard et j'ai de la peine à leur faire accepter qu'Hedwige a besoin de sortir de sa cage. Hors de vue, c'est leur règle.

- Une chose à la fois, l'interrompit Ron. Un, par rapport à la loi, tu peux utiliser des objets magiques à Privet Drive et la magie peut y être pratiquée à condition que tu ne te serves pas de ta baguette. Je sais que le ministère a tendance à devenir dingue quand ça se rapporte à toi, mais jusque-là, légalement tu peux faire des potions, utiliser une Pensine, lire l'avenir dans les feuilles de thé, tout ce qui peut se faire sans que tu utilises ta baguette.

Hermione avait l'air pensive, Ginny fronçait les sourcils comme si elle n'y avait jamais songé et Luna le félicita.

- Un raisonnement très serpentard, Ronald. Draco serait fier. Bravo.

Quand le rouquin eut fini de s'étrangler (pendant que ses amis essayaient d'étouffer leurs rires), il reprit la conversation.

- Merci, Luna. Je me sens beaucoup mieux. Donc c'est le premier point : légalement, rien ne s'oppose à ce qu'Harry bénéficie de la magie tant qu'il n'enfreint pas cette petite règle là. Le deuxième point, c'est que, comme tu le disais, les Dursley préfèreraient que tu ne fasses pas de magie du tout et font tout pour t'en empêcher. Mais leur tout, c'est quoi ? Garder ton matériel hors de portée et te menacer.

- C'est déjà beaucoup, remarqua Harry dont le front plissé trahissait les mauvais souvenirs. Je fais mes devoirs dans le train du retour, tu te souviens.

- Ah, sourit son ami, c'est parce que tu es un bon garçon bien sage. Ginny ? Tu ferais quoi si les parents confisquaient ta malle ?

Sa sœur le regarda, surprise d'être interpellée.

- Eh bien, j'essaierais d'accéder à la malle pendant la nuit, je pense, et je ramènerais mes livres dans ma chambre. Ou si j'étais prévenue, je garderais mes affaires sur moi. Quoi ?!

Harry la regardait comme si elle s'était déclarée la fille de Merlin et de Nimue. Hermione intervint, sceptique.

- La malle serait probablement protégée, dit-elle. Quand à tes affaires, tu ne crois pas qu'elles prendraient trop de place ?

A la fin de sa phrase, la brune fut sujette à une curieuse expérience : la moitié de la salle la regardait comme si des cornes lui avaient poussé.

Après un long moment de silence, Luna fredonna pensivement.

- Ah, je vois. Non, je crois que tu mets de la magie où il n'y en pas et ne la considère pas où elle est…

Hermione essaya de comprendre la phrase et s'avoua bien vite vaincue.

- Désolée, Luna, je ne comprends pas ce que tu veux dire.

- Elle veut dire, expliqua Neville, que chez Ginny, la malle serait protégée magiquement, mais Ginny a deux frères toujours prêts à relever les défis. A Privet Drive, le placard est sans doute fermé au verrou et Harry sait probablement où est la clé.

- Et pour mes affaires, poursuivit Ginny, ou les tiennes, dit-elle à Harry, un gentil préfet est toujours prêt à les réduire pour toi si tu ne sais pas le faire tout seul, ce qui à votre âge est presque inquiétant.

- De plus, reprit Neville, aucun de vous n'a de raison de le savoir, mais un des services les plus utilisés dans Diagon Alley est un sort de réduction réglé sur mot de passe.

- Je ne comprends pas, fit Harry dont le visage plein d'espoir trahissait qu'il ne comprenait que trop bien.

- Le vendeur réduit ton livre à la taille de ton pouce et te donne le mot de passe par écrit. Une fois chez toi et hors de vue, tu le prends dans ta main, dis le mot et il reprend une taille normale.

- Ils font la même chose pour les meubles, ajouta Ron. Facile à transporter et à déplacer. Donc le point c'est de réduire tes affaires, ou même ta malle et de la mettre dans ta poche.

- Tu peux leur dire que tu l'as laissée à Poudlard, intervint Hermione. Puisque tu ne peux pas t'en servir de toute façon !

- Ce qui nous amène au troisième point, dit Ron. Tu as le droit d'utiliser des objets magiques, tu as le moyen de les amener – je pense que tu es la seule personne qui peut introduire de la magie dans la maison sans que les protections sonnent l'alarme – mais les Dursley piqueraient une crise s'ils te voyaient t'en servir.

- Je l'ai, fit sa sœur en hochant la tête. Tu dis que tu passes l'été enfermé dans ta chambre, non ? Ils ne voient en fait rien de ce qui s'y passe.

- Holà, une minute, protesta Harry. Ils me laissent quand même sortir régulièrement, pour aller aux toilettes au moins, et pour mes corvées. Et je ne peux pas toujours avoir un œil sur la porte !

- Je vois ce que Ron veut dire, musa Neville, songeur. Ces problèmes sont en fait – pardonne moi Harry – les plus simples à résoudre.

- Si tu peux les résoudre, vas-y, je t'en prie, répondit Harry, ennuyé.

- C'est la tente qui m'a donné l'idée, coupa Ron. Tu te souviens ? La tente qu'on a utilisée à la Coupe du Monde ? La nôtre est vieille et n'a pas toutes les nouvelles options, mais elle a la base, dont les protections anti-moldus qui sont obligatoires.

- Et qui consistent en quoi ? demanda Hermione d'un ton menaçant.

- Principalement à ne pas se faire remarquer, répondit simplement son ami. Ça n'est pas de l'invisibilité, c'est un genre de confusion : il n'y a pas de tente là, il n'y a pas de raison qu'il y ait de tente, et même s'il y avait une tente, il y a plein de choses plus intéressantes à voir !

Ses deux amis le regardaient comme s'il avait sorti une incongruité. Il reprit, plus lentement.

- C'est un sort qui décourage l'intérêt. Les gens savent toujours que la tente est là, mais y penser n'est pas une priorité. Mieux, comme ils enregistrent quand même son existence, pas de risque qu'ils rentrent dedans ou trébuchent sur les cordes. Il y a une tente, oui, mais ils s'en fichent.

- Je crois que je l'ai ! fit Hermione d'une voix un peu tremblante, comme toujours quand elle venait de découvrir quelque chose. C'est comme… passer l'après-midi au zoo et revenir en ne parlant que des éléphants. Bien sûr, tous les autres animaux étaient là, mais si on ne fait pas attention on ne s'en souviendra même pas !

- Booon, accorda Harry prudemment. Et qu'est-ce que ça a avoir avec moi ?

- Comme on te le disait, enchaina Neville, c'est un des sorts les plus usités de notre monde, on l'installe sur les tentes bien sûr, sur tous les bâtiments proches du monde moldu…

- Le Chaudron Baveur… ! s'exclama le brun qui venait de comprendre.

- Exactement, approuva son ami. Et il y a probablement une variante du sort de confusion sur Privet Drive, pour éviter qu'on remarque si tu fais quelque chose de vraiment différent…

- J'ai gonflé ma tante, se rappela le brun. Elle s'est envolée. Oui, les voisins auraient probablement dû appeler Police Secours. J'ai pensé après qu'ils avaient soumis tout le voisinage au sort d'Oubliette, mais…

- On aurait dû le voir sur Youtube, opina Hermione qui suivait son raisonnement.

- G-gonflé ta tante ? répéta Neville, les yeux écarquillés.

- Elle s'est envolée ? fit Ginny morte de rire.

- Youtube ? fit pensivement Luna, ce qui, pour des raisons inexpliquées, fit pâlir Hermione.

- Plus tard ! fit la jeune fille. Restons-en à l'explication !

Les autres la dévisageaient, surpris, sauf Harry qui regardait à ses pieds, l'air sombre.

- Harry ? fit Neville, hésitant.

Le brun releva la tête et leur adressa un sourire forcé.

- Désolé. J'ai, euh, je viens de réaliser… oui, ça expliquerait beaucoup de choses. Si les gens ne remarquent pas ce qui se passe à Privet Drive.

Hermione comme souvent fut la première à comprendre.

- Oh, Harry… ! Je suis vraiment désolée.

- Quoi ? fit Ginny, confuse par le changement d'humeur.

Son frère grimaça.

- Je viens de comprendre aussi. Si le sort de confusion est assez fort, personne ne se posera de question sur les vêtements d'Harry, ni sur ses bleus. C'est peut-être parti d'une bonne intention, mais… en gros, Dumbledore a offert à ces gens la meilleure protection contre la justice moldue qui soit. Ils peuvent effectivement faire n'importe quoi à Harry, personne ne remarquera rien.

Le silence qui suivit fut remarquablement déprimant. Leur cercle était la plupart du temps une source de joie et d'amitié, mais de temps en temps ils tombaient sur une perle de ce genre, qui leur rappelait ce qu'était vraiment la réalité de leur ami.

- Bon, se reprit Harry avec un sourire un peu faible, on ne va pas s'appesantir sur ça. Comment on va le faire marcher en ma faveur ?

Neville et Ron échangèrent un regard et le rouquin enchaina avec plus de sérieux.

- On peut choisir la force du sort et l'installer sur pratiquement n'importe quoi. Un simple ruban accroché à ta poignée de porte et les Dursley t'oublieront sans problème. Bien sûr du même coup adieu les repas et les pauses toilettes, mais…

- Mais comme on te l'expliquait avec la magie ces problèmes sont faciles à régler. Sans même une tente entière, les unités toilettes/ douches se vendent à la pièce.

- Et tu devrais pouvoir acheter une centaine de repas dans un conteneur en stase sans problème, réalisa Ginny. Tout ce dont tu as besoin c'est l'argent. Personne ne te demandera pourquoi.

- Waouh, souffla Harry qui avait l'air ébouriffé par la vitesse à laquelle les solutions apparaissaient. Je me sens un peu dépassé. Vous croyez vraiment ? Qu'on peut se procurer ces trucs sans se faire remarquer ?

- Il y a un genre de bazar dans Diagon Alley, répondit Ron. C'est un recoin parce que c'est surtout de la marchandise pas chère, mais ils ont toujours quelques trucs vraiment bien au cas où une famille aisée passerait. Tu as l'argent, on a les jumeaux…

- Tout est possible ! rit Ginny, un peu émue tout de même.

Harry avait les larmes aux yeux. Il rit aussi pour les cacher.

- Ron, dit-il. Merci.

- De rien, mon pote, fit Ron qui s'affairait sur ses papiers. Hum, Hermione ? J'ai écrit toutes mes idées mais tu es meilleure pour y mettre de l'ordre, tu voudrais bien… ?

- Bien sûr ! fit l'autre, enthousiaste. Il va nous falloir une lettre de crédit, ou l'équivalent d'un chèque, et…

Elle s'enfouit en marmonnant dans la couche de papiers.

- La voilà partie, soupira Ron avec tendresse. Je n'ai jamais vu quelqu'un partir au quart de tour comme ça.

- Je vois ce que tu veux dire, fit Neville, pince-sans-rire. J'ai vu des gens évacuer la bibliothèque quand elle y rentre. Je pense que c'est l'expression de son visage, ils ont peur d'être dévorés ou quelque chose…

- Vous êtes terribles, leur reprocha Ginny pendant que les trois garçons riaient.

- Je ne sais pas, fit Luna avec innocence, les indiens Hupac pensaient qu'on pouvait absorber le savoir de quelqu'un en ingérant sa chair…

- Personne ne dit ça à Hermione ! coupa Harry avec épouvante et c'en fut trop pour la rousse qui s'écroula de rire sur ses coussins.

- Hmmm ? vous avez dit quelque chose ? demanda Hermione en émergeant, le regard vague.

- NON ! fut émis en chœur d'une façon rien moins que suspecte. La jeune fille leur adressa un regard perçant et soupira en les voyant détourner les yeux.

- Je suppose que je n'ai rien manqué d'utile, commenta-t-elle. Ron ? C'est le premier projet ?

Le garçon hocha la tête d'un air coupable.

- Rendre Privet Drive confortable, récita-t-il. Nécessaires : de l'argent, une liste, les jumeaux, livraison par chouette. Maintenant qu'on est sûrs du courrier, on pourrait l'adresser à Harry, mais ça me rends encore nerveux. Soyons prudents jusqu'à la dernière minute, d'accord ?

- Adjugé ! résonna en chœur.

- A mon nom, donc, fit Neville.

- Celui d'Hermione attirerait moins l'attention, fit remarquer Luna. Rien d'étonnant à ce qu'une née moldu veuille profiter d'un peu de confort pendant les vacances sans se faire remarquer par ses voisins.

- Ou par ses parents, fit drôlement Ginny. Je sais que j'en profiterais, si je pouvais !

- Pas d'argent, pas de luxe, ma sœur, fit Ron en la poussant gentiment du coude.

- Je pourrais…, fit Harry en bredouillant, ce qui les fit rouler des yeux tous les deux.

- Attends la fin triomphante pour le festin, Harry, dit Ron.

- Je n'ai pas vraiment besoin de draps de soie, fit Ginny. J'en ai juste envie !

Ce qui les fit rire.

- Donc à mon nom, confirma Hermione en prenant des notes. Je les recevrais, on les essaiera et ils partiront dans les poches d'Harry, au cas où.

Et regardant son ami.

- Les poches de ton pantalon, Harry, pas de ta robe. C'est idiot, mais c'est très important. La première année, j'avais mis quelque chose que je voulais montrer à mes parents dans la poche de ma robe, et je l'ai enlevée avant de sortir de la gare. Du coup j'ai dû attendre le soir pour leur montrer ! C'était frustrant !

Son ami hocha sagement la tête.

- Poche de pantalon. Compris, capitaine.

- C'est « Commandant » pour vous, Potter… oh, arrêtez de rire tout le temps comme ça ! on avance !


A suivre.

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